IVe Rencontre CIF de la Famille Vincentienne

IVe Rencontre CIF de la Famille Vincentienne

L’éthique et la spiritualité de Saint Vincent de Paul sont un grand trésor évangélique vécu par un groupe immense de personnes, que nous appelons la famille vincentienne.

Le danger est que, au fil des ans, cette intuition prophétique et transformatrice de Saint-Vincent puisse tomber dans la routine ou dans l’oubli.

Le Centre International de Formation Vincentienne (CIF) offre un temps de formation pour une mise à jour de notre éthique et de notre spiritualité. Ce qui peut et doit être vécu dans la politique, l’économie, le travail, la culture, les médias sociaux, les communautés et les familles, l’éducation, les marges existentielles, parmi les plus pauvres, etc… Dans ce cours, nous étudierons la praxis vincentienne du service intégral aux pauvres. Ce qui implique de travailler avec eux pour leur humanisation et leur évangélisation.

C’est-à-dire que nous nous souviendrons des attitudes, des lignes fondamentales, des stratégies entreprises par Saint Vincent en faveur des faibles. Ce souvenir devrait nous interroger, encourager et inviter à une mise à jour.

Rappelez-vous que la formation que nous recevons profitera à la congrégation, à la province, aux mouvements, aux établissements d’enseignement et à la promotion sociale, mais surtout aux pauvres avec lesquels nous interagissons. Pour cette raison, je vous invite cordialement à participer à la IVe Rencontre CIF de la Famille Vincentienne.

Dans cette rencontre, nous verrons: qu’est-ce que la famille vincentienne ? comment travailler ensemble dans la dignité intégrale des pauvres ? Quelle était l’inspiration originelle de saint Vincent et comment l’approfondir, d’autres personnages importants de la famille vincentienne; éthique et spiritualité vincentienne. Techniques pour améliorer le travail d’équipe, etc… Les exposants sont des spécialistes reconnus du monde entier.

Cette session fournira une grande variété d’outils et de méthodologies pour améliorer la vie et les actions. Nous voulons que ce soit un processus d’apprentissage novateur et innovant. Comme il ne se limite pas à la salle de classe, il sera accompagné de voyages sans précédent dans les lieux vincentiens à Paris et dans le reste de la France, lieux où l’inspiration vincentienne est née.

Ce sera une expérience sans précédent de connaissance mutuelle d’associations, d’œuvres, de personnes et de congrégations qui s’identifient au charisme vincentien, ce qui nous permettra de travailler davantage en réseau. Et de notre côté, nous fournirons un accompagnement et des conseils pendant tout ce temps.Nous consacrerons des espaces de temps importants à la prière et à la méditation. Environnement privilégié par les chapelles de la Maison Mère, en particulier la Grande Chapelle où se trouve le corps de Saint Vincent. Aussi, la chapelle des apparitions de la Médaille Miraculeuse. En plus des nombreuses Chapelles que nous devons visiter à cette époque.

 

Où aura lieu la Session?

La Session aura lieu dans la belle ville de Paris, en France. Dans la Maison Mère de la Congrégation de la Mission, 95 rue de Sèvres, Paris. Code postal 75006. Située au cœur de Paris et facilement accessible par les transports en commun, un diplôme sera remis aux participants.

 

Quand sera la Session?

Du vendredi 2 août au lundi 26 août 2019. Nous sommes passés au mois d’août, car les vacances se déroulent dans une bonne partie de la planète et il sera plus facile de participer.Le cours sera dispensé en trois langues: espagnol, français et anglais. Le coût total du cours est de 1 900 €. Cela Comprend l’hébergement, les repas, les cours, les pèlerinages, les hôtels, les billets d’entrée aux musées et le matériel.Inutile de dire que les personnes sélectionnées doivent avoir un grand désir de connaître la morale et la spiritualité de Vincentiennes, ainsi que la capacité de vivre avec d’autres de manière ordonnée et cordiale.

Je vous rappelle que la Maison Mère du CM à Paris reçoit un grand nombre de visiteurs et que le secteur des salles doit être coordonné avec les autres autorités de la Maison. La date limite pour confirmer la présence des participants sera le 15 juillet 2019. Les quotas sont limités car le maximum est de 30 personnes.

Je suis votre sûr serviteur en Marie Mère et St Vincent.

P. Andrés MOTTO, CM 🔸

L’éthique et la spiritualité de Saint Vincent de Paul sont un grand trésor évangélique vécu par un groupe immense de personnes, que nous appelons la famille vincentienne.

TRES IMPORTANT :

1: Pour confirmer la présence des participants ou pour poser des questions, je vous prie d’écrire à mon adresse mail personnelle : andresmotto@gmail.com

2: Compte tenu des demandes qui m’ont été faites, je vous dis que je suis disponible pour donner des cours et des retraites dans les différents lieux qui me le demandent. Nous devons juste nous entendre sur la période.

BEATIFICATION de Mgr Pierre Claverie, op et de 18 compagnons et compagnes ORAN, 8 décembre 2018. Témoignage sur 19 vies données pour Dieu et l’Algérie

BEATIFICATION de Mgr Pierre Claverie, op, et de 18 compagnons et compagnes ORAN, 8 décembre 2018

Le 5 décembre 2018, la Salle de presse du Saint-Siège a publié le communiqué suivant :

Le 29 novembre 2018, le Saint-Père a nommé le Cardinal Giovanni Angelo Becciu, Préfet de la Congrégation pour les Causes des Saints, son Envoyé spécial à la Célébration Eucharistique qu’il présidera le 8 décembre au Sanctuaire de Notre Dame de Santa Cruz à Oran, en Algérie, à l’occasion de la Béatification des martyrs Mgr Pierre Claverie, O.P., évêque d’Oran et 18 compagnons (religieux et religieuses).

L’Envoyé spécial sera accompagné d’une Mission Pontificale composée des ecclésiastiques suivants :

  1. Mgr Jean Landousies, Official à la Section pour les Affaires Générales de la Secrétairerie d’Etat ;
  2. Don Marco Marchetti, attaché à la Nonciature Apostolique en Algérie.

