L’accueil de l’autre

L’accueil de l’autre

« La sollicitude de l’Eglise doit s’exprimer concrètement à chaque étape de l’expérience migratoire. C’est une grande responsabilité que d’Église entend partager avec tous les croyants ainsi qu’avec tous les hommes et femmes de bonne volonté, appelé à répondre aux nombreux défis posés par les migrations…. Notre réponse commune peut s’articuler autour de quatre verbes : accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. » C’est par ces paroles que François nous réveille et nous stimule pour un réel engagement vis à vis de l’étranger en migration particulièrement.

Les actes des Apôtres nous décrivent un certain Saul animé d’une rage meurtrière envers les fidèles des 1ères communautés chrétiennes qu’il considère comme infidèles ; c’est pour cette raison qu’il n’hésite pas à les arrêter et à les enchainer. En tant que pharisien, c’est probablement un amour fou pour Dieu qui le pousse à ces actes ! Il y a de quoi avoir peur d’une telle intransigeance, dureté de cœur détermination.

Cette attitude de Saul nous fait penser aujourd’hui, à ces personnes, ces groupes, qui à travers le monde, sont acharnés à repérer ‘les infidèles’, les étrangers et à les supprimer de différentes façons, parce qu’ils ne sont pas dans la droite ligne de la religion, qu’ils dérangent une tradition ou parce qu’ils ont une vision du monde qui diffère.

La personnalité de Saul, peut aussi nous renvoyer l’image de gouvernants, de systèmes qui n’hésitent pas à jeter sur les routes des hommes, des femmes et des enfants pour sauvegarder leur place, leur compte en banque, leur prestige, leur idéologie ; cette part d’humanité se retrouve ainsi en errance, affrontée à des regards pas toujours ouverts et fraternels, et doit faire face à des situations de non hospitalité, engendrant la peur et l’intranquillité.

Ce personnage de Saul peut encore révéler ce que nous sommes parfois nous-mêmes vis à vis des autres qui nous dérangent par leurs attitudes, prises de position, leurs parcours historiques ! N’y a-t-il pas quelquefois de l’intransigeance et de la dureté de cœur dans nos paroles sur l’autre, dans nos rapports au sein de nos communautés, de nos lieux de vie… et les manières d’enchainer, de rendre inoffensifs ceux qui nous gênent, sont nombreuses : indifférence, mépris, rejet, rumeurs, murmures etc. il arrive que notre frère, notre sœur soit étranger pour nous et souffre de nos jugements hâtifs.

Sur son chemin, Saul a eu la chance de vivre une rencontre très forte avec le Christ ; rencontre qui met à terre ses idées bien arrêtées, bien cadrées. Elle lui fait réaliser qu’il se trompe de combat et que l’esprit qui l’anime est celui de la division, de la vengeance, de la mort, de l’étouffement ; cette rencontre foudroyante l’invite à se laisser mouvoir et conduire par l’Esprit du Christ, esprit de communion, de vie, d’accueil. Saul est invité à mettre sa rage, ses énergies au service de l’étranger, du païen, du différent dans les nations étrangères pour lui annoncer l’Evangile, le rassembler dans un même corps, l’accueillir comme frère en humanité et dans la foi. L’audace, le zèle sont ainsi réorientés. Cette conversion peut-elle être la nôtre ?

Sur son chemin, Saul a été conforté aussi par la présence d’Ananie qui lui-même a dû faire un chemin intérieur pour ne pas en rester aux idées reçues, à la réputation faite à Saul et qui lui fait peur. Ananie restait prisonnier de cette réputation faite à Saul, ce meurtrier, dangereux, dont il fallait se méfier. Comment Seigneur intégrer dans notre communauté un gars comme lui qui ne respire que mort ?

De la même façon, il nous arrive parfois de demeurer prisonniers de ce qu’on entend dire sur l’autre et qu’on répète en augmentant la dose de rejet. Quelle conversion avons-nous à vivre pour nous libérer de ces images et oser le pas de l’accueil dans nos communautés humaines ou religieuses. La peur engendre la méfiance et le rejet ; elle nous empêche d’entendre et de faire des propositions de vie.

Grâce à l’accueil d’Ananie, Saul s’est résitué autrement sur son chemin ; son regard a été purifié, clarifié, son cœur lavé par le baptême, son corps rempli de force par l’eucharistie ; il a trouvé un lieu, une communauté qui a redonné sens à sa mission, qui a réorienté ses énergies ; Lui, le pire ennemi est devenu le frère de beaucoup, surtout de ceux qui étaient au loin, dispersés dans les régions du monde ; il a travaillé pour qu’ils soient accueillis dans l’Eglise.

Comme Saul et Ananie, je crois que nous avons un fort travail à faire entre nous déjà pour nous accueillir avec nos différences, notre étrangeté ; l’inter culturalité, l’universalité au sein de notre Famille est certainement une chance, celle de nous convertir à l’autre ; celle de nous amener à regarder l’autre à partir du Christ, non à partir de nous-mêmes ! « La beauté du monde est faite d’une multitude de différences, un p eu d’amour rendra tout plus facile » (sœurs de l’Enfant Jésus Nicolas Barré)

Il y a tout un chemin pour que l’étranger devienne notre frère, pour que nous le comprenions dans sa particularité. St Vincent a combattu fortement pour que l’étranger, qu’il soit de Lorraine, de Picardie ou d’ailleurs soit secouru, accueilli, ait les moyens de prendre sa vie en main. Il a mis ses énergies et celles de ceux avec qui il collaborait au service de l’étranger en errance !

Si nous faisons ce travail sur nous-mêmes, nous le ferons aussi vis à vis de l’étranger qui vient sur nos terres et qui nous invite à l’hospitalité ! Si chacune de nos communautés ou lieu de vie pouvait accueillir pour un temps, un migrant, un demandeur de vie, de fraternité pour l’accompagner sur le chemin de l’intégration, de l’épanouissement, cela donnerait sens et chair à notre don, à notre être-ensemble, au vivre-ensemble ! Prendre en compte ces migrants mineurs qui sont de plus en plus nombreux : ils sont les plus vulnérables. « De quelle vulnérabilité sommes-nous proches aujourd’hui ? N’est-ce pas la passion pour les personnes sur le seuil, aux marges qui doit nous animer ? » (sœur V. Margron, présidente de la CORREF).

