Post-pandémie : la famille vincentienne de France se retrouve sur zoom

Nous étions 14 réunis pour notre première rencontre via ZOOM, notre rencontre prévue au mois d’avril n’ayant pu se dérouler en raison du confinement dû à la pandémie.

Famille Vincentienne - FRANCE

Post-pandémie : la famille vincentienne de France se retrouve sur zoom

Famille Vincentienne - FRANCE
Famille Vincentienne - FRANCE

Nous étions 14 réunis pour notre première rencontre via ZOOM, notre rencontre prévue au mois d’avril n’ayant pu se dérouler en raison du confinement dû à la pandémie.

Sont présents : France Morane des Equipes Saint Vincent-AIC France (E.S.V.), Patrick Rabarison de la Congrégation de la Mission (C.M.), Sœur Marie-Vianney Ressegand des sœurs de l’Union Chrétienne de St Chaumond, Sœur Blandine Klein des  sœurs de la charité de Strasbourg et Fanny Douhaire, leur chargée de projets, Sœur Nicole Roland et Sœur Pascale Haratik des sœurs de Jeanne Antide Thouret, Michel Lanternier de la Société Saint Vincent de Paul (S.S.V.P.), P. Yves Danjou de l’Archiconfrérie de la Sainte Agonie, Aurélie Madrid de la Jeunesse Mariale Vincentienne, Marie-Pierre Flour, secrétaire et membre de l’Association de la Médaille Miraculeuse, Sœur Marguerite-Marie Nmargo des sœurs de st Vincent de Paul de Lambélé, Sœur Laetitia Tremolet des sœurs du rosier de l’Annonciation et le P. Bernard Massarini, coordinateur.

Le coordinateur propose d’ouvrir par un temps de prière en lisant l’évangile du jour : Mt 5, 38-42 qui se termine par la phrase «Et si quelqu’un te réquisitionne pour faire mille pas, fais-en deux mille avec lui. À qui te demande, donne ; à qui veut t’emprunter, ne tourne pas le dos », prière avec le texte du jour et la citation d’Ozanam.

Il prolonge en citant Frédéric Ozanam «l’assistance humilie si elle n’est en rien réciproque, si vous ne portez à vos frères qu’un morceau de pain, un poignée de paille que nous n’aurez probablement jamais à lui demander, si vous le mettez dans la nécessité douloureuse d’un cœur bien fait de recevoir sans rendre ». Après un court silence, la prière du Notre Père est récitée.

Nous commençons par un tour de table pour présenter nos nouvelles associées :

les sœurs du rosier de l’Annonciation : elles sont reconnues comme association publique de fidèles fondée par Sœur Laetitia Tremolet, actuellement en service à Lourdes et en fondation en Corse. Elles se mettent dans les pas de Louise de Marillac et de Saint Vincent de Paul comme  soutien de leur spiritualité. Un charisme au service de toutes les pauvretés (transmission de la foi aux enfants, accompagnement des mères seules en difficultés et auprès des malades).

les sœurs de Saint Vincent de Paul de Lembélé : elles sont fondées en Belgique en 1811 par un prêtre, qui va les faire naître au Rwanda en 1956. Elles sont présentes dans 7 pays dont l’Ouganda, le Centre-Afrique, le Congo et la Belgique. Elles sont arrivées dans la Somme en 2018 : 3 sœurs, une sœur en catéchèse et service d’Eglise (sacristie et servants de messe), une en aumônerie d’hôpital et une en aumônerie de jeunes pour les établissements publics et privés.

1 – Nos projets communs

Nous commençons l’ordre du jour en nous mettant au courant de nos projets communs. Le projet « Louise et Rosalie » (accueil de jour pour femmes seules à la rue), à la Maison-Mère des Lazaristes, au 95 rue de Sèvres, en partenariat entre E.S.V., S.S.V.P. et C.M. Le confinement a contraint à un arrêt total des travaux qui ont pu reprendre lors du déconfinement. Cet espace d’accueil aura un point sanitaire-douche, une cuisine et un espace d’écoute. L’ouverture prévue en juin est reportée après la Toussaint 2020.

Pour le Projet de Pantin, l’évêque du diocèse de Saint Denis a sollicité la S.S.V.P. pour un accueil de jour pour les SDF (femmes à la rue). Les travaux ont dû être reportés. Ce lieu d’accueil n’ouvrira que courant 2021. La S.S.V.P. a fait appel à la collaboration des Filles de la Charité. Quelques-unes participeront à ce service.

2 – Pauvretés rencontrées du fait de la pandémie

Le coordinateur nous informe que les Vincentiens à l’ONU ont obtenu 4 jours de travail lors de l’assemblée sur les personnes sans-abris qui a conduit à l’adoption d’un texte. Il a partagé lors d’une rencontre ZOOM des visiteurs de la Congrégation de la Mission 3 initiatives nouvelles de la S.S.V.P., 2 des E.S.V., 2 des Sœurs de la Charité de Strasbourg et 2 des Lazaristes qui ont créé des services de proximité de pauvres, d’enfants ou de soignants durant le confinement.

Mr Lanternier, de la Société Saint Vincent de Paul, nous informe des rencontres régulières entre le Ministère de la cohésion sociale et un collectif de 30 associations travaillant avec les populations pauvres.

Ils se sont aperçu que ce sont les étudiants et les jeunes qui sont plus particulièrement précarisés par la pandémie (chômage..). L’Etat a mis 50M€ au service de ces actions. Les bénévoles âgés ont dû se protéger et il a fallu faire appel à des bénévoles extérieurs.

Mr Lanternier déplore la méconnaissance des dispositifs : les 200€ pour les étudiants, les bons d’achats pour les personnes à faible revenus, les moyens mis à disposition par les collectivités territoriales… L’insécurité alimentaire a explosé et il est à craindre que le chômage explose sans pouvoir faire face.

La S.S.V.P. a consacré son énergie à remettre ou conserver le réseau au service et n’a pas eu l’occasion d’être davantage attentive aux personnes. Elle a mis en route un système de rapports que les conseils départementaux sont invités à remonter pour avoir une vue plus générale l’état des situations.

Nouvelle adaptation à faire avec des personnes d’âge avancé et comprendre comment continuer avec les nouveaux visages parus durant cette période.

A Besançon, les sœurs de Jeanne Antide Thouret (S.J.A.T.) ont constaté la paupérisation des étudiants étrangers qui vivaient de travaux intérimaires. L’un d’entre eux n’avait plus rien à manger, ni de quoi payer son loyer universitaire. Les S.J.A.T. lui ont procuré des  rations alimentaires et une association a accepté de prendre en charge le coût du loyer. Ce jeune étudiant est reçu en second cycle (Master) sur Paris à la rentrée et cherche un travail d’été en vain.  

