1er Rencontre des Responsables de la Pastorale des Vocations. “Vers une nouvelle culture des Vocations”. Paris, 19 Novembre – 1er Décembre 2018. DOCUMENT FINAL

1er Rencontre des Responsables de la Pastorale des Vocations. “Vers une nouvelle culture des Vocations”.

Paris, 19 Novembre – 1er Décembre 2018

DOCUMENT FINAL

Les participants à la première Rencontre Internationale des Promoteurs des Vocations, réunis entre le 19 novembre et le 1er Décembre 2018 dans les locaux du CIF à la Maison-Mère de Paris, ont partagé la joie missionnaire de leur vocation Vincentienne dans cet espace de formation et de réflexion.

Invités par le Supérieur Général et son Conseil, plus de soixante missionnaires se sont rassemblés en provenance de presque toutes les Provinces, les Vice-Provinces, Régions et Missions Internationales. Nous croyons que cela est un reflet de l’intérêt et de l’importance que ce ministère de la Pastorale des Vocations aujourd’hui dans la Congrégation de la Mission.

Dans le cadre de cette rencontre nous manifestons notre option pour une « culture renouvelée des vocations » (lettre du Sup. Gén. du 25 janvier 2018)vécue et expérimentée à partir de l’Évangile qui est au cœur, et qui nous invite à revitaliser notre passion missionnaire à la suite du Christ Évangélisateur des Pauvres en toutes les étapes de notre vie.

De cette manière, nous pourrons générer une mentalité, une sensibilité et une pédagogiequi nous aidera à construire un style de vie qui favorise la « vocationnalisation » en chacune de nos communautés et ministère, et nous permette de grandir dans une « spiritualité vincentienne de l’appel ».

Nous partageons dans la suite de notre réflexion trois convictions concrètes:

 

A. CONVICTIONS

1. L’actualité de notre vocation missionnaire :

La vocation des missionnaires de la Congrégation de la Mission, tantôt des frères comme des prêtres, est d’une très grande actualité et elle a une force mystique de l’action que si nous la vivons pleinement, alors nous pourrons faire que nos œuvres et de nos ministères deviennent de véritables pépinières des vocations.

Ce n’est pas la « crise » d’une baisse des effectifs (des candidats) qui doit motiver notre travail avec les jeunes, mais notre désir d’impulser la création d’une culture vocationnelle et la passion missionnaire pour annoncer le Christ Évangélisateur des Pauvres, qui continue d’appeler des jeunes aujourd’hui à faire partie de son projet.Les vocations dans nos Provinces sont toujours un don de Dieu et nous devons rendre grâce pour cela.

 

2. La formation permanente :

Pour nous la formation permanente est indispensable et une priorité. A partir de cela chacun vit sa vocation d’une manière telle qu’il deviendra ainsi un « appelant »pour les jeunes. Parce que nous le savons c’est en partant de notre témoignage de vie et de notre joie missionnaire que nous serons un signe prophétique pour les jeunes des nouvelles générations, parce quel’Église ne croît pas par prosélytisme mais par attraction (EG 14).

 

3. L’accompagnement des jeunes:

Nous sommes conscients qu’il est urgent de nous engager comme Congrégation de la Mission dans le ministère de l’accompagnement des jeunes comme une expression de notre charisme missionnaire. Nous nous engageons à leur offrir l’occasion de discerner leur projet de vie à la lumière de la foi et au même temps, leur donner la possibilité d’entendre la voix de Dieu qui les appelle à se consacrer à la mission d’évangéliser les pauvres.

 

B. PÉDAGOGIE VOCATIONNELLE VINCENTIENNE ET LIGNES D’ACTION

Dans la construction de la Culture Vocationnelle Vincentienne, il est important l’engagement de tous les missionnaires de la Congrégation de la Mission.

Pour cette raison, nous suggérons ces lignes opératives-pédagogiques :

 

Le Supérieur Général et son Conseil :

  1. La création d’une Commission Internationale de la Pastorale des Vocations.
  2. Designer un Assistant Général pour accompagner la nouvelle commission.
  3. Faciliter l’échange de missionnaires entre les provinces.
  4. Créer des espaces « d’interprovincialité » entre ceux qui sont en formation.
  5. Proposer le sujet de la Culture Vocationnelleà la prochaine Assemblée Générale.
  6. Promouvoir la « révision » des œuvres dans les provinces à partir du paradigme qui nous offre la Culture Vocationnelle Vincentienne.
  7. Stimuler la création d’espaces de formation en Culture Vocationnelleà partir des Conférences des Visiteurs.

Visiteurs et Conseils des Provinces :

  1. S’engager à implanter la Culture Vocationnelle Vincentienne.
  2. Établir une Équipe d’Animation de la Pastorale des Vocations.
  3. Définir un Projet Provincialde Pastorale des Vocationsà partir de la Culture Vocationnelleet de la réalité locale.
  4. Offrir les conditions pour que le Responsable de la Pastorale des Vocations puisse se consacrercomplètement à ce service.
  5. Favoriser la qualité de vie communautaire et le témoignage missionnaire en chaque œuvre de la Province.
  6. Responsabiliser un confrère en chaque communauté locale pour le service de l’Animation Vocationnelle.
  7. Lier la Pastorale des Vocations avec la Famille Vincentienne.
  8. Garantir la formation pour les formateurs
  9. Structurer un modèle de formation qui intègre le discernement des vocations, la formation initiale et la formation permanente.
  10. Intégrer des jeunes et des laïcs dans les Équipes de Pastorale des Vocations.

Chaque missionnaire :

  1. Prier en communauté et personnellementpour les vocations.
  2. Étudier en profondeur les Documentsde l’Égliseet de la Congrégation quiabordent le thème de la vocation.
  3. Participer avec son propre témoignage et à travers des médias pour rendre visible la vocation de la Congrégation de la Mission.
  4. Profiter de chaque occasion pour semer la semence de la vocation, d’une manière telle qu’on arrive à « vocationnaliser » toute la vie et la Mission de la Congrégation.
  5. S’engager avec sa propre formation permanente, d’une manière telle,qu’elle garde toujours vivante l’esprit de Jésus-Christ Évangélisateur des pauvres et son attachement à sa propre vocation.

C. CONCLUSION

Aux pieds de Saint Vincent de Paul, le mystique de la charité, comme promoteurs et responsables de la Pastorale des Vocations en chacune de nos provinces, vice-provinces, régions et missions internationales ; nous confirmons notre engagement avec le sentiment de la Congrégation de la Mission, exprimé en ce document ; et avec les convictions que nous venons de signaler, d’où surgit la pédagogie vocationnelle vincentienne que nous assumons comme mission particulière du ministère qui nous a été confiée.

