Avec les Artisans de la Fête

Avec les Artisans de la Fête

Voici quelque vingt ans que mon évêque m’a envoyé en mission parmi les Artisans de la Fête, appelés aussi Forains. Cependant le mot « Artisan » veut souligner que leur métier est vraiment un « travail ».

Il y a dix ans, les évêques des Provinces de Bordeaux et Poitiers m’ont nommé, en lien avec l’Aumônerie Nationale, aumônier provincial de la Nouvelle Aquitaine. J’ai hésité à répondre favorablement à mon évêque, ne connaissant pas le monde des Artisans de la Fête. Puis, sachant que l’on ne se donne pas une mission mais qu’on la reçoit, je me suis lancé et j’y suis heureux, vivant mon ministère de diacre comme « un passeur d’espérance » (Selon Monseigneur Albert Rouet) dans une des périphéries de notre société.

Comment vit-on cette mission avec et au milieu des forains ? Un seul mot :  présence. Oui, il faut être là, passer et encore passer au milieu de la fête, allant de métier en métier pour serrer une main, dire un bonjour. Être parmi les forains, c’est de l’ordre de la gratuité.

Pendant trois ans, à la suite de religieuses présentes sur les fêtes, je n’ai eu que « contacts polis ». Il fallait « faire sa place », se laisser apprivoiser … Et un jour c’est le « finis d’entrer ! » Que de contacts depuis ! Des confidences, des questions alors que je suis dans les caisses des manèges. Des demandes de baptêmes ou de mariages. Des accompagnements de familles en deuil. Des baptêmes célébrés sur le manège ou petit châpiteau, parce que c’est le lieu de vie. Eucharistie célébrée avec mon évêque sur le manège d’auto-skooter, réunissant au cours de la fête dans la ville des forains et des paroissiens du quartier et de la ville.

Le téléphone sonne : Henri, jeune trapéziste de dix-huit ans s’est tué accidentellement. « Jean-Claude, on veut que ce soit toi notre aumônier qui fassent les obsèques. » Et je me retrouve au milieu de quelques huit cents Gens du Cirque ( de plusieurs cirques de France. ) Et quand les forains appellent pour un décès, il faut de suite répondre oui. La célébration a lieu dans l’église, mais il faut être dès le décès sur le terrain de remise des caravanes et prier dans la caravane du défunt.

Évidemment, ceci demande une pastorale bien différente des paroisses et des sédentaires pour préparer les sacrements. Être aumônier des Artisans de la Fête et des Gens du Cirque c’est partager, derrière les décors et loin des flonflons, les soucis quotidiens d’une profession consacrée à la fête des autres sans être toujours de la fête elle-même ! Il faut que comme aumônier, être avec les forains pour faire comprendre à un maire que si la fête est mise en dehors du centre-ville, alors ce n’est plus la fête. Il faut aussi que l’aumônier n’oublie pas de serrer la main des « commis », souvent main-d’œuvre étrangère qui sont de « petites gens »

Le cher Cardinal ETCHEGARAY, qui « curé » des forains dans son diocèse de Bayonne, a écrit : « Dis-moi quelles sont tes fêtes et je te dirai qui tu es. » Il faut se poser cette question. Saint Athanase, au IVe siècle, affirmait : « Le Christ ressuscité fait de la vie de l’homme une fête continuelle. »

Cette fête sans fin est-elle vraiment une réalité pour nous ? Et si la fête s’effaçait du Corps du Christ qu’est l’Église, y aurait-il encore sur terre ce sel qui donne goût de vivre et de vivre ensemble ? La fête en effet est la parabole du Royaume. Elle est un espace gratuit de convivialité où l’on se rencontre, où l’on passe un moment dans la musique et les lumières, même si l’on ne peut pas acheter quelque chose.

Aumônier, « passeur d’espérance », mon rôle est de faire le lien entre ce monde des forains et l’Église. Les Artisans de la Fête ont leur vie marquée par l’itinérance. Ils ont, pour beaucoup la foi chrétienne chevillée au cœur et transmise de générations en générations. Si vous entrez dans une caravane, vous y trouverez la croix du Christ et une image de la « Sainte », c’est-à-dire la Vierge Marie.

Suite à la visite de l’évêque sur la fête, en allant avec l’aumônier de métier en métier, j’ai entendu un forain me dire : « Quel plaisir de serrer la main à l’évêque. C’est l’Église qui est venue à moi ! »

Avec les forains, je vis beaucoup d’amitié. Je partage les joies et les peines, les soucis. J’aide parfois, à la réconciliation entre les personnes. Je découvre des gestes remarquables, comme cette foraine ayant un manège d’enfants et qui fait faire un tour à un gamin dont elle s’est rendu compte que les parents sont « fauchés ». Ou Sophie, confiseuse, qui remet gratuitement un sandwich à un sans domicile fixe passant dans la fête. J’ai pu aussi, épauler par un couple forain, aider un forain à se sortir de son addiction à l’alcool.

Quand mon évêque m’a envoyé en mission chez les Artisans de la Fête, il a voulu respecter mon désir d’être missionnaire à la suite de Saint Vincent de Paul. Car les forains représentent une périphérie dont très souvent les paroisses n’ont pas conscience. Que Saint Vincent me donne simplicité et humilité pour vivre la joie du service au milieu de ce peuple très attachant !

Jean-Claude PETEYTAS, diacre vincentien 🔸

Aumônier, « passeur d’espérance », mon rôle est de faire le lien entre ce monde des forains et l’Église. Les Artisans de la Fête ont leur vie marquée par l’itinérance. Ils ont, pour beaucoup la foi chrétienne chevillée au cœur et transmise de générations en générations

Pour savoir davantage :

http://forains.catholique.fr/

http://cm.diacresvincentiens.over-blog.com/

À propos de la Mission Vincentienne en France

À propos de la Mission Vincentienne en France

Dès les débuts (qu’on se souvienne de Folleville !) les missions sont parties constitutive du but visé par la Congrégation de la Mission, le bien nommé. A la mort de st Vincent, il est quasi impossible – selon J. Maria Roman [1] – de chiffrer les missions hexagonales, les listes étant partielles. La seule maison de st Lazare a donné près d’un millier de missions, soit 840, selon Abelly. Quand je suis entré dans la Congrégation en 1955, existaient outre les grands séminaires et les écoles apostoliques, mangeuses d’hommes, des maisons de base arrière servant de vie de ressourcement et de préparation aux prochaines interventions. Il suffit de nommer Lille-Bondues, Rennes, Bordeaux, Lyon, Limoux, Toulouse, sans oublier tous les confrères se consacrant aux « petites missions » et estampillés tels sur le Catalogue officiel.

Nous pouvons regretter ce temps-là mais ce serait vain et stérile. Aujourd’hui nous notons une fidélité missionnaire à travers ce que vivent nos confères de Bondues, les expériences de tel ou tel, isolé ou en groupe, ou avec d’autres congrégations, les essais citadins, tout ceci sans charge curiale. Ce n’est pas à l’auteur requis de ces lignes de porter un jugement de valeur et la Providence est venue à son aide grâce à la retraite de l’École Française. Le prédicateur a basé toute sa présentation paulinienne sur un article des Études de 2016 d’Arnaud Join-Lambert [2], intitulé « La mission chrétienne en modernité liquide » [3]. L’adjectif « liquide » alerte et interroge mais signifie aujourd’hui que rien n’est stable mais que tout bouge et se modifie ; l’ensemble de la société se dés-institutionnalise au bénéfice de l’individu. L’Église est tenue d’en tenir compte sous peine de manquer le train d’un changement de période et elle est invitée à s’adapter à cette évidence.

L’auteur identifie quatre modèles missionnaires en Europe occidentale (les trois premiers déjà en application) :

  1. La nouvelle évangélisation (Jean-Paul II) : surtout communautés nouvelles ; évangélisation de rue, etc.
  1. La proposition de la foi (cf. Lettre aux catholiques de France, 1996) : non plus un « recevoir » mais un « aller vers ».
  1. La pastorale d’engendrement : la foi est en germe dans l’autre, et c’est la qualité de la relation et de la rencontre qui peut permettre à la foi de jaillir chez l’autre.
  1. Une dynamique de sortie (pape François) : aller aux périphéries dans une posture dialogique, pour former une communauté humaine de salut.

Sortir

« Une société liquide se caractérise par le primat de la relation, de la communication, de la logique des réseaux par rapport avec une société solide qui privilégie les institutions et la stabilité géographique…», commente un théologien britannique. Mais cela va-t-il assez loin ? C’est pour cela que nous en sommes aux propositions pontificales actuelles et que nos formes missionnaires sont sans cesse en recherche. Il ne se passe pas une semaine sans que ne paraissent un article, une contribution autorisée, un témoignage sur la mission. Rien n’est fixé et tout est recherche.

Mgr Colomb, nouvel évêque de la Rochelle, répondait à une interview de la Rochelle, le 16 mars 2016 : « La France est bel et bien un pays de mission, parce que la foi n’est plus transmise. Il suffit de regarder les clignotants qui s’affichent : combien d’enfants sont catéchisés aujourd’hui ? Bien sûr, les messes de confirmation sont pleines et cela donne une impression de nombre, on remplit une église, mais quand on fait le rapport du nombre d’enfants qui sont confirmés et du nombre d’enfants qui sont scolarisés dans l’enseignement public et dans l’enseignement catholique réunis, le ratio est ridiculement bas. Donc, la foi n’est plus transmise et la France est un pays de mission à cet égard. » Ce qui est clair c’est qu’il faut mettre les mains dans le cambouis – surtout pour une Congrégation spécialisée – et poursuivre toujours l’annonce. « Sortir » implique plus qu’un déplacement géographique mais des déplacements intérieurs.

