Retrouver un Souffle ! Celui du Ressuscité ! « ALLÉLUIA ! ALLÉLUIA ! CHRIST EST VRAIMENT RESSUSCITÉ !Lettre du Visiteur de la Province de France. 17/04/2020

Manquer de souffle rend la vie difficile et fragile ; chercher son souffle est vital pour ne pas sombrer, pour ne pas étouffer. Et beaucoup de personnes, trop, ont rendu leur dernier souffle. Pour nous, croyants, leur souffle s’est fondu dans le Souffle du Christ et fut remis entre les mains du Père, source de toute vie véritable.

P. Christian Mauvais, cm

Retrouver un Souffle ! Celui du Ressuscité ! « ALLÉLUIA ! ALLÉLUIA ! CHRIST EST VRAIMENT RESSUSCITÉ !Lettre du Visiteur de la Province de France. 17/04/2020

Chers confrères, « La Grâce et la Paix du Ressuscité soient toujours avec nous » !

 

« L’église aujourd’hui, le lieu du Dieu vivant célébré, ce sont les cœurs de nous tous. Quand affection, soin et souci sont tournés vers d’autres, quand l’inquiétude se fait active, alors je crois que c’est, de façon invisible peut-être, une église qui se remplit. » Véronique Margron.

D’abord, ce qui nous réunit dans la foi pascale, c’est la triste nouvelle du décès du P. Gonzague ce matin à l’hôpital Suisse à Paris. Cette nouvelle qui attriste aussi la Province de Madagascar où Gonzague a servi sans compter pendant 47 ans. Prions pour ce fidèle et zélé missionnaire et pour sa famille, notamment son frère Yves, notre confrère.

Ensuite, ce qui nous réunit dans la joie pascale, c’est une bonne nouvelle à partager que nous avons accueilli ce lundi avec émotion : notre confrère Alexis V., est maintenant réveillé ! il est sorti du coma. Bien sûr, il a encore besoin de la machine pour respirer et il reste très faible ; il lui faudra du temps, un long temps pour se rétablir, reprendre des forces, et retrouver toute sa place parmi nous mais réjouissons-nous avec lui, pour lui de cet éveil qui nous le rend vivant. Pensons à sa famille, aux confrères de sa Province d’origine qui eux aussi se réjouissent et peuvent chanter Alléluia, cri de joie pascal ! Il y a aussi notre confrère, de la même communauté, Michel, qui est lui aussi est sorti ce jour d’hôpital ; il est accompagné d’une bouteille d’oxygène dont il aura besoin pendant un mois pour retrouver un bon rythme respiratoire ; ensuite, il prendra du temps pour se reposer avant de reprendre son ministère.

Il nous reste à continuer de prier intensément pour eux deux, sur leur chemin de guérison complète et pour nos confrères qui sont toujours dans une situation difficile : Daniel mais Pierre dont la santé nous inquiète.

Ces confrères, comme tant d’autres personnes, ont souffert d’un manque de souffle, d’un souffle insuffisant pour respirer à plein poumons… à l’image, comme l’a souligné le Pape, ‘de nos sociétés qui ont continué leur route, imperturbables, en pensant rester toujours saines dans un monde malade’, monde qui n’arrivait plus à respirer et à donner un souffle vivifiant aux personnes.

Manquer de souffle rend la vie difficile et fragile ; chercher son souffle est vital pour ne pas sombrer, pour ne pas étouffer. Et beaucoup de personnes, trop, ont rendu leur dernier souffle. Pour nous, croyants, leur souffle s’est fondu dans le Souffle du Christ et fut remis entre les mains du Père, source de toute vie véritable. Ce Souffle du Vivant a été rendu sur la Croix pour que tous vivent dans l’Amour, pour que le monde respire dans ce souffle de Vie et devienne vivant, humain et du coup divin et cela au cœur même du confinement qui est étouffant pour des personnes seules ou des familles nombreuses dans des espaces restreints.

Ce souffle pascal rend vivant nombre de personnes, y compris des jeunes de banlieues, qui se sont laissés toucher par la présence de l’autre dans le besoin et qui ont multiplié les formes de service, des réseaux de charité, avec grande et belle générosité. Ce souffle rend vivant nombre d’associations qui rejoignent les personnes les plus dépourvues et éloignées. Ce souffle anime tant de personnes qui d’habitude vivent dans l’ombre de la société́. Ce souffle anime le monde des soignants dans sa diversité qui se donnent et redonne vie, espoir ou reçoivent le souffle des défunts.

Oui, notre monde s’est éveillé, se réveille peu à peu lui aussi ; il prend conscience de l’importance de l’autre, de la vie, de la personne pour qui l’on se donne, de la création qui est redécouverte et appréciée.

Ce temps de confinement nous a mis à distance, celle réglementaire d’un ou deux mètres pour respecter l’autre et se préserver mutuellement dans la santé. Et Pourtant, cette distance nous a rapprochés les uns des autres ; elle a rajusté notre regard sur nos proches, les voisins. C’est un souffle nouveau qui nous remet vraiment en présence de l’autre ! j’imagine que nos propres communautés, les communautés chrétiennes, l’Eglise elle-même, sont traversées elles aussi par ce Souffle de vie, nous permettant de voir notre frère avec ce nouveau regard !

Accueillons avec joie le Souffle du Christ que nous offre Pâque.

En ce temps de Pâques, prions pour que ce souffle se répande partout et continue de tous nous animer pour que nous nous retrouvions mieux les uns et les autres, que nous nous retrouvions en phase avec la création.

« Dans la prière, même pauvre, nous pouvons accueillir la lumière du message pascal. Nous pouvons découvrir que changer nos comportements personnels et collectifs est possible, en vue d’un autre avenir pour nous et pour l’humanité. Nous pouvons laisser monter en nous l’imagination nécessaire pour mettre en pratique de nouvelles solidarités.

Le Ressuscité envoie ses disciples dans le monde entier, non pas pour faire entrer toute l’humanité dans un même système religieux, mais pour que leurs vies rayonnent l’espérance d’une paix sur la terre et d’une plénitude pour toute la création. » Frère Alois.

Je laisse à votre méditation ce texte de Jacques Salomé :

« Les murs ne sont pas toujours au-dehors… Dans tous les murs, il y a une lézarde, dans toute lézarde, très vite, il y a un peu de terre, dans cette terre, la promesse d’un germe, dans ce germe fragile, il y a l’espoir d’une fleur, et dans cette fleur, la certitude ensoleillée d’un pétale de liberté.

Oui, la liberté est un germe même dans les murs les plus hostiles. La liberté peut naître d’une fissure, d’une rupture, d’un abandon. Elle peut naître aussi d’une ouverture, d’un mouvement.

La liberté a de multiples visages, elle est parfois la caresse d’un regard qui a croisé le mien, l’élan d’une parole qui a transformé la mienne pour en faire un chemin.

Les murs les plus cachés sont souvent au-dedans et, dans ces murs aussi, il y a des lézardes…

Laisse pousser tes fleurs, elles sont les germes de ta vie à venir. »

Fraternellement

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Visiteur de la Province de France. “Lettre aux confrères”. 16 mars 2020

La situation que nous vivons actuellement nous dépasse, et sans jouer au prophète de malheur, il faut admettre qu’il y a danger. L’heure est grave. Nous avons pu prendre à la légère cette épidémie du Coronavirus en ces débuts quand elle a commencé en Chine, mais il nous faut reconnaître qu’aujourd’hui, elle est à prendre très au sérieux.