J’ai donc eu la chance et la joie de participer à cette célébration. Auparavant le 4 décembre, l’Ambassade de France près le Saint-Siège avait organisé au Centre culturel Saint-Louis de France à rome, une conférence en mémoire des 19 martyrs d’Algérie. J’y ai donné le témoignage suivant :

Témoignage sur 19 vies données pour Dieu et l’Algérie

 

Tout d’abord je voudrais remercier Monsieur le Chargé d’Affaires de l’Ambassade de France près le Saint-Siège et le Centre culturel Saint-Louis de France, de l’occasion qui m’est donnée de partager avec vous quelques pensées sur les 19 religieux et religieuses qui seront béatifiés samedi prochain à Oran. Ayant vécu plus de 20 ans en Algérie, comme chargé de la formation permanente dans les diocèses et Secrétaire général de la Conférence des Evêques d’Afrique du Nord, je les ai tous et toutes connus personnellement. Ensemble nous avons vécu une grande partie de ces années noires où l’Algérie a connu tant de violence, nous avons partagé le même idéal de vie, le même engagement, chacun à sa manière. Et 19 d’entre nous ont été victimes de cette violence ! Alors, nous qui sommes toujours là, nous avons à témoigner, non seulement des événements eux-mêmes, mais surtout du sens de cet engagement à partager les épreuves du peuple algérien. Et c’est un peu avec cela au fond du cœur que je partage avec vous ces quelques réflexions. Aussi c’est avec une certaine émotion que je prends la parole.

« S’il m’arrivait un jour – et ça pourrait être aujourd’hui – d’être victime du terrorisme qui semble vouloir englober maintenant tous les étrangers vivant en Algérie, j’aimerais que ma communauté, mon Église, ma famille, se souviennent que ma vie était DONNÉE à Dieu et à ce pays. Qu’ils acceptent que le Maître Unique de toute vie ne saurait être étranger à ce départ brutal. Qu’ils prient pour moi : comment serais-je trouvé digne d’une telle offrande ? Qu’ils sachent associer cette mort à tant d’autres aussi violentes, laissées dans l’indifférence de l’anonymat ».

Vous avez sans doute reconnu le début du testament spirituel de Christian de Chergé, le Prieur de Tibhirine. En réalité ce n’est pas une, mais 19 vies données ! Des vies données ! je crois que c’est cela le plus important. Ces religieux et religieuses n’étaient pas de doux rêveurs, encore moins des théoriciens ou des prosélytes, ils ont vraiment fait le don de leur vie parce qu’ils croyaient à la force de l’amour. Ils l’ont fait en connaissance de cause, non pas parce qu’ils cherchaient le martyre – le martyre chrétien ne se cherche pas – mais parce qu’ils ont voulu aller jusqu’au bout de leur engagement dans et avec l’Eglise d’Algérie. Et c’est une première chose que je voudrais souligner : ce qui a été vécu par ces religieux et religieuses est à situer dans la vie de l’Eglise d’Algérie ; une Eglise de la rencontre, qui s’est toujours voulue en dialogue et en solidarité avec le peuple algérien. Dialogue de la vie sans doute, mais de la vie dans toutes ses dimensions, humaine mais aussi spirituelle dans la mesure du possible. Le dialogue islamo-chrétien, avec toutes ses difficultés est non seulement une priorité, mais une nécessité ! Et pour vivre cette rencontre, cette Eglise, au gré des événements, s’est peu à peu dépouillée de tout ce qui n’est pas l’essentiel, que ce soient dans ses institutions, ou plus encore dans ses façons de faire ou de penser. Il y a tant de choses, qui nous encombrent et qui ne sont pas nécessaire pour être vraiment l’Eglise du Christ, pour présenter son visage authentique. Le dépouillement est une condition essentielle pour aller en vérité à la rencontre des gens. C’est bien ce qu’a été amenée à comprendre et à vivre l’Eglise en Algérie. C’est ce qu’ont vécu nos 19 frères et sœurs, de façon radicale, jusqu’au dépouillement suprême. Ils ont tout donné ! Je crois qu’ils ont réalisé pleinement, à leur manière, le rêve du Pape François : « Une Eglise pauvre, pour les pauvres » !

C’est donc dans cet esprit de dépouillement et de service, que ces religieux et religieuses ont vécu leur solidarité avec le peuple algérien qui était soumis à une violence inouie. Depuis des années, les uns et les autres avaient vécu des relations d’amitié, de collaboration, de proximité avec les gens de leur quartier dans le domaine de la santé, de l’éducation des jeunes ou des femmes etc. Comme nous tous à l’époque, ils avaient vu mourir autour d’eux tant d’hommes et de femmes innocents. Et ils ont accepté eux aussi de risquer d’avoir le même sort, parce qu’ils voulaient témoigner qu’au-delà des différences de culture, de religion, de nationalité, une même humanité nous réunit. Une humanité que nous chrétiens nous appelons la famille de Dieu. Tout n’a pas été simple pour prendre la décision de rester dans ce pays au milieu de tous les dangers. Chacun a pris sa décision personnellement, après avoir longuement réfléchi en communauté et en Eglise. Et je voudrais souligner ici le rôle courageux de l’Archevêque d’Alger de l’époque, Mgr Henri Teissier, pour accompagner le discernement de chacun. Et je suis vraiment heureux de voir qu’aujourd’hui, âgé de 89 ans, il pourra voir la béatification de ces frères et sœurs ! Le journal La Croix, titrait samedi dernier à son sujet « Le 20ème bienheureux » !

Nous pensons sans doute d’abord au témoignage des 7 moines de Tibhirine, enlevés le 26 mars 1996 et retrouvés le 21 mai : Christian, Luc, Célestin, Paul, Michel, Bruno et Christophe, le plus jeune que j’ai eu la joie d’accompagner dans une partie de sa préparation au sacerdoce. Cette communauté de N.D. de l’Atlas, dans la montagne, était importante pour nous, Eglise d’Algérie, comme l’était aussi le monastère des Clarisses à Alger. Ce monastère s’est transféré à Nîmes en 1995, pour des raisons de sécurité. Mais il reste très en lien avec l’Eglise d’Algérie. Nous allions souvent dans ces monastères pour nous ressourcer, personnellement ou en groupe. Mais on peut dire aussi que le monastère de Tibhirine était important d’abord pour le village, pour ces familles qui l’entouraient et avec qui les moines avaient des relations d’amitié, de travail. Ces familles ont demandé aux moines de ne pas les abandonner dans la tourmente. Frère Luc, le médecin, avait porté au monde une bonne partie de la population de la région ! Avec Frère Christian le prieur, s’était mis en route un groupe d’échange spirituel avec des musulmans de la région, le Ribat essalam (le Lien de la paix). Et je voudrais aussi mentionner les deux « survivants » qui avaient pu échapper à l’enlèvement : le Père Amédée, dont j’étais très proche, aujourd’hui décédé ; et le P. Jean-Pierre, aujourd’hui au monastère de N.D. de l’Atlas, à Midelt au Maroc, suite du monastère de Tibhirine.

