MESSAGE DU PAPE FRANÇOIS. 4ème JOURNÉE MONDIALE DES PAUVRES. 15 novembre 2020. 33ème dimanche du Temps Ordinaire « Tends ta main au pauvre » (Si 7, 32)

La pauvreté prend toujours des visages différents qui demandent une attention à chaque condition particulière : dans chacune d’elles, nous pouvons rencontrer le Seigneur Jésus qui a révélé sa présence dans ses frères les plus faibles (cf. Mt 25, 40).

Pape Francois

MESSAGE DU PAPE FRANÇOIS. 4ème JOURNÉE MONDIALE DES PAUVRES. 15 novembre 2020. 33ème dimanche du Temps Ordinaire « Tends ta main au pauvre » (Si 7, 32)

« Tends ta main au pauvre » (Si 7, 32). La sagesse antique a fait de ces mots comme un code sacré à suivre dans la vie. Ils résonnent encore aujourd’hui, avec tout leur poids de signification, pour nous aider, nous aussi, à concentrer notre regard sur l’essentiel et à surmonter les barrières de l’indifférence. La pauvreté prend toujours des visages différents qui demandent une attention à chaque condition particulière : dans chacune d’elles, nous pouvons rencontrer le Seigneur Jésus qui a révélé sa présence dans ses frères les plus faibles (cf. Mt 25, 40).

1. Prenons entre les mains le texte du Livre de Ben Sira, un des livres de l’Ancien Testament. Nous y trouvons les paroles d’un maître de sagesse qui a vécu environ deux cents ans avant le Christ. Il était en recherche de la sagesse, celle qui rend les hommes meilleurs et capables de scruter à fond les événements de la vie. Il le faisait à un moment de dure épreuve pour le peuple d’Israël, un temps de douleur, de deuil et de misère, à cause de la domination de puissances étrangères. Étant un homme de grande foi, enraciné dans les traditions des pères, sa première pensée était de s’adresser à Dieu pour lui demander le don de la sagesse. Et l’aide du Seigneur ne lui manqua pas.

Dès les premières pages, le Livre de Ben Sira donne des conseils sur de nombreuses situations concrètes de la vie, et la pauvreté en est une. Il insiste sur le fait que, dans le besoin, il faut avoir confiance en Dieu : «Ne t’agite pas à l’heure de l’adversité. Attache-toi au Seigneur, ne l’abandonne pas, afin d’être comblé dans tes derniers jours. Toutes les adversités, accepte-les ; dans les revers de ta pauvre vie, sois patient ; car l’or est vérifié par le feu, et les hommes agréables à Dieu par le creuset de l’humiliation. Dans les maladies comme dans le dénuement, aie foi en lui. Mets ta confiance en lui, et il te viendra en aide ; rends tes chemins droits, et mets en lui ton espérance. Vous qui craignez le Seigneur, comptez sur sa miséricorde, ne vous écartez pas du chemin, de peur de tomber. » (2, 2-7).

2. Page après page, nous découvrons un précieux recueil de suggestions sur la façon d’agir à la lumière d’une relation intime avec Dieu, créateur et amant de sa création, juste et providentiel envers tous ses enfants. La référence constante à Dieu, cependant, n’empêche pas de regarder l’homme concret, bien au contraire, les deux choses sont étroitement liées.

Ceci est clairement démontré par l’extrait biblique dont le titre de ce Message est tiré (cf. 7, 29-36). La prière à Dieu et la solidarité avec les pauvres et les souffrants sont inséparables. Pour célébrer un culte qui soit agréable au Seigneur, il est nécessaire de reconnaître que toute personne, même la plus indigente et la plus méprisée, porte l’image de Dieu imprimée en elle. De cette attention découle le don de la bénédiction divine, attirée par la générosité pratiquée à l’égard du pauvre. Par conséquent, le temps consacré à la prière ne peut jamais devenir un alibi pour négliger le prochain en difficulté. Le contraire est vrai : la bénédiction du Seigneur descend sur nous et la prière atteint son but quand elles sont accompagnées par le service aux pauvres.

3. Cet antique enseignement est combien actuel pour chacun de nous ! En effet, la parole de Dieu dépasse l’espace, le temps, les religions et les cultures. La générosité qui soutient le faible, console l’affligé, apaise les souffrances, restitue la dignité à ceux qui en sont privés, est en fait la condition d’une vie pleinement humaine. Le choix de consacrer une attention aux pauvres, à leurs nombreux et divers besoins, ne peut être conditionné seulement par le temps disponible ou par des intérêts privés, ni par des projets pastoraux ou sociaux désincarnés. On ne peut étouffer la force de la grâce de Dieu par la tendance narcissique de toujours se mettre à la première place.

Avoir le regard tourné vers le pauvre est difficile, mais plus que jamais nécessaire pour donner à notre vie personnelle et sociale la bonne direction. Il ne s’agit pas d’exprimer beaucoup de paroles, mais plutôt d’engager concrètement la vie, animée par la charité divine. Chaque année, avec la Journée Mondiale des Pauvres, je reviens sur cette réalité fondamentale pour la vie de l’Église, parce que les pauvres sont et seront toujours avec nous (cf. Jn 12, 8) pour nous aider à accueillir la présence du Christ dans l’espace du quotidien.

4. Chaque rencontre avec une personne en situation de pauvreté nous provoque et nous interroge. Comment pouvons-nous contribuer à éliminer ou, du moins, à soulager sa marginalisation et sa souffrance? Comment pouvons-nous l’aider dans sa pauvreté spirituelle ? La communauté chrétienne est appelée à s’impliquer dans cette expérience de partage, sachant qu’il ne lui est pas permis de la déléguer à qui que ce soit. Et pour être un soutien aux pauvres, il est fondamental de vivre personnellement la pauvreté évangélique. Nous ne pouvons pas nous sentir “bien” quand un membre de la famille humaine est relégué dans les coulisses et devient une ombre. Le cri silencieux des nombreux pauvres doit trouver le peuple de Dieu en première ligne, toujours et partout, afin de leur donner une voix, de les défendre et de se solidariser avec eux devant tant d’hypocrisie et devant tant de promesses non tenues, pour les inviter à participer à la vie de la communauté.

