2 Temps ordinaire – A (Jean 1,29-34)

Certains cercles chrétiens du premier siècle avaient grand intérêt à ne pas être confondus avec les disciples de Jean-Baptiste.

Jose Antonio PAGOLA

2 Temps ordinaire – A (Jean 1,29-34)

CE QUI EST PREMIER

Certains cercles chrétiens du premier siècle avaient grand intérêt à ne pas être confondus avec les disciples de Jean-Baptiste. La différence, selon eux, était abyssale. Les «baptistes» vivaient selon un rite extérieur qui ne transformait pas les gens : un baptême d’eau. Les «chrétiens», par contre, se laissaient transformer intérieurement par l’Esprit de Jésus.

Oublier cela serait mortel est pour l’Église. Le mouvement de Jésus n’est pas étayé par des doctrines, des normes ou des rites vécus de l’extérieur. C’est Jésus lui-même qui doit «baptiser» ou imprégner ses disciples de son Esprit. Et c’est cet Esprit qui doit les animer, les pousser et les transformer. Sans ce «baptême de l’Esprit», il n’y a pas de christianisme.

Nous ne devons pas l’oublier. La foi qui existe dans l’Église n’est pas celle des documents du magistère ni celle des livres des théologiens. La seule vraie foi est celle que l’Esprit de Jésus éveille dans le coeur et dans la conscience de ses disciples. Ces chrétiens simples et honnêtes, d’intuition évangélique et de coeur compatissant, sont ceux qui «reproduisent» vraiment Jésus et introduisent son Esprit dans le monde. C’est ce que nous avons de meilleur dans l’Église.

Malheureusement, il y en a beaucoup d’autres qui ne connaissent pas par expérience la puissance de l’Esprit de Jésus. Ils vivent une «religion de deuxième main». Ils ne connaissent ni n’aiment Jésus. Ils croient simplement ce que d’autres leur disent. Leur foi consiste à croire ce que dit l’Église, ce que la hiérarchie enseigne, ou ce que des experts écrivent, même si dans leur coeur ils n’éprouvent rien de ce que Jésus a vécu. Naturