Ascension du Seigneur. Méditation

Si j’avais la capacité de peindre, j’aurai volontiers choisi Le Greco comme modèle en de multiples épisodes de la vie du Seigneur, par exemple en ce jour, je me serai attardé sur le Christ éclatant de blancheur, étiré entre ciel et terre, et montant vers son Père avec un regard rempli d’étonnement, voire de ravissement.

Jean-Pierre Renouard

Ascension du Seigneur. Méditation

Si j’avais la capacité de peindre, j’aurai volontiers choisi Le Greco comme modèle en de multiples épisodes de la vie du Seigneur, par exemple en ce jour, je me serai attardé sur le Christ éclatant de blancheur, étiré entre ciel et terre, et montant vers son Père avec un regard rempli d’étonnement, voire de ravissement. Le Christ ressuscité semble tout posséder mais pour lui comme pour nous, tout est encore à venir. L’ascension est un mystère passé et présent mais qui célèbrent aussi des évènements du futur.

  • D’après les Actes, le Christ se dérobe aux yeux des Apôtres. Il y a cet instant inoubliable où tout s’embrouille pour eux, où la présence de l’Etre admiré et aimé devient absence et où il est inévitable, quoiqu’il en coûte, de vivre sans lui mais pas seul. L’Esprit-Saint qui vient, est promis comme un second baptême ; il sera « force » rendra « témoins », aidera à dépasser les doutes et à créer des marcheurs infatigables de l’Evangile, envoyés « à toutes les nations » et chargés de baptiser, c’est-à-dire d’instruire et de féconder de la grâce divine et d’apprendre à chaque nouveau disciple « à observer tout ce que Jésus à proposer comme « commandement », disons comme chemin de vie.

C’est un présent qui par-delà les siècles, nous oblige tous aujourd’hui. Nous aussi –parce que nous voulons mettre nos pas dans ceux de Jésus – nous avons la même mission. Ne pas voir le Christ mais croire en Lui, s’appuyer sur la puissance de son Esprit, témoigner, enseigner, baptiser, tirer en avant, suivre l’invisible et croire, au jour le jour, qu’il est le grand présent à nos vies, à notre monde, à son Eglise toujours en train de se constituer parce qu’il est le Dieu qui unit et réunit.

C’est un présent qui concerne aussi le Christ lui-même, sorti du temps mais qui concerne notre temps et qui nous fait dire avec la Préface du jour : « Le Seigneur Jésus, vainqueur du péché et de la mort, est aujourd’hui ce Roi de gloire devant qui s’émerveillent les anges… »

2 Mais la préface de ce jour continue et tout à coup, comme s’il n’était de rien concerne un avenir qui semble plus lointain. Finalement vers quoi allons-nous ? Qu’attendons-nous encore ? De quoi demain sera-t-il fait ? Ecoutez :

« Il s’élève au plus haut des cieux, pour être le Juge du monde et le Seigneur des seigneurs, seul médiateur entre Dieu et les hommes. Il ne s’évade pas de notre condition humaine ; mais, en entrant le premier dans le Royaume, il donne aux membres de son corps l’espérance de le rejoindre un jour. »

Chers Frères et chères sœurs présents physiquement ou prêts à le redevenir, nous attendons le triomphe total du Christ…nous guettons son retour et il viendra nous chercher. Rappelez-vous, il avait dit à Marie-Madeleine : « Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu » (Jn 20, 17). Sa gloire sera notre gloire personnelle et commune. De fait, il attire à lui tous les hommes : il est comme un élan. Je me revois près de mon propre père et jouant volontiers avec un gros aimant de mécanicien, la limaille s’amoncelait et formait des boules brillantes qui me fascinaient. Chaque pécheur estimé par la mise en lumière de sa conduite et des secrets de son cœur, miséricordieusement sauvé par Lui, recevra sa vie définitivement et nous unira aux autres autour de Lui. Nous tous formeront le Christ en étincellement. Voilà l’ultime qui nous attend, constituer le Christ glorieux. Si chacun lui est soumis, tous lui seront soumis et st Paul précise bien : « Quand le Christ dira : « Tout est soumis désormais », c’est évidemment à l’exclusion de Celui qui lui aura soumis toutes choses. Et, quand tout sera mis sous le pouvoir du Fils, lui-même se mettra alors sous le pouvoir du Père qui lui aura tout soumis, et ainsi, Dieu sera tout en tous.(1Cor 15, 26-28)

