La mission dans le rural à l’heure du Covid

Plutôt que multiplier l’offre ne vaut-il pas mieux développer et renforcer les liens de proximité ? Dans la suite de cette crise, il s’agit alors de privilégier la proximité et rejoindre les initiatives engagées localement où la relation est première.

Père Elie DELPLACE

La mission dans le rural à l’heure du Covid

Elie DELPLACE
Elie DELPLACE

C'MISSION.FR

Quelles sont les conséquences de la crise de la Covid dans la Mission que nous vivons dans le monde rural ? Telle est la question qui m’a été adressée et à laquelle je vais essayer de répondre en prenant un peu de recul. Depuis plus d’une année, nous vivons dans un contexte de confinement et toutes les propositions comme les activités habituelles en ont été profondément bouleversées. Chacun a essayé, à son niveau, de faire face en déployant des efforts de créativité, mais au bout du compte que pouvons-nous dire des conséquences profondes de cette pandémie sur notre manière de vivre concrètement l’annonce de la Bonne Nouvelle ? Pouvons-nous d’ores et déjà en percevoir des inflexions ?

Un recul nécessaire…

Pour commencer, je reprendrai volontiers l’image que propose Christoph Théobald :

 Pour nous tous, la pandémie a fonctionné et fonctionne encore comme un test de résistance et une loupe qui accuse les traits de ce qui existait auparavant. La tradition chrétienne ne fait pas exception. Si, comme d’autres traditions spirituelles de l’Europe, elle traverse une crise, appelée parfois « systémique », la pandémie et le confinement l’ont mise, davantage encore, au grand jour. Quel sera l’avenir de la tradition chrétienne sur notre continent ? C’est la question que beaucoup d’entre nous se posent et que je voudrais aborder en partant de notre situation actuelle, peut-être propice à ce qu’autrefois on aurait appelé un « examen de conscience ». » (Et le peuple eut soif ; Lettre à celles et ceux qui ne sont pas indifférents à l’avenir de la tradition chrétienne, Paris, Bayard, 2021, p.8-9).

La Congrégation de la Mission et bien sûr l’ensemble de l’Eglise avec de nombreuses initiatives au XVIIè siècle ont largement pris en compte la réalité des campagnes pour proposer un modèle de foi vivante et active. Les missions avec le souci des « vérités nécessaires à salut », la confession générale et l’enracinement d’une dévotion avec les charités manifestent cet effort. Parallèlement la mise en place de structures sanitaires et de formations en lien avec le maillage de plus en plus fin des paroisses a profondément marqué le paysage français des XVIIIe et XIXe siècle de part et d’autre de la Révolution Française. Soulignons ici, même si cela demanderait à être développé, le rôle des « filles séculières » qui, après la Révolution Française, caractérise majoritairement la vie consacrée féminine. Dans le contexte bien plus exigeant du XIXe siècle, le « catholicisme au féminin » est à la pointe de l’innovation charitable pour répondre aux attentes nouvelles d’un monde en pleine mutation. Un profond mouvement d’évangélisation se développe dans les campagnes avec la multiplication des paroisses et l’augmentation conséquente du nombre de clercs formés dans les séminaires qui, si l’on peut dire, fonctionnent à plein régime ! Avec les séminaires, l’autre volet du charisme fondateur de la Congrégation de la Mission – les missions paroissiales – participe à l’expansion et à l’approfondissement du réseau paroissial : la mission populaire ou itinérante n’est-elle pas au service des curés ? Le grand défi missionnaire au XIXe siècle est représenté par l’expansion des villes et l’apparition de besoins nouveaux dans un contexte de crise. Souvent d’ailleurs, le personnel religieux vient des campagnes pour s’investir dans les grandes agglomérations ou les villes de taille moyenne. Le rural, à bien des égards, est comparé à un château d’eau qui irrigue et rend possible la créativité religieuse dans les villes. Si le contexte est à l’opposition d’une France réfractaire, le catholicisme fait preuve d’une grande et tranquille vitalité dans les campagnes. Il est remarquable de le constater avec la création des institutions sanitaires, éducatives et la prise en compte des besoins nouveaux liés au développement de l’adolescence avec les patronages ou l’action catholique au tournant des XIXe et XXe siècles. Au XIXe siècle, la grande nouveauté est encore l’engagement des laïcs avec la société Saint Vincent de Paul et le développement d’une spiritualité spécifique.

Si à la fin du XIXe siècle, des auteurs tirent le signal d’alarme en constatant la diminution du nombre d’entrée dans les séminaires, ce n’est vraiment qu’à partir du milieu du XXe siècle que le constat devient massif. Il faudra du temps pour prendre conscience de la disparition des éléments qui ont façonné notre cadre religieux. Au passage, nous pouvons évoquer ici le livre d’Emmanuel Mounier Feu la chrétienté (1950) et l’appel à la conversion missionnaire avec l’ouvrage des abbés Godin et Daniel, La France pays de Mission ? (1943). C’est aussi dans ce contexte de déchristianisation que la Congrégation de la Mission redécouvre l’importance de la Mission Populaire dans les campagnes bien sûr, mais aussi dans les nouveaux quartiers urbains périphériques. Que l’on pense aux intuitions des « forains du bon Dieu » (il est passionnant de relire le livre de notre confrère, Jean Gonthier : Dieu parle à son peuple aujourd’hui, 1977) ou à celles des secteurs ruraux où l’on se rend bien compte que le cadre paroissial traditionnel n’est plus satisfaisant. Un peu plus de cinquante ans après qui y a-t-il de commun entre ce que nous vivons et ce monde disparu ? Aujourd’hui, le panorama du catholicisme français est fondamentalement différent et je reprendrais simplement pour l’illustrer cette remarque récente d’une sociologue :

 La catégorie des cadres et professions intellectuellement supérieures est surreprésentée parmi la population pratiquante, contrairement aux milieux ouvriers. Autre caractéristique, le catholicisme apparaît aujourd’hui également présent dans les grandes agglomérations où le taux de pratique (15%) dépasse aujourd’hui légèrement celui des communes rurales (13%). Ce constat est un peu inattendu, car la ville a longtemps été perçue comme le lieu par excellence de la déchristianisation. » (Céline Béraud, le catholicisme français à l’épreuve des scandales sexuels, Paris, Seuil – « La république des idées » -, 2021, p.28. Cf Philippe PORTIER et Jean-Paul WILLAIME, la Religion dans la France Contemporaine, entre sécularisation et recomposition, Paris, Armand Colin, 2021).

Pouvons-nous évoquer maintenant les bouleversements de la vie dans les campagnes pour en envisager ensuite les conséquences sur l’annonce de la Bonne Nouvelle ?

Quelques traits du rural…

Dans un livre passionnant – La fin du village, une histoire française (Paris, Gallimard, Folio-histoire, 2012) – le sociologue Jean-Pierre Le Goff, en partant du cas concret d’un village de Provence –Cadenet – met en évidence les bouleversements qui travaillent le monde traditionnel rural. S’il fait référence à un village précis en Provence, ses observations sont valables et suggestives – me semble-t-il – pour l’ensemble des villages de France. Ce qui peut accélérer ou ralentir ce processus est la proximité des grandes agglomérations et le développement des moyens de circulation.

