Message du Pape François pour le carême 2019

Message du Pape François pour le carême 2019

La création attend avec impatience la révélation des fils de Dieu – Rm 8, 19

Chers frères et sœurs, Chaque année, Dieu, avec le secours de notre Mère l’Eglise, « accorde aux chrétiens de se préparer aux fêtes pascales dans la joie d’un cœur purifié » (Préface de Carême 1) pour qu’ils puissent puiser aux mystères de la rédemption, la plénitude offerte par la vie nouvelle dans le Christ. Ainsi nous pourrons cheminer de Pâques en Pâques jusqu’à la plénitude du salut que nous avons déjà reçue grâce au mystère pascal du Christ : « Car nous avons été sauvés, mais c’est en espérance » (Rm 8,24). Ce mystère de salut, déjà à l’œuvre en nous en cette vie terrestre, se présente comme un processus dynamique qui embrasse également l’Histoire et la création tout entière. Saint Paul le dit : « La création attend avec impatience la révélation des fils de Dieu » (Rm 8,19). C’est dans cette perspective que je souhaiterais offrir quelques points de réflexion pour accompagner notre chemin de conversion pendant le prochain carême.

1. La rédemption de la Création

La célébration du Triduum pascal de la passion, mort et résurrection du Christ, sommet de l’année liturgique, nous appelle, chaque fois, à nous engager sur un chemin de préparation, conscients que notre conformation au Christ (cf. Rm 8,29) est un don inestimable de la miséricorde de Dieu.

Si l’homme vit comme fils de Dieu, s’il vit comme une personne sauvée qui se laisse guider par l’Esprit Saint (cf. Rm 8,14) et sait reconnaître et mettre en œuvre la loi de Dieu, en commençant par celle qui est inscrite en son cœur et dans la nature, alors il fait également du bien à la Création, en coopérant à sa rédemption. C’est pourquoi la création, nous dit Saint Paul, a comme un désir ardent que les fils de Dieu se manifestent, à savoir que ceux qui jouissent de la grâce du mystère pascal de Jésus vivent pleinement de ses fruits, lesquels sont destinés à atteindre leur pleine maturation dans la rédemption du corps humain. Quand la charité du Christ transfigure la vie des saints – esprit, âme et corps –, ceux-ci deviennent une louange à Dieu et, par la prière, la contemplation et l’art, ils intègrent aussi toutes les autres créatures, comme le confesse admirablement le « Cantique des créatures » de saint François d’Assise (cf. Enc. Laudato Sì, n. 87). En ce monde, cependant, l’harmonie produite par la rédemption, est encore et toujours menacée par la force négative du péché et de la mort.

 

2. La force destructrice du péché

En effet, lorsque nous ne vivons pas en tant que fils de Dieu, nous mettons souvent en acte des comportements destructeurs envers le prochain et les autres créatures, mais également envers nous-mêmes, en considérant plus ou moins consciemment que nous pouvons les utiliser selon notre bon plaisir. L’intempérance prend alors le dessus et nous conduit à un style de vie qui viole les limites que notre condition humaine et la nature nous demandent de respecter. Nous suivons alors des désirs incontrôlés que le Livre de la Sagesse attribue aux impies, c’est-à-dire à ceux qui n’ont pas Dieu comme référence dans leur agir, et sont dépourvus d’espérance pour l’avenir (cf. 2,1-11). Si nous ne tendons pas continuellement vers la Pâque, vers l’horizon de la Résurrection, il devient clair que la logique du « tout et tout de suite », du « posséder toujours davantage » finit par s’imposer.

La cause de tous les maux, nous le savons, est le péché qui, depuis son apparition au milieu des hommes, a brisé la communion avec Dieu, avec les autres et avec la création à laquelle nous sommes liés avant tout à travers notre corps. La rupture de cette communion avec Dieu a également détérioré les rapports harmonieux entre les êtres humains et l’environnement où ils sont appelés à vivre, de sorte que le jardin s’est transformé en un désert (cf. Gn 3,17-18). Il s’agit là du péché qui pousse l’homme à se tenir pour le dieu de la création, à s’en considérer le chef absolu et à en user non pas pour la finalité voulue par le Créateur mais pour son propre intérêt, au détriment des créatures et des autres.

Quand on abandonne la loi de Dieu, la loi de l’amour, c’est la loi du plus fort sur le plus faible qui finit par s’imposer. Le péché qui habite dans le cœur de l’homme (cf. Mc 7, 20-23) – et se manifeste sous les traits de l’avidité, du désir véhément pour le bien-être excessif, du désintérêt pour le bien d’autrui, et même souvent pour le bien propre – conduit à l’exploitation de la création, des personnes et de l’environnement, sous la motion de cette cupidité insatiable qui considère tout désir comme un droit, et qui tôt ou tard, finira par détruire même celui qui se laisse dominer par elle.

 

3. La force de guérison du repentir et du pardon

C’est pourquoi la création a un urgent besoin que se révèlent les fils de Dieu, ceux qui sont devenus “une nouvelle création” : « Si donc quelqu’un est dans le Christ, il est une créature nouvelle. Le monde ancien s’en est allé, un monde nouveau est déjà né » (2 Co 5,17). En effet, grâce à leur manifestation, la création peut elle aussi « vivre » la Pâque : s’ouvrir aux cieux nouveaux et à la terre nouvelle (cf. Ap 21,1). Le chemin vers Pâques nous appelle justement à renouveler notre visage et notre cœur de chrétiens à travers le repentir, la conversion et le pardon afin de pouvoir vivre toute la richesse de la grâce du mystère pascal.

