Lettre Apostolique en forme de «Motu Proprio» du Souverain Pontife François ‘Aperuit Illis’ par laquelle est institué le Dimanche de la Parole de Dieu

La relation entre le Ressuscité, la communauté des croyants et l’Écriture Sainte est extrêmement vitale pour notre identité. Si le Seigneur ne nous y introduit pas, il est impossible de comprendre en profondeur l’Écriture Sainte.

Pape Francois

Lettre Apostolique en forme de «Motu Proprio» du Souverain Pontife François ‘Aperuit Illis’ par laquelle est institué le Dimanche de la Parole de Dieu

1. « Alors il ouvrit leur intelligence à la compréhension des Écritures » (Lc 24, 45). Voilà l’un des derniers gestes accomplis par le Seigneur ressuscité, avant son Ascension. Il apparaît aux disciples alors qu’ils sont rassemblés dans un même lieu, il rompt avec eux le pain et ouvre leur esprit à l’intelligence des Saintes Écritures. À ces hommes effrayés et déçus, il révèle le sens du mystère pascal : c’est-à-dire que, selon le projet éternel du Père, Jésus devait souffrir et ressusciter des morts pour offrir la conversion et le pardon des péchés (cf. Lc 24, 26.46-47) et promet l’Esprit Saint qui leur donnera la force d’être témoins de ce Mystère de salut (cf. Lc 24, 49).

La relation entre le Ressuscité, la communauté des croyants et l’Écriture Sainte est extrêmement vitale pour notre identité. Si le Seigneur ne nous y introduit pas, il est impossible de comprendre en profondeur l’Écriture Sainte. Pourtant le contraire est tout aussi vrai : sans l’Écriture Sainte, les événements de la mission de Jésus et de son Église dans le monde restent indéchiffrables. De manière juste, Saint Jérôme pouvait écrire : « Ignorer les Écritures c’est ignorer le Christ » (In Is., prologue : PL 24, 17)

2. En conclusion du Jubilé extraordinaire de la Miséricorde, j’avais demandé que l’on pense à « un dimanche entièrement consacré à la Parole de Dieu, pour comprendre l’inépuisable richesse qui provient de ce dialogue constant de Dieu avec son peuple » (Misericordia et misera, n. 7). Consacrer de façon particulière un dimanche de l’Année liturgique à la Parole de Dieu permet, par-dessus tout, de faire revivre à l’Église le geste du Ressuscité qui ouvre également pour nous le trésor de sa Parole afin que nous puissions être dans le monde des annonciateurs de cette richesse inépuisable. À cet égard, les enseignements de Saint Éphrem me viennent à l’esprit : « Qui donc est capable de comprendre toute la richesse d’une seule de tes paroles, Seigneur ? Ce que nous en comprenons est bien moindre que ce que nous en laissons, comme des gens assoiffés qui boivent à une source. Les perspectives de ta parole sont nombreuses, comme sont nombreuses les orientations de ceux qui l’étudient. Le Seigneur a coloré sa parole de multiples beautés, pour que chacun de ceux qui la scrutent puisse contempler ce qu’il aime. Et dans sa parole il a caché tous les trésors, pour que chacun de nous trouve une richesse dans ce qu’il médite » (Commentaires sur le Diatessaron, 1, 18).

Par cette Lettre, j’entends donc répondre à de nombreuses demandes qui me sont parvenues de la part du peuple de Dieu, afin que, dans toute l’Église, on puisse célébrer en unité d’intentions le Dimanche de la Parole de Dieu. Il est désormais devenu une pratique courante de vivre des moments où la communauté chrétienne se concentre sur la grande valeur qu’occupe la Parole de Dieu dans son quotidien. Dans les diverses Églises locales, de nombreuses initiatives rendent les Saintes Écritures plus accessibles aux croyants, ce qui les rend reconnaissants pour un tel don, engagés à le vivre quotidiennement et responsables de le témoigner avec cohérence.

Le Concile œcuménique Vatican II a donné une grande impulsion à la redécouverte de la Parole de Dieu par la Constitution dogmatique Dei Verbum. De ces pages, qui méritent toujours d’être méditées et vécues, émerge clairement la nature de l’Écriture Sainte, transmise de génération en génération (chap. II), son inspiration divine (chap. III) qui embrasse Ancien et Nouveau Testament (Chap. IV et V) et son importance pour la vie de l’Église (chap. VI). Pour accroître cet enseignement, Benoît XVI convoqua en 2008 une Assemblée du Synode des Évêques sur le thème « La Parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Église », à la suite de laquelle il publia l’Exhortation Apostolique Verbum Domini, qui constitue un enseignement incontournable pour nos communautés[1]. Dans ce document, le caractère performatif de la Parole de Dieu est particulièrement approfondi surtout, lorsque dans l’action liturgique, émerge son caractère proprement sacramentel[2].

Il est donc bon que ne manque jamais dans la vie de notre peuple ce rapport décisif avec la Parole vivante que le Seigneur ne se lasse jamais d’adresser à son Épouse, afin qu’elle puisse croître dans l’amour et dans le témoignage de foi.

3. J’établis donc que le IIIe Dimanche du Temps Ordinaire soit consacré à la célébration, à la réflexion et à la proclamation de la Parole de Dieu. Ce dimanche de la Parole de Dieu viendra ainsi se situer à un moment opportun de cette période de l’année, où nous sommes invités à renforcer les liens avec la communauté juive et à prier pour l’unité des chrétiens. Il ne s’agit pas d’une simple coïncidence temporelle : célébrer le Dimanche de la Parole de Dieu exprime une valeur œcuménique, parce que l’Écriture Sainte indique à ceux qui se mettent à l’écoute le chemin à suivre pour parvenir à une unité authentique et solide.

Les communautés trouveront le moyen de vivre ce dimanche comme un jour solennel. Il sera important, en tout cas que, dans la célébration eucharistique, l’on puisse introduire le texte sacré, de manière à rendre évidente à l’assemblée la valeur normative que possède la Parole de Dieu. En ce dimanche, de façon particulière, il sera utile de souligner sa proclamation et d’adapter l’homélie pour mettre en évidence le service rendu à la Parole du Seigneur. Les Évêques pourront, en ce dimanche, célébrer le rite du lectorat ou confier un ministère similaire, pour rappeler l’importance de la proclamation de la Parole de Dieu dans la liturgie. Il est fondamental, en effet, de faire tous les efforts nécessaires pour former certains fidèles à être de véritables annonciateurs de la Parole avec une préparation adéquate, comme cela se produit de manière désormais habituelle pour les acolytes ou les ministres extraordinaires de la communion. De la même manière, les prêtres en paroisse pourront trouver la forme la plus adéquate pour la remise de la Bible, ou de l’un de ses livres, à toute l’assemblée, afin de faire ressortir l’importance d’en continuer la lecture dans sa vie quotidienne, de l’approfondir et de prier avec la Sainte Écriture, se référant de manière particulière à la Lectio Divina.