Nous avons la certitude que la Culture Vocationnelle représente dans un langage actuel le rêve de la Mission et de la Charité vécu par notre fondateur, parce que nous savons que les ouvriers vont se multiplier, attirés par l’odeur de toute cette Charité (III, 234)

Responsables Provinciaux de la Pastorale des Vocations 🔸

Dans le cadre de cette rencontre nous manifestons notre option pour une « culture renouvelée des vocations » (lettre du Sup. Gén. du 25 janvier 2018)vécue et expérimentée à partir de l’Évangile qui est au cœur, et qui nous invite à revitaliser notre passion missionnaire à la suite du Christ Évangélisateur des Pauvres en toutes les étapes de notre vie.

Session UAC – Union Apostolique du Clergé à CHEVILLY-LARUE. Thème : “La diversité des prêtres au service d’un diocèse”. Témoignage d’un missionnaire Lazariste en France

Session UAC – Union Apostolique du Clergé à CHEVILLY-LARUE.

Thème : “La diversité des prêtres au service d’un diocèse”.

Témoignage d’un missionnaire Lazariste en France

Introduction

Chaque fois que j’ai été sollicité pour faire un témoignage sur mon expérience de prêtre fidei donum en France, je me suis excusé en arguant que je n’étais peut-être pas la bonne pioche.

En effet, l’expression « fidei donum » désigne ces prêtres, qui restent incardinés dans leur diocèse d’origine et qui partent pour un temps limité servir un autre diocèse. Or, je ne suis pas incardiné dans un diocèse et il y a longtemps que j’ai quitté mon pays pour entrer dans un institut missionnaire. A cela on me rétorque que c’est plutôt un atout, une occasion de parler de l’expérience d’un religieux prêtre au service d’un diocèse. Le thème de cette session, « La diversité des prêtres au service d’un diocèse », va, me semble-t-il, dans ce sens.

En lisant l’encyclique de Pie XII, je me suis rendu compte que « l’esprit missionnaire et l’esprit catholique ne font qu’un. » (n.12) C’est ce qui m’a convaincu d’accepter de donner ce témoignage. Après une brève présentation, j’articulerai mon témoignage en trois points : mon arrivée en France, ce que j’ai apprécié et ce qui m’a surpris, enfin mon ministère actuel.

Qui suis-je ?

Je suis un prêtre d’origine burundaise, membre de la Congrégation de la Mission (dite des Pères et Frères Lazaristes), fondée en France par saint Vincent de Paul au XVIIe siècle. J’ai fait le Noviciat à Madagascar puis les études de philosophie et de théologie au Cameroun où j’ai exercé le ministère sacerdotal dans une paroisse semi-rurale pendant 7 ans (dont deux ans comme vicaire et cinq ans comme curé). J’ai même cumulé, l’avant dernière année, la fonction de curé avec la direction de notre scolasticat (maison de formation) à Yaoundé. Je suis arrivé en France, comme prêtre-étudiant, en 2004.

Accueil en France (avec ou sans préparation ?)

Dans notre congrégation, au bout de cinq années de ministère, les jeunes confrères ont la possibilité de partir approfondir leurs études dans un domaine dicté par les besoins de la mission ou sur un sujet qui les intéresse. Quand fût venu mon tour de partir, j’ai eu l’occasion de faire une triple proposition de destination où je souhaitais poursuivre mon aventure. Curieusement Paris n’était pas dedans ; non pas que je n’aimais pas la France ou notre Maison-mère qui héberge à Paris le corps de notre fondateur, Vincent de Paul, mais je ne voulais pas être proche du centre de décision de notre Province. Finalement, c’est la France qui va s’imposer : « Viens en France, disaient mon Supérieur provincial et son assistant. On a besoin de toi. »

Un ou deux ans auparavant, un jeune confrère Vietnamien m’avait précédé dans notre Maison-Mère. On comptait sur moi pour diversifier davantage la communauté : « Avec ta présence, me disait-on, il ne se sentira plus perdu. »  J’ai accueilli cet appel comme une invitation de la Providence à poursuivre mon aventure en France mais je ne me posais pas la question sur le type de mission que la Province me confierait en parallèle à mes études. Mes supérieurs m’ont fait une pré-inscription qui a facilité les démarches administratives ultérieures. Ce qui n’est pas négligeable pour aborder sereinement la vie dans un nouveau pays.

Pendant la formation initiale, nous étions sensibilisés à nous ouvrir à la mission au lointain mais cela restait très général ; il n’y avait pas de préparation directe à une mission précise. Que connaissais-je de la France ? Comme beaucoup de gamins de mon époque, j’avais appris que l’histoire de France commence avec « nos ancêtres les Gaulois ». J’avais appris quelques phrases [1] pour retenir ses grands fleuves et les grands auteurs du XVIIe siècle. Je savais que la France était le pays des Droits de l’homme, la fille aînée de l’Eglise, le pays des Lumières, etc. J’avais vaguement entendu parler de La France, pays de mission, rapport d’H. Godin et Y. Daniel paru en 1943, mais j’étais loin d’imaginer ce qu’insinuait ce rapport.

Ce qui m’a surpris : ce que j’ai apprécié ; ce qui m’a fait souffrir

Dès mon arrivée à l’aéroport, je fus surpris d’être accueilli par le Supérieur provincial lui-même. Sur la route, le Supérieur me fit ses premières propositions d’apostolat mais il me laissera poser mes valises avant de lui donner une réponse ! Une fois à la Maison-mère, il me montra les coins et recoins de la maison. Au déjeuner, il me présenta à la communauté. J’ai senti que j’étais attendu et accueilli. Précisons cependant qu’il a fallu tout apprendre : le nouveau milieu de vie (visite des principaux monuments et églises de Paris), l’alimentation, les habitudes de la maison, le déplacement dans Paris, la gestion de l’argent, etc.

Trois semaines après mon arrivée, la communauté accueillait quatre autres Vietnamiens et deux Colombiens. Du coup, c’est moi qui me retrouvais en minorité, seul Burundais dans une communauté de 26 Français, cinq Vietnamiens, deux Colombiens, un Américain et un Espagnol. Les Vietnamiens se donnaient des temps particuliers de prières en dehors des heures communautaires… Moi, je n’avais pas ce privilège. Lors des fêtes de fin d’année nous étions encouragés à partager quelque chose qui marque Noël dans nos pays d’origine. Pour moi c’était une gageure car personne ne connaissait ma langue maternelle. Contrairement à ce que je craignais, tout le monde a appris le chant que je suggérais. Preuve que la mission était faite d’échange de ressources humaines et spirituelles, de différences culturelles, etc.

Les services de la Province

En marge des études, j’ai assuré quasiment l’aumônerie de la communauté des Filles de la Charité et le service de chapelin à la Chapelle de la Médaille miraculeuse, au 140 rue du Bac, pour ce qui était des messes, confessions, accueil et écoute des pèlerins d’un jour ou habitués, qui voulaient parler.