Il est judicieux de s’arrêter sur la définition de « sortie » de l’auteur Join-Lambert : « Aller aux périphéries dans une posture dialogique, pour former une communauté humaine de salut ». Les mots ne sont pas neutres : « périphéries [4] – dialogiques[5] – former » et non réformer ou reformer. Il s’agit bien d’un dialogue nouveau entre chrétiens et monde, pour faire du nouveau, une communauté de salut en phase avec la société contemporaine et ouverte au Christ et à sa célébration.

Des convictions [6]

Au lieu de dresser un état de nos interventions et de noter une fois de plus nos diversités (ce qui ne peut être qu’une évidence ! et cessons de les opposer), mieux vaut sans doute engranger des convictions, les partager et les mettre en œuvre. Parmi celles-ci, je noterai :

  • L’urgence de la proclamation. Nous sommes toujours et dans la posture des 72 disciples invités à passer en proclamant la proximité du Seigneur et dans l’ordre donné par Jésus lui-même avant son Ascension : « Allez par le monde entier, proclamez l’Évangile à toutes les créatures »(Mc 18, 15). Le temps presse et ne souffre aucune tergiversation.
  • Nous sommes des envoyés et non des auto-décideurs. Rien ne se construit de solide sur la seule volonté propre, surtout en matière directement rattachée à l’Évangile. Il y a un fil rouge qui relie mystérieusement au Christ, l’Envoyé par excellence, d’envoi en envois.
  • Notre travail missionnaire est de fait, ecclésial. Il suppose un lien visible et honoré avec l’instance diocésaine compétente, paroissiale ou de réseaux (catégories sociales, lieux privilégiés, tranches d’âge etc.). Cela implique et l’écriture d’un projet missionnaire authentifié et actualisé, et d’un ordre de mission circonstancié).
  • Une fois officialisé, la première préoccupation est de s’appuyer sur une coresponsabilité soigneusement composée visant la représentativité de la totalité qui est à rejoindre par l’Annonce (territoires, réseaux, catégories sociales…). Pareille équipe s’appuie sur la responsabilité territoriale déjà en place sans la doubler et en lien permanent avec elle. Cette équipe missionnaire est le lieu décisionnel de la stratégie, de la programmation, de la relecture, de l’adaptation, bref de tout le vécu apostolique. Le Pape François nous exhorterait aujourd’hui à éviter tout cléricalisme et donc tout interventionnisme prédominant, même si nous avons vocation animatrice. Il est couramment dit qu’il nous faut être « leader » mais sans nous imposer, dans la discrétion attendue aujourd’hui pour donner toute leur place aux autres.
  • L’expérience montre que beaucoup de confrères hors équipe–pilote, peuvent intervenir. Il est bon d’utiliser leurs capacités, leur expérience et leur spécialisation éventuelle. Cela suppose un certain calendrier, des voyages, et surtout un budget adéquat dont la provenance est toujours à fixer par avance avec les autorités compétentes, nous souvenant que nous avons vocation à la gratuité dans la tradition vincentienne, même si nous savons que nul ne peut vivre d’amour et d’eau fraîche ! Il y une alchimie économique à trouver…
  • La pratique montre aussi et la richesse des réunions par catégories sociales et ecclésiales et la pertinence des temps forts dans bien des domaines (Bible, catéchèses, prière, liturgie, doctrine sociale de l’Église, éthique, vie chrétienne au quotidien etc.) Il convient d’écouter les besoins, d’évaluer les réponses possibles et de dresser un lifting en conséquence, faute de quoi une improvisation est préjudiciable ou une non-réponse tout aussi frustrante.
  • Les célébrations qui ponctuent le temps missionnaire sont à soigner. Elles portent le besoin de se centrer sur l’essentiel, le Christ Miséricordieux et Ressuscité, de vivre le beau, la joie et la dynamique communautaire qui secoue, soutient et s’ouvre aux absents habituels. Une bonne communication facilitera la convocation de beaucoup et il n’est pas de trop de mettre en place une équipe chargée de cette médiatisation tout au long de la Mission, avec une responsabilité qui déborde ce cadre-là et se charge de toutes les jonctions internes et externes.
  • Les Eucharisties demeurent plus que jamais au cœur ; les eucharisties dominicales avec des homélies ajustées entre elles et aux appels du moment ; d’autres eucharisties plus « spécialisées » selon les éventualités (messe des jeunes, du souvenir, du sacrement des malades etc.). Ce qui importe, c’est de veiller à leur climat de joie et d’action de grâces, suivant les circonstances.
  • De l’eucharistie à la fête, il n’y pas loin. Celle-ci peut être l’occasion d’un vaste rassemblement plus large que les limites de la paroisse ou du réseau. « Fête de la mission », elle va essayer d’atteindre la population du quartier, de la zone, du village, sans porter atteinte…à la laïcité. Elle va surtout être soit le point de départ d’une action soit sa célébration. Elle combine joie et engagement, ouverture et attirance.
  • Car toute mission débouche sur du concret. Après les heures de la célébration missionnaire, avant ou après la fête, qu’allons-nous faire ensemble ? Du palpable, du vérifiable, du pratique. C’est à ce signe que nous serons reconnus comme crédibles et la grâce de Dieu aidant, comme imitables. Maints exemples apparaissent : visite des malades, des isolés, des démunis sous formes diverses, organisation de services, de transports, de rencontres, de loisirs, d’invitations chez soi ou dans une salle adéquate à un rythme précisé et maintenu pour vivre ensemble et de fait, un témoignage de solidarité à résonnance évangélique.
  • Il restera toujours, cela va sans dire, à revoir le vécu du temps missionnaire, d’en relire les échecs et les réussites, tant au point de vue personnel que communautaire. Cette relecture est essentielle et permet à tous les acteurs de recommencer le témoignage avec passion et enthousiasme, et de se maintenir au présent dans une bonne santé évangélique.

Conclusion

Un aspect a été volontairement différé pour le signaler ici avec insistance. La mission s’avère performante avec le témoignage communautaire. Il est premier tant de la part des initiateurs du projet que chez ceux et celles qui se laissent toucher. Il est l’arbre qui porte fruit. Il s’impose par sa visibilité et sa bonne odeur : « Voyez comme ils s’aiment ». Le contraire, par expérience, jette le doute et le trouble sur les intentions et les décisions. Il faut se mettre à l’écoute des critiques éventuelles et recevoir les remarques faites. En vérité, le défi est toujours là et maintient la saveur johannique : « Ce que je vous commande, c’est de vous aimer les uns les autres » (Jn 13, 17). Ce témoignage-là est contagieux, toujours séduisant. Il ouvre de vastes perspectives, entre les membres du ‘cercle rapproché’ que sont tous les vincentiens depuis les missionnaires jusqu’aux équipières et sociétaires éventuels que peuvent être les locaux, en passant par des Filles de la Charité bien évidemment… et sans négliger toutes celles et ceux qui se réclament de l’esprit vincentien. On croit alors entendre Monsieur Vincent dire à tous les bénéficiaires de la Mission : « Le saint nom (de Dieu) soit donc à jamais glorifié de toutes les grâces qu’il a faites aux peuples et aux ouvriers ! Plaise à sa divine bonté d’en conserver les fruits et de vous fortifier de plus en plus pour en produire longuement de semblables ! » (VI, 152). [7]

Jean-Pierre RENOUARD, CM – Le Berceau – 11 octobre 2018 – (En l’anniversaire de l’ouverture du Concile Vat. II et la fête de saint Jean XXIII) 🔸

Notre travail missionnaire est de fait, ecclésial. Il suppose un lien visible et honoré avec l’instance diocésaine compétente, paroissiale ou de réseaux (catégories sociales, lieux privilégiés, tranches d’âge etc.). Cela implique et l’écriture d’un projet missionnaire authentifié et actualisé, et d’un ordre de mission circonstancié

NOTES :

[1] J-M Roman, saint Vincent de Paul, Biographie, éditions Alzani, p 403.

[2] Professeur de théologie à l’Université de Louvain.

[3] Études n. 4241, septembre 2017, 73-82. Voir aussi le sociologue Zygmunt Bauman. https://fr.wikipedia.org/wiki/Zygmunt_Bauman et la présentation de Jean Hassenforder. http://www.temoins.com/vers-une-eglise-liquide/

[4] « Essentielles et existentielles » précisent François.

[5] « Dialoguant, dialogique – dialectique, a-t-on dit aussi et non sans raison – est le jeu croisé par lequel chaque position de l’un est transmise à l’autre, au travers de ‘l’impatience de raconter’ » J.-P. Faye, in Les Let. fr., 20 déc., 7 – AFC » (TLF).

[6] On voudra bien considérer que cette théorisation des convictions provient d’une expérience appliquée sur les terrains.

[7] SVP, VI, 152.

« Enflammer le coeur des hommes » : Défis et écueils de la Mission ad Gentes aujourd’hui

« Enflammer le coeur des hommes » :

Défis et écueils de la Mission ad Gentes aujourd’hui

Le bicentenaire de la Maison-Mère nous offre une excellente occasion de ressaisir un héritage significatif pour l’Église en général et pour la congrégation de la Mission en particulier : celui de la mission ad gentes. Au cours de ces deux siècles, en effet, des centaines et des centaines de lazaristes ont été envoyés à travers le monde, depuis Saint-Lazare. Comme cela m’a été demandé, j’évoquerai mon apostolat dans cette continuité et signalerai par la même occasion certains des défis et écueils de la mission ad gentes aujourd’hui.