On pourrait continuer sur cet aspect communautaire et ecclésial des choses. Mais, en hommage à leur mémoire, je voudrais simplement rappeler ici les noms et les communautés de ces autres frères et sœurs. Des hommes et des femmes simples, qui voulaient sans bruit servir leurs frères et leurs sœurs, servir les pauvres, à la manière du Christ, contribuer à construire la paix et la réconciliation à leur niveau le plus simple :

Paul-Hélène, Petite Sœur de l’Assomption, et Henri Vergès, Frère mariste, le 8 mai 1994, au service des jeunes à la casbah d’Alger.

Caridad et Esther, le 23 octobre 1994, Augustines missionnaires espagnoles, au service des malades, à Bab el Oued, Alger. Là où j’ai fait mes premiers pas en Algérie en 1968 !

Alain Dieulangard, Jean Chevillard, Christian Chessel, Charles Deckers, Pères Blancs, à Tizi Ouzou, en Kabylie, le 27 décembre 1994.

Bibiane et Angèle Marie, Sœurs de Notre-Dame des Apôtres, Belcourt, Alger, au service des jeunes filles pauvres du quartier, le 3 septembre 1995.

Odette, Petite Sœur du Sacré-Cœur du Père de Foucauld, Kouba, Alger, 10 novembre 1995. Je la nomme avec un peu plus d’affection, car nous avions travaillé ensemble une dizaine d’années, au Centre d’Etudes diocésain d’Alger.

Et enfin Mgr Pierre Claverie, Dominicain, Evêque d’Oran, avec son ami et chauffeur, Mohamed Bouchiki, le 1er août 1996. Il est peut-être significatif que cette trop longue liste prenne fin avec l’assassinat d’un Evêque, d’un Pasteur, qui meurt en mêlant son sang avec celui d’un musulman ! Avec Pierre aussi, nous avions travaillé ensemble au Centre d’Etudes diocésain d’Alger, de 1976 à 1981. Je ne donnerai qu’une image de Pierre : nous étions voisins de bureau. Et ce qui nous a tous marqué, c’est que sa porte était toujours ouverte, pour montrer qu’il était toujours disponible à celui ou celle qui viendrait.

Et en regardant la liste de ces 19 religieux et religieuses, je suis frappé de voir que chaque fois qu’on a voulu les atteindre, c’est non seulement une personne qui a été visée et atteinte, mais une communauté. C’est peut-être aussi un petit signe de l’importance de la présence humble et discrète d’une communauté religieuse dans un quartier, dans une ville ou un village. Il est vrai que dans cette petite Eglise d’Algérie nous vivions très proches les uns des autres, une vraie fraternité existait entre tous. Ce qui fait que toutes ces épreuves, nous les avons vécues intensément. Et c’est cette fraternité que nous voulions partager avec nos frères et sœurs algériens, quels que soient les dangers du moment. Certains diront peut-être que la mort de ces 19 a été le signe de l’échec de ce beau projet ! Mais au contraire, à la suite du Christ, nous croyons que leur mort est signe de vie, comme le grain de blé tombé en terre qui germera un jour. Le Christ est passé par là, nous aussi, chacun à notre manière, nous devons passer par là ! En les béatifiant l’Eglise veut le montrer aux yeux de tous !

La mort de ces religieux et religieuses est le signe le plus parlant de leur fidélité à Dieu et au peuple algérien. Fidélité à Dieu, car ils se sont mis totalement à la suite du Christ serviteur qui a accepté de donner sa vie pour tous. Fidélité au peuple algérien, parce qu’ils ont été au service de ce peuple, dans les petites choses d’une vie partagée, pour lui témoigner de l’amour et de la fidélité de Dieu, gratuitement, sans regarder en arrière aux moments difficiles. Ils savaient que ce témoignage ne s’accomplissait pas d’abord par des mots, mais par une vie à la suite du Christ, une vie chrétienne tout simplement ! Comme je le disais en commençant, la vie et la mort de ces frères et de ces sœurs a bien été le témoignage d’une Eglise qui a voulu rester fidèle à Dieu, bien sûr, mais aussi au peuple algérien auquel elle est envoyée. Une Eglise qui ne cherche aucun privilège, mais qui se veut servante, une Eglise donnée à Dieu et au monde. Le Cardinal Duval, qui fut Archevêque d’Alger, et qui est mort – à l’âge de 93 ans – le jour même où on retrouvait les corps des 7 moines, disait que « l’Eglise ne vit qu’en sortant pour ainsi dire d’elle-même. Non seulement elle ne vit que par le Christ, pour le Christ, dans le Christ, mais il faut ajouter qu’elle ne vit que pour l’humanité, dans l’humanité et par l’humanité » (Lettre pastorale « Présence fraternelle, Carême 1980). Aujourd’hui, le Pape François nous dit aussi la même chose, à sa manière, lorsqu’il parle d’une Eglise « en sortie ». Une Eglise qui sort d’elle-même jusqu’à donner sa vie, comme l’a fait le Christ !

Ces religieux et religieuses n’étaient pas des héros. C’étaient des hommes et des femmes tout simples, sans prétention, qui au nom du Christ ont voulu servir le peuple algérien, devenu leur peuple. Des hommes et des femmes qui ont fait confiance à Dieu et au peuple algérien, quelles que soient les circonstances, parce qu’ils savaient que la confiance est un pari, mais que si elle est retirée toutes les portes sont fermées. C’est ce que répétait souvent Pierre Claverie. « Dieu en Jésus Christ fait le pari de la confiance » disait-il.

En concluant, je dirais que Dieu a peut-être permis qu’une petite Eglise, insignifiante peut-être au regard humain, attirent l’attention de toute l’Eglise pour qu’elle vive aussi ce pari de la confiance ! Merci.