Ananie découvre que la communauté rassemblée au nom du Christ, est un lieu d’accueil, d’ouverture où chacun peut avoir sa place, où chacun peut être transformé intérieurement et s’ouvrir à l’autre. Comme à Béthanie où Jésus aime à se poser avec ses amis. Ce n’est pas un lieu où il reste mais un arrêt passager sur sa route. Il reprend souffle dans la rencontre amicale, dans le partage d’une parole, d’un pain.

La maison de l’hospitalité : cela pourrait être l’orientation et la devise pour l’ouverture de nos communautés, de nos pays envers ceux qui viennent d’ailleurs, qui ont besoin d’un lieu où se poser, où se remettre du stress, des dangers du chemin parcouru, , de la peur ? Quelles attitudes, quelles paroles, quelles propositions pouvons-nous faire pour accueillir aujourd’hui ?

Marthe a exercé la dimension corporelle de l’accueil en offrant le minimum à l’hôte de passage, en étant  aux petits soins pour lui.
A son exemple, en tant que chrétiens et vincentiens, nous sommes invités à inquiéter pour l’étranger, le migrant, la personne en situation de déplacement ?

Nous inquiéter afin qu’il ne manque pas du minimum, d’un verre d’eau, d’une douche, d’un repas, d’un soin, d’un lit, d’une démarche administrative, d’un papier à obtenir, d’un renseignement attendu, d’un téléphone à donner, en fait tout ce qui touche aux fondamentaux qui respectent la dignité de la personne. Cette inquiétude ne nous sera jamais reprocher puisqu’elle nous place en face de l’humanité blessée revêtue par Jésus !

Marie représente la dimension spirituelle de l’accueil de l’autre en étant totalement disponible à celui qui passe. C’est le temps de l’écoute, ‘fondement de toute spiritualité, c’est le 1er service à rendre aux autres dans la communauté’ souligne Dietrich Bonhoeffer ; s’asseoir pour écouter celui qui a besoin de se dire, de raconter son parcours, les drames de la route, ses peurs, ses objectifs ; être des oreilles toutes tournées vers une vie en souffrance qui se dépose en nous pour y trouver accueil, encouragement, conseil pour tenir et continuer. ‘Si nous n’écoutons pas, rien n’entrera dans notre esprit et notre cœur.’ ‘S’il vous plait, je vous demande d’écouter les pauvres, ceux qui souffrent. Regardez les dans les yeux et laissez-vous interroger à tout moment par leurs visages sillonnés de souffrance et par leurs mains suppliantes. En eux, on apprend d’authentiques leçons de vie, d’humanité, de dignité….’

Béthanie, lieu du relèvement global de la personne, où est pris en compte son développement intégral comme nous y invite François, chemin déjà ouvert par Vincent de Paul.

Béthanie, lieu de l’amitié qui est un des meilleurs dons que nous pouvons offrir aux autres. Non pas donner de son temps mais mener ensemble une vie fraternelle dont personne ne sort indemne. Robert Maloney souligne que ‘St Vincent nous appelle à traiter ceux que nous servons non pas comme des ‘pauvres’ mais comme des personnes. Il nous demande de les traiter non pas comme des clients mais comme des amis que nous aimons profondément.’

Si nous laissons l’Esprit saint nous conduire, nous nous ouvrirons à l’étranger et nous l’aimerons. Nous comprendrons qu’il n’y a pas de frontières infranchissables dans les relations qui construisent le Corps du Christ dans nos réalités d’aujourd’hui ; peut-être ‘expérimenterons-nous que le Christ peut nous humaniser l’un par l’autre et être témoin de l’Évangile’.

S’ouvrir, se réjouir, accompagner, être un instrument pour que l’autre trouve sa place au sein de la communauté et développe ses talents sur d’autres terres, car « tout immigré qui frappe à notre porte est une occasion de rencontre avec Jésus Christ qui s’identifie à l’étranger de toute époque accueilli ou rejeté… ».

Être présents dans nos lieux de vie pour répondre aux besoins urgents de toute personne qui est en itinérance, pour prendre le temps d’écouter, de se faire réservoir des souffrances humaines et qu’une source de vie nouvelle rafraichisse toute personne qui nous est étrangère.

Dans toutes ces dimensions, ces lieux, ces démarches, apprendre et vouloir travailler avec d’autres, collaborer avec ceux qui ont une formation appropriée au niveau psychologique, administratif, humain etc ; collaborer avec les provinces dont sont originaires les migrants, exilés, réfugiés ; il y a des ponts, des liens, un tissu humain à sauvegarder, à construire.

La Famille Vincentienne qui est présente sur de nombreux pays, peut favoriser ces liens, les consolider et permettre qu’à chaque étape que le migrant soit accueilli, reconnu et trouve les moyens de réaliser son avenir. Savoir proposer des lieux de prière, de ressourcement nécessaire comme Marie. La dimension religieuse et spirituelle est vitale pour chaque personne.

Oui, finalement pour nous comme pour tout chrétien, ‘il y a toujours, partout, des gens à aimer et toujours et partout, à témoigner d’un Dieu qui relève afin que des hommes et des femmes qui ont mille raisons de se sentir écrasés puissent doucement reprendre courage et espérance’. Tel est le défi que nous avons à relever aujourd’hui ! telle est notre foi et telle doit être notre expérience à l’exemple de St Vincent, et que notre « amour soit inventif jusqu’à l’infini… ! » qu’il en soit ainsi !…

Christian MAUVAIS, CM – Visiteur Province de France 🔸

Si nous laissons l’Esprit saint nous conduire, nous nous ouvrirons à l’étranger et nous l’aimerons. Nous comprendrons qu’il n’y a pas de frontières infranchissables dans les relations qui construisent le Corps du Christ dans nos réalités d’aujourd’hui…

Explications :

Homélie du 13 octobre 2017 à Rome- Symposium

Installation à la cité de la Rouguière – Marseille

L’installation des Lazaristes à la Cité de la Rouguière – Marseille –

Sous-titre

Sous un soleil radieux, au cœur de la cité de la Rouguière, une petite assemblée de fidèles qui portent le souci de la vie ecclésiale locale, s’est retrouvée pour accueillir les confrères nouvellement nommés dans ce lieu où pendant de longues années, des Filles de la Charité ont témoigné par une vie de présence et d’action d’un vivre ensemble où chacun était accueilli et reconnu.

Eric BROUSSOUS, le curé de la paroisse St Marcel dont fait partie la Rouguière et le vicaire André JUILLAN étaient présents pour cet événement.