Vers la fin de mes études en 2008, j’ai été nommé au Conseil provincial. Avant d’accepter cette charge, je m’en suis ouvert à mon accompagnateur spirituel qui me répondit ceci : « De quoi as-tu peur ? On te fait confiance. Tu ne seras pas seul. Ensuite, ça donnera des couleurs au Conseil. » Il s’en suivra une série d’autres charges parfois à des postes dits « sensibles » : la direction du Service des Missions lazaristes en France, la délégation à la Cellule d’accueil pour la Mission universelle, la délégation au collectif CORREF-CCFD (aujourd’hui IRSI). Cela peut paraître banal mais pour ceux qui entrent les premiers dans ces services, ce n’était pas drôle. J’en ai pour preuves les commentaires et les résistances qui accompagnent ce genre de nomination… Dans l’entre-temps, mon statut juridique a changé sans effort de ma part. Je suis passé d’étudiant à résident, avec une carte de séjour de dix ans. J’ai été encouragé à demander la naturalisation ; ce que je fis seulement en 2015 parce que je n’avais pas l’intention de m’éterniser en France. J’étais loin d’imaginer que, un an plus tard, je serais incorporé à la nouvelle Province de France.

La mission dans le diocèse de Langres

Quand fut posée la question du renouvellement de notre insertion dans le diocèse de Langres en Haute-Marne, je fus associé à l’élaboration du projet missionnaire qui s’appuyait sur la demande de l’évêque au supérieur provincial. Ce qui m’a permis de connaître les attentes de l’évêque et de me préparer à entrer dans son presbyterium. Pourtant, les mauvaises langues disaient que la Haute-Marne était « un désert spirituel » ; que « le département comptait plus de têtes de bétail que d’habitants » ; que « le clergé était plutôt libéral » et j’en passe.  Propos qui semblaient contredire ce que j’avais ressenti lors d’une campagne de carême que j’avais animée dans la région mais qui n’entamèrent en rien ma disposition à servir cette région.

Quand la décision fut prise d’élargir nos tentes en Haute-Marne, je suis parti dans la joie et confiant qu’un Lazariste avait bel et bien sa place dans cette région qui n’avait pas bonne presse. J’ai eu l’impression d’être arraché au béton parisien et placé dans les grands espaces haut-marnais. Aussi, depuis septembre 2010, je suis dans une communauté de 5 confrères de trois nationalités, œuvrant dans 3 diocèses différents (Langres, Metz et Nancy). Nous nous retrouvons entre confrères, une fois par mois, pour échanger ou travailler un thème suggéré par la Province.

Notre équipe, composée de deux prêtres et d’un frère coadjuteur, est entrée dans un presbyterium de 44 prêtres dont 29 séculiers incardinés ; 11 prêtres séculiers non incardinés et 4 prêtres religieux et membres d’Institut. L’accueil par le presbyterium était plutôt bon. Certains prêtres nous ont quasiment adoptés tandis que d’autres dénonçaient des solutions sans lendemain : la politique des « bouche-trou », de « déshabiller Pierre pour habiller Paul », etc. Côté responsabilité, notre équipe était chargée d’un secteur de trois paroisses réparties en 63 clochers pour une population de 16 220 habitants. Nous avions un mandat de 3 ans renouvelable deux fois au maximum.

Les paroissiens aussi nous ont bien accueillis et, très vite, ils nous ont ouvert les portes de leurs maisons. Certains ont tissé des liens qui vont au-delà de l’engagement dans les services paroissiaux pour être de véritables familles où nous sommes invités à nous rendre comme chez nous. Je confesse qu’en grande partie, nous récoltions les fruits du labeur d’un Lazariste qui nous avait précédé d’une dizaine d’années dans le secteur.

Avec l’accord du Supérieur provincial, l’évêque a déplacé notre équipe du nord du département pour le centre ; à savoir la ville de Chaumont (23 755 habitants) et les villages des environs à savoir 4 543 habitants dans une paroisse et 1 620 habitants dans une autre.

Les joies et les difficultés rencontrées ?

  • Les joies (souvent on voit plus les difficultés que les joies)

J’ai apprécié d’être accueilli par une communauté[2], une véritable famille, un lieu d’entraide et de discernement. On s’enrichit les uns les autres de nos sensibilités culturelles, linguistiques, spirituelles… Me découvrir attendu, a été réconfortant et m’a aidé à réaliser que je ne débarquais pas en terrain conquis.

Concernant mon apostolat à la Chapelle de la Rue du Bac, le dépaysement a été moins violent que je ne craignais. En effet, la majorité des pèlerins de ce lieu sont, comme on dit, « des personnes de couleurs ». C’est comme si j’étais encore dans un pays africain.

Autre lieu, autre joie : en paroisse, j’ai été très émerveillé de trouver des chrétiens, cheveux grisonnants mais très engagés dans les services de l’Eglise. En plus, ils m’ont quasiment adopté. Vue la réussite de l’expérience, on entend dire : « Le prêtre africain passe bien. » Doit-on s’en satisfaire ?

  • Difficultés spécifiques au fait migratoire :

En arrivant en France, j’ai pris de plein fouet le défi de la sécularisation. Elle est présente partout jusque dans nos communautés religieuses et nos paroisses : attention à ma tenue vestimentaire (pas de soutane pour ne pas donner l’air de « tradi ») ; pas de crucifix très voyant ; plus de benedicite en dehors de la communauté ; plus de « Mon Père », tout le monde est Monsieur ou Madame ; et j’en passe des meilleures. Un de mes professeurs, le Père Henri Jérôme Gagey, résumait cette situation en ces termes : « il faut autant d’héroïsme en Afrique pour rester à la maison pendant presque que tout le monde va à la messe, qu’aller à la messe en Europe alors que la majorité des gens restent à la maison ou vont vaquer à d’autres occupation ».

L’insertion dans un nouveau contexte culturel et économique nécessite un accompagnement plus ou moins long à tout point de vue (mode de vie, image de la vie religieuse, rapport au travail, à l’argent, changement de statut social…). Par exemple, ce n’est pas évident de faire ses courses avec une carte bancaire quand on a été habitué à tout régler cash…

Un autre exemple, c’est le décalage entre le niveau de vie dans une communauté même pauvre en France et les moyens économiques de l’Institut dans le pays d’origine, qui peut provoquer tensions, incompréhensions et réelles souffrances.

  • Difficultés spécifiques à l’accueil au sein de l’Église locale

Les évêques signent bien des contrats avec nos diocèses d’origine ou nos congrégations mais souvent nous ignorons les attentes des Églises d’accueil par rapport à nos communautés et à leur charisme. Parfois j’entends dire qu’à tel endroit on veut des prêtres pour « dire la messe » et pour une durée de 57 min (une homélie de 7 min).

Il y a une certaine image dévaluée, une prise en charge « condescendante » et le clivage « vieille église/jeune église » qui peut miner nos échanges.

Ce qui me dynamise et m’invite au dépassement vers des valeurs nouvelles !

C’est la découverte que je suis en mission en France, non pas pour renvoyer l’ascenseur[3] à ceux qui nous ont évangélisés mais pour, avec eux, payer la seule vraie dette, la dette de l’amour (Rm13,8-10). Je viens partager la Bonne nouvelle, non pas avec ceux qui me l’ont fait connaître mais parce que c’est une parole qui me fait vivre et je voudrais qu’elle fasse vivre ceux à qui je suis envoyé.