Cette “impatience ”, cette attente de la création, s’achèvera lors de la manifestation des fils de Dieu, à savoir quand les chrétiens et tous les hommes entreront de façon décisive dans ce “labeur” qu’est la conversion. Toute la création est appelée, avec nous, à sortir « de l’esclavage de la dégradation, pour connaître la liberté de la gloire donnée aux enfants de Dieu » (Rm 8,21). Le carême est un signe sacramentel de cette conversion. Elle appelle les chrétiens à incarner de façon plus intense et concrète le mystère pascal dans leur vie personnelle, familiale et sociale en particulier en pratiquant le jeûne, la prière et l’aumône.

Jeûner, c’est-à-dire apprendre à changer d’attitude à l’égard des autres et des créatures : de la tentation de tout “ dévorer” pour assouvir notre cupidité, à la capacité de souffrir par amour, laquelle est capable de combler le vide de notre cœur. Prier afin de savoir renoncer à l’idolâtrie et à l’autosuffisance de notre moi, et reconnaître qu’on a besoin du Seigneur et de sa miséricorde. Pratiquer l’aumône pour se libérer de la sottise de vivre en accumulant toute chose pour soi dans l’illusion de s’assurer un avenir qui ne nous appartient pas. Il s’agit ainsi de retrouver la joie du dessein de Dieu sur la création et sur notre cœur, celui de L’aimer, d’aimer nos frères et le monde entier, et de trouver dans cet amour le vrai bonheur.

Chers frères et sœurs, le « carême » du Fils de Dieu a consisté à entrer dans le désert de la création pour qu’il redevienne le jardinde la communion avec Dieu, celui qui existait avant le péché originel (cf. Mc 1,12-13 ; Is 51,3). Que notre Carême puisse reparcourir le même chemin pour porter aussi l’espérance du Christ à la création, afin qu’« elle aussi, libérée de l’esclavage de la dégradation, puisse connaître la liberté de la gloire donnée aux enfants de Dieu » (cf. Rm 8,21). Ne laissons pas passer en vain ce temps favorable ! Demandons à Dieu de nous aider à mettre en œuvre un chemin de vraie conversion. Abandonnons l’égoïsme, le regard centré sur nous-mêmes et tournons-nous vers la Pâque de Jésus : faisons-nous proches de nos frères et sœurs en difficulté en partageant avec eux nos biens spirituels et matériels. Ainsi, en accueillant dans le concret de notre vie la victoire du Christ sur le péché et sur la mort, nous attirerons également sur la création sa force transformante.

Du Vatican, le 4 octobre 2018

Fête de Saint François d’Assise.

Pape François 🔸

Chers frères et sœurs, le « carême » du Fils de Dieu a consisté à entrer dans le désert de la création pour qu’il redevienne le jardin de la communion avec Dieu, celui qui existait avant le péché originel (cf. Mc 1,12-13 ; Is 51,3).

Pape François
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Dimanche 1 Carême – C (Lc 4,1-13). Méditation

Dimanche 1 Carême – C (Lc 4,1-13)

NE PAS NOUS DÉTOURNER DE JÉSUS

Les premières générations chrétiennes se sont beaucoup intéressées aux épreuves que Jésus a dû surmonter pour rester fidèle à Dieu et pour collaborer toujours à son projet de construire une vie plus humaine et plus digne pour tous.

Le récit des tentations de Jésus n’est pas un épisode isolé, qui a lieu à un moment et à un endroit, particuliers. Luc nous avertit qu’en finissant ces tentations «le diable a laissé Jésus jusqu’à une autre occasion». Les tentations reviendront dans la vie de Jésus et dans celle de ses disciples.

C’est pour cela que les évangélistes placent ce récit avant de raconter l’activité prophétique de Jésus. Ses disciples doivent bien connaître ces tentations dès le début, car ce sont les mêmes qu’ils devront surmonter au cours des siècles s’ils ne veulent pas se détourner de lui.

Dans la première tentation, on parle de pain. Jésus refuse d’utiliser Dieu pour satisfaire sa propre faim: «l’homme ne vit pas seulement de pain». La première chose pour Jésus est de chercher le royaume de Dieu et sa justice: qu’il y ait du pain pour tous. C’est pourquoi il aura recours un jour à Dieu, mais ce sera pour nourrir une foule affamée.

Dans la deuxième tentation, il est question de pouvoir et de gloire. Jésus renonce à tout cela. Aujourd’hui encore, notre tentation est de ne penser qu’à notre pain et de nous soucier exclusivement de notre crise. Nous nous détournons de Jésus quand nous croyons avoir le droit de tout avoir et nous oublions le drame, les peurs et les souffrances de ceux qui manquent de presque tout.

Il ne se prosternera pas devant le diable qui lui offre l’empire sur tous les royaumes du monde. Jésus ne cherchera jamais à être servi mais à servir.