La société de consommation dans les années 50 et 60 a bouleversé la sociabilité villageoise. La mobilité représente un enjeu considérable pour se rendre à son travail ou sur les lieux de consommation. C’est encore l’arrivée et le brassage d’une population nouvelle : On dénombre de nombreuses résidences secondaires mais aussi des personnes qui font le choix de vivre à la campagne pour une meilleure qualité de vie. Dans les années 80, grâce à l’arrivée des « néo-ruraux », si l’on assiste, souligne J.-P. Le Goff, au développement d’un tissu associatif, en même temps, « l’individu se protège de la promiscuité par la distance prise avec ses semblables, par la délimitation stricte d’un espace privé dans lequel il puisse se sentir autonome et libre. » (p.314). C’est la « manie des clôtures » et du gazon qui deviennent caractéristiques de ces populations nouvelles.

Le sociologue fait encore remarquer : « après avoir connu ses heures de gloire dans les années 1980 et 1990, le militantisme associatif s’est essoufflé » (p.294). Je cite in extenso, ce passage qui me semble caractériser les bouleversements du monde rural :

 A Cadenet, du temps des vanniers et des agriculteurs, la « dureté de la vie » était une condition partagée : « faire vivre sa famille » et « gagner des sous » étaient des préoccupations centrales qui laissaient peu de loisir pour s’occuper de soi. Cela n’impliquait pas pour autant l’absence de plaisirs et du bonheur de vivre. Mais ceux-ci n’étaient pas alors considérés comme une affaire purement individuelle ; ils étaient liés à l’insertion dans une tradition et une collectivité villageoises. En ce sens, le bonheur ne passait pas seulement par le foyer domestique, il était encore moins une affaire d’« épanouissement personnel » dans un rapport de soi à soi ; il était inséparable des échanges collectifs et des liens amicaux et de solidarité qui se tissaient à l’intérieur de cette collectivité d’appartenance qu’était le village d’autrefois. La dissolution de la tradition et de ces anciens liens a entraîné une autonomie et une liberté individuelle plus grandes. Pour positive que soit cette évolution en regard des contraintes et du conformisme villageois, elle ne s’en est pas moins payée d’une solitude et d’un souci de soi qui comportent leur lot de pathologies nouvelles. » (p.329).

La lecture des ouvrages d’Alain Ehrenberg (L’individu incertain, Calmann-Levy, 1995, La fatigue d’être soi, Odile Jacob, 1998, La société du malaise, Odile Jacob, 2010) permettrait certainement d’enrichir le constat que Jean Pierre Le Goff fait au passage : « les antidépresseurs et les anxiolytiques divers sont aujourd’hui parmi les médicaments les plus demandés à la pharmacie du village » (p.321). De fait la santé psychique, liée à l’isolement, devient une préoccupation majeure.

Dans la fin du village, l’auteur souligne encore que « culture – Tourisme et communication sont désormais les trois leviers d’une nouvelle étape de la transformation du village » (p.412) avec l’importance accordée au patrimoine qui semble demeurer le seul vecteur capable de rassembler autour d’une histoire envisagée sous le seul angle du présent. Dans de nombreux villages, les municipalités et les habitants se mobilisent pour « sauver » ou mettre en valeur leurs églises-patrimoines. L’Eglise est devenue prestataire de service et le slogan que l’on ne cesse d’entendre à l’occasion surtout des funérailles est symptomatique des déplacements : « On croit mais on ne pratique pas. Croyants non pratiquants » (Cf. p.435). Ce qui permet de souligner la diversité des quêtes ou des demandes religieuses à laquelle nous sommes sans cesse confrontés dans le service pastoral. Tout un chapitre de l’ouvrage de J.-P. Le Goff développe cet aspect « de nouvelles formes de spiritualité diffuse » (p.438-455). Il précise : « Pour les jeunes générations éduquées en dehors de toute religion, il n’y a pas forcément de différence entre la vie éternelle et la réincarnation ; la « religion », avec ou sans Dieu, devient affaire de bricolage individuel où chacun peut puiser comme il l’entend dans les croyances et les pratiques, l’important en l’affaire est qu’on y trouve sa propre satisfaction. » (p.447-448). Cette expression de « bricolage » individuel devient caractéristique du religieux en régime de postmodernité ou d’hypermodernité ; c’est selon les représentations que vous vous faites de la modernité !

L’auteur, dans les différents chapitres qui prennent en compte les jeunes, les personnes âgées ou encore les parcs naturels, insiste sur la technicité du vocabulaire et des concepts qui deviennent de plus en plus abstraits et déconnectés de la vie réelle.  Pour illustrer cette dimension, je reprends cette conclusion de l’auteur : « A Cadenet comme ailleurs, de l’enfance à la vieillesse, le monde nouveau affiche l’image d’une société composée d’individus autonomes, motivés, dynamiques et actifs, engagés dans de multiples ˮactivités  citoyennesˮ qui répondent au nouvel imaginaire individualiste et démocratique du monde moderne. Cet imaginaire ne peut cependant masquer une réalité moins idyllique : ˮ Si les besoins matériels des malades sont moindres qu’autrefois, si les soins apportés sont plus efficaces et moins douloureux, il y a toujours autant d’isolement et de souffrance morale.ˮ » (p.628). Il serait encore possible d’insister sur les disparités socio-économiques avec le chômage qui s’appesantit sur des familles et la richesse clinquante d’une petite minorité pour compléter ce tableau de fond. Et c’est dans ce contexte que la pandémie s’inscrit pour en amplifier les traits.

Ce qui est frappant est la grande diversité des réalités villageoises – Le Goff évoque un « village bariolé » ou encore une « commune patchwork et post-moderne » (p.772). N’est-ce pas la caractéristique essentielle de notre monde contemporain ?

L’un des effets majeurs de la pandémie a été de réduire encore les liens sociaux. Chacun et chacune s’est encore davantage replié sur la sphère de l’intime avec toutes les conséquences qui ont pu être égrenées par l’actualité. Lors d’une rencontre, l’animatrice du carrefour rural d’Evreux disait : « dans des zones désertifiées, la souffrance humaine est devenue hurlante ! ». Alors que se déploie la fibre optique pour améliorer la communication, il n’y a peut-être jamais eu autant de solitude et de sentiment d’abandon.

De nouvelles perspectives.

Avec la fin du village, nous l’avons bien compris, c’est aussi la fin de « la civilisation paroissiale » qui a façonné notre paysage familier. Comment les communautés chrétiennes seront-elles capables de prendre en compte les ressources de la foi chrétienne pour, au cœur de notre monde, proposer des perspectives nouvelles qui prennent réellement en compte les réalités de ce monde contemporain ? Si la crise de la Covid 19 a durci les traits, quelles initiatives pourraient-elles lui rendre son visage humain ? Henri de Lubac exprimait d’une manière très claire ce dynamisme essentiel :

Le mystère du Christ est aussi le nôtre. Ce qui s’est accompli dans la Tête doit s’accomplir aussi dans les membres. Incarnation, mort et résurrection : c’est enracinement, détachement et transfiguration. Pas de spiritualité chrétienne qui ne comporte ce rythme à trois temps. Nous avons à faire pénétrer le christianisme aux plus profondes réalités humaines. Mais ce n’est pas pour l’y laisser perdre ou dénaturer. Ce n’est pas pour le vider de sa substance spirituelle. C’est pour qu’il agisse dans l’âme et dans la société comme un ferment soulevant toute la pâte, C’est pour qu’il surnaturalise tout. C’est pour qu’au cœur de tout il mette un principe nouveau, pour qu’il fasse partout entendre l’exigence de l’urgence de l’appel d’en haut. » (Paradoxes, p.43-44).