Il est vrai que l’Église n’a pas de solutions globales à proposer, mais elle offre, avec la grâce du Christ, son témoignage et ses gestes de partage. Elle se sent en outre le devoir de présenter les instances de ceux qui n’ont pas le nécessaire pour vivre. Rappeler à tous la grande valeur du bien commun est, pour le peuple chrétien, un engagement de vie qui se réalise dans la tentative de n’oublier aucun de ceux dont l’humanité est violée dans ses besoins fondamentaux.

5. Tendre la main fait découvrir, avant tout à celui qui le fait, qu’existe en nous la capacité d’accomplir des gestes qui donnent un sens à la vie. Que de mains tendues pouvons-nous voir tous les jours ! Malheureusement, il arrive de plus en plus souvent que la hâte entraîne dans un tourbillon d’indifférence, au point que l’on ne sait plus reconnaître tout le bien qui se fait quotidiennement, en silence et avec grande générosité. C’est souvent lorsque surviennent des événements qui bouleversent le cours de notre vie que nos yeux deviennent capables de voir la bonté des saints “de la porte d’à côté”, « de ceux qui vivent proches de nous et sont un reflet de la présence de Dieu » (Exhort. ap. Gaudete et Exultate, n. 7), mais dont personne ne parle. Les mauvaises nouvelles abondent sur les pages des journaux, sur les sites internet et sur les écrans de télévision, au point de laisser croire que le mal règne en maître. Pourtant il n’en est pas ainsi. Certes, la méchanceté et la violence, l’abus et la corruption ne manquent pas, mais la vie est tissée d’actes de respect et de générosité qui, non seulement compensent le mal, mais poussent à aller au-delà et à être remplis d’espérance.

6. Tendre la main est un signe : un signe qui rappelle immédiatement la proximité, la solidarité, l’amour. En ces mois où le monde entier a été submergé par un virus qui a apporté douleur et mort, détresse et égarement, combien de mains tendues nous avons pu voir ! La main tendue du médecin qui se soucie de chaque patient en essayant de trouver le bon remède. La main tendue de l’infirmière et de l’infirmier qui, bien au-delà de leurs horaires de travail, sont restés pour soigner les malades. La main tendue de ceux qui travaillent dans l’administration et procurent les moyens de sauver le plus de vies possibles. La main tendue du pharmacien exposé à tant de demandes dans un contact risqué avec les gens. La main tendue du prêtre qui bénit avec le déchirement au cœur. La main tendue du bénévole qui secourt ceux qui vivent dans la rue et qui, en plus de ne pas avoir un toit, n’ont rien à manger. La main tendue des hommes et des femmes qui travaillent pour offrir des services essentiels et la sécurité. Et combien d’autres mains tendues que nous pourrions décrire jusqu’à en composer une litanie des œuvres de bien. Toutes ces mains ont défié la contagion et la peur pour apporter soutien et consolation.

7. Cette pandémie est arrivée à l’improviste et nous a pris au dépourvu, laissant un grand sentiment de désorientation et d’impuissance. Cependant, la main tendue aux pauvres ne vient pas à l’improviste. Elle témoigne de la manière dont on se prépare à reconnaître le pauvre afin de le soutenir dans les temps de nécessité. On n’improvise pas les instruments de miséricorde. Un entraînement quotidien est nécessaire, à partir d’une prise de conscience que nous, les premiers, avons combien besoin d’une main tendue vers nous.

Ce moment que nous vivons a mis en crise beaucoup de certitudes. Nous nous sentons plus pauvres et plus faibles parce que nous avons fait l’expérience de la limite et de la restriction de la liberté. La perte du travail, des relations affectives les plus chères, comme l’absence des relations interpersonnelles habituelles, a tout d’un coup ouvert des horizons que nous n’étions plus habitués à observer. Nos richesses spirituelles et matérielles ont été remises en question et nous avons découvert que nous avions peur. Enfermés dans le silence de nos maisons, nous avons redécouvert l’importance de la simplicité et d’avoir le regard fixé sur l’essentiel. Nous avons mûri l’exigence d’une nouvelle fraternité, capable d’entraide et d’estime réciproque. C’est un temps favorable pour « reprendre conscience que nous avons besoin les uns des autres, que nous avons une responsabilité vis-à-vis des autres et du monde […]. Depuis trop longtemps, déjà, nous avons été dans la dégradation morale, en nous moquant de l’éthique, de la bonté, de la foi, de l’honnêteté. […] Cette destruction de tout fondement de la vie sociale finit par nous opposer les uns aux autres, chacun cherchant à préserver ses propres intérêts ; elle provoque l’émergence de nouvelles formes de violence et de cruauté, et empêche le développement d’une vraie culture de protection de l’environnement » (Lett. enc. Laudato Si’, n. 229). En somme, les graves crises économiques, financières et politiques ne cesseront pas tant que nous laisserons en état de veille la responsabilité que chacun doit sentir envers le prochain et chaque personne.

8. « Tends la main au pauvre », est donc une invitation à la responsabilité comme engagement direct de quiconque se sent participant du même sort. C’est une incitation à prendre en charge le poids des plus faibles, comme le rappelle saint Paul : « Mettez-vous, par amour au service les uns des autres. Car toute la Loi est accomplie dans l’unique parole que voici : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. (…) Portez les fardeaux des uns les autres » (Ga 5,13-14 ; 6,2). L’Apôtre enseigne que la liberté qui nous a été donnée par la mort et la résurrection de Jésus Christ est pour chacun de nous une responsabilité pour se mettre au service des autres, surtout des plus faibles. Il ne s’agit pas d’une exhortation facultative, mais d’une condition de l’authenticité de la foi que nous professons.

Le Livre de Ben Sira vient une fois de plus à notre aide : il suggère des actions concrètes pour soutenir les plus faibles et il utilise également quelques images suggestives. Tout d’abord, il prend en considération la faiblesse de ceux qui sont tristes : « Ne te détourne pas ceux qui pleurent » (7, 34). La période de la pandémie nous a obligés à un isolement forcé, nous empêchant même de pouvoir consoler et d’être près d’amis et de connaissances affligés par la perte de leurs proches. Et l’auteur sacré affirme encore : « N’hésite pas à visiter un malade » (7, 35). Nous avons fait l’expérience de l’impossibilité d’être aux côtés de ceux qui souffrent, et en même temps, nous avons pris conscience de la fragilité de notre existence. En somme, la Parole de Dieu ne nous laisse jamais tranquilles, elle continue à nous stimuler au bien.