En premier lieu, il est vrai que l’expression latine ad gentes rappelle à elle seule les époques coloniale et même postcoloniale où les missionnaires allaient porter au loin l’Évangile aux infidèles, en détenteurs de la vérité chargés d’extirper le paganisme et l’idolâtrie, la superstition et l’ignorance. Il n’en reste pas moins qu’aujourd’hui encore, des blocs entiers de l’humanité, tant ethniques que culturels, spécialement « dans les régions de l’hémisphère sud, là où l’action pour le développement intégral et la libération de toute oppression est la plus urgente » (Redemptoris Missio, 58), ne connaissent toujours pas le Christ, le connaissent peu et mal, ou bien ne parviennent pas à former des Églises locales stables et mûres, alors même que d’autres religions et de nombreuses sectes multiplient leurs adeptes aux quatre coins du monde. Pour que « tous ceux qui sont au loin, en aussi grand nombre que le Seigneur les appellera » (Actes 2, 39), se sachent aimés et sauvés par le Christ, l’Église toute entière doit donc « s’insérer dans tous ces groupes humains du même mouvement dont le Christ lui-même, par son incarnation, s’est lié aux conditions sociales culturelles déterminées des hommes avec lesquels Il a vécu » (Ad gentes 10).

Ainsi, découlant du mystère-même de l’Incarnation, d’un ordre explicite donné par le Christ à ses disciples (Mt 28, 19) et enfin de la passion qui naît et croît en quiconque expérimente la joie de la rencontre personnelle avec Lui, « le mandat d’évangéliser tous les hommes constitue la mission essentielle de l’Église » (Evangelii Nuntiandi, 14). Or, offrir aux peuples non pas “plus d’avoir” mais “plus d’être“, en réveillant les consciences par l’Évangile (RM, 58), et disposer l’homme à s’épanouir comme fils de Dieu, le libérer des injustices et encourager son développement intégral (Puebla, 3760), tel n’est pas le moindre des services que l’Église rende à une humanité fragmentée et déshumanisée, qui a perdu « le sens des réalités ultimes et de son existence même » (RM, 2).

Sans rien enlever au fait que la France et l’Europe entière sont devenues des terres de mission, la petite compagnie ne peut se contenter d’être une congrégation de la Mission « en peinture », paralysée par le provincialisme. Car, même si nous sommes du clergé de saint Pierre et si les invitations d’Aparecida et du pape François depuis Evangelii Gaudium à former une Église « en sortie » s’adressent aussi aux paroisses traditionnelles, nous ne pouvons ignorer une réalité : si notre mission est la même que celle des diocésains, alors rien ne nous distinguera d’eux et si des candidats se présentent tout-de-même à nous, ce sera davantage par l’effet du hasard et des contacts humains que sur la base de nos charismes fondateurs et de la mise en œuvre de la spiritualité vincentienne, ce qui n’est pas forcément prometteur pour notre avenir.

Où est passé le zèle qui faisait dire à monsieur Vincent : « Notre vocation est d’aller enflammer le cœur des hommes, de faire ce que fit le Fils de Dieu, Lui qui vint porter le feu dans le monde pour l’enflammer de son amour. Que pouvons-nous désirer d’autre sinon qu’il brûle et consume tout? » (Conférence aux prêtres de la Mission n° 207) ? Heureusement, le zèle vincentien pour les missions ad gentes perdure dans la petite compagnie au moins sous deux formes distinctes.

D’une part, bien des provinces ont alimenté ou alimentent en ressources humaines et économiques des missions historiques, comme par exemple l’Argentine vers le Paraguay et l’Uruguay, les États-Unis de l’Ouest vers le Kenya, les États-Unis de l’Ouest vers le Panama, Puerto Rico vers Haïti, la Colombie vers la Rwanda et le Burundi, la France vers l’Algérie, le Canada, la Grèce, l’Iran et Madagascar, l’Irlande vers le Royaume Uni, l’Espagne vers le Honduras, l’Italie vers l’Albanie et Madagascar, etc. Dans la plupart des cas, non seulement l’expression latine ne convient pas, car il ne s’agit plus d’aller vers les « gentils », mais encore le mouvement missionnaire s’est progressivement inversé, au point qu’aujourd’hui les anciennes missions historiques pourvoient de différentes manières les provinces qui un jour furent leurs mères nourricières. L’ancienne province de Belgique qui, après avoir envoyé des missionnaires au Congo, en est devenue une mission, constitue à cet égard un cas d’école. Signalons au passage qu’aujourd’hui, à peine 10% des confrères de la province de France exercent leur ministère dans les missions d’Algérie, du Canada, de la Grèce et de l’Iran.

D’autre part, chaque année en octobre, un certain nombre de confrères – malheureusement de plus en plus restreint – répond positivement à l’appel missionnaire du supérieur général dirigé à pourvoir en personnel les missions internationales qui furent créées en 1992 et depuis, pour aider à résoudre des situations pastorales extraordinaires en différentes parties du monde, « à travers des paroisses de mission et/ou des séminaires diocésains » [1], dans le but avoué de collaborer à l’établissement d’Églises particulières et d’aider à celles déjà établies [2] mais aussi dans le but officieux de nous désenclaver du provincialisme. Ainsi, aujourd’hui, la congrégation ne compte pas moins de douze missions internationales : quatre en Afrique (Angola, Bénin, Tchad et Tunisie), cinq en Amérique Latine (3 en Bolivie, 1 au Brésil et 1 au Chili), une en Amérique du Nord (Alaska), une en Asie (Papouasie Nouvelle Guinée) et finalement une en Océanie (Îles Salomon). Mais les chiffres sont clairs : dans le monde, un lazariste sur 200 exerce son ministère dans une mission internationale. 

 

Premier défi : porter aux autres ce que l’on porte en soi

Si la figure de Marie peut être considérée comme le modèle de la Charité et de la Mission, c’est parce que, habituée à garder dans son cœur non seulement la Parole de Dieu mais encore les traces de l’action du Seigneur dans sa vie, elle reçut l’Annonciation à la fois comme un don gratuit et comme une mission à accomplir. Elle se mit alors promptement en chemin, à travers les montagnes de Judée, avec un double objectif : non seulement porter secours à sa parente Élisabeth qui allait donner le jour pour la première fois, à un âge avancé, mais encore lui porter Celui qu’elle-même portait en son sein : le Verbe incarné dans le monde et dans l’histoire.

Toutefois, dans les missions ad gentes comme dans les autres formes de mission, il n’est pas rare que nous en venions peu à peu à délaisser notre vie intérieure et prétendions alors enflammer le cœur des hommes de ce monde d’un feu qui s’est éteint dans le nôtre. Bien que nous ayons été envoyés à une portion donnée du Peuple de Dieu, nous nous trouvons alors face à la mission prioritaire de notre propre conversion. Conversion à laquelle contribueront pour leur part le soin apporté à la vie intérieure et à la vie communautaire, ainsi que l’ouverture à une population et à une culture différentes.

Ainsi, s’il alimente sa relation personnelle avec le Christ et soigne sa vie de communauté, le missionnaire, laïc, frère ou prêtre, peut alors devenir ce qu’il est, comme l’exprimait saint Vincent avec tant de clarté : « Eh bien, s’il est vrai que nous sommes appelés à porter au loin et à proximité l’amour de Dieu, que nous devons en enflammer les nations, si notre vocation est d’aller répandre ce feu divin dans le monde entier […], combien me faut-il moi-même brûler de ce feu divin! Comment donner la charité aux autres, si nous ne l’avons pas entre nous? Observons si nous l’avons, non pas en général, mais si chacun l’a en soi, s’il l’a à la mesure nécessaire; parce que si elle n’est brûlante en nous, si nous ne nous aimons pas les uns les autres comme Jésus Christ nous a aimés et si nous n’accomplissons pas d’actes semblables aux siens, comment pourrions-nous espérer diffuser un tel amour sur toute la terre? Il n’est pas possible de donner ce que l’on n’a pas » (Conférence aux prêtres de la Mission n° 207). C’est d’abord dans la mesure où il est habité par le Christ que le missionnaire peut Le porter aux autres et devenir, tant personnellement qu’en communauté et dans son apostolat, un témoin passionné et irradiant du Dieu d’amour qui veut sauver tous les hommes et un signe d’unité (EA, 39).

Plus près de nous, saint Jean-Paul II exprimait la même idée en d’autres termes : « l’homme contemporain croit plus les témoins que les maîtres, l’expérience que la doctrine, la vie et les faits que les théories. […] La première forme de témoignage est la vie même du missionnaire […]. Le missionnaire qui, malgré toutes ses limites et ses imperfections humaines, vit avec simplicité à l’exemple du Christ est un signe de Dieu et des réalités transcendantes » (RM, 42). Si donc il accepte de se laisser convertir par le Christ, lequel s’exprime aussi par les bénéficiaires de sa mission, le missionnaire pourra effectivement devenir un signe de Dieu, il pourra vraiment annoncer le Christ au lieu de s’annoncer lui-même, il pourra passer de la charité affective à la charité effective et à terme porter un fruit qui demeure.

Même si nous soignons notre vie intérieure, nous pouvons également en venir à ne plus respirer qu’avec un seul des deux poumons de la congrégation : mission et charité. Nous courrons alors le risque de nous convertir soit en fonctionnaires d’ONG ou en chefs de PME, soit en tenants d’une spiritualité désincarnée. Dans les deux cas, il ne suffit évidemment pas de vivre dans une terre de mission pour être missionnaire car, expatrié ou exilé, un fonctionnaire de Dieu reste un fonctionnaire de Dieu et un anachorète reste un anachorète.