Comment pourrons-nous vivre ce dynamisme central dans des expériences différentes ? Ne sommes-nous pas témoins de cette initiative première et fondamentale de Dieu au cœur de notre histoire humaine ?   

Peut-être faut-il préserver la riche et légitime diversité des initiatives et éviter de s’engouffrer dans des réponses exclusivement techniques. Au cœur de la crise, on a assisté à une multiplication des retransmissions de célébrations ou des temps de prière. Parallèlement il y avait un grand nombre de propositions de formations ou des textes de réflexion, de qualité qui circulaient sur les réseaux sociaux. Comment discerner dans ce flot ce qui convient ? Plutôt que multiplier l’offre ne vaut-il pas mieux développer et renforcer les liens de proximité ? Dans la suite de cette crise, il s’agit alors de privilégier la proximité et rejoindre les initiatives engagées localement où la relation est première.

Aujourd’hui, dans ce monde tiraillé par la peur, on reprend souvent le terme de fraternité pour signifier la nouveauté et l’originalité de l’évangile. En écho aux textes du Pape François, je reprends ce passage à Christoph Théobald :

Une autre manière de dire cette « nécessité » qui s’impose aux « disciples-missionnaires » (EG, 19-24) que sont les « christiens » est de faire intervenir l’expérience « mystique », telle que le pape François la déploie dans un passage central de l’exhortation apostolique Evangelii gaudium ; « De nos jour, alors que les réseaux et les instruments de communications ont atteint un niveau de développement inédit, nous ressentons la nécessité de découvrir et de transmettre la “mystique” de vivre ensemble, de se mélanger, de se rencontrer, de se prendre dans les bras, de se soutenir, de participer à cette marée un peu chaotique qui peut se transformer en une véritable expérience de fraternité, en une caravane solidaire, en un saint pèlerinage » (EG, 87). On est un peu surpris de cette utilisation inattendue du concept de « mystique », liée ici à notre expérience élémentaire du vivre-ensemble […].

Pourquoi parler de « mystique » ici ? Tout simplement parce que la « fraternité » ne va nullement de soi. Il faut la choisir et apprendre à la vivre (EG, 91) ; et ce choix et long apprentissage n’est pas uniquement une question de morale ou d’éthique […]. La fraternité devient « mystique ou contemplative » quand elle « sait regarder la grandeur sacrée du prochain, découvrir Dieu en chaque être humain », quand elle « sait ouvrir le cœur à l’amour divin pour chercher le bonheur des autres comme le fait leur Père qui est bon » (EG, 92). Tous les mots comptent dans ce mouvement spirituel, en quelque sorte inductif, qui va de l’homme vers Dieu, jusqu’à ce qu’il débouche – au plus intime de l’homme où son « cœur » s’ouvre à l’intimité même de Dieu – dans le mouvement inverse de l’amour de Dieu qui précisément consiste dans la recherche du bonheur de l’autre.

Il s’agit d’une mystique non sacrale, comme François le souligne avec force (EG, 89), d’une mystique à distance de beaucoup de courants spirituels d’aujourd’hui qui se contentent d’une relation avec des énergies qui harmonisent ou d’une recherche intérieure du bien-être sans visage d’autrui (EG, 90). » (Urgences pastorales, Comprendre, partager, réformer, Paris, Bayard, 2017 ; p.161-164).

N’est-ce pas tout l’enjeu des propositions de fraternités qui se vivent dans de nombreux diocèses de France ? Dans l’Eglise d’Evreux, c’est cette recherche qui est à l’œuvre depuis un peu plus de trois ans. C’est un défi à relever particulièrement dans le rural où les distances renforcent l’individualisme. Dès le début de cette expérience de la Fraternité Missionnaire dans le secteur sud du diocèse qui comprend trois paroisses, l’initiative du Fraternibus était engagée avec le Secours Catholique et le Carrefour Rural du diocèse d’Evreux afin de permettre aux personnes isolées de trouver un lieu d’écoute et de dialogue dans les villages. Le fraternibus se déplace sur les marchés. Au début les bénévoles (peu nombreux…) se demandaient ce qu’ils allaient pouvoir proposer et de fait, les personnes viennent pour échanger, pour partager des questions ou des problèmes au détour de leur chemin. C’est un lieu de rencontre pour se ressourcer et poursuivre sa route. L’importance de l’accueil et la disponibilité à la rencontre pour écouter et répondre aux attentes des personnes est le cœur de la pastorale mise en œuvre dans les paroisses. Après la crise de la Covid, ces lieux sont importants et peut-être est-il nécessaire de développer ces « interfaces » pour chercher et découvrir la source de la bonne Nouvelle ?   Pour approfondir cette intuition, je lisais récemment dans le journal La Croix une réflexion autour des tiers-lieux (« Les tiers-lieux sont-ils l’avenir de l’Eglise ? », vendredi 18 juin 2021). Mgr Ulrich, archevêque de Lille, y précisait :

L’Église d’aujourd’hui ne peut pas être statique dans ses institutions, elle doit pouvoir être attentive aux conditions dans lesquelles elle évolue pour rejoindre chacun. Les tiers-lieux d’Église vont à la rencontre de personnes qui méritent d’entendre la Bonne Nouvelle de l’Évangile mais qui n’iront pas à l’église. On ne détruira pas les paroisses pour autant, qui sont aussi des lieux de rencontre ! Beaucoup de gens entrent encore dans les églises et y sont très touchés. Mais ces initiatives lui sont complémentaires, elles permettent d’entrer par des lieux inattendus dans l’expérience que propose l’Évangile. Je ne sais pas si les tiers-lieux sont l’avenir, mais ils sont en tout cas une nécessité actuelle. »

Comment la crise sanitaire de la Covid nous permet-elle d’ouvrir les yeux pour sortir de nos routines et entendre cet appel ? Si elle a amplifié les traits de notre société et les évolutions de notre monde, l’appel se fait plus urgent pour aller urgemment à la rencontre de nos contemporains dans ces conditions nouvelles de vie. « La moisson est abondante… », n’est-ce pas cette conviction qui doit nous animer au plus profond, sans nostalgie du passé et nous motiver pour aujourd’hui ?

Père Elie DELPLACE

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La Mission Scolaire en temps de pandémie

La rentrée 2020-2021 fut un peu particulière pour la Mission Scolaire. Les 7 mois précédents ayant été marqué par la Covid 19 (et toujours aujourd’hui), j’ai choisi comme thème d’intervention de faire avec les jeunes une relecture de cette période de confinement. Le but étant de leur permettre d’exprimer leurs ressentis, leur vécu, leur questionnement, leurs découvertes, leurs peurs …

Eric Ravoux

La Mission Scolaire en temps de pandémie

La rentrée 2020-2021 fut un peu particulière pour la Mission Scolaire. Les 7 mois précédents ayant été marqué par la Covid 19 (et toujours aujourd’hui), j’ai choisi comme thème d’intervention de faire avec les jeunes une relecture de cette période de confinement. Le but étant de leur permettre d’exprimer leurs ressentis, leur vécu, leur questionnement, leurs découvertes, leurs peurs …

La première question que je leur posais concernait leur habitat, où avaient-ils vécu le confinement ? La question peut paraître saugrenue, mais le lieu de confinement joue beaucoup sur l’expérience vécue. Les jeunes des quartiers nord de Marseille ou de Nice n’ont pas tout à fait vécu la même chose que ceux de Châtillon-sur-Seine en Côte-d’Or.