Rome, Centre Saint-Louis, 4 décembre 2018.

Jean LANDOUSIES, CM 🔸

Ces religieux et religieuses n’étaient pas des héros. C’étaient des hommes et des femmes tout simples, sans prétention, qui au nom du Christ ont voulu servir le peuple algérien, devenu leur peuple. Des hommes et des femmes qui ont fait confiance à Dieu et au peuple algérien, quelles que soient les circonstances, parce qu’ils savaient que la confiance est un pari, mais que si elle est retirée toutes les portes sont fermées.

“Une joie inquiète” 3e dimanche de l’Avent C. Homélie en la Chapelle saint Vincent de Paul à la Maison-Mère de Paris. 16 décembre 2018

“Une joie inquiète” 3e dimanche de l’Avent C.

Homélie en la Chapelle saint Vincent de Paul à la Maison-Mère de Paris. 16 décembre 2018

Une joie inquiète… Je vais vous faire un aveu : j’ai été bien embarrassé pour préparer l’homélie d’aujourd’hui. Ce dimanche est traditionnellement celui de la joie. Toutes les lectures nous invitent à la joie parce que l’événement qu’elles annoncent n’est autre que la naissance du Fils de Dieu devenu homme comme nous dans ce monde, envoyé du Père pour nous sauver.

Et en face de cette annonce qui provoque notre joie, il y a les événements que nous vivons depuis quelques temps. Tout peut nous faire porter un regard pessimiste sur notre monde. Il y a toujours des points chauds sur notre planète ; souvent nous sentons la paix et le bonheur compromis par des dangers qui nous menacent. Les trois semaines passées nous inquiètent et nous révoltent sur certains aspects ; je veux parler des casses, des séditions, de l’attentat de Strasbourg. Je veux parler de l’inquiétude lancinante et des désespoirs de nos concitoyens qui n’ont pas de quoi boucler le mois. Nous demeurons inquiets.
En écoutant la prédication de Jean, les foules se posent deux questions :

1. Sur eux-mêmes : «que devons-nous faire ?» Le précurseur leur répond en leur adressant des exhortations morales précises. La même question est posée aux apôtres le jour de la Pentecôte par ceux qui ont entendu le discours de Pierre. Celui-ci les invite à croire en Jésus-Christ ressuscité, à la conversion et à un nouveau baptême (Ac 2, 37, 41).

2. Sur Jean-Baptiste lui-même : le gens se demandent si Jean n’est pas le Messie. Celui-ci leur répond : le Messie vient, plus puissant que lui. Il sera l’auteur du nouveau baptême. Le Précurseur annonce, avec des images fortes, l’Esprit qui va tomber sur toute l’humanité. C’est comme le travail du vanneur : toute la récolte y passe, mais Il est urgent de se préparer par la conversion à un tel jugement.

Dimanche de la joie, au cours de l’Avent, avant-goût de la fête de Noël ; tout nous y invite autour de nous. Mais la vraie joie est plus profonde : elle demeure toujours, au-delà même des inquiétudes et des drames ; sur les ronds-point ; elle s’approfondit davantage dans la prière.

Écoutons les auditeurs de Jean Baptiste : Que devons-nous faire ?

Là encore ma perplexité surgit. Que devons-nous faire ? Trois choses qui vont vous paraître dérisoires ou n’engageant peu.

1. La prière, la prière c’est ce dont nous manquons le moins. Prions pour la paix, la concorde, le remède vrai à la misère, prions pour les plus démunis, les vraiment démunis, ceux qui en ont “ras le bol”. Mais « Tu n’as plus à craindre le malheur » nous a dit Sophonie.

2. La confiance en la bonté de Dieu : « Que votre sérénité soit connue de tous les hommes». Le Seigneur nous invite à communiquer aux autres cette sérénité. Paul appelle sérénité cette joie profonde ; nous en avons besoin par les temps qui courent. C’est à la fois la modération, la maîtrise de soi, le souci du bien commun, qui naissent de notre confiance en Dieu et que rien ne peut ébranler. Cette joie calme est l’un des signes du chrétien.

3. Attendre le Christ dans la foi ; il nait pauvre dans une étable. Dire «l e Seigneur est proche », c’est nous préparer à accueillir notre Sauveur qui vient ; mais c’est aussi être attentif au frère qui est près de nous pour le reconnaître. Le prochain que nous devons aimer est celui qui est proche de nous, comme le Seigneur est proche parce qu’il est mêlé à l’histoire des hommes. « il est en toi » – «il est au milieu de nous», sur le rond-point. Dieu est à l’action pour nous. Comment le reconnaître dans ce monde qui nous inquiète ?

Le Seigneur est proche de nous parce qu’il est présent à notre vie de tous les jours. Seulement, les soucis quotidiens nous accaparent et nous empêchent de voir celui qui est près de nous. Comment aller au-delà de nos inquiétudes et de nos peurs pour être sensibles, dans la foi, à l’action et à la présence du Seigneur ?

L’Eucharistie est occasion de reconnaître le Seigneur présent et agissant au milieu de nous. C’est dans ce mouvement de reconnaissance que nous attendons et préparons la venue prochaine de notre Sauveur.

Nous dirons tout à l’heure dans la préface : « C’est lui qui nous donne la joie d’entrer déjà dans le mystère de Noël, pour qu’il nous trouve, quand il viendra, vigilants dans la prière et remplis d’allégresse » (Préface de l’Avent 2).

Claude LAUTISSIER, CM 🔸

Dimanche de la joie, au cours de l’Avent, avant-goût de la fête de Noël ; tout nous y invite autour de nous. Mais la vraie joie est plus profonde : elle demeure toujours, au-delà même des inquiétudes et des drames ; sur les ronds-point ; elle s’approfondit davantage dans la prière.

“Noël ensemble”. Invitation à Villepinte

“Noël ensemble”. Invitation à Villepinte

Dans le cadre du dialogue interreligieux et du vivre ensemble,

les paroisses catholiques de Villepinte avec la collaboration des représentants des communautés juives et musulmanes

vous invitent à un « Noël ensemble »

le dimanche 23 décembre de 15h à 18h30

aux espaces V, Avenue Jean Fourgeaud

pour un temps de partage fraternel, festif et convivial en présence de

Mme le Maire de Villepinte, Mme Martine Valleton.