P. Christian Mauvais, cm

Visiteur de la Province de France. “Lettre aux confrères”. 16 mars 2020

Chers confrères,« La Grâce de Notre Seigneur Jésus-Christ, soit toujours avec nous » !

La situation que nous vivons actuellement nous dépasse, et sans jouer au prophète de malheur, il faut admettre qu’il y a danger. L’heure est grave. Nous avons pu prendre à la légère cette épidémie du Coronavirus en ces débuts quand elle a commencé en Chine, mais il nous faut reconnaître qu’aujourd’hui, elle est à prendre très au sérieux. La propagation du virus a pris une vitesse supérieure et perturbe de plus notre vie quotidienne.  Le stade 3 a été décrété et nous ne sommes pas à la fin. D’autres mesures risquent de nous être communiquées dès ce soir. Nous sommes dans un temps de crise et cela nous appelle à des attitudes nouvelles. C’est une question de civisme, de respect. Les autorités de notre pays ont pris des décisions qui bouleversent notre quotidien et, nous confirme un document de la CORREF, tous les rassemblements, réunions, cérémonies sont strictement annulées, quel qu’en soit le nombre de participants, ce qui a de réelles conséquences pour la vie de nos communautés et sur notre ministère. Il nous faut rester à l’écoute de ce qui nous est demandé de par les autorités civiles et religieuses. Les rencontres prévues à la Maison-Mère au cours de mars et d’avril sont annulées. La Maison-Mère ferme ses portes à partir de ce jour pour une durée indéterminée ; il n’y aura plus d’accueil.

Nous devons agir dans le respect le plus strict des normes édictées par les autorités en leur faisant confiance, si ce n’est pas, par peur de nous contaminer, que ce soit par peur de contaminer les autres, c’est-à-dire, par amour des autres. Cela demande de chacun une réponse sérieuse, sans excès ni affolement, ni peur ; si nous ne le faisons pas pour nous, faisons-le pour les autres, avec amour ; notre manière de nous comporter doit prendre en compte les mesures de prudence et « gestes-barrière » préconisés :

Respecter une distance de sécurité́ d’un mètre,  se laver très régulièrement les mains, tousser et éternuer dans son coude, saluer sans se serrer la main ni s’embrasser, utiliser des mouchoirs à usage unique, porter un masque quand on est malade (sur prescription médicale).

Demeurons à l’écoute des directives, des consignes données pour le bien de tous ; là se situe notre obéissance aujourd’hui.

C’est un acte de solidarité́ et de responsabilité envers nos proches et prochains et comme un geste d’amour envers eux tous ; une autre façon de faire l’aumône entre nous en nous aidant et encourageant avec ces gestes de prudence, rejetant ainsi l’égoïsme et l’individualisme qui marquent notre humanité.

En ce temps de carême, les chrétiens étant invités à vivre un jeûne particulier, celui d’être privé de l’Eucharistie et de célébrations familiales (mariage, baptême…) nous nous retrouvons sans peuple pour célébrer l’Eucharistie ; dorénavant, les célébrations eucharistiques dans les églises, oratoires des communautés, monastères et abbayes, doivent rester strictement privées et n’accueillir aucune personne extérieure (fidèles de la communauté́ ou non) nous rapporte le document de la CORREF.

C’est une autre façon de vivre et d’être en communion avec l’extérieur, proches des personnes, notamment des vulnérables. Nous sommes invités à intensifier notre prière, à nous retourner vers Dieu et à Lui demander de l’aide, la patience et l’humilité nécessaires pour traverser cette épreuve qui concerne le monde, à lui présenter toutes les personnes dont la vie professionnelle est à l’arrêt ou sérieusement freinée ; toutes les personnes dont la solitude se fera sentir davantage ; toutes les personnes malades et le monde des soignants. Le peuple qui nous est donné est vaste et il compte sur nous. Chaque communauté́ est aussi invitée à trouver les moyens adaptés pour soutenir les personnes vulnérables et imaginer les soutiens nécessaires (courrier, téléphone, email…).

Ainsi, selon la proposition de la Présidente de la CORREF, pourquoi chaque communauté́ ne porterait pas en sa prière, l’hôpital le plus proche, l’ensemble de ses patients et de ses soignants. Mais encore les EHPAD de notre quartier ou dans nos maisons. Mais aussi les équipes médicales et soignantes travaillant en milieu carcéral et dans les associations au service des plus démunis, dans notre pays. N’oublions pas nos confrères en EHPAD, à l’hôpital que nous ne pouvons pas visiter.

La pandémie nous fait vivre à un autre rythme ; bien des rencontres ont été annulées, reportées et notre agenda est modifié régulièrement ; cela  va nous obliger probablement à rester davantage à la maison, à moins sortir, et nous aurons davantage de temps pour nous-mêmes et pour la communauté… profitons aussi de ce rythme nouveau pour nous poser, entrer dans le silence intérieur, nous exposant à l’Amour et à la Miséricorde de Dieu. Comme croyants, l’important est de nous laisser interpeller et toucher, de tirer du profit spirituel de cet événement. Restons et portons le monde à Marie, Notre Dame de la Médaille Miraculeuse. Elle est cette tendresse dont le monde a besoin, cette écoute attentive des désespérés, cette bonté qui rassure, cette Mère qui veille sur tous et chacun.

Je vous reste proche par la prière ;

Bien fraternellement au cœur de ce Carême qui se présente à nous différemment et nous attend là où personne ne pensait le trouver.

 

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Lettre du Visiteur pour le temps de l’Avent 2019

Vous avez pu, durant ce temps de l’Avent, vous nourrir et nourrir vos partages communautaires de la lettre du P. Général sur la Providence. Aidons-nous, comme il nous le demande, à vivre « l’abandon total entre les mains de Jésus, la confiance totale dans le projet de Jésus...

P. Christian Mauvais, cm

Lettre du Visiteur pour le temps de l’Avent 2019

« Il est venu déjà, le Seigneur que nous attendons ; nous en faisons mémoire dans l’attente. Il vient, le Seigneur que nous attendons, nous l’espérons dans la joie…. L’Avent, comme temps liturgique, est un temps particulier de redécouverte du sens de l’existence chrétienne, sens donné par l’avènement du Seigneur dès aujourd’hui, qui donne souffle et fait vivre ». (Marie-Dominique Trébuchet, Direct. IER)

‘La Grâce et la Paix de Notre Seigneur Jésus Christ, soient toujours avec nous’ !

Vous avez pu, durant ce temps de l’Avent, vous nourrir et nourrir vos partages communautaires de la lettre du P. Général sur la Providence. Aidons-nous, comme il nous le demande, à vivre

« l’abandon total entre les mains de Jésus, la confiance totale dans le projet de Jésus et la confiance totale en la Providence nous aident à découvrir ou à redécouvrir la beauté́, le positif et le sens de chaque événement », non pas comme une démission mais pour un renouvellement de notre don à la mission. N’est-ce pas aussi ce que nous dit l’Incarnation de Jésus, qui s’en remet en confiance entre nos mains pour que nous le portions aux autres, pour qu’il éclaire notre marche et donne sens à tout évènement ?

N’avons-nous pas besoin de comprendre les évènements qui marquent le monde, la société, l’Eglise et de découvrir, ou d’accueillir ce qu’ils construisent de nouveau, de quelle vie ils sont porteurs ! ils ne peuvent nous laisser indifférents ; ça nous questionnent sur la foi qui nous anime, l’espérance qui nous fait croire que la création dans sa totalité marche vers sa résurrection.