Pour ceux qui le vécurent en appartement, le temps de confinement fut plus durement ressenti. Sentiment d’enferment difficile à gérer dans le temps, bien qu’il offrit à beaucoup une bonne période de repos. Un enfermement qui fut souvent la cause de tension au sein de la famille. Même si beaucoup de parents ont continué à travailler en extérieur, la vie de famille fut une découverte, ou une redécouverte, pour beaucoup, et se retrouver les uns avec les autres H24 du jour au lendemain, ne fut pas sans conséquences. Tiraillements avec les frères et sœurs, prises de bec avec les parents, sentiment de solitude quand enfant unique. Toutefois, ce temps permit aussi à bon nombre de tisser de nouveaux liens, de vivre des rapprochements familiaux. Passer plus de temps ensemble en famille rendit possible une meilleur connaissance, de poser une parole, de renouer des liens avec l’un ou l’autre, « mon père n’est plus un étranger ! » dit même un jeune.

Pour ceux qui le vécurent à la campagne, en extérieur, les tensions furent plus ténues, chacun ayant l’occasion de prendre l’air de son côté. Le climat aidant, beaucoup passèrent du temps en promenade, dans le jardin, ce qui rendit la situation beaucoup plus vivable, bien qu’un sentiment d’enfermement fût également ressenti au bout d’un mois : « je ne pouvais pas me déplacer comme je voulais ! ».

Mais c’est la relation, ou plutôt la non-relation, aux autres, aux amis, à la famille élargie, qui occasionna le plus de frustration. Et là je dois dire que je fus fort satisfait de leurs remarques. Alors qu’on dit des jeunes qu’ils passent plus de temps rivés sur leurs écrans qu’en relation directe, et les caricatures sur ce fait ne manquent pas, dans la réalité il n’en est rien. La grande majorité admis que devoir se contenter de la vidéo pour parler à ses amis fut une épreuve frustrante, dont ils se lassèrent vite. Ne pas être en mesure de voir ses amis, ses cousins-cousines, ses grands-parents, fut lourd à porter. Et de conclure unanimement qu’aucune technologie ne peut remplacer le contact direct, physique, tactile, avec les personnes que l’on aime. Cette prise de conscience de l’importance de la relation physique à l’autre est sans doute la plus belle découverte qu’ils aient pu faire. Découverte qui perdure dans une frustration qui malheureusement persiste dans le simple fait de ne pas pouvoir prendre leurs grands-parents dans les bras, les embrasser, les toucher, pour ne pas les mettre en danger. Et nous vivons tous cela avec peine.

Ce qu’ils retiennent également de ce temps est le silence dans lequel ils furent soudainement plongés. Silence auquel nous sommes peu habitués. S’il occasionna quelques angoisses chez certains, pour la plupart il fut vécu comme un heureux étonnement. Vivant en ville ou à la campagne, des bruits et des sons jusque-là inaudibles firent leur apparition. Chants d’oiseaux, croassement de grenouille, … Chants d’oiseaux qui retentirent jusque dans les appartements et enchantant des oreilles peu habituées à les entendre.

Mais difficile d’aller beaucoup plus loin quant à notre rapport à la nature et aux conséquences de notre mode de vie sur le reste du Vivant. Une remarque émanant de collégiens résume à elle seule leur sentiment, leur incompréhension : « le confinement, je l’ai vécu comme une punition. C’est comme si la nature nous avait puni pour l’avoir maltraité et nous mettait de côté ». Sans avoir forcément les mots pour le dire, sans en avoir pleine conscience ni compréhension, une sorte de culpabilité c’est installée dans l’esprit de beaucoup : « et si c’était de notre faute !? ».

Chaque jour, à la TV, à la radio, sur les réseaux sociaux, nous est fait la liste des aggravations et autres cataclysmes qui frappent de plus en plus notre planète, comme une sombre litanie. Pas un jour sans que nous soit rappelé notre impact sur le réchauffement climatique, la destruction de la biodiversité, l’épuisement des ressources et autres pollutions en tous genres. L’énumération est une chose …, l’appréhension, la compréhension et l’action en sont une autre ! Inconsciemment ou consciemment, les jeunes pressentent que notre système, notre manière de vivre est inadéquate avec notre environnement, nous allons droit dans le mur, mais aucune alternative ne leur est sérieusement présentée, aucune sérieuse option ne leur est exposée. Rien ne les prépare à un avenir qu’ils savent devoir être transformé. Et ils réalisent qu’ils sont formés, éduqués comme si rien ne devait changer, alors que demain sera tout autre. Leur inquiétude est grande !

Ce qu’ils ont du mal à gérer est le sentiment de non-control. Les choses semblent leur échapper totalement, plus personnes leur semblent avoir la mainmise sur les évènements, et cela les inquiète fortement. L’humain, en cette période, leur est également apparu comme très fragile, vulnérable. Cette vulnérabilité est pour la plupart d’entre eux une réalité nouvelle, soudaine, à laquelle rien ne les a préparés. Loin de l’humain tout-puissant, bardé de technologie et de certitudes, ils découvrent la faiblesse, la fragilité et la pauvreté de leur condition. Et cela aussi peu faire peur. Face à cela, avec l’inquiétude, nous trouvons aussi une grande lassitude, de la résignation : « Que peut-on y faire ?! ».

Et il y a la révolte, ils sont révoltés. Ils ont le sentiment qu’on leur vole leur liberté, « c’est notre jeunesse qui est gâchée, nous ne pouvons plus rien faire !! ». Pour une grande majorité de jeunes, cette entrave à leur liberté est insupportable, on les empêche de vivre leur jeunesse. Certes, ils en comprennent le but, mais c’est avec véhémence et fougue qu’ils n’en expriment pas moins leur “ras-le-bol”. Masque, couvre-feu, confinement, … tout devient alors prétexte pour contourner les règles, braver les interdits et défier l’autorité. Cette véhémence pourrait paraître un peu exagérée pour un quinquagénaire de mon espèce. Pourtant, ils n’ont pas tort, c’est bien une alerte qu’ils nous lancent. « La liberté se meurt en toute sécurité », tels sont les mots qu’on peut voir inscrit de plus en plus sur nos murs. La Liberté est sans aucun doute la valeur la plus chère à notre humanité, celle pour laquelle on donnerait sa vie, et c’est non sans raison qu’elle est la première des trois principes de la devise française et de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Encore faut-il s’entendre sur ce qu’on qualifie de liberté, mais ce n’est pas ici le lieu d’en débattre. Or, cette valeur Liberté est en passe d’être supplantée par une autre, pour notre plus grand malheur. Depuis des années, nous sommes plongés dans un contexte anxiogène largement alimenté par les médias de tous poils et sur lequel surfent avec plaisir les politiques de tous bords. Inquiet, apeuré, voire paniqué, le peuple crie sa soif, sa soif de SECURITE !!! Et voilà comment on remplace une valeur par une autre, ce qu’aujourd’hui les jeunes dénoncent. Car pour assurer notre Sécurité nous acceptons sans rien dire de voir nos Libertés muselées. Réalisons un instant que notre pays vit en “Etat d’Urgence” depuis 2015 (avec inscription dans le Droit Commun de plusieurs mesures), Etat prolongé jusqu’en septembre prochain dans l’indifférence générale. Je ne débattrai pas ici du bien-fondé de ces mesures d’exception aux vues des circonstances que nous traversons, mais les jeunes nous disent clairement ATTENTION, restons vigilant, n’oublions pas nos fondements.

