Noël 2018. Réflexion de Mgr Jacques Noyer, évêque émérite d’Amiens

Noël 2018

Réflexion de Mgr Jacques Noyer, évêque émérite d’Amiens

Dimanche 2 décembre 2018, au petit matin. J’ai trouvé ! J’ai trouvé ce que l’Église de France devrait dire devant cette insurrection des fins de mois que nous connaissons. Elle devrait annoncer qu’on ne fêtera pas Noël cette année. Le 25 décembre sera un jour comme un autre. Rien dans les églises : pas d’office, pas de crèche, pas d’enfants. On va revenir aux dimanches ordinaires car l’Avent n’aura pas lieu.

Elle dira que notre peuple n’est pas dans un état d’esprit qui lui permet de fêter Noël. Le cri de désespoir qui le traverse est incompatible avec le mystère de Noël, avec l’espérance de l’Avent, avec l’accueil d’un enfant étranger.

Je suis peut-être vieux jeu mais je me souviens des Noël de mon enfance. Il n’y avait pas que les fins de mois qui étaient difficiles. Mais à Noël, on oubliait tout pour se réjouir de ce qu’on avait. Les familles les plus modestes se retrouvaient avec le peu qu’elles avaient. Dans la nuit, les pauvres se sentaient riches du toit sur leur tête, du repas amélioré de leur assiette, de la bûche supplémentaire qui chauffait la maison et surtout de la chance d’avoir un papa, une maman, des frères et sœurs qui s’aimaient.

On échangeait des petits riens qui étaient pleins de choses. On allait voir le Jésus de la Crèche, l’enfant démuni, étranger, dont la seule richesse était l’amour que nous lui manifestions. Et on prenait conscience qu’il y avait plus pauvres que nous, des ouvriers sans travail, des enfants sans papa, des familles sans maison. Et s’il restait un peu de gâteau, on allait en donner une part au voisin malheureux.

Qu’on rappelle à notre société qu’il y a des pauvres qui ont difficulté à vivre, voilà qui va bien à Noël. Qu’on dise aux nantis que les pauvres ont des droits, qu’on redise le projet d’un monde plus juste pour tous, voilà qui s’accorde bien à Noël.

Mais ce que j’entends, n’est pas l’amour des pauvres, le souci de ceux qui n’ont rien, l’amour qui appelle au partage et à la justice. J’entends une population qui a peur de devenir pauvre, une population qui n’aime pas les pauvres. Tout le monde se dit pauvre pour avoir le droit de crier ! Les pauvres riches sont obligés de quitter le pays puisqu’on les gruge. Les pauvres pauvres ferment leur maison à plus pauvres qu’eux. J’ai connu un pays pauvre qui se pensait assez riche pour accueillir le pauvre. Je vois un pays riche qui se dit trop pauvre pour ouvrir sa porte à moins riche que lui.

Voilà sans doute bien des années que Noël est devenu le lieu de cette mutation. On invite l’enfant à désirer tous les biens de la terre et il se croit tout-puissant jusqu’au moment où la limite de l’appétit ou de l’argent va faire de lui un frustré. On voulait en faire un riche comblé et il se retrouve un pauvre déçu.

Le Père Noël est devenu beaucoup trop riche et ne peut plus s’arrêter à l’étable où vient de naître l’Enfant-Dieu. Il me vient l’envie de lui arracher la barbe et de bloquer son traîneau au carrefour ! Pardon, je deviens violent. Empêchez-moi de faire un malheur !

Mgr Jacques NOYER, évêque émérite d’Amiens 🔸

Mais ce que j’entends, n’est pas l’amour des pauvres, le souci de ceux qui n’ont rien, l’amour qui appelle au partage et à la justice. J’entends une population qui a peur de devenir pauvre, une population qui n’aime pas les pauvres. Tout le monde se dit pauvre pour avoir le droit de crier ! Les pauvres riches sont obligés de quitter le pays puisqu’on les gruge. Les pauvres pauvres ferment leur maison à plus pauvres qu’eux. J’ai connu un pays pauvre qui se pensait assez riche pour accueillir le pauvre. Je vois un pays riche qui se dit trop pauvre pour ouvrir sa porte à moins riche que lui.

Mgr Jacques NOYER
Explications :

Article publié dans LA CROIX du 14 décembre 2018

Pour savoir davantage :

Gilets jaunes, l’appel des évêques de France

Les initiatives de la Famille Vincentienne en France

Les initiatives de la Famille Vincentienne en France

Le pape François a créé chaque 33e dimanche du temps ordinaire, une journée dédiée aux pauvres. A cette occasion, la Famille Vincentienne présente ses initiatives au service des pauvres.

«Un pauvre crie; le Seigneur entend.» (Ps33, 7) est la citation biblique que le Pape François a retenu pour cette deuxième journée mondiale.

« Les pauvres sont nos seigneurs et nos maitres » disait Saint Vincent. Aujourd’hui, les vincentiens creent des espaces de partage où les plus fragiles retrouvent le goût d’être debout et de partager la confiance par les échanges fraternels vécus dans les diverses structures. Les divers espaces ouvert essaient de répondre à leurs appels.

 

Que regroupe la Famille Vincentienne ?

En France, la Famille Vincentienne regroupe une quinzaine de congrégations et associations s’enracinant dans la spiritualité de Saint Vincent de Paul. Elles œuvrent dans des services de proximité (personnes âgées, enfants en difficultés, sans abris et les migrants), dans des institutions de santé (centre de post-traitements, maisons de retraite –EHPAD-, maisons d’enfants à caractère social-MECS-) et dans des établissements d’enseignement (écoles, collèges et lycées techniques).

 

Parmi les principales

– Les Équipes Saint Vincent – AIC France, environ 2000 femmes en 90 équipes développent des actions en direction des femmes ou des enfants : soutien scolaire, cours de français et de multiples initiatives invitant les personnes reçues à développer leur esprit d’initiatives, certaines aident des familles lors des visites auprès de leurs enfants en centre de détention.

– Les Filles de la Charité de la Province Belgique-France-Suisse regroupent 75 communautés. Elles portent le souci de la formation au charisme vincentien des laïcs qui assurent les services qu’elles leur ont confiés dans le domaine éducatif, sanitaire et social.

– Les Confrères et consœurs de Saint Vincent, quelques 17000 personnes dans plus de 90 départements déploient divers services auprès de personnes fragiles : partageant les compétences par des tables ouvertes pour aider à retrouver des emplois, créant des ateliers théâtres pour redonner confiance et promouvant de multiples initiatives qui redonnent à chacun de repartir dans la vie.