La célébration de l’Eucharistie s’est ouverte par un mot d’accueil du curé, heureux que des Vincentiens choisissent de s’installer ici pour continuer cette présence du charisme de St Vincent de Paul. C’est ainsi qu’ont été présentés Eric St SEVIN, Edgard ZAPATA et Lionel AZOUZ ; ceux-ci ont des missions sur le diocèse mis à part Edgard qui est engagé sur la paroisse qu’il connaît déjà bien et où il est apprécié. Ils ont reçu mission du Visiteur, d’être des présences de paix, de dialogue, d’espérance pour les habitants de la cité en favorisant l’accueil, les rencontres et les partages et des temps de prière. A chacun de trouver la manière dont il rendra cela effectif.

Un apéritif a permis de se parler davantage, d’entrer dans une histoire locale. Ces instants sont signes de fraternité. L’ensemble des confrères avec le curé et son vicaire, se sont retrouvés autour d’une table commune pour partager le repas dans une ambiance détendue où les rires ont fusés : véritable joie de se retrouver, d’être appelés à servir ensemble un peuple divers en attente d’une Bonne Nouvelle.

Mot d’accueil du curé, P. Eric BROUSSOUS

” Il y a 2 ans, à la même époque, la cité de la Rouguière était en émoi : vous appreniez que la communauté des sœurs (Filles de la Charité) allait partir.

Nous n’avons jamais oublié le cri que vous avez lancé à l’équipe pastorale : « surtout, n’oubliez pas les chrétiens de la Rouguière » !

Nous avons continué à assurer cette présence, avec le soutien de Line, de Chantal, de Paule qui ont animé ces rencontres, ces célébrations du samedi. Avec André, nous avons continué à célébrer l’eucharistie ; André continue d’accompagner ce service de visiteurs de personnes âgées.

Et puis la bonne nouvelle : nous apprenons que nos frères lazaristes ont le désir de s’implanter au cœur d’une cité et ils font le choix de la Rouguière.

Ce matin, nous sommes réunis pour rendre grâce à la Providence, à ce Seigneur qui continue de veiller su ses enfants, en particulier les membres de cette cité. Nous rendons grâce au Seigneur pour l’arrivée de cette communauté de ces frères lazaristes, toujours dans cette famille de Saint Vincent de Paul, un des apôtres des « petits », les préférés du Seigneur.

Nous leur souhaitons la bienvenue, nous souhaitons la bienvenue aujourd’hui à leur supérieur, notre ami  Christian Mauvais, dont le cœur est encore un peu attaché à Marseille, lui qui longtemps servi dans les quartiers Nord, lui qui a longtemps œuvré entre autre au service de la JOC et des personnes malades de l’Hôpital Houphouët Boigny ou à la Timone.

Nous commençons à découvrir Edgar, nous découvrirons aussi Eric et Lionel.

Nous confions cette cité et le ministère de nos frères à l’Esprit Saint pour qu’il féconde leur travail et pour qu’il rappelle que le Seigneur est toujours à l’œuvre “

Homélie lors de la Messe d’Installation de la Nouvelle Communauté

Chers confrères et chers amis,

C’est une joie pour moi de me trouver ici, avec vous, dans cette chapelle, au cœur de la cité de la Rouguière, juste en dessous de vos appartements. Qui veille sur qui ? Le Seigneur sur vous ou vous sur lui ? Peut-être vous avec lui, sur l’ensemble de la cité, de cette population au milieu de laquelle vous vivez.

Même si votre mission vous amènera à vous déplacer dans la ville de Marseille ou ailleurs, au Secours Catholique auprès des sortis de prisons, auprès des Gens du Voyage,  à la paroisse,  aux côtés des Jeunesses Mariales, à l’association ‘Zébédée’, avec la Famille Vincentienne ; vous avez aussi mission à vivre ici.

Mission à créer des liens de voisinage, associatifs, à vous dépenser avec les autres habitants pour un mieux vivre ensemble, pour de meilleures conditions de vie, pour défendre le droit des petits, de ceux qui n’osent pas élever la voix. La Rouguière ne doit pas être pour vous, une cité dortoir. Elle est avant tout, un lieu de vie, un lieu de fraternité, un lieu d’accueil de ce que chacun est, vit, espère, aime, croit, construit !

En ouvrant cette communauté dans ce lieu précis, je vous envoie au nom de la Province pour y être une présence d’amour, de compréhension, d’écoute, de partage ; pour dire à chacun que Dieu l’aime. Dites-le en étant proches, en ouvrant des espaces de rencontres, de dialogue. Ceci rejoint profondément la mission de l’Eglise. Il faut du temps pour être accueillis, reconnus. Laissez-vous accueillir par les uns et par les autres ; demeurez des hommes de paix, d’ouverture, de confiance. Accueillez ceux qui frapperont à votre porte, ouvrez votre maison. Apprenez à être des lieux de prière. N’ayez pas peur des ‘petits’ et soyez pour eux des hommes remplis d’espérance.

Jésus se tourne vers ses disciples parce qu’il est tourné vers son Père de qui il reçoit mission. A partir de ce regard filial, il forme ses amis à être avec lui dans ce même regard, pour qu’ils se tournent vers les personnes en attente. Suivre Jésus est une école d’humilité, de douceur, de patience. Apprenez de Lui pour être sa présence ici, présence qui soulage ceux qui souffrent, ploient sous les fardeaux de la vie. Recevez de Jésus, la force intérieure qui libère et rend léger.

Une cité c’est un carrefour de chemins multiples. Chemins qui conduisent au travail, à l’école, au super marché, au sport, à l’administration, ou tout simplement vers le voisin; ce sont des chemins de vie.

Sur un chemin, il y a toujours possibilité de rencontrer quelqu’un, de se laisser rejoindre par quelqu’un.

Le chemin peut être le lieu où nous sommes interrogés, écoutés, éclairés, soulagés de ce que, parfois, l’on vit de lourd, de désespérant ! le partage donne du sens.

C’est en faisant chemin ensemble que nous apprenons à nous connaître, à nous reconnaître, à nous apprécier, à nous libérer. C’est en marchant, chacun avec son histoire, que l’on peut se rencontrer,  se croiser, se parler ; et il est tout aussi important à la maison le soir, de partager un bout de pain, un repas avec celui qui a été rencontré sur le chemin.

Ce sont des temps simples mais forts qui redonnent courage et force. Faire route ensemble, rejoindre des solitudes, des personnes hors du chemin, fatigués au bord du chemin, voilà une belle mission. Marcher ensemble est une richesse qui ouvre nos cœurs et nous faire reconnaître Celui qui se définit comme Le Chemin. Soyez sûrs qu’il est à vos côtés et qu’il conduit à la Vie.