Toujours à Besançon, « l’escale jeune » s’est retrouvée sur zoom ou Skype et a cherché des réponses aux nouvelles demandes. Il a été proposé de garder le lien par téléphone ou internet avec les personnes seules ou isolées. La rencontre en présentiel avec la pastorale de la santé les a invitées à voir comment continuer la dynamique engagée. Divers projets : repas, fêtes…

Les Equipes Saint Vincent-AIC France n’ont eu que des appels téléphoniques de mères seules pour obtenir une aide alimentaire. Il est triste de constater que beaucoup ne connaissent pas les dispositifs dont ils peuvent bénéficier (peu savent qu’ils peuvent contacter la paroisse de leur quartier ou les services de la mairie). Il faut faire en sorte que l’information soit connue. Les bénévoles âgés des E.S.V. ont dû se mettre à l’abri pour se protéger mais elles sont su s’adapter en s’initiant à la visioconférence zoom pour que leurs élèves en français/langue étrangère ne perdent pas leurs acquis ; elles ont conservé les liens en mettant en place les cours par whatsapp ou autre support. France Morane partage sa crainte de l’augmentation des violences tant pour les femmes que les enfants sans pouvoir encore évaluer combien de personnes suivies sont concernées. Pendant le confinement, la violence intrafamiliale a augmenté de 30%.

Les sœurs de la Charité de Lembélé, dans la Somme, ont accompagné le prêtre lors de la célébration des obsèques avec parfois seulement le cercueil, sans membre de la famille du fait du confinement. Elles ont aussi beaucoup écouté les personnes de leur environnement qui vivaient dans l’angoisse liée à l’isolement dû à une maladie.

Soeur Laetitia, des sœurs du Rosier de l’Annonciation, informe qu’avoir laissé l’église ouverte a permis aux personnes de faire des passages discrets et furtifs. Une grande solidarité les a fait bénéficier de nourriture de la part du maire ou du curé : elles en ont assuré la redistribution aux personnes en difficultés, cela a ouvert de nouvelles relations de proximité.

Faute de pouvoir faire patronage en présentiel, elles ont inventé un patronage en ligne : de courtes vidéos régulières avec un éveil à la foi, prière avec les sœurs, une activité bricolage ou recette et un jingle. De nombreux enfants s’y sont connectés :https://rosierdelannonciation.org/videos-en-ligne-pour-vos-enfants/

Patrick Rabarison (aumônier et prêtre accompagnateur des jeunes du diocèse de St Denis et prêtre de la paroisse de Villepinte) voit exploser la pauvreté relationnelle pendant le confinement car nombreux sont les jeunes qui vivent seuls (étudiants de province venus s’installer dans la région parisienne entre autres). Ces jeunes sont en attente de relations authentiques. La paroisse a proposé des messes et le chapelet en ligne, des échanges par ZOOM.

Suite à la mort de Georges Floyd, l’émotion des jeunes de la communauté afro-antillaise est forte en Seine-St Denis. Un grand courant de colère s’est levé et il a fallu tenter de canaliser cette situation explosive. Le service diocésain des jeunes a tenté une action pédagogique en trois temps auxquels plusieurs paroisses se sont jointes : 1/écouter les expressions de mal-être autour du racisme (cellules d’écoute avec leur curé et des animateurs laïcs) en apprenant à mettre des mots dessus et en invitant à formuler leur colère en prière. 2/recontextualiser les choses par un temps de formation. Cela a abouti à un chemin de croix pour associer les souffrances ressenties à la passion de Jésus souffrant (belle dévotion des jeunes au chemin de croix). 3/prévoir dans les prochaines semaines d’organiser des temps de rencontres entre jeunes et policiers. Il est important d’être artisan de paix et de tenir compte des souffrances de chacun. La S.S.V.P. se tient disposée à aider ce qui se passe dans la paroisse de Villepinte si cela était nécessaire (à voir comment et pour quel type de service).

En tant que Vincentiens, nous devrons être inventifs pour renouveler notre pratique de l’écoute.

Les Sœurs de la Charité de Strasbourg saluent les jeunes qui sont venus en renfort des équipes. Elles ont rencontré des difficultés dans les EHPAD mais sont reconnaissantes face à la solidarité des équipes de professionnels travaillant dans l’enfance qui se sont proposés pour renforcer la main d’œuvre dans les EHPAD.

Les sœurs de l’Union Chrétienne de St Chaumond ont eu leurs établissements scolaires fermés. Les professeurs principaux ont fait preuve d’inventivité  pour garder le contact chaque semaine avec tous les élèves. Le fossé risque de se creuser entre les bons élèves et les élèves en difficultés. A Madrid, le taux de mortalité a été important dans les familles, notamment parmi les grands-parents d’élèves. Les sœurs sur place ont accompagné par téléphone et sur les réseaux sociaux ces familles.

Les activités régulières de la Jeunesse Mariale Vincentienne ont été interrompues depuis le début du confinement. Les responsables d’équipe ont toutefois pu maintenir le lien avec les enfants et les jeunes qu’ils accompagnent, par téléphone ou en les rencontrant depuis la réouverture des établissements scolaires. L’Assemblée internationale qui devait avoir lieu en juillet 2020 a été reportée d’un an, et différentes initiatives ont été mises en place au niveau international, via les réseaux sociaux, afin de maintenir le lien et de partager des nouvelles entre pays.

L’Association de la Médaille Miraculeuse a poursuivi son activité grâce au télétravail. Un temps important a été consacré à l’appel des personnes seules, âgées et/ou malades.  Elle a constaté une grande dévotion mariale en ce temps de pandémie : plus de 1000 médailles miraculeuses ont été demandées depuis le début de l’année pour recourir à la protection de Marie.

Le Père Yves Danjou, de l’Archiconfrérie de la Sainte Agonie, n’a pas connu davantage de demandes mais a été en contact avec des personnes éprouvant une plus grande  solitude et qui étaient heureuses de bénéficier par exemple de l’extension de la non-expulsion hivernale. La suppression de temps de prière mensuel a été difficile à vire. Ceci a été une invitation à approfondir la spiritualité de Jésus à Gethsémani. Le Père Yves nous partage la mort du Covid-19 de son frère, lui aussi Lazariste. La gestion du deuil a été difficile à vivre mais cela a été l’occasion d’une communication plus profonde avec des amis qui se sont faits proches de lui.

3 – Questions diverses

Après un échange entre le coordinateur et la secrétaire-trésorière, et au vu des comptes de la Famille Vincentienne France, il est proposé de ne pas demander de cotisation annuelle pour 2020, ce qui sera une contribution à l’effort post-pandémie de la famille vincentienne en France pour le travail de chacun.

Nous évoquons la réédition du calendrier des saints vincentiens pour le rendre plus ajusté aux dates changées par la congrégation pour la cause des saints et vérifier ceux qui demeurent mémoire de notre famille et ceux qui ont été transférés dans une autre tradition spirituelle. La décision est positive.