La mission, en France ou ailleurs, pose la question de l’autre et de la justesse de la relation, non seulement spirituelle mais aussi dans son expression concrète (échanges de nouvelles de famille ou du pays). Il est parfois douloureux de sortir de nos schémas mentaux « dominant/dominé » et de décentrer notre vision géographique et culturelle du monde (racisme ordinaire).

Nous sommes appelés à dépasser ensemble tous les clivages, à remettre en cause réciproquement nos manières de concevoir la vie et de la vivre. Nous pourrons alors devenir ensemble, en frères et sœurs, des témoins de la mission de partout à partout.

Deux convictions nécessaires pour vivre le défi de la mission !

Une conversion permanente : Comme prêtres et religieux, nous voulons vivre dans la convivialité avec des personnes que nous n’avons pas choisies et qui peuvent venir de cultures aux antipodes de la nôtre ; des personnes avec lesquelles nous vivons non seulement pour un temps de récollection ou de retraite mais tous les jours pour le couvert, l’habitat, la prière, les activités apostoliques, etc. Cette fraternité n’est possible que fondée sur Jésus-Christ et dans un effort de conversion et de lutte quotidiennes.

Le dialogue : Nous avons besoin d’une véritable culture de dialogue et de réciprocité dans notre mission. Essayer de regarder les choses du point de vue de l’autre. Que de blessures seraient évitées si nous savions nous rendre sensibles au retentissement des paroles et des attitudes de l’autre !

Conclusion

Dans cette petite trajectoire personnelle, j’ai montré combien nos histoires sont des histoires de migration. Moi-même je m’identifie comme tel ; je peux dire avec fierté « Mon père était un Araméen errant » ou « vagabond, égaré », selon les traductions (Deut. 26,5) et je comprends que le pape François soit si sensible à la question des migrants.

J’ai été conduit dans des lieux et pour des responsabilités que je ne soupçonnais pas. Ce que j’en retiens, c’est que tout s’apprend et la vie missionnaire n’échappe pas à la règle. Pour la comprendre, il serait bon d’avoir fait, au moins une fois l’expérience d’être étranger dans un pays où on ne connaît pas la langue et où on se sent perdu. Pour ma part, je remercie la Providence pour toutes les personnes ceux qu’elle a mises sur ma route et avec lesquelles je pense vivre cette « Eglise en sortie », une Eglise ouverte que le pape François appelle de tous ses vœux.

, CM 🔸

Dans cette petite trajectoire personnelle, j’ai montré combien nos histoires sont des histoires de migration. Moi-même je m’identifie comme tel ; je peux dire avec fierté « Mon père était un Araméen errant » ou « vagabond, égaré », selon les traductions (Deut. 26,5) et je comprends que le pape François soit si sensible à la question des migrants.

Notes :

[1] « Cette fille est une vraie garçonne, elle n’a pas de vie saine : elle fanfaronne, dort comme un loir et a mal aux reins ! » ; pour : Garonne, Seine, Rhône, Loire, Rhin Garonne : 650 km Seine : 776 km Rhône : 812 km Loire : 1020 km Rhin : 1320 km.

« Une Corneille perchée sur la racine de la bruyère boit l’eau de la fontaine Molière » ; pour les grands auteurs du XVIIe siècle (Racine, La Bruyère, Corneille, Boileau, La Fontaine, Molière).

[2] Cf. Gérard Warenghem : « La joie de vivre en communauté – en Afrique ou en Europe », Harmattan, 2003, 202 pages

[3] Avec des motivations du genre : « Un jour vous nous avez évangélisés ; grâce à vous, nous avons connu l’Évangile, aujourd’hui vous avez besoin de nous, nous venons vous aider. »

Lettre du Supérieur Général pour le temps de l’Avent. A tous les membres de la Congrégation de la Mission

Lettre du Supérieur Général pour le temps de l’Avent

A tous les membres de la Congrégation de la Mission

Mes très chers confrères, La grâce et la paix de Jésus soient toujours avec nous ! Dans ma première lettre pour la fête de saint Vincent, il y a deux ans, je vous ai écrit à propos de saint Vincent de Paul, mystique de la Charité. Lorsque nous réfléchissons sur saint Vincent en tant que mystique de la Charité et que nous essayons de suivre son exemple à cet égard, nous devons nous rappeler qu’il n’était pas un mystique au sens courant du terme, tel que l’Eglise le décrit habituellement. Vincent de Paul était un mystique, mais un mystique de la Charité. Avec les yeux de la foi, il a vu, contemplé et servi le Christ dans la personne des pauvres. Lorsqu’il touchait les plaies des personnes marginalisées, il croyait qu’il touchait les plaies du Christ. Quand il répondait à leurs besoins les plus profonds, il était convaincu qu’il adorait son Seigneur et son Maître.

En ce temps de l’Avent, je veux vous entretenir sur l’une des principales sources à laquelle Vincent a puisé en tant que mystique de la Charité : l’oraison quotidienne. Il a exhorté tous les groupes qu’il a fondés ou fréquentés : les membres laïques des Confréries de la Charité, les Prêtres et les Frères de la petite Compagnie, de la Congrégation de la Mission, les Filles de la Charité, les Dames de la Charité, les Prêtres des Conférences des mardis, à boire chaque jour à la source de l’oraison.

L’une des phrases les plus citées de saint Vincent, tirée d’une conférence donnée aux membres de la Congrégation de la Mission, exprime avec éloquence l’attitude de Vincent :

Donnez-moi un homme d’oraison, et il sera capable tout ; il pourra dire avec le saint Apôtre : « Je puis toutes choses en Celui qui me soutient et qui me conforte » (Ph 4,13). La  congrégation  de  la  mission  subsistera  autant  de  temps  que  l’exercice de l’oraison y sera fidèlement pratiqué, parce que l’oraison est comme un rempart inexpugnable, qui mettra les missionnaires à couvert contre toutes sortes d’attaques [1].

Vincent parlait de l’oraison quotidienne. Il a affirmé à ses disciples :

Donnons-nous bien tous à cette pratique de l’oraison, puisque c’est par elle que nous viennent tous les biens. Si nous persévérons dans notre vocation, c’est grâce à l’oraison ; si nous réussissons dans nos emplois, grâce à l’oraison ; si nous ne tombons pas dans le péché, grâce à l’oraison ; si nous demeurons dans la charité, si nous sommes sauvés,tout cela grâce à Dieu et à l’oraison. Comme Dieu ne refuse rien à l’oraison, aussi il n’accorde presque rien sansoraison [2].