Dans le contexte qui est le nôtre aujourd’hui, l’éducation est primordiale pour faire de nos jeunes des adultes responsables pour demain.

Cela commence en famille. Les différences d’approches sont grandes suivant les milieux familiaux, différences faciles à discerner en fonction des remarques des jeunes.

Il y a ceux qui se cachent derrière un déni total de la gravité de la situation, déni sans aucun doute calqué sur celui des parents, invoquant facilement complots et manipulations médiatiques. Ils sont particulièrement prolixes et on réponses à toutes tentatives d’objectivation.

Il y a ceux (majoritaires) qui éludent le problème car n’y entrevoyant aucune solution. Chez eux c’est le plus souvent l’inquiétude et la peur qui murent dans le silence. Inquiétude, peur, alimentées par une grande ignorance de ce qui se passe autour d’eux. Les parents doivent certainement être dans le même état d’esprit. Ils ne nient pas la situation alarmante dans laquelle nous nous trouvons, mais ne cherchent pas plus à la comprendre, à prendre du recul, ils se contentent du 20H. Aussi la peur l’emporte, peur silencieuse, qui ne se dit pas, mais qui paralyse. Pour eux un seul mot d’ordre : surtout ne changeons rien à notre ordinaire, c’est aux dirigeants de trouver des solutions pour nous !!

Et puis il y a ceux (un petit nombre) qui ont la chance, oui la chance, d’évoluer dans des familles qui ont décidé de prendre le taureau par les cornes et, conscient de leur responsabilités, choisissent de changer petit à petit de mode de vie, de revoir à la baisse leur impact sur l’environnement, adoptent la sobriété comme ligne de conduite. Ces familles sont le plus souvent bien informées, cultivées et engagées. Une confiance certaine en eux-mêmes motive leur engagement et leurs actions. Cette confiance, nous la retrouvons logiquement dans leurs enfants car loin des peurs qui paralysent tant d’autres, ils entrevoient des possibles. Chez eux le changement ne fait pas peur et règne en leur esprit un certain optimisme. Je peux également remarquer chez ces jeunes une bien plus grande intériorité que chez les autres, qui laisse deviner une grande source spirituelle nourrissant leur famille, et je dis bien spirituelle et non pas religieuse, ce n’est pas la même chose.

Education dans les familles qui ne saurait se faire sans une éducation en milieu scolaire. Depuis le temps que je tourne sur les établissements vincentiens et autres, je suis bien obligé de constater que là, le bât blesse ! Certes l’éducation nationale a bien intégré à ses programmes les questions climatiques, écologiques et de biodiversité. Mais malheureusement celles-ci se retrouvent bien trop souvent reléguées à quelques heures de cours en SVT. Et pour arranger le tout, force est de constater que la plupart du corps enseignant, les profs, se retrouve dans la même situation que leurs élèves : seul face à leur questionnement sans réponses !!! Comment en effet éveiller et former des jeunes pour être acteurs de leur vie dans un plus grand respect de la Création, comment les ouvrir à une plus grande intériorité pour en faire de futurs adultes réfléchis et pausés, optimistes et sûr d’eux, quand tout ce qui est demandé est de fabriquer, de formater de futurs acteurs économiques, plus soucieux de Croissance que d’Ecologie Intégrale ??!!

Au milieu de tout cela, il y a des petites merveilles, dont la Solidarité est non des moindres. Ce temps de pandémie et de confinement à répétition nous aura également permis de tourner notre regard vers l’autre. Il est un exemple qui m’a particulièrement marqué. Dans les Quartiers Nord de Marseille, au sein desquels se trouve le lycée professionnel Saint Louis. Tout en continuant leur commerce local “cage d’escalier” (ils ont même mis au point des Drive …!), des jeunes ne s’en sont pas moins souciés des habitants de leurs immeubles, organisant la livraison à domicile des courses des personnes âgées et des mères isolées. Un exemple parmi tant d’autres montrant que tout n’est pas perdu, et qui me permit d’aborder ce que nous vivons au regard de la Foi.

La peur qui saisit nombre de nos concitoyens, pousse malheureusement une grande partie d’entre nous au repli sur soi. Je vais donc essayer de me rassurer. Comment ? En consommant. Je me mets à amasser, tout et n’importe quoi (surtout n’importe quoi …) pour me rassurer. Il suffisait de voir les étals des supermarchés et les montagnes débordants des cadis le samedi 14 mars 2020 pour le vérifier, et qu’importe s’il ne restait plus rien pour les autres, qu’importe si j’allais devoir bouffer des pâtes et du riz les 10 prochaines années, …, et du papier toilette … Qu’importe, nous avons amasser plus que de raison, sans penser aux autres, pour nous rassurer. Et cela a continué. Combien de jeunes ont pu me dire avoir fait exploser la Carte Bleue (la leur ou celle des parents) en commandes en ligne durant le premier confinement, et la plupart du temps sans besoins réels, pour se rassurer de leur propre aveu.

La peur qui me rend cupide et m’incite à accaparer, à amasser, toujours plus. Cela devient mon seul objectif, largement attisé par la société de consommation qui est la nôtre. Pour me rassurer, je tends vers la recherche fébrile du plaisir immédiat de la livraison en moins de 24 heures. Mais force est de constater que cela ne me rassasie pas, au contraire. Chaque jour un peu plus je m’éloigne de l’autre pour ne plus penser qu’à moi et à mon petit cercle, ceux qui me ressemblent, à mon confort. Et s’installe alors la division, la séparation, … le Diable (du grec diabolos : celui qui désunit, divise, qui inspire la haine ou l’envie) ! En accaparant toujours plus, en voulant mettre la main sur tout, je prive les autres, beaucoup d’autres, je creuse les inégalités et je cause les conflits, ce que saint Jean-Paul II appelait justement les structures du péchés de notre société.

Tout l’inverse du Plan de Dieu ! Le 6e jour, Dieu créa l’Humain à son image et lui confia la Création pour la garder et la cultiver pour les générations à venir, et non pour la réduire à néant. Avec Jésus, c’est tout le sens du partage et du service qui s’exprime, la notion du don, du don de soi. Qui n’a jamais ressenti joie et fierté en rendant service à quelqu’un ne pouvant nous rendre qu’un merci et un sourire ? Les jeunes sont très sensibles à la question du service, mais ne prennent pas le temps d’en comprendre tous les biens-faits, « c’est normal ». Non, ce n’est pas normal, c’est essentiel, et d’autant plus vivifiant lorsqu’il est vécu avec amour.