Lorsqu’est évoquée la possibilité de réfléchir à une formation pour nos bénévoles, sans sœurs ni prêtres, avec l’organisme VDP formation (possibilité de rencontre en septembre ou octobre), la présidente des E.S.V pense qu’il serait mieux d’attendre la rencontre de novembre pour en rediscuter car la priorité actuelle sont les actions  en lien avec la pandémie.

Le prochain rendez-vous en présentiel de notre comité aura lieu le lundi 16 novembre 2020, à la maison mère des Lazaristes, au 95 rue de Sèvres à Paris. Ce sera aussi l’occasion de visiter le lieu d’accueil « Louise-Rosalie »…

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François Régis-Clet… Un missionnaire en départ… qui a montré le chemin au jeune Jean-Gabriel Perboyre

Surprenante et inattendue a été pour nous tous cette année 2020. Quand avons-nous imaginé être confinés dans nos maisons comme si nous étions des moines de stricte observance monastique ! Nous avons dû lâcher l’accélérateur, ce que saint Vincent appelait « un zèle excessif » qui, dans certains cas, ne nous laisse le temps ni de prendre le repas ni du partage fraternel.

P. Marlio Nasayó Liévano, c.m. Province de Colombie

François Régis-Clet… Un missionnaire en départ… qui a montré le chemin au jeune Jean-Gabriel Perboyre

P. Marlio Nasayó Liévano, c.m.
P. Marlio Nasayó Liévano, c.m.

Province de Colombie

Surprenante et inattendue a été pour nous tous cette année 2020. Quand avons-nous imaginé être confinés dans nos maisons comme si nous étions des moines de stricte observance monastique ! Nous avons dû lâcher l’accélérateur, ce que saint Vincent appelait « un zèle excessif » qui, dans certains cas, ne nous laisse le temps ni de prendre le repas ni du partage fraternel. Cette accélération qui à maintes reprises nous a amenés à sauter la prière ou à la faire en toute hâte et à négliger le temps de l’oraison. Ce zèle excessif est du au fait, qu’en dehors de nos maisons, des pauvres, des malades et des paroissiens nous attendent pour des visites, l’onction des malades, les célébrations de l’eucharistie, quelques fois dans un village éloigné. Maintenant le Seigneur nous dit de mettre de côté, au moins pour un temps, ces 400 ans où nous avons été « apôtres des campagnes », des plaines, des villes et des montagnes … Pour devenir « chartreux à la maison » … Pour prier davantage, pour approfondir sa Parole et pour affermir davantage notre vocation et notre mission. Et tant mieux, car nous pouvons Lui demander : combien de temps allons-nous être ainsi, en suspens ?

Cette année, dans les éphémérides vincentiennes, nous avons trouvé au moins trois commémorations de centenaire qui ont été déplacées pour un autre moment, ou du moins nous n’avons pu les célébrer avec le faste qui a entouré le centenaire de la mort des Fondateurs ou bien, le 400ème anniversaire du début du charisme vincentien. Ces commémorations sont : le premier centenaire de la béatification de Mlle Legras (9 mai 1920), les martyrs d’Arras (13 juin 1920), et avant eux, le bicentenaire du martyre du père Clet (18 février 1820).

Précisément, nous sommes proches de la célébration liturgique de notre frère saint François-Régis Clet. Célébration que nous réalisons depuis sa canonisation le 9 juillet, avec les 120 autres martyrs qui, comme lui, ont versé leur sang pour le Christ, l’Église et les pauvres de la Chine. J’offre quelques lignes pour notre prière, notre méditation et notre réflexion dans cette célébration atypique correspondant à cette année.

Notre frère est entré dans la Congrégation de la Mission… Oui, il est entré pour la mission, formant d’abord des missionnaires vincentiens et des agents diocésains dans son pays. Mais, il a eu aussi l’audace et le courage d’accueillir la nouveauté dans un pays lointain, la Chine, avec un autre peuple, une autre culture, une autre langue et une autre religion … Il a retiré ses mains d’un bureau français pour aller les « salir » sur les plaines brûlantes de la réalité chinoise et ainsi devenir, comme l’a dit le pape François, un héraut de l’Évangile, un « hôpital de campagne » où la volonté de Dieu l’a placé.

Le Seigneur n’est-Il pas en train de nous préparer pour aller vers des nouveaux aréopages lorsque cette pandémie disparaîtra ? Si la Congrégation a été audacieuse à d’autres époques alors qu’elle était plus petite, comment pourrait-il en être autrement maintenant qu’elle est plus importante en nombre ? Le 1% de confrères que le Père Général a promis au Pape pour les missions, ne serait-il pas la graine de moutarde que le Seigneur fera pousser dans ces champs où les pauvres nous attendent de toute urgence ?

Lorsque la pandémie prendra fin et que nous cesserons d’être « chartreux chez nous » et que nous redeviendrons des « apôtres sur le terrain », nous repartirons sur les chemins du monde avec le zèle d’avant, avec une vigueur missionnaire renouvelée, avec un cœur plein du Seigneur et avec notre « sac-à-dos missionnaire » qui, comme celui de Clet, portera : l’Écriture Sainte, le bréviaire, les Règles Communes, les Constitutions, la croix des vœux, le  chapelet,… Mais nous, contrairement à lui, porterons de nouveaux instruments pour transmettre l’Évangile, qui ne seront plus la bouteille d’encre, le stylo et un cahier de 100 feuilles, mais les médailles miraculeuses, le téléphone mobile et l’ordinateur afin de mieux diffuser le message du Christ évangélisateur des pauvres à partir de n’importe quelle colline jusqu’à atteindre les extrémités du monde. Paraphrasant notre fondateur, le défi est sûrement de devenir « inventifs jusqu’à l’infini », dans les parcelles connues et dans celles qui s’apprêtent à être labourées et ensemencées.

Si nous pensons l’évangélisation vers l’extérieur, aussi bien les missionnaires de l’aube comme ceux à l’heure de midi qui, avec santé et zèle, peuvent aller vers des nouvelles moissons, nous ne pouvons pas oublier les missionnaires plus âgés fatigués par le poids du jour et la chaleur (Mt. 20,13) qui maintenant, avec diverses limitations, sont dans nos maisons de retraite. Envers eux, nous devons avoir des attitudes de proximité, d’affection et de gratitude, car ils ont été les piliers sur lesquels la Communauté a été construite, et que grâce à eux, nous sommes ce qui nous sommes aujourd’hui.