Les congrégations masculines des pères lazaristes et des religieux de saint Vincent proposent des services d’accueil de jeunes étudiants, des locaux qu’ils mettent au service des personnes en réinsertion sociale avec habitat et Humanisme (Amiens), l’APA (Paris) et IDEFORIS (Dax) et déploient aussi des actions auprès de jeunes sans grandes ressources ainsi que des activités dans des centres de jeunesses : patronages.

– Les Jeunesses Mariales Vincentiennes (J.M.V.), une association de jeunesse, née des apparitions de la Vierge Marie à Sainte Catherine Labouré (à la rue du Bac). Elle rejoint des enfants et des jeunes et leur permet de vivre en équipe, de contempler la vie et de s’engager au service de leurs frères.

P. Bernard MASSARINI, CM 🔸

« Les pauvres sont nos seigneurs et nos maitres » disait Saint Vincent. Aujourd’hui, les vincentiens creent des espaces de partage où les plus fragiles retrouvent le goût d’être debout et de partager la confiance par les échanges fraternels vécus dans les diverses structures. Les divers espaces ouvert essaient de répondre à leurs appels.

POUR ALLER PLUS LOIN :

www.famvin.org

Message du Saint-Père pour la Journée Mondiale des Pauvres. 33è Dimanche du Temps Ordinaire – 18 novembre 2018 –

Message du Saint-Père pour la Journée Mondiale des pauvres.

33è Dimanche tu Temps Ordinaire (18 novembre 2018)

Un pauvre crie, le Seigneur entend

1. « Un pauvre crie ; le Seigneur entend. » (Ps 33, 7). Les paroles du psalmiste deviennent les nôtres lorsque nous rencontrons des situations de souffrance et de marginalisation, dans lesquelles vivent tant de frères et de sœurs que nous avons coutume de désigner par l’appellation générique de « pauvres ». Celui qui écrit ces mots n’est pas étranger à cette condition, bien au contraire. Il fait l’expérience directe de la pauvreté et la transforme cependant en un chant de louange et d’action de grâce au Seigneur. A nous qui sommes concernés par tant de formes de pauvretés, ce Psaume nous donne aujourd’hui de comprendre qui sont les véritables pauvres, vers qui nous sommes invités à tourner le regard pour entendre leur cri et reconnaître leurs besoins.

Il nous a d’abord été dit que le Seigneur entend les pauvres qui crient vers Lui, et qu’Il est bon avec ceux qui cherchent refuge en Lui, le cœur brisé par la tristesse, la solitude et l’exclusion. Il écoute ceux dont la dignité est bafouée, et qui ont cependant la force d’élever leur regard vers le haut pour recevoir lumière et réconfort. Il écoute ceux qui sont persécutés par une justice inique, opprimés par des politiques indignes de ce nom et dans la peur de la violence, tout en considérant Dieu comme leur Sauveur. Ce qui jaillit de cette prière est d’abord un sentiment d’abandon confiant en un Père qui écoute et accueille. C’est sur la même longueur d’onde que nous pouvons comprendre ce que Jésus a proclamé à travers cette béatitude : « Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux. » (Mt 5, 3).

C’est en raison de cette expérience unique, et par bien des aspects imméritée et impossible à exprimer entièrement, qu’on ressent le désir de la partager, et d’abord à ceux qui, comme le Psalmiste, sont pauvres, exclus et marginalisés. De fait, nul ne doit se considérer comme exclu de l’amour du Père, tout particulièrement dans un monde pour qui la richesse, est souvent élevée au rang d’objectif premier et enferme sur soi.

2. Le Psaume exprime l’attitude du pauvre et sa relation à Dieu avec trois verbes. D’abord « crier ». Le fait d’être pauvre ne peut se résumer en un seul mot : c’est un cri qui traverse les cieux et rejoint Dieu. Qu’exprime le cri du pauvre, sinon la souffrance et la solitude, sa déception et son espérance ? Nous pouvons nous demander : comment se fait-il que ce cri qui monte jusqu’à Dieu ne parvient pas à nos oreilles et nous laisse indifférents et impassibles ? Au cours d’une telle Journée, nous sommes appelés à un sérieux examen de conscience pour saisir si nous sommes réellement capables d’écouter les pauvres.

Pour reconnaître leur voix, nous avons besoin du silence de l’écoute. Plus nous parlons, plus nous aurons du mal à les entendre. J’ai souvent peur que beaucoup d’initiatives, cependant nécessaires et méritoires, servent davantage à nous satisfaire nous-mêmes qu’à entendre réellement le cri du pauvre. Dans cette situation, lorsque les pauvres font entendre leur cri, notre réaction manque de cohérence et est incapable de rejoindre réellement leur condition. Nous sommes à ce point prisonniers d’une culture qui nous fait nous regarder dans la glace et ne s’occuper que de soi, qu’on ne peut imaginer qu’un geste altruiste puisse suffire à satisfaire pleinement, sans se laisser compromettre directement.

3. « Répondre » est un deuxième verbe. Le Seigneur, dit le Psalmiste, non seulement entend le cri du pauvre, mais il répond. Sa réponse, ainsi que l’atteste toute l’histoire du salut, est un partage plein d’amour, de la condition du pauvre. Ce fut ainsi lorsqu’Abraham exprima à Dieu son désir d’une descendance, alors que lui et son épouse Sara, désormais âgés, n’avaient pas d’enfant (cf. Gn 15, 1-6). C’est ce qui s’est produit lorsque Moïse, à travers le feu du buisson ardent, a reçu la révélation du nom divin et la mission de faire sortir son peuple de l’Egypte (cf Ex 3, 1-15). Cette réponse fut confirmée tout au long de la marche du peuple à travers le désert : quand il ressentait la morsure de la faim et de la soif (cf. Ex 16, 1-16; 17, 1-7), et quand il tombait dans une misère pire encore, l’infidélité à l’alliance et l’idolâtrie (cf. Ex 32, 1-14).