Aujourd’hui encore, certains chrétiens sont tentés de maintenir à tout prix le pouvoir que l’Église a eu par le passé. Nous nous détournons de Jésus quand nous faisons pression sur les consciences en essayant d’imposer nos croyances par la force. Nous ouvrons la voie au royaume de Dieu lorsque nous travaillons pour un monde plus compatissant et solidaire.

Dans la troisième tentation, il est demandé à Jésus de descendre de façon grandiose devant le peuple, soutenu par les anges de Dieu. Jésus ne se laisse pas tromper. Même si on le lui demande, il ne fera jamais un signe spectaculaire du ciel. Il consacrera sa vie à faire des signes de bonté pour soulager la souffrance et les maux des gens.

Nous nous détournons de Jésus quand nous confondons notre propre ostentation avec la gloire de Dieu. Notre exhibition ne révèle pas la grandeur de Dieu. Seule une vie d’humble service envers les nécessiteux manifeste et répand son Amour.

José Antonio Pagola / Traducteur: Carlos Orduna 🔸

Nous nous détournons de Jésus quand nous confondons notre propre ostentation avec la gloire de Dieu. Notre exhibition ne révèle pas la grandeur de Dieu. Seule une vie d’humble service envers les nécessiteux manifeste et répand son Amour.

José A. Pagola
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Dimanche 5 Temps ordinaire – C (Lc 5,1-11). Méditation

Dimanche 5 Temps ordinaire – C (Lc 5,1-11). Méditation

LA FORCE DE L’EVANGILE

L’épisode d’une pêche surprenante et inattendue sur le lac de Galilée a été écrit par l’évangéliste Luc afin d’encourager l’Eglise lorsqu’il constate l’échec de tous ses efforts pour communiquer son message. Ce qu’il nous dit est très clair: nous devons placer notre espoir dans la force et dans l’attrait de l’Evangile.

Le récit commence par une scène insolite. Jésus est debout sur le bord du lac et les gens se pressent autour de lui pour entendre la Parole de Dieu. Ils ne viennent pas attirés par la curiosité. Ils ne s’approchent pas pour voir des prodiges. Ils veulent seulement entendre la Parole de Dieu de la bouche de Jésus.

Ce n’est pas samedi. Ils ne sont pas rassemblés dans la synagogue voisine de Capharnaüm pour entendre les lectures que l’on fait au peuple tout au long de l’année. Ils ne sont pas montés à Jérusalem pour écouter les prêtres du Temple. Ce qui les attire tant, c’est l’Evangile du Prophète Jésus, rejeté par les voisins de Nazareth. La scène de la pêche est également inhabituelle. Lorsque, la nuit, au moment le plus propice pour pêcher, Pierre et ses compagnons travaillent seuls, ils n’obtiennent aucun résultat. Quand, le jour, ils lancent leurs filets en ne faisant confiance qu’à la parole de Jésus qui guide leur travail, ils obtiennent contre toute attente une pêche abondante.

En arrière-plan des données qui rendent la crise du christianisme de plus en plus évidente parmi nous, il existe un fait indéniable: l’Eglise perd sans arrêt le pouvoir d’attraction et la crédibilité dont elle jouissait il y a quelques années. Nous ne devons pas nous tromper.

Nous chrétiens, nous avons expérimenté que notre capacité à transmettre la foi aux nouvelles générations diminue de plus en plus. Les efforts et les initiatives ne manquent pas. Mais apparemment, il ne s’agit pas seulement d’inventer de nouvelles stratégies.

Le moment est venu de se souvenir que dans l’Evangile de Jésus, il y a une force d’attraction qui n’existe pas en nous. Voici la question la plus décisive: allons-nous continuer à «faire les choses» à partir d’une Église qui perd de son pouvoir d’attraction et de sa crédibilité, ou allons-nous consacrer toute notre énergie à recouvrer l’Évangile comme seule force capable d’engendrer la foi chez les hommes et les femmes d’aujourd’hui?

Ne devons-nous pas mettre l’Évangile au premier plan de tout? Le plus important dans ces moments critiques ce ne sont pas les doctrines élaborées au cours des siècles, mais la vie et la personne de Jésus. Que les gens viennent prendre part à nos affaires n’est pas décisif mais qu’ils puissent entrer en contact avec lui. La foi chrétienne ne s’éveille que lorsque les gens rencontrent des témoins qui rayonnent le feu de Jésus.

José Antonio PAGOLA / Traducteur : Carlos ORDUNA 🔸

Nous chrétiens, nous avons expérimenté que notre capacité à transmettre la foi aux nouvelles générations diminue de plus en plus. Les efforts et les initiatives ne manquent pas. Mais apparemment, il ne s’agit pas seulement d’inventer de nouvelles stratégies.

José A. PAGOLA
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DOCUMENT SUR LA FRATERNITÉ HUMAINE POUR LA PAIX MONDIALE ET LA COEXISTENCE COMMUNE

Document sur la Fraternité Humaine pour la paix mondiale et la coexistence humaine

VOYAGE APOSTOLIQUE DU PAPE FRANÇOIS AUX ÉMIRATS ARABES UNIS (3-5 FÉVRIER 2019)

AVANT-PROPOS. La foi amène le croyant à voir dans l’autre un frère à soutenir et à aimer. De la foi en Dieu, qui a créé l’univers, les créatures et tous les êtres humains – égaux par Sa Miséricorde –, le croyant est appelé à exprimer cette fraternité humaine, en sauvegardant la création et tout l’univers et en soutenant chaque personne, spécialement celles qui sont le plus dans le besoin et les plus pauvres.