P. Guillaume LEUKEUMO, CM 🔸

« Noël ensemble » le dimanche 23 décembre de 15h à 18h30- aux espaces V, Avenue Jean Fourgeaud, 93420 Villepinte

Explications :

1er Rencontre des Responsables de la Pastorale des Vocations. “Vers une nouvelle culture des Vocations”. Paris, 19 Novembre – 1er Décembre 2018. DOCUMENT FINAL

1er Rencontre des Responsables de la Pastorale des Vocations. “Vers une nouvelle culture des Vocations”.

Paris, 19 Novembre – 1er Décembre 2018

DOCUMENT FINAL

Les participants à la première Rencontre Internationale des Promoteurs des Vocations, réunis entre le 19 novembre et le 1er Décembre 2018 dans les locaux du CIF à la Maison-Mère de Paris, ont partagé la joie missionnaire de leur vocation Vincentienne dans cet espace de formation et de réflexion.

Invités par le Supérieur Général et son Conseil, plus de soixante missionnaires se sont rassemblés en provenance de presque toutes les Provinces, les Vice-Provinces, Régions et Missions Internationales. Nous croyons que cela est un reflet de l’intérêt et de l’importance que ce ministère de la Pastorale des Vocations aujourd’hui dans la Congrégation de la Mission.

Dans le cadre de cette rencontre nous manifestons notre option pour une « culture renouvelée des vocations » (lettre du Sup. Gén. du 25 janvier 2018)vécue et expérimentée à partir de l’Évangile qui est au cœur, et qui nous invite à revitaliser notre passion missionnaire à la suite du Christ Évangélisateur des Pauvres en toutes les étapes de notre vie.

De cette manière, nous pourrons générer une mentalité, une sensibilité et une pédagogiequi nous aidera à construire un style de vie qui favorise la « vocationnalisation » en chacune de nos communautés et ministère, et nous permette de grandir dans une « spiritualité vincentienne de l’appel ».

Nous partageons dans la suite de notre réflexion trois convictions concrètes:

 

A. CONVICTIONS

1. L’actualité de notre vocation missionnaire :

La vocation des missionnaires de la Congrégation de la Mission, tantôt des frères comme des prêtres, est d’une très grande actualité et elle a une force mystique de l’action que si nous la vivons pleinement, alors nous pourrons faire que nos œuvres et de nos ministères deviennent de véritables pépinières des vocations.

Ce n’est pas la « crise » d’une baisse des effectifs (des candidats) qui doit motiver notre travail avec les jeunes, mais notre désir d’impulser la création d’une culture vocationnelle et la passion missionnaire pour annoncer le Christ Évangélisateur des Pauvres, qui continue d’appeler des jeunes aujourd’hui à faire partie de son projet.Les vocations dans nos Provinces sont toujours un don de Dieu et nous devons rendre grâce pour cela.

 

2. La formation permanente :

Pour nous la formation permanente est indispensable et une priorité. A partir de cela chacun vit sa vocation d’une manière telle qu’il deviendra ainsi un « appelant »pour les jeunes. Parce que nous le savons c’est en partant de notre témoignage de vie et de notre joie missionnaire que nous serons un signe prophétique pour les jeunes des nouvelles générations, parce quel’Église ne croît pas par prosélytisme mais par attraction (EG 14).

 

3. L’accompagnement des jeunes:

Nous sommes conscients qu’il est urgent de nous engager comme Congrégation de la Mission dans le ministère de l’accompagnement des jeunes comme une expression de notre charisme missionnaire. Nous nous engageons à leur offrir l’occasion de discerner leur projet de vie à la lumière de la foi et au même temps, leur donner la possibilité d’entendre la voix de Dieu qui les appelle à se consacrer à la mission d’évangéliser les pauvres.

 

B. PÉDAGOGIE VOCATIONNELLE VINCENTIENNE ET LIGNES D’ACTION

Dans la construction de la Culture Vocationnelle Vincentienne, il est important l’engagement de tous les missionnaires de la Congrégation de la Mission.

Pour cette raison, nous suggérons ces lignes opératives-pédagogiques :

 

Le Supérieur Général et son Conseil :

  1. La création d’une Commission Internationale de la Pastorale des Vocations.
  2. Designer un Assistant Général pour accompagner la nouvelle commission.
  3. Faciliter l’échange de missionnaires entre les provinces.
  4. Créer des espaces « d’interprovincialité » entre ceux qui sont en formation.
  5. Proposer le sujet de la Culture Vocationnelleà la prochaine Assemblée Générale.
  6. Promouvoir la « révision » des œuvres dans les provinces à partir du paradigme qui nous offre la Culture Vocationnelle Vincentienne.
  7. Stimuler la création d’espaces de formation en Culture Vocationnelleà partir des Conférences des Visiteurs.

Visiteurs et Conseils des Provinces :

  1. S’engager à implanter la Culture Vocationnelle Vincentienne.
  2. Établir une Équipe d’Animation de la Pastorale des Vocations.
  3. Définir un Projet Provincialde Pastorale des Vocationsà partir de la Culture Vocationnelleet de la réalité locale.
  4. Offrir les conditions pour que le Responsable de la Pastorale des Vocations puisse se consacrercomplètement à ce service.
  5. Favoriser la qualité de vie communautaire et le témoignage missionnaire en chaque œuvre de la Province.
  6. Responsabiliser un confrère en chaque communauté locale pour le service de l’Animation Vocationnelle.
  7. Lier la Pastorale des Vocations avec la Famille Vincentienne.
  8. Garantir la formation pour les formateurs
  9. Structurer un modèle de formation qui intègre le discernement des vocations, la formation initiale et la formation permanente.
  10. Intégrer des jeunes et des laïcs dans les Équipes de Pastorale des Vocations.

Chaque missionnaire :

  1. Prier en communauté et personnellementpour les vocations.
  2. Étudier en profondeur les Documentsde l’Égliseet de la Congrégation quiabordent le thème de la vocation.
  3. Participer avec son propre témoignage et à travers des médias pour rendre visible la vocation de la Congrégation de la Mission.
  4. Profiter de chaque occasion pour semer la semence de la vocation, d’une manière telle qu’on arrive à « vocationnaliser » toute la vie et la Mission de la Congrégation.
  5. S’engager avec sa propre formation permanente, d’une manière telle,qu’elle garde toujours vivante l’esprit de Jésus-Christ Évangélisateur des pauvres et son attachement à sa propre vocation.