4. Le retour du peuple d’Israël dans sa patrie, après l’exil babylonien, fut marqué de façon significative par la lecture du livre de la Loi. La Bible nous offre une description émouvante de ce moment dans le livre de Néhémie. Le peuple est rassemblé à Jérusalem sur la place de la Porte des Eaux à l’écoute de la Loi. Dispersé par la déportation, il se retrouve maintenant rassemblé autour de l’Écriture Sainte comme s’il était « un seul homme » (Ne 8, 1). À la lecture du livre sacré, le peuple « écoutait » (Ne 8, 3), sachant qu’il retrouvait dans cette parole le sens des événements vécus. La réaction à la proclamation de ces paroles fut l’émotion et les pleurs : « Esdras lisait un passage dans le livre de la loi de Dieu, puis les lévites traduisaient, donnaient le sens, et l’on pouvait comprendre. Néhémie le gouverneur, Esdras qui était prêtre et scribe, et les lévites qui donnaient les explications, dirent à tout le peuple : « Ce jour est consacré au Seigneur votre Dieu ! Ne prenez pas le deuil, ne pleurez pas ! » Car ils pleuraient tous en entendant les paroles de la Loi. […] Ne vous affligez pas : la joie du Seigneur est votre rempart ! » (Ne 8, 8-10).

Ces mots contiennent un grand enseignement. La Bible ne peut pas être seulement le patrimoine de quelques-uns et encore moins une collection de livres pour quelques privilégiés. Elle appartient, avant tout, au peuple convoqué pour l’écouter et se reconnaître dans cette Parole. Souvent, il y a des tendances qui tentent de monopoliser le texte sacré en le reléguant à certains cercles ou groupes choisis. Il ne peut en être ainsi. La Bible est le livre du peuple du Seigneur qui, dans son écoute, passe de la dispersion et de la division à l’unité. La Parole de Dieu unit les croyants et les rend un seul peuple.

5. Dans cette unité générée par l’écoute, les pasteurs ont en premier lieu la grande responsabilité d’expliquer et de permettre à tous de comprendre l’Écriture Sainte. Puisqu’elle est le livre du peuple, ceux qui ont la vocation d’être ministres de la Parole doivent ressentir avec force l’exigence de la rendre accessible à leur communauté.

L’homélie, en particulier, revêt une fonction tout à fait particulière, car elle possède « un caractère presque sacramentel » (Evangelii Gaudium, n. 142). Faire entrer en profondeur dans la Parole de Dieu, dans un langage simple et adapté celui qui écoute, permet au prêtre de faire découvrir également la « beauté des images que le Seigneur utilisait pour stimuler la pratique du bien » (Ibid.). C’est une opportunité pastorale à ne pas manquer !

Pour beaucoup de nos fidèles, en effet, c’est l’unique occasion qu’ils possèdent pour saisir la beauté de la Parole de Dieu et de la voir se référer à leur vie quotidienne. Il faut donc consacrer le temps nécessaire à la préparation de l’homélie. On ne peut improviser le commentaire aux lectures sacrées. Pour nous, comme prédicateurs, il est plutôt demandé de ne pas s’étendre au-delà de la mesure avec des homélies ou des arguments étrangers. Quand on s’arrête pour méditer et prier sur le texte sacré, on est capable de parler avec son cœur pour atteindre le cœur des personnes qui écoutent, pour exprimer l’essentiel qui est reçu et qui produit du fruit. Ne nous lassons jamais de consacrer du temps et de prier avec l’Écriture Sainte, pour qu’elle soit accueillie « pour ce qu’elle est réellement, non pas une parole d’hommes, mais la parole de Dieu » (1Th 2, 13).

Il est également souhaitable que les catéchistes, par le ministère dont ils sont revêtus, aident à faire grandir dans la foi, ressentant l’urgence de se renouveler à travers la familiarité et l’étude des Saintes Écritures, leur permettant de favoriser un vrai dialogue entre ceux qui les écoutent et la Parole de Dieu.

6. Avant de se manifester aux disciples enfermés au cénacle et de les ouvrir à l’intelligence de l’Écriture (cf. Lc 24, 44-45), le Ressuscité apparaît à deux d’entre eux sur le chemin qui mène de Jérusalem à Emmaüs (cf. 24, 13-35). Le récit de l’évangéliste Luc note que c’est le jour de la Résurrection, c’est-à-dire le dimanche. Ces deux disciples discutent sur les derniers événements de la passion et de la mort de Jésus. Leur chemin est marqué par la tristesse et la désillusion de la fin tragique de Jésus. Ils avaient espéré en Lui le voyant comme le Messie libérateur, mais ils se trouvent devant le scandale du Crucifié. Discrètement, le Ressuscité s’approche et marche avec les disciples, mais ceux-ci ne le reconnaissent pas (cf. v. 16). Au long du chemin, le Seigneur les interroge, se rendant compte qu’ils n’ont pas compris le sens de sa passion et de sa mort ; il les appelle « esprits sans intelligence et lents à croire » (v. 25) « et, partant de Moïse et de tous les Prophètes, il leur interpréta, dans toute l’Écriture, ce qui le concernait » (v. 27) Le Christ est le premier exégète ! Non seulement les Écritures anciennes ont anticipé ce qu’Il aurait réalisé, mais Lui-même a voulu être fidèle à cette Parole pour rendre évidente l’unique histoire du salut qui trouve dans le Christ son accomplissement.

7. La Bible, par conséquent, en tant qu’Écriture Sainte, parle du Christ et l’annonce comme celui qui doit traverser les souffrances pour entrer dans la gloire (cf. v. 26). Ce n’est pas une seule partie, mais toutes les Écritures qui parlent de Lui. Sa mort et sa résurrection sont indéchiffrables sans elles. C’est pourquoi l’une des confessions de foi les plus anciennes souligne que « le Christ est mort pour nos péchés conformément aux Écritures, et il fut mis au tombeau ; il est ressuscité le troisième jour conformément aux Écritures, il est apparu à Pierre » (1Co 15, 3-5). Puisque les Écritures parlent du Christ, elles permettent de croire que sa mort et sa résurrection n’appartiennent pas à la mythologie, mais à l’histoire et se trouvent au centre de la foi de ses disciples.

Le lien entre l’Écriture Sainte et la foi des croyants est profond. Puisque la foi provient de l’écoute et que l’écoute est centrée sur la parole du Christ (cf. Rm 10, 17), l’invitation qui en découle est l’urgence et l’importance que les croyants doivent réserver à l’écoute de la Parole du Seigneur, tant dans l’action liturgique que dans la prière et la réflexion personnelle.

8. Le « voyage » du Ressuscité avec les disciples d’Emmaüs se termine par le repas. Le mystérieux Voyageur accepte l’insistante demande que lui adressent les deux compagnons : « Reste avec nous, car le soir approche et déjà le jour baisse » (Lc 24, 29). S’assoyant à table avec eux, Jésus prend le pain, récite la bénédiction, le rompt et le leur donne. Alors, leurs yeux s’ouvrirent et ils le reconnurent. (cf. v. 31)

Nous comprenons de cette scène, combien est inséparable le rapport entre l’Écriture Sainte et l’Eucharistie. Le Concile Vatican II enseigne : « L’Église a toujours vénéré les divines Écritures comme elle le fait aussi pour le Corps même du Seigneur, elle qui ne cesse pas, surtout dans la sainte liturgie, de prendre le pain de vie de la table de la Parole de Dieu et de celle du Corps du Christ, pour l’offrir aux fidèles » (Dei Verbum, n. 21).