Bonne mission dans ce lieu de vie, dans cet espace aux multiples visages.

P. Christian MAUVAIS, CM 🔸

En ouvrant cette communauté dans ce lieu précis, je vous envoie au nom de la Province pour y être une présence d’amour, de compréhension, d’écoute, de partage ; pour dire à chacun que Dieu l’aime. Dites-le en étant proches, en ouvrant des espaces de rencontres, de dialogue.

P. Christian Mauvais, CM

La Trinité, comme enracinement de la pratique coopérative ou collaboratrice de Saint Vincent

La Trinité, comme enracinement de la pratique coopérative ou collaboratrice de St Vincent

St Vincent, homme de relations a un véritable réseau dans les différentes couches sociales et ecclésiales ; il a mis les gens en relation, quelque soit leurs conditions ; La mission, les missions qu’il a menées, il a pu les réaliser à partir de ses relations avec lesquelles il a collaboré, coopéré et qu’il a fait coopérer entre elles. Il a joué sur l’’entre-eux’, l’inter connexion ! Il avait un savoir-faire extraordinaire. Mais où a-t-il cherché cette force ; qu’est-ce qui a bien l’inspirer, le motiver dans cette voie de la collaboration, essentielle pour mettre en route ?

Quand on regarde son expérience, qu’on lit ses écrits, on est frappé de voir que, pour Vincent, tout prend sa source dans la Sainte Trinité. C’est son modèle ; le seul qu’il nous propose. Ce modèle, peut nous paraître inaccessible, hors de notre sphère ! C’est pourtant de ce côté qu’il faut chercher et regarder. A partir de son expérience, il est possible de souligner quelques points qui pourront être intéressants pour nous, éclairants pour notre propre expérience.

St Vincent est un priant. Son regard est sans cesse tourné vers Dieu (il commençait et terminait sa journée par ce temps de pleine gratuité) ; ce n’est peut-être pas l’image 1ère que nous avons de cet homme.

  • La prière (ce cœur à cœur ou face à face), oraison, est le lieu qui l’ouvre à la dimension spirituelle, la sienne et celle de toute personne ;
  • la prière lui permet de trouver sa juste place dans cet ‘allant et venant’ relationnel et de permettre à toute personne de se situer à sa vraie place dans le monde.
  • La prière est en quelque sorte son lieu de formation pour développer la collaboration : il contemplait celle qui existe en Dieu, ce Dieu qui n’est pas une idée, une abstraction mais une réalité relationnelle dont nous sommes à l’image.

Il y a chez lui une profondeur de contemplation : son regard va au cœur de Dieu ; il ne reste pas à la surface. Pour St Vincent, la Trinité est une famille où 3 personnes égales et distinctes sont en continuelle relation et œuvrent ensemble. Chacune procède l’une de l’autre. Il y a un allant et venant entre elles. Contempler la Trinité, c’est contempler non pas un monde statique mais une dynamique qui respecte chacun en nous ouvrant à l’autre différent et semblable. Ce qui lie ces personnes, c’est l’Amour « … qui est si grand que l’enten­dement humain ne le peut comprendre ; il faut que les lumiè­res d’en-haut nous élèvent pour nous faire voir la hauteur et la profondeur, la largeur et l’excellence de cet amour… Si nous avons de l’amour, nous le devons montrer en portant les peuples à aimer Dieu et le prochain, à aimer le prochain pour Dieu et Dieu pour le prochain… Il est donc vrai que je suis envoyé, non seulement pour aimer Dieu, mais pour le faire aimer. Il ne me suffit pas d’aimer Dieu, si mon prochain ne l’aime. » (Aux Missionnaires, sur la Charité, 30 mai 1659. (XII, 260, 261, 262)

C’est un amour qui n’enferme pas en soi-même, mais qui envoie à tous les frères, qui nous tourne vers l’autre pour le recevoir et se donner à lui : dynamisme missionnaire de l’amour de Dieu. Voilà le modèle de toute collaboration !

Aux Filles de la Charité surtout, il en montre surtout les traces et les applications dans la vie humaine, dans la vie communautaire, soulignant quelle est notre place au cœur de nos relations : « Dieu est le Dieu unique en trois personnes, qui nous a donné son Fils : la Trinité. Par là-même se voit notre place, c’est Jésus qui nous la montre : c’est la sienne ; nous sommes son Corps mystique, nous avons à continuer son rôle. Nous devons exercer les deux grandes vertus de Jésus-Christ, c’est à savoir la religion vers son père et la charité vers les hommes’ : (VI, 393) ; la religion s’entend au mot de lien, Jésus est relié, en lien constant avec son Père et de ce lien jaillit l’Amour, le lien envers les hommes.

Monsieur Vincent a longuement médité la vie de la Sainte Trinité en elle-même, et le fait que l’homme a été créé à l’image de Dieu. Cela se sent dans la manière dont il sait expliquer comment c’est en vivant uni entre nous que nous pouvons devenir l’image de la Sainte Trinité c’est à dire de vrais collaborateurs, coopérants.

Il nous propose quatre voies :

  1. S’harmoniser les uns aux autres pour avoir un même esprit, avoir l’image de la Trinité en nous : « Qu’est-ce qui fait l’unité et le comité en Dieu, si ce n’est l’égalité et la distinction des trois person­nes ? Et qu’est-ce qui fait leur amour, si ce n’est leur ressemblance?… Ils n’ont qu’une même puis­sance et une même opération. Voilà l’origine de la perfection et notre modèle. Rendons-nous uniformes ; nous serons plusieurs comme si nous n’étions qu’un, et nous aurons la sainte union dans la pluralité. … Voyons en quoi nous différons les uns des autres pour tâcher de nous ressembler tous et de nous égaler ; car la ressemblance et l’égalité engendrent l’amour, et l’amour tend à l’unité. Tâchons donc d’avoir tous les mêmes affections et un même agrément pour les choses qui se font, ou se laissent faire parmi nous » (XII, 256-257).
  1. Se respecter entre nous pour que personne ne puisse reconnaître la fonction de l’un par rapport à l’autre ; ceci enlève toute comparaison, pas un qui est plus grand que l’autre, meilleur que l’autre, pas de supériorité, de domination… Etre UN dans la pluralité (même cœur, même esprit). « Il y a longtemps que je souhaite, et je voudrais bien que nos sœurs en fussent venues à ce point de respect entre elles, que le monde de dehors ne prit jamais connaître laquelle sœur est la sœur servante; car, voyez-vous, mes filles, comme Dieu n’est qu’un en soi, et qu’en Dieu il y a trois personnes, sans que le Père soit plus grand que le Fils, ni le Fils que le Saint-Esprit, il faut de même que les Filles de la Cha­rité, qui doivent être l’image de la très Sainte Trinité, encore qu’elles soient plusieurs, ne soient toutefois qu’un cœur et qu’un esprit… Il faut qu’entre les Filles de la Charité, celle qui sera des pauvres ait relation à celle qui sera des enfants, et celle des enfants à celle des pauvres… Et qu’y a-t-il en Dieu ? Il y a, mes filles, égalité de personnes et unité d’essence. Et que vous enseigne cela, sinon que vous devez tou­tes, tant que vous êtes, n’être qu’unes et égales …. » (XIII, 633-634). 
  1. Avoir la communication mutuelle ; se donner du temps pour échanger sur les activités propres à chacun car rester sur son quant-à-soi « cadenasse les cœurs ». « Il faut avoir cette mutua­lité » ; cette réciprocité dans les relations. Nous avons dans cette page un magnifique développement sur l’application aux relations humaines de la doctrine chrétienne de la « circulation » entre les Personnes divines (la « circumincession ») comme modèle des communautés humaines et chrétiennes. Dans ses entretiens avec les Filles, les Frères, Vincent leur donne toujours la parole. Il s’appuie sur leur expérience, leur appréhension de la réalité, pour développer son enseignement.