9. « Tends la main au pauvre » fait ressortir, par contraste, l’attitude de ceux qui tiennent leurs mains dans leurs poches et ne se laissent pas émouvoir par la pauvreté, dont ils sont souvent complices. L’indifférence et le cynisme sont leur nourriture quotidienne. Quelle différence par rapport aux mains généreuses que nous avons décrites! Il y a, en effet, des mains tendues qui touchent rapidement le clavier d’un ordinateur pour déplacer des sommes d’argent d’une partie du monde à l’autre, décrétant la richesse des oligarchies et la misère de multitudes ou la faillite de nations entières. Il y a des mains tendues pour accumuler de l’argent par la vente d’armes que d’autres mains, même celles d’enfants, utiliseront pour semer la mort et la pauvreté. Il y a des mains tendues qui, dans l’ombre, échangent des doses de mort pour s’enrichir et vivre dans le luxe et le désordre éphémère. Il y a des mains tendues qui, en sous-main, échangent des faveurs illégales contre un gain facile et corrompu. Et il y a aussi des mains tendues de ceux qui, dans l’hypocrisie bienveillante, portent des lois qu’eux-mêmes n’observent pas.

Dans ce panorama, « les exclus continuent à attendre. Pour pouvoir soutenir un style de vie qui exclut les autres, ou pour pouvoir s’enthousiasmer avec cet idéal égoïste, on a développé une mondialisation de l’indifférence. Presque sans nous en apercevoir, nous devenons incapables d’éprouver de la compassion devant le cri de douleur des autres, nous ne pleurons plus devant le drame des autres, leur prêter attention ne nous intéresse pas, comme si tout nous était une responsabilité étrangère qui n’est pas de notre ressort.» (Exhort. ap. Evangelii Gaudium, n. 54). Nous ne pourrons pas être heureux tant que ces mains qui sèment la mort ne seront pas transformées en instruments de justice et de paix pour le monde entier.

10. « Quoi que tu fasses, souviens-toi que ta vie a une fin » (Si 7, 36). C’est l’expression par laquelle le Livre de Ben Sira conclut sa réflexion. Le texte se prête à une double interprétation. La première fait ressortir que nous devons toujours garder à l’esprit la fin de notre existence. Se souvenir du destin commun peut aider à mener une vie sous le signe de l’attention à ceux qui sont les plus pauvres et qui n’ont pas eu les mêmes possibilités que nous. Il y a aussi une deuxième interprétation, qui souligne plutôt le but vers lequel chacun tend. C’est la fin de notre vie qui demande un projet à réaliser et un chemin à accomplir sans se lasser. Or, le but de chacune de nos actions ne peut être autre que l’amour. Tel est le but vers lequel nous nous dirigeons, et rien ne doit nous en détourner. Cet amour est partage, dévouement et service, mais il commence par la découverte que nous sommes les premiers aimés et éveillés à l’amour. Cette fin apparaît au moment où l’enfant rencontre le sourire de sa mère et se sent aimé par le fait même d’exister. Même un sourire que nous partageons avec le pauvre est source d’amour et permet de vivre dans la joie. Que la main tendue, alors, puisse toujours s’enrichir du sourire de celui qui ne fait pas peser sa présence et l’aide qu’il offre, mais ne se réjouit que de vivre à la manière des disciples du Christ.

Que sur ce chemin quotidien de rencontre avec les pauvres nous accompagne la Mère de Dieu, qui plus que tout autre est la Mère des pauvres. La Vierge Marie connaît de près les difficultés et les souffrances de ceux qui sont marginalisés, parce qu’elle-même s’est trouvée à donner naissance au Fils de Dieu dans une étable. Sous la menace d’Hérode, avec Joseph son époux et l’Enfant Jésus, ils se sont enfuis dans un autre pays, et la condition de réfugié a marqué, pendant quelques années, la Sainte Famille. Puisse la prière à la Mère des pauvres rassembler ses enfants favoris et tous ceux qui les servent au nom du Christ. Que la prière transforme la main tendue en une étreinte de partage et de fraternité retrouvée.

Donné à Rome, Saint Jean du Latran, le 13 juin 2020, mémoire liturgique de saint Antoine de Padoue, huitième année de mon Pontificat.

Partager sur email
Partager sur print

Le service du frère pauvre : un onzième commandement ?

Combien de commandements y-a-t-il dans l’Ancien Testament ? Dix, me direz vous ? Mais je crois qu’il y en a onze… Onze ? Peut-on vraiment trouver un onzième commandement dans le Premier Testament ?

Roberto Gomez

Le service du frère pauvre : un onzième commandement ?

Combien de commandements y-a-t-il dans l’Ancien Testament ? Dix, me direz vous ? Mais je crois qu’il y en a onze… Onze ? Peut-on vraiment trouver un onzième commandement dans le Premier Testament ? Et bien, ouvrez votre Bible dans le livre du Deutéronome chapitre 15 verset 11. Que lisez-vous ?

« Et puisqu’il ne cessera pas d’y avoir des pauvres au milieu de ton pays, je te donne ce commandement : tu ouvriras ta main toute grande à ton frère, au malheureux et au pauvre que tu as dans ton pays… (Dt 15,11)

Il s’agit bien d’une ordonnance de la part du Seigneur. Elle concerne les pauvres devant être considérés comme des frères, faisant partie de la propre chair et partageant une même humanité. Le texte hébreu insiste sur une série de possessifs : « ton frère », « ton pauvre », « ton humilié, « en ta terre ». En réalité, il est important de considérer la personne pauvre comme un autre soi et non pas comme un simple étranger. Le Nouveau Testament transmet le même principe mais différemment. Jésus s’identifie au malade, au prisonnier, à l’affamé, à l’étranger… Regardez l’évangile de Matthieu : « En vérité, je vous le déclare, chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25,40).