François-Régis Clet fut un missionnaire rempli de zèle apostolique et en bonne santé. Cependant, malgré son expérience et sa vigueur, la persécution et la mort l’ont touché « les armes à la main » (SVP). Cela reste l’idéal, mais tous les missionnaires n’ont pas la santé et l’énergie que Clet avait. Son exemple devrait nous conduire à travailler dans la mesure où les forces nous accompagnent. Les uns et les autres, missionnaires du matin avec des illusions pleines d’espoir, ceux du midi au milieu des fatigues et ceux du soir avec leur désir et leur prière et leur sacrifice continus. Car il n’y a pas de place pour la paresse. Nous sommes tous missionnaires, depuis les premiers pas au séminaire jusqu’au crépuscule de l’existence.

Au fil de tout, en tant que missionnaires nous sommes fils de la Divine Providence, nous sommes entre ses mains. N’oublions pas qu’après chaque tempête vient le calme. Et que, comme écrivait saint Vincent à M. Bernard Codoing le 16 mars 1644, « la grâce a ses moments ». Cette pandémie est la grâce et la bonté de Dieu.

Nous avons besoin des yeux de la foi, d’un cœur converti, d’une écoute joyeuse de la Parole de Dieu, des demandes de charité entre nous et avec les pauvres et d’une joyeuse espérance puisque nous sommes entre les mains de la Providence qui nous portera toujours avec amour et tendresse dans ses bras. Elle nous montrera de nouveaux horizons devant lesquels nous ne pouvons pas être inférieurs comme nos aînés ne l’étaient pas non plus, comme l’a fait notre confrère missionnaire François-Régis Clet.

Et je conclus avec ce beau poème du Père José Luis Blanco Vega, s.j. (+2005), peut-être inspiré par Jérémie 1,11-12. Il est un baume en ces temps sombres, avec la certitude sereine qu’une lumière brillera au bout du tunnel :

 

« Que vois-tu dans la nuit ?

Parle-nous, sentinelle !

Dieu comme un amandier

Avec la fleur éveillée ;

Dieu qui ne dort jamais

Cherche quelqu’un qui ne dort pas,

Et parmi les dix vierges

Seulement cinq étaient éveillées.

 

Coqs vigilants

La nuit, ils alertent.

Qui a renié trois fois

Par trois autres fois confessera,

Et il avoue par les pleurs

Ce que la peur nie.

 

Mort, on le descendait

A la nouvelle tombe.

Jamais si profond

La terre a gardé le soleil.

La montagne a crié,

Pierre contre pierre.

 

J’ai vu le ciel nouveau

Et la terre nouvelle.

Christ parmi les vivants,

Et la mort morte.

Dieu dans les créatures,

Et elles étaient toutes bonnes ! »

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Lumière sur Wuhan

Wuhan n’est pas inconnu pour la chrétienté. En effet, nous y vénérons la mémoire de deux Lazaristes qui ont été martyrisés au XIXᵉ siècle, saint François-Régis Clet en 1820 et saint Jean-Gabriel Perboyre en 1840.

Yves Danjou

Lumière sur Wuhan

Sa célébrité n’est malheureusement pas des plus glorieuses. Nous le savons : cette ville est au point de départ de la pandémie du Coronavirus qui a déferlé sur notre planète depuis décembre 2019. Cette catastrophe a engendré beaucoup de misères qui ont déstabilisé notre société.

Cependant Wuhan n’est pas inconnu pour la chrétienté. En effet, nous y vénérons la mémoire de deux Lazaristes qui ont été martyrisés au XIXᵉ siècle, saint François-Régis Clet en 1820 et saint Jean-Gabriel Perboyre en 1840.

Puisque nous sommes en l’an 2020, nous célébrons cette année le deuxième centenaire de la mort de saint François-Régis Clet ainsi que la vingtième année de sa canonisation. En effet, Jean-Paul II, pour rappeler que la foi catholique est vivante depuis longtemps en Chine, a tenu à canoniser 120 martyrs de Chine, le 1er octobre 2000 en la fête de sainte Thérèse de Lisieux, patronne des missions.

François-Régis Clet est né à Grenoble le 19 août 1748. Dixième d’une famille de quinze enfants, il reçut le nom de François-Régis en l’honneur de saint François Régis (1597-1640), Jésuite apôtre du Velay et du Vivarais. Agé de vingt ans, il entre au séminaire des Lazaristes à Lyon. Ordonné prêtre le 27 mars 1773, il tient à célébrer une de ses premières messes à Notre-Dame de Valfleury, non loin de Saint Etienne. Ce centre de pèlerinage, confié aux Lazaristes depuis 1687, nous est bien connu puisque le Père Nicolle fonda la Confrérie de la Sainte Agonie en 1862.

Il est envoyé alors comme professeur de théologie morale au grand séminaire d’Annecy dont la fondation remonte au temps de saint Vincent de Paul. Pendant les quinze ans qu’il y passa, il se fit remarquer par sa haute vertu, son travail et la profondeur de son enseignement, ce qui lui valut le surnom affectueux de « bibliothèque vivante ».

A cette époque, la France vivait une période de paix intérieure. L’accession en 1774 de Louis XVI au trône de France suscita beaucoup de sympathies et d’espoirs. Cependant il n’a pas le courage d’entreprendre les réformes attendues. Les émeutes qui se déroulent ici et là sont le prélude des événements qui amèneront la Révolution française. L’Eglise elle-même n’échappe pas à ce mouvement de contestation qui secoue toutes les couches sociales. C’est ainsi que le pape Clément XIV supprime en 1773 la Compagnie de Jésus. A la suite de quoi les Lazaristes, après beaucoup d’hésitation, furent appelés à remplacer les Jésuites dans le Proche-Orient et en Chine.

François-Régis, malgré cette atmosphère prérévolutionnaire, accepte en 1788 d’être nommé comme directeur du séminaire interne ou noviciat des Prêtres de la Mission. Il réside alors à la maison de Saint-Lazare, au nord de Paris. Elle est,  depuis le temps de Saint Vincent de Paul, la Maison-Mère de la Congrégation de la Mission, ce qui a valu à ses occupants de recevoir le nom de Lazaristes.

François-Régis n’aura pas le temps de se donner entièrement à sa nouvelle fonction. Un an après, le 13 juillet 1789, une foule compacte d’émeutiers met à sac St Lazare en attendant, le jour suivant, de se livrer à la prise sanglante de la Bastille, point de départ de la Révolution française. Les Pères sont plus ou moins désemparés et chacun cherche la meilleure façon de répondre à sa vocation. Du coup, notre futur martyr exprime son désir de se consacrer à la mission de Chine. Juste avant son départ, il écrit à sa sœur aînée : « N’entreprenez pas de me détourner de ce voyage, car ma résolution est prise. Bien loin de m’en détourner, vous devez me féliciter de ce que Dieu me fait la ferveur insigne de travailler à son œuvre. » Le 2 avril 1791, il embarque à Lorient pour arriver, six mois plus tard, à Macao, possession portugaise au sud-est de la Chine.