Une pareille vision de ce qui nous attend nous donne comme le vertige : Dieu tout en tous. Le triomphe du Christ est notre triomphe ! Sublime mystère de l’Ascension qui n’est pas réduit à l’image d’une montée vers Dieu mais un envahissement de de la beauté infinie de Dieu Père, Fils et Eprit-Saint. En cette semaine de réflexion consacrée à Laudato Si’, nous pourrions chantonner comme action de grâces du travail déjà accompli par ceux qui ont écouté François en essayant de le mettre en pratique, l’hymne de Sexte chantée en ce temps pascal qui s’achève :

« Le Fils de Dieu, les bras ouverts,
 A tout saisi dans son offrande,
 L’effort de l’homme et son travail,
 Le poids perdu de la souffrance.

 L’élan puissant de son amour
 Attire en lui la terre entière,
 Il fait entrer dans son repos
 Le monde en marche vers le Père…»  Amen

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Et après l’orage ?

Le confinement prend fin. Nous avons vu beaucoup de choses sur le Net pour évoquer l’avant et l’après corona. Mais j’ai bien peur que ce temps de confinement ne ressemble trop à une mise à l’abri le temps d’un orage. Après la pluie le beau temps nous dit le dicton et on reprend tous nos habitudes !!!

Vincent Goguey

Et après l’orage ?

Le confinement prend fin. Nous avons vu beaucoup de choses sur le Net pour évoquer l’avant et l’après corona. Mais j’ai bien peur que ce temps de confinement ne ressemble trop à une mise à l’abri le temps d’un orage. Après la pluie le beau temps nous dit le dicton et on reprend tous nos habitudes !!!

Nous pouvons être étonnés de voir qu’il a fallu dix plaies en Egypte pour que pharaon comprenne qu’il fallait rendre la liberté au peuple de Dieu. En fait il n’a rien compris c’est dans un temps de terrible désolation (la mort de son fils ainé) qu’il laisse partir le peuple. Avant cela, tous les autres signes de Dieu il les a niés, il les a méprisés, il n’en avait cure… Est-ce que pharaon n’est pas le prototype de l’attitude bassement humaine de ne rien entendre des appels de Dieu. Tant qu’on n’est pas touché d’une manière très personnelle et encore… puisqu’à peine le peuple parti, pharaon va aller à leur poursuite pour revenir « comme avant », avoir ses petits avantages (une main d’œuvre pas chère !) ce qui causera sa perte totale (lui et toute son armée périront dans la mer).

A la fin d’une messe un vieux monsieur me dit « C’est bien que vous nous parliez de l’amour de Dieu pour nous mais parlez-nous du diable ! car la seule chose qui fait bouger les gens c’est la peur. On ne respecte pas la limitation de vitesse pour le risque de renverser une personne, on la respecte par peur d’avoir un gendarme qui nous met un PV !! » Terrible constat d’une réalité de notre fonctionnement. Le confinement a surtout fonctionné car on avait peur de se prendre un PV de 135 euros !

Le défi du croyant, appelé à la Vie par Dieu n’est pas d’avancer par peur, mais d’avancer par amour. Est-ce que je désire le mieux, pour tous ? Suis-je prêt à renoncer à mes petits avantages (dont je prends difficilement conscience des dégâts qu’ils peuvent occasionner là- bas à l’autre bout de la planète ou pour la génération à venir) pour tendre à une vie plus harmonisée ?

Etonnant de voir comment nous sommes capables de nous laisser endormir par tous les miroirs aux alouettes que sont les spots et pancartes publicitaires (alors que c’est une véritable agression permanente tant audio que visuelle) et on se laisse prendre par le tournis de l’éphémère et de l’esbrouffe. On s’agite en permanence nous faisant croire que l’on vit alors qu’on est parfois tout juste une branche morte agitée par le vent ! A l’intérieur, ça sonne creux !