La fréquentation constante de l’Écriture Sainte et la célébration de l’Eucharistie rendent possible la reconnaissance entre personnes qui s’appartiennent. En tant que chrétiens, nous sommes un seul peuple qui marche dans l’histoire, fort de la présence du Seigneur parmi nous qui nous parle et nous nourrit. Ce jour consacré à la Bible veut être non pas « une seule fois par an », mais un événement pour toute l’année, parce que nous avons un besoin urgent de devenir familiers et intimes de l’Écriture Sainte et du Ressuscité, qui ne cesse de rompre la Parole et le Pain dans la communauté des croyants. C’est pourquoi nous avons besoin d’entrer constamment en confiance avec l’Écriture Sainte, sinon le cœur restera froid et les yeux resteront fermés, frappés comme par d’innombrables formes de cécité.

Écriture et Sacrements sont donc inséparables. Lorsque les sacrements sont introduits et illuminés par la Parole, ils se manifestent plus clairement comme le but d’un chemin où le Christ lui-même ouvre l’esprit et le cœur pour reconnaître son action salvifique. Il est nécessaire, dans ce contexte, de ne pas oublier l’enseignement qui vient du livre de l’Apocalypse. Il est dit ici que le Seigneur est à la porte et qu’Il frappe. Si quelqu’un entend sa voix et lui ouvre, Il entre pour dîner avec lui (cf. 3, 20). Le Christ Jésus, à travers l’Écriture Sainte, frappe à notre porte; si nous écoutons et ouvrons la porte de notre esprit et celle de notre cœur, alors Il entrera dans notre vie et demeurera avec nous.

9. Dans la deuxième lettre à Timothée, qui constitue en quelque sorte son testament spirituel, saint Paul recommande à son fidèle collaborateur de fréquenter constamment l’Écriture Sainte. L’Apôtre est convaincu que « toute l’Écriture est inspirée par Dieu ; elle est utile pour enseigner, dénoncer le mal, redresser, éduquer dans la justice » (cf. 3, 16). Cette recommandation de Paul à Timothée constitue une base sur laquelle la Constitution conciliaire Dei Verbum aborde le grand thème de l’inspiration de l’Écriture Sainte, une base dont émergent en particulier la finalité salvifique, la dimension spirituelle et le principe de l’incarnation pour l’Écriture Sainte.

Rappelant tout d’abord la recommandation de Paul à Timothée, Dei Verbum souligne que « les livres de l’Écriture enseignent fermement, fidèlement et sans erreur la vérité que Dieu a voulu voir consigner dans les Lettres sacrées pour notre salut » (n. 11). Puisque celles-ci enseignent en vue du salut pour la foi dans le Christ (2 Tm 3, 15), les vérités qu’elles contiennent servent à notre salut. La Bible n’est pas une collection de livres d’histoires ni de chroniques, mais elle est entièrement tournée vers le salut intégral de la personne. L’indéniable enracinement historique des livres contenus dans le texte sacré ne doit pas faire oublier cette finalité primordiale : notre salut. Tout est orienté vers cette finalité inscrite dans la nature même de la Bible, qui est composée comme histoire du salut dans laquelle Dieu parle et agit pour aller à la rencontre de tous les hommes, pour les sauver du mal et de la mort.

Pour atteindre ce but salvifique, l’Écriture Sainte, sous l’action de l’Esprit Saint, transforme en Parole de Dieu la parole des hommes écrite de manière humaine (cf. Dei Verbum, n. 12). Le rôle de l’Esprit Saint dans la Sainte Écriture est fondamental. Sans son action, le risque d’être enfermé dans le texte serait toujours un danger, rendant facile l’interprétation fondamentaliste, d’où nous devons rester à l’écart afin de ne pas trahir le caractère inspiré, dynamique et spirituel que possède le texte sacré. Comme le rappelle l’Apôtre, « la lettre tue, mais l’Esprit donne la vie » (2 Co 3, 6). Le Saint-Esprit transforme donc la Sainte Écriture en une Parole vivante de Dieu, vécue et transmise dans la foi de son peuple saint.

10. L’action de l’Esprit Saint ne concerne pas seulement la formation de l’Écriture Sainte, mais agit aussi chez ceux qui se mettent à l’écoute de la Parole de Dieu. Elle est importante l’affirmation des Pères conciliaires selon laquelle l’Écriture Sainte doit être « lue et interprétée à la lumière du même Esprit par lequel elle a été écrite » (Dei Verbum, n. 12). Avec Jésus Christ, la révélation de Dieu atteint son accomplissement et sa plénitude ; pourtant, l’Esprit Saint continue son action. En effet, il serait réducteur de limiter l’action de l’Esprit Saint uniquement à la nature divinement inspirée de l’Écriture Sainte et à ses différents auteurs. Il est donc nécessaire d’avoir confiance en l’action de l’Esprit Saint qui continue à réaliser sa forme particulière d’inspiration lorsque l’Église enseigne l’Écriture Sainte, lorsque le Magistère l’interprète authentiquement (cf. ibid., 10) et quand chaque croyant en fait sa norme spirituelle. Dans ce sens, nous pouvons comprendre les paroles de Jésus quand, aux disciples qui lui confirment avoir saisi le sens de ses paraboles, Il dit : « C’est pourquoi tout scribe devenu disciple du royaume des Cieux est comparable à un maître de maison qui tire de son trésor du neuf et de l’ancien » (Mt 13, 52).

11. Dei Verbum précise enfin que « les paroles de Dieu, passant par les langues humaines, sont devenues semblables au langage des hommes, de même que jadis le Verbe du Père éternel, ayant assumé l’infirmité de notre chair, est devenu semblable aux hommes » (n. 13). C’est comme dire que l’Incarnation du Verbe de Dieu donne forme et sens à la relation entre la Parole de Dieu et le langage humain, avec ses conditions historiques et culturelles. C’est dans cet événement que prend forme la Tradition, qui elle aussi est Parole de Dieu (cf. Ibid., n. 9). On court souvent le risque de séparer entre elles l’Écriture Sainte et la Tradition, sans comprendre qu’ensemble elles sont l’unique source de la Révélation. Le caractère écrit de la première ne diminue en rien le fait qu’elle soit pleinement parole vivante ; de même que la Tradition vivante de l’Église, qui la transmet sans cesse au cours des siècles de génération en génération, possède ce livre sacré comme la « règle suprême de la foi » (Ibid., n. 21). D’ailleurs, avant de devenir un texte écrit, la Parole de Dieu a été transmise oralement et maintenue vivante par la foi d’un peuple qui la reconnaissait comme son histoire et son principe d’identité parmi tant d’autres peuples. La foi biblique se fonde donc sur la Parole vivante et non pas sur un livre.

12. Lorsque l’Écriture Sainte est lue dans le même esprit que celui avec lequel elle a été écrite, elle demeure toujours nouvelle. L’Ancien Testament n’est jamais vieux une fois qu’on le fait entrer dans le Nouveau, car tout est transformé par l’unique Esprit qui l’inspire. Tout le texte sacré possède une fonction prophétique : il ne concerne pas l’avenir, mais l’aujourd’hui de celui qui se nourrit de cette Parole. Jésus lui-même l’affirme clairement au début de son ministère : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre » (Lc 4, 21). Celui qui se nourrit chaque jour de la Parole de Dieu se fait, comme Jésus, contemporain des personnes qu’il rencontre ; il n’est pas tenté de tomber dans des nostalgies stériles du passé ni dans des utopies désincarnées vers l’avenir.