Demandons-nous à présent pourquoi le Dieu de la Bible fait du service du frère pauvre un commandement ? Le livre du Deutéronome ne formule pas une simple recommandation ou quelque chose d’optionnel. Il s’agit de la « loi de la rémission », d’un précepte formulé par Dieu avec une autorité incontestée à laquelle le croyant est tenu de se conformer généreusement. S’il y a une telle force dans la manière d’énoncer ce « onzième commandement », c’est parce que souvent la personne croyante peut agir comme si Dieu était indifférent au sort des petits ou comme si l’on pouvait fermer le cœur et la main à l’autre sans que cela altère la relation à Dieu. Le peuple de Dieu a souvent oublié les recommandations divines transmises par les prophètes concernant le droit et la justice envers les opprimés et les pauvres de la terre.  A maintes reprises, le Seigneur fait comprendre à travers eux que la pitié ne peut se réduire à des actes en direction de Dieu. Au contraire, il demande la miséricorde et non pas les sacrifices, la connaissance de Dieu plutôt que les holocaustes (0s 6,6 ; Mt 9,13 ; 12,7). Le texte biblique va jusqu’à dire qu’une aumône donnée à quelqu’un vaut un sacrifice (Sir 35,4). Cela peut sembler choquant mais c’est bien cela qui est dit. Il a fallu du temps, beaucoup de temps et de patience à Dieu pour faire accepter qu’il en est ainsi puisque sa logique n’est pas la nôtre. On le pensait lointain, intouchable, indifférent. Or, il est le tout proche ; le sort des hommes et des femmes ne saurait lui être indifférent.

A quel moment le commandement du pauvre a-t-il été formulé ? Il est difficile voire impossible de répondre de manière exacte à cette question. Le livre du Deutéronome fait référence à l’époque de Moïse ; cependant, l’on sait que sa mise par écrit est plus tardive et comprend une longue période : entre le VIII ° et le VI° (avant Jésus-Christ), au retour de l’exil. On peut dire par contre que le commandement du pauvre apparaît comme tel au bout d’une longue histoire, après la prédication des prophètes, après la terrible expérience de l’exil au sixième siècle. Dieu est pédagogue et en temps voulu il fait connaître sa volonté à l’instant où le croyant est à même de comprendre le bien fondé d’un tel précepte. A ce propos, il est intéressant de se pencher sur un cas concret du dernier livre de la Torah au ch. 26 (Dt 26). Lorsque le croyant présente au Seigneur l’offrande des prémices des récoltes en action de grâces pour le don de la terre, le livre du Deutéronome donne une série d’indications précises : prendre les premiers fruits des récoltes, les rassembler dans un panier, se rendre au Temple, se présenter devant le prêtre… Là, dans le Temple et devant le prêtre, le fidèle doit décliner, ce que l’on peut appeler, son ADN spirituel :

Alors, devant le Seigneur ton Dieu tu prendras la parole : ‘Mon Père était un Araméen errant. Il est descendu en Egypte, où il a vécu en émigré avec le petit nombre de gens qui l’accompagnaient… Alors nous avons crié vers le Seigneur… et le Seigneur a entendu notre voix… il nous a fait arriver en ce lieu et il nous a donné ce pays… et maintenant, voici que j’apporte les prémices des fruits du sol que tu m’as donné, Seigneur’ (Dt 26,1-11).

En fait, le croyant ne peut jamais perdre la mémoire ni renier son ADN spirituel. Quel qu’il soit, il est aussi un errant, c’est-à-dire quelqu’un en perdition, comme la brebis perdue. Il a perdu tout appui, il a connu la fragilité, la solitude et le manque de protection. Bref, il reconnaît qu’il est un étranger, un fils d’émigré, un pauvre errant que le Seigneur a secouru et protégé. Double invitation : la première, à reconnaître que le Seigneur est bon, qu’il a été proche, qu’il n’a pas fermé ses yeux ni son cœur devant la détresse. La terre est un don et non pas une possession exclusive. La deuxième est un appel éthique. Comment est-il possible que la propre expérience de la servitude et de la pauvreté ne nous ouvre pas devant la misère de l’autre ? Comment perdre la mémoire et comment rester indifférent si le Seigneur lui-même est intervenu en notre faveur ?

Posons-nous une dernière question : est-ce que l’étranger est un pauvre concerné pas le « onzième commandement » ? Oui, sans aucun doute. En effet, il y a dans l’Ancien Testament trois catégories de pauvres que les lois religieuses protègent de manière toute particulière : l’étranger, la veuve et l’orphelin. Il s’agit des personnes les plus vulnérables, fragiles et exploitables dans la société d’alors. C’est pour cela que la législation en question les protège. A un moment donné, le prophète Isaïe se questionne pour savoir si le Seigneur exclu l’étranger de son peuple. Le même prophète affirme que non. De plus, il espère qu’un jour l’étranger connaîtra Dieu, le servira et le louera. La maison du Seigneur est « une Maison ouverte pour tous les peuples » (Is 56,3-8).

A partir de ce rapide survol de quelques passages bibliques, on peut déduire que l’homme est au cœur de Dieu. Sa divinité est au service de l’humanité. Mieux encore, l’homme, en particulier l’homme blessé, est au cœur de l’évangile. Il y est, non pas politiquement mais théologiquement, voilà toute la différence.

Quoi ! Être chrétien et voir son frère affligé, sans pleurer avec lui, sans être malade avec lui ! C’est être sans charité ; c’est être chrétien en peinture ; c’est n’avoir point d’humanité, c’est être pire que les bêtes. Une pensée de saint Vincent de Paul, Conférence sur la Charité du 30 mai 1659

Partager sur email
Partager sur print

“Akamasoa” Argentine. Le projet argentin cherche à sortir les personnes pauvres de la pauvreté en leur donnant la dignité

Selon le prêtre missionnaire argentin Pedro Opeka, la misère n’est pas un mauvais sort, mais le résultat d’une perte de souci social des responsables politiques qui tournent le dos à leur propre peuple. Au début du XXe siècle, la patrie du Pape François était le “grenier du monde” avec une immense production qui représentait la moitié de celle de l’Amérique Latine.