Partant de cette valeur transcendante, en diverses rencontres dans une atmosphère de fraternité et d’amitié, nous avons partagé les joies, les tristesses et les problèmes du monde contemporain, au niveau du progrès scientifique et technique, des conquêtes thérapeutiques, de l’époque digitale, des mass media, des communications ; au niveau de la pauvreté, des guerres et des malheurs de nombreux frères et sœurs en diverses parties du monde, à cause de la course aux armements, des injustices sociales, de la corruption, des inégalités, de la dégradation morale, du terrorisme, de la discrimination, de l’extrémisme et de tant d’autres motifs.

De ces échanges fraternels et sincères, que nous avons eus, et de la rencontre pleine d’espérance en un avenir lumineux pour tous les êtres humains, est née l’idée de ce « Document sur la Fraternité humaine ». Un document raisonné avec sincérité et sérieux pour être une déclaration commune de bonne et loyale volonté, destinée à inviter toutes les personnes qui portent dans le cœur la foi en Dieu et la foi dans la fraternité humaine, à s’unir et à travailler ensemble, afin que ce Document devienne un guide pour les nouvelles générations envers la culture du respect réciproque, dans la compréhension de la grande grâce divine qui rend frères tous les êtres humains.

DOCUMENT

 

Au nom de Dieu qui a créé tous les êtres humains égaux en droits, en devoirs et en dignité, et les a appelés à coexister comme des frères entre eux, pour peupler la terre et y répandre les valeurs du bien, de la charité et de la paix.

Au nom de l’âme humaine innocente que Dieu a interdit de tuer, affirmant que quiconque tue une personne est comme s’il avait tué toute l’humanité et que quiconque en sauve une est comme s’il avait sauvé l’humanité entière.

Au nom des pauvres, des personnes dans la misère, dans le besoin et des exclus que Dieu a commandé de secourir comme un devoir demandé à tous les hommes et, d’une manière particulière, à tout homme fortuné et aisé.

Au nom des orphelins, des veuves, des réfugiés et des exilés de leurs foyers et de leurs pays ; de toutes les victimes des guerres, des persécutions et des injustices ; des faibles, de ceux qui vivent dans la peur, des prisonniers de guerre et des torturés en toute partie du monde, sans aucune distinction.

Au nom des peuples qui ont perdu la sécurité, la paix et la coexistence commune, devenant victimes des destructions, des ruines et des guerres.

Au nom de la « fraternité humaine » qui embrasse tous les hommes, les unit et les rendégaux.

Au nom de cette fraternitédéchiréepar lespolitiques d’intégrisme et de division, et par les systèmes de profit effréné et par les tendances idéologiques haineuses, qui manipulent les actions et les destins des hommes.

Au nom de la liberté, que Dieu a donnée à tous les êtres humains, les créant libres et les distinguant par elle.

Au nom de la justice et de la miséricorde, fondements de la prospérité et pivots de la foi.

Au nom de toutes les personnes de bonne volonté, présentes dans toutes les régions de la terre.

Au nom de Dieu et de tout cela, Al-Azhar al-Sharif  – avec les musulmans d’Orient et d’Occident –, conjointement avec l’Eglise catholique – avec les catholiques d’Orient et d’Occident –, déclarent adopter la culture du dialogue comme chemin ; la collaboration commune comme conduite ; la connaissance réciproque comme méthode et critère.

Nous – croyants en Dieu, dans la rencontre finale avec Lui et dans Son Jugement –, partant de notre responsabilité religieuse et morale, et par ce Document, nous demandons à nous-mêmes et aux Leaders du monde, aux artisans de la politique internationale et de l’économie mondiale, de s’engager sérieusement pour répandre la culture de la tolérance, de la coexistence et de la paix; d’intervenir, dès que possible, pour arrêter l’effusion de sang innocent, et de mettre fin aux guerres, aux conflits, à la dégradation environnementale et au déclin culturel et moral que le monde vit actuellement.

Nous nous adressons aux intellectuels, aux philosophes, aux hommes de religion, aux artistes, aux opérateurs des médias et aux hommes de culture en toute partie du monde, afin qu’ils retrouvent les valeurs de la paix, de la justice, du bien, de la beauté, de la fraternité humaine et de la coexistence commune, pour confirmer l’importance de ces valeurs comme ancre de salut pour tous et chercher à les répandre partout.

Cette Déclaration, partant d’une réflexion profonde sur notre réalité contemporaine, appréciant ses réussites et partageant ses souffrances, ses malheurs et ses calamités, croit fermement que parmi les causes les plus importantes de la crise du monde moderne se trouvent une conscience humaine anesthésiée et l’éloignement des valeurs religieuses, ainsi que la prépondérance de l’individualisme et des philosophies matérialistes qui divinisent l’homme et mettent les valeurs mondaines et matérielles à la place des principes suprêmes et transcendants.