Dans ce long cheminement, il nous faut vivre cette descente en nous-mêmes, dans nos entrailles pour y retrouver la Parole faite chair qui fait toutes choses nouvelles ; à l’image de ce qu’écrivait Platon : « Avant de songer à réformer le monde, à faire des révolutions, à méditer de nouvelles constitutions, à établir un ordre nouveau, descendez dans votre cœur, faites-y régner l’ordre, l’harmonie, la paix. Ensuite seulement cherchez autour de vous des âmes qui vous ressemblent et passer à l’action.»

La patience devient nécessaire pour décrypter les signes, les évènements et les comprendre ; pour nous convertir dans nos profondeurs.

Elle est, comme le note S. Tesson, « … une vertu. Suprême, la plus élégante et la plus oubliée. Elle aidait à aimer le monde avant de prétendre à le transformer. La patience était la révérence de l’homme à ce qui était donné…. Attendre était une prière. Quelque chose venait. Et si rien ne venait, c’était que nous n’avions pas su regarder ». (La Panthère des neiges’)

« Plus nous nous mettons entre les mains de Jésus, plus nous sommes en mesure de lire les évènements quotidiens, les rencontres et les lieux comme des moyens à travers lesquels Jésus nous parle. … Nous placer entre les mains de Jésus et lui faire pleinement confiance nous aide à laisser la Providence agir en nous dans toutes les circonstances de la vie. Le fait de nous « abandonner » entre les mains de Jésus dans toutes les situations change notre regard. Nous reconnaîtrons les évènements comme « le moment favorable » ; faire confiance totale en la Providence nous aident à découvrir ou à redécouvrir la beauté, le positif et le sens de chaque événement. » (P. Tomaz MAVRIČ, lettre de l’Avent 2019)

 

Joyeuses fêtes de Noël à chacun

Et bonne entrée dans l’année 2020

 

 

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“Soyez toujours dans la joie du Seigneur”. Lettre circulaire du Visiteur de la Province de France

“Soyez toujours dans la joie du Seigneur”

Lettre circulaire du Visiteur de la Province de France

‘Soyez toujours dans la joie du Seigneur ; laissez-moi vous le redire : soyez dans la joie. Que votre sérénité soit connue de tous les hommes. Le Seigneur est proche.’ Ph 4,4-5

Chers confrères, ‘La Grâce et la Paix de Notre Seigneur Jésus Christ, soient toujours avec nous !’ Nous avançons progressivement sur le chemin, avec Marie et Joseph ; chemin qui nous conduit vers une étable pour y accueillir un nouveau-né et y reconnaître l’Emmanuel, ‘Dieu-avec-nous’. C’est un chemin sur lequel on avance ensemble ; nous avons besoin les uns des autres pour que nos vies, nos cœurs deviennent un lieu d’accueil pour l’inouï dans ce qu’il y a de plus quotidien, simple. Ce qui est caché, ‘Celui qui est au milieu de nous et que nous ne connaissons pas’, se révèle peu à peu dans un être-ensemble, dans un vivre-ensemble au cœur de notre maison commune.

Saurons-nous, le soir de Noël, être assez dépouillés, vides de nous-mêmes pour que la Parole éternelle d’Amour nous comble de sa présence et soit pour beaucoup une source de joie, une Bonne Nouvelle qui change en profondeur nos vies ? Serons-nous assez convertis, retournés pour devenir des artisans de Paix dans le quotidien de nos relations ?

Sur ce chemin d’humanité, des évènements marquent nos journées et viennent les bousculer, les interroger, les renouveler. Comment les recevons-nous ? De quoi ces évènements sont-ils porteurs, sont-ils le signe ? Permettez-moi de m’arrêter, succinctement, à ceux-ci, qui peuvent éclairer notre mission, notre action pastorale.

 

1. Le mouvement des ‘gilets jaunes’ ou un besoin d’être reconnu et écouté

Ce mouvement unique, hors circuit des partis politiques, des syndicats, que nous avons pu croire de courte durée, est une force de rassemblement de gens très divers, frappés par une crise qui met à jour un malaise profond ; ils crient leur souffrance, leur mal-être, le fait de ne pas exister vraiment ; il y a du désespoir et malheureusement les moyens pour se faire entendre ne sont pas maitrisés et débouchent sur la violence et la casse ! Le sentiment de subir une injustice sociale fait éclater la colère qu’il est parfois difficile à contrôler !

Nous avons eu du mal à comprendre ce qui se passait, à déceler ce dont ce mouvement était porteur. Nous avons souri, critiqué, soutenu etc. : nous ne sommes pas restés indifférents.

Que nous soyons d’accord ou non avec, ce mouvement a un message qui nous est adressé comme citoyens et comme croyants.

« … Il faudrait être sourds ou aveugles pour ne pas nous rendre compte de la lassitude, des frustrations, parfois des peurs et même de la colère… qui habitent une part importante des habitants de notre pays, et qui expriment ainsi des attentes et de profonds désirs de changements. Il faudrait être indifférents et insensibles pour ne pas être touchés par les situations de précarité et d’exclusion que vivent beaucoup sur le territoire national »[1]

Être sourds, aveugles, indifférents à des situations de désespoir que vivent une partie de nos concitoyens, comme fils de St Vincent, cela n’est guère possible ! Je retiens deux choses parmi d’autres :

Les ronds-points sont devenus des lieux de rassemblement où chacun redécouvre la force et la beauté de la fraternité, où se tissent des liens nouveaux. Ils sont « Bonne Nouvelle » pour beaucoup. Un nouveau feu réchauffe, rend proche.

Les cahiers de doléances qui sont proposés permettent de libérer la parole par l’écrit donnant l’occasion d’être entendu et de ne pas crier dans le désert : ‘Les gens racontent leur quotidien et leurs difficultés avec beaucoup de détails’. Ils sont un lieu où ‘on peut dire ce qu’on marmonne d’habitude le soir chez soi’.

Dans nos quartiers, nos paroisses, les lycées, déjà nous offrons des lieux pour que les gens se rassemblent et que leur parole soit entendue et prise au sérieux ! Prêter attention à ces lieux fait partie de notre mission et nous devons garder le souci de les proposer à un maximum de gens. De même il nous revient d’animer des espaces de dialogue dans le respect des uns et des autres, ouvrant un débat sur ce qu’il faut changer, apporter, mettre en place pour le bien de tous et pour une vie digne. Chacun a besoin sur son chemin quotidien de bénéficier des temps d’arrêt, de réflexion pour se construire et aider à la reconstruction du lien social : ‘nous devons écouter, dialoguer et apaiser’ rappelle le secrétaire général de la CEF !

N’est-ce pas dans ce sens que nous pouvons combattre le ‘cléricalisme’ ?

Le Christ n’est-il pas venu rassembler, faire vivre dans sa Parole, inviter les gens au bonheur ?

 

2. ‘Noël ensemble’ à Villepinte !

Pour dire l’attachement au vivre-ensemble, dans la paix, voilà une belle initiative et une réponse intéressante ; chacun est invité par les paroisses catholiques avec la collaboration des représentants des communautés juives et musulmanes à s’y rendre. ‘Dans notre société hyper individualiste où le lien social tend à régresser et la communauté du vivre-ensemble à s’essouffler, il devient, plus que Jamais urgent de trouver les chemins de fraternité.’ (P. Guillaume LEUKEUMO).

Ce genre d’initiative n’est certainement pas isolé et nous ne pouvons que nous en réjouir !

 

3. La béatification des martyrs d’Algérie ou la force d’une fidélité au dialogue, à l’amitié

C’est un événement qui touche non seulement l’église d’Algérie mais l’Église entière. « La sanctification est un cheminement communautaire, à faire deux à deux », rappelait le Pape François dans son exhortation apostolique sur la sainteté, ‘Gaudete et exsultate’.