La réponse de Dieu au pauvre est toujours une intervention de salut pour soigner les blessures de l’âme et du corps, pour rétablir la justice et pour aider à reprendre une vie digne. La réponse de Dieu est aussi un appel pour que quiconque croit en lui puisse faire de même dans les limites de la condition humaine. La Journée Mondiale des Pauvres se veut une modeste réponse de toute l’Eglise, dispersée de par le monde, adressée aux pauvres de toutes sortes et de tous lieux, afin que nul ne croit que son cri s’est perdu dans le vide. Il s’agit sans doute d’une goutte d’eau dans l’océan de la pauvreté. Elle peut être cependant comme un signe partagé par tous ceux qui sont dans le besoin, afin qu’ils ressentent la présence active d’un frère et d’une sœur.  On ne répond pas aux besoins des pauvres par procuration, mais en écoutant leur cri et en s’engageant personnellement. La sollicitude des croyants ne peut pas se résumer à une assistance – même si elle est nécessaire et providentielledans un premier temps – mais appelle cette « attention aimante » (Exhortation Apostolique Evangelii gaudium, 199) qui honore l’autre en tant que personne et recherche son bien.

4. « Libérer » est un troisième verbe. Le pauvre de la Bible vit dans la certitude que Dieu intervient en sa faveur pour lui redonner sa dignité. La pauvreté n’est pas recherchée mais elle est le fruit de l’égoïsme, de l’orgueil, de l’avidité et de l’injustice. Des maux aussi vieux que l’humanité, qui sont toujours des péchés qui blessent tant d’innocents, ont des conséquences sociales dramatiques. L’agir du Seigneur qui libère est une œuvre de salut à l’égard de ceux qui Lui manifestent leur tristesse et leur angoisse. La prison de la pauvreté est détruite par la puissance de l’intervention de Dieu. De nombreux Psaumes racontent et célèbrent l’histoire du salut qui trouve écho dans la vie personnelle du pauvre : « Il n’a pas rejeté, il n’a pas réprouvé le malheureux dans sa misère ; il ne s’est pas voilé la face devant lui, mais il entend sa plainte. » (Ps 21, 25). Pouvoir contempler le visage de Dieu est signe de son amitié, de sa proximité, de son salut. « Tu vois ma misère et tu sais ma détresse ; devant moi, tu as ouvert un passage. »  (Ps 30, 8-9). Ouvrir au pauvre “un passage”, c’est le libérer des “filets du chasseur” (cf. Ps 90, 3), lui éviter le piège tendu sous ses pas, pour qu’il puisse ainsi avancer d’un pas léger et voir la vie avec un regard serein. Le salut de Dieu prend la forme d’une main tendue vers le pauvre, une main qui accueille, protège, et donne de percevoir l’amitié dont on a besoin. C’est à partir de cette proximité concrète et tangible que peut être entrepris un authentique chemin de libération : « Chaque chrétien et chaque communauté sont appelés à être instruments de Dieu pour la libération et la promotion des pauvres, de manière à ce qu’ils puissent s’intégrer pleinement dans la société ; ceci suppose que nous soyons dociles et attentifs à écouter le cri du pauvre et à le secourir. » (Exhortation Apostolique Evangelii gaudium, 187).

5. Je suis ému par le fait de savoir que beaucoup de pauvres se sont identifiés à Bartimée, dont parle l’évangéliste Marc (cf. 10, 46-52). Bartimée « un aveugle qui mendiait, était assis au bord du chemin. (v. 46), et ayant entendu Jésus passer « se mit à crier » et à invoquer le « Fils de David» pour qu’il ait pitié de lui (cf. v. 47). « Beaucoup de gens le rabrouaient pour le faire taire, mais il criait de plus belle » (v. 48). Le Fils de Dieu entendit son cri : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? ». Et l’aveugle lui répondit : « Rabbouni, que je retrouve la vue ! » (v. 51). Ce passage d’évangile donne à voir ce que le Psaume annonçait comme une promesse. Bartimée est un pauvre privé de ses capacités fondamentales : voir et travailler. Combien de situations aujourd’hui encore produisent des états de précarité. Le manque des moyens de base de subsistance, la marginalisation quand on n’a plus la capacité de travailler normalement, les différentes formes d’esclavage social, malgré les avancées accomplies par l’humanité… Comme Bartimée, beaucoup de pauvres sont aujourd’hui au bord de la route et cherchent un sens à leur condition. Combien s’interrogent sur les raisons de leur descente dans un tel abîme, et sur la manière d’en sortir ! Ils attendent que quelqu’un s’approche d’eux et leur dise : « Confiance, lève-toi ; il t’appelle. » (v. 49).

Au contraire, on constate pourtant souvent que les voix qui s’entendent sont celles des reproches et de l’invitation à se taire et à subir. Ce sont des voix qui sonnent faux, dictées souvent par la peur des pauvres, considérés non seulement comme indigents, mais aussi porteursd’insécurité, d’instabilité, de changement des habitudes, et qu’il faut pour cela repousser et tenir à distance. On tend à créer une distance entre eux et nous, sans se rendre compte qu’on s’éloigne ainsi du Seigneur Jésus, qui ne les repousse pas, mais les appelle à lui et les console. Comme elles résonnent de manière juste, ici, les paroles du prophète sur le mode de vie des croyants : « faire tomber les chaînes injustes, délier les attaches du joug, rendre la liberté aux opprimés, briser tous les jougs […] partager ton pain avec celui qui a faim, accueillir chez toi les pauvres sans abri, couvrir celui que tu verras sans vêtement » (Is 58, 6-7). Cette façon d’agir fait que les péchés sont pardonnés (cf. 1 P 4, 8), que la justice poursuit son chemin et lorsque nous crierons vers le Seigneur, qu’Il nous réponde : Me voici ! (cf. Is 58, 9).

6. Les pauvres sont les premiers capables de reconnaître la présence de Dieu et de témoigner de sa proximité dans leur vie.  Dieu demeure fidèle à sa promesse, et jusque dans l’obscurité de la nuit, la chaleur de son amour et de sa consolation ne fait jamais défaut. Pour que les pauvres sortent de leur condition dégradante, il leur faut cependant percevoir la présence de frères et de sœurs qui se préoccupent d’eux, et ouvrant la porte de leur cœur et de leur vie, les considèrent comme des amis et des familiers.  Ce n’est qu’ainsi que nous pourrons découvrir « la force salvifique de leurs existences » et « les mettre au centre du cheminement de l’Église » (Exhortation Apostolique Evangelii gaudium, 198).