Fort d’une longue expérience de mission en Chine, saint François-Régis Clet (1748-1820) invita les premiers, dans une circulaire du 1er avril 1813, à ne pas perdre de vue que, pour porter du fruit, toute activité apostolique doit trouver sa source dans la rencontre personnelle avec le Christ au moyen de l’oraison, de l’examen de conscience, de la lecture de la Parole de Dieu et d’ouvrages spirituels, et enfin de la retraite annuelle : « Gardons-nous, sous prétexte d’un zèle mal ordonné, de laisser absorber tout notre temps par les fonctions de notre ministère à l’égard des autres. Suivons les traces des apôtres, qui disaient : “Nous ne cesserons, quant à nous, de vaquer à la prière et à la prédication…” » [3] Quant aux seconds, les anachorètes, il les exhortait à traduire leur zèle missionnaire dans la pratique : « Que les missionnaires apostoliques se demandent donc si, lorsqu’il y va du salut des âmes, ils savent ne pas s’épargner au travail, ne point trembler devant le péril, ne pas se décourager dans les épreuves, ne se pas laisser vaincre par les contradictions, ne point succomber sous l’effort des persécutions, car “les œuvres sont la véritable preuve de la charité.” » [4]

Saint Ignace ne disait-il pas : « Agis comme si tout dépendait de toi, sachant qu’en réalité tout dépend de Dieu » et saint Vincent : « Donnez-moi un homme d’oraison et il sera capable de tout » ? C’est bien dans cet esprit qu’un confrère chinois du nom de Stanislas Ngay rapporta l’un des fruits de la prière de François-Régis Clet : « Une fois entre autres, au temps de la sécheresse, la population d’un hameau vint le prier d’obtenir de la pluie. Aussitôt, il envoya les chrétiens dans l’oratoire commun et se renferma lui-même dans sa chambre. Il y resta au moins deux heures en prières, et lorsqu’il en sortit, les yeux inondés de larmes, il dit aux chrétiens qui attendaient sa réponse : “Vous en aurez trop, trop…” Et en effet, il survint une pluie si abondante que ce fut une inondation. » [5]

Dans mon vaste Altiplano et mes lointaines vallées inter-andines, où saint François-Régis intercède peut-être un peu trop pour la pluie, s’ajoutent au ministère pastoral bien d’autres emplois, comme celui d’assesseur de projets d’autopromotion sociale et de créateur de matériels catéchétiques, de chauffeur et d’enseignant, de jardinier ou d’agriculteur en herbe, d’architecte ou de couvreur, voire d’auxiliaire de santé et de cuisinier. Heureusement, une missionnaire laïque, Violeta, me prête main-forte, en particulier comme directrice de projets d’autopromotion sociale, comme animatrice pastorale, comme psychologue, comme professeure de religion, et comme animatrice de chants. Mais lorsque, au milieu de tant d’activités différentes et complémentaires à la fois, j’ose enfin lâcher prise face aux mille et une tâches qui se présentent à moi sur le chemin de la mission et que je prends le temps et le risque de m’arrêter pour prier, alors, au travers même de mes préoccupations, la Parole de Dieu vient alimenter d’une manière ou d’une autre ma vie apostolique et, à son tour, la réalité dans laquelle je vis et exerce mon ministère éclairent ma compréhension de la Parole de Dieu. Alors je redeviens capable de prendre de la distance par rapport aux problèmes auxquels je suis confronté, de prendre les décisions qui me permettront, sinon de les solutionner, du moins d’y contribuer, et enfin de prendre courage pour transformer pas à pas la réalité dans laquelle je vis. Car, même s’il me faut lutter contre moi-même pour en prendre le temps, le dialogue avec le Christ porte toujours du fruit.

 

Deuxième défi : s’adapter à la culture d’adoption et vivre un authentique échange culturel

En amont du devoir d’inculturation à proprement parler, le confrère qui arrive dans un pays de mission passe tôt ou tard par une phase de dépouillement de lui-même, s’affrontant le plus souvent à la tentation de continuer à penser et à communiquer, à manger et à boire, à célébrer et à prêcher, à dormir et à rêver, à conduire et à se conduire, bref à vivre, comme dans son pays d’origine. Il peut alors tomber dans la tentation sinon de mépriser la population qui lui est confiée – tentation d’autant plus réelle que sournoise –, du moins de ne pas suffisamment alimenter son amour pour elle. C’est tout le défi de l’adaptation non seulement à une culture différente mais encore à une terre de mission.

Le missionnaire peut y compris avoir l’impression de s’être en général très bien adapté à sa terre de mission, quand en réalité tout un pan de sa personnalité résiste à cet effort d’ouverture à l’autre et à sa culture. Résistance qui s’exprime toujours d’une manière ou d’une autre, par exemple dans l’expression involontaire d’une amertume latente, dans le glissement progressif vers un passe-temps ou même un ministère complètement extérieur à la mission ou vers le choix d’une personne ou d’un groupe de personnes dont le contact est plus gratifiant. Bien que ces tentations ne paraissent pas d’emblée des impasses, elles aboutissent lentement mais sûrement à un appauvrissement de l’engagement missionnaire.

Comme toujours, le péché n’est pas dans la tentation mais dans le fait d’y consentir consciemment ; en l’espèce, il pourrait par exemple consister à s’avouer vaincu dès les premiers efforts donnés dans le sens de l’apprentissage de la langue et de la culture du lieu. Tant de générations de missionnaires partis de Saint-Lazare nous montrent heureusement le chemin inverse, tels Joseph Gabet (1808-1853) et Évariste Huc (1814-1860) qui, une fois en Chine, profitaient de tous leurs temps libres pour s’enfoncer tout entiers et « avec une ardeur incroyable » dans l’étude des langues chinoise, tartare, mandchoue, mongole et tibétaine, ainsi que du confucianisme et du bouddhisme. À peine arrivé en Chine, Jean-Gabriel Perboyre (1802-1840) écrivait pour sa part : « nous […] faisons tous les jours la guerre à la langue chinoise, qui n’oppose pas une petite résistance. » [6] Pour connaître la société chinoise, disait Huc, « il faut s’être, en quelque sorte, identifié avec la vie des Chinois, s’être fait Chinois soi-même et l’être demeuré longtemps. » [7] Telle est l’impression que donnaient clairement les derniers confrères français qui avaient été missionnaires en Chine avant d’en avoir été chassés par les communistes, et se trouvaient à la maison-mère il y a encore une vingtaine d’années.

Pire encore, la mission peut devenir un alibi pour le confrère qui adopte en réalité un mode de vie étranger à l’engagement missionnaire ou un train de vie supérieur à celui qu’il aurait dans son pays d’origine, non sans argumenter que dans son pays d’origine tout serait beaucoup plus cher. Oui mais, en acceptant de partir en mission, tu renonces aussi à vivre pour toi, comme chez toi et a fortiori mieux que chez toi ! Dans cette situation, si le missionnaire ne réagit pas ou si personne ne l’y aide, son témoignage de vie prendra rapidement du plomb dans l’aile.

Si les voyages peuvent ouvrir des perspectives nouvelles, la mission ad gentes bien davantage encore, dans la mesure où le missionnaire se dispose non seulement à donner et à enseigner mais encore à recevoir et à apprendre. Même si, bon gré mal gré, chacun apporte son monde avec lui, l’un des enjeux de la mission consiste justement à connaître, à apprécier et à adopter un monde différent. Or, ce monde vers lequel il a été envoyé n’est pas toujours disposé à entrer dans la dynamique de l’échange et, même s’il l’était, le premier devoir du missionnaire n’est certes pas d’imposer son propre monde et ses propres vues là où il est envoyé mais il importe toutefois qu’il n’oublie pas ses racines et sache à l’occasion faire profiter sa terre de mission de l’expérience de sa terre d’origine.

Ainsi, ne vivant plus directement l’époque où, victimes des lois de l’Empire, les missionnaires « entrent à Pékin comme des mendiants, y séjournent comme des prisonniers, et en sont chassés comme des voleurs », Huc disait pratiquer des échanges plus avantageux que tous ceux du commerce en « portant les arts de sa patrie dans les contrées lointaines » et en en rapportant « d’autres connaissances non moins précieuses. » [8]

En outre, s’il est humain et même sain de pratiquer certaines comparaisons entre le pays d’origine et celui de mission, y recourir sans cesse exprime clairement un mal-être ou un refus plus ou moins conscient de la mission confiée. Et puis, si l’on veut comparer, encore faut-il le faire honnêtement, et pour cela s’informer dans le détail et analyser de manière critique. C’est dans cette dernière perspective que François-Régis Clet écrivit à l’un des confrères de Saint-Lazare : « Comme j’ai souvent ouï parler en France de basses-fosses et de noirs cachots où les prévenus sont enfermés jusqu’à la décision de leur procès, je me crois obligé de vous donner une petite notice des prisons de Chine, ne serait-ce que pour faire rougir les chrétiens d’être moins humains que les Chinois à l’égard de ces malheureuses victimes de la vengeance humaine […]. J’en puis parler de science certaine, puisque j’ai passé par vingt-sept prisons pour être traduit du Ho-nan à Ou-tchang-fou. » [9]