Peu après, il est désigné pour se rendre dans le Kiang-si (ou Jianhsi). Déguisé en chinois, portant derrière la tête une natte postiche de cheveux, il s’adapte aux exigences de sa nouvelle vie, comme il l’explique lui-même : « Nous ne connaissons pas cette molle épaisseur de matelas : une planche sur laquelle est étendue une légère couche da paille, couverte d’une natte et d’un tapis, ensuite une couverture plus ou moins chaude dans laquelle nous nous enveloppons, voilà notre lit. »

Au bout d’un an, son supérieur lui demande de se rendre dans la province voisine du Houkouang où il va demeurer pendant vingt-sept ans. Dès son arrivée, les deux confrères présents meurent l’un en prison et l’autre de maladie. Pendant plusieurs années François-Régis va rester seul pour répondre aux besoins de dix mille chrétiens répartis sur un immense territoire où il doit parcourir parfois plus de 600 kms. Il se donne totalement à sa mission au point que son supérieur de Pékin lui demande de « mettre des bornes à son zèle ».

Les difficultés sont nombreuses. Les chrétiens, en général, sont pauvres et peu cultivés. Il leur faut affronter des périodes de famine et certains ont du mal à accepter toutes les exigences de la vie chrétienne. L’insécurité est permanente à cause des brigands, de certains groupes rebelles au pouvoir central et surtout de la méfiance vis-à-vis de la religion chrétienne perçue comme une doctrine opposée à la culture chinoise.

L’état de persécution est latent et va se développer à partir de 1811. François-Régis doit faire preuve de prudence. En 1818, il mène une vie de proscrit car sa tête est mise à prix. Malgré cela, le 16 juin 1819, les soldats, sous la dénonciation d’un chrétien apostat, l’arrêtent brutalement. Le mandarin qui le juge veut lui faire avouer le nom des chrétiens ou des missionnaires qu’il connaît. Pour cela agenouillé pendant plusieurs heures sur des chaînes de fer, les mains attachées derrière le dos, il reçoit de multiples soufflets donnés avec une épaisse semelle de cuir, au point que son visage est tout ensanglanté. Traîné de prison en prison, il est transféré au chef-lieu de la province du Houkouang,  à Ou-tchang-fou, aujourd’hui Wuhan. Enfermé dans une cage de bois, avec les fers au pied, les menottes aux mains et les chaînes au cou, il doit supporter un voyage de vingt jours.

Désormais, il sait ce qui l’attend. La décision impériale ne tarde pas à venir : il est condamné à mort « pour avoir corrompu beaucoup de monde par sa fausse religion ». Le 18 février 1820, François-Régis Clet est conduit au supplice. Devant la croix où il doit être attaché, il s’agenouille dans la neige pour une ultime prière, puis il dit paisiblement : « liez-moi ». Avec une gravité tranquille, il subit sans un cri la triple strangulation en usage en Chine.

Les chrétiens purent récupérer les précieuses reliques du martyr. C’est ainsi que sa tunique tachée de sang fut présentée aux séminaristes de Paris par saint Jean-Gabriel Perboyre qui déclara : « Quel bonheur pour nous si nous avions un jour le même sort ! » Cela ne tardera pas. Ayant rejoint la mission de Chine, il fut martyrisé dans les mêmes conditions et au même endroit vingt après.

Les restes de saint François-Régis Clet et de saint Jean-Gabriel Perboyre reposent désormais dans la chapelle Saint-Vincent de Paul à Paris. La fête de saint François-Régis Clet est fixée au 9 Juillet.

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Une ode aux couleurs

Je dois avouer que ces jours ci j'ai "des bleus au cœur" quand je vois la tournure des événements autour de la question du racisme. J'en serai presque arrivé à en "broyer du noir", sans vouloir en venir aux poings avec personne.

Bernard Massarini

Une ode aux couleurs

Je dois avouer que ces jours ci j’ai “des bleus au cœur” quand je vois la tournure des événements autour de la question du racisme. J’en serai presque arrivé à en “broyer du noir”, sans vouloir en venir aux poings avec personne.  

Mais tentons de “mettre noir sur blanc” la discussion, sans vouloir qu’aucun de nous qui ne soit mal à l’aise pour question de supériorité. Tentons seulement de remettre des couleurs dans un univers qui risque de devenir “gris”.

Ok, même si se faire traiter “de bleu”, bien que n’ayant rien de racial, n’est pas encore un compliment, je vous le confesse, lors de la dernière fête chez moi, c’était “noir de monde”, sans aucune connotation raciste. Retrouvant Kidgo mon ami togolais nous nous sommes embrassé, je savais qu’il n’allait pas déteindre…

Nous avons pris “un petit jaune”, n’ayant rien contre les chinois, même si leur façon de traiter les ouïghours ne nous plaît pas trop.

Durant le brunch, “un blanc” dans la communication nous a fait craindre la critique suprématiste alors que nous goûtions la joie d’être ensemble.

Nous avons arrosé avec “d’excellents rouge”, sans vouloir agresser nos frères indiens  d’Amérique qui ont beaucoup souffert du Covid-19.

Certains ont préférer “se descendre des blancs” sucrés, sans faire aucune allusions aux horribles chansons de certains rappeurs qui invitent à exécuter l’expression, et eux sans aucunes évocations des saveurs du terroir !

Quand l’éclair a claqué, alors que levait un violent orage, nous étions “verts de peur”, mais tenons à rassurer les martiens, s’ils le désirent seront bienvenus à la fête ! 

Rassurez moi, nous ne venons pas de “voir des éléphants roses”, mais ensemble je suis certain, nous allons continuer à mettre des couleurs à l’existence, car la palette des tons de la création émerveille encore toutes et tous lorsqu’elle produit l’arc-en-ciel !

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C’est le moment d’établir une culture « vocationnelle » vincentienne !

Si le changement que COVID-19 nous a apporté est réduit à la "grande nouveauté" du travail virtuel, alors nous aurons échoué à traverser ce désert, parce qu’il n’y aura pas de terre promise, mais seulement un événement de plus dans la même culture d’aventures et de divertissement, friands de nouvelles expériences, mais sans possibilité de conversion.

P Rolando GUTIERREZ ZUÑIGA CM

C’est le moment d’établir une culture « vocationnelle » vincentienne !

Si le changement que COVID-19 nous a apporté est réduit à la “grande nouveauté” du travail virtuel, alors nous aurons échoué à traverser ce désert, parce qu’il n’y aura pas de terre promise, mais seulement un événement de plus dans la même culture d’aventures et de divertissement, friands de nouvelles expériences, mais sans possibilité de conversion.