« Mon Père, il y a à cette heure quelque chose à dire sur la manière d’agir de nos sœurs entre elles. Votre charité ne trouverait-elle pas à propos que tous les jours elles prissent quelque temps ensemble, d’une demi-heure ou environ, pour se rapporter les choses qu’elles auront fai­tes, les difficultés qu’elles auront rencontrées, et aviser ensemble de ce qu’elles auront à faire ? »

« O mon Dieu ! Oui dit notre honoré Père, il faut cela ; grande com­munication l’une à l’autre, s’entre-dire tout. Il n’y a rien de plus néces­saire. Cela lie les cœurs, et Dieu bénit le conseil que l’on prend, de sorte que les affaires en vont mieux. Tous les jours, à la récréation, vous pouvez dire : « Ma sœur, qu’avez-vous rencontré ? Aujourd’hui, telle chose m’est arrivée, que vous en semble ? » Cela fait une si douce conversation que vous ne le sauriez croire.

Au contraire, quand on fait son fait à part, sans en rien dire, cela est insupportable. Et pour moi, j’éprouve que là où nous avons de pauvres gueux de la Mission, s’il y a un supérieur qui soit libre, qui se communique, tout va bien ; au contraire, s’il y a quelqu’un qui se tienne sur son quant à moi et en son particulier, cela cadenasse les cœurs et personne ne l’oserait aborder. De sorte, ma fille, qu’il faut cela, qu’il ne se passe rien, qu’il ne se fasse rien, et qu’il ne se dise rien que vous ne le sachiez l’une et l’autre. Il faut avoir cette mutualité » (XIII, 641-642).

4. Avoir la Prévenance réciproque, par l’union des volontés. Il nous montre le modèle sous l’aspect par­ticulier de la conformité des volontés : l’union se fait par l’obéissance du Fils à son Père et par l’amour mutuel du Père et du Fils, qui produit le Saint Esprit.

Une remarque: en Dieu, l’unité est facile parce que ces Personnes sont égales. Mais l’union n’est pas facile entre des personnes qui ne sont pas éga­les, spécialement lorsqu’il y a inégalité de rôles, lorsqu’il y a un supérieur.

Cette unité ne peut se faire que par un double mouvement d’élévation et d’abaissement. « Ainsi votre compagnie représente l’unité de la très Sainte Trinité. Qu’est-ce qui garde et fait l’union entre le Père et le Fils ? C’est, mes chères sœurs, que ce que le Père veut, le Fils le veut ; et ils sont telle­ment conformes que jamais le Fils ne veut ce que le Père ne veut pas, ce qui unit parfaitement ces deux personnes divines, qui produisent la troisième, qui est le Saint Esprit. …Qui fait donc cette union ? La sainte condescendance du Fils aux volontés de son Père, c’est ce qui fait cette union ; et l’amour récipro­que qui est entre le Père et le Fils produit le Saint Esprit, qui est égal au Père et au Fils.

Et parce que les trois personnes de la Sainte Trinité sont égales en toutes choses, il est facile de faire l’union… Mais, afin qu’il y ait union entre des personnes inégales, il faut que l’une s’abaisse et que l’autre se hausse, c’est-à-dire qu’il faut que l’une ait la puissance et qu’elle soit établie avec autorité, et que l’autre se soumette. C’est ce qui fait les supérieurs et les inférieurs. Or, comme il faut qu’ils s’unissent ensemble, il est de nécessité que l’une s’abaisse et que l’autre s’élève… Or Dieu, qui veut unir ces deux extrémités, a ordonné que les supé­rieurs descendent autant qu’ils peuvent jusqu’à leurs inférieurs. Voilà pourquoi quiconque est souple et soumis à ses supérieurs contribue à entretenir cette union » (X, 383, 384).

C’est en chaque baptisé que vit la Trinité

Le Père engendre son Fils et tous deux « respirent » le Saint Esprit. Et c’est en nous, en chacun de nous, que se vit ce « travail » incessant du Dieu Vivant. « L’âme donc de celui qui aime Notre-Seigneur est la demeure du Père et du Fils et du Saint Esprit, et où le Père engendre perpétuelle­ment son Fils, et où le Saint Esprit est incessamment produit par le Père et le Fils » (XI, 44).

Nous avons ici l’article fondamental de la vie chrétienne et de la vie mystique. Qu’est-ce-que la vie spirituelle ? C’est laisser Dieu Trinité vivre en nous, laisser se développer cette habitation de la Trinité reçue au baptême, qui a fait de nous son temple, (1 Corinthiens 3, 16-17 et 6, 19 et 2 Cor. 6, 16).

C’est nous laisser imprégner du Père, du Fils incarné et de l’Esprit Saint, dans toutes nos pensées, tous nos jugements, tous nos désirs, tous nos comportements…

Monsieur Vincent l’évoque souvent, mais claire­ment le 13 décembre 1658, à ses missionnaires :

« Oui, le Saint Esprit, quant à sa personne, se répand dans les jus­tes et habite personnellement en eux. Quand on dit que le Saint Esprit opère en quelqu’un, cela s’entend que cet Esprit, résidant en cette per­sonne, lui donne les mêmes inclinations et dispositions que Jésus-Christ avait sur la terre, et elles le font agir de même, je ne dis pas d’une égale perfection, mais selon la mesure des dons de ce divin esprit » (XII, 108).