Dieu en croix nous révèle combien nous avons de la valeur à ses yeux. Nous sommes

son chef d’œuvre et comme il nous a crée libre, il ne nous impose absolument rien… même pas celle d’assumer cette liberté ! Là est le paradoxe, il nous propose simplement de l’assumer, tant que nous ne le comprenons pas il nous laisse errer ! Peut être faut il descendre bien bas en notre humanité pour apprendre et avoir l’humilité de crier vers Lui, lui demander de l’aide (c’est assez présent dans les témoignages de foi reçu ces jours-ci sur mon facebook). Le seul chemin de liberté possible (bien au-delà du fameux « je fais ce que je veux, voir maintenant ce qui me plait », donc tourné égoïstement sur soi-même) ne peut emprunter que

le chemin de l’amour via principalement le chemin du service à l’autre.

Le service ; l’amour va jusqu’au don de soi pour l’autre. Cela demande un renoncement à soi-même (paradoxe supplémentaire pour être plus moi-même il me faut apprendre à me détacher de moi !!!). Autre paradoxe, on voudrait nous vendre l’amour comme idyllique hyper agréable etc. mais ne reconnait-on pas ses amis dans l’épreuve ? C’est-à-dire quand tout va mal, lorsque nous sommes dans la souffrance ? Etonnant mystère que celui de l’amour qui nous fait parfois passer par l’opposé de ce que nous espérons. St François ne nous dit-il pas dans sa prière si connue : c’est en donnant qu’on reçoit, c’est en s’oubliant que l’on trouve…

Que ce temps de déconfinement s’accompagne d’une remise en cause de nos habitudes pour réellement faire le tri de nos actions pour une vie plus sobre et respectueuse de la planète et de l’avenir. Une vie qui donne envie de vivre !

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A Dieu P. Danjou

L’image, d’une Marianne en pleurs face à un chêne géant déraciné, de Jacques Faizant m’est venu spontanément en mémoire le jour où j’ai reçu la nouvelle que le P. Gonzague Danjou a fait sa Paques. Parce que géant, le P. Danjou l’était sans aucun doute et dans tout le sens du terme ; physiquement, il l’était pour beaucoup d’entre nous les malgaches, qui sont plutôt de taille modeste.

P Sedy RABARIJAONA CM

A Dieu P. Danjou

L’image, d’une Marianne en pleurs face à un chêne géant déraciné, de Jacques Faizant m’est venu spontanément en mémoire le jour où j’ai reçu la nouvelle que le P. Gonzague Danjou a fait sa Paques. Parce que géant, le P. Danjou l’était sans aucun doute et dans tout le sens du terme ; physiquement, il l’était pour beaucoup d’entre nous les malgaches, qui sont plutôt de taille modeste. Mais surtout, il était un géant spirituellement, un vrai modèle du missionnaire infatigable, qui a laissé une empreinte indélébile dans le cœur de beaucoup de personne et à la province de Madagascar en particulier. Si nous, les jeunes confrères malgaches, nous sommes en mission « Ad Gentes » maintenant, c’est grâce à la formation et à l’exemple du P. Danjou que nous le devons. Un géant humble qui n’a jamais cherché la lumière de la célébrité ni les louanges. La preuve, il est parti quasi en catimini, discrètement et sur la pointe des pieds, fidèle jusqu’à la mort avec cette humilité des fils de Saint Vincent.

Fils de Saint Vincent de Paul, le P. Danjou l’a été jusqu’au plus profond de son être. Combien de confrères, de Filles de la Charité, de laïcs ont appris les cinq vertu vincentiennes seulement en le voyant et en l’imitant vivre tout simplement son sacerdoce ? « Donnez-moi un homme d’Oraison et il sera capable de tout » disait Saint Vincent. Citation qui a pris corps vraiment chez le P. Danjou. C’était un homme de prière, c’est pourquoi, il a pu réaliser tant de choses et accompagner tant de personnes dans sa vie missionnaire.