Les martyrs d’Algérie ont souvent été saisis par la violence islamiste « deux à deux » et leur vocation à la sainteté s’est réalisée dans un « deux à deux quotidien », avec et au milieu des Algériens, grâce à a« ceux et celles que la vie de quartier, les services partagés, avaient fait leur prochain. Ils sont martyrs de la Charité, de l’Amour au quotidien, fidèles à un peuple, à des personnes secouées par la violence, en fidélité au don de soi jusqu’au bout.

Ils ont passé leurs vies à aimer et à servir ce peuple qui était dans l’épreuve de la tourmente, de la violence. Ils pensaient que leurs relations avec leurs frères et sœurs, avec lesquels ils avaient partagé toute leur existence, étaient plus importantes que de protéger leur vie.

Accueillons ce que dit Mgr DESFARGES, archevêque d’Alger : « Je ne peux pas être disciple de Jésus si je ferme mon cœur. Que ce dialogue inter-religieux soit difficile à mener, que ça nous demande des conversions, c’est une chose. Mais des hommes et des femmes ont donné leurs vies et ont manifesté que ce chemin de fraternité vaut la peine d’être vécu. Je voudrais vivre de telle façon que les autres puissent me reconnaitre comme l’un de leurs frères. Vivre avec l’autre me fait du bien. Je ne dis pas que c’est facile. La vie reste la vie. Mais tout de même, ce chemin-là permet d’être heureux ». 

Ou encore cette profession de foi de sœur Paule-Hélène en 92 : « « Nous croyons que tous les hommes sont habités par l’Esprit qui les conduit de l’intérieur même de leur tradition religieuse vers leur vocation de Fils de Dieu. Appelées à demeurer dans cette “maison de l’islam”, nous sommes conscientes de la précarité de notre mission et par là même de la richesse du don que Dieu nous fait ». 

« À travers la béatification de nos frères et sœurs, l’Église veut témoigner de son désir de continuer d’œuvrer pour le dialogue, la concorde et l’amitié. Nous croyons que cet événement inédit dans votre pays dessinera un grand signe de fraternité dans le ciel algérien à destination du monde entier. » (Message du Pape à l’Algérie) cela signifie que le dialogue et même l’amitié avec des musulmans sont une voie de sainteté pour aujourd’hui.

Cette béatification « valide en quelque sorte le sens d’une présence chrétienne dans le monde musulman, non pas dans un but de prosélytisme mais pour développer la rencontre avec l’autre », souligne le frère Jean-Jacques Pérennès, op.

« Leur sang versé, mêlé à celui de milliers d’Algériens et d’Algériennes, victimes de la violence dans ces dernières années, scelle un pacte nouveau entre nous : une alliance d’amitié que rien, même la mort, ne pourra briser ».

Faisons nôtre cette prière de sœur Paule-Hélène : « Que la faiblesse et la folie de notre petit nombre et de notre vieillissement soit lieu d’accueil et de puissance de l’Esprit de Dieu, pour que nos vies livrées fassent signe là où notre témoignage s’exerce le plus souvent dans le silence ».

N’est-ce pas une belle invitation à regarder les liens qui sont les nôtres et qui nous lient à des personnes différentes par la culture, la religion, l’histoire ! invitation aussi à recevoir ces liens comme un don ; c’est à travers eux que nous travaillons à la paix et construisons la fraternité ! Ces liens ont une puissance qui aide à aller plus loin, à tout partager, jusqu’au don de soi.

Ces liens d’amitié, de voisinage, de partage de responsabilité, de gratuité etc., tissés au jour le jour, sont le visage quotidien du vivre-ensemble-en paix et signes du Royaume. Ils nous emmènent jour après jour vers la sainteté.

Sommes-nous heureux sur ce chemin de la rencontre, du dialogue, de la fraternité ? Quelle est notre joie à nous donner ainsi dans le quotidien, à faire confiance, à recevoir de l’autre ?

Dieu ne vient-il pas à Noël signer de sa vie ce ‘pacte d’amitié’ que même la mort ne pourra détruire ? Ne vient-il pas nous inviter à vivre ces liens entre nous, si différents et si semblables et de nous nourrir de ces liens ?

 

4. Le Projet Provincial

L’Assemblée Provinciale l’a voté. Il reste, comme tout projet, à devenir de plus en plus réalité dans les lieux où nous sommes. Il nous sera remis officiellement remis le 25 janvier 2019, lors des journées de formation permanente et au début d’un nouveau mandat de gouvernance.

Je souhaite « nous » inviter, pour ces prochains mois, à prendre à bras le corps la question des jeunes. Cette question ne s’arrête pas uniquement à celle des vocations même si elle y est très liée. Quelle place donnons-nous aux jeunes dans nos communautés, nos rassemblements, quelle responsabilité leur confions-nous ? Dans son message pour la journée mondiale de la paix, François souligne combien il est nécessaire de promouvoir la participation des jeunes et la confiance en l’autre, en développant une politique qui soit capable d’encourager et de mobiliser les talents et les capacités de chacun pour le bien de la communauté.

Un jeune ne nous répondra que dans la mesure où nous lui manifesterons notre confiance et lui confierons quelque chose à vivre, où il puisse se donner et trouver du sens. Je souhaite que les journées de janvier nous aident, non seulement à entendre des témoignages, mais aussi à partager ce que nous vivons avec, les projets que nous construisons avec et pour eux… notre pastorale des jeunes, comment nous les voyons s’impliquer, comment ils sont nos partenaires etc. ! Nous avons décidé de développer l’accueil de jeunes étudiants dans certaines de nos maisons mais il nous faut aller plus loin dans un accompagnement. Nous avons mis en place une commission des Vocations qui a à charge de définir une « culture des vocations ». Elle s’est réunie ce mercredi et aura certainement un apport intéressant à nous donner.

Travailler avec des jeunes, cela demande de notre part une grande prudence dans notre proximité avec eux ; l’Église souffre trop de ces manquements, de ces mauvais rapports qui sont dangereux et qui ‘tuent’. Aidons-nous à bien nous situer, à maitriser nos sens, à être au clair vis-à-vis de nous-mêmes et à prendre du temps pour aborder la façon dont nous vivons les vœux que nous avons prononcés. Ils marquent notre être-au-monde, notre être-ensemble.

 

5. La paix pour combattre la violence

La violence est présente partout dans le monde, elle défigure, elle engendre la peur, la fuite. Elle divise et invite à construire des murs, des barrières entre les hommes.

Elle est présente en chacun de nous, prête à surgir et à blesser par des paroles ou des coups. Dans quel lieu de ce monde, n’est-elle pas présente ? Quel peuple n’est-il pas touché, blessé, menacé par elle ?

Pourtant, nous croyons qu’elle n’a pas le dernier mot de l’histoire, celle entre Dieu et l’humanité, celle entre des peuples, celle entre des personnes. C’est l’amour qui est vainqueur.

Marché du Mawlid et de Noël ou du Vivre ensemble en paix’ : heureuse initiative de Caritas Alger sur ‘4 jours qui ont été l’expression de ce vivre ensemble qui anime les équipes de Caritas Alger à faire en sorte que chaque personne bénéficiant de ses services soit un chainon unique dans cette grande chaine de solidarité et de fraternité’ (Maurice PILLOUD) ; cela a donné l’opportunité aux musulmans et aux chrétiens de vivre dans une ambiance liante, de tolérance, auréolée de coexistence et de paix, partageant leurs richesses artisanales entre autre. Initiative force de solidarité, au service de la Paix.