C. CONCLUSION

Aux pieds de Saint Vincent de Paul, le mystique de la charité, comme promoteurs et responsables de la Pastorale des Vocations en chacune de nos provinces, vice-provinces, régions et missions internationales ; nous confirmons notre engagement avec le sentiment de la Congrégation de la Mission, exprimé en ce document ; et avec les convictions que nous venons de signaler, d’où surgit la pédagogie vocationnelle vincentienne que nous assumons comme mission particulière du ministère qui nous a été confiée.

Nous avons la certitude que la Culture Vocationnelle représente dans un langage actuel le rêve de la Mission et de la Charité vécu par notre fondateur, parce que nous savons que les ouvriers vont se multiplier, attirés par l’odeur de toute cette Charité (III, 234)

Responsables Provinciaux de la Pastorale des Vocations 🔸

Dans le cadre de cette rencontre nous manifestons notre option pour une « culture renouvelée des vocations » (lettre du Sup. Gén. du 25 janvier 2018)vécue et expérimentée à partir de l’Évangile qui est au cœur, et qui nous invite à revitaliser notre passion missionnaire à la suite du Christ Évangélisateur des Pauvres en toutes les étapes de notre vie.

Session UAC – Union Apostolique du Clergé à CHEVILLY-LARUE. Thème : “La diversité des prêtres au service d’un diocèse”. Témoignage d’un missionnaire Lazariste en France

Session UAC – Union Apostolique du Clergé à CHEVILLY-LARUE.

Thème : “La diversité des prêtres au service d’un diocèse”.

Témoignage d’un missionnaire Lazariste en France

Introduction

Chaque fois que j’ai été sollicité pour faire un témoignage sur mon expérience de prêtre fidei donum en France, je me suis excusé en arguant que je n’étais peut-être pas la bonne pioche.

En effet, l’expression « fidei donum » désigne ces prêtres, qui restent incardinés dans leur diocèse d’origine et qui partent pour un temps limité servir un autre diocèse. Or, je ne suis pas incardiné dans un diocèse et il y a longtemps que j’ai quitté mon pays pour entrer dans un institut missionnaire. A cela on me rétorque que c’est plutôt un atout, une occasion de parler de l’expérience d’un religieux prêtre au service d’un diocèse. Le thème de cette session, « La diversité des prêtres au service d’un diocèse », va, me semble-t-il, dans ce sens.

En lisant l’encyclique de Pie XII, je me suis rendu compte que « l’esprit missionnaire et l’esprit catholique ne font qu’un. » (n.12) C’est ce qui m’a convaincu d’accepter de donner ce témoignage. Après une brève présentation, j’articulerai mon témoignage en trois points : mon arrivée en France, ce que j’ai apprécié et ce qui m’a surpris, enfin mon ministère actuel.

Qui suis-je ?

Je suis un prêtre d’origine burundaise, membre de la Congrégation de la Mission (dite des Pères et Frères Lazaristes), fondée en France par saint Vincent de Paul au XVIIe siècle. J’ai fait le Noviciat à Madagascar puis les études de philosophie et de théologie au Cameroun où j’ai exercé le ministère sacerdotal dans une paroisse semi-rurale pendant 7 ans (dont deux ans comme vicaire et cinq ans comme curé). J’ai même cumulé, l’avant dernière année, la fonction de curé avec la direction de notre scolasticat (maison de formation) à Yaoundé. Je suis arrivé en France, comme prêtre-étudiant, en 2004.

Accueil en France (avec ou sans préparation ?)

Dans notre congrégation, au bout de cinq années de ministère, les jeunes confrères ont la possibilité de partir approfondir leurs études dans un domaine dicté par les besoins de la mission ou sur un sujet qui les intéresse. Quand fût venu mon tour de partir, j’ai eu l’occasion de faire une triple proposition de destination où je souhaitais poursuivre mon aventure. Curieusement Paris n’était pas dedans ; non pas que je n’aimais pas la France ou notre Maison-mère qui héberge à Paris le corps de notre fondateur, Vincent de Paul, mais je ne voulais pas être proche du centre de décision de notre Province. Finalement, c’est la France qui va s’imposer : « Viens en France, disaient mon Supérieur provincial et son assistant. On a besoin de toi. »

Un ou deux ans auparavant, un jeune confrère Vietnamien m’avait précédé dans notre Maison-Mère. On comptait sur moi pour diversifier davantage la communauté : « Avec ta présence, me disait-on, il ne se sentira plus perdu. »  J’ai accueilli cet appel comme une invitation de la Providence à poursuivre mon aventure en France mais je ne me posais pas la question sur le type de mission que la Province me confierait en parallèle à mes études. Mes supérieurs m’ont fait une pré-inscription qui a facilité les démarches administratives ultérieures. Ce qui n’est pas négligeable pour aborder sereinement la vie dans un nouveau pays.

Pendant la formation initiale, nous étions sensibilisés à nous ouvrir à la mission au lointain mais cela restait très général ; il n’y avait pas de préparation directe à une mission précise. Que connaissais-je de la France ? Comme beaucoup de gamins de mon époque, j’avais appris que l’histoire de France commence avec « nos ancêtres les Gaulois ». J’avais appris quelques phrases [1] pour retenir ses grands fleuves et les grands auteurs du XVIIe siècle. Je savais que la France était le pays des Droits de l’homme, la fille aînée de l’Eglise, le pays des Lumières, etc. J’avais vaguement entendu parler de La France, pays de mission, rapport d’H. Godin et Y. Daniel paru en 1943, mais j’étais loin d’imaginer ce qu’insinuait ce rapport.

Ce qui m’a surpris : ce que j’ai apprécié ; ce qui m’a fait souffrir

Dès mon arrivée à l’aéroport, je fus surpris d’être accueilli par le Supérieur provincial lui-même. Sur la route, le Supérieur me fit ses premières propositions d’apostolat mais il me laissera poser mes valises avant de lui donner une réponse ! Une fois à la Maison-mère, il me montra les coins et recoins de la maison. Au déjeuner, il me présenta à la communauté. J’ai senti que j’étais attendu et accueilli. Précisons cependant qu’il a fallu tout apprendre : le nouveau milieu de vie (visite des principaux monuments et églises de Paris), l’alimentation, les habitudes de la maison, le déplacement dans Paris, la gestion de l’argent, etc.