L’Écriture Sainte accomplit son action prophétique avant tout à l’égard de celui qui l’écoute. Elle provoque douceur et amertume. Rappelons-nous les paroles du prophète Ézéchiel lorsque le Seigneur l’invite à manger le rouleau du livre, il confie : « dans ma bouche il fut doux comme du miel » (cf. 3, 3). Même l’évangéliste Jean sur l’île de Patmos revit la même expérience qu’Ézéchiel de manger le livre, mais il ajoute quelque chose de plus spécifique : « Dans ma bouche il était doux comme le miel, mais, quand je l’eus mangé, il remplit mes entrailles d’amertume » (Ap 10, 10).

L’effet de douceur de la Parole de Dieu nous pousse à la partager avec ceux que nous rencontrons au quotidien pour leur exprimer la certitude de l’espérance qu’elle contient (cf. 1 P 3, 15-16). L’amertume, à son contraire, est souvent offerte lorsqu’on saisit à quel point il nous est difficile de vivre la parole de manière cohérente, ou se voit même refusée d’être touchée du doigt parce qu’elle n’est pas retenue valable pour donner un sens à la vie. Il est donc nécessaire de ne jamais s’accoutumer à la Parole de Dieu, mais de se nourrir de celle-ci pour découvrir et vivre en profondeur notre relation avec Dieu et avec nos frères.

13. Une autre provocation qui provient de l’Écriture Sainte est celle qui concerne la charité. Constamment la Parole de Dieu rappelle l’amour miséricordieux du Père qui demande à ses enfants de vivre dans la charité. La vie de Jésus est l’expression pleine et parfaite de cet amour divin qui ne retient rien pour lui-même, mais qui s’offre à tous sans réserve. Dans la parabole du pauvre Lazare, nous trouvons une indication précieuse. Lorsque Lazare et le riche meurent, celui-ci, voyant le pauvre dans le sein d’Abraham, demande qu’il soit envoyé à ses frères pour les avertir de vivre l’amour du prochain, pour éviter qu’eux aussi subissent ses propres tourments. La réponse d’Abraham est cinglante : « Ils ont Moïse et les prophètes, qu’ils les écoutent » (Lc 16, 29). Écouter les Saintes Écritures pour pratiquer la miséricorde : c’est un grand défi pour notre vie. La Parole de Dieu est en mesure d’ouvrir nos yeux pour nous permettre de sortir de l’individualisme qui conduit à l’asphyxie et à la stérilité tout en ouvrant grand la voie du partage et de la solidarité.

14. L’un des épisodes les plus significatifs du rapport entre Jésus et les disciples est le récit de la Transfiguration. Jésus monte sur la montagne pour prier avec Pierre, Jacques et Jean. Les évangélistes se rappellent que, tandis que le visage et les vêtements de Jésus resplendissaient, deux hommes conversaient avec Lui : Moïse et Élie, qui incarnent respectivement la Loi et les Prophètes, c’est-à-dire les Saintes Écritures. La réaction de Pierre, à cette vue, est remplie d’un joyeux émerveillement : « Maître, il est bon que nous soyons ici ! Faisons trois tentes : une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie » (Lc 9, 33). A ce moment-là, une nuée les couvrit de son ombre et les disciples furent saisis de peur.

La Transfiguration rappelle la fête des tentes, quand Esdras et Néhémie lisaient le texte sacré au peuple, après le retour de l’exil. Dans un même temps, elle anticipe la gloire de Jésus en préparation au scandale de la passion, gloire divine qui est également évoquée par la nuée qui enveloppe les disciples, symbole de la présence du Seigneur. Cette Transfiguration est semblable à celle de l’Écriture Sainte qui se transcende lorsqu’elle nourrit la vie des croyants. Comme le rappelle Verbum Domini : « Dans la saisie de l’articulation entre les différents sens de l’Écriture, il devient alors décisif de comprendre le passage de la lettre à l’esprit. Il ne s’agit pas d’un passage automatique et spontané ; il faut plutôt un dépassement de la lettre » (n. 38).

15. Sur le chemin d’accueil de la Parole de Dieu nous accompagne la Mère du Seigneur, reconnue comme bienheureuse parce qu’elle a cru en l’accomplissement de ce que le Seigneur lui avait dit (cf. Lc 1, 45). La béatitude de Marie précède toutes les béatitudes prononcées par Jésus pour les pauvres, les affligés, les humbles, les pacificateurs et ceux qui sont persécutés, car c’est la condition nécessaire pour toute autre béatitude. Aucun pauvre n’est bienheureux parce qu’il est pauvre ; Il le devient, comme Marie, s’il croit en l’accomplissement de la Parole de Dieu. C’est ce que rappelle un grand disciple et maître des Saintes Écritures, saint Augustin : « Quelqu’un au milieu de la foule, particulièrement pris par l’enthousiasme, s’écria : Bienheureux le sein qui t’a porté. Et lui de répondre : Bienheureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent. C’est comme dire : ma mère, que tu appelles bienheureuse, est bienheureuse précisément parce qu’elle garde la Parole de Dieu, non pas parce que le Verbe est devenu chair en elle et a vécu parmi nous, mais parce qu’elle garde la parole même de Dieu par qui elle a été créée, et qu’en elle Il s’est fait chair » (Comm. l’év. de Jn., 10, 3).

Que le Dimanche de la Parole de Dieu puisse faire grandir dans le peuple de Seigneur la religiosité et l’assiduité familière avec les Saintes Écritures, comme l’auteur sacré enseignait déjà dans les temps anciens « Elle est tout près de toi, cette Parole, elle est dans ta bouche et dans ton cœur, afin que tu la mettes en pratique » (Dt 30, 14).

Donné à Rome, près de saint Jean du Latran, le 30 septembre 2019

En la mémoire liturgique de saint Jérôme, en ce début du 1600e anniversaire de sa mort.


[1] Cf. AAS 102 (2010), 692-787.

[2] « La sacramentalité de la Parole se comprend alors par analogie à la présence réelle du Christ sous les espèces du pain et du vin consacrés. En nous approchant de l’autel et en prenant part au banquet eucharistique, nous communions réellement au corps et au sang du Christ. La proclamation de la Parole de Dieu dans la célébration implique la reconnaissance que le Christ lui-même est présent et s’adresse à nous pour être écouté », Verbum Domini, 56.

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26 janvier 2020. Le dimanche de la Parole de Dieu

« La Bible est le livre du peuple du Seigneur qui, dans son écoute, passe de la dispersion et de la division à l’unité. La Parole de Dieu unit les croyants et les rend un seul peuple. » (pape François, Aperuit Illis)

CMission

26 janvier 2020. Le dimanche de la Parole de Dieu

En conclusion du Jubilé extraordinaire de la Miséricorde, le pape François avait demandé que l’on pense à un dimanche entièrement consacré à la Parole de Dieu. Ce moment est fixé au troisième dimanche du Temps ordinaire qui tombe cette année le 26 janvier prochain.

Dans sa lettre Aperuit Illis, le pape souhaite que ce dimanche soit consacré « à la célébration, à la réflexion et à la proclamation de la Parole de Dieu. » Il y voit une opportunité pour que les membres de l’Église renforcent leurs liens avec la communauté juive et soit une occasion de prier pour l’unité des chrétiens. La Parole de Dieu est en effet un bien commun qui doit rassembler les croyants et les croyantes et non les diviser.

Prions en Église et la Société catholique de la Bible proposent divers outils d’animation et de réflexion pour faire de cette journée un temps fort de ressourcement et répondre au souhait du souverain pontife : « Les communautés trouveront le moyen de vivre ce dimanche comme un jour solennel. »

Auteur : Sylvain CAMPEU. Diplômé en études bibliques (Université de Montréal), Sylvain Campeau est responsable de la rédaction.