Pour encourager ses fils et ses filles à faire oraison, il a repris beaucoup de métaphores employées couramment par les auteurs spirituels de son époque. Il leur disait que l’oraison est pour l’âme ce que la nourriture est pour le corps [3]. Elle est une « fontaine de jouvence » où nous sommes vivifiés [4]. Elle est un miroir dans lequel nous voyons toutes nos taches et nous ajustons pour nous rendre plus agréables à Dieu [5]. Elle est un rafraîchissement au milieu de notre difficile labeur quotidien au service des pauvres [6]. Elle est une prédication, dit-il aux missionnaires, qu’on se fait à soi-même [7]. Elle est un livre de ressources pour le prédicateur dans lequel il peut trouver des vérités éternelles à transmettre au peuple de Dieu [8]. Elle est une douce rosée, qui rafraîchit l’âme chaque matin, dit-il aux Filles de la Charité [9].

Vincent exhortait sainte Louise de Marillac à bien former les jeunes Sœurs à l’oraison [10]. Il leur a donné de nombreuses conférences pratiques sur le sujet. Il assurait les Sœurs que l’oraison est, en fait, très facile et que c’est comme si on s’entretenait avec Dieu pendant une demi-heure. Il disait que si certains sont ravis de pouvoir parler au roi, nous devrions nous réjouir de pouvoir parler cœur à cœur avec Dieu tous les jours [11].

L’oraison, pour Vincent, est une conversation avec Dieu, avec Jésus, dans laquelle nous exprimons nos sentiments les plus profonds (il a appelé cette prière « affective ») et dans laquelle nous cherchons à savoir ce que Dieu nous demande chaque jour, en particulier pour notre service des pauvres. Elle se caractérise par une profonde gratitude pour les nombreux dons de Jésus, en particulier notre vocation à servir les pauvres. Il en résulte des résolutions sur la manière dont nous pourrions mieux les servir dans l’avenir. Pour certains, et même pour beaucoup, elle fait place à une contemplation silencieuse de l’amour que Jésus nous porte et de son amour pour les pauvres et, cela nous pousse à lancer des « traits d’amour » qui « pénètrent les cieux » et touchent le cœur de Notre-Seigneur [12].

Pour Vincent, le sujet principal de l’oraison était la vie et l’enseignement de Jésus. Il a insisté sur le fait que nous devions revenir sans cesse aux « mystères » de l’humanité de Jésus : sa naissance, ses relations avec Marie et Joseph, les événements de son ministère public, ses miracles, son amour préférentiel pour les pauvres. Il nous exhortait à méditer dans les Ecritures les actions et les enseignements de Jésus [13]. Parmi les enseignements de Jésus, il a particulièrement attiré l’attention sur le Sermon sur la Montagne [14]. Surtout, il conseillait l’oraison centrée sur la passion et la croix de Jésus [15].

La méthode enseignée par saint Vincent était celle de saint François de Sales.[16] Il n’y a apporté que de légères modifications. Il était plus sobre que François de Sales lorsqu’il parlait de l’utilisation de l’imagination. Tout en valorisant la prière affective, il a vigoureusement insisté sur la nécessité de résolutions concrètes. Surtout lors de ses conférences aux Filles de la Charité, il entremêlait agréablement la sagesse spirituelle et le bon sens. Il a mis en garde les Sœurs de cultiver de « belles pensées » qui ne mènent à rien. Il a mis en garde les prêtres contre l’utilisation de l’oraison comme temps d’étude spéculative.

 

La méthode proposée par saint Vincent de Paul comportait trois étapes :

 

1. La préparation

  1. Premièrement, nous nous mettons en présence de Dieu. Cela peut être fait de différentes manières : considérer Notre Seigneur présent dans le Saint Sacrement, penser à Dieu régnant sur l’univers, réfléchir à la présence de Dieu dans notre cœur.
  2. Ensuite, nous demandons de l’aide pour bien prier.
  3. Enfin, nous choisissons un sujet d’oraison, tel un mystère de la vie de Jésus, une vertu, un passage de l’Ecriture ou un jour de fête.

2. Le corps de l’oraison

  1. Nous méditons sur le sujet choisi.
  2. Si le sujet est une vertu, nous recherchons les motifs pour aimer et pratiquer cette vertu. S’il s’agit d’un mystère de la vie de Jésus, par exemple, la passion, nous imaginons ce qui s’est passé et méditons sur sa signification.
  3. En méditant, nous exprimons à Dieu ce qu’il y a dans notre cœur (par exemple, l’amour du Christ qui a tant souffert pour nous, le chagrin du péché, la gratitude). Au fond, Vincent encourageait ses disciples à :
      • réfléchir sur le sujet de l’oraison,
      • identifier les motifs pour l’accueillir,
      • prendre des résolutions concrètes pour le mettre en pratique.

3. Conclusion

Nous remercions Dieu pour ce temps de l’oraison et pour les grâces que nous y avons reçues. Nous présentons à Dieu les résolutions que nous avons prises. Ensuite, nous demandons de l’aide pour les réaliser.

L’oraison quotidienne est un élément indispensable de notre spiritualité. Saint Vincent était absolument convaincu de son importance dans notre vie et notre service auprès des pauvres. Il la qualifiait de « l’âme de nos âmes » [17] et il pensait que sans elle, nous ne pourrions pas persévérer malgré les difficultés inhérentes à notre service des plus abandonnés.

Par cette lettre de l’Avent, je voudrais encourager chaque membre de la Congrégation à s’engager ou de conserver son engagement à faire tous les jours une demi-heure de méditation. Je voudrais insister pour que vous fassiez cette demi-heure de méditation avec vos frères en communauté, vous aidant ainsi l’un l’autre à boire ensemble à la même fontaine. J’insiste pour que vous n’écourtiez pas cette demi-heure (15 ou 20 minutes), mais de poursuivre la méditation durant une demi-heure.

Dans les Règles Communes, Vincent nous recommande de méditer une heure par jour. En appliquant cetterecommandation, nous pouvons trouver une autre demi-heure durant la journée et poursuivre notreméditation.

Vincent a reconnu qu’il y a plusieurs façons de faire oraison et a encouragé leur pratique. Certains utiliseront sûrement d’autres méthodes que celle qu’il a souvent enseignée et que j’ai décrite plus haut. Bien que les confrères puissent employer d’autres méthodes d’oraison, il est de la plus grande importance pour nous que chaque membre de la Petite Compagnie, la Congrégation de la Mission, connaisse et garde présente à l’esprit la méthode que Saint Vincent de Paul nous a donnée et que nous avons apprise au Séminaire Interne. En fin de compte, le plus important est que nous engagions notre esprit et notre cœur dans une conversation méditative avec Jésus et que nous le fassions quotidiennement et avec persévérance.

Dans nos Constitutions et nos Règles Communes, la liste des sujets de méditation fréquente est longue :

  • la relation de Jésus avec Dieu son Père
  • son amour effectif et compatissant pour les personnes marginalisées.
  • le Royaume qu’il a annoncé
  • la communauté qu’il forme avec les Apôtres
  • sa prière
  • la présence du péché dans le monde et en nous
  • l’empressement de Jésus à pardonner
  • son pouvoir de guérison
  • son attitude de serviteur
  • son amour de la vérité/simplicité
  • son humilité
  • sa soif de justice
  • son amour humain profond pour ses amis
  • son désir d’apporter la paix
  • son combat contre la tentation
  • la croix
  • la résurrection
  • l’obéissance de Jésus à la volonté du Père
  • la douceur de Jésus
  • la mortification
  • le zèle apostolique
  • la pauvreté
  • le célibat
  • l’obéissance
  • la joie et l’action de grâces de Jésus.