Nous, reconnaissant aussi les pas positifs que notre civilisation moderne a accomplis dans les domaines de la science, de la technologie, de la médecine, de l’industrie et du bien-être, en particulier dans les pays développés, nous soulignons que, avec ces progrès historiques, grands et appréciés, se vérifient une détérioration de l’éthique, qui conditionne l’agir international, et un affaiblissement des valeurs spirituelles et du sens de la responsabilité. Tout cela contribue à répandre un sentimentgénéral de frustration, de solitude et de désespoir, conduisant beaucoup à tomber dans le tourbillon de l’extrémisme athée et agnostique, ou bien dans l’intégrisme religieux, dans l’extrémisme et dans le fondamentalisme aveugle, poussant ainsi d’autres personnes à céder à des formes de dépendance et d’autodestruction individuelle et collective.

L’histoire affirme que l’extrémisme religieux et national, ainsi que l’intolérance, ont produit dans le monde, aussi bien en Occident qu’en Orient, ce que l’on pourrait appeler les signaux d’une « troisième guerre mondiale par morceaux », signaux qui, en diverses parties du monde et en diverses conditions tragiques, ont commencéàmontrer leur visage cruel ; situations dont on ne connaîtpas avec précision combien de victimes, de veuves et d’orphelins elles ontgénérés. En outre, il y a d’autres régions qui se préparent à devenir le théâtre de nouveaux conflits, où naissent des foyers de tension et s’accumulent des armes et des munitions, dans une situation mondiale dominée par l’incertitude, par la déception et par la peur de l’avenir et contrôlée par des intérêts économiques aveugles.

Nous affirmons aussi que les fortes crises politiques, l’injustice et l’absence d’une distribution équitable des ressources naturelles – dont bénéficie seulement une minorité de riches, au détriment de la majorité des peuples de la terre – ont provoqué, et continuent à le faire, d’énormes quantité de malades, de personnes dans le besoin et de morts, causant des crises létales dont sont victimes divers pays, malgré les richesses naturelles et les ressources des jeunes générations qui les caractérisent. A l’égard de ces crises qui laissent mourir de faim des millions d’enfants, déjà réduits à des squelettes humains – en raison de la pauvreté et de la faim –, règne un silence international inacceptable.

Il apparaît clairement à ce propos combien la famille est essentielle, en tant que noyau fondamental de la société et de l’humanité, pour donner le jour à des enfants, les élever, les éduquer, leur fournir une solide morale et la protection familiale. Attaquer l’institution familiale, en la méprisant ou en doutant de l’importance de son rôle, représente l’un des maux les plus dangereux de notre époque.

Nous témoignons aussi de l’importance du réveil du sens religieux et de la nécessité de le raviver dans les cœurs des nouvelles générations, par l’éducation saine et l’adhésion aux valeurs morales et aux justes enseignements religieux, pour faire face aux tendances individualistes, égoïstes, conflictuelles, au radicalisme et à l’extrémisme aveugle sous toutes ses formes et ses manifestations.

Le premier et le plus important objectif des religions est celui de croire en Dieu, de l’honorer et d’appeler tous les hommes à croire que cet univers dépend d’un Dieu qui le gouverne, qu’il est le Créateur qui nous a modelés avec Sa Sagesse divine et nous a accordé le don de la vie pour le préserver. Un don que personne n’a le droit d’enlever, de menacer ou de manipuler à son gré; au contraire, tous doivent préserver ce don de la vie depuis son commencement jusqu’à sa mort naturelle. C’est pourquoi nous condamnons toutes les pratiques qui menacent la vie comme les génocides, les actes terroristes, les déplacements forcés, le trafic d’organes humains, l’avortement et l’euthanasie et les politiques qui soutiennent tout cela.

De même nous déclarons – fermement – que les religions n’incitent jamais à la guerre et ne sollicitent pas des sentiments de haine, d’hostilité, d’extrémisme, ni n’invitent à la violence ou à l’effusion de sang. Ces malheurs sont le fruit de la déviation des enseignements religieux, de l’usage politique des religions et aussi des interprétations de groupes d’hommes de religion qui ont abusé – à certaines phases de l’histoire – de l’influence du sentiment religieux sur les cœurs des hommes pour les conduire à accomplir ce qui n’a rien à voir avec la vérité de la religion, à des fins politiques et économiques mondaines et aveugles. C’est pourquoi nous demandons à tous de cesser d’instrumentaliser les religions pour inciter à la haine, à la violence, à l’extrémisme et au fanatisme aveugle et de cesser d’utiliser le nom de Dieu pour justifier des actes d’homicide, d’exil, de terrorisme et d’oppression. Nous le demandons par notre foi commune en Dieu, qui n’a pas créé les hommes pour être tués ou pour s’affronter entre eux et ni non plus pour être torturés ou humiliés dans leurs vies et dans leurs existences. En effet, Dieu, le Tout-Puissant, n’a besoin d’être défendu par personne et ne veut pas que Son nom soit utilisé pour terroriser les gens.

Ce Document, en accord avec les précédents Documents Internationaux qui ont souligné l’importance du rôle des religions dans la construction de la paix mondiale, certifie ce qui suit :

–  La forte conviction que les vrais enseignements des religions invitent à demeurer ancrés dans les valeurs de la paix ; à soutenir les valeurs de la connaissance réciproque, de la fraternité humaine et de la coexistence commune ; à rétablir la sagesse, la justice et la charité et à réveiller le sens de la religiosité chez les jeunes, pour défendre les nouvelles générations de la domination de la pensée matérialiste, du danger des politiques de l’avidité du profit effréné et de l’indifférence, basée sur la loi de la force et non sur la force de la loi.