Voilà qui me rappelle, toutes proportions gardées, qu’à l’époque où, fraîchement arrivé en Bolivie, j’étais vicaire à Humanata et envoyais via internet des circulaires mensuelles vers l’Europe, une amie m’avait répondu que ma terre de mission devait être « un enfer » car, dans le monde aymara, la naissance de jumeaux était encore tenue sinon pour une malédiction du moins pour quelque chose d’anormal, et que du coup un certain nombre de parents laissaient mourir le plus faible des deux nourrissons. Je lui ai alors répondu que, si cet état de chose constituait bel et bien un défi pastoral dans notre mission, sa comparaison ne pouvait pas simplement en rester là, pour être opérante. En effet, depuis un pays où environ 30% des grossesses se terminent en avortements, il est un peu facile de juger infernale la difficulté des Aymaras à recevoir des jumeaux…

Par ailleurs, et même si la hiérarchie ecclésiastique est bien timorée à cet égard, à cause sans doute des excès qui ont eu lieu ça-et-là, je suis conscient qu’il y aurait encore beaucoup à faire pour relever ici le défi de l’inculturation car il ne me suffit pas de célébrer et de chanter en aymara pour que mes liturgies soient inculturées, ni de comprendre à peu près mes fidèles quand je leur donne le sacrement de la réconciliation ou celui des malades pour pouvoir les relever dans leur langue maternelle. Certes, le fait de visiter, d’enseigner et de prêcher depuis la vie des ruraux auxquels j’ai été envoyé, en tenant compte de leur histoire, de leur mentalité et de leurs croyances, avec des paroles qu’ils puissent comprendre, des exemples qui puissent les atteindre, et des matériels catéchétiques en perpétuel processus d’adaptation, voilà qui aide à toucher leur cœur. Mais, qui plus est, ici, il serait vain de remettre en cause le rite de l’aspersion qui achève systématiquement la messe, sous prétexte qu’il ne correspond pas à l’idée que nous nous faisons de la liturgie en Europe et oubliant un peu vite que la pluralité des rites catholiques. Par ailleurs, à plusieurs reprises, j’ai introduit dans la messe du jour des défunts un rite aymara consistant à ce que chaque membre de l’assemblée choisisse une feuille de coca – ici plante sacrée – et la place dans une pièce de tissu commune en mémoire de tel ou tel défunt, et je suis sûr que personne n’a cru que ses défunts étaient subitement élevés à la gloire des autels mais plutôt qu’ils les présentaient ainsi au Seigneur.

 

Troisième défi : discerner entre mauvaises graines et semences du Verbe

S’il est disposé à ouvrir son cœur et son esprit à un authentique échange culturel, le missionnaire se rendra vite compte qu’un nouvel enjeu de la mission consiste à discerner dans la culture d’adoption entre d’une part les germes du Malin et d’autre part les semences du Verbe. Mission et charité ou, si l’on veut, l’annonce de l’Évangile et l’expérience du règne de Dieu, n’abolissent aucune culture mais elles les tirent toutes vers le haut en les purifiant, en les magnifiant et en leur donnant tout son sens. Charge au missionnaire de n’être ni trop exigent ni trop indulgent. C’est justement parce que je tente d’aimer de tout mon cœur la portion du peuple de Dieu qui m’a été confiée, que je me dois de lui signaler aussi bien lorsqu’elle fait fausse route que lorsqu’elle emprunte des sentiers de lumière, a fortiori si elle n’en a pas conscience.

En ce qui concerne le monde aymara, s’il a reçu le christianisme il y a près de cinq siècles, ce fut non seulement comme la religion des vainqueurs mais encore à travers le prisme de sa propre cosmovision, en perpétuant de manière occulte ses propres rites et croyances tout en intégrant ostensiblement certains éléments catholiques. Pour ne citer que ces exemples, la dévotion à Marie n’est parvenue qu’à déplacer le culte précolombien à la Pachamama – la Terre Mère – sur lequel elle fut plaquée, alors que la dévotion à saint Jacques le Majeur a pratiquement remplacé celui d’Illapa, la divinité andine de l’éclair et du tonnerre. Ainsi, métissée de croyances plus ou moins compatibles avec l’Évangile, ainsi que d’une piété populaire qui touche souvent à la superstition mais qu’Ecclesia in America définit comme « lieu de rencontre avec le Christ pour tous ceux qui cherchent Dieu sincèrement avec un esprit de pauvreté et un cœur humble (cf. Mt 11, 25) », la foi chrétienne des aymaras s’inscrit aujourd’hui sur un fond d’ignorance religieuse, où les mystères de l’Incarnation et de la Résurrection ne constituent pas des figures centrales, si bien que la nouvelle évangélisation de ce monde requiert un sérieux discernement entre ce qu’a pu inspirer le Dieu de la Vie et ce qui s’oppose à Lui.

Parmi les semences du Verbe qui, dans la culture et la cosmovision aymaras, sont appelées à atteindre leur plénitude dans le Christ, je signalerai l’esprit de communauté et le sens de l’harmonie avec la nature. Avec le passage des années et la pollution des villes, ces deux valeurs ont perdu beaucoup de leur force mais sont encore sous-jacentes à bien des coutumes qui subsistent en milieu rural. Tenter de les préserver envers et contre l’exode rural et la mondialisation, voilà un défi qui me dépasse largement, encore que le souffle illuminateur de l’Esprit a, pour parvenir à ses fins, des moyens que Lui seul connaît.

En ce qui concerne l’esprit de communauté, il est plus fort dans les petits villages que dans le siège de la paroisse et s’exprime par un certain nombre de coutumes dont les plus significatives perdurent jusqu’à aujourd’hui : d’une part l’organisation sociale rotative, qui dans chaque village nomme pour un an des autorités bénévoles parmi les habitants et répartit également pour un an les terres inexploitées, et d’autre part l’apthapi, repas communautaire partagé lors de certains évènements, entre autres après une messe, qui met tout le monde au même niveau mais hommes d’un côté et femmes de l’autre. Toutefois, bien souvent, la société communautaire n’est plus qu’un idéal car, en dehors des relations de parenté, de parrainage et d’autorité, règnent l’individualisme et l’égoïsme. Il faudra donc que le monde aymara réapprenne le goût des autres, le partage et la solidarité, pour recouvrer une authentique vie de communauté selon le désir de Dieu.

Quant au sens de l’harmonie avec la nature, il se manifeste ici par un certain nombre de rites, dont certains ont disparu tandis que d’autres persistent. Ainsi, aujourd’hui, les Aymaras ne demandent plus la permission de la Pachamama pour couper un arbre mais ils versent encore au sol les premières goûtes de n’importe quelle boisson qu’ils sont sur le point de consommer, comme pour lui offrir un tribut. Par-delà l’apparent animisme, ces deux rites révèlent le respect dû à la nature qui nous porte et nous alimente. Si, au contraire, nous en coupons intempestivement les forêts ou en gaspillons impunément les réserves d’eau, la Maison Commune arrêtera de purifier notre gaz carbonique et d’irriguer nos cultures. Néanmoins, un peu partout en Bolivie, l’harmonie avec la nature est rompue par une pollution galopante ; les habitants jettent n’importe où leurs sacs et emballages plastiques, si bien que les déchets de la société de consommation parsèment désormais hauts plateaux et vallées. Il faudra donc que le monde aymara réapprenne l’amour, le respect et la protection de la nature, mis à mal par les effets nocifs de la globalisation, pour retrouver une authentique harmonie avec elle.

Parmi les contre-valeurs présentes dans la culture aymara, du reste comme dans la culture quechua, je signalerai ici l’alcoolisme communautaire, auquel pratiquement tous les évènements sociaux servent de prétexte dans les hauts plateaux comme dans les vallées. À son arrivée ici, l’un des confrères de notre mission n’a pas hésité à donner des coups de pieds dans les trop nombreuses caisses de bière réunies pour la fête de la Nativité de la Vierge. Aujourd’hui, pourtant, au cours de la même fête, il partage les coutumes locales au point de danser et de boire avec les résidents secondaires de sa paroisse. Pour ma part, avant de prendre une position radicale à l’égard de l’alcoolisme communautaire, il m’a fallu en mesurer les conséquences les plus extrêmes, dont en particulier la violence, au sein des familles et entre communautés, qui atteint son paroxysme dans les assassinats entre ivrognes. Au point que l’on dit ici que, sans effusion de sang, il n’y a point de vraie fête.

La culture aymara est donc un cran plus affectée par ce problème que la culture chinoise du début du XIXe siècle évoquée par François-Régis Clet : « Dans les repas chinois, surtout dans ceux qui se donnent à l’occasion des mariages, il règne un abus déplorable qu’on ne peut tolérer et que la religion ne permet pas de passer sous silence. Je veux parler de la coutume odieuse de provoquer les convives à boire, de telle sorte que les hommes les plus sobres d’ordinaire ont eux-mêmes beaucoup de peine à s’affranchir de cette nécessité, qui s’impose en quelque sorte à eux, de dépasser les limites de la tempérance […] et il en résulte assez souvent qu’il se produit, dans ces repas, des rixes, des querelles, des voies de fait et des discordes. » [10] Ici comme là, un argument revient souvent : « Ça fait partie de notre culture ! » Oui mais, si in fine cette coutume va contre la vie et contre l’Évangile, alors il faut réagir. Ainsi, dans la paroisse d’Italaque, par le biais des réunions de préparation des fêtes religieuses que nous menons avec Violeta, nous avons contribué à changer peu à peu la mentalité et l’engagement religieux des prestes, si bien que nous voyons aujourd’hui les premiers fruits de notre labeur ; cette année, pour la première fois en plus de onze ans, nous avons constaté que la fête des saints Pierre et Paul dans le village de Punama ne fut pas le prétexte de la beuverie qui accompagne traditionnellement l’ensemble de la fête patronale.