Et dans son message pour la journée mondiale de la Paix, ‘ la bonne politique est au service de la paix’, le Pape nous invite à offrir la paix à toutes personnes ; cela est au cœur de la mission des disciples du Christ : ‘Paix à cette maison’. Cette maison, précise-t-il, ‘c’est chaque famille, chaque communauté, chaque pays, chaque continent, dans sa particularité et dans son histoire ; c’est avant tout chaque personne, sans distinctions ni discriminations.’ C’est ce lieu où Dieu vient habiter, remplir de sa présence et quand il vient c’est en ami de la Paix, comme Prince de la Paix.

En l’accueillant dans notre maison, devenons des hommes de paix, pacifiés et heureux. Devenons des hommes donnés, heureux des liens d’amitié et de fraternité qui jalonnent notre vie.

 

Joyeux Noël à chacun et à chaque communauté.

Que la Paix de Dieu, le Christ Jésus, soit la Paix dans chacune de vos maisons !

Qu’elle soit le don par excellence pour 2019 !

P. Christian MAUVAIS, CM 🔸

Sommes-nous heureux sur ce chemin de la rencontre, du dialogue, de la fraternité ? Quelle est notre joie à nous donner ainsi dans le quotidien, à faire confiance, à recevoir de l’autre ? Dieu ne vient-il pas à Noël signer de sa vie ce ‘pacte d’amitié’ que même la mort ne pourra détruire ? Ne vient-il pas nous inviter à vivre ces liens entre nous, si différents et si semblables et de nous nourrir de ces liens ?

Christian MAUVAIS
NOTE :

[1] ‘Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique’ de la CEF, p. 16.

Visite de Provinces en Amérique Latine. Juillet 2018

Visite de Provinces en Amérique Latine.

Juillet 2018

Dans la ligne du partenariat que nous avons avec la COLOMBIE et sur invitation du Visiteur, le P. Orlando ESCOBAR, je me suis rendu dans ce pays pour connaître un tant soit peu la réalité de la Province, ses implantations, ses lieux de formation que nous soutenons financièrement et rencontrer les confrères, découvrir un peu la mission.

Sachant mon déplacement en Colombie qui a duré 10 jours, le P. Rolando GUTIERREZ, lors de son passage à Paris pour le CIF, m’a invité à venir au COSTA RICA où j’ai passé 4 jours. Etant sur le continent, j’ai accepté l’invitation. S’est rajouté dans la suite, l’invitation du P. José UBILÚS à venir au PEROU où j’ai passé 4 jours. Le P. Roberto GOMEZ m’a accompagné durant ce voyage, sauf au Pérou. Il fut un bon et nécessaire interprète.

Le COSTA RICA est une Vice-Province qui a été portée, soutenue par la Province d’Allemagne ; il reste encore un confrère allemand, Bernard KOCH, né en 1927. C’est en 1955 qu’est née la Vice Province ; depuis, il n’y a plus de liens avec l’Allemagne. Accolé à la maison provinciale, un collège où travaillent des confrères mais ça devient lourd.

A San José, j’ai rencontré le Vice Visiteur, le P. William BENAVIDES, avec l’économe de la Vice Province. Le P. William a présenté la Vice Province avec ses 3 maisons, celle provinciale avec le collège, celle de formation avec les cours de philo et de théo et celle de la mission de TALAMNACA, dans le diocèse de Limon, que j’ai pu visiter. La richesse de cette Vice Province se résume à la présence de 9 confrères, de 11 séminaristes dont 3 sont au Séminaire Interne au Guatemala et 8 autres jeunes sont en discernement. 2 jeunes seront ordonnés diacres d’ici la fin de l’année.

Les séminaristes, durant leurs études, travaillent sur un secteur paroissial et les samedis vont dans des bidonvilles à la rencontre des gens.

Les jeunes en discernement se retrouvent une fois par mois à la maison de Formation à IPÍS pour partager entre eux et le P. Rolando ; ils participent à 3 temps de mission chez les Indigènes et, une fois par mois, ils ont une rencontre avec d’autres jeunes de différentes Congrégations. Ils veulent permettre aux jeunes de connaître différentes propositions vocationnelles. Cette expérience avec les Vocations a commencé en 2009, où est mis en avant l’accompagnement, la proximité avec les Pauvres et le partage de la mission. La Famille Vincentienne est active aussi dans ce travail des vocations. L’accent est mis sur deux points : la culture des vocations et la mission chez les Indigènes.

C’est vous dire la dynamique qu’il y a et combien l’espérance est vivante. L’unité de la Vice Province fait sa force. Comme le disait Rolando, tout en reconnaissant un besoin de confères missionnaires, ‘nous ne connaissons pas le découragement mais nous avons une grande confiance en la Providence’.

J’ai eu la joie de visiter la mission de Talamanca, près du Panama où deux confrères, dont un frère, ont la charge d’animer et d’accompagner le peuple Indigène, oubliés et laissés sur le bord du chemin. L’accès n’est pas des plus simples, voiture, pirogue et moto et de longues heures. Lors de mon passage, les séminaristes et 3 jeunes en discernement ont passé 8 jours en mission ; je vous assure que c’est formateur à la mission et à l’esprit vincentien. Nous avons célébré avec une communauté, moment fort de communion fraternelle. Il y avait présents de nombreux enfants et jeunes dont certains se préparent à la communion et à la confirmation.

Seule la Congrégation de la Mission en porte le souci et le territoire où ils vivent est immense. Les confrères ont le soutien de l’évêque du lieu, Mgr Javier qui a rebaptisé sa cathédrale et son Diocèse : St Vincent de Paul ; ce n’est pas neutre ! j’ai eu la joie de le voir, alors qu’il participait avec son presbyterium à une rencontre de formation. Il est vrai que dans l’ensemble des églises du pays, il y a une statue de St Vincent, signe de reconnaissance de la part des prêtres qui ont été formés par la Congrégation de la Mission.

Pour l’avenir, nous avons retenu, avec le P. Visiteur et le P. Rolando, la possibilité d’envoyer des jeunes de France, avec la DCC ou autres, pour une découverte d’une réalité humaine et ecclésiale et soutenir un discernement. Ou envoyer, pourquoi pas, des jeunes qui ont été appelés à entrer au séminaire, dès le début du processus de formation.

Retenu aussi la volonté de garder une ouverture d’échanges entre nos deux Provinces avec la possibilité qu’un confrère du Costa Rica puisse venir pour le travail vocationnel et s’enrichir de nos pratiques. L’idée d’envoyer un diacre est émise pour 3-4 ans ; il pourrait aussi faire des études. Un début appelé à une continuité !

En novembre, le P. Rolando doit venir participer au CIF sur la culture des Vocations. Certains parmi vous pourront le rencontrer à cette occasion.

Le PEROU est une Province qui a fêté les 160 ans de l’arrivée des premiers missionnaires de France. J’avais oublié que l’été était parti pour laisser placer à l’hiver, temps pluvieux et parfois froid. Cela n’a pas empêché le P. José UBILÍUS de m’accompagner pour visiter les monuments du vieux Lima : Palais Présidentiel, la cathédrale, le musée de l’or et surtout les communautés des confrères sur Lima et la Maison Provinciale des Filles de la Charité et une de leurs écoles ; j’avais travaillé avec l’une d’elles en travaillent les confrères est autre chose que de l’entendre et encore je n’ai pas circulé à pied dans les quartiers. Ils ont une belle mission de proximité sur deux paroisses-bidonvilles de plus de 120000 habitants chacune ; il y a un beau dynamisme. C’est d’ailleurs le lieu où notre Frère Maxime M. a fait son Séminaire Interne et croyez-moi, partout où je suis passé, on m’a parlé de lui et demandé de ses nouvelles. Il est dans la mémoire de tous les confrères. Visite de la Maison Provinciale où se trouve un espace pour les confrères âgés qui ont chacun une chambre adaptée et avec la présence de soignants.