Le ministère vocationnel est un bon thermomètre pour mesurer la créativité mystique-missionnaire qui nous permet d’adopter une culture de renouveau continu selon les Constitutions, et ce serait très opportun de se les remémorer pendant la pandémie actuelle :

« 2. En fidélité à cette fin et centrée sur l’Évangile, toujours attentive aux signes des temps et aux appels plus pressants de l’Église, la Congrégation de la Mission aura soin d’ouvrir des voies nouvelles, d’employer des moyens adaptés aux circonstances de temps et de lieux, et de procéder à l’évaluation et à la coordination de ses activités et de ses ministères ; ainsi se maintiendra-t-elle en état de perpétuel renouveau. »

Fidèle à son fondateur, la Congrégation de la Mission trouve son inspiration vitale en Jésus-Christ, l’évangélisation des pauvres, qui ne s’est pas limitée à un changement de méthodes concernant les pratiques religieuses de son temps mais a créé de profondes options mystiques en même temps qu’il a créé des options pour la participation des femmes au ministère. Cette réalisation créative a surpris saint Vincent qui l’a exprimé dans le dicton populaire : « l’amour est inventif à l’infini… » Dont l’origine est, à juste titre, l’activité mystique-missionnaire de Jésus en ce qui concerne sa véritable présence dans le pain eucharistique :

« De plus, comme l’amour est inventif jusqu’à l’infini, après s’être attaché au poteau infâme de la croix pour gagner les âmes et les cœurs de ceux dont il veut être aimé et pour ne parler d’autres stratagèmes et innombrables tout ensemble dont il s’est servi à cet effet pendant son séjour parmi nous, prévoyant que son absence pouvait occasionner quelque oubli ou refroidissement dans nos cœurs, il a voulu obvier à cet inconvénient en instituant le très auguste sacrement, où il se trouve réellement et substantiellement comme il est là-haut au ciel. » ; (Exhortation à un frère mourant, 1645, n° 102 ; SV XI, 146).

Imitant l’inventivité de Jésus, nous avons le besoin de créer de nouvelles propositions et même de nous réinventer dans le domaine de la promotion vocationnelle. Nous ne sommes pas, cependant, les enfants d’une tradition narcissique qui nous permet de nous contenter de quelques changements pour présenter une image jeune de notre Petite Compagnie. Cela signifie que nous tomberions dans le vice que le pape François dénonce comme une sclérose ecclésiale (cf. Christus Vivit, n° 35). Une telle sclérose se produit quand nous sommes satisfaits parce que maintenant nous pouvons nous rencontrer ensemble à travers une application vidéo pendant que notre vie, notre service missionnaire et notre être même restent inchangés.

La créativité que la mystique missionnaire (une chose qui est caractéristique du charisme de saint Vincent) exige de nous est celle qui nous permet d’apprendre de toutes les expériences de notre vie… Et de le faire non pas comme s’habiller en accord avec une occasion particulière, mais plutôt comme s’engager dans ce processus avec un cœur jeune parce que « c’est la caractéristique du cœur jeune d’être disponible au changement, d’être capable de se relever et de se laisser instruire par la vie. », (Christus Vivit, n° 12).

Par conséquent, du point de vue de la culture vocationnelle vincentienne, la question essentielle est la suivante : pendant et après la pandémie, comment exprimons-nous cette mystique missionnaire, comment nous renouvelons continuellement nous-mêmes et éveillons aussi chez d’autres personnes le désir de suivre Jésus-Christ, évangélisateur des pauvres.

Le temps dans lequel nous vivons peut devenir un allié de la promotion vocationnelle si nous sommes en mesure de nous engager dans des chemins qui génèrent des convictions, des sensibilités et des styles de vie qui sont en accord avec notre charisme fondamental et qui sont incarnés dans la réalité actuelle. À partir d’une liste presque infinie, je vous donne les exemples suivants :

  1. Il est temps de repenser notre service missionnaire : Avons-nous un impact sur les structures qui génèrent de la pauvreté au XXIe siècle ? Continuons-nous à être de vrais formateurs ? Nos œuvres reflètent-elles le charisme fondateur avec toute la puissance mystique qui caractérise ce charisme ? Si ce n’est pas le cas, il se pourrait que nous attendions que “tout revienne à la normale” parce qu’à l’heure actuelle, nous n’avons rien d’autre que notre énergie habituelle, c’est-à-dire que nous n’avons pas l’énergie de nous rajeunir… Et pourtant, en cette période de pandémie, nous avons l’occasion de « revoir les travaux des provinces et de le faire selon le paradigme que nous offre une culture de vocations », (cf. le document final : https://cmglobal.org/fr/files/2018/12/Document-Final-FRA-1.pdf , la première réunion des promoteurs professionnels est accessible à l’adresse suivante : https://cmglobal.org/fr/2018/12/10/en-chemin-vers-une-culture-vocationnelle-en-la-congregation-de-la-mission-document-final/?noredirect=fr_FR).

 

  1. C’est le moment de passer d’un ministère des structures (qui tend presque toujours à devenir plus complexe) à un ministère qui nous implique dans la marche avec Jésus en imitation des disciples sur la route d’Emmaüs : en face à face, de personne à personne. La pandémie nous a obligés à éliminer les activités qui nécessitent de fortes concentrations de personnes dans n’importe quel endroit précis. Parfois, il peut sembler que seules les nouvelles choses que nous avons faites ont été de changer de canal de distribution : les gens ne viennent plus à la messe mais nous la transmettons maintenant sur les différents réseaux sociaux. Quelle créativité ! Sans perdre le mérite d’entrer dans le monde numérique, nous avons aussi le besoin de devenir plus sensibles à la nécessité d’un accompagnement spirituel, c’est-à-dire un processus bien défini dans lequel nous consacrons du temps et offrons des possibilités de croissance dans la vie chrétienne qui, à son tour, offre aux baptisés des possibilités de croissance dans leur vocation. Le Synode sur les jeunes, la foi et le discernement vocationnel a souligné l’urgence de ce ministère : « De bien des façons, les jeunes nous ont demandé de mettre en relief la figure des accompagnateurs. Le service de l’accompagnement est une mission authentique, qui sollicite la disponibilité apostolique de celui qui l’accomplit. », (cf. Document final du Synode, n° 101). http://www.vatican.va/roman_curia/synod/documents/rc_synod_doc_20181027_doc-final-instrumentum-xvassemblea-giovani_fr.html

 

  1. C’est le moment de sortir du confort de la sacristie et de s’engager dans la promotion vocationnelle dans le nouvel aréopage. En utilisant les plateformes de réseaux sociaux et par le contact direct avec les gens, nous avons l’occasion de prendre conscience d’un environnement qui n’est pas dans les cercles normaux de notre mouvement. Il est temps de se laisser “indigner” par les préoccupations de l’humanité, de regarder prophétiquement au-delà des intérêts superficiels qui apparaissent dans le monde numérique, d’agir en accord avec le style missionnaire de saint Vincent, un style qui a « la capacité de trouver des chemins là où d’autres ne voient que des murailles, c’est l’habileté à reconnaître des possibilités là où d’autres ne voient que des dangers » (Christus Vivit, n° 67).