« Où est la charité, là Dieu habite. Le cloître de Dieu, dit un grand personnage, c’est la charité, c’est là que Dieu se plaît, là qu’il loge, là que se trouve son palais de délices, là le séjour où il prend son plai­sir. Soyez charitables, soyez bénignes, ayez l’esprit de support, et Dieu habitera avec vous, vous serez ses cloîtres, vous l’aurez chez vous, vous l’aurez dans vos cœurs » (IX, 292).

Monsieur Vincent a contemplé l’envoi du Fils, la mission du Fils, et il en déduit que « notre vocation est donc une continuation de la sienne, » ce qu’il souligne à un confrère : « Ce n’est pas ici l’œuvre d’un homme, c’est l’œuvre d’un Dieu. C’est la continuation des emplois de Jésus-Christ, … Il faut que Jésus Christ s’en mêle avec nous, ou nous avec lui… que nous parlions comme lui et en son esprit, ainsi que lui-même était en son Père, … Il faut donc, Monsieur, vous vider de vous-même pour vous revê­tir de Jésus Christ » (XI, 343).

De même l’apôtre, l’homme envoyé par Jésus et par l’Eglise, n’a pas à quitter Dieu pour aller au monde : il doit rester profondément présent à Dieu, uni à Dieu, combinant la vie contemplative et la vie active, l’amour « affectif » et l’amour « effectif ». De plus, il n’a pas for­cément à inventer des méthodes purement techniques : il a essentielle­ment à laisser le Christ et le Saint Esprit instituer en lui un nouveau mode de présence au monde : un mode « personnel », qui laisse trans­paraître la présence d’une autre personne, des Personnes Divines.

Mais l’union profonde à Dieu n’est pas seulement une affaire de sentiment, elle n’est vraie que si elle passe aux actes : « faire la volonté de Dieu ». Ainsi Jésus entièrement uni à la volonté de son Père est notre modèle, comme il l’explique par exemple à ses confrères le 7 mars 1659 :

« O Sauveur !… Vous êtes le roi de la gloire, et cependant vous ne venez au monde que pour faire la volonté de celui qui vous a envoyé. … Ma nourriture, disait-il, c’est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé : ce qui me nourrit, me délecte, me fortifie, c’est de faire la volonté de mon Père » (XII, 154, 155).

« Ç’a été votre plaisir, Sauveur du monde, votre ambroisie et votre nectar, de faire la volonté de votre Père. Nous sommes vos enfants, qui nous jetons entre vos bras pour imiter vos pratiques ; faites-nous cette grâce…

Car nous ne vivons plus de la vie humaine, nous vivons d’une vie divine, et nous y vivons, mes frères, si nos cœurs sont pleins et nos actions accompagnées de cette intention de faire la volonté de Dieu. » (XII, 164-165)

Le 17 octobre 1655, il insistait déjà sur cette union de volonté :

« La pratique de la présence de Dieu est fort bonne, mais je trouve que se mettre dans la pratique de faire la volonté de Dieu en toutes ses actions l’est encore plus ; car celle-ci embrasse l’autre » (XI, 319).

L’animation de l’Eglise se fait aussi par l’union des cœurs dans les communautés : « Vivez ensemble comme n’ayant qu’un cœur et qu’une âme, afin que par cette union d’esprit vous soyez une véritable image de l’unité de Dieu,… Je prie à cet effet le Saint-Esprit, qui est l’union du Père et du Fils, qu’il soit pareillement le vôtre, qu’il vous donne une pro­fonde paix dans les contradictions et les difficultés, qui ne peuvent être que fréquentes autour des pauvres » (IV, 235-236). (Lettre à sœur Anne Hardemont, le 30 juillet 1656)

Nécessité d’inscrire dans toute vie, la dimension spirituelle (beau, bon, vrai) qui élève la personne, donne du sens, met en lien avec le Créateur.

  • Dieu a quelque chose à nous dire dans notre ‘être ensemble’, dans ces liens multiples qui nous relient les uns aux autres, dans notre façon de travailler ensemble, de construire un projet commun.
  • Cette relation avec Dieu nous apprend à trouver notre juste place les uns avec les autres, à nous ajuster sans que l’un écrase, élimine l’autre ou le mette sur un piédestal mais à trouver le juste milieu où chacun peut donner ce qu’il est sans gêner l’autre. Eliminer l’envie, la jalousie, l’orgueil, la prise de pouvoir.
  • Nous sommes envoyés, avec une mission : rassembler en un corps ce qui est différent et ressemblant. Appelés à devenir ‘image de Dieu’ en cherchant l’harmonie d’un corps pluriel ; en respectant la valeur de chacun, l’unique de chacun ; en ayant une mutualité dans la communication ; en étant à l’écoute de l’autre, par un compromis, pour décider une orientation. Avoir ce mouvement d’élévation et d’abaissement. Place du visage à donner, à contempler : il est mon reflet, celui de Dieu.

 

Christian Mauvais, CM 🔸

Il y a chez lui une profondeur de contemplation : son regard va au cœur de Dieu ; il ne reste pas à la surface

Lettre aux confrères pour le temps de carême

 

Lettre aux confrères pour le temps de carême 2017

Sous-titre

« Si chacun de nous donne la priorité à l’autre, le place avant lui-même, avant ses propres désirs, avant ses propres intérêts, avant ses propres souhaits personnels ; si chacun fait attention à l’autre, partage du temps, des pensées, des expériences, des difficultés, des doutes, des souffrances, des joies, etc. en suivant le modèle parfait de « relations de la Trinité », alors quelqu’un fera de même pour chacun de nous. Ainsi prendra forme un ensemble merveilleux et miraculeux de relations où, ensemble, nous réaliserons la mission confiée par Jésus de la meilleure façon et le plus efficacement possible. » (Lettre du P. Général pour ce Carême 2017)

Chers confrères, « Que la grâce et la Paix de Notre Seigneur, soient toujours avec nous » ! Nous voici donc entrés dans ce temps du Carême et la lettre du P. Général, le Père Tomaz MAVRIC est un bon apport pour alimenter notre marche spirituelle, avec cette invitation renforcée : « d’embrasser nos Règles Communes et nos Constitutions comme un instrument indispensable pour le développement de notre vocation, pour notre chemin de sainteté, et pour la mission confiée à chacun de nous par Jésus, Evangélisateur des pauvres ! » ; de fait, où en sommes-nous de cette lecture quotidienne ? Comment elle nous nourrit personnellement, communautairement ?