Plus d’information : http://www.interbible.org/interBible/carrefour/actualite/2020/actualites_20200113.html

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Homélie. Fête de l’Epiphanie (5 janvier 2020). Chapelle St Vincent de Paul – Paris

Quand les mages sont arrivés à Jérusalem, à écouter leur question on les sent pressés « où est le roi des juifs qui vient de naître ? »

Philippe LAMBLIN CM

Homélie. Fête de l’Epiphanie (5 janvier 2020). Chapelle St Vincent de Paul – Paris

Chers amis, frères et sœurs : Quand les mages sont arrivés à Jérusalem, à écouter leur question on les sent pressés « où est le roi des juifs qui vient de naître ? »

On aurait envie de bien les accueillir, de prendre un peu de temps avec eux et de leur demander : « D’où venez-vous ? quelle route avez-vous suivie ? quelle marchandise transportez-vous dans vos bagages ? ne voulez-pas prendre le temps de vous asseoir ? et qu’est-ce que cette histoire de roi qui vient de naître ? qui vous en a parlé ?»

En cette période de transhumance pour certains qui reviennent de séjour en famille, dans un contexte difficile pour ceux et celles qui rencontrent chaque matin et chaque soir d’énormes difficultés en raison des grèves pour rejoindre leur lieu de travail ou leur chez eux, la fête de l’Epiphanie 2020 risque de se réduire au partage d’une galette traditionnelle et à la recherche des indications ou des moyens de transport pour reprendre ses activités normales après les étapes de la fête de Noël et du passage à la nouvelle année.

Aussi, il est important de redonner du sens, le vrai sens de cette fête de l’Epiphanie du Seigneur.

En lisant le récit de l’arrivée des mages, nous redécouvrons que le personnage principal est d’abord Jésus : Il devient de suite le sujet premier de ce qui va suivre tout au long de l’Evangile de Matthieu. Jésus, c’est-à-dire Dieu qui sauve, est né à Bethléem. Tout ce qui précède est un prologue, qui nous a préparés à entendre cette nouvelle incroyable : Dieu qui sauve, Jésus est né à Bethléem. Il est même ajouté : « au temps du roi Hérode le Grand ». L’Epiphanie proclame la manifestation de Dieu aux hommes. Chez nos frères chrétiens orthodoxes, cette fête porte le nom de Théophanie : qui signifie la manifestation de Dieu qui s’est fait homme en Jésus. Les deux appellations comme leurs significations sont totalement complémentaires.

Comment la Parole de Dieu de ce jour nous exprime l’importance de cette fête ?

La liturgie de la Parole nous a fait entendre des passages bien choisis où résonne cette manifestation par des mots.

En voici 3 : Nations, rois et présents

En parlant des nations, la première lecture nous rappelle que la naissance de Jésus ne concerne pas seulement le peuple juif, comme pourrait le suggérer la question des mages : « Où est le roi des juifs qui vient de naître ? », mais comme l’annonce Isaïe à Jérusalem qui est en perdition, toutes les nations marcheront vers ta lumière, c’est l’humanité entière qui sera attirée par l’éclat de l’étoile qui précède la rencontre du nouveau-né de l’étable de Bethléem, par la Lumière, que représente Jésus. Le psalmiste ajoute tous les pays le serviront.

Et Paul dans sa lettre aux Ephésiens déclare : « toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus », Donc, par la fête de l’Epiphanie, il nous est rappelé que tous les humains, sans aucune distinction particulière, sont appelés à faire partie de l’Eglise du Christ Jésus.

Second mot utilisé qui montre l’importance de notre fête : celui de rois. Notre manière de présenter ce jour comme étant la fête des rois mages ne montre pas suffisamment l’importance de l’évènement : Tout d’abord, l’évangile nous parle de mages venus d’Orient et pas de rois. Les mages venus d’Orient étaient sans doute des personnages importants au vu des coffrets qu’ils ouvrirent. Cependant c’est le fait qu’ils se prosternent devant l’enfant Jésus qui les met dans la lignée des rois dont a parlé le psaume : les rois de Tarsis et des Îles, les rois de Saba et de Seba feront leur offrande, tous les rois se prosterneront devant lui. Les mages par leur attitude nous indiquent que même les rois, les gens bien placés ont vocation à être des chercheurs de Dieu. Et donc que tous les hommes comme les gens de Saba dont parle Isaïe sont invités à progresser dans leur connaissance de Dieu.

Karl Rhaner, grand théologien allemand, a écrit : « Le coeur des Mages s’est mis en route vers Dieu en même temps que leurs pas se dirigeaient vers Bethléem. Ils ont cherché Dieu, mais c’est Dieu qui conduisait leur recherche dès le moment où ils l’ont entreprise. Ils sont de ceux qui, dévorés par la faim et la soif de justice, aspirent vers le Sauveur, et repoussent la pensée que l’homme pourrait, sur la route de sa rencontre avec Dieu, négliger de faire le petit pas qui lui est demandé, sous prétexte que Dieu, lui, doit en faire mille. »

Un troisième mot à retenir de cette fête, c’est celui des présents : de l’or, de l’encens et de la myrrhe.

Ces présents ne sont pas des jouets comme on en donne aux enfants à l’occasion de Noël. L’évangile nous décrit la visite des mages dans la pauvre étable de Bethléem comme une petite liturgie royale et prophétique en parlant de coffrets de présents. Les mages passent de la joie, à la prosternation et à l’offrande de ce qu’ils ont de mieux et de plus précieux. De l’or, parce qu’ils voient en cet enfant un roi. Ils ont atteint le but de leur recherche : où est le roi des juifs qui vient de naître ? de l’encens, parce qu’ils le considèrent comme un prophète qui vient de les réjouir d’une très grande joie, de la myrrhe, parce qu’elle est utilisée pour faire des onctions et avait un usage thérapeutique et que cet enfant se nomme Jésus, Dieu qui sauve.

À nous aujourd’hui, d’avoir un cœur ouvert à tous les êtres humains, à nous, aujourd’hui d’être les destinataires et les récipiendaires de cette fête de l’Epiphanie pour lui redonner beaucoup de sens, et même si nous continuons à dire que les mages étaient trois rois, que nous allons partager leur galette pour désigner un roi ou une reine, l’important c’est que nous sachions poursuivre comme eux notre quête de Dieu dans notre cœur et d’y mettre Jésus, expression de Dieu qui aime toute humanité. 

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4 Avent – A (Matthieu 1,18-24). Méditation. N’avons-nous pas besoin de Dieu parmi nous ?

Il y a une question que je me pose chaque année au moment où je commence à observer dans les rues les préparatifs qui annoncent l’arrivée de Noël...

Jose Antonio PAGOLA

4 Avent – A (Matthieu 1,18-24). Méditation. N’avons-nous pas besoin de Dieu parmi nous ?

Il y a une question que je me pose chaque année au moment où je commence à observer dans les rues les préparatifs qui annoncent l’arrivée de Noël: que peut-il y avoir encore de vrai derrière ces fêtes si gâchées par les intérêts des consommateurs et par notre propre médiocrité? Je ne suis pas le seul. J’entends beaucoup de gens parler de la superficialité de Noël, de la perte de son caractère de fête familiale et intime, de la manipulation honteuse des symboles religieux et de tant d’excès et d’absurdités qui détériorent Noël aujourd’hui.