Trois semaines après mon arrivée, la communauté accueillait quatre autres Vietnamiens et deux Colombiens. Du coup, c’est moi qui me retrouvais en minorité, seul Burundais dans une communauté de 26 Français, cinq Vietnamiens, deux Colombiens, un Américain et un Espagnol. Les Vietnamiens se donnaient des temps particuliers de prières en dehors des heures communautaires… Moi, je n’avais pas ce privilège. Lors des fêtes de fin d’année nous étions encouragés à partager quelque chose qui marque Noël dans nos pays d’origine. Pour moi c’était une gageure car personne ne connaissait ma langue maternelle. Contrairement à ce que je craignais, tout le monde a appris le chant que je suggérais. Preuve que la mission était faite d’échange de ressources humaines et spirituelles, de différences culturelles, etc.

Les services de la Province

En marge des études, j’ai assuré quasiment l’aumônerie de la communauté des Filles de la Charité et le service de chapelin à la Chapelle de la Médaille miraculeuse, au 140 rue du Bac, pour ce qui était des messes, confessions, accueil et écoute des pèlerins d’un jour ou habitués, qui voulaient parler.

Vers la fin de mes études en 2008, j’ai été nommé au Conseil provincial. Avant d’accepter cette charge, je m’en suis ouvert à mon accompagnateur spirituel qui me répondit ceci : « De quoi as-tu peur ? On te fait confiance. Tu ne seras pas seul. Ensuite, ça donnera des couleurs au Conseil. » Il s’en suivra une série d’autres charges parfois à des postes dits « sensibles » : la direction du Service des Missions lazaristes en France, la délégation à la Cellule d’accueil pour la Mission universelle, la délégation au collectif CORREF-CCFD (aujourd’hui IRSI). Cela peut paraître banal mais pour ceux qui entrent les premiers dans ces services, ce n’était pas drôle. J’en ai pour preuves les commentaires et les résistances qui accompagnent ce genre de nomination… Dans l’entre-temps, mon statut juridique a changé sans effort de ma part. Je suis passé d’étudiant à résident, avec une carte de séjour de dix ans. J’ai été encouragé à demander la naturalisation ; ce que je fis seulement en 2015 parce que je n’avais pas l’intention de m’éterniser en France. J’étais loin d’imaginer que, un an plus tard, je serais incorporé à la nouvelle Province de France.

La mission dans le diocèse de Langres

Quand fut posée la question du renouvellement de notre insertion dans le diocèse de Langres en Haute-Marne, je fus associé à l’élaboration du projet missionnaire qui s’appuyait sur la demande de l’évêque au supérieur provincial. Ce qui m’a permis de connaître les attentes de l’évêque et de me préparer à entrer dans son presbyterium. Pourtant, les mauvaises langues disaient que la Haute-Marne était « un désert spirituel » ; que « le département comptait plus de têtes de bétail que d’habitants » ; que « le clergé était plutôt libéral » et j’en passe.  Propos qui semblaient contredire ce que j’avais ressenti lors d’une campagne de carême que j’avais animée dans la région mais qui n’entamèrent en rien ma disposition à servir cette région.

Quand la décision fut prise d’élargir nos tentes en Haute-Marne, je suis parti dans la joie et confiant qu’un Lazariste avait bel et bien sa place dans cette région qui n’avait pas bonne presse. J’ai eu l’impression d’être arraché au béton parisien et placé dans les grands espaces haut-marnais. Aussi, depuis septembre 2010, je suis dans une communauté de 5 confrères de trois nationalités, œuvrant dans 3 diocèses différents (Langres, Metz et Nancy). Nous nous retrouvons entre confrères, une fois par mois, pour échanger ou travailler un thème suggéré par la Province.

Notre équipe, composée de deux prêtres et d’un frère coadjuteur, est entrée dans un presbyterium de 44 prêtres dont 29 séculiers incardinés ; 11 prêtres séculiers non incardinés et 4 prêtres religieux et membres d’Institut. L’accueil par le presbyterium était plutôt bon. Certains prêtres nous ont quasiment adoptés tandis que d’autres dénonçaient des solutions sans lendemain : la politique des « bouche-trou », de « déshabiller Pierre pour habiller Paul », etc. Côté responsabilité, notre équipe était chargée d’un secteur de trois paroisses réparties en 63 clochers pour une population de 16 220 habitants. Nous avions un mandat de 3 ans renouvelable deux fois au maximum.

Les paroissiens aussi nous ont bien accueillis et, très vite, ils nous ont ouvert les portes de leurs maisons. Certains ont tissé des liens qui vont au-delà de l’engagement dans les services paroissiaux pour être de véritables familles où nous sommes invités à nous rendre comme chez nous. Je confesse qu’en grande partie, nous récoltions les fruits du labeur d’un Lazariste qui nous avait précédé d’une dizaine d’années dans le secteur.

Avec l’accord du Supérieur provincial, l’évêque a déplacé notre équipe du nord du département pour le centre ; à savoir la ville de Chaumont (23 755 habitants) et les villages des environs à savoir 4 543 habitants dans une paroisse et 1 620 habitants dans une autre.

Les joies et les difficultés rencontrées ?

  • Les joies (souvent on voit plus les difficultés que les joies)

J’ai apprécié d’être accueilli par une communauté[2], une véritable famille, un lieu d’entraide et de discernement. On s’enrichit les uns les autres de nos sensibilités culturelles, linguistiques, spirituelles… Me découvrir attendu, a été réconfortant et m’a aidé à réaliser que je ne débarquais pas en terrain conquis.

Concernant mon apostolat à la Chapelle de la Rue du Bac, le dépaysement a été moins violent que je ne craignais. En effet, la majorité des pèlerins de ce lieu sont, comme on dit, « des personnes de couleurs ». C’est comme si j’étais encore dans un pays africain.