CMission

“Akamasoa” Argentine. Le projet argentin cherche à sortir les personnes pauvres de la pauvreté en leur donnant la dignité

ROSARIO, Argentine – Selon le prêtre missionnaire argentin Pedro Opeka, la misère n’est pas un mauvais sort, mais le résultat d’une perte de souci social des responsables politiques qui tournent le dos à leur propre peuple.  Au début du XXe siècle, la patrie du Pape François était le “grenier du monde” avec une immense production qui représentait la moitié de celle de l’Amérique Latine.

Des dizaines d’années de mauvaise gestion ont conduit à une situation de grande pauvreté en Argentine, qui a désormais plus de 4500 bidonvilles et de logements illégaux dans le pays. Environ 35% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, avec 50% d’enfants de moins de 18 ans pauvres.  

Confronté à cette réalité, Gaston Vigo, un jeune catholique chrétien de 30 ans, a lancé Akamasoa Argentine, Plus d’humanité.

Akamasoa est le nom de la ville construite par Opeka qui aujourd’hui héberge plus de 30.000 personnes à Antanarivo, Madagascar où le prêtre missionnaire a servi depuis un demi-siècle.

Cette ville a été constituée de 5000 maison sans compter les écoles, les hôpitaux, les terrains de jeux, et même un petit stade où il dit la messe pour des milliers de personnes chaque dimanche.

Vigo lui a rendu visite en 2018 pour essayer de comprendre sa méthode. Il a travaillé avec CONIN, une ONG argentine, qui essaie de lutter contre la malnutrition chronique en Argentine. 

« Je suis venu à Madagascar avec le rêve de demander à Pedro de nous partager le concept d’Akamasoa en Argentine, lui expliquant que son travail nous était nécessaire, avec son intuition d’aider sans assister » nous a dit Vigo au téléphone. « Akamasoa consiste dans l’aide pour que le pauvres tiennent debout afin qu’ils ne vivent plus à genoux ». 

“Akamasoa Argentine est né d’une profonde émotion à cause de la peine de savoir qu’il y a beaucoup de monde qui sont abandonnés”, dit-il. « J’ai souvent dit que l’Argentine n’est pas quelque chose que nous avons hérité de nos parents, mais quelque chose que nous allons léguer à nos enfants. Mais qu’allons-nous leur laisser ? Un pays avec 134.000 personnes mourant de faim dans les 70 prochaines années ? Un pays avec 60% d’enfants pauvres? Un pays ou 50% d’entre eux ne finissent pas le lycée?”

Vigo a vécu longtemps à Akamasoa à Madagascar où il dit qu’il est devenu “humble” parce qu’il a été impressionné par la transformation de la décharge municipale où  a maintenant été construire “la ville de l’amitié”, transformant “l’enfer de la faim en une oasis d’espérance”.

Lorsqu’il est rentré en Argentine, il a rencontré la fondation Mas Humanidad (Plus d’Humanité) qui dirige les trois centre CONIN qui luttent contre la malnutrition des jeunes en proposant des ateliers et des séminaires pour adultes, avec la philosophie : faire tout son possible pour aider les autres à sortir de la pauvreté.

“J’ai rejoint les équipes de cette organisation, qui a déjà des structures, des ressources humaines et la même vocation de servir les autres », dit Vigo. Ce fut la naissance d’Akamaso-Argentine, Plus d’Humanité, un organisation qui aujourd’hui aide 600 personnes en essayant de créer le même oasis d’espérance qui a été fondé à Madagascar.

“Comment n’aurions-nous pas essayé de faire cela en Argentine, dans ce qui fut dans le passé le phare de l’Amérique Latine ? » dit Vigo.

La crise générée par le coronavirus a changé le travail d’Akamasoa Argentine, aller au service des personnes au lieu de les voir venir dans les centres, solliciter de l’argent au lieu de la nourriture aux donateurs, réduire les mouvements. Mais toujours travailler sur les chapeaux de roues, aidant 195 enfants de moins de 5 ans qui sont dénutris et auront des retards de croissance s’ils ne reçoivent pas d’aide.

Vigo et Opeka sont demeurés fermés, mais en contact permanent par WhatsApp. Le laïc a mis au courant le prêtre du progrès fait dans la petite région de Lima, dans la banlieu de Buenos Aires, où est basé le projet, avec les premières maison déjà construites par les familles elles-mêmes, comme cela se fait à Madagascar.

« Pedro a une façon de conduire le projet incroyable, très humble, très humain, nous disant que nous devons trouver notre identité et que même s’il y a peut-être des choses que nous pouvons reproduire, nous devons trouver nos propres solutions aux problèmes complexes qui naissent quotidiennement » dit Vigo.

« Mais nous avons la joie d’avoir une boussole, sachant que si nous avons besoin d’eux, nous pouvons les appeler, ils ont tracé un chemin pour nous, raison pour laquelle nous avons choisi de garder le nom, sachant ainsi la direction que nous prenons, cette ville de 29.000 personnes divisés en 22 quartiers a permis à un million de personnes de sortir de l’extrême pauvreté » dit-il. « Nous prenons cette route, humblement mais aussi certains que nous pouvons le faire devenir réalité ».

L’an dernier, le Pape François a visité Akamasoa durant sa visite pastorale en Afrique. Le Pontife a dit que cette ville malgache illustre « la foi vivante » traduite en actes concrets capable de « déplacer des montagnes ». « Une foi qui rend possible de voir la chance au lieu de l’insécurité ; de voir l’espérance au lieu de la fatalité, de voir la vie au lieu de paroles de morts et de destruction, » a dit François.

Vigo dit qu’il est habité par la même foi, et Akamasoa Argentine n’aide pas seulement des familles à sortir les enfants de la malnutrition mais les aide à terminer l’école, apprendre le commerce, chercher des emplois et construire le propre voisinage avec des briques et du mortier, au lieu des abris de ferrailles et de sacs de plastiques habituels dans les bidonvilles argentins.

“La plus grande satisfaction serait de construire en cinq ans une communauté d’amis, ce qui est le sens d’Akamasoa en Malgache » continue-t-il. « Nous voulons casser le circuit de l’assistance que enferme dans la misère dans laquelle les pauvres vivent »

Vigo dit qu’il rêve d’un jour durant lequel « les aides du gouvernement ne seront pas la seule façon d’aider les pauvres, mais où il leur offrira l’éducation, l’emploi, la nourriture et la dignité ».