 

  1. C’est le moment de revitaliser notre vie communautaire. Cette période de confinement nous a forcés à passer du temps ensemble. Mais cela ne signifie pas que nous acceptons simplement cette vie communautaire plus intense dans l’espoir de revenir bientôt aux activités d’hier. C’est, en fait, l’occasion de profiter des relations fraternelles, de partager la joie de l’autre, de découvrir la valeur de la vocation des confrères avec lesquels nous partageons notre vie. Bien que COVID-19 nous ait fait prendre conscience de la nécessité de la “distanciation sociale”, nous avons néanmoins la possibilité de créer des “voisinage” avec le frère avec lequel nous partageons une mission commune. C’est peut-être l’occasion de chanter un magnifique hymne de la vocation vincentienne : « O bonté divine, unissez ainsi tous les cœurs de la petite compagnie de la Mission, et puis commandez ce qu’il vous plaira ; la peine leur sera douce et tout emploi facile, le fort soulagera le faible et le faible chérira le fort et lui obtiendra de Dieu accroissement de force ; et ainsi, Seigneur, votre œuvre se fera à votre gré et à l’édification de votre Église, et vos ouvriers se multiplieront, attirés par l’odeur d’une telle charité. »; (Lettre à Étienne Blatiron, Supérieur à Gênes ; SV III, 257).

 

  1. C’est l’heure de la formation. En raison de l’activité apparemment sans fin de la vie missionnaire, la formation prend le rôle de Cendrillon parce qu’on a l’impression qu’il y a toujours des choses de bien plus grande importance que la formation continue. En fait, on peut penser que le succès de la mission dépend de notre activité constante (une tentation démoniaque). Il est temps de se réveiller du rêve de l’activisme et de réaliser que la qualité de notre service missionnaire dépend de la qualité de notre vie mystique, de notre passion pour Jésus Christ, évangélisateur des pauvres, et de notre capacité à marcher ensemble dans la communauté. La pandémie nous donne l’occasion d’apprendre à « comment apprendre » et de prendre au sérieux l’appel à la conversion missionnaire qui nous oblige à nous former nous-mêmes. Pas seulement de nous mettre à jour dans les questions théologiques et/ou pastorales mais de vivre de manière profonde la joie de l’Évangile qui est incarnée dans notre vocation missionnaire. Il ne fait aucun doute que ce serait le meilleur investissement en matière de promotion vocationnelle, puisque les missionnaires passionnés et bien formés sont par nature des “nids pour les vocations”.

 

Traduit de l’anglais par P. Jérôme Delsinne, CM

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La Charité : Petite réflexion d’un ex-confiné (6/6)

Pourtant, force est de constater qu’aujourd’hui le mot charité est bien galvaudé. Il renvoie à une image surannée, condescendante et paternaliste, d’une époque où il faisait bon avoir SES pauvres, pour se donner bonne conscience et s’assurer les grâces d’une société bourgeoise.

Eric Ravoux

La Charité : Petite réflexion d’un ex-confiné (6/6)

Selon la définition qu’en donne Wikipédia (idem pour le Larousse) : « La charité désigne, selon la théologie chrétienne, l’amour de l’homme pour Dieu pour lui-même et l’amour du prochain comme créature de Dieu. … Dans le langage ordinaire, la charité est une vertu qui porte à désirer et à faire le bien d’autrui ».

S’adressant à ses frères, saint Vincent disait lors d’un entretien en 1657 : « Dieu aime les pauvres, et par conséquent il aime ceux qui aiment les pauvres ; car, lorsqu’on aime bien quelqu’un, on a de l’affection pour ses amis et pour ses serviteurs. Or, la petite Compagnie de la Mission tâche de s’appliquer avec affection à servir les pauvres, qui sont les bien-aimés de Dieu ; et ainsi nous avons sujet d’espérer que, pour l’amour d’eux, Dieu nous aimera. Allons donc, mes frères, et nous employons avec un nouvel amour à servir les pauvres, et même cherchons les plus pauvres et les plus abandonnés, reconnaissons devant Dieu que ce sont nos seigneurs et nos maîtres, et que nous sommes indignes de leur rendre nos petits services ». Coste XI, 392-393

Pas étonnant que saint Paul est placé la Charité comme la plus haute des vertus (1 Co 13, 1-13).

Pourtant, force est de constater qu’aujourd’hui le mot charité est bien galvaudé. Il renvoie à une image surannée, condescendante et paternaliste, d’une époque où il faisait bon avoir SES pauvres, pour se donner bonne conscience et s’assurer les grâces d’une société bourgeoise.

Selon les expressions de Jean Fourastié (économiste français 1907-1990), la charité fut soupçonnée d’hypocrisie conservatrice, élément de l’opium du peuple : elle fut regardée comme attentatoire à la dignité des pauvres.

Je ne peux m’empêcher, écrivant cela, de penser au lancinant refrain de la baronne Karen Von Blixen dans son livre La Ferme Africaine : « Mes Kikuyus, … ma ferme ». En quelques mots tout est dit de la mentalité de l’époque, et de la dérive dans laquelle le mot charité est tombé.

Aujourd’hui, au mot charité, on préfère celui de solidarité. Certes, dans sa signification, il n’en est pas trop loin, mais il lui manque quelque chose d’essentiel, une dimension essentielle, sur laquelle saint Vincent insistait souvent, l’Amour.

Quand saint Vincent présente l’amour que l’on doit avoir pour Dieu, il distingue le plus souvent deux manières de vivre et de traduire cet amour. « L’une affective et l’autre effective » (Coste IX, 592). La première est de l’ordre de la tendresse (il ne craint pas d’employer le mot et d’évoquer la relation du petit enfant à son père, à sa mère). Mais cette première manière d’aimer Dieu est incomplète, et peut-être illusoire, si on n’en vient pas au fait, à l’amour de Jésus-Christ dans le service concret des pauvres. La Charité est avant tout une histoire d’amour, un amour affectif et effectif, dimensions que ne revêt pas le terme solidarité.

Dans mes interventions auprès des jeunes, je n’hésite pas à utiliser souvent le mot Charité, tout en l’expliquant pour lui redonner toute sa valeur, sa profondeur. Et cela est compris, interpelle.

Personnellement, je placerai la solidarité du côté des valeurs humanistes, de celles qui touchent notre raison et nous font crier Justice. Mais le droit et la justice ne peuvent suffire. Au-delà de la raison, il nous faut un élan du cœur, de l’âme, il nous faut l’Amour. Car seul l’Amour nous permet de perdurer dans le temps.

Ce sont ces deux dimensions que revêt le terme Charité : l’Amour/tendresse affectif qui doit conduire à l’Amour/justice effectif.

« Si l’Amour ne dépasse pas la justice, l’Évangile se vide », selon les termes du Patriarche Chaldéen Louis Raphaël 1er Sako, le 9 octobre 2015, en commentaire de la lettre de saint Paul aux Romains (Rm 1, 16-17). Telle est la Charité !