Autres défis : Parmi les défis qui font désormais partie de la tradition des lazaristes partis de notre deux fois centenaire Maison-Mère, comment ne pas signaler la promotion non seulement du clergé mais encore de l’épiscopat natif, qui fut comme chacun sait l’un des chevaux de bataille du père Vincent Lebbe (1877-1940) ? Un rapide coup d’œil sur certaines provinces de la congrégation jadis fondées par des confrères français montre d’ailleurs que bien souvent ces derniers n’ont pas tardé à passer la main aux locaux, à la différence des provinces fondées par des confrères espagnols, par exemple.

Pour conclure en ouvrant le débat, je mentionnerai ici trois quatre défis de la mission ad gentes qui me sont chers, sans toutefois m’y étendre, ne sachant pas quelles pénitences infligent les confrères aux grands bavards. J’exprimerai ces défis sous la forme de passages à vivre : 1°) de l’improvisation généralisée à la préparation missionnaire non seulement spirituelle et morale, doctrinale et apostolique, mais encore linguistique et culturelle (Ad Gentes, 25-26) ; 2°) d’un apostolat clérical, focalisé sur les sacrements, à une évangélisation libératrice, dont les autochtones et a fortiori les « indigènes » soient les premiers protagonistes, en potentialisant « les charismes et les qualités des laïcs capables de contribuer à l’animation de la communauté, les écoutant et dialoguant avec eux, afin de stimuler leur participation et leur coresponsabilité » (EA, 39) et en œuvrant à la formation des catéchistes, à la promotion de la vie consacrée et à la constitution d’un clergé local (AG, 16-18) ; 3°) de l’assistanat néocolonialiste à l’autopromotion intégrale (RM, 58) ou, si l’on veut, de la charité paternaliste au changement systémique ouvert à l’Absolu ; 4°) du machisme au respect de la femme, évangélisatrice infatigable et bien capable d’exercer des ministères laïcs.

Italaque, le 15 juillet 2018,

P. Cyrille de NANTEUIL, CM 🔸

« Notre vocation est d’aller enflammer le cœur des hommes, de faire ce que fit le Fils de Dieu, Lui qui vint porter le feu dans le monde pour l’enflammer de son amour. Que pouvons-nous désirer d’autre sinon qu’il brûle et consume tout? »

Vincent de Paul
NOTES :

[1] Estatutos de las misiones internacionales de la congregación de la Misión (el 12 octubre de 2006), n° 7.

[2] Estatutos de las misiones internacionales de la congregación de la Misión (el 12 octubre de 2006), n° 40.

[3] M. Demimuid, cm, Vie du bienheureux François-Régis Clet…, Paris : X. Rondelet et Cie, 1900, pp. 260-261.

[4] M. Demimuid, cm, Vie du bienheureux François-Régis Clet…, Paris : X. Rondelet et Cie, 1900, pp. 248-249.

[5] M. Demimuid, cm, Vie du bienheureux François-Régis Clet…, Paris : X. Rondelet et Cie, 1900, p. 305.

[6] Saint Jean-Gabriel Perboyre, Lettre 066 (du 14 septembre 1835, à son frère Jacques Perboyre), Original n° 53, Maison-mère.

[7] Évariste Huc, L’Empire chinois, p. 16.

[8] Évariste Huc, L’Empire chinois, p. 16 ; Souvenirs d’un voyage dans la Tartarie et le Thibet, pp. 14, 232, 284, 285, 432-433.

[9] M. Demimuid, cm, Vie du bienheureux François-Régis Clet…, Paris : X. Rondelet et Cie, 1900, p. 344.

[10] M. Demimuid, cm, Vie du bienheureux François-Régis Clet…, Paris : X. Rondelet et Cie, 1900, pp. 256-257.

Mission Itinérante (5 au 26 Novembre 2017) dans la communauté Saint Benoît de l’Albe. Relecture et Témoignages

Mission Itinérante (5 au 26 Novembre 2017) dans la communauté Saint Benoît de l’Albe.

Relecture et Témoignages

Du 5 au 26 Novembre 2017, nos confrères les Pères Bruno Novitski et Eric Jacquet ont animé une mission pendant 3 semaines dans les 6 paroisses de la communauté Saint Benoît de l’Albe : Honskirch, Insming, Nelling, Réning, Vibersviller et Vittersbourg. C’est le Père Robert Gurtner, notre confrère, qui en a la charge curiale.

Au programme de ces 3 semaines il y avait : des visites à domicile, des laudes, des célébrations eucharistiques, des veillées avec des thèmes différents abordés chaque soir : bonheur, amour, sens de la vie, pardon, ainsi que des jeux scéniques animés par les enfants et les adultes. Un grand spectacle « Objectif Dieu » a eu lieu le 25 novembre à 20h à l’espace Koenig d’Insming.

Ces trois semaines ont été chargées en émotions, en découvertes et en paroles qui sont venues réveiller les cœurs. Cette mission avait pour objectif de donner le goût de chercher Dieu, de s’en rapprocher, et pourquoi pas de devenir acteurs de l’Église.

Huit commissions ont été à l’œuvre pour préparer ces 3 semaines : accueil des pères (logement et repas), liturgie (préparation des célébrations), malades (organisation des visites des malades et d’une célébration avec l’onction des malades à l’EHPAD de Sainte Anne), prière (réalisation d’une prière, impression et distribution à grande échelle), matériel (les bras qui ont aidé au déménagement du matériel), enfants et jeunes (organisation de rassemblements), visites (une vingtaine de paroissiens ont distribué le programme des 3 semaines à domicile), communication (liens avec les médias).

Ci-joint la photo avec les Pères Robert Gurtner et Bruno Novitzki, les membres de l’équipe d’animation pastorale ainsi que des paroissiens lors d’une rencontre de préparation de la mission.

 

Témoignage 1

Les visites

La force que j’ai eue pour ces semaines de mission me venait sans doute de la prière d’envoi qui a été faite pour tous les visiteurs lors de la messe de début de mission le 5 novembre à Vittersbourg. Une immense émotion m’a envahie à ce moment-là ! Dieu m’aime et il me donne une mission! Il a confiance en moi !

J’ai donc eu le plaisir de distribuer les programmes  dans mon village au porte à porte. Ca a été l’occasion de discuter avec les gens, de faire connaissance avec les personnes que je croise très régulièrement, à qui je fais un geste de salut de la main, mais avec qui je  ne prends pas  le temps de parler. J’ai vécu cette semaine comme une chance ! J’étais heureuse d’inviter les gens aux rencontres, et je crois que dans l’ensemble, les personnes ont apprécié la démarche.

Malgré la pluie et le vent de la semaine des visites, la pensée qui  m’habitait était « si seulement  vous  saviez la joie que c’est de croire, de savoir que Dieu nous aime ! ». On ne peut qu’être heureux d’être porteur de ce message d’amour !

Les jeux scéniques des veillées

En tant qu’actrice, j’ai vécu les choses avec un regard bien particulier. On ne profite pas des lumières, si ce n’est qu’elles nous éblouissent. On ne voit pas les visages des spectateurs, on est concentré sur notre rôle, sur les gestes que nous avons à faire. Et pourtant, grâce aux messages d’encouragement des personnes présentes, grâce à l’expression de leur joie après les veillées, nous savons que nous vous aidons à mieux comprendre  le message de la Bible ! Cette joie partagée nous stimule  et est sans doute suffisante à nous donner l’envie de continuer chaque soir !

Puis arrive le spectacle de la sainte cène, le dernier repas de Jésus. Celui-ci m’a particulièrement émue. En jouant le rôle d’un apôtre, j’ai pensé à toute la confiance que Jésus a mise dans les 12. Ils n’étaient que 12 ! Un si petit groupe ! Et ils ont pourtant réussi à faire connaître Jésus dans le monde entier !

Alors s’ils ont réussi cette prouesse, notre rôle de baptisés n’est pas si insignifiant que ça ! Nous  aussi sommes  capables de prouesses ! Jésus a confiance en nous, comme il a eu confiance en ses 12 !

Les laudes et la messe des matins

A ma grande surprise, ces temps de prière du matin, puis les messes qui suivent m’ont énormément nourrie au cours de ces semaines. Un prêtre m’avait dit que c’est la fréquence de la pratique qui permet de mieux comprendre la messe. J’en suis maintenant convaincue. Plus on fréquente la messe et la Parole de Dieu, plus on la comprend, plus on la vit de l’intérieur. Elle nous forge, elle nous construit ! Elle nous donne une force !

Conclusion

La mission est un tout ! La mission est une fête ! De nouveaux liens ont été créés ! On a eu chaque jour l’immense joie de se retrouver !

Alors merci les lazaristes pour ce que vous faites ! Merci pour ce que vous êtes ! Merci de donner votre vie à Dieu, de donner votre vie aux chrétiens !

Merci à toutes les personnes qui ont contribué à la réussite de cette mission ! C’est énorme ce qu’on peut faire quand on se met tous ensemble !