Akamasoa Argentina, dit-il, n’est pas un projet à durée déterminée, mais une cause –en terminer avec la pauvreté. Il ne définit pas Akamasoa comme une ONG, mais un mouvement de solidarité qui « Dieu aidant » en inspirera d’autres. « Nous avons besoin de personnes passionnées pour redonner la dignité aux autres, qui comprennent que nous ne pouvons pas être heureux tant qu’il y a des malheureux », termine Vigo.

De Crux le 20 mars 2020

 

Inés San Martín

ROME BUREAU CHIEF

Collaboration du Père Bernard MASSARINI CM

 

Photo : Des enfants posent pour une photo face la construction de la première maison du projet argentin Akamasoa (Argentine)

 

[printfriendly]

Le père Pedro reçoit le prix Fondation Air France pour son action auprès des pauvres à Madagascar

Auteur : Pierre Lacombe • Publié le 4 décembre 2019 sur le site de : France-Info. Outre-mère. Le Père Pedro qui lutte depuis 30 ans pour la réinsertion sociale et économique des plus pauvres à Madagascar a reçu ce mardi 3 décembre le prix Fondation Air France, en présence de Brigitte Macron, au Musée du quai Branly à Paris.

CMission

Le père Pedro reçoit le prix Fondation Air France pour son action auprès des pauvres à Madagascar

Tous les deux ans, le prix Fondation Air France récompense des associations œuvrant en faveur des enfants malades, handicapés ou en grande en difficulté.

Cette année, en présence de Brigitte Macron et à l’occasion des 10 ans du Prix Fondation Air France, Anne Rigail, Présidente de la Fondation, a décerné cette récompense au Père Pedro, pour ses années de dévouement auprès des plus démunis. La cérémonie s’est déroulée ce 3 décembre au Musée du quai Branly à Paris.

Cette récompense est une reconnaissance du peuple de France et de cette Fondation Air France pour ce que nous avons fait pour les plus pauvres : les constructions de logements, d’écoles, de routes, d’adduction d’eau, des maternités, des hôpitaux, des infrastructures sportives… 
Père Pedro 

Avec son association Akamasoa, le père Pedro lutte depuis 30 ans pour la réinsertion sociale et économique des plus pauvres à Madagascar. L’association a construit plus de 3 500 maisons, pour héberger aujourd’hui près de 30 000 personnes.

L’association construit également des logements sociaux, des écoles, des crèches, des dispensaires, des gymnases, etc. Avec plus de 14 000 enfants scolarisés, les projets sont nombreux et la Fondation Air France est présente aux côtés d’Akamasoa pour les mener à bien. L’association joue un rôle également essentiel sur le plan de la santé avec 45 000 consultations par an et sur l’environnement avec la plantation de 10 000 à 15 000 arbres tous les ans.

Depuis 2014, la Fondation Air France a ainsi financé une crèche, un gymnase, du mobilier pour les écoles et une cantine. Cette année, ce sont deux terrains de sports financés par la Fondation qui bénéficient désormais aux enfants de Madagascar.

POUR EN SAVOIR PLUS : https://la1ere.francetvinfo.fr/pere-pedro-recoit-prix-fondation-air-france-son-action-aupres-pauvres-madagascar-778295.html

[printfriendly]

Cérémonie d’hommage aux Morts Anonymes de Marseille. Samedi 23 novembre 2019. ‘Fiction suite à une vision d’un « Mort de la Rue »’

Voilà. Ils sont arrivés au cimetière Saint-Pierre de Marseille au carré de la « Terre Commune ». Ils sont là. Je les vois. Mais eux ne me voient pas. On pourrait presque dire qu’ils font comme si je n’étais pas là. Pourtant c’est pour moi qu’ils sont venus...

Eric Saint-Sevin

Cérémonie d’hommage aux Morts Anonymes de Marseille. Samedi 23 novembre 2019. ‘Fiction suite à une vision d’un « Mort de la Rue »’

Voilà. Ils sont arrivés au cimetière Saint-Pierre de Marseille au carré de la « Terre Commune ». Ils sont là. Je les vois. Mais eux ne me voient pas. On pourrait presque dire qu’ils font comme si je n’étais pas là. Pourtant c’est pour moi qu’ils sont venus. Oh pas pour moi tout seul. Nous ne sommes pas loin d’une quarantaine, trente sept ou trente huit, je ne sais plus. Difficile de compter d’où je suis. Oui, une quarantaine de morts à Marseille pour les deux ans qui viennent de passer.

Morts de la rue comme ils disent. Mais pas que. Il y a aussi ceux qui sont morts avec un toit sur la tête, ou ce qu’il en restait, mais personne à côté, ni dessus, ni dessous. Personne à qui parler. Et puis il y a les anonymes. Ceux dont on n’a même pas retrouvé le nom ni rien qui leur donne un semblant d’identité. Moi, j’en ai croisé quelquefois de ceux-là qui traversaient la vie comme ça, sans rien pour dire qui ils étaient. Des ombres sans nom. Même pour moi, c’est dire. Voilà.

A présent, ils se sont mis en cercle. Ils sont une petite vingtaine. Moins nombreux que nous. Mais eux, ils sont vivants. Ils ont encore des yeux et un cœur. Il y a des vieux et des jeunes. Comme dans la vie. Ils ont pris chacun une fleur, une rose rouge ou blanche. Blanche c’est pour les enfants. Il y aussi des enfants qui meurent dans la rue. Moi, quand j’étais enfant, je n’aurais pas cru finir avec des enfants morts. Alors, je regarde une dernière fois. Ca y est. Ils se séparent. Certains ont pris le temps de boire un café avant de s’en retourner. C’était bon de les avoir vus. C’était comme une famille.

Oh ! le soir même ils se retrouvent avec les paroissiens de l’église de la Trinité afin de prier le Seigneur pour nous en la solennité du Christ Roi de l’univers. Ils emmènent une quarantaine de bougies allumées sur l’autel.  Nous sommes en communion…

Les membres de l’association Marseillais Solidaires des Morts Anonymes

 

QUI SOMMES-NOUS ?