Tous ces sujets sont liés à notre mission auprès des pauvres. Tous nous aideront à suivre Vincent, mystique de la Charité. Quelle merveilleuse opportunité nous est donnée pour revivre, dès cet Avent, l’oraison quotidienne qui fera partie de notre vie spirituelle jusqu’à notre départ de cette terre pour l’éternité !

Que notre oraison soit toujours fondée sur la Bible, sur les lectures de la liturgie du jour. Ne passons pas le temps de l’oraison à lire un livre spirituel. Nous avons la possibilité de faire notre lecture spirituelle à un autre moment de la journée.

Méditer, c’est se placer devant Dieu, devant Jésus, grâce à sa Parole. C’est mettre notre cœur à la disposition totale de Jésus, lui permettant de nous parler tandis que nous écoutons. C’est nous mettre à l’écoute de ce que Jésus voudrait nous dire chaque jour. C’est faire confiance à la Providence pour lutter contre toutes les tentations d’éviter ou d’omettre l’oraison quotidienne. C’est simplement être avec Jésus tous les jours dans le silence de notre esprit et de notre cœur, même si notre esprit reste vide et que nous avons l’impression que rien n’a été accompli, que nous avons perdu une demi-heure à ne rien faire, car Jésus ne nous a communiqué aucune idée, aucun sentiment ou message. C’est simplement croire à la manière dont Jésus communique avec Dieu, son Père. Il a souvent passé toute la nuit en prière. C’est simplement manifester à Jésus notre amour total pour lui, le lui manifester en étant simplement avec lui, prêts, à tout moment et de la manière que la Providence jugera juste, à ce que Jésus nous communique son message. C’est simplement être là tous les jours, prêts pour le moment que Jésus jugera bon, pour ne pas laisser passer le moment de grâce, ne pas manquer la visite de Jésus.

De plus en plus, durant ses dernières années, Vincent prononçait des paroles extatiques sur l’amour de Dieu. Elles découlaient clairement de son oraison. Le 30 mai 1659, il a prié à haute voix lors d’une conférence aux confrères :

Regardons le Fils de Dieu ; oh ! Quel cœur de charité ! Quelle flamme d’amour ! Mon Jésus, dites-nous, vous, un peu,s’il vous plaît, qui vous a tiré du ciel pour venir souffrir la malédiction de la terre, tant de persécutions et de tourments que vous y avez reçus. O Sauveur ! Ô source de l’amour humilié jusqu’à nous et jusqu’à un suppliceinfâme, qui en cela a plus aimé le prochain que vous-même ? Vous êtes venu vous exposer à toutes nos misères, prendre la forme de pécheur, mener une vie souffrante et souffrir une mort honteuse pour nous ; y a-t-il un amour pareil ? Mais qui pourrait aimer d’une manière tant suréminente ? Il n’y a que Notre-Seigneur qui soit si épris de l’amour des créatures que de quitter le trône de son Père pour venir prendre un corps sujet aux infirmités Et pourquoi? Pour établir entre nous par son exemple et sa parole la charité du prochain. C’est cet amour qui l’a crucifié et qui a fait cette production admirable de notre rédemption. O messieurs, si nous avions un peu de cet amour, demeurerions-nous les bras croisés ? Ceux que nous pourrions assister, les laisserions nous périr ? Oh ! Non, la charité ne peut demeurer oisive ; elle nous applique au salut et à la consolation des autres [18].

Peu de saints ont été aussi actifs que saint Vincent, mais son action découlait de sa profonde immersion en Dieu, en Jésus. Quelle chance nous avons d’avoir un Fondateur aussi extraordinaire !

Que Dieu vous comble de ses bénédictions durant ce temps de l’Avent.

 Votre frère en Saint Vincent,

Tomaž Mavrič, CM – Supérieur Général🔸

En fin de compte, le plus important est que nous engagions notre esprit et notre cœur dans une conversation méditative avec Jésus et que nous le fassions quotidiennement et avec persévérance.

Notes :

Vincent de Paul, Correspondance, Entretiens, Documents, Coste XI, p. 83 ; Conférence 67, « Sur l’oraison ».
2 Coste XI, 407 ; Conférence 168, Répétition d’oraison du 10 août 1657.
3 Coste IX, 416 ; Conférence 37, « Sur l’oraison » du 31 mai 1648.
4  Ibid. 418.
5  Ibid. 417.
6 Coste IX, 402 ; Conférence 36, « Sur le bon usage des Instructions » du 1er mai 1648.
7 Coste XI, 84 ; Conférence 68, « Sur l’oraison ».
8 Cf. Coste XII, 15; Conférence 181, Répétition d’oraison « Sur l’œuvre des ordinands » [1658].
9 Coste IX, 402 ; Conférence 36, « Sur le bon usage des Instructions » du 1er mai 1648
10 Coste IV, 47 ; Lettre 1240 à sainte Louise [entre 1647 et 1651].
11 Coste IX, 116 ; Conférence 15, « Explication du règlement » du 14 juin 1643.
12 Coste IX, 37 ; Conférence 5, « Sur la fidélité au lever et à l’oraison » du 16 août 1640.
13 Cf. Règles communes de la Congrégation de la Mission I, 1.
14 Coste XII, 118 ; Conférence 197, « Des maximes évangéliques » du 14 février 1659.
15 Coste IX, 50 Conférence 7, « Sur le jubilé » du 15 octobre 1641.
16 Coste X, 587; Conférence 105, « Lever, oraison, examens et autres exercices » du 17 novembre 1658.
17 Coste IX, 416 ; Conférence 37, « Sur l’oraison » du 31 mai 1648.
18 Coste XII, 264-265 ; Conférence 207, « De la charité » (Règles communes, Chapitre II, Article 12) du 30 mai 1659.

Avec les Artisans de la Fête

Avec les Artisans de la Fête

Voici quelque vingt ans que mon évêque m’a envoyé en mission parmi les Artisans de la Fête, appelés aussi Forains. Cependant le mot « Artisan » veut souligner que leur métier est vraiment un « travail ».

Il y a dix ans, les évêques des Provinces de Bordeaux et Poitiers m’ont nommé, en lien avec l’Aumônerie Nationale, aumônier provincial de la Nouvelle Aquitaine. J’ai hésité à répondre favorablement à mon évêque, ne connaissant pas le monde des Artisans de la Fête. Puis, sachant que l’on ne se donne pas une mission mais qu’on la reçoit, je me suis lancé et j’y suis heureux, vivant mon ministère de diacre comme « un passeur d’espérance » (Selon Monseigneur Albert Rouet) dans une des périphéries de notre société.