Mais, à mon avis, le problème est plus profond: Comment une société qui vit pratiquement de dos à Dieu et qui détruit de tant de façons la dignité de l’être humain peut-elle célébrer le mystère d’un «Dieu fait homme»?

Comment «la naissance de Dieu» peut-elle être célébrée dans une société où le fameux professeur français G. Lipovetsky, en décrivant l’indifférence actuelle, a pu dire ces mots: «Dieu est mort, les grandes finalités se sont éteintes, mais tout le monde s’en fiche, voilà la bonne nouvelle»?

Apparemment, beaucoup de gens se fichent de croire ou de ne pas croire, d’entendre que «Dieu est mort» ou que «Dieu est né». Leur vie continue de fonctionner comme d’habitude. Ils ne semblent plus avoir besoin de Dieu.

Pourtant, l’histoire contemporaine nous oblige maintenant à nous poser des questions sérieuses. Il y a quelque temps, on parlait de «la mort de Dieu»; aujourd’hui, nous parlons de «la mort de l’homme». Il y a quelques années, on proclamait «la disparition de Dieu»; aujourd’hui, on annonce «la disparition de l’homme». Ne se pourrait-il pas que ce soit la mort de Dieu qui entraîne inévitablement la mort de l’homme?

Dieu étant expulsé de nos vies, restant enfermés dans un monde créé par nous-mêmes et qui ne reflète que nos propres contradictions et misères, qui peut nous dire qui nous sommes et ce que nous voulons vraiment?

N’avons-nous pas besoin que Dieu naisse de nouveau parmi nous, qu’il jaillisse avec une lumière nouvelle dans nos consciences et qu’il se fraye un chemin à travers nos conflits et nos contradictions?

Pour rencontrer ce Dieu, nous n’avons pas besoin d’aller très loin. Il suffit de nous approcher silencieusement de nous-mêmes. Il suffit de creuser dans nos questions et nos désirs les plus profonds.

C’est le message de Noël : Dieu est proche de toi, de là où tu te trouves, pourvu que tu t’ouvres à son Mystère. Le Dieu inaccessible est devenu humain et sa mystérieuse proximité nous entoure. Dieu peut naître en chacun de nous.

José Antonio Pagola
Traducteur: Carlos Orduna

 
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Lettre du Visiteur pour le temps de l’Avent 2019

Vous avez pu, durant ce temps de l’Avent, vous nourrir et nourrir vos partages communautaires de la lettre du P. Général sur la Providence. Aidons-nous, comme il nous le demande, à vivre « l’abandon total entre les mains de Jésus, la confiance totale dans le projet de Jésus...

P. Christian Mauvais, cm

Lettre du Visiteur pour le temps de l’Avent 2019

« Il est venu déjà, le Seigneur que nous attendons ; nous en faisons mémoire dans l’attente. Il vient, le Seigneur que nous attendons, nous l’espérons dans la joie…. L’Avent, comme temps liturgique, est un temps particulier de redécouverte du sens de l’existence chrétienne, sens donné par l’avènement du Seigneur dès aujourd’hui, qui donne souffle et fait vivre ». (Marie-Dominique Trébuchet, Direct. IER)

‘La Grâce et la Paix de Notre Seigneur Jésus Christ, soient toujours avec nous’ !

Vous avez pu, durant ce temps de l’Avent, vous nourrir et nourrir vos partages communautaires de la lettre du P. Général sur la Providence. Aidons-nous, comme il nous le demande, à vivre

« l’abandon total entre les mains de Jésus, la confiance totale dans le projet de Jésus et la confiance totale en la Providence nous aident à découvrir ou à redécouvrir la beauté́, le positif et le sens de chaque événement », non pas comme une démission mais pour un renouvellement de notre don à la mission. N’est-ce pas aussi ce que nous dit l’Incarnation de Jésus, qui s’en remet en confiance entre nos mains pour que nous le portions aux autres, pour qu’il éclaire notre marche et donne sens à tout évènement ?

N’avons-nous pas besoin de comprendre les évènements qui marquent le monde, la société, l’Eglise et de découvrir, ou d’accueillir ce qu’ils construisent de nouveau, de quelle vie ils sont porteurs ! ils ne peuvent nous laisser indifférents ; ça nous questionnent sur la foi qui nous anime, l’espérance qui nous fait croire que la création dans sa totalité marche vers sa résurrection.

Dans ce long cheminement, il nous faut vivre cette descente en nous-mêmes, dans nos entrailles pour y retrouver la Parole faite chair qui fait toutes choses nouvelles ; à l’image de ce qu’écrivait Platon : « Avant de songer à réformer le monde, à faire des révolutions, à méditer de nouvelles constitutions, à établir un ordre nouveau, descendez dans votre cœur, faites-y régner l’ordre, l’harmonie, la paix. Ensuite seulement cherchez autour de vous des âmes qui vous ressemblent et passer à l’action.»

La patience devient nécessaire pour décrypter les signes, les évènements et les comprendre ; pour nous convertir dans nos profondeurs.

Elle est, comme le note S. Tesson, « … une vertu. Suprême, la plus élégante et la plus oubliée. Elle aidait à aimer le monde avant de prétendre à le transformer. La patience était la révérence de l’homme à ce qui était donné…. Attendre était une prière. Quelque chose venait. Et si rien ne venait, c’était que nous n’avions pas su regarder ». (La Panthère des neiges’)

« Plus nous nous mettons entre les mains de Jésus, plus nous sommes en mesure de lire les évènements quotidiens, les rencontres et les lieux comme des moyens à travers lesquels Jésus nous parle. … Nous placer entre les mains de Jésus et lui faire pleinement confiance nous aide à laisser la Providence agir en nous dans toutes les circonstances de la vie. Le fait de nous « abandonner » entre les mains de Jésus dans toutes les situations change notre regard. Nous reconnaîtrons les évènements comme « le moment favorable » ; faire confiance totale en la Providence nous aident à découvrir ou à redécouvrir la beauté, le positif et le sens de chaque événement. » (P. Tomaz MAVRIČ, lettre de l’Avent 2019)

 

Joyeuses fêtes de Noël à chacun

Et bonne entrée dans l’année 2020

 

 

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La Paix, un chemin d’espérance : dialogue, réconciliation et conversion écologique. Message du P. François pour la célébration de la 53e Journée Mondiale de la Paix. 1er janvier 2020

La paix est un bien précieux, objet de notre espérance auquel aspire toute l’humanité. Espérer la paix est un comportement humain qui renferme une tension existentielle...

Pape Francois

La Paix, un chemin d’espérance : dialogue, réconciliation et conversion écologique. Message du P. François pour la célébration de la 53e Journée Mondiale de la Paix. 1er janvier 2020

1. La paix, chemin d’espérance face aux obstacles et aux épreuves

La paix est un bien précieux, objet de notre espérance auquel aspire toute l’humanité. Espérer la paix est un comportement humain qui renferme une tension existentielle ; c’est pourquoi même un présent parfois pénible « peut être vécu et accepté s’il conduit vers un terme et si nous pouvons être sûrs de ce terme, si ce terme est si grand qu’il peut justifier les efforts du chemin »[1]. De cette façon, l’espérance est la vertu qui nous met en chemin, qui nous donne des ailes pour aller de l’avant, même quand les obstacles semblent insurmontables.