Découverte davantage de la paroisse N.D. de la Milagrosa, où vit José U. avec deux confrères âgés, P. César P., espagnol et l’évêque émérite de Titicaca, P. Raimundo R., et un plus jeune, le Directeur des Filles de la l’accompagnement de groupes comme celui des vocations qui animent chaque mois une messe où sont présents de nombreux jeunes dont certains se préparent à la confirmation.

J’ai eu la chance aussi de rencontrer, au Centre Animation Vincentienne, la Famille Vincentienne : AIC, SSVP, JMV, AMM, Groupe Vocations ; cette rencontre s’est continuée un soir, à la paroisse, par un temps de connaissance où chaque groupe a présenté ses activités, ses projets. Un beau moment de partage ; l’esprit de St Vincent est bien vivant et rend heureux de nombreuses personnes et des jeunes. C’est là où j’ai rencontré Vanessa qui est venue en août travailler avec d’autres jeunes, à la Chapelle de la Médaille Miraculeuse. Elle était très heureuse de cette expérience.

Je ne remercierai jamais assez le P. José UBILLÍUS de son invitation, de son accueil, de sa disponibilité. C’est un aperçu de la réalité de cette Province que j’ai eu mais il m’a rendu heureux et cela redonne espoir.

La COLOMBIE est une Province qui vient en 3ème position par le nombre de confrères, après la Pologne et l’Espagne (St Vincent de Paul) ; elle a été érigée comme province en 1913 ; mais elle va fêter en 2020, les 150 ans de l’arrivée des premiers missionnaires venus de France en 1870.

Comme partout, un accueil chaleureux, fraternel, bienveillant. Reçu à bras ouvert partout, avec reconnaissance de ma visite dans leur Province. Les liens tissés dans une histoire sont forts. J’y suis arrivé en période de renouvellement. Les semaines avant mon arrivée, il y avait eu la visite canonique, les retraites annuelles, l’Assemblée Provinciale, la visite du P. Général et les ordinations.  S’en sont suivies, la nomination d’un nouveau Provincial, le P. Diego qui était Directeur des Filles de la Charité et qui, à ce poste, à été remplacé par le P. Carlos, Directeur du Théologat, qui avait étudié à Paris et travaillé à Quillan.

 

Quelques brèves visites culturelles et religieuses

La cathédrale de sel à ZIPAQUIRA. Une merveille sous terre, taillée dans les galeries de sel par les mineurs après leurs heures de travail avec un splendide chemin de croix.

Le Sanctuaire de MONTSERRAT qui culmine à plus de 3000 m et qui domine une bonne partie de la ville de Bogota.

Les thermes dans les environs de Santa Rosa, aux pieds de cascades merveilleuses. Un bain de 3 heures dans une eau chaude, sous un ciel étoilé, quel régal et doux temps de pause.

La traversée des Andes avec un paysage magnifique, des cultures diverses sur des terrains plus que pentus sur lesquels broutent des vaches.

Une ferme du café à Santa Rosa avec une explication détaillée sur la fabrique du café, de la cueillette à la tasse ; puis visite d’une entreprise qui collecte, trie, sèche, torréfie, moud le café pour exportation. Le café n’aura plus jamais pour moi le même goût !

Le Sanctuaire National à Nuestro Senor de los Milagros de Buga.

 

Quelques rencontres de communautés

Une avec les séminaristes diocésains au grand séminaire d’El ESPINAL pendant plus d’une heure. C’est un confrère qui en est le Directeur, le P. Sébastian. Les séminaristes ont montré un intérêt pour la formation chez nous, par la mission que nous vivons, notamment avec l’Islam, la vie de notre Eglise, les vocations.

Une autre avec la communauté de SANTA ROSA de CABAL qui a été école apostolique et qui est maintenant la maison d’accueil pour la Province, pour des groupes dont la Famille Vincentienne. C’est la maison où sont arrivés et se sont installés les 1ers confrères français.

Une autre à CARTAGO, une des maisons où sont accueillis les confrères âgés, dans un cadre merveilleux, pacifique avec un climat tempéré. Certains ont à charge une chapelle/sanctuaire.

Une à CALI sur la 3ème chaine des Andes. Les confrères ont une paroisse à charge, plus le Sanctuaire de la Médaille Miraculeuse et c’est la maison du Directeur des Filles de la Charité de la province de Cali, (il y en a un autre à Bogota pour la province de Bogota et Venezuela).  Un confrère de 89 ans continue la mission à moto comme il l’a fait toute sa vie ; les km, dit-il, ne lui font pas peur. Rencontre aussi à la Fundacion Vicentina Luisa de Marillac, dirigée par Teresita, maison où sont accueillies des personnes âgées, seules, sans ressources ; nous y avons célébré, pris le café ensemble, dansé au rythme de la musique locale. Un bon moment vincentien.

Une autre à la maison Provinciale à BOGOTA; cette maison accueille sans cesse les confrères de passage. Il y a toujours du monde à table, un peu à l’image de notre Maison Mère. C’est là que j’ai retrouvé le P. Nestor, Régional au Rwanda et qui était passé au Berceau.

Enfin la maison de formation à FUNZA. Il y a d’une part le Séminaire Interne avec comme Directeur, le P. Alexander qui a quitté Toulouse l’an passé. Il y a 14 séminaristes. D’autre part, il y a le séminaire de Théologie sur 4 ans avec une trentaine de séminaristes dont 2 ont été ordonnés diacres peu avant mon arrivée. Le Recteur en est un ancien qui a fait des études en France, le P. Carlos CARDONA ; depuis il a été nommé Directeur des Filles de la Charité. Pendant plus de 2 heures, nous avons rencontré les jeunes et les professeurs ; échange riche et intéressant sur le monde, l’église de France, la mondialisation et les migrations, la formation etc. ; les sujets n’ont pas manqué.

Rencontre avec la Famille Vincentienne. A Cali avec les A.M.M. dont Marie est la présidente et qui nous a servi de chauffeur et de guide le temps de notre présence ; avec les Filles de la Charité dans différents lieux ; avec les Louise de Marillac.

Partout, des églises pleines, ferventes, avec une liturgie animée et bien vivante.

 

Partage familial avec les parents de nos confrères

A Bogota, une journée avec les parents de Roberto G., et une partie de ses sœurs, neveux, nièces ; la famille est grande et très unie.

A Pereira (dans la région du café) un repas chez la sœur du P. Alvaro R., Matilde. On avait déjà rencontré une nièce à Bogota.

A Cali, un repas avec les parents d’Alexis Cerquera, chez eux.

Des moments heureux, intenses, à faire connaissance, à partager en toute simplicité.

Avant mon départ pour le retour, avec le nouveau Visiteur et 3 de ses nouveaux membres du Conseil, nous avons fait une rencontre. J’ai pu ainsi, le remercier pour sa disponibilité puisque je lui ai fait changer son agenda et le remercier pour l’accueil reçu partout et par chacun. Il a demandé des nouvelles des confrères qui sont actuellement en France et nous avons fait un bilan de ces échanges de confrères pour études et mission, qui nous apparaît à tous les deux, positif et donc à continuer, en demandant aux confrères d’écrire plus régulièrement aux deux Visiteurs pour leur partager ce qu’ils vivent et deviennent.