Jeune séminariste, j’avais remarqué que chaque fois que j’arrivais à la chapelle de notre maison de Soavimbahoaka, pour les laudes ou les vêpres, il était déjà là ; agenouillé et prenant l’Autel à bras le corps, abimé dans la prière. Un jour, je me suis dit que ce n’est pas normal que moi, le benjamin de la communauté, je me laisse devancer par le Supérieur, qui avait déjà un certain âge à ce moment. J’ai pris donc la résolution de me rendre à la chapelle avant lui, quitte à me lever plus tôt ; ce petit jeu a duré quelques semaines et jamais j’ai pu le battre. Quand je lui ai avoué ma défaite, et ma désillusion, il s’est contenté de rire en me disant : « Un jour viendra, t’inquiètes, marche. »

Un homme d’action aussi, ne rechignant à aucune tâche, toujours disponible et obéissant, en allant où les supérieurs, ses anciens séminaristes pour la plupart, l’ont envoyé. Visiteur, 18 ans durant, ce qui est un record dans les annales de la Province de Madagascar, Vicaire général, Curé, Supérieur, Formateur et Directeur Spirituel, Confesseur et surtout inimitable professeur de l’Histoire de l’Eglise. Ce n’est pas exagérer du tout, de dire qu’une multitude de Malgaches : évêques, prêtres, religieux-ses, laïcs ont pu croître dans la foi grâce aux multiples et divers ministères du P. Danjou.

Un homme charitable, d’une charité très discrète non seulement pour les pauvres, ses vrais « Seigneur et Maitre », mais aussi envers ses confrères, tous sans exception, qu’on soit malgache, français, slovène, polonais, espagnol ou italien. Combien étions-nous à faire la queue, tout au long des années, devant sa porte pour lui demander de corriger les fautes de français de nos devoirs ? Jusqu’à récemment, il était de notoriété publique que le P. Danjou était le correcteur des thèses et mémoires des jeunes prêtres malgaches étudiants à Paris. Sans mentionner les aides matérielles, accompagnement spirituel, qu’en toute discrétion il nous a prodigué.

Le P. Pedro Opeka a dit un jour que sans les encouragements et l’appui du P. Danjou, du temps où il était Visiteur, « Akamasoa ne serait pas ce qu’il est maintenant. » Je suis convaincu de ça aussi. A notre dernière rencontre il y a de cela quelques années, je lui ai dit que ce serait bien qu’il écrive ses mémoires pour les générations futurs, étant donné les choses qu’il a vu et vécu comme missionnaire ; suggestion qu’il a balayé d’un revers de main en me répondant avec un sourire moqueur : « On l’intitulera les mémoires d’un âne. » C’était ça le P. Danjou, un homme de foi et d’humilité, un homme qui sait rire de lui-même, mais jamais de l’autre…

Des anecdotes, des histoires édifiantes, concernant le P. Danjou rempliront des pages et des pages, mais le connaissant je ne crois pas que cela lui ferait beaucoup plaisir. C’est pourquoi, je vais conclure en m’unissant à la peine et à la douleur de la Famille Danjou, et en l’assurant de mes humbles prières.

«! Mandria am-piadanana Mompera ¡ Veloma Rangahy »

 

P. Sedy RABARIJAONA, CM – Province de Porto Rico

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Par voix interposée, le Père Jean-Pierre Renouard a évoqué la mémoire du P. Christian Labourse

L’appel d’André est surprenant, saisi avec Pierre, en pleine activité de pêcheurs. Cet arrachement au monde du travail des premiers apôtres, Pierre et André, en train de « jeter leurs filets » au point de tout laisser, père et barque, fascine et donne à penser. Le fait de s’intégrer du même coup, dans une autre condition au point de suivre le prédicateur du Lac, Jésus, à sa suite, littéralement en « cheminant derrière lui », est tout aussi surprenant.

Jean-Pierre Renouard

Par voix interposée, le Père Jean-Pierre Renouard a évoqué la mémoire du P. Christian Labourse

Sam 30 novembre 2019  / Christian Labourse +19 Novembre 2019 

En la fête de la st André, près de 200 personnes se sont retrouvées en la chapelle du Berceau pour marquer par la célébration de l’Eucharistie présidée par l’Evêque, Mgr Nicolas Souchu, la mémoire du Curé, du Supérieur et Recteur.

Par voix interposée, le Père Jean-Pierre Renouard a évoqué sa mémoire,  L’appel d’André est surprenant, saisi avec Pierre, en pleine activité de pêcheurs. Cet arrachement au monde du travail des premiers apôtres, Pierre et André, en train de « jeter leurs filets » au point de tout laisser, père et barque, fascine et donne à penser. Le fait de s’intégrer du même coup, dans une autre condition au point de suivre le prédicateur du Lac, Jésus, à sa suite, littéralement en « cheminant derrière lui », est tout aussi surprenant. On ne vit bien que par une appartenance fondamentale qui colore toute la vie. André sera ‘disciple – missionnaire’. Selon une autre tradition, c’est lui-même qui aura la joie d’appeler Pierre son frère à devenir le roc de tous. Ils forment très vite une équipe tout à la disposition de l’homme de Galilée. Ils inaugurent une histoire qui ne finit pas de s’écrire individuellement et à plusieurs. Chacun est appelé, s’engage et en appelle d’autres, quitte à changer de projet et de vie.