Comment vit-on cette mission avec et au milieu des forains ? Un seul mot :  présence. Oui, il faut être là, passer et encore passer au milieu de la fête, allant de métier en métier pour serrer une main, dire un bonjour. Être parmi les forains, c’est de l’ordre de la gratuité.

Pendant trois ans, à la suite de religieuses présentes sur les fêtes, je n’ai eu que « contacts polis ». Il fallait « faire sa place », se laisser apprivoiser … Et un jour c’est le « finis d’entrer ! » Que de contacts depuis ! Des confidences, des questions alors que je suis dans les caisses des manèges. Des demandes de baptêmes ou de mariages. Des accompagnements de familles en deuil. Des baptêmes célébrés sur le manège ou petit châpiteau, parce que c’est le lieu de vie. Eucharistie célébrée avec mon évêque sur le manège d’auto-skooter, réunissant au cours de la fête dans la ville des forains et des paroissiens du quartier et de la ville.

Le téléphone sonne : Henri, jeune trapéziste de dix-huit ans s’est tué accidentellement. « Jean-Claude, on veut que ce soit toi notre aumônier qui fassent les obsèques. » Et je me retrouve au milieu de quelques huit cents Gens du Cirque ( de plusieurs cirques de France. ) Et quand les forains appellent pour un décès, il faut de suite répondre oui. La célébration a lieu dans l’église, mais il faut être dès le décès sur le terrain de remise des caravanes et prier dans la caravane du défunt.

Évidemment, ceci demande une pastorale bien différente des paroisses et des sédentaires pour préparer les sacrements. Être aumônier des Artisans de la Fête et des Gens du Cirque c’est partager, derrière les décors et loin des flonflons, les soucis quotidiens d’une profession consacrée à la fête des autres sans être toujours de la fête elle-même ! Il faut que comme aumônier, être avec les forains pour faire comprendre à un maire que si la fête est mise en dehors du centre-ville, alors ce n’est plus la fête. Il faut aussi que l’aumônier n’oublie pas de serrer la main des « commis », souvent main-d’œuvre étrangère qui sont de « petites gens »

Le cher Cardinal ETCHEGARAY, qui « curé » des forains dans son diocèse de Bayonne, a écrit : « Dis-moi quelles sont tes fêtes et je te dirai qui tu es. » Il faut se poser cette question. Saint Athanase, au IVe siècle, affirmait : « Le Christ ressuscité fait de la vie de l’homme une fête continuelle. »

Cette fête sans fin est-elle vraiment une réalité pour nous ? Et si la fête s’effaçait du Corps du Christ qu’est l’Église, y aurait-il encore sur terre ce sel qui donne goût de vivre et de vivre ensemble ? La fête en effet est la parabole du Royaume. Elle est un espace gratuit de convivialité où l’on se rencontre, où l’on passe un moment dans la musique et les lumières, même si l’on ne peut pas acheter quelque chose.

Aumônier, « passeur d’espérance », mon rôle est de faire le lien entre ce monde des forains et l’Église. Les Artisans de la Fête ont leur vie marquée par l’itinérance. Ils ont, pour beaucoup la foi chrétienne chevillée au cœur et transmise de générations en générations. Si vous entrez dans une caravane, vous y trouverez la croix du Christ et une image de la « Sainte », c’est-à-dire la Vierge Marie.

Suite à la visite de l’évêque sur la fête, en allant avec l’aumônier de métier en métier, j’ai entendu un forain me dire : « Quel plaisir de serrer la main à l’évêque. C’est l’Église qui est venue à moi ! »

Avec les forains, je vis beaucoup d’amitié. Je partage les joies et les peines, les soucis. J’aide parfois, à la réconciliation entre les personnes. Je découvre des gestes remarquables, comme cette foraine ayant un manège d’enfants et qui fait faire un tour à un gamin dont elle s’est rendu compte que les parents sont « fauchés ». Ou Sophie, confiseuse, qui remet gratuitement un sandwich à un sans domicile fixe passant dans la fête. J’ai pu aussi, épauler par un couple forain, aider un forain à se sortir de son addiction à l’alcool.

Quand mon évêque m’a envoyé en mission chez les Artisans de la Fête, il a voulu respecter mon désir d’être missionnaire à la suite de Saint Vincent de Paul. Car les forains représentent une périphérie dont très souvent les paroisses n’ont pas conscience. Que Saint Vincent me donne simplicité et humilité pour vivre la joie du service au milieu de ce peuple très attachant !

Jean-Claude PETEYTAS, diacre vincentien 🔸

Aumônier, « passeur d’espérance », mon rôle est de faire le lien entre ce monde des forains et l’Église. Les Artisans de la Fête ont leur vie marquée par l’itinérance. Ils ont, pour beaucoup la foi chrétienne chevillée au cœur et transmise de générations en générations

Pour savoir davantage :

http://forains.catholique.fr/

http://cm.diacresvincentiens.over-blog.com/

Les initiatives de la Famille Vincentienne en France

Les initiatives de la Famille Vincentienne en France

Le pape François a créé chaque 33e dimanche du temps ordinaire, une journée dédiée aux pauvres. A cette occasion, la Famille Vincentienne présente ses initiatives au service des pauvres.

«Un pauvre crie; le Seigneur entend.» (Ps33, 7) est la citation biblique que le Pape François a retenu pour cette deuxième journée mondiale.

« Les pauvres sont nos seigneurs et nos maitres » disait Saint Vincent. Aujourd’hui, les vincentiens creent des espaces de partage où les plus fragiles retrouvent le goût d’être debout et de partager la confiance par les échanges fraternels vécus dans les diverses structures. Les divers espaces ouvert essaient de répondre à leurs appels.

 

Que regroupe la Famille Vincentienne ?

En France, la Famille Vincentienne regroupe une quinzaine de congrégations et associations s’enracinant dans la spiritualité de Saint Vincent de Paul. Elles œuvrent dans des services de proximité (personnes âgées, enfants en difficultés, sans abris et les migrants), dans des institutions de santé (centre de post-traitements, maisons de retraite –EHPAD-, maisons d’enfants à caractère social-MECS-) et dans des établissements d’enseignement (écoles, collèges et lycées techniques).

 

Parmi les principales

– Les Équipes Saint Vincent – AIC France, environ 2000 femmes en 90 équipes développent des actions en direction des femmes ou des enfants : soutien scolaire, cours de français et de multiples initiatives invitant les personnes reçues à développer leur esprit d’initiatives, certaines aident des familles lors des visites auprès de leurs enfants en centre de détention.

– Les Filles de la Charité de la Province Belgique-France-Suisse regroupent 75 communautés. Elles portent le souci de la formation au charisme vincentien des laïcs qui assurent les services qu’elles leur ont confiés dans le domaine éducatif, sanitaire et social.