 

Témoignage de Muriel : La mission, LA mission, LA Mission, LA MISSION !
  • Muriel, deux Pères missionnaires viennent nous parler de la mission, tu viens ?
  • Muriel, il y a encore des réunions pour la mission, viens avec nous !
  • Muriel , Muriel, Muriel… la mission, la mission, la mission…

Ahhhh mais qu’est-ce que Muriel a bien à faire là dedans ? Une mission, des messes, des veillées, des visites, des commissions, des rencontres, un grand spectacle… Voilà beaucoup de choses pour une si petite Muriel ! Elle n’y connaît rien ! Elle a une famille avec deux enfants en bas âge qui lui prennent beaucoup de temps. Tout cela sans compter ses heures passées à l’Action Catholique des Enfants et l’éveil à la foi. De la religion, elle en a déjà bien assez dans sa vie…

Alors avant de répondre, elle demande à voir, elle attend, elle tâtonne, elle en parle un peu autour d’elle, à son mari … Il faut qu’elle se pose les bonnes questions. D’abord par pur égoïsme, il faut bien l’admettre. Qu’est-ce que la mission va bien pouvoir lui apporter ? Et puis, ensuite,  qu’est-ce qu’elle va pouvoir apporter aux autres ?  Difficile d’y répondre ! Alors, elle attend encore, elle observe…

L’équipe de préparation est sympathique. Elle se sent, tout de suite, entourée et soutenue quelque soit ses choix. Personne ne l’oblige à quoique ce soit. Les réunions de préparation sont l’occasion de partager, d’échanger  avec des personnes riches d’expérience et de cœur. C’est l’occasion de parler de Dieu, mais aussi, il faut le dire, de rire. Eh oui, il ne faut pas croire que ces réunions sont barbantes. Il y a ceux qui apportent  des gâteaux et ceux qui apportent des blagues, autant dire que ce sont d’agréables moments.

Le temps passe. Elle a l’impression de ne pas s’être très investie ; elle n’a jusqu’à présent vraiment pas été d’un grand secours. Mais elle essaie de soutenir ceux qui travaillent réellement ; par sa présence ou quelques mots d’encouragement. Elle est de ceux qui pensent qu’une tâche est plus difficile à réaliser quand on se sent seul. Alors elle est là, voilà tout.

Finalement, elle trouvera comment aider les autres, à son niveau. Elle hébergera un père missionnaire. Elle se dit que ce n’est pas grand chose. Mais voilà que des gens, qu’elle connaissait  ou non, la remercient, et non pas d’un merci à la va-vite comme on a souvent tendance à le faire ; tout est chaleureux. Elle est étonnée ; elle s’était bien trompée !

Arrive le premier dimanche de la mission. C’est le cœur ému (encore) qu’elle ressort de l’église où a été célébrée la messe d’ouverture. Elle y a été investie d’une mission : visiter les gens du secteur dans le but de les inviter à participer à ces semaines missionnaires. Ce n’est pas rien. C’est même un peu effrayant… Comment ne pas douter de soi ? de nos compétences ? Il suffisait de ne pas s’avancer pour que tout s’arrête là. Mais l’appel a été plus fort…

Dès le lendemain, la première semaine commence. Sa mission est donc d’inviter personnellement les gens en leur donnant le programme. Elle s’était proposée pour le faire, il y a quelques mois. C’était facile à ce moment là, tout était loin. Maintenant il faut se lancer ! La première sonnette est plutôt difficile. Finalement, elle est presque soulagée que personne n’ouvre. Elle souffle un bon coup et sonne à une deuxième porte. Elle applique tous les conseils du Père Bruno et tout se passe très bien. Après tout, l’Esprit Saint l’accompagne. Il n’y a aucune raison de s’inquiéter ! Et effectivement, il n’y avait aucune raison. L’accueil était dans l’ensemble assez sympathique, voir même enthousiaste. Parfois même, on attendait les « visiteurs » ! Incroyable ! Jamais elle n’aurait imaginé ça !

La première semaine est ainsi passée. Les festivités allaient vraiment commencer…

Elle est donc allée voir, par curiosité, les messes du matin et les fameuses laudes, et s’est laissée prendre au jeu, si je puis dire (pour reprendre l’expression du Père Eric). Elle s’est sentie accueillie, et même attendue. Elle a participé. Elle a écouté ces mots qu’on entend à toutes les messes par habitude, mais qui ont raisonné différemment ces matins-là. Peut-être parce qu’elles ont été dites par d’autres personnes ? peut-être parce qu’elle a osé fermer les yeux pour mieux écouter? Peu importe, elle a vécu une belle expérience dans son cœur.

Ensuite, les Pères Missionnaires ont annoncé les veillées comme un moment à ne pas rater. N’ayant rien à perdre, elle y est allée aussi. Cela sera, en plus, une nouvelle expérience pour ses enfants. Autant joindre l’utile à l’agréable. Le rendez-vous était donné à 19h et elle ne l’a pas manqué. Et, là encore, ce fût superbe. Des personnes qui se rassemblent pour prier, entendre, jouer, vivre la vie du Christ, c’est bien plus qu’une veillée : c’est un Cadeau. Jamais elle n’aurait imaginé autant aimer retrouver, soir après soir, toutes ces personnes que hier encore elle ne connaissait pas ou très peu finalement.

Elle a pu rencontrer des hommes et des femmes qui ne comptent pas leur temps, ni leur argent (carburant, papier, encre, fournitures diverses) ; des hommes et des femmes qui se mettent du service des autres sans attendre de retour ; des hommes et des femmes qui ont un cœur énorme ! Et tout ça, à côté de chez elle !

Elle a aussi rencontré des hommes de Dieu, les pères Bruno et Eric, enthousiastes et dévoués, prêt à tout pour atteindre leur but. Allant jusqu’à s’oublier l’un et l’autre (au détriment de leur santé) pour que seul le Christ soit vu et entendu.

Elle a aussi vu notre cher Père Robert, sous un autre jour. Sous ses airs si doux et calme, se trouve une montagne de stress, d’interrogation, mais aussi, et surtout, de connaissances et de surprises. Il court, il court, au service des uns et des autres. Il se met en quatre pour nous. Rien l’arrête (enfin presque).

Que de sourires échangés, de mains jointes, de baisers donnés… Voilà encore de la Joie et de l’Amour !! Cet Amour que Père Bruno s’efforce à nous montrer vivant. Elle avait l’impression que les personnes qui allaient à l’Eglise, y allait pour vider leur cœur ou par habitude tout simplement ; en tout cas, dans un but personnel, du moins c’est ce qu’elle vivait. Mais cette Eglise qu’elle a vu depuis son enfance, ne sera plus jamais, pour elle, la même…

Autant dire, qu’après tout ça, elle attend avec impatience le grand spectacle !!

Un grand Merci à Père Robert pour avoir lancé ce projet, pour son travail quotidien, pour tout l’espoir qu’il met en nous…

Un grand Merci à Michèle de m’avoir entraînée dans cette aventure et guidée…

Un grand Merci à l’EAP pour tout le travail de dingue qu’ils ont abattu avec force et courage…

Un grand Merci à Père Bruno qui sait rester proche des gens avec beaucoup de simplicité et d’humour…

Un grand Merci à Père Eric pour ses conseils, ses encouragements et son sourire communicatif (ou merci d’être comme un grand frère pour moi)…

Un grand Merci à mon mari, que j’aime tellement et qui me soutient dans mes choix et mes idées les plus farfelus…

Un grand Merci aussi à toutes les personnes qui ont participé de près ou de loin à la mission pour leur sourire et leur amitié…

Tous n’ont pas économisé leur énergie pour mener à bien cette mission, qu’ils en soient vivement remerciés !!

Propos recueillis par le P. Pierre MARIONNEAU, CM 🔸

Ces trois semaines ont été chargées en émotions, en découvertes et en paroles qui sont venues réveiller les cœurs. Cette mission avait pour objectif de donner le goût de chercher Dieu, de s’en rapprocher, et pourquoi pas de devenir acteurs de l’Eglise

Plus d’information ou prendre contact avec la MISSION ITINÉRANTE :

Père LAZARISTES

1741, av du Général de Gaulle

59910 Bondues

missionnaires.lazaristes@orange.fr

www.mission-lazariste-bondues.fr

La Congrégation de la Mission dans les montagnes boliviennes

 

La Congrégation de la Mission dans les montagnes boliviennes

 

La mission est située dans une montagne aride et froids, elle est au service de 56 communauté sur Mocomoco et 31 à Italaque. Toutes sont dispersées et difficiles d’accès. Dans nombre de ces communautés, les jeunes s’en vont à la recherche d’un avenir seul demeurent les aînés. Seulement le village de Mocomoco et quelques-unes de ses communautés connaissant un retour de population grâce au commerce qui croit ces dernières années.

Construire des communautés de foi est toujours le principal défi pastoral avec les visites des communautés et le travail avec les catéchistes.

Il est fondamental de célébrer l’Eucharistie et de former les personnes pour les sacrements. Le travail pastoral est diversifié : cercles bibliques, cours de préparation aux sacrements, formation de catéchistes, travail pastoral avec les familles, préparation des fêtes, formation des groupes d’enfants et de jeunes. Il y a aussi des programmes qui proposent l’éducation, l’alimentation, la santé et des services sociaux.

Durant sa visite de la mission de El Alto (entre 2600 et 4300 mètres au-dessus de niveau de la mer), les pères Tomaž Mavrič, CM, Supérieur Général et Aarón Gutiérrez, CM, Assistant Général, se sont réunis le 8 mars avec les pères Diego Plá Aranda, CM et Cyrille de Nanteuil, CM missionnaires présents et ensuite avec l’évêque de El Alto, Monseigneur Eugenio Scarpellini. Ils ont célébré l’eucharistie à Italaque avec la communauté en souvenir du P. Francis Pavlic, CM, qui laissa la mission orpheline il y a 13 ans, pour rejoindre celle du ciel. Ensuite, ils se sont réunis avec les équipes pastorales d’Italaque et de Mocomoco pour connaitre davantage le présent de la Mission.