  • Nous avons préparé l’envoi du P. Alexis VARGAS qui a rejoint la communauté de Villepinte pour 3 ans de mission qui se poursuivront par des études.
  • Ensuite, le P. Diego nous a présenté la Province avec ses 32 maisons, 163 confrères prêtres, 11 Frères (54 ans de moyenne d’âge), 4 diacres, 21 étudiants, 1 stagiaire, 14 au Séminaire Interne, 60 en philosophie et 6 en discernement. L’âge moyen étant de 54 ans. Ils sont présents dans 12 pays avec la formation, l’économie et le suivi des jeunes comme défis à relever. La Province soutient la formation avec spécialisation des confrères : 10 sont envoyés en étude chaque année. Ils sont présents au niveau provincial et au niveau diocésain avec un accent pour une formation de qualité. La C.M. est très reconnue et appréciée par l’histoire et la place qu’elle a prise dans les séminaires. La semence a été bonne, les fruits aujourd’hui sont beaux.
  • Au niveau vocations, ils sont bénis par Dieu. Il y en a en général, plus dans la CM que dans les diocèses ; les jeunes sont pour la mission et ont des racines chrétiennes profondes. Ils sont en lien avec le Costa Rica qui ont un apport riche, en se basant sur la place et le rôle de la famille humaine. Il y a tout un travail avec les Filles de la Charité qui tiennent un rôle important dans les vocations, même si elles en ont moins. Il y a une bonne collaboration avec elles et la Famille Vincentienne ; les confrères sont demandés en Amérique latine.
  • Nous avons repris la convention de notre collaboration, qui avait été signée par nos prédécesseurs et qui date du P. Sylvestre ; nous avons choisis de la travailler dans chacun de nos conseils ; l’aspect du soutien financier a été abordé et il sera revu un peu à la baisse. La situation de la Province n’est plus tout à fait la même et une autonomie est réussie. Certes, la Province a en charge la Région du Rwanda/Burundi où ils sont présents depuis 20 ans avec 10 ordinations autochtones et le Venezuela qui a demandé son rattachement à la Colombie ; il y a peu de vocations au Venezuela et les confrères dont le nombre baisse sont de plus en plus âgés.
  • Le bilan est plus positif que négatif : rencontre avec les lieux et les origines du Charisme, richesse spirituelle, soutien économique, bonne collaboration mutuelle depuis de longue date. Pour l’avenir, il serait mieux que les confrères envoyés soient mieux préparés à l’avance par une session pour découvrir l’église de France et la société.

En conséquence, nous continuons.

La Province de Colombie va fêter les 150 ans de l’arrivée des confrères français. Il y a certainement un travail d’archives à faire et à réfléchir. Affaire à suivre !

« C’est à Medellin que l’église entière est devenue vincentienne »

Mr Tulio Botero Salzar cm

(Archevêque de Medellin en 1969, lors de la Conférence de Medellin où l’église latino-américaine a fait le choix préférentiel des pauvres).

Christian MAUVAIS, CM – Visiteur Province de France 🔸

C’est à Medellin que l’église entière est devenue vincentienne

Mr Tulio Botero Salzar cm

L’accueil de l’autre

L’accueil de l’autre

« La sollicitude de l’Eglise doit s’exprimer concrètement à chaque étape de l’expérience migratoire. C’est une grande responsabilité que d’Église entend partager avec tous les croyants ainsi qu’avec tous les hommes et femmes de bonne volonté, appelé à répondre aux nombreux défis posés par les migrations…. Notre réponse commune peut s’articuler autour de quatre verbes : accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. » C’est par ces paroles que François nous réveille et nous stimule pour un réel engagement vis à vis de l’étranger en migration particulièrement.

Les actes des Apôtres nous décrivent un certain Saul animé d’une rage meurtrière envers les fidèles des 1ères communautés chrétiennes qu’il considère comme infidèles ; c’est pour cette raison qu’il n’hésite pas à les arrêter et à les enchainer. En tant que pharisien, c’est probablement un amour fou pour Dieu qui le pousse à ces actes ! Il y a de quoi avoir peur d’une telle intransigeance, dureté de cœur détermination.

Cette attitude de Saul nous fait penser aujourd’hui, à ces personnes, ces groupes, qui à travers le monde, sont acharnés à repérer ‘les infidèles’, les étrangers et à les supprimer de différentes façons, parce qu’ils ne sont pas dans la droite ligne de la religion, qu’ils dérangent une tradition ou parce qu’ils ont une vision du monde qui diffère.

La personnalité de Saul, peut aussi nous renvoyer l’image de gouvernants, de systèmes qui n’hésitent pas à jeter sur les routes des hommes, des femmes et des enfants pour sauvegarder leur place, leur compte en banque, leur prestige, leur idéologie ; cette part d’humanité se retrouve ainsi en errance, affrontée à des regards pas toujours ouverts et fraternels, et doit faire face à des situations de non hospitalité, engendrant la peur et l’intranquillité.

Ce personnage de Saul peut encore révéler ce que nous sommes parfois nous-mêmes vis à vis des autres qui nous dérangent par leurs attitudes, prises de position, leurs parcours historiques ! N’y a-t-il pas quelquefois de l’intransigeance et de la dureté de cœur dans nos paroles sur l’autre, dans nos rapports au sein de nos communautés, de nos lieux de vie… et les manières d’enchainer, de rendre inoffensifs ceux qui nous gênent, sont nombreuses : indifférence, mépris, rejet, rumeurs, murmures etc. il arrive que notre frère, notre sœur soit étranger pour nous et souffre de nos jugements hâtifs.

Sur son chemin, Saul a eu la chance de vivre une rencontre très forte avec le Christ ; rencontre qui met à terre ses idées bien arrêtées, bien cadrées. Elle lui fait réaliser qu’il se trompe de combat et que l’esprit qui l’anime est celui de la division, de la vengeance, de la mort, de l’étouffement ; cette rencontre foudroyante l’invite à se laisser mouvoir et conduire par l’Esprit du Christ, esprit de communion, de vie, d’accueil. Saul est invité à mettre sa rage, ses énergies au service de l’étranger, du païen, du différent dans les nations étrangères pour lui annoncer l’Evangile, le rassembler dans un même corps, l’accueillir comme frère en humanité et dans la foi. L’audace, le zèle sont ainsi réorientés. Cette conversion peut-elle être la nôtre ?

Sur son chemin, Saul a été conforté aussi par la présence d’Ananie qui lui-même a dû faire un chemin intérieur pour ne pas en rester aux idées reçues, à la réputation faite à Saul et qui lui fait peur. Ananie restait prisonnier de cette réputation faite à Saul, ce meurtrier, dangereux, dont il fallait se méfier. Comment Seigneur intégrer dans notre communauté un gars comme lui qui ne respire que mort ?

De la même façon, il nous arrive parfois de demeurer prisonniers de ce qu’on entend dire sur l’autre et qu’on répète en augmentant la dose de rejet. Quelle conversion avons-nous à vivre pour nous libérer de ces images et oser le pas de l’accueil dans nos communautés humaines ou religieuses. La peur engendre la méfiance et le rejet ; elle nous empêche d’entendre et de faire des propositions de vie.

Grâce à l’accueil d’Ananie, Saul s’est résitué autrement sur son chemin ; son regard a été purifié, clarifié, son cœur lavé par le baptême, son corps rempli de force par l’eucharistie ; il a trouvé un lieu, une communauté qui a redonné sens à sa mission, qui a réorienté ses énergies ; Lui, le pire ennemi est devenu le frère de beaucoup, surtout de ceux qui étaient au loin, dispersés dans les régions du monde ; il a travaillé pour qu’ils soient accueillis dans l’Eglise.