– Les Confrères et consœurs de Saint Vincent, quelques 17000 personnes dans plus de 90 départements déploient divers services auprès de personnes fragiles : partageant les compétences par des tables ouvertes pour aider à retrouver des emplois, créant des ateliers théâtres pour redonner confiance et promouvant de multiples initiatives qui redonnent à chacun de repartir dans la vie.

Les congrégations masculines des pères lazaristes et des religieux de saint Vincent proposent des services d’accueil de jeunes étudiants, des locaux qu’ils mettent au service des personnes en réinsertion sociale avec habitat et Humanisme (Amiens), l’APA (Paris) et IDEFORIS (Dax) et déploient aussi des actions auprès de jeunes sans grandes ressources ainsi que des activités dans des centres de jeunesses : patronages.

– Les Jeunesses Mariales Vincentiennes (J.M.V.), une association de jeunesse, née des apparitions de la Vierge Marie à Sainte Catherine Labouré (à la rue du Bac). Elle rejoint des enfants et des jeunes et leur permet de vivre en équipe, de contempler la vie et de s’engager au service de leurs frères.

P. Bernard MASSARINI, CM 🔸

« Les pauvres sont nos seigneurs et nos maitres » disait Saint Vincent. Aujourd’hui, les vincentiens creent des espaces de partage où les plus fragiles retrouvent le goût d’être debout et de partager la confiance par les échanges fraternels vécus dans les diverses structures. Les divers espaces ouvert essaient de répondre à leurs appels.

POUR ALLER PLUS LOIN :

www.famvin.org

Qui suis-je pour juger ? « TVU ‘Tendre Vers l’Unification’ »

Qui suis-je pour juger ?

« TVU (Tendre vers l’unification) »

Groupe de partage, de fraternité,
destiné aux prêtres ou religieux concernés par l’homosexualité qui souhaitent retrouver la joie d’un célibat chaste et continent

C’est l’Association « Devenir un En Christ » (groupe des catholiques concernées directement ou indirectement par l’homosexualité existant depuis 30 ans) qui m’a sollicitée pour faire naitre cette initiative. L’expérience a commencé en établissant des contacts par mail avec les prêtres qui demandaient de l’aide spirituelle face à cet aspect de leur personnalité.

À partir de ces échanges une proposition de retraite spirituelle a vu le jour. Ce temps de méditation et de prière a été préparé avec la collaboration d’une psychologue laïque thérésienne, il a été bâti sous le thème : « re choisir le Christ ». Sept prêtres ont répondu à cette proposition. Malheureusement, à la suite du texte de la Congrégation de l’Education Catholique interdisant l’accès au sacerdoce aux hommes homosexuels, tous ont décliné leur participation.

Après deux ans de réflexion et avec la collaboration d’un prêtre diocésain de Toulouse, nous avons créé ce service qui porte le nom de TENDRE VERS L’UNIFICATION et a pour objectif de venir en aide aux prêtres ou aux frères religieux  en situation de crise en les invitant à vivre la joie de consacrés dans le célibat continent.

Le Visiteur de la province Lazariste de Toulouse à l’époque, le père Yves Bouchet, CM nous a invité à aller rencontrer Mgr Giraud, évêque auxiliaire Lyon et responsable de la commission de la Conférence Episcopale chargée des prêtres à ce moment-là : Mgr GIRAUD qui a manifesté son intérêt pour une telle initiative. Nous avons commencé à bâtir ce projet et par la suite nous avons pris l’habitude d’envoyer nos compte-rendu à ces successeurs en ce service : Mgr Bouilleret (alors évêque d’Amiens) et Mgr Beau (alors évêque auxiliaire de Paris).

Le groupe de réflexion a commencé en 2011, co-animé par le prêtre diocésain, du Diocèse de Toulouse, qui connaissait aussi l’Association « Devenir Un En Christ ». Nous l’avons mis sous le patronage de la Congrégation de la Mission, pensant que le service d’accompagnement des prêtres était un service vincentien. Le groupe s’est retrouvé à Paris trois fois les deux premières années, suite à cela et avec le souci d’une plus grande stabilité des vies personnelles nous avons abouti à quatre rencontres annuelles. Les rencontres ont lieu au 67, rue de Sèvres dans le 6e arrondissement.

Normalement nos rencontres commencent le dimanche soir et finissent le lendemain dans l’après-midi. Ils comportent trois axes fondamentaux : la prière liturgique (complies le dimanche soir, laudes et messe le lundi matin). Le partage du « quoi de neuf » (ce qui est advenu dans les mois passés) le dimanche soir et un moment de formation autour des textes ou des petits ouvrages le lundi matin et l’après-midi pour finir avec un moment d’échange de perspectives.

Tous les participants disent que nous sommes devenus une « fraternité » et pour aller plus loin nous avons constitué un groupe whats’app qui est devenu une manière de nous soutenir.

Ordinairement le groupe est constitué par 18 membres (prêtres ou frères) ; quatre ont décidé d’arrêter pour différentes raisons. D’autres sont en lien avec le groupe mais ils ne parviennent pas à faire le pas de venir “s’exposer” avec d’autres prêtres  ou frères pour vivre le partage. A chaque fois nous sommes entre 10 et 14 prêtres et frères par rencontre.

Nous nous sommes donnés à connaître par le « bouche-à-oreille ». Nous nous présentons aussi aux évêques avec lesquels nous sommes en lien et quelques abbayes ou centres spirituels dont nous sommes proches (Solesmes, Tamie, Leyrins, En Calcat, Notre Dame du Désert, Maylis, Grottes Saint Antoine).

Pour aller plus loin dans la communication nous désirons constituer un blog ou dans l’avenir bâtir un site internet. Cet article se veut une manière humble de vous partager l’existence de cette expérience évangélique et d’Église en ce temps de difficulté dans notre communauté ecclésiale.

Nous bénéficions de l’attention des quelques évêques de la Conférence Épiscopale Française, et tenons informé le responsable de la Commission épiscopale pour les ministres ordonnés et les laïcs en mission ecclésiale de ladite Conférence. Nous informons régulièrement nos supérieurs de nos activités (bien sûr en gardant la discrétion) pour qu’ils comprennent l’importance de ce service et nous aident à avancer dans nos recherches de stabilité spirituelle et humaine pour mieux servir l’Église que nous appelle chaque jour.

Nous nous retrouvons tous les trois mois à Paris, et nous espérons être des bons instruments à l’écoute de nos confrères prêtres et frères….

P. Bernard MASSARINI, CM 🔸

L’homosexualité est difficile à aborder parce qu’elle touche aux profondeurs de l’humain et qu’elle a des effets socio-politiques. Nous avons souhaité nous laisser provoquer par l’interrogation du pape et, au-delà des « pré-jugés », ré-ouvrir la réflexion sur l’homosexualité.

François EUVÉ, revue ETUDES n. octobre 2014

Pour toute information ou pour prendre contact :

 

P. Bernard MASSARINI, CM

par courriel (click) :

waranaka@hotmail.com

Portable (mobile ) :

(0033) (0) 6 26 01 45 70