–  La liberté est un droit de toute personne : chacune jouit de la liberté de croyance, de pensée, d’expression et d’action. Le pluralisme et les diversités de religion, de couleur, de sexe, de race et de langue sont une sage volonté divine, par laquelle Dieu a créé les êtres humains. Cette Sagesse divine est l’origine dont découle le droit à la liberté de croyance et à la liberté d’être différents. C’est pourquoi on condamne le fait de contraindre les gens à adhérer à une certaine religion ou à une certaine culture, comme aussi le fait d’imposer un style de civilisation que les autres n’acceptent pas.

–  La justice basée sur la miséricorde est le chemin à parcourir pour atteindre une vie décente à laquelle a droit tout être humain.

–  Le dialogue, la compréhension, la diffusion de la culture de la tolérance, de l’acceptation de l’autre et de la coexistence entre les êtres humains contribueraient notablement à réduire de nombreux problèmes économiques, sociaux, politiques et environnementaux qui assaillent une grande partie du genre humain.

–  Le dialogue entre les croyants consiste à se rencontrer dans l’énorme espace des valeurs spirituelles, humaines et sociales communes, et àinvestir cela dans la diffusion des plus hautes vertus morales, réclamées par les religions ; il consiste aussi à éviter les discussions inutiles.

–  La protection des lieux de culte – temples, églises et mosquées – est un devoir garanti par les religions, par les valeurs humaines, par les lois et par les conventions internationales. Toute tentative d’attaquer les lieux de culte ou de les menacer par des attentats, des explosions ou des démolitions est une déviation des enseignements des religions, ainsi qu’une claire violation du droit international.

–  Le terrorisme détestable qui menace la sécurité des personnes, aussi bien en Orient qu’en Occident, au Nord ou au Sud, répandant panique, terreur ou pessimisme n’est pas dû à la religion – même si les terroristes l’instrumentalisent – mais est dû à l’accumulation d’interprétations erronées des textes religieux, aux politiques de faim, de pauvreté, d’injustice, d’oppression, d’arrogance ; pour cela, il est nécessaire d’interrompre le soutien aux mouvements terroristes par la fourniture d’argent, d’armes, de plans ou de justifications, ainsi que par la couverture médiatique, et de considérer tout cela comme des crimes internationaux qui menacent la sécurité et la paix mondiale. Il faut condamner ce terrorisme sous toutes ses formes et ses manifestations.

–  Le concept de citoyenneté se base sur l’égalité des droits et des devoirs à l’ombre de laquelle tous jouissent de la justice. C’est pourquoi il est nécessaire de s’engager à établir dans nos sociétés le concept de la pleine citoyenneté et àrenoncer à l’usage discriminatoire du terme minorités, qui porte avec lui les germes du sentiment d’isolement et de l’infériorité ; il prépare le terrain aux hostilités et à la discorde et prive certains citoyens des conquêtes et des droits religieux et civils, en les discriminant.

–  La relation entre Occident et Orient est une indiscutable et réciproque nécessité, qui ne peut pas être substituéeni non plus délaissée, afin que tous les deux puissent s’enrichir réciproquement de la civilisation de l’autre, par l’échange et le dialogue des cultures. L’Occident pourrait trouver dans la civilisation de l’Orient des remèdes pour certaines de ses maladies spirituelles et religieuses causées par la domination du matérialisme. Et l’Orient pourrait trouver dans la civilisation de l’Occident beaucoup d’éléments qui pourraient l’aider à se sauver de la faiblesse, de la division, du conflit et du déclin scientifique, technique et culturel. Il est important de prêter attention aux différences religieuses, culturelles et historiques qui sont une composante essentielle dans la formation de la personnalité, de la culture et de la civilisation orientale ; et il est important de consolider les droits humains généraux et communs, pour contribuer à garantir une vie digne pour tous les hommes en Orient et en Occident, en évitant l’usage de la politique de la double mesure.

–  C’est une nécessité indispensable de reconnaître le droit de la femme à l’instruction, au travail, à l’exercice de ses droits politiques. En outre, on doit travailler à la libérer des pressions historiques et sociales contraires aux principes de sa foi et de sa dignité. Il est aussi nécessaire de la protéger de l’exploitation sexuelle et du fait de la traiter comme une marchandise ou un moyen de plaisir ou de profit économique. Pour cela, on doit cesser toutes les pratiques inhumaines et les coutumes courantes qui humilient la dignité de la femme et travailler à modifier les lois qui empêchent les femmes de jouir pleinement de leurs droits.

–  La défense des droits fondamentaux des enfants à grandir dans un milieu familial, à l’alimentation, à l’éducation et à l’assistance est un devoir de la famille et de la société. Ces droits doivent être garantis et préservés, afin qu’ils ne manquent pas ni ne soient refusés à aucun enfant, en aucun endroit du monde. Il faut condamner toute pratique qui viole la dignité des enfants et leurs droits. Il est aussi important de veiller aux dangers auxquels ils sont exposés – spécialement dans le domaine digital – et de considérer comme un crime le trafic de leur innocence et toute violation de leur enfance.