Créé en 2003, l’association Marseillais Solidaires des Morts Anonymes travaille en partenariat avec les associations et organismes sociaux de la ville de Marseille afin qu’en accompagnant et en honorant les morts nous agissions aussi pour les vivants. Chaque membre de l’association participe lui-même activement au sein d’autres associations qui œuvrent auprès des personnes en situation de précarité.

L’association a pour mission de :

  • sensibiliser l’opinion publique que des hommes et des femmes qui vivent dans la rue meurent dans l’anonymat, certains étant même enterrés sous X, n’ayant pas d’identité reconnue. L’âge moyen des personnes décédant à la rue est de 48 ans alors que la moyenne nationale est de 80 ans !
  • informer lorsqu’une personne seule, à la rue ou sans ressource décède.
  • célébrer des funérailles dignes des personnes mortes dans l’anonymat sans distinction sociale, raciale, politique ni religieuse, en les accompagnant par un temps de recueillement, d’hommage en « terres communes» au cimetière Saint Pierre de Marseille.
  • améliorer l’état des tombes de ces personnes accompagnées en « terres communes » au cimetière.

Chaque année l’association organise un temps de mémoire pour ces personnes qui sont décédés par un hommage en présence des autorités et des associations et par un temps de recueillement au cimetière Saint Pierre l’après-midi sur les tombes des personnes inhumées dans l’année.

L’association Marseillais Solidaires des Morts Anonymes est membre du Collectif des Morts de la Rue au plan national. Des associations ayant le souci des Morts de la Rue et/ou des Morts isolés sont présentes dans plusieurs villes de France. Vous trouverez plus d’infos sur le site www.mortsdelarue.org ou sur le web documentaire www.terrescommunes.fr

Association Marseillais Solidaires des Morts Anonymes

10 rue d’Austerlitz

13006 MARSEILLE

Tél : 06.67.51.67.38

Contactez-nous : marsolmortsanonymes@hotmail.fr

[printfriendly]

Des pères synodaux renouvellent le «Pacte des Catacombes». Texte : “Pacte des Catacombes pour la Maison Commune”

C'est un évènement plein de symboles: ce dimanche matin, plusieurs père synodaux de l'assemblée spéciale sur l'Amazonie ont participé à une messe célébrée dans les Catacombes de Sainte Domitille situées non loin de la Via Appia à Rome. Une messe présidée par le cardinal brésilien Claudio Hummes, rapporteur général du synode. Ils ont fait mémoire du "Pacte des Catacombes" au cours duquel 42 pères du Concile Vatican II avaient demandé à Dieu la grâce d'«être fidèle à l'esprit de Jésus» dans le service des pauvres. Ce document intitulé «Pacte pour une Église Servante et Pauvre» avait alors pour ambition de mettre les pauvres au centre du ministère pastoral.

CMission

Des pères synodaux renouvellent le «Pacte des Catacombes». Texte : “Pacte des Catacombes pour la Maison Commune”

Pour une Église au visage amazonien, pauvre et servante, prophétique et samaritaine

Nous, participants au Synode panamazonien, nous partageons la joie de vivre parmi de nombreux peuples indigènes, quilombolas, d’habitants des rives de fleuves, de migrants et de communautés des périphéries des villes de cet immense territoire de la planète. Avec eux, nous avons fait l’expérience de la puissance de l’Évangile qui agit dans les plus petits. La rencontre avec ces peuples nous interpelle et nous invite à une vie plus simple, de partage et de gratuité. Marqués par l’écoute de leurs cris et de leurs larmes, nous accueillons chaleureusement les paroles du Pape François :

“Beaucoup de frères et sœurs en Amazonie portent de lourdes croix et attendent la consolation libératrice de l’Évangile, la caresse de l’amour de l’Église. Pour eux, avec eux, nous marchons ensemble”.

Souvenons-nous avec gratitude de ces évêques qui, dans les catacombes de sainte Domitille, à la fin du Concile Vatican II, ont signé le Pacte pour une Église servante et pauvre. Nous nous souvenons avec vénération de tous les martyrs membres des communautés ecclésiales de base, des organismes pastoraux et des mouvements populaires, des leaders indigènes, des missionnaires hommes et femmes, des laïques et des laïcs, des prêtres et des évêques, qui ont versé leur sang en raison de cette option pour les pauvres, de la défense de la vie et de la lutte pour protéger notre Maison commune. À la gratitude pour leur héroïsme, nous joignons notre décision de poursuivre leur lutte avec fermeté et courage. C’est un sentiment d’urgence qui s’impose face aux agressions qui dévastent aujourd’hui le territoire amazonien, menacé par la violence d’un système économique prédateur et consumériste.

Devant la Très Sainte Trinité, devant nos Églises particulières, devant les Églises d’Amérique latine et des Caraïbes et devant celles qui sont solidaires avec nous en Afrique, en Asie, en Océanie, en Europe et dans le Nord du continent américain, aux pieds des Apôtres Pierre et Paul et de la multitude des martyrs de Rome, d’Amérique latine et surtout de notre Amazonie, en profonde communion avec le Successeur de Pierre, nous invoquons l’Esprit Saint et nous nous engageons personnellement et collectivement à :

1.   Assumer, face à l’extrême menace du réchauffement climatique et de l’épuisement des ressources naturelles, l’engagement à défendre la forêt amazonienne sur nos territoires et par nos attitudes. C’est d’elle que proviennent les dons de l’eau pour une grande partie de l’Amérique du Sud, la contribution au cycle du carbone et à la régulation du climat mondial, une biodiversité incalculable et une riche diversité sociale pour l’humanité et pour la Terre entière.

2. Reconnaître que nous ne sommes pas les propriétaires de notre mère la terre, mais ses fils et ses filles, formés par la poussière de la terre (Gn 2, 7-8), hôtes et pèlerins (1 Pt 1, 17b et 1 Pt 2, 11), appelés à être ses gardiens zélés (Gn 1, 26). À cette fin, nous nous engageons pour une écologie intégrale, dans laquelle tout est interconnecté, le genre humain et l’ensemble de la création, parce que tous les êtres sont filles et fils de la terre et sur elle plane l’Esprit de Dieu (Gn 1, 2).