En cette Journée Mondiale, nous sommes invités à donner corps aux paroles du Psaume : « Les pauvres mangeront : ils seront rassasiés » (Ps 21, 27). Dans le Temple de Jérusalem, nous savons qu’après le rite du sacrifice, un banquet avait lieu. C’est une expérience que de nombreux diocèses ont faite l’année dernière, qui a enrichi la célébration de la première Journée Mondiale des Pauvres. Beaucoup ont trouvé la chaleur d’une maison, la joie d’un repas festif et la solidarité auprès de ceux qui ont voulu partager la table d’une façon simple et fraternelle. Je voudrais que cette année encore, et à l’avenir, cette Journée soit placée sous le signe de la joie et d’une capacité renouvelée à se retrouver. Prier ensemble en communauté et partager le repas du dimanche. C’est une expérience qui nous ramène à la première communauté chrétienne, dont l’évangéliste Luc décrivait l’originalité et la simplicité : « Ils étaient assidus à l’enseignement des Apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières. […] Tous les croyants vivaient ensemble, et ils avaient tout en commun ; ils vendaient leurs biens et leurs possessions, et ils en partageaient le produit entre tous en fonction des besoins de chacun » (Ac 2, 42.44-45).

7. On ne compte plus les initiatives que la communauté chrétienne prend quotidiennement pour manifester sa proximité et soulager tant de formes de pauvreté que nous avons sous les yeux. La collaboration avec d’autres instances, qui ne sont pas animées par la foi mais par la solidarité humaine, permet d’apporter une aide que nous ne pourrions pas réaliser seuls.  Dans ce monde immense de la pauvreté, reconnaître les limites, la faiblesse, et l’insuffisance de nos moyens, invite à une collaboration réciproque qui nous permet ainsi d’être davantage efficaces.  C’est la foi et l’impératif de la charité qui nous animent, mais nous savons reconnaître d’autres formes d’aide et de solidarité qui partagent en partie les mêmes objectifs, pourvu que nous ne mettions pas de côté ce qui nous est propre : conduire chacun à Dieu et à la sainteté. Le dialogue entre des expériences différentes ainsi que la collaboration que nous offrons avec humilité, hors de toute prétention, est la réponse ajustée et pleinement évangélique que nous pouvons donner.

Il ne s’agit pas de vouloir jouer les premiers rôles face aux pauvres, mais il nous faut reconnaître humblement que c’est l’Esprit qui suscite des gestes qui expriment la réponse et la proximité de Dieu. Lorsqu’il nous est donné de nous faire proche des pauvres, sachons reconnaître que c’est Lui, le premier, qui a ouvert nos yeux et notre cœur à la conversion. Les pauvres n’ont pas besoin de compétiteurs, mais d’un amour qui sache demeurer discret et oublier le bien accompli. Les véritables acteurs sont le Seigneur et les pauvres. Celui qui se met au service est l’instrument entre les mains de Dieu pour faire reconnaître sa présence et son salut. C’est ce que nous rappelle saint Paul lorsqu’il écrit aux chrétiens de Corinthe qui rivalisaient entre eux au sujet des charismes les plus grands : « L’œil ne peut pas dire à la main : “Je n’ai pas besoin de toi”; la tête ne peut pas dire aux pieds : “Je n’ai pas besoin de vous” (1 Co 12, 21). L’Apôtre fait une observation importante lorsqu’il remarque que les membres du corps qui paraissent les plus faibles sont les plus nécessaires (cf v. 22) ; et que les parties du corps « qui passent pour moins honorables, ce sont elles que nous traitons avec plus d’honneur ; celles qui sont moins décentes, nous les traitons plus décemment ; pour celles qui sont décentes, ce n’est pas nécessaire. » (vv. 23-24). En livrant un enseignement fondamental sur les charismes, Paul apprend aussi à la communauté l’attitude évangélique à adopter à l’égard de ses membres les plus faibles et dans le besoin. Les disciples du Christ sont loin d’avoir à les mépriser ou à s’apitoyer sur eux. Ils sont bien au contraire appelés à les honorer, leur donner la première place, convaincus d’être réellement avec eux, en présence de Jésus. « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ».  (Mt 25, 40).

8. On comprend ainsi quelle distance il y a entre notre mode de vie et celui du monde qui fait la louange, suite et imite ceux qui ont le pouvoir et la richesse, et qui marginalise les pauvres, les considère comme des déchets qui font honte. Les mots de l’Apôtre nous invitent à donner toute sa plénitude évangélique à la solidarité à l’égard des membres les plus faibles et moins bien pourvus du Corps du Christ: « Si un seul membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance ; si un membre est à l’honneur, tous partagent sa joie. » (1 Co 12, 26). De la même manière, dans la Lettre aux Romains, il exhorte : « Soyez joyeux avec ceux qui sont dans la joie, pleurez avec ceux qui pleurent. Soyez bien d’accord les uns avec les autres ; n’ayez pas le goût des grandeurs, mais laissez-vous attirer par ce qui est humble » (12,15-16).C’est la vocation du disciple du Christ, l’idéal vers lequel tendre constamment, pour adopter toujours plus en nous les « dispositions qui sont dans le Christ Jésus » (Ph 2, 5).

9.  C’est une parole d’espérance que la foi nous indique comme épilogue naturel. Souvent les pauvres mettent en cause notre indifférence, fruit d’une vision de la vie trop immanente et liée au présent. Le cri du pauvre est aussi un cri d’espérance par lequel il manifeste la certitude d’être libéré. C’est l’espérance fondée sur l’amour de Dieu qui n’abandonne pas celui qui se confie en Lui (cf. Rm 8, 31-39). Sainte Thérèse d’Avila écrivait dans son Chemin de la perfection : « La pauvreté d’esprit est un bien qui renferme en soi tous les biens du monde. Elle confère une souveraineté suprême, car c’est être le souverain de tous les biens du monde que de les mépriser » (2, 5). C’est dans la mesure où nous sommes capables de discerner le bien véritable que nous devenons riches devant Dieu et sages devant nous-mêmes et les autres. C’est précisément dans la mesure où l’on parvient à donner à la richesse son sens véritable et juste que l’on grandit en humanité et que l’on devient capable de partager.

10. J’invite mes frères évêques, les prêtres et les diacres en particulier, à qui on a imposé les mains pour le service des pauvres, (cf. Ac 6, 1-7), avec les personnes consacrées et tant de laïcs qui donnent corps à la réponse de l’Eglise au cri des pauvres, dans les paroisses, les associations et les mouvements, à vivre cette Journée Mondiale comme un moment privilégié de nouvelle évangélisation. Les pauvres nous évangélisent, en nous aidant à découvrir chaque jour la beauté de l’Evangile. Ne passons pas à côté de cette occasion de grâce. En ce jour, considérons-nous tous comme leurs débiteurs afin qu’en nous tendant la main les uns et les autres, se réalise la rencontre de salut qui soutient la foi, rend effective la charité et donne l’espérance pour progresser avec sûreté sur le chemin où le Seigneur vient à notre rencontre.