De plus, il nous invite à contempler le mystère de la Trinité comme modèle de vie relationnelle ‘nous ne sommes pas des îles’ ! ; Je vous invite donc à lire en communauté cette lettre, à y réfléchir et à répondre aux questions qui nous sont données. C’est un bel apport pour relire, redéfinir, renforcer nos liens avec la Congrégation, avec la communauté, avec les personnes vers qui nous sommes envoyées. « En ce temps de Carême, nous sommes invités à avancer pour nous rapprocher du modèle parfait de « relations » que Jésus nous donne ».

Dans la même ligne, le Pape François nous invite à porter attention à l’autre à l’aide de ‘la parabole de l’homme riche et du pauvre Lazare (cf. Lc 16,19-31). Laissons-nous inspirer par ce récit si important qui, en nous exhortant à une conversion sincère, nous offre la clé pour comprendre comment agir afin d’atteindre le vrai bonheur et la vie éternelle’. Nous voilà placés, non seulement devant nous-mêmes, devant nos frères pour une connaissance approfondie mais encore devant notre péché qui nous éloigne, qui nous rend aveugles et sourds à l’autre qui nous est donné !

Ces deux apports de l’Eglise sont une belle richesse pour nous faire grandir face à Dieu, face à nos confères et face à nos frères et sœurs. Lieux de vie où nous avons à nous construire, à nous recevoir, à nous donner ; lieux où nous affirmons notre appartenance qui donne sens à notre engagement par le don de nous-mêmes.

‘Christ, ma vie, c’est à toi que je la donne ; c’est à toi que j’appartiens et plus largement tu me lies à ton Corps mystique qu’est l’Eglise. Et c’est là où je suis invité à contempler la Trinité pour comprendre ce lien qui donne sens à ce que je suis, ce lien qui me fait tenir dans une juste relation avec l’autre.

‘Communauté, ma vie, c’est à toi que je la donne ; Tu es mon lieu d’appartenance, ce lien fort qui m’unit à chacun des confrères qui la composent, et plus largement, tu me fais appartenir au corps entier qu’est la Congrégation. Et c’est là où je suis invité à me plonger dans les Constitutions et Règles Communes pour comprendre ce lien qui donne sens à ce que je suis au milieu de mes frères, ce lien qui me fait tenir dans le service des autres.

Le Christ et la Communauté sont la source de toute fraternité, fraternité qui s’étend audelà vers ceux et celles qui sont en attente, qui sont au loin et que nous avons parfois du mal à rejoindre.

Nous avons toujours besoin de revisiter ces liens qui nous font appartenir à un ensemble pour les corriger, les convertir. Par quels liens précis je manifeste mon appartenance au Christ, à la communauté ? Comment je m’engage à créer la communauté, à en faire un lieu de convivialité, un lieu de gratuité, heureux d’être ensemble ! Quelle est la part active que je m’engage à donner réellement durant ce Carême, pour ce vivre-ensemble harmonieux ? Quel dialogue constructif et respectueux, je m’engage à vivre avec ma communauté ? Quelle attention particulière je m’engage à porter vis à vis d’un confrère de la communauté ? Quel temps je m’engage à donner pour être davantage avec mes confrères, pour un moment de détente, de sortie, de réflexion, de prière ?

Nous avons choisi de suivre le Christ dans la Congrégation et il y a des exigences d’une vie commune qui découlent de ce choix. Ne nous contentons pas du minimum ; osons le plus, le davantage.

Chacune de ces attitudes attentionnées, chacune de ces paroles cordiales construiront ce lieu favorable de fraternité qu’est la communauté et cela pour vivre la mission avec un nouvel élan, un zèle renouvelé. La vie du Ressuscité entrera chez nous et nous poussera à sortir comme missionnaires, liés par cette appartenance au Christ et à la Congrégation.

Que l’Esprit Saint nous accompagne sur ce chemin !

Bon Carême et joyeuse marche ensemble.

N’oublions pas de porter plus intensément nos frères âgés, malades, en deuil. Que notre prière se fasse plus intense pour eux et nous rapproche de chacun d’eux

« Le Carême est un nouveau commencement, un chemin qui conduit à une destination sûre : la Pâques de la Résurrection, la victoire du Christ sur la mort…. Le Carême est le moment favorable pour intensifier la vie de l’esprit grâce aux moyens sacrés que l’Eglise nous offre: le jeûne, la prière et l’aumône. A la base de tout il y a la Parole de Dieu, que nous sommes invités à écouter et à méditer avec davantage d’assiduité en cette période » (message du pape François pour le Carême)

Christian Mauvais CM, visiteur province de France🔸

Nous avons choisi de suivre le Christ dans la Congrégation et il y a des exigences d’une vie commune qui découlent de ce choix. Ne nous contentons pas du minimum ; osons le plus, le davantage !

C’est à une Église en prière qu’est accordé le don de l’Esprit !


La joie du Christ, Bonne Nouvelle, soit toujours avec nous !

Alger, 3 mai 2016 En la fête de St Philippe et St Jacques

C’est d’Alger où je suis en visite que je vous transmets ces quelques nouvelles J’ai eu la joie de célébrer ce 30 avril la fête du diocèse d’Alger: Notre Dame d’Afrique et de retrouver des visages connus. Je n’ai pu malheureusement rester à la 1ère rencontre mariale islamo-chrétienne, étant invité dans une famille et à une fête du ‘savoir, de la science’ avec l’association ‘El Nour’ (la Lumière) au milieu d’enfants et de femmes qui apprennent à lire et à écrire.

1. Quelques nouvelles de nos confrères :

Le P. Mathew KOCHUPARAMBIL de la communauté de Villepinte, a perdu son papa début d’avril. Il avait eu la chance de pouvoir le voir et d’être à ses côtés au moment de son départ vers le Père. Mathew a participé aussi à une rencontre de sa province. Nous continuons de l’accompagner de notre prière fraternelle ainsi que sa famille.

Le P. Claude LAUTISSIER  de la Maison Mère, a un genou tout neuf qui lui permet de se déplacer avec plus d’aisance même s’il se fait aider, pour l’instant, de deux cannes. Il est toujours dans un suivi médical au niveau cardiaque. Le P. Stan KOTEWIC de Valfleury a dû être amputé d’une jambe (en dessous du genou) suite à des problèmes de circulation sanguine. Je l’ai rencontré vendredi dernier et je l’ai trouvé serein, courageux dans cette épreuve, confiant pour la suite. Il doit rejoindre une maison de repos à Chavannes près de St Chamond où il lui sera confectionné une prothèse et où il fera de la rééducation. Le P. Jean-François DESCLAUX, après des ennuis de santé au niveau cardiaque et une convalescence à Lyon, a retrouvé sa maison. De même, le P. Jean-Pierre RENOUARD qui a subi une intervention au niveau de ses cordes vocales. Il y a un mieux.