Me reviennent à l’esprit les dernières images du film Monsieur Vincent de Maurice Cloche, lorsque saint Vincent reçoit la petite Jeanne qui s’apprête à aller servir les pauvres pour la première fois : « Tu verras bientôt que la charité est lourde à porter, plus lourde que le broc de soupe et le panier plein. Mais tu garderas ta douceur et ton sourire. Ce n’est pas tout de donner le bouillon et le pain. Cela les riches peuvent le faire. Tu es la petite servante des pauvres, la Fille de la Charité, toujours souriante et de bonne humeur. Ils sont tes maîtres. Des maîtres terriblement susceptibles et exigeants, tu verras. Alors, plus ils seront laids et sales, plus ils seront injustes et grossiers, plus tu devras leur donner de ton amour. Ce n’est que pour ton amour, pour ton amour seul, que les pauvres te pardonneront le pain que tu leur donnes ».

Ce temps de confinement aura permis à nombre d’entre nous de redécouvrir l’essentiel. L’essentiel de l’attention à l’autre, à soi, à Dieu pour les croyants, à la famille, à la Création … Un essentiel mis en valeur par le constat parfois douloureux, tragique même, de l’inutilité de nos vies. Constat que fit et exprima Guillaume Gallienne un matin de confinement sur France Inter : « Je ne suis pas soignant, je ne suis pas caissière, je ne suis pas agriculteur, maraicher, je ne suis pas livreur, éboueur, …, je ne sers à rien ! ».

Essentiel que redécouvrirent deux jeunes femmes toutes deux nommées Julie, qui comme nous tous, durent stopper net leurs vies professionnelles effrénées et dévorantes (l’une étant secrétaire médicale, l’autre travaillant dans les assurances). L’une redécouvrit la joie d’être présente à ses enfants, l’autre découvrit les biens-faits de la sobriété. « Je me disais que je ne servais pas à grand-chose, le confinement est venu le confirmer ». Vivant ce temps comme une sorte de retraite spirituelle, leur philosophie de vie s’en trouva bouleversée. Jetant un regard nouveau sur l’Amour et l’essentiel, elles ne purent concevoir un retour à “comme avant“, à “l’anormal“. Aussi décidèrent-elles de s’associer toutes deux pour créer une épicerie zéro déchet dans le Val-d’Oise. Ouverture dans quelques semaines. Une bien belle manière de vivre la Charité, pour soi, pour les autres, pour l’environnement, pour la Création … donc quelque part pour Dieu.

Elles sont nombreuses ces histoires.

Nombre d’entre nous ont redécouvert les liens qui nous relient à nos frères et sœurs en humanité, en commençant par les plus proches. Liens communautaires emplis de fraternité, de prières, de patience et de bienveillance (pas partout malheureusement). Liens familiaux, où l’amour, le soutien et le partage prennent le temps d’être vécus, enfin vécus (mais là encore, pas partout malheureusement).

Liens avec une nature, une création, que nous avons vu renaître et reprendre sa juste place, du moins pour ceux qui avaient la chance d’être en pleine nature (quoiqu’en ville aussi). Nature sur laquelle nous avons pu poser un regard émerveillé, regard nouveau, regard d’enfant que nous avions oublié.

Tous ces liens qui nous permirent de réaliser que l’essentiel ne se trouve pas dans le vide de la surconsommation, dans le leurre d’une vie professionnelle dénuée de sens, dans une course sans cesse plus effrénée…

Il serait exagéré de croire que ce temps si particulier nous a tous aidé à une véritable prise de conscience. Il suffit de se rappeler les files interminables de véhicules au drive-in des McDo sitôt ceux-ci rouvert, sans parler de l’hystérie causée par une enseigne de grande distribution autour d’une PS4, hystérie qui nécessita l’intervention des forces de l’ordre. Oui il serait bien exagéré de croire que ce temps de confinement fut profitable à tous. Il n’y a malheureusement pas que des Julie dans nos sociétés occidentales.

Pas que, certes, mais nombreuses et nombreux c’est sûr ! Comme beaucoup (j’espère), je suis émerveillé du nombre d’actions, d’initiatives, de mouvement, appelant et œuvrant, souvent dans la lutte, pour un autre monde. Je suis émerveillé par la créativité, l’inventivité, l’imagination, dont font preuve tant de jeunes pour proposer et construire un autre monde, répondant ainsi à l’appel du Pape François dans son encyclique Laudato Si à “libérer l’imagination“.

Je reprends ici les mots du diocèse de Fréjus-Toulon pour la semaine Laudato Si des 16 au 24 mai derniers : « Et si la pandémie qui secoue la moitié de notre planète était une opportunité à saisir ? L’occasion de prendre conscience de la gravité et de la mondialisation des enjeux environnementaux ? De réfléchir à un changement de vie, à un mode de vie plus solidaire ? De contempler la création, libérer l’imagination, consommer plus localement ? De penser à de nouveaux lieux ou engagements, de nouvelles pratiques ? »

Un véritable défi s’ouvre à nous aujourd’hui. Saurons-nous le relever ?

Chrétiens, notre responsabilité est grande, notre engagement est primordial. Cela relève de la cohérence de notre Foi. La Charité est notre commandement, c’est elle qui nous fait revêtir la véritable image qui est la nôtre, celle de Dieu. C’est elle qui fait de nous des filles et des fils de Dieu, sœurs et frères de notre Seigneur Jésus-Christ, animés, mus, portés par l’Esprit Saint.

C’est la Charité/Amour, première des vertus, qui nous permet, nous pousse, me permet et me pousse, à vivre toutes les autres.

La Charité me fait vivre la Simplicité, pour approcher respectueusement tous mes frères et sœurs. Simplicité qui rime avec sobriété, une sobriété heureuse pour le bien de notre planète et de toute l’humanité.

La Charité me fait vivre l’Humilité, pour laisser plus de place à l’autre, au Tout-Autre, à Dieu.

La Charité me fait vivre la Douceur, pour pouvoir toucher les cœurs.

La Charité me fait vivre la Mortification, pour supporter les blessures que le combat ne manque pas d’infliger.

La Charité me fait vivre le Zèle, pour sans cesse avancer, sans cesse courir au feu, sans cesse espérer qu’un autre monde est possible.

« L’amour est inventif jusqu’à l’infini ».

  • Jusqu’à l’infini : parce qu’il n’est pas possible d’épuiser toute la richesse de l’Amour de Dieu …
  • Jusqu’à l’infini : parce qu’il y aura toujours des hommes et des femmes à aimer, un monde à changer.

« Aimons Dieu, mes frères, aimons Dieu.

Mais que ce soit aux dépens de nos bras,

Que ce soit à la sueur de nos visages »

A nous maintenant de relever le défi …

 

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