Du Vatican, 13 juin 2018
Mémoire liturgique de saint Antoine de Padoue.

Pape François 🔸

Le fait d’être pauvre ne peut se résumer en un seul mot : c’est un cri qui traverse les cieux et rejoint Dieu. Qu’exprime le cri du pauvre, sinon la souffrance et la solitude, sa déception et son espérance ? Nous pouvons nous demander : comment se fait-il que ce cri qui monte jusqu’à Dieu ne parvient pas à nos oreilles et nous laisse indifférents et impassibles ? Au cours d’une telle Journée, nous sommes appelés à un sérieux examen de conscience pour saisir si nous sommes réellement capables d’écouter les pauvres.

Pape François
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L’Europe a-t-elle encore des valeurs chrétiennes dans sa façon de traiter les migrants ?

L’Europe a-t-elle encore des valeurs chrétiennes dans sa façon de traiter les migrants ?

« L’Europe a-t-elle encore des valeurs chrétiennes dans sa façon de traiter les migrants ? » demande le cardinal éthiopien Berhaneyesus Souraphiel, archevêque d’Addis Abeba au cours du Synode « les jeunes, la foi et le discernement vocationnel » (Rome, 3-28 octobre 2018)

Depuis deux ans, j’accompagne la petite équipe de la pastorale des migrants du diocèse d’Aire et Dax, dans les Landes. Nous l’avons agrandie en y invitant une Fille de la Charité de la communauté du Berceau qui donne des cours de français et une laïque venant d’une paroisse du sud du département qui accompagne des Oromos (des migrants d’une tribu d’Éthiopie).

Dans les Landes, des structures d’État sont actives pour guider les migrants qui arrivent. Ce sont deux CADA (Centre d’Aide aux Demandeurs d’Asile) : l’un à Mont-de-Marsan et l’autre à Dax. Deux CAO (Centre d’Aide et d’Orientation) : un situé au Berceau et l’autre à Amou qui accueille des jeunes mineurs d’Afrique de l’Ouest (Guinée Conakry, Mali et Congo). De multiples associations accompagnent les arrivants : le CIMADE (Comité inter mouvements auprès des évacués, organisme protestant d’entraide) ; la Ligue des droits de l’homme ; le CCFD ; le Secours Catholique ; Amnesty International ; l’Association des Familles Laïques, etc

Le Berceau, ayant un statut de CAO, a reçu l’an dernier des femmes seules (venant de l’Éthiopie et de l’Érythrée) et cette année, des hommes (venant d’Afghanistan, du Darfour, du Yémen, de la Syrie, du Kurdistanet  du Saharaui).

Le CAO du Berceau fermant à la fin du mois d’octobre 2018, nous recherchons des lieux d’accueil pour les dix jeunes déboutés (le CIMADE nous a contacté pour les suivre et les accompagner). Quelques familles, elles aussi déboutées (kosovares et albanaises), ayant des enfants scolarisés, vont être accompagnées par une association s’inspirant du travail d’une autre association née sur Bayonne il y a cinq ans, qui grâce à sa méthode, a permis la régularisation que quelques 50 familles.

Lors de dernière rencontre du conseil diocésain de la solidarité, nous avons évoqué le sort des jeunes mineurs migrants un peu abandonnés, par faute de perspectives et ceux qui, actuellement arrivent à raison de deux par jour dans le département. Ils ne sont plus pris en charge, ni par l’ASE (Aide sociale à l’Enfance) ni par la police qui, auparavant, avait mission de les piloter vers les instances d’accueil. Ceci augmente le risque de laisser les jeunes se perdre, car la rue en France n’a rien à voir avec celle d’Afrique, même si elle aussi présente des dangers. Une des bénévoles de l’équipe de la pastorale de migrants, elle-même originaire d’Afrique, est en mesure de parler avec certains jeunes. Elle leurs a permis de rencontrer quelques anciens migrants de leur pays actuellement établis dans les Landes… Nous le voyons : la situation est complexe mais de nombreuse personnes sont solidaires.

Le 18 octobre, dans sa conférence de presse au Synode des Jeunes à Rome, le cardinal éthiopien Berhaneyesus Souraphiel, archevêque d’Addis Abeba et président de la Conférence épiscopale d’Éthiopie, , attire l‘attention de nos pays européen sur leur mission : « Il est triste de sentir que des frontières se ferment à des personnes qui fuient la faim et la guerre. Où sont les racines chrétiennes de l’Europe ? l’Europe n’est-elle pas un continent qui se déclarait animé de valeurs chrétiennes ? » s’est exclamé le cardinal, durant la conférence de presse quotidienne du synode des jeunes en cours au Vatican (du 3 au 28 octobre). Dans la salle sont intervenus trois autres chefs de l’Église grecque catholique d’Ukraine, délégué fraternel, et le ministre des affaires extérieurs du patriarcat de Moscou et de toutes les Russies.

 « Lorsque nous parlons de l’Afrique plus de la moitié de la population est jeune, ils veulent changer les choses, ils veulent sortir de la pauvreté: la plupart des mass-media mondiaux parlent des migrations des jeunes africains vers le Moyen Orient qui traversent le Soudan et la Lybie, vers l’Europe mais ces derniers en nombre très limités des migrations parce que la plus grande part des migrations de jeunes se passent à l’intérieur du continent africain, nous pouvons dire que nous ne parlons que de 20% des migrants tandis que 80% de l’émigration se passe à l’intérieur du continent » a dit le cardinal éthiopien.