Comme Saul et Ananie, je crois que nous avons un fort travail à faire entre nous déjà pour nous accueillir avec nos différences, notre étrangeté ; l’inter culturalité, l’universalité au sein de notre Famille est certainement une chance, celle de nous convertir à l’autre ; celle de nous amener à regarder l’autre à partir du Christ, non à partir de nous-mêmes ! « La beauté du monde est faite d’une multitude de différences, un p eu d’amour rendra tout plus facile » (sœurs de l’Enfant Jésus Nicolas Barré)

Il y a tout un chemin pour que l’étranger devienne notre frère, pour que nous le comprenions dans sa particularité. St Vincent a combattu fortement pour que l’étranger, qu’il soit de Lorraine, de Picardie ou d’ailleurs soit secouru, accueilli, ait les moyens de prendre sa vie en main. Il a mis ses énergies et celles de ceux avec qui il collaborait au service de l’étranger en errance !

Si nous faisons ce travail sur nous-mêmes, nous le ferons aussi vis à vis de l’étranger qui vient sur nos terres et qui nous invite à l’hospitalité ! Si chacune de nos communautés ou lieu de vie pouvait accueillir pour un temps, un migrant, un demandeur de vie, de fraternité pour l’accompagner sur le chemin de l’intégration, de l’épanouissement, cela donnerait sens et chair à notre don, à notre être-ensemble, au vivre-ensemble ! Prendre en compte ces migrants mineurs qui sont de plus en plus nombreux : ils sont les plus vulnérables. « De quelle vulnérabilité sommes-nous proches aujourd’hui ? N’est-ce pas la passion pour les personnes sur le seuil, aux marges qui doit nous animer ? » (sœur V. Margron, présidente de la CORREF).

Ananie découvre que la communauté rassemblée au nom du Christ, est un lieu d’accueil, d’ouverture où chacun peut avoir sa place, où chacun peut être transformé intérieurement et s’ouvrir à l’autre. Comme à Béthanie où Jésus aime à se poser avec ses amis. Ce n’est pas un lieu où il reste mais un arrêt passager sur sa route. Il reprend souffle dans la rencontre amicale, dans le partage d’une parole, d’un pain.

La maison de l’hospitalité : cela pourrait être l’orientation et la devise pour l’ouverture de nos communautés, de nos pays envers ceux qui viennent d’ailleurs, qui ont besoin d’un lieu où se poser, où se remettre du stress, des dangers du chemin parcouru, , de la peur ? Quelles attitudes, quelles paroles, quelles propositions pouvons-nous faire pour accueillir aujourd’hui ?

Marthe a exercé la dimension corporelle de l’accueil en offrant le minimum à l’hôte de passage, en étant  aux petits soins pour lui.
A son exemple, en tant que chrétiens et vincentiens, nous sommes invités à inquiéter pour l’étranger, le migrant, la personne en situation de déplacement ?

Nous inquiéter afin qu’il ne manque pas du minimum, d’un verre d’eau, d’une douche, d’un repas, d’un soin, d’un lit, d’une démarche administrative, d’un papier à obtenir, d’un renseignement attendu, d’un téléphone à donner, en fait tout ce qui touche aux fondamentaux qui respectent la dignité de la personne. Cette inquiétude ne nous sera jamais reprocher puisqu’elle nous place en face de l’humanité blessée revêtue par Jésus !

Marie représente la dimension spirituelle de l’accueil de l’autre en étant totalement disponible à celui qui passe. C’est le temps de l’écoute, ‘fondement de toute spiritualité, c’est le 1er service à rendre aux autres dans la communauté’ souligne Dietrich Bonhoeffer ; s’asseoir pour écouter celui qui a besoin de se dire, de raconter son parcours, les drames de la route, ses peurs, ses objectifs ; être des oreilles toutes tournées vers une vie en souffrance qui se dépose en nous pour y trouver accueil, encouragement, conseil pour tenir et continuer. ‘Si nous n’écoutons pas, rien n’entrera dans notre esprit et notre cœur.’ ‘S’il vous plait, je vous demande d’écouter les pauvres, ceux qui souffrent. Regardez les dans les yeux et laissez-vous interroger à tout moment par leurs visages sillonnés de souffrance et par leurs mains suppliantes. En eux, on apprend d’authentiques leçons de vie, d’humanité, de dignité….’

Béthanie, lieu du relèvement global de la personne, où est pris en compte son développement intégral comme nous y invite François, chemin déjà ouvert par Vincent de Paul.

Béthanie, lieu de l’amitié qui est un des meilleurs dons que nous pouvons offrir aux autres. Non pas donner de son temps mais mener ensemble une vie fraternelle dont personne ne sort indemne. Robert Maloney souligne que ‘St Vincent nous appelle à traiter ceux que nous servons non pas comme des ‘pauvres’ mais comme des personnes. Il nous demande de les traiter non pas comme des clients mais comme des amis que nous aimons profondément.’

Si nous laissons l’Esprit saint nous conduire, nous nous ouvrirons à l’étranger et nous l’aimerons. Nous comprendrons qu’il n’y a pas de frontières infranchissables dans les relations qui construisent le Corps du Christ dans nos réalités d’aujourd’hui ; peut-être ‘expérimenterons-nous que le Christ peut nous humaniser l’un par l’autre et être témoin de l’Évangile’.

S’ouvrir, se réjouir, accompagner, être un instrument pour que l’autre trouve sa place au sein de la communauté et développe ses talents sur d’autres terres, car « tout immigré qui frappe à notre porte est une occasion de rencontre avec Jésus Christ qui s’identifie à l’étranger de toute époque accueilli ou rejeté… ».

Être présents dans nos lieux de vie pour répondre aux besoins urgents de toute personne qui est en itinérance, pour prendre le temps d’écouter, de se faire réservoir des souffrances humaines et qu’une source de vie nouvelle rafraichisse toute personne qui nous est étrangère.

Dans toutes ces dimensions, ces lieux, ces démarches, apprendre et vouloir travailler avec d’autres, collaborer avec ceux qui ont une formation appropriée au niveau psychologique, administratif, humain etc ; collaborer avec les provinces dont sont originaires les migrants, exilés, réfugiés ; il y a des ponts, des liens, un tissu humain à sauvegarder, à construire.

La Famille Vincentienne qui est présente sur de nombreux pays, peut favoriser ces liens, les consolider et permettre qu’à chaque étape que le migrant soit accueilli, reconnu et trouve les moyens de réaliser son avenir. Savoir proposer des lieux de prière, de ressourcement nécessaire comme Marie. La dimension religieuse et spirituelle est vitale pour chaque personne.

Oui, finalement pour nous comme pour tout chrétien, ‘il y a toujours, partout, des gens à aimer et toujours et partout, à témoigner d’un Dieu qui relève afin que des hommes et des femmes qui ont mille raisons de se sentir écrasés puissent doucement reprendre courage et espérance’. Tel est le défi que nous avons à relever aujourd’hui ! telle est notre foi et telle doit être notre expérience à l’exemple de St Vincent, et que notre « amour soit inventif jusqu’à l’infini… ! » qu’il en soit ainsi !…

Christian MAUVAIS, CM – Visiteur Province de France 🔸

Si nous laissons l’Esprit saint nous conduire, nous nous ouvrirons à l’étranger et nous l’aimerons. Nous comprendrons qu’il n’y a pas de frontières infranchissables dans les relations qui construisent le Corps du Christ dans nos réalités d’aujourd’hui…

Explications :

Homélie du 13 octobre 2017 à Rome- Symposium