Le Christ Jésus, dans sa Pâques me montre le Chemin, celui du don ultime, par amour. En donnant sa vie, par amour, il remporte la Victoire, il gagne, et ressuscite. Le voilà le CHEMIN que nous pouvons tous arpenter : donner de ma personne, être tourné vers les autres, vivre la solidarité, le partage, … la Charité. Vivant cela dans la gratuité, je ne peux que ressentir joie, bonheur, fierté, … un sentiment de plénitude qui me dit que je suis en VERITE avec moi-même, avec l’image de Dieu qui est en moi. Ma vie prend alors tout son sens, je ne suis pas là par hasard mais pour donner le meilleur de moi-même, la VIE. Alors monte en moi une envie folle de continuer, d’aller plus loin, envie de me libérer de toutes ces entraves qui me retiennent et m’emprisonnent, qui m’empêchent de mettre les voiles pour aller vers …, vers l’autre. Envie de plus de simplicité, de sobriété, envie de me désencombrer pour pouvoir me mettre en mouvement, envie de liberté … La voici la vraie LIBERTE, celle qui me permet de me mettre en route … « Allez, … prenez la route à travers villes et villages, annoncez la Bonne Nouvelle, et de toutes les nations, faites des disciples, pour un monde meilleur … ».

Il y aurait là bien des matières à creuser et à développer, et à intégrer aux Projets d’Etablissements et aux Projets Pastoraux. L’enjeu est essentiel pour notre avenir et des plus stimulants dans sa mise en place et son élaboration.

Voici ce que je pouvais vous partager de ma mission au sein des établissements scolaires vincentiens.

 

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Relecture au temps d’un confinement

Lorsque le 17 mars commence le premier confinement, c’est tout d’abord le souvenir de mon expérience missionnaire en Bolivie qui m’a permis de penser à m’organiser. Nous ne recevions plus hebdomadairement les personnes sans-abris au repas, seule l’équipe a continuée à se retrouver. Les célébrations étant interdites à cause du cluster produit en milieu de culte évangélique, le confrère en paroisse se retrouvait sans activités.

Bernard Massarini

Relecture au temps d’un confinement

Je dois vous le confesser lorsque j’ai entendu parler de confinement en mars, à cause de l’écriture d’un livre qui va sortir en février. Un livre suscité par plus de 10 ans en ministère auprès de personnes homosexuelles et transgenres, que j’avais entreprise, depuis septembre 2019, j’avais un rythme quasi monacal. Comme vous l’avez su pour faire ce travail de théologie morale j’avais souhaité être accompagné par le Centre Sèvres, ce fut la raison de mon placement à Amiens. J’y suis arrivé en septembre pour la fête patronale ; la saint Firmin, et excepté la messe dominicale lorsque venait notre tour sur Sainte Anne, ou pour aider le curé, et ma rencontre hebdomadaire des personnes de la rue dans un accueil conduit par des chrétiens actifs dans la diaconie samarienne[1] que je rejoignais chaque semaine le jeudi, j’étais consacré du matin au soir 7 jours sur 7 à l’écriture…

Aussi entendre parler de « confinement » m’a surpris qu’est-ce que cela allait changer dans mon rythme ? J’ai terminé la première phase d’écriture presque au moment où nous entrions en confinement. Il m’a fallu partir à la recherche d’un évêque qui accepte de préfacer mon travail, mais ayant terminé l’’écriture, si j’avais appris à gérer le peu de rencontre, et la solitude qui en découle sans que cela ne me coûte trop, grâce à la présence des confrères, il allait falloir que je trouve comment emplir mon temps car je ne suis pas un inactif. J’avais pensé rejoindre le réseau « Welcome » (de familles d’accueil de jeunes migrants en attente de papiers) poursuivant ainsi mon travail entrepris à Dax alors que j’étais diocésain de la pastorale des migrants, mais cela aussi était à l’arrêt.

Lorsque le 17 mars commence le premier confinement, c’est tout d’abord le souvenir de mon expérience missionnaire en Bolivie qui m’a permis de penser à m’organiser. Nous ne recevions plus hebdomadairement les personnes sans-abris au repas, seule l’équipe a continuée à se retrouver. Les célébrations étant interdites à cause du cluster produit en milieu de culte évangélique, le confrère en paroisse se retrouvait sans activités. Mon souvenir de la saison des plus en Bolivie :  trois mois de pluie, sans pouvoir sortir de la maison, une maison de 2 pièces :  la chambre au toit doublé la cuisine en tôle ondulée. Avec la pluie tombant jour et nuit et nuit et jour sans arrêt, vous comprenez que la cuisine était inhospitalière, il ne restait que la chambre. Je dois vous avouez que la première année, sans électricité, sans téléphone, sans courrier, j’ai cru devenir fou. Ayant retrouvé des manuscrits sur parchemin du XVIIe siècle, manuscrits rapportant les visites canoniques, j’ai dû apprendre à déchiffrer l’espagnol ancien. Ceci m’a conduit à travailler sur l’évangélisation des indiens au XVIIème dans l’Altiplano Bolivien. Ce qui m’a permis de terminer, avec l’accord gracieux de l’Institut Catholique de Toulouse ma maitrise en théologie.

Comme je venais de lire de articles d’actualité sur l’accord Chine-Vatican et les multiples critiques çà et là. Je suis tombé sur un intéressant article de Mr Criveller un sinologue qui rapportait la mission d’un nonce pour lequel avait été choisi Mr Appiani, un confrère italien, pour être traducteur de nonce. J’ai contacté le père Lautissier qui m’a passé une pièce microfiché de la seule note restante nos archives qui en parlait. Toutes les copies de nos annales ayant été détruit sur demande de la congrégation pour les congrégations religieuse, car elles contenaient une mémoire « infamante des jésuites. C’est donc un texte de 300 pages que j’ai reçu. J’avais de quoi occuper mon esprit. Comme je ne voulais pas avoir un seul thème j’ai été mis au courant par des amis homosexuels d’une thèse d’un prêtre belge présentée l’an dernier à Louvain sur la théologie du baptême pour repenser la pastorale avec les personnes aux sexualités différentes. J’avais don un travail pour le matin et celui de l’après-midi.

Cela m’a conduit à faire des fiches de lectures d’une quinzaine de page chacune résumant les découvertes faites par ces deux textes. J’ai fait suivre le travail sur la Chine aux Cahiers Vincentiens et au service de communication de la congrégation peut être pour Vincentiana, quant au texte sur la sexualité, je l’ai fait suivre à des personnes intéressées par le sujet, avec qui je suis en lien, leur permettant d’avoir des outils pour les services qu’ils déploient avec ces croyants aux diverses sexualités. 

Comme Amiens est une communauté agréable et que la période d’avril a été chaude j’ai pu les après-midi une heure durant m’asseoir dans le charmant jardin goûtant la chaleur printanière en parcourant la presse ou me penchant sur des textes que l’on m’avait passé pour continuer à vivre le charisme vincentien de service.

Le reste était fait des temps de prière communautaire du matin offices et oraison commune suivi deux fois dans le mois d’un partage d’évangile de notre rencontre communautaire mensuelle et nos week-ends avec l’apéritif saturnal et le dominical, pris dans la chaleur fraternelle, que j’ai partagé sur Facebook, a donné à tous les amis qui découvraient sur Facebook l’envie de nous rejoindre.

J’ai vraiment apprécié ce temps, car avec la chance de l’internet et le fait que tout le monde soit dans la même situation, j’ai eu l’occasion de vivre des pauses avec des amis d’Italie, des Etats-Unis, du Mexique, du Chili, sans compter les français. Quelle joie de pouvoir converser et rire de nos situations et échanger sur les diverses situations sanitaires et leurs répercussions sociales.