Il continu : « les migrations, surviennent devant l’absence de bonne gouvernance entrainant la corruption, les conflits, les guerres civiles, les mouvements de libération. Une autre question nait celle du commerce des armes, un grand business qui vient d’Europe, d’Amérique et de la Chine vers l’Afrique dont personne ne parle, particulièrement parce que c’est un commerce juteux. Les armes sont apportées là où l’on trouve des conflits civils, de nombre de jeunes meurent à cause de cela. Nous avons des enfants soldats, qui sont munis d’armes modernes, sophistiquées : comme les mines…. C’est la grande tragédie des jeunes africains qui migrent. J’espère que le Saint Siège, ses contributions diplomatiques et ses relations avec les chefs chrétiens pourront faire quelque chose. Autrefois lorsqu’un migrant allait d’un pays à un autre il était accueilli, on lui donnait un verre d’eau, de l’eau pour se laver, un lieu pour se reposer. Aujourd’hui, être migrant n’est pas facile. Lorsque nombre d’européens sont allés dans d’autres pays ils ont eu davantage d‘occasion que les migrants contemporains. L’Éthiopie est un pays pauvre mais elle reçoit un million de réfugiés. Après l’Ouganda, elle est le second pays d’immigration. »

« Un étranger qui frappe à ta porte sera bien accueilli ; nous sommes tristes lorsque nous sentons que les frontières se ferment à des personnes qui fuient la faim et la guerre et – comme l’a souligné le cardinal Souraphiel – on se demande : où sont les racines chrétiennes de l’Europe ? L’Europe n’est-il pas un continent qui reconnait des valeurs chrétiennes ? J’ai parlé de cela durant le synode. C’est aussi ce qu’a dit le Saint Père lorsqu’il parle du colonialisme idéologique, lorsque pour avoir des aides il est imposé d’accepter les valeurs de l’Occident avant de t’aider. Les multinationales sont présentes dans des lieux de ressources naturelles comme au Congo ils emploient les enfants, les jeunes et les vieux pour extraire les minéraux. L’Église catholique qui est présente en est le témoin. Nous avons même vu des personnes qui sont devenues victimes de ce trafic d’êtres humains duquel ils souffrent : l’Église est aux cotés de ces personnes dépouillées, de ces personnes forcées à quitter la pays ».

Le card.Sourahiel dit avoir été « touché lorsque le Cardinal Vincent Nichols (archevêque de Westminster et président du groupe Sainte Marthe Santa Marta Group, ndr) a dit que dans le monde aujourd’hui,  il y a 40 millions d’esclaves, et la plupart sont des jeunes : ils sont dans le réseau du trafic mondial d’êtres humains ».

« Au Synode nous avons aussi parlé de ce qu’il est possible de faire, de ce que l’Église universelle peut faire. Ceci a touché le cœur de nos jeunes délégués au Synode. J’espère que le Synode s’adressera à tous les jeunes, non seulement à ceux du monde développé, mais à ceux qui n’ont pas les moyens. L’Église doit parler en leur nom. Avant toute autre question, à l’époque d’internet et des technologies modernes, il y a des jeunes pour qui la question est celle de la survie », selon le cardinal éthiopien, qui l’a répété durant l’interview.

« Recevoir l’étranger, le réfugié, toute personne dans le besoin est une valeur chrétienne, une obligation chrétienne, fermer sa porte n’est jamais dans la tradition chrétienne. Tous, nous savons que ceux qui arrivent peuvent ne pas être des êtres humains innocents ou des personnes qui ont souffert la violence dans leur pays, mais la plupart le sont : on voit une mère, une grand-mère qui frappe à la porte pour un lieu où se poser, je crois que c’est un problème de conscience, et la conscience en Europe est formée de valeurs chrétiennes. L’Europe a reçu de nombreux réfugiés, par exemple l’Allemagne, d’autres ont fermé leurs frontières. L’Europe n’a-t-elle plus de racines chrétiennes ? Même Jean-Paul II le demandait, et cette demande vaut pour chaque conscience chrétienne ».

Le Cardinal reconnait qu’entre autre, en Afrique, il y a beaucoup de jeunes qui ne souhaitent pas partir, qui désirent rester dans leur pays pour améliorer les choses de l’intérieur. « Quelques-uns pensent que venir en Europe sera le paradis, mais ce n’est pas la réalité, ils pensent que, venant en Europe, ils vont stabiliser la situation de leur famille, mais ce n’est pas le cas. Et lorsque nous sentons le racisme qui nait en Europe, et dans d’autres pays du monde, nous voulons nous souvenir que la vie de réfugié n’est pas facile. Je dis ceci pour renforcer le désir de demeurer chez soi et de changer la situation de l’intérieur ».

Puissions-nous ensemble trouver des solutions humaines à des situations souvent profondément douloureuses auxquels nos pays semblent se fermer devant la complexité d’un monde qui cherche de nouveaux équilibres pour relever les défis du XXIe siècle.

Bernard MASSARINI, CM – Responsable de la Pastorale des Migrants 🔸

Recevoir l’étranger, le réfugié, toute personne dans le besoin est une valeur chrétienne, une obligation chrétienne, fermer sa porte n’est jamais dans la tradition chrétienne. Tous, nous savons que ceux qui arrivent peuvent ne pas être des êtres humains innocents ou des personnes qui ont souffert la violence dans leur pays, mais la plupart le sont : on voit une mère, une grand-mère qui frappe à la porte pour un lieu où se poser, je crois que c’est un problème de conscience, et la conscience en Europe est formée de valeurs chrétiennes.

Cardinal Berhaneyesus Souraphiel, archevêque d’Addis Abeba

Festival du Film “Trouver Vincent 400”. Castel Gandolfo, Italie, 18-21 octobre 2018

Festival du Film “Trouver Vincent 400”

Castel Gandolfo, Italie, 18-21 octobre 2018

” Trouver Vince 400 ” (FV400) est une compétition et un festival pour toutes les personnes. Il s’inspire du 400è anniversaire de la naissance du Charisme de Saint Vincent de Paul au services des pauvres. En tant qu’élément de la Célébration de la Famille Vincentienne pour cet événement, FV400 fait partie de l’initiative de le Famille Vincentienne visant à mondialiser la Charité.

Notre Objectif : Premier et encourager les “storytellers” du XXIè siècle et inviter le public à changer leur point de vue sur la pauvreté dans nos communautés en regardant des films qui en parlent autrement ; en éveillant l’imagination et en partageant notre Charisme grâce à une créativité inspirée par la vision Vincentienne de la “mondialisation de la Charité”

Comment participer :

1er concours: Graines d’espoir

Tous les moins de 18 ans sont invités à créer des GRAINS d’ESPOIR. Nous les invitons à utiliser toute expression créative (histoire, poème, image, sculpture, musique, etc.) qui inspire un service direct aux pauvres. Les artistes sélectionnés par le jury gagneront un voyage et seront invités et se rendre à Castel Gandolfo, en Italie, du 18 au 21 octobre 2018.

 

2e concours : Ecriture de scénarios (scénario)

Trouver Vince 400, un conteur (Storyteller), un concours de scénaristes: Cinq scénaristes recevront un voyage à Rome et une subvention pour produire leur scénario pour un court métrage. Ces courts métrages seront diffusés pour la première fois à Castel Gandolfo, en Italie, du 18 au 21 octobre 2018.