§  La protection des droits des personnes âgées, des faibles, des handicapés et des opprimés est une exigence religieuse et sociale qui doit être garantie et protégée par des législations rigoureuses et l’application des conventions internationales à cet égard.

A cette fin, l’Eglise catholique et Al-Azhar, par leur coopération commune, déclarent et promettent de porter ce Document aux Autorités, aux Leaders influents, aux hommes de religion du monde entier, aux organisations régionales et internationales compétentes, aux organisations de la société civile, aux institutions religieuses et aux Leaders de la pensée ; et de s’engager à la diffusion des principes de cette Déclaration à tous les niveaux régionaux et internationaux, en préconisant de les traduire en politiques, en décisions, en textes législatifs, en programmes d’étude et matériaux de communication.

Al-Azhar et l’Eglise Catholique demandent que ce Document devienne objet de recherche et de réflexion dans toutes les écoles, dans les universités et dans les instituts d’éducation et de formation, afin de contribuer à créer de nouvelles générations qui portent le bien et la paix et défendent partout le droit des opprimés et des derniers.

En conclusion nous souhaitons que :

cette Déclaration soit une invitation à la réconciliation et à la fraternité entre tous les croyants, ainsi qu’entre les croyants et les non croyants, et entre toutes les personnes de bonne volonté ;

soit un appel à toute conscience vivante qui rejette la violence aberrante et l’extrémisme aveugle ; appel à qui aime les valeurs de tolérance et de fraternité, promues et encouragées par les religions ;

soit un témoignage de la grandeur de la foi en Dieu qui unit les cœurs divisés et élève l’esprit humain ;

soit un symbole de l’accolade entre Orient et Occident, entre Nord et Sud, et entre tous ceux qui croient que Dieu nous a créés pour nous connaître, pour coopérer entre nous et pour vivre comme des frères qui s’aiment.

Ceci est ce que nous espérons et cherchons à réaliser, dans le but d’atteindre une paix universelle dont puissent jouir tous les hommes en cette vie.

Abou Dabi, le 4 février 2019

 

Sa Sainteté
Pape François
Grand Imam d’Al-Azhar
Ahmad Al-Tayyeb

La foi amène le croyant à voir dans l’autre un frère à soutenir et à aimer. De la foi en Dieu, qui a créé l’univers, les créatures et tous les êtres humains – égaux par Sa Miséricorde –, le croyant est appelé à exprimer cette fraternité humaine, en sauvegardant la création et tout l’univers et en soutenant chaque personne, spécialement celles qui sont le plus dans le besoin et les plus pauvres.

Explications :

 

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Présentation de Jésus au temple. Réflexion 2 février 2019

Présentation de Jésus au temple. Réflexion

Après quarante jours, les parents de Jésus l’amènent au Temple pour le présenter au Seigneur, parce qu’ils sont de vrais observateurs de la Loi.

La première chose qui m’étonne ce matin c’est le peu d’écho que cette fête conserve dans notre monde d’aujourd’hui, au-delà des crêpes d’usage et de bon goût. Pourquoi cette fête peut-elle encore nous parler ? Ce n’est pas parce qu’elle a un parfum d’Ancien Testament mais parce qu’elle clôt le cycle de Noël et découvre au peuple de baptisés que nous sommes, que Jésus-Christ est Lumière, splendeur du Père et point de ralliement pour tous les hommes de bonne volonté. Au nom de tous, nous sommes des processionnaires de la lumière du Christ. Nous avons réfléchit aux diverses manifestations de Celui qui se fait homme pour nous, manifesté aux bergers en signe d’ouverture aux petits et aux humbles ; manifesté aux mages en signe d’ouverture aux païens ; et manifesté aux amis et aux mariés de Cana en signe d’ouverture à notre humanité… Aujourd’hui, Jésus est le bien universel qui vient de Dieu et n’existe que pour Lui ; il est offert au Seigneur et, par lui, c’est tous les vivants qui sont offerts parce que notre humanité unie à sa divinité nous divinise. L’offrande appelle la glorification. Réjouissons-nous car elle vient « pour la multitude » !

La deuxième chose qui m’étonne ce matin et que je vous partage volontiers, c’est la présence de Syméon, le juste religieux qui attend. Il fait partie du « petit reste », de ces gens de peu comme on pourrait dire, qui étaient persuadés en Israël que le Messie n’allait pas tarder à venir, pétris qu’il était de l’Ecriture. Syméon est aux aguets prêt à saisir l’Envoyé de Dieu et de fait, il le reconnaît dans ses bras, c’est-à-dire contre son cœur. «On ne voit bien qu’avec le cœur». Et le cœur est capable de chanter la présence de Dieu dans nos vies : ‘J’ai vu, je peux partir, le salut est là à portée de main et il est universel. D’Israël, il touche toutes les nations. Je chante l’action de grâces au nom de tous’. Ce matin je prends le relais de Syméon pour dire merci pour ceux qui oublient de le dire.  Nous sommes des serviteurs-relais de la louange et de la reconnaissance.