Ici à Amiens, un de nos frères a hérité des denrées d’un supermarché fermant. Il a regroupé quelques personnes et créé un espace de distribution alimentaire dans l’espace de la paroisse et ouvert à un vesti-boutique dans un autre lieu d’Eglise des sans-abris. Il anticipait sur les prochaines difficultés économiques provoquées par la cessation des activités pour freiner la diffusion de la maladie qui pointait.

Nous étions aussi attentifs aux frères touchés :  nos confrères ainés à Paris, avec les symptômes légers, notre jeune confrère de Villepinte plusieurs semaines en réanimation, un ami toulousain directeur d’un établissement vincentien lui aussi touché mais seulement par les fièvres et la fatigue, un autre ami landais éducateur atteint d’agnosie et d’anosmie.

Sur la demande des filles de la Charité de Rouen et de Beauvais nous avons commencé à célébrer l’eucharistie sur les sites internet. Cela a même permis que nous ayons une messe dominicale avec des amis et membre de nos familles : la lecture faite par Avignon, le psaume par Beauvais et un geste paix sonore, car chacun sur le site de communication apparaissant en gros plan lorsque sa voix dominait a été l’occasion pour chacun de connaitre les autres, créant une réelle fraternité, même si la communion demeurait communion de désir. Puis la congrégation de créer des rencontres virtuelles sur les missions (dont nous pouvions écouter la rencontre dans notre langue), une autre sur les vocations et proposant même un temps de prière en plusieurs langues -dont chaque culture a participé à la construction (en France une équipière de saint Vincent et une collaboratrice de la famille vincentienn membre de l’association de la médaille miraculeuse) durant le temps de l’Avent lors du second confinement.

Durant toute cette période je relayais les nombreux messages comiques de Facebook et WhatsApp aux amis travaillant dans le social et dans le sanitaire sur Amiens. Ils me remercieront de les avoir aidés à traverser ce lourd moment avec la note d’humour.

Puis c’est dans la période d’octobre sorti de confinement que, rejoignant un groupe de travail à Lyon, lors de la soirée, hébergé chez une amie avec qui j’avais travaillé dans le lycée technique vincentien d’Avignon, elle nous confiera avoir une fièvre et une fatigue persistante inexpliquée. Son sms deux jours plus tard m’informe qu’elle est positive au Covid. Le soir même j’avais aussi de fortes fièvres. A la demande de services sanitaires, j’ai été invité à faire le test Covid qui s’est avéré positif. Le docteur m’a donc placé en quarantaine. Je me retrouvais à Amiens devoir manger seul et prier dans ma chambre, évitant d’aller dans la chapelle par crainte d’y déposer le virus. J’ai eu la chance de ne pas avoir de symptômes respiratoires graves ce qui a évité les traitements lourds.

J’avoue que ce qui était le plus difficile était outre l’état de fatigue, ce furent les quintes de toux incessante et épuisantes des heures durant sans rien pouvoir faire. Ce fut l’occasion de me rendre compte combien vivre sa responsabilité avec ses frères devient importante : plus de passage par la chapelle, par la salle communautaire pour éviter d’y déposer le virus. Lors du repas, une heure après les frères, laver la table et les ustensiles à la javel pour éviter la possible contagion. Et passer tout son temps dans la chambre se donnant des nouvelles par sms : évitant au maximum les contacts personnels, ne sachant pas exactement ce qui serait contaminant ou non.

Lorsque je suis sorti de la quarantaine, c’est le second confinement qui commençait….  Durant ce 2e temps de confinement, comme les éditions auxquelles j’avais déposé mon manuscrit avaient pris du retard, elles m’ont dit que mon texte ne serait publiable qu’en janvier et qu’il fallait le peaufiner pour le rendre agréable au lecteur.  C’est donc un long et patient travail de réécriture qui a été entrepris, toutes les retouches du texte pour le rendre attrayant aux lecteurs : affiner les titres de chapitre, repenser certains découpages, éviter les redites, réduire le nombre témoignages, reformuler certains passages pour les rendre plus accessibles à la compréhension. 

Comme la famille vincentienne a deux rencontres annuelles, la première, malgré les craintes des vincentiens pour internet, car ils favorisent au maximum la proximité, ont tous répondu présents. Sachons louer le fait que malgré leur crainte de l’envahissement d’internet La plus grande part des membres de la famille ont un site internet, quatre ont une page Facebook : la Congrégation de la Mission, la Société Saint Vincent de Paul, les Equipes saint Vincent et l’Association de la médaille miraculeuse, et la Société Saint Vincent de Paul a même un compte twitter. Durant la première rencontre, ils ont partagé de multiples initiatives pour vivre la période. Les sœurs du rosier de l’annonciation, dernière nées de la famille vincentienne, ont créé des séances de patronage sur internet qui ont eu beaucoup de succès pour le plus grand bonheur des jeunes ayant des activités spirituelles et les parents heureux de découvrir cette nouvelle façon de faire corps. Une équipe saint Vincent a vu s’organiser des rencontres internet avec les personnes de l’EHPAD qu’elles visitaient habituellement, la Société Saint Vincent a pu grâce à des donateurs fournir des tablettes à des jeunes d’une zone leur permettant de suivre leurs cours. Lors de la deuxième rencontre à novembre, alors que nous avions le second confinement, la rencontre a offert à tous de visiter virtuellement l’accueil « Louise et Rosalie » : ce projet mené en collaboration depuis sa conception entre les ESV et la SSVP, les lazaristes offrant un local, pour servir les femmes sans domiciles fixe. Quelques jours avant l’ouverture, nous avons visité cet accueil qui depuis a accueilli une dizaine de femmes, leur offrant un temps de respiration dans leur difficiles conditions de vie.

Je terminerai en disant que je crois qu’il est vraiment important en temps de crise de ce type de conserver ses objectifs et apprendre à les monnayer dans les conditions concrètes qui nous sont permises. Que tout en étant sérieux pour ce qui concerne les mesures sanitaires, il faut savoir garder le sens de l’humour (de nombreux cartoons ont aidé à garder le sens de l’humour éveillé) pour permettre à tous de conserver un esprit sain et clair, continuant à être porteur d’espérance, surtout nous qui sommes chrétiens dépositaire d’une Bonne Nouvelle.

Soyons inventifs pour écoutant nos ressources, apprendre à monnayer avec le réel qui est le nôtre pour tenir debout.

Comme nous l’a proposé le pape au cœur de la pandémie, sollicitons l’aide du Père. Il l’a fait lors de la prière sur une place saint-Pierre vide, sous la pluie battante, usant des signes propres de l’Eglise de Rome : le très beau Christ de Saint Marcelo qui avait protégé la ville d’une épidémie et de Marie salus populi : la vierge protectrice de Rome, avec ceux de nos Eglises locales, emplies de trésors de l’espérance de la tradition chrétienne, sachons partager notre espérance (j’ai entendu dire que la médaille miraculeuse a été très demandée durant cette période).

Continuons à être ces simples guetteurs d’aube pour que naisse le monde nouveau que tous attendent.

[1] De la Somme.

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Relecture de ces temps de confinement

Comme tout le monde j'ai vécu les deux temps de confinement en étant prudent en tant que personne fragile, et également vigilant pour les autres personnes vulnérables.

P. Jean-Eudes-Blaise Lalarivony CM

Relecture de ces temps de confinement

Comme tout le monde j’ai vécu les deux temps de confinement en étant prudent en tant que personne fragile, et également vigilant pour les autres personnes vulnérables.