Autre lieu, autre joie : en paroisse, j’ai été très émerveillé de trouver des chrétiens, cheveux grisonnants mais très engagés dans les services de l’Eglise. En plus, ils m’ont quasiment adopté. Vue la réussite de l’expérience, on entend dire : « Le prêtre africain passe bien. » Doit-on s’en satisfaire ?

  • Difficultés spécifiques au fait migratoire :

En arrivant en France, j’ai pris de plein fouet le défi de la sécularisation. Elle est présente partout jusque dans nos communautés religieuses et nos paroisses : attention à ma tenue vestimentaire (pas de soutane pour ne pas donner l’air de « tradi ») ; pas de crucifix très voyant ; plus de benedicite en dehors de la communauté ; plus de « Mon Père », tout le monde est Monsieur ou Madame ; et j’en passe des meilleures. Un de mes professeurs, le Père Henri Jérôme Gagey, résumait cette situation en ces termes : « il faut autant d’héroïsme en Afrique pour rester à la maison pendant presque que tout le monde va à la messe, qu’aller à la messe en Europe alors que la majorité des gens restent à la maison ou vont vaquer à d’autres occupation ».

L’insertion dans un nouveau contexte culturel et économique nécessite un accompagnement plus ou moins long à tout point de vue (mode de vie, image de la vie religieuse, rapport au travail, à l’argent, changement de statut social…). Par exemple, ce n’est pas évident de faire ses courses avec une carte bancaire quand on a été habitué à tout régler cash…

Un autre exemple, c’est le décalage entre le niveau de vie dans une communauté même pauvre en France et les moyens économiques de l’Institut dans le pays d’origine, qui peut provoquer tensions, incompréhensions et réelles souffrances.

  • Difficultés spécifiques à l’accueil au sein de l’Église locale

Les évêques signent bien des contrats avec nos diocèses d’origine ou nos congrégations mais souvent nous ignorons les attentes des Églises d’accueil par rapport à nos communautés et à leur charisme. Parfois j’entends dire qu’à tel endroit on veut des prêtres pour « dire la messe » et pour une durée de 57 min (une homélie de 7 min).

Il y a une certaine image dévaluée, une prise en charge « condescendante » et le clivage « vieille église/jeune église » qui peut miner nos échanges.

Ce qui me dynamise et m’invite au dépassement vers des valeurs nouvelles !

C’est la découverte que je suis en mission en France, non pas pour renvoyer l’ascenseur[3] à ceux qui nous ont évangélisés mais pour, avec eux, payer la seule vraie dette, la dette de l’amour (Rm13,8-10). Je viens partager la Bonne nouvelle, non pas avec ceux qui me l’ont fait connaître mais parce que c’est une parole qui me fait vivre et je voudrais qu’elle fasse vivre ceux à qui je suis envoyé.

La mission, en France ou ailleurs, pose la question de l’autre et de la justesse de la relation, non seulement spirituelle mais aussi dans son expression concrète (échanges de nouvelles de famille ou du pays). Il est parfois douloureux de sortir de nos schémas mentaux « dominant/dominé » et de décentrer notre vision géographique et culturelle du monde (racisme ordinaire).

Nous sommes appelés à dépasser ensemble tous les clivages, à remettre en cause réciproquement nos manières de concevoir la vie et de la vivre. Nous pourrons alors devenir ensemble, en frères et sœurs, des témoins de la mission de partout à partout.

Deux convictions nécessaires pour vivre le défi de la mission !

Une conversion permanente : Comme prêtres et religieux, nous voulons vivre dans la convivialité avec des personnes que nous n’avons pas choisies et qui peuvent venir de cultures aux antipodes de la nôtre ; des personnes avec lesquelles nous vivons non seulement pour un temps de récollection ou de retraite mais tous les jours pour le couvert, l’habitat, la prière, les activités apostoliques, etc. Cette fraternité n’est possible que fondée sur Jésus-Christ et dans un effort de conversion et de lutte quotidiennes.

Le dialogue : Nous avons besoin d’une véritable culture de dialogue et de réciprocité dans notre mission. Essayer de regarder les choses du point de vue de l’autre. Que de blessures seraient évitées si nous savions nous rendre sensibles au retentissement des paroles et des attitudes de l’autre !

Conclusion

Dans cette petite trajectoire personnelle, j’ai montré combien nos histoires sont des histoires de migration. Moi-même je m’identifie comme tel ; je peux dire avec fierté « Mon père était un Araméen errant » ou « vagabond, égaré », selon les traductions (Deut. 26,5) et je comprends que le pape François soit si sensible à la question des migrants.

J’ai été conduit dans des lieux et pour des responsabilités que je ne soupçonnais pas. Ce que j’en retiens, c’est que tout s’apprend et la vie missionnaire n’échappe pas à la règle. Pour la comprendre, il serait bon d’avoir fait, au moins une fois l’expérience d’être étranger dans un pays où on ne connaît pas la langue et où on se sent perdu. Pour ma part, je remercie la Providence pour toutes les personnes ceux qu’elle a mises sur ma route et avec lesquelles je pense vivre cette « Eglise en sortie », une Eglise ouverte que le pape François appelle de tous ses vœux.

, CM 🔸

Dans cette petite trajectoire personnelle, j’ai montré combien nos histoires sont des histoires de migration. Moi-même je m’identifie comme tel ; je peux dire avec fierté « Mon père était un Araméen errant » ou « vagabond, égaré », selon les traductions (Deut. 26,5) et je comprends que le pape François soit si sensible à la question des migrants.

Notes :

[1] « Cette fille est une vraie garçonne, elle n’a pas de vie saine : elle fanfaronne, dort comme un loir et a mal aux reins ! » ; pour : Garonne, Seine, Rhône, Loire, Rhin Garonne : 650 km Seine : 776 km Rhône : 812 km Loire : 1020 km Rhin : 1320 km.

« Une Corneille perchée sur la racine de la bruyère boit l’eau de la fontaine Molière » ; pour les grands auteurs du XVIIe siècle (Racine, La Bruyère, Corneille, Boileau, La Fontaine, Molière).

[2] Cf. Gérard Warenghem : « La joie de vivre en communauté – en Afrique ou en Europe », Harmattan, 2003, 202 pages

[3] Avec des motivations du genre : « Un jour vous nous avez évangélisés ; grâce à vous, nous avons connu l’Évangile, aujourd’hui vous avez besoin de nous, nous venons vous aider. »