Notre communauté humaine porte dans sa mémoire et dans sa chair les signes des guerres et des conflits qui se sont succédés avec une capacité destructrice croissante, et qui ne cessent de frapper spécialement les plus pauvres et les plus faibles. Aussi, des nations entières peinent à se libérer des chaînes de l’exploitation et de la corruption, lesquelles alimentent haines et violences. Aujourd’hui encore, à tant d’hommes et de femmes, d’enfants et de personnes âgées, sont niées la dignité, l’intégrité physique, la liberté, y compris religieuse, la solidarité communautaire, l’espérance en l’avenir. De nombreuses victimes innocentes portent sur elles le supplice de l’humiliation et de l’exclusion, du deuil et de l’injustice, voire même les traumatismes de l’acharnement systématique contre leur peuple et leurs proches.

Les terribles épreuves des conflits civils et internationaux, aggravées souvent par des violences sans aucune pitié, marquent pour longtemps le corps et l’âme de l’humanité. Toute guerre, en réalité, est un fratricide qui détruit le projet même de fraternité inscrit dans la vocation de la famille humaine.

La guerre, nous le savons bien, commence souvent par l’intolérance à l’égard de la différence de l’autre, qui renforce le désir de possession et la volonté de domination. Elle naît, dans le cœur de l’homme, de l’égoïsme et de l’orgueil, de la haine qui pousse à détruire, à renfermer l’autre dans une vision négative, à l’exclure et à le faire disparaître. La guerre se nourrit de la perversion des relations, d’ambitions hégémoniques, d’abus de pouvoir, de la peur de l’autre et de la différence perçue comme un obstacle ; et en même temps elle alimente tout cela.

Il est paradoxal, comme j’ai eu à le souligner durant mon récent voyage au Japon, que « notre monde vit la perverse dichotomie de vouloir défendre et garantir la stabilité et la paix sur la base d’une fausse sécurité soutenue par une mentalité de crainte et de méfiance qui finit par envenimer les relations entre les peuples et empêcher tout dialogue possible. La paix et la stabilité internationales sont incompatibles avec toute tentative de construction sur la peur de la destruction réciproque ou sur une menace d’anéantissement total ; elles ne sont possibles qu’à partir d’une éthique globale de solidarité et de coopération au service d’un avenir façonné par l’interdépendance et la coresponsabilité au sein de toute la famille humaine d’aujourd’hui et de demain »[2].

Toute situation de menace alimente le manque de confiance et le repli sur soi. Le manque de confiance et la peur renforcent la fragilité des rapports et le risque de violence, dans un cercle vicieux qui ne conduira jamais à une relation de paix. En ce sens, la dissuasion nucléaire ne peut que créer une sécurité illusoire.

Par conséquent, nous ne pouvons pas prétendre maintenir la stabilité mondiale par la peur de l’anéantissement, dans un équilibre plus que jamais instable, suspendu au bord du gouffre nucléaire et enfermé dans les murs de l’indifférence, où l’on prend des décisions socio-économiques qui ouvrent la voie aux drames de l’exclusion de l’homme et de la création, au lieu de nous protéger les uns les autres[3]. Comment, alors, construire un chemin de paix et de reconnaissance réciproque ? Comment rompre la logique macabre de la menace et de la peur ? Comment briser la dynamique de la défiance qui prévaut actuellement ?

Nous devons poursuivre une fraternité réelle, basée sur la commune origine divine et exercée dans le dialogue et la confiance réciproques. Le désir de paix est profondément inscrit dans le cœur de l’homme et nous ne devons nous résigner à rien de moins que cela.

2. La paix, chemin d’écoute basé sur la mémoire, sur la solidarité et sur la fraternité

Les Hibakusha, les survivants des bombardements atomiques de Hiroshima et de Nagasaki, sont parmi ceux qui, aujourd’hui, maintiennent vivante la flamme de la conscience collective, témoignant aux générations successives l’horreur de ce qui est arrivé en août 1945 et les souffrances indicibles qui ont suivi jusqu’à aujourd’hui. Leur témoignage réveille et conserve de cette façon la mémoire des victimes afin que la conscience humaine devienne toujours plus forte face à toute volonté de domination et de destruction : « Nous ne pouvons pas permettre que les générations présentes et nouvelles perdent la mémoire de ce qui est arrivé, cette mémoire qui est garantie et encouragement pour construire un avenir plus juste et plus fraternel »[4].

Tout comme eux, de nombreuses personnes partout dans le monde offrent aux générations futures le service indispensable de la mémoire qui doit être conservée, non seulement pour ne pas commettre de nouveau les mêmes erreurs ou pour que les schémas illusoires du passé ne soient reproposés, mais aussi pour que celle-ci, fruit de l’expérience, constitue la racine et suggère le chemin pour les choix présents et futurs en faveur de la paix.

De plus, la mémoire est l’horizon de l’espérance : bien des fois, dans l’obscurité des guerres et des conflits, même le rappel d’un petit geste de solidarité reçu peut inspirer des choix courageux et même héroïques, peut susciter de nouvelles énergies et rallumer une nouvelle espérance chez les individus et dans les communautés.

Ouvrir et tracer un chemin de paix est un défi d’autant plus complexe que les intérêts qui sont en jeu dans les relations entre les personnes, les communautés et les nations, sont multiples et contradictoires. Il faut avant tout faire appel à la conscience morale et à la volonté personnelle et politique. La paix, en effet, trouve sa source au plus profond du cœur humain, et la volonté politique doit toujours être revigorée afin d’initier de nouveaux processus qui réconcilient et unissent personnes et communautés.

Le monde n’a pas besoin de paroles creuses, mais de témoins convaincus, d’artisans de paix ouverts au dialogue sans exclusions ni manipulations. En effet, on ne peut parvenir vraiment à la paix que lorsqu’il y a un dialogue convaincu d’hommes et de femmes qui cherchent la vérité au-delà des idéologies et des opinions diverses. La paix est un édifice « sans cesse à construire »[5], un chemin que nous faisons ensemble, en cherchant toujours le bien commun et en nous engageant à maintenir la parole donnée et à respecter le droit. Dans l’écoute réciproque, la connaissance et l’estime de l’autre peuvent se développer jusqu’à reconnaître, dans l’ennemi, le visage d’un frère.

Le processus de paix est donc un engagement qui dure dans le temps. C’est un travail patient de recherche de la vérité et de la justice qui honore la mémoire des victimes et qui ouvre, pas à pas, à une espérance commune plus forte que la vengeance. Dans un État de droit, la démocratie peut être un paradigme significatif de ce processus si elle est basée sur la justice et sur l’engagement à sauvegarder les droits de chaque personne, en particulier si elle est faible ou marginalisée, dans la recherche continuelle de la vérité[6]. Il s’agit d’une construction sociale et d’une élaboration en devenir, où chacun apporte de manière responsable sa propre contribution, à tous les niveaux de la collectivité locale, nationale et mondiale.

Comme le soulignait saint Paul VI, « la double aspiration vers l’égalité et la participation cherche à promouvoir un type de société démocratique […]. C’est dire l’importance d’une éducation à la vie en société où, en plus de l’information sur les droits de chacun, soit rappelé leur nécessaire corrélatif : la reconnaissance des devoirs à l’égard des autres ; le sens et la pratique du devoir sont eux-mêmes conditionnés par la maîtrise de soi, l’acceptation des responsabilités et des limites posées à l’exercice de la liberté de l’individu ou du groupe »[7].