3. Accueillir et renouveler chaque jour l’alliance de Dieu avec toute la création: «Voici que moi, j’établis mon alliance avec vous, avec votre descendance après vous, et avec tous les êtres vivants qui sont avec vous : les oiseaux, le bétail, toutes les bêtes de la terre, tout ce qui est sorti de l’arche.» (Gn 9, 9-10 et Gn 9, 12-17).

4. Renouveler dans nos Églises l’option préférentielle pour les pauvres, en particulier pour les peuples originaires, et garantir avec eux le droit d’être protagonistes dans la société et dans l’Église. Les aider à préserver leurs terres, leurs cultures, leurs langues, leurs histoires, leurs identités et leur spiritualité. Prendre conscience qu’elles doivent être respectées aux niveaux local et mondial et, par conséquent, encourager, avec tous les moyens à notre disposition, à les accueillir sur un pied d’égalité dans le concert mondial des peuples et des cultures. 

5. Par conséquent, dans nos paroisses, diocèses et groupes, tout type de mentalité et d’attitude coloniale, en accueillant et valorisant la diversité culturelle, ethnique et linguistique dans un dialogue respectueux avec toutes les traditions spirituelles.

6. Dénoncer toute forme de violence et d’agression contre l’autonomie et les droits des peuples originaires, leur identité, leurs territoires et leurs modes de vie.

7. Proclamer la nouveauté libératrice de l’Évangile de Jésus-Christ, en accueillant l’autre et le différent, comme ce fut le cas pour Pierre dans la maison de Corneille: «Vous savez qu’un Juif n’est pas autorisé à fréquenter un étranger ni à entrer en contact avec lui. Mais à moi, Dieu a montré qu’il ne fallait déclarer interdit ou impur aucun être humain.» (Ac 10, 28).

8. Marcher œcuméniquement avec les autres communautés chrétiennes dans l’annonce inculturée et libératrice de l’Evangile, et avec les autres religions et personnes de bonne volonté, en solidarité avec les peuples originaires avec les pauvres et les petits, dans la défense de leurs droits et dans la préservation de la maison commune.

9. Établir dans nos Églises particulières un style de vie synodal, dans lequel les représentants des peuples originaires, les missionnaires, les laïcs hommes et femmes, en vertu de leur baptême et en communion avec leurs pasteurs, ont une voix et un vote dans les assemblées diocésaines, dans les conseils pastoraux et paroissiaux, bref, en tout ce qui les concerne dans la gouvernance des communautés.

10. Nous engager à reconnaître d’urgence les ministères ecclésiaux déjà existants dans les communautés, exercés par des agents pastoraux, des catéchistes indigènes, des ministres – hommes et femmes – de la Parole, en valorisant en particulier leur attention aux plus vulnérables et exclus.

11. Rendre effectif dans les communautés qui nous sont confiées le passage d’une pastorale de la visite à une pastorale de la présence, en assurant que le droit à la Table de la Parole et à la Table de l’Eucharistie devienne effectif dans toutes les communautés.

12. Reconnaître les services et la véritable diaconie du grand nombre de femmes qui dirigent aujourd’hui des communautés en Amazonie, et essayer de les consolider avec un ministère adéquat de leaders féminins de communautés.

13. Chercher de nouveaux parcours d’action pastorale dans les villes où nous opérons, avec les laïcs et les jeunes comme protagonistes, en prêtant attention à leurs périphéries et aux migrants, aux travailleurs et aux chômeurs, aux étudiants, aux éducateurs, aux chercheurs et au monde de la culture et des communications.

14. Face à la vague de consumérisme, assumer un style de vie joyeusement sobre, simple et solidaire avec ceux qui ont peu ou rien ; réduire la production de déchets et l’utilisation du plastique ; encourager la production et la commercialisation de produits agro-écologiques ; utiliser les transports publics autant que possible.

15. Se placer aux côtés de ceux qui sont persécutés pour leur service prophétique de dénonciation et de réparation des injustices, de défense de la terre et des droits des plus petits, d’accueil et de soutien aux migrants et réfugiés. Cultiver de vraies amitiés avec les pauvres, visiter les personnes les plus simples et les malades, exercer un ministère d’écoute, de consolation et de soutien qui soulage et redonne espoir.

Conscients de nos fragilités, de notre pauvreté et de notre petitesse face à de si grands et si graves défis, nous nous confions à la prière de l’Église. Par-dessus tout, que nos communautés ecclésiales nous aident par leur intercession, leur affection dans le Seigneur et, quand cela est nécessaire, par la charité et la correction fraternelle.

Acceptons avec un cœur ouvert l’invitation du Cardinal Hummes à nous laisser guider par l’Esprit Saint en ces jours du Synode et en regagnant nos églises :

«Laissez-vous envelopper par le manteau de la Mère de Dieu, Reine de l’Amazonie. Ne nous laissons pas submerger par l’autoréférentialité, mais par la miséricorde devant le cri des pauvres et de la terre. Il faudra beaucoup prier, méditer et discerner une pratique concrète de communion ecclésiale et d’esprit synodal. Ce synode est comme une table que Dieu a dressée pour ses pauvres et Il nous demande de servir à cette table».

Célébrons cette Eucharistie du Pacte comme «un acte d’amour cosmique» «“Oui, cosmique! Car, même lorsqu’elle est célébrée sur un petit autel d’une église de campagne, l’Eucharistie est toujours célébrée, en un sens, sur l’autel du monde”. L’Eucharistie unit le ciel et la terre, elle embrasse et pénètre toute la création. Le monde qui est issu des mains de Dieu, retourne à lui dans une joyeuse et pleine adoration : dans le Pain eucharistique, “la création est tendue vers la divinisation, vers les saintes noces, vers l’unification avec le Créateur lui-même”. C’est pourquoi, l’Eucharistie est aussi source de lumière et de motivation pour nos préoccupations concernant l’environnement, et elle nous invite à être gardiens de toute la création.» (Laudato Si’, 236).

 

Catacombes de Sainte Domitille

Rome, 20 octobre 2019