La troisième chose qui m’étonne c’est ce qui arrive aux parents de Jésus. A Marie est dévoilé un avenir de souffrances. Elle sera associée au sacrifice de son fils. Elle aura l’âme traversée d’un glaive. Sans doute avait-elle besoin d’être prévenue de qui l’attendait. On accueille mieux l’épreuve quand on la sait inévitable. Nous savons bien que la suite de Jésus ne nous promet pas un chemin de roses mais que celles-ci se cueillent toujours au risque des épines. Jérusalem, la ville chère à st Luc, est au bout d’une route rude et semées de souffrances. Il n’y a pas de résurrection sans chemin de passion. A Joseph reste l’étonnement, l’homme du silence, qui nous convie à l’intériorité. Toutes nos relations vraies avec Dieu sont cachées et elles racontent notre véritable histoire sainte. Laissons l’Esprit nous mettre en lien avec le Père. Et prions aujourd’hui pour ceux qui cherchent sens à leur vie.

Et je m’étonne enfin avec Anne la prophétesse. Elle est la sainte du grand âge. Elle rejoint nombre d’entre nous aujourd’hui. Vieillir, c’est voir son physique s’altérer mais c’est croire en même temps, en la jeunesse de la foi. Anne aussi est toute glorification. Au lieu de nous lamenter sur le poids du passé et du péché, allons de l’avant et témoignons de notre fidélité. Parlons de Jésus. Comme il a su grandir et se fortifier pour devenir le Sauveur de ses frères, ne doutons pas qu’au creux des ans et des peines associées, il nous nous fait grandir et nous fortifie en nous communiquant sa Sagesse. Restons fidèlement au Nazareth où Dieu nous a fixés et attendons son Retour. C’est toujours le temps de la Rencontre. Amen.

Jean-Pierre RENOUARD, CM 🔸

La première chose qui m’étonne ce matin c’est le peu d’écho que cette fête conserve dans notre monde d’aujourd’hui, au-delà des crêpes d’usage et de bon goût. Pourquoi cette fête peut-elle encore nous parler ?

Jean-Pierre Renouard CM
Explications :
  • Titre: Presentation of Jesus at the Temple (détail)
  • Créateur: Master of the Cini Madonna
  • Date de création: Around 1330
  • Dimensions physiques: w407 x h505 x d40 cm
  • Type: Painting
  • Lien externe: Museu Nacional d’Art de Catalunya
  • Support: Tempera and gold leaf on wood

Dimanche 4 Temps ordinaire – C (Lc 4,21-30). Méditation

Privés d’esprit prophétique

Dimanche 4 Temps ordinaire – C (Lc 4,21-30). Méditation

Nous savons que l’opposition à Jésus s’est développée progressivement: la méfiance des scribes, l’irritation des maîtres de la loi et le rejet des chefs du temple sont allés en augmentant jusqu’à ce qu’ils finissent par sa condamnation et son exécution sur la croix.

L’évangéliste Luc le sait aussi. Mais, intentionnellement, en forçant même son propre récit, il parle du rejet frontal de Jésus dans la première action publique qu’il décrit. Dès le début, les lecteurs doivent prendre conscience que le rejet est la première réaction que Jésus rencontre parmi les siens lorsqu’il se présente comme Prophète.

Ce qui s’est passé à Nazareth n’est pas un événement isolé. Quelque chose qui est arrivé dans le passé. Le rejet de Jésus quand il se présente comme Prophète des pauvres, libérateur des opprimés et pardonnant aux pécheurs, peut se produire chez ou les siens à travers les siècles.

Il est difficile pour nous, disciples de Jésus, d’accepter sa dimension prophétique. Nous oublions presque complètement quelque chose qui a une grande importance. Dieu ne s’est pas incarné dans un prêtre, consacré à prendre soin de la religion du Temple. Ni dans un scribe occupé à défendre l’ordre établi par la Loi. Il s’est incarné et révélé dans un Prophète envoyé par l’Esprit pour proclamer la Bonne Nouvelle aux pauvres et la libération aux opprimés.

Nous oublions que la religion chrétienne n’est pas simplement une religion de plus, née pour fournir aux disciples de Jésus les croyances, les rites et les préceptes nécessaires pour vivre leur relation avec Dieu. C’est une religion prophétique, impulsée par le Prophète Jésus pour promouvoir un monde plus humain, orienté vers son salut définitif en Dieu.

Nous chrétiens, nous risquons de négliger encore et encore la dimension prophétique qui doit animer les disciples de Jésus. En dépit des grandes manifestations prophétiques qui ont eu lieu dans l’histoire chrétienne, ce qui est affirmé par le célèbre théologien H. Von Balthasar reste toujours vrai: «À la fin du deuxième siècle, il est tombé sur l’esprit prophétique de l’Eglise une couche de givre qu’on n’a pas encore complètement enlevé».

Aujourd’hui encore, soucieux de restaurer « le religieux » face à la sécularisation moderne, nous, chrétiens, nous risquons de marcher vers l’avenir privés d’esprit prophétique. S’il en est ainsi, il peut nous arriver la même chose qu’aux habitants de Nazareth: Jésus s’ouvrira un chemin au milieu de nous et «s’éloignera» pour continuer sa route. Rien ne l’empêchera de poursuivre sa mission libératrice. D’autres, venant de l’extérieur, reconnaîtront sa force prophétique et accueilleront son action salvatrice.

José Antonio PAGOLA / Traducteur : Carlos Orduna🔸

Nous chrétiens, nous risquons de négliger encore et encore la dimension prophétique qui doit animer les disciples de Jésus.

José A. Pagola
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