Au contraire, la fracture entre les membres d’une société, l’accroissement des inégalités sociales et le refus d’utiliser les instruments en vue d’un développement humain intégral mettent en péril la poursuite du bien commun. Par contre, le travail patient basé sur la force de la parole et de la vérité peut réveiller chez les personnes la capacité de compassion et de solidarité créative.

Dans notre expérience chrétienne, nous faisons constamment mémoire du Christ qui a donné sa vie pour notre réconciliation (cf. Rm 5, 6-11). L’Eglise participe pleinement à la recherche d’un ordre juste, tout en continuant à servir le bien commun et à nourrir l’espérance de paix à travers la transmission des valeurs chrétiennes, l’enseignement moral et les œuvres sociales et éducatives.

3. La paix, chemin de réconciliation dans la communion fraternelle

La Bible, en particulier à travers la parole des prophètes, rappelle les consciences et les peuples à l’alliance de Dieu avec l’humanité. Il s’agit d’abandonner le désir de dominer les autres et d’apprendre à se regarder réciproquement comme des personnes, comme des enfants de Dieu, comme des frères. L’autre ne doit jamais être enfermé dans ce qu’il a pu dire ou faire, mais il doit être considéré selon la promesse qu’il porte en lui. C’est seulement en choisissant la voie du respect qu’on pourra rompre la spirale de la vengeance et entreprendre le chemin de l’espérance.

Le passage de l’Évangile qui rapporte l’échange entre Pierre et Jésus nous guide : « Seigneur, lorsque mon frère commettra des fautes contre moi, combien de fois dois-je lui pardonner ? Jusqu’à sept fois ? Jésus lui répond : “Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois” » (Mt 18, 21-22). Ce chemin de réconciliation nous appelle à trouver dans le fond de notre cœur la force du pardon et la capacité de nous reconnaître frères et sœurs. Apprendre à vivre le pardon fait grandir notre capacité à devenir des femmes et des hommes de paix.

Ce qui est vrai de la paix dans le domaine social est vrai aussi dans le domaine politique et économique, puisque la question de la paix traverse toutes les dimensions de la vie communautaire : il n’y aura jamais de vraie paix tant que nous ne serons pas capables de construire un système économique plus juste. Comme l’écrivait Benoît XVI, il y a dix ans, dans l’Encyclique Caritas in veritate : « Vaincre le sous-développement demande d’agir non seulement en vue de l’amélioration des transactions fondées sur l’échange et des prestations sociales, mais surtout sur l’ouverture progressive, dans un contexte mondial, à des formes d’activité économique caractérisées par une part de gratuité et de communion » (n. 39).

4. La paix, chemin de conversion écologique

« Si une mauvaise compréhension de nos propres principes nous a parfois conduits à justifier le mauvais traitement de la nature, la domination despotique de l’être humain sur la création, ou les guerres, l’injustice et la violence, nous, les croyants, nous pouvons reconnaître que nous avons alors été infidèles au trésor de sagesse que nous devions garder ».[8]

Face aux conséquences de notre hostilité envers les autres, du manque de respect de la maison commune et de l’exploitation abusive des ressources naturelles – considérées comme des instruments utiles uniquement pour le profit d’aujourd’hui, sans respect pour les communautés locales, pour le bien commun ni pour la nature – nous avons besoin d’une conversion écologique.

Le récent Synode sur l’Amazonie nous pousse à adresser, de manière nouvelle, l’appel à une relation pacifique entre les communautés et la terre, entre le présent et la mémoire, entre les expériences et les espérances.

Ce chemin de réconciliation est aussi écoute et contemplation du monde qui nous a été donné par Dieu pour que nous en fassions notre maison commune. En effet, les ressources naturelles, les nombreuses formes de vie et la terre elle-même nous sont confiées pour être “cultivées et gardées” (cf. Gn 2, 15) aussi pour les générations à venir, avec la participation responsable et active de chacun. En outre, nous avons besoin d’un changement, dans les convictions et dans le regard, qui ouvre davantage à la rencontre avec l’autre et à l’accueil du don de la création qui reflète la beauté et la sagesse de son Auteur.

En découlent, en particulier, des motivations profondes et une nouvelle manière d’habiter la maison commune, d’être présents les uns aux autres, chacun dans sa diversité, de célébrer et de respecter la vie reçue et partagée, de se préoccuper des conditions et des modèles de société qui favorisent l’éclosion et la permanence de la vie dans l’avenir, de développer le bien commun de toute la famille humaine.

La conversion écologique à laquelle nous faisons appel nous conduit donc à avoir un nouveau regard sur la vie, en considérant la générosité du Créateur qui nous a donné la terre et nous rappelle à la joyeuse sobriété du partage. Cette conversion doit être comprise de manière intégrale, comme une transformation des relations que nous entretenons avec nos sœurs et nos frères, avec les autres êtres vivants, avec la création dans sa très riche variété, avec le Créateur qui est l’origine de toute vie. Pour le chrétien, elle demande de « laisser jaillir toutes les conséquences de la rencontre avec Jésus-Christ sur les relations avec le monde »[9].

5. On obtient autant qu’on espère[10]

Le chemin de la réconciliation exige patience et confiance. On n’obtient pas la paix si on ne l’espère pas.

Il s’agit avant tout de croire en la possibilité de la paix, de croire que l’autre a le même besoin de paix que nous. En cela, l’amour de Dieu pour chacun d’entre nous peut nous inspirer, un amour libérateur, sans limite, gratuit, inlassable.

La peur est souvent source de conflit. Il est donc important d’aller au-delà de nos craintes humaines, en nous reconnaissant comme des enfants dans le besoin devant celui qui nous aime et qui nous attend, comme le Père du fils prodigue (cf. Lc 15, 11-24). La culture de la rencontre entre frères et sœurs rompt avec la culture de la menace. Elle fait de toute rencontre une possibilité et un don de l’amour généreux de Dieu. Elle nous pousse à dépasser les limites de nos horizons restreints afin de toujours viser à vivre la fraternité universelle comme enfants de l’unique Père céleste.

Pour les disciples du Christ, ce chemin est aussi soutenu par le sacrement de la Réconciliation, donné par le Seigneur pour la rémission des péchés des baptisés. Ce sacrement de l’Eglise, qui renouvelle les personnes et les communautés, invite à avoir le regard tourné vers Jésus qui a réconcilié « tous les êtres pour lui, aussi bien sur la terre que dans les cieux, en faisant la paix par le sang de sa croix » (Col 1, 20) ; et il demande d’abandonner toute violence en pensées, en paroles et en actions, aussi bien envers le prochain qu’envers la création.

La grâce de Dieu le Père s’offre comme un amour sans conditions. Une fois reçu son pardon dans le Christ, nous pouvons nous mettre en chemin afin de l’offrir aux hommes et aux femmes de notre temps. Jour après jour, l’Esprit Saint nous suggère des comportements et des paroles pour que nous devenions des artisans de justice et de paix.

Que le Dieu de la paix nous bénisse et vienne à notre aide.

Que Marie, Mère du Prince de la Paix et Mère de tous les peuples de la terre, nous accompagne et nous soutienne, pas à pas, sur notre chemin de réconciliation.

Et que toute personne venant en ce monde puisse connaître une existence paisible et développer pleinement la promesse d’amour et de vie qu’elle porte en elle.

Du Vatican, le 8 décembre 2019

François

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