 

3e Concours: courts métrages ou longs métrages

Vous êtes invités à soumettre votre court ou long métrage à Finding Vince 400. Le jury sélectionnera des films qui inspirent un service direct aux pauvres et changent notre point de vue sur la pauvreté. Ces films seront passés pour la première fois à Castel Gandolfo, en Italie, du 18 au 21 octobre 2018. Les artistes choisis par le jury seront invités et se rendre à cet événement.

Finding Vince 400 🔸

Pour plus d’information :

www.fv400.com/francais/

https://www.facebook.com/FindingVince/

https://filmfreeway.com/FV400

L’accueil de l’autre

L’accueil de l’autre

« La sollicitude de l’Eglise doit s’exprimer concrètement à chaque étape de l’expérience migratoire. C’est une grande responsabilité que d’Église entend partager avec tous les croyants ainsi qu’avec tous les hommes et femmes de bonne volonté, appelé à répondre aux nombreux défis posés par les migrations…. Notre réponse commune peut s’articuler autour de quatre verbes : accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. » C’est par ces paroles que François nous réveille et nous stimule pour un réel engagement vis à vis de l’étranger en migration particulièrement.

Les actes des Apôtres nous décrivent un certain Saul animé d’une rage meurtrière envers les fidèles des 1ères communautés chrétiennes qu’il considère comme infidèles ; c’est pour cette raison qu’il n’hésite pas à les arrêter et à les enchainer. En tant que pharisien, c’est probablement un amour fou pour Dieu qui le pousse à ces actes ! Il y a de quoi avoir peur d’une telle intransigeance, dureté de cœur détermination.

Cette attitude de Saul nous fait penser aujourd’hui, à ces personnes, ces groupes, qui à travers le monde, sont acharnés à repérer ‘les infidèles’, les étrangers et à les supprimer de différentes façons, parce qu’ils ne sont pas dans la droite ligne de la religion, qu’ils dérangent une tradition ou parce qu’ils ont une vision du monde qui diffère.

La personnalité de Saul, peut aussi nous renvoyer l’image de gouvernants, de systèmes qui n’hésitent pas à jeter sur les routes des hommes, des femmes et des enfants pour sauvegarder leur place, leur compte en banque, leur prestige, leur idéologie ; cette part d’humanité se retrouve ainsi en errance, affrontée à des regards pas toujours ouverts et fraternels, et doit faire face à des situations de non hospitalité, engendrant la peur et l’intranquillité.

Ce personnage de Saul peut encore révéler ce que nous sommes parfois nous-mêmes vis à vis des autres qui nous dérangent par leurs attitudes, prises de position, leurs parcours historiques ! N’y a-t-il pas quelquefois de l’intransigeance et de la dureté de cœur dans nos paroles sur l’autre, dans nos rapports au sein de nos communautés, de nos lieux de vie… et les manières d’enchainer, de rendre inoffensifs ceux qui nous gênent, sont nombreuses : indifférence, mépris, rejet, rumeurs, murmures etc. il arrive que notre frère, notre sœur soit étranger pour nous et souffre de nos jugements hâtifs.

Sur son chemin, Saul a eu la chance de vivre une rencontre très forte avec le Christ ; rencontre qui met à terre ses idées bien arrêtées, bien cadrées. Elle lui fait réaliser qu’il se trompe de combat et que l’esprit qui l’anime est celui de la division, de la vengeance, de la mort, de l’étouffement ; cette rencontre foudroyante l’invite à se laisser mouvoir et conduire par l’Esprit du Christ, esprit de communion, de vie, d’accueil. Saul est invité à mettre sa rage, ses énergies au service de l’étranger, du païen, du différent dans les nations étrangères pour lui annoncer l’Evangile, le rassembler dans un même corps, l’accueillir comme frère en humanité et dans la foi. L’audace, le zèle sont ainsi réorientés. Cette conversion peut-elle être la nôtre ?

Sur son chemin, Saul a été conforté aussi par la présence d’Ananie qui lui-même a dû faire un chemin intérieur pour ne pas en rester aux idées reçues, à la réputation faite à Saul et qui lui fait peur. Ananie restait prisonnier de cette réputation faite à Saul, ce meurtrier, dangereux, dont il fallait se méfier. Comment Seigneur intégrer dans notre communauté un gars comme lui qui ne respire que mort ?

De la même façon, il nous arrive parfois de demeurer prisonniers de ce qu’on entend dire sur l’autre et qu’on répète en augmentant la dose de rejet. Quelle conversion avons-nous à vivre pour nous libérer de ces images et oser le pas de l’accueil dans nos communautés humaines ou religieuses. La peur engendre la méfiance et le rejet ; elle nous empêche d’entendre et de faire des propositions de vie.

Grâce à l’accueil d’Ananie, Saul s’est résitué autrement sur son chemin ; son regard a été purifié, clarifié, son cœur lavé par le baptême, son corps rempli de force par l’eucharistie ; il a trouvé un lieu, une communauté qui a redonné sens à sa mission, qui a réorienté ses énergies ; Lui, le pire ennemi est devenu le frère de beaucoup, surtout de ceux qui étaient au loin, dispersés dans les régions du monde ; il a travaillé pour qu’ils soient accueillis dans l’Eglise.

Comme Saul et Ananie, je crois que nous avons un fort travail à faire entre nous déjà pour nous accueillir avec nos différences, notre étrangeté ; l’inter culturalité, l’universalité au sein de notre Famille est certainement une chance, celle de nous convertir à l’autre ; celle de nous amener à regarder l’autre à partir du Christ, non à partir de nous-mêmes ! « La beauté du monde est faite d’une multitude de différences, un p eu d’amour rendra tout plus facile » (sœurs de l’Enfant Jésus Nicolas Barré)

Il y a tout un chemin pour que l’étranger devienne notre frère, pour que nous le comprenions dans sa particularité. St Vincent a combattu fortement pour que l’étranger, qu’il soit de Lorraine, de Picardie ou d’ailleurs soit secouru, accueilli, ait les moyens de prendre sa vie en main. Il a mis ses énergies et celles de ceux avec qui il collaborait au service de l’étranger en errance !