C’est ce qui est advenu dans les années 50 à un petit garçon, dans une école alors grouillante de vie, à deux pas de cette chapelle, et qui a voulu se mettre tout entier, le temps, la réflexion et la prière aidant, à la disposition de ce même Jésus. Né à Hossegor, dans sa nombreuse fratrie dont Bernard, recevra aussi l’appel pour s’arrimer au diocèse de Périgueux, Christian s’attachera avec fougue à Jésus-Christ pour toujours. Il fut vite un des élèves de l’Ecole st Joseph du Berceau dont il deviendra porte-drapeau et féroce défenseur ; et Il se reconnaissait volontiers dans les vitraux de l’Oratoire de son école passant du Berceau à Notre-Dame du Pouy, puis à st Lazare, rêvant des rivages lointains et réalisant son existence sacerdotale dans son Sud-Ouest natal, au gré des évènements et des placements de ses supérieurs. Nos pas se sont croisés au matin du 17 octobre 1955 dans cette maison inoubliable de Dax pour tisser un filet que la même Obéissance nous invitait à réparer sans cesse. La liste des maisons et des charges reçues nous rappelle son curriculum vitae. Je ne veux qu’évoquer son profil à grand traits : au fil des ans et de la sagesse, l’homme est devenu joyeux, rieur, chantant, landais, humain, proche, sensible, et pour résumer, passionné, mais surtout fou de Dieu, ancré dans une vie de prière forte et d’une régularité sans faille. Sa piété était exigeante mais souvent appelante pour les jeunes.

L’appel ? Il nous invite à regarder Christian autrement. Dans cet oratoire du Berceau ou dans quelque pièce de l’école, il a entendu l’Evangile et les écrits du Nouveau Testament résonner en lui « à la missionnaire »  et il a sûrement écouté avec attention ce passage de l’épître aux Romains lu en cette fête de l’apôtre. Des prêtres et ses frères lazaristes de mérite et de vertu – je le sais – l’ont appelé ; il a entendu. Il a appris à prononcer le nom de Jésus, il a multiplié les actes de foi, il a cru en la Résurrection…Il a reçu le beau présent du salut. Ce qu’il a vécu, il a voulu que d’autres le goûtent et le fasse leur. O Christian, qui pourra dire combien tu fus tendu par l’image du Bon Pasteur. Combien de brebis tu as chargé sur tes épaules ! Avec quelle application tu leur as appris le nom de Jésus !

Deux images se croisent plutôt en moi quand ton souvenir me rejoint : tes après-midi passés en visites et tes presbytères toujours ouverts, toi prêt à l’accueil et au dialogue. C’était ta marque de fabrique et tu mettais volontiers en route l’insistance de st Paul VI, notre pape de jeunesse ardente : « L’Eglise se fait conversation ». Tu étais généreux. Tu avais pris en compte ce que st Vincent mettait au compte des vertus fondamentales le zèle, et quand je te voyais faire, je pensais à sa consigne : « Si l’amour de Dieu est un feu, le zèle en est la flamme…Le zèle est ce qu’il y a de plus pur dans l’amour de Dieu » (XII, 307). A la suite d’autres, je souhaiterai insister aussi sur cette autre valeur sûre de Monsieur Vincent que tu as si souvent mise en pratique, ta charité. Tes presbytères se faisaient plus qu’accueil, ils étaient dortoir, salle à manger… Tu excellais d’achever, d’aller jusqu’au bout de ce que tu avais commencé. Tu savais que « la foi naît de ce qu’on entend, l’annonce de la Parole ». Alors tu as parlé de toutes les manières et tu as accompagné chacune et chacun jusqu’à son terme. Pour ces compagnonnages, merci.