Le premier confinement : 17 mars au 6 juin 2020

Après un changement de communauté, de lieu et de mission, j’ai eu du mal à vivre le premier confinement. Car au lieu de découvrir le lieu et débuter ma mission en toute sérénité, j’ai dû limiter les éventuels déplacements, et resté à la maison.

De plus, en cette même période j’ai eu des problèmes plus importants de santé. Aussi, j’ai dû me rendre en urgence à Clermont-Ferrand pour une consultation, car mes dossiers médicaux n’avaient pas été encore transmis au CHU Pellegrin à Bordeaux.

Toutefois, ce temps de confinement a contribué à ce que je fasse plus ample connaissance de mes confrères, avec qui désormais je vis en communauté. En plus de la messe, des offices communautaires et de la prière personnelle ; nous avons organisé des lectures communautaires ; trois fois par semaine : les mardi et jeudi, lecture vincentienne, et le samedi des articles sur la vie de l’Église. Le mercredi à 12h15 nous lisions les constitutions et les statuts de la Congrégation de la Mission.

Même si je ne peux pas aller célébrer et visiter les personnes âgées ou malades, j’essaie de temps en temps de leur téléphoner, afin de prendre de leurs nouvelles, les écouter et les encourager dans leurs difficultés morales et physiques.

Deuxième confinement : 1er novembre 2020….

Plus habitué à ma nouvelle vie communautaire au Berceau, ce deuxième confinement m’a moins coûté.

Certainement aussi par le fait que ce confinement était moins restrictif que le premier.  Si ce n’est le couvre-feu, la journée nous pouvions accéder à une certaine liberté.

Nous avons repris le programme des lectures communautaires tous les mardis, jeudis et samedis, ainsi que les messes ouvertes au public, malgré les gestes barrières et le nombre limité…

Relecture de ces temps de confinement

Je reprends ici le principal d’un article écrit lors du premier confinement et publié sur Cmission. Je précise simplement que j’étais seul à la communauté durant tout le premier confinement. Ce temps de confinement est une très belle grâce à vivre et à longueur de journée je rends grâce à Dieu.

Vincent Goguey

Relecture de ces temps de confinement

Pour le premier confinement

Je reprends ici le principal d’un article écrit lors du premier confinement et publié sur Cmission. Je précise simplement que j’étais seul à la communauté durant tout le premier confinement.

Ce temps de confinement est une très belle grâce à vivre et à longueur de journée je rends grâce à Dieu.

Qu’est ce qui me rend si heureux ? Question délicate mais qu’il faut oser se poser pour justifier une telle joie intérieure qui illumine chacune de mes journées.

  • Ne plus être pressé par le temps ou par des occupations, des contraintes d’horaires, de rendement, d’efficacité.
  • Avoir la tête qui se vide car les préoccupations de travail disparaissent laissent de la place pour penser autrement mon quotidien, et par là, ce que je fais de ma vie. Le questionnement peut dans un premier temps déstabiliser, peut-être même apeurer car nous faisant entrer dans notre propre obscurité mais une fois la vue habituée à cette réalité, il t’est donné de mieux comprendre qui tu es. Cela donne une orientation à ce que tu dois vivre ici-bas.
  • Joie d’avoir de réels temps de prière, de méditation et de « vagabondage de l’esprit », qui sont au-delà des temps peut-être parfois un peu trop rituel ou routinier. Ne pas avoir besoin de regarder la montre pour ne pas rater le rendez-vous suivant fait entrer dans le monde de la gratuité, notion très rare en notre temps de la rentabilité.
  • Ne plus être dans le « faire » qui trop souvent défini notre identité m’amène à mieux découvrir ce que je suis. Mystère incroyable dans l’hyper petitesse de ma réalité.
  • Pour appréhender au mieux ces réalités-là, il faut du silence, du silence et encore du silence.

Dois-je vous avouer que ce temps béni est aussi, une grande remise en cause de ce que nous vivons en Eglise dans le domaine pastoral ? Avec tous nos projets pastoraux, nos réunions etc. ne cherchons-nous pas à meubler le vide du présent pour tenter de nous faire croire qu’on fait quelque chose pour le royaume de Dieu ? Comme une justification de notre existence durant notre passage sur Terre…

J’ai participé, à raison de trois matins par semaine, à « la bonne soupe », lieu caritatif (principalement tenu par la SSVP) pour la préparation de repas pour les personnes nécessiteuses (on a commencé par une quarantaine par jours et on a fini dans une moyenne de 90 avec des pics à 120) le lieu était ouvert 6 jours sur 7. Ce fut un service très fructueux pour moi.

Sur le plan pastoral, j’ai lancé deux séries de questions où j’invitais les internautes à me répondre pour publier leurs partages sur mon facebook. Le premier sujet : Qui est le Christ pour moi ? le second : la messe mais pour quoi faire ? Ce fut une occasion pour bien des gens d’oser se poser avec rigueur pour mettre par écrit une réponse personnelle. Il y a eu de très bons échanges à partir de là.

Quelques personnes m’ont demandées de participer à des rencontres skype pour tenter de mettre des mots sur ce qu’elles vivaient durant ce confinement. Ce groupe a continué après le confinement.

Pour le second confinement

La communauté du Périgord ayant été fermée officiellement le 1° novembre, je suis arrivé à ma nouvelle communauté le 3 novembre. C’est donc là, au Berceau que j’ai vécu le second confinement. Ce fut là aussi un bon temps d’adaptation pour moi à ma nouvelle communauté. Ça faisait tout de même près de 8 ans que je n’étais plus réellement en communauté (avec les missions scolaires on était en binôme et en Périgord, j’étais là aussi principalement en binôme).

En communauté nous avons pris davantage de temps ensemble pour la lecture suivie de st Vincent (lecture de Coste, à raison de deux fois une heure par semaine) et une troisième rencontre hebdomadaire pour partager sur fratelli tutti. Sur un site comme le Berceau il y a toujours de quoi s’occuper (rangement, remise en état, nettoyage etc.) cela m’a permis de faire quelques petites affaires concrètes sur place et donc de trouver un certain équilibre intérieur.

Sur le plan pastoral, je n’ai rien fait de particulier (excepté quelques coups de fil ou courriel avec des personnes que j’accompagne).

D’une manière générale

Coté ecclésial, nous sommes encore dans un certain déni de réalité ne voulant pas voir en face l’hyper fragilité des communautés paroissiales. La moyenne d’âge avoisine les 80 ans. Je suis tout à la fois émerveillé de leur vitalité, de leur manière de concrétiser leur foi mais je vois aussi la très grande difficulté, pour ne pas dire l’impossibilité, de construire du neuf à partir de là. Nous vivons un total chamboulement ecclésial. Le confinement ne fait qu’accélérer ce processus. Je perçois cela comme un temps supplémentaire de purification de la vie ecclésiale pour en ressortir renouvelé. L’église est très chronophage pour les quelques-uns qui désirent s’y investir car on veut tout tenir. Ce n’est pas source de réalisation de soi sur un chemin spirituel.

Surement l’Église s’occupe beaucoup trop d’elle-même actuellement, alors qu’elle est resplendissante lorsqu’elle se met au service du monde. D’où la question à se poser en préalable : quels sont les pauvretés ou souffrances actuelles de notre monde et comment pouvons-nous y répondre à partir de l’annonce de l’évangile ?