Le vendredi 9, ils ont participé à un atelier pédagogique sur la résilience, capacité qui permet de dépasser les situations de désavantage social, donné par la licenciée Violeta Rodriguez, Directrice du projet d’autopromotion Sayt’asim (“Lève-toi” en aymara), aux 72 professeurs aymaras des trois collèges les plus importants de la paroisse d’Italaque. Ensuite, ils ont visité l’atelier de coupe et de confection de Punama qui fonctionne avec le soutien de cette paroisse, puis ils ont célébré la messe à Ingas. Le Samedi 10, descendant à Huaracamarca, ils ont participé à un cercle biblique à Saphia, avec un groupe engagé dans la réfaction de la maison paroissiale du lieu, ainsi que dans la production de rose longue, et le dimanche 11 ils se sont à nouveau réunis avec les confrères pour penser l’avenir de la mission.

Dans la visite du Supérieur Général de la Mission de El Alto qui compte deux paroisses Saint Michel d’Italaque et Saint Pierre de Mocomoco, il a visité des communatés paroissiales où il a pu goûter l’immense sans de l’accueil des fidèles. Il a visité le projet d’artisanat des femmes. Les serres solaires du projet de sureté alimentaire. Il a inauguré l’école de football athlétique Saint Vincent ou les enfants de l’école de football ont dansé et joué des danses locales.

Le Supérieur Général a vraiment pu connaitre cette mission internationale de El Alto, sa géographie et ses habitants

Cyrille DE NANTEUIL et Diego PLA ARANDA, CM 🔸

Clichés de l’Altiplano

P. Cyrille de Nanteuil CM

 

Construire des communautés de foi est toujours le principal défi pastoral avec les visites des communautés et le travail avec les catéchistes.

Explications :

Site Facebook du Père Cyrille de Nanteuil : https://www.facebook.com/cyrille.denanteuil

Article paru sur : https://cmglobal.org/fr/ Traduction : P. Bernard Massarini CM

 

Quitter une mission

Quitter une mission

Il m’est demandé de faire un bilan de mes missions auprès des jeunes collégiens et lycéens que j’ai vécues avec Eric Ravoux durant 8 ans. C’est une belle occasion de faire le point ainsi qu’une aide pour tourner une belle page de vie. Je parlerai parfois en « je » parfois en « nous » car cette mission a vraiment été portée à deux, il est donc difficile de dissocier le perso du commun. Cela n’empêchera pas Eric de continuer à faire écho de cette mission qu’il continue actuellement.

J’ai régulièrement relaté nos missions via de petites publications sur nos sites CM. Ces 8 ans passés à sillonner la France et ensuite la Belgique sont l’occasion d’actions de grâce pour tout ce qui m’a été donné de vivre. Je voudrais évoquer quelques points forts avant de poser quelques réflexions sur le monde des jeunes.

  • Action de grâce pour une mission que je n’ai pas choisie ! Ce sont les Filles de la Charité qui en 2009 sont venus nous chercher, Eric et moi, en tant que responsables des vocations, pour témoigner auprès des jeunes de notre fondateur. A l’époque on s’engageait dans le jubilé des 350 ans de la mort de st Vincent et ste Louise. Il est bon de recevoir une mission en faisant confiance à l’Esprit pour arriver malgré mes limites à faire quelques petits profits.
  • Action de grâce pour une mission partagée. Je ne sais pas travailler seul, j’ai besoin d’un stimulant via une équipe pour aller de l’avant. Avec Eric nous avons vécu ce binôme comme une bénédiction. Régulièrement nous nous le disions car il est bon de repérer ce que le Seigneur nous donne de vivre. Un de mes formateurs du séminaire interne me disait « rendre grâce pour une grâce reçue est une ouverture à une nouvelle grâce ». Dans cette vie communautaire réduite à sa plus simple expression, j’ai pu vivre ces temps fraternels que l’on espère trouver lorsque nous nous engageons dans une congrégation religieuse. C’est toujours un défi de partager une vie commune, surtout à deux, particulièrement les 4 dernières années dans un treize mètres carrés (nous étions souvent en camping-car). Cela demande des ajustements réciproques mais cela donne un bon équilibre de vie pour gérer notre besoin relationnel, surtout que notre mode de vie ne laissait guère de place à des relations régulières avec d’autres personnes (sur un an, nous étions grosso modo à la communauté que deux à trois mois. Le reste du temps sur les routes !)
  • Actions de grâce pour ce mode de vie qu’est l’itinérance… avec tout le confort et la sécurité nécessaire pour pouvoir la vivre paisiblement. Cela donne une autre vision de notre passage sur cette Terre. Ça aide beaucoup à ne pas s’attacher aux choses et à prendre conscience que je n’ai pas besoin de grand-chose pour vivre. C’est un très bon moyen pour vivre le détachement.
  • Action de grâce pour les partenariats avec les directeurs d’établissements qui nous ont appelés pour vivre ces temps forts avec les élèves. Et par extension la rencontre avec les communautés éducatives où j’ai pu vivre de belles rencontres tant avec des profs qu’avec des personnes de l’OGEC ou autres. La vie se révèle dans les rencontres que nous faisons. Des liens se tissent et des bouts d’histoires s’écrivent.
  • Action de grâce pour cette mission soutenue par nos Visiteurs, qui ont su voir l’intérêt de notre présence auprès des jeunes pour annoncer cette présence de Dieu en nos vies.
  • Action de grâce enfin pour tous ces jeunes rencontrés. En moyenne nous rencontrions un peu plus de 10 000 jeunes par an. Bien sûr, le cadre était très particulier et court dans le temps (deux heures par classes, une fois par an !). Cela n’a pas empêché de découvrir cette jeunesse et d’avoir de bons échanges avec eux sur le sens de la vie et sur les questions qu’ils se posent.

 

Quelques constats

 

  • Il est frappant de constater que les jeunes ont très peu l’occasion de se poser les questions du sens de la vie. Ils sont tellement matraqués par notre société de consommation via les publicités pour qu’ils ne soient que des consommateurs qu’ils n’ont pas le souci de leur devenir.
  • Ils sont les premières victimes d’une société très « critiqueuse ». Pris par le fantasme de la perfection, on ne regarde que ce qui ne va pas et on appui lourdement dessus, comme si insister sur les mauvaises notes a déjà fait progresser quelqu’un !! La grande conséquence est une très faible estime d’eux-mêmes et un très grand manque de confiance (éléments essentiels pour sa propre réussite). C’est toute la question de la foi… ne serait-ce que la foi en eux-mêmes.
  • Ils sont très sensibles à tout ce qui est justice. Et d’une manière plus large dès que nous creusons un peu leurs attentes profondes qui évoquent leurs valeurs, il est aisé de constater qu’ils ont toute une richesse de valeurs en eux. Le défi est de la mettre en acte.
  • Notre système éducatif, focalisant principalement sur le cognitif, ne permet pas aux jeunes de découvrir leurs capacités réelles, leur intelligence première, ni ne sait trop les accompagner sur leurs rêves et attentes. Il y aurait grand intérêt à leur faire expérimenter bien des situations de travail ou des domaines qu’ils ne connaissent pas afin qu’ils puissent mieux se connaitre et ainsi mieux s’orienter.
  • Sur le plan culturel c’est vraiment le désert religieux ! le laïcisme continue à faire le rouleau compacteur. Cela nous demande d’adapter notre vocabulaire pour évoquer toute notion religieuse ou sacrée. C’est aussi accepter d’entendre des propos qui pourraient heurter mais qui sont simplement le fruit d’une non connaissance.
  • Ne connaissant rien dans ce domaine ils peuvent être bien disposés à découvrir le monde spirituel. Il nous faut simplement commencer par les B A BA !
  • La posture missionnaire demande de savoir accueillir d’une manière inconditionnelle leurs réactions, leurs réflexions et leurs questions sans aucun apriori pour éviter la fermeture de la rencontre. Une fois que l’on sait que leur comportement n’est pas pour agresser mais simple curiosité, il est possible de leur donner à voir ce que peut être l’Eglise et le monde du religieux.

Notre travail de missionnaire était principalement de susciter un questionnement sur leur vie, de témoigner de notre parcours vocationnel, l’importance de Dieu en nos vies et notre vie de prière, pour leur donner envie d’être des curieux de la vie. Mais le réel défi est dans la pastorale quotidienne via toute la communauté éducative des établissements. Car donner envie est une bonne chose, ça peut être l’occasion de se mettre en route, encore faut-il qu’il y ait un accompagnement pour aller plus loin sur le chemin. C’est ce point de collaboration et d’articulation qui est parfois ténu dans ce style de mission. Pour y pallier il y a eu des rencontres d’adultes pour des temps de présentation du charisme vincentien ou de réflexion sur la relation à avoir avec les élèves. C’est un début de réponse, il y a à le poursuivre pour réellement vivre en collaboration le travail des missionnaires itinérants et les missionnaires qui restent dans l’établissement car bien évidemment c’est tout baptisé qui se doit d’être missionnaire !

Vincent GOGUEY, CM 🔸

Notre travail de missionnaire était principalement de susciter un questionnement sur leur vie, de témoigner de notre parcours vocationnel, l’importance de Dieu en nos vies et notre vie de prière, pour leur donner envie d’être des curieux de la vie. Mais le réel défi est dans la pastorale quotidienne via toute la communauté éducative des établissements.

Vincent Goguey