Si nous faisons ce travail sur nous-mêmes, nous le ferons aussi vis à vis de l’étranger qui vient sur nos terres et qui nous invite à l’hospitalité ! Si chacune de nos communautés ou lieu de vie pouvait accueillir pour un temps, un migrant, un demandeur de vie, de fraternité pour l’accompagner sur le chemin de l’intégration, de l’épanouissement, cela donnerait sens et chair à notre don, à notre être-ensemble, au vivre-ensemble ! Prendre en compte ces migrants mineurs qui sont de plus en plus nombreux : ils sont les plus vulnérables. « De quelle vulnérabilité sommes-nous proches aujourd’hui ? N’est-ce pas la passion pour les personnes sur le seuil, aux marges qui doit nous animer ? » (sœur V. Margron, présidente de la CORREF).

Ananie découvre que la communauté rassemblée au nom du Christ, est un lieu d’accueil, d’ouverture où chacun peut avoir sa place, où chacun peut être transformé intérieurement et s’ouvrir à l’autre. Comme à Béthanie où Jésus aime à se poser avec ses amis. Ce n’est pas un lieu où il reste mais un arrêt passager sur sa route. Il reprend souffle dans la rencontre amicale, dans le partage d’une parole, d’un pain.

La maison de l’hospitalité : cela pourrait être l’orientation et la devise pour l’ouverture de nos communautés, de nos pays envers ceux qui viennent d’ailleurs, qui ont besoin d’un lieu où se poser, où se remettre du stress, des dangers du chemin parcouru, , de la peur ? Quelles attitudes, quelles paroles, quelles propositions pouvons-nous faire pour accueillir aujourd’hui ?

Marthe a exercé la dimension corporelle de l’accueil en offrant le minimum à l’hôte de passage, en étant  aux petits soins pour lui.
A son exemple, en tant que chrétiens et vincentiens, nous sommes invités à inquiéter pour l’étranger, le migrant, la personne en situation de déplacement ?

Nous inquiéter afin qu’il ne manque pas du minimum, d’un verre d’eau, d’une douche, d’un repas, d’un soin, d’un lit, d’une démarche administrative, d’un papier à obtenir, d’un renseignement attendu, d’un téléphone à donner, en fait tout ce qui touche aux fondamentaux qui respectent la dignité de la personne. Cette inquiétude ne nous sera jamais reprocher puisqu’elle nous place en face de l’humanité blessée revêtue par Jésus !

Marie représente la dimension spirituelle de l’accueil de l’autre en étant totalement disponible à celui qui passe. C’est le temps de l’écoute, ‘fondement de toute spiritualité, c’est le 1er service à rendre aux autres dans la communauté’ souligne Dietrich Bonhoeffer ; s’asseoir pour écouter celui qui a besoin de se dire, de raconter son parcours, les drames de la route, ses peurs, ses objectifs ; être des oreilles toutes tournées vers une vie en souffrance qui se dépose en nous pour y trouver accueil, encouragement, conseil pour tenir et continuer. ‘Si nous n’écoutons pas, rien n’entrera dans notre esprit et notre cœur.’ ‘S’il vous plait, je vous demande d’écouter les pauvres, ceux qui souffrent. Regardez les dans les yeux et laissez-vous interroger à tout moment par leurs visages sillonnés de souffrance et par leurs mains suppliantes. En eux, on apprend d’authentiques leçons de vie, d’humanité, de dignité….’

Béthanie, lieu du relèvement global de la personne, où est pris en compte son développement intégral comme nous y invite François, chemin déjà ouvert par Vincent de Paul.

Béthanie, lieu de l’amitié qui est un des meilleurs dons que nous pouvons offrir aux autres. Non pas donner de son temps mais mener ensemble une vie fraternelle dont personne ne sort indemne. Robert Maloney souligne que ‘St Vincent nous appelle à traiter ceux que nous servons non pas comme des ‘pauvres’ mais comme des personnes. Il nous demande de les traiter non pas comme des clients mais comme des amis que nous aimons profondément.’

Si nous laissons l’Esprit saint nous conduire, nous nous ouvrirons à l’étranger et nous l’aimerons. Nous comprendrons qu’il n’y a pas de frontières infranchissables dans les relations qui construisent le Corps du Christ dans nos réalités d’aujourd’hui ; peut-être ‘expérimenterons-nous que le Christ peut nous humaniser l’un par l’autre et être témoin de l’Évangile’.

S’ouvrir, se réjouir, accompagner, être un instrument pour que l’autre trouve sa place au sein de la communauté et développe ses talents sur d’autres terres, car « tout immigré qui frappe à notre porte est une occasion de rencontre avec Jésus Christ qui s’identifie à l’étranger de toute époque accueilli ou rejeté… ».

Être présents dans nos lieux de vie pour répondre aux besoins urgents de toute personne qui est en itinérance, pour prendre le temps d’écouter, de se faire réservoir des souffrances humaines et qu’une source de vie nouvelle rafraichisse toute personne qui nous est étrangère.

Dans toutes ces dimensions, ces lieux, ces démarches, apprendre et vouloir travailler avec d’autres, collaborer avec ceux qui ont une formation appropriée au niveau psychologique, administratif, humain etc ; collaborer avec les provinces dont sont originaires les migrants, exilés, réfugiés ; il y a des ponts, des liens, un tissu humain à sauvegarder, à construire.

La Famille Vincentienne qui est présente sur de nombreux pays, peut favoriser ces liens, les consolider et permettre qu’à chaque étape que le migrant soit accueilli, reconnu et trouve les moyens de réaliser son avenir. Savoir proposer des lieux de prière, de ressourcement nécessaire comme Marie. La dimension religieuse et spirituelle est vitale pour chaque personne.

Oui, finalement pour nous comme pour tout chrétien, ‘il y a toujours, partout, des gens à aimer et toujours et partout, à témoigner d’un Dieu qui relève afin que des hommes et des femmes qui ont mille raisons de se sentir écrasés puissent doucement reprendre courage et espérance’. Tel est le défi que nous avons à relever aujourd’hui ! telle est notre foi et telle doit être notre expérience à l’exemple de St Vincent, et que notre « amour soit inventif jusqu’à l’infini… ! » qu’il en soit ainsi !…

Christian MAUVAIS, CM – Visiteur Province de France 🔸

Si nous laissons l’Esprit saint nous conduire, nous nous ouvrirons à l’étranger et nous l’aimerons. Nous comprendrons qu’il n’y a pas de frontières infranchissables dans les relations qui construisent le Corps du Christ dans nos réalités d’aujourd’hui…

Explications :

Homélie du 13 octobre 2017 à Rome- Symposium