Ta Passion fut longue et lourde. Mais quelle ultime prédication. Il ne se peut que tant d’offrandes consenties soient fructueuses… Je retiens ta force, don de l’Esprit mais je me plais à souligner que tu as souffert et mené le dernier combat, entouré, veillé, soutenu jusqu’au bout. Tel fut ton désir. Tel fut le choix de tes frères et de tes sœurs en st Vincent. Quel noble et savoureux exemple de communauté vraie et de famille vincentienne qui ne se paye pas de mots.

Enfin nous avions une amitié commune nourrie par sa canonisation, l’admiration pour st Jean- Gabriel Perboyre depuis que nous avions servi à Catus-Montgesty, son pays natal du Lot. Permets que nous achevions ton évocation qu’un chacun mènera à son terme, par la prière de st Jean-Gabriel. A bien des égards, elle te résume :

Silence…

 « Ô mon Sauveur, par Ta toute Puissance et Ton infinie Miséricorde,

Que je sois changé et transformé en Toi !

Que mes mains soient tes Mains.

Que mes yeux soient tes Yeux.

 Que ma langue soit ta Langue.

 Que mes sens et mon corps ne servent qu’à Te glorifier !

Mais surtout, transforme-moi :

Que ma mémoire, mon intelligence, mon cœur,

Soient ta Mémoire, ton Intelligence et ton Cœur !

Que mes actions et mes sentiments

Soient semblables à tes Actions et à tes Sentiments ».

 

Saint Jean-Gabriel Perboyre (1802-1840)

 

Une messe très priante….trois beaux cantiques chantés à l’unanimité …des larmes aux yeux !

 

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1 Avent – A (Matthieu 24,37-44). Méditation

Il n’est pas toujours facile de nommer ce malaise profond et persistant que nous pouvons ressentir à un moment donné de notre vie.

Jose Antonio PAGOLA

1 Avent – A (Matthieu 24,37-44). Méditation

Réorienter nos vies

Il n’est pas toujours facile de nommer ce malaise profond et persistant que nous pouvons ressentir à un moment donné de notre vie. Cela m’a été avoué plus d’une fois par des gens qui, par ailleurs, cherchaient «quelque chose de différent», une nouvelle lumière, peut-être une expérience capable de donner une nouvelle couleur à leur vie quotidienne.

Nous pouvons l’appeler «vide intérieur», insatisfaction, incapacité à trouver quelque chose de solide qui comble le désir de vivre intensément. Peut-être vaudrait-il mieux l’appeler «ennui», fatigue de vivre toujours la même chose, sensation de ne pas réussir à percer le secret de la vie : nous faisons une erreur sur quelque chose d’essentiel et nous ne savons pas exactement sur quoi.

Parfois la crise prend un ton religieux. Peut-on parler de «perte de foi»? Nous ne savons plus en quoi croire, rien ne réussit à nous éclairer de l’intérieur, nous avons abandonné la religion naïve d’autrefois, mais nous ne l’avons remplacée par rien de meilleur. Alors une sensation étrange peut grandir en nous : nous sommes restés sans aucune clé pour orienter notre vie. Que pouvons-nous faire ?

La première chose à faire est de ne pas céder à la tristesse ou à la tension: tout nous appelle à vivre. Dans ce malaise persistant, il y a quelque chose de très sain: notre désir de vivre quelque chose de plus positif et de moins faux, de plus digne et de moins artificiel. Ce dont nous avons besoin, c’est de réorienter nos vies. Il ne s’agit pas de corriger un aspect spécifique de notre personne. Cela pourrait arriver plus tard. Maintenant l’important est d’aller à l’essentiel, de trouver une source de vie et de salut.

Pourquoi ne pas nous arrêter pour entendre l’appel urgent de Jésus à nous réveiller? N’avons-nous pas besoin d’écouter ses paroles?: «Restez éveillés», «prenez conscience du moment que vous vivez»; «il est temps de vous réveiller». Nous devons tous nous demander ce que nous négligeons dans notre vie, ce que nous devons changer et ce à quoi nous devons consacrer plus d’attention et de temps.

Les paroles de Jésus s’adressent à chacun d’entre nous : «Veillez». Nous devons réagir. Si nous le faisons, nous vivrons un de ces rares moments où nous nous sentirons «éveillés» du fond de notre être.

Traducteur: Carlos Orduna
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