Nous nous réjouissons des améliorations qu’ils connaissent et continuons de les soutenir par notre prière et notre amitié. Prenons soin de notre santé. Elle est un bien précieux qui nous permet d’être au monde et présent à nos frères.

2. Visites de communautés

Je poursuis, avec Pierre l’assistant, la visite des communautés et j’y trouve un réel plaisir. Découvrir des réalités humaines, des histoires, des situations, des lieux d’apostolat, faire davantage connaissance avec les confrères, c’est une belle richesse et c’est encourageant. Savoir accueillir une réalité concrète et non idéalisée,  accepter les limites, les difficultés rencontrées, se réjouir des réalisations, entendre des appels, des souhaits, prier et célébrer ensemble c’est s’enrichir. Tout cela m’est bénéfique et m’éclaire.

Ce lundi 26 avril, avec Frédéric P. conseiller, j’ai rendu visite à notre confrère Jack Y. à Rome. Nous avons pris le temps de l’écouter et de comprendre la situation passée et actuelle. Nous avons aussi abordé d’autres points pratiques……durant la semaine il rencontrait quelques hauts responsables de l’Eglise. Nous avons eu la joie de partager ensemble un repas avec les confrères de la maison provinciale : Jean Landousies (qui vient de changer de décennies) et Patrick Issomo. Moment convivial qui fait du bien. Jack salue fraternellement les confrères de la Province.

3. Rappels

La prochaine rencontre des supérieurs se tiendra à la Maison Mère le 11 mai prochain. Nous continuerons à travailler le Projet Provincial autour de la notion de la Nouvelle Evangélisation et de l’itinérance.

  • Profitez de vous inscrire auprès  de vos supérieurs pour la retraite de fin août, animée par le P. Vernaschi à l’abbaye de Solignac.
  • Transmettez  leur aussi un exemplaire de votre testament qu’ils pourront remettre à l’économe provincial

4. Calendrier du visiteur

Jeudi 5 mai à La Rochelle, ordination épiscopale de Mgr Georges COLOMB, ancien Père Général des Missions Etrangères de Paris
Du 6 au 8 maivisite de la communauté du Berceau avec l’assistant
Du 9 au 10 maivisite de la communauté de Bondues avec l’assistant
Le 11 mairencontre des supérieurs de communautés
Le 12 maipréparation de l’Assemblée Générale avec les délégués
Le 13 et 14 maiconseil provincial
Le 18 maivisite au séminaire d’Orléans avec le P. Benoit K.
Du 21 au 25 maivisite à la Vice Province St Cyril et Méthode
Du 26 au 29 maimariage d’une filleule en famille

Le Cénacle : Passage nécessaire ! Lieu de conversion, de naissance.

La fête de l’Ascension met un terme aux apparitions de Jésus Ressuscité à ses amis. Ils se sont retrouvés entre eux. Ils sont entrés dans une nouvelle relation avec lui. Ils ont accueilli le don de sa Paix, paix qui les a réconciliés avec eux-mêmes. Ils ont accueilli la confiance de Christ. Ils ont fait une expérience unique de la présence de leur Seigneur qu’ils retrouvent dans la prière, dans leur rencontre fraternelle régulière. Jésus s’élève vers son Père d’où il est venu et il leur demeure présent. Eux se retrouvent au Cénacle.

Le Cénacle c’est se retrouver ensemble avec Marie dans une prière commune en préparation d’accueil de l’Esprit ; temps de l’attente qui est celui de la maturation. Cette attente ne peut se faire sans Marie. Demander l’Esprit ne peut se faire sans la présence de Marie. Elle a été prise sous son ombre et c’est par lui qu’elle a façonné, donné un corps à Jésus pour nous le donner, pour que nous le touchions de nos mains, pour que nous le voyions de nos yeux, l’entendions de nos oreilles, que nous goûtions la joie de sa présence. Marie nous a été donnée pour Mère. Prenons-la chez nous.

Le Cénacle est la matrice dans laquelle nous sommes façonnés. Nous sommes le fruit des entrailles de Marie ; elle nous met au monde comme fils ; elle nous fait à l’image de son 1er né, dans l’Esprit. C’est là, dans cet être-ensemble avec Marie que nous sommes formés pour sortir au grand jour sur les routes des hommes d’aujourd’hui et leur faire découvrir les merveilles de Dieu dans leur vie et s’en réjouir avec eux. Matrice d’où sort l’Eglise audacieuse, joyeuse, qui se risque.

Nous-mêmes comme Province, prenons le temps de nous retrouver en communauté dans le Cénacle. Prenons Marie avec nous. Elle connaît l’action transformatrice de l’Esprit en elle ; elle nous partage son expérience, elle nous entraine dans cette expérience. Prenons avec nous le Projet Provincial, c’est notre écriture qui doit s’incarner dans une proximité aux Pauvres renouvelée, dans des engagements précis pour une promotion de l’homme dans sa totalité.

Avoir le désir d’une Pentecôte pour la Province ; désirer sortir, devenir itinérants pour témoigner du Christ, de sa force de Vie ; désirer être guéris de nos peurs, de nos méfiances, des nos enfermements ; désirer changer quelque chose dans notre manière de vivre notre charisme, oser d’autres chemins. Désirer et avoir la volonté de s’y engager. Ensemble.

Allons au Cénacle. Prenons Marie avec nous. Supplions-la de demander à son Fils de nous revêtir de l’Esprit pour changer notre écoute des personnes, de leurs situations, pour changer notre présence au monde, en fidélité à l’intuition de St Vincent que nous fêterons d’ici quelques mois.

Le Cénacle passage nécessaire pour naitre comme missionnaires audacieux. Heureux. Fraternels. Le cénacle est le lieu où Jésus nous confirme dans notre rôle de témoins. Bon temps dans la salle haute, le Cénacle, vers Pentecôte. Joyeuse conversion.

C’est à une Eglise en prière qu’est accordé le don de l’Esprit !

P. Christian Mauvais,
cm Visiteur de la Province de France ♦

C’est à une Église en prière qu’est accordé le don de l’Esprit !

P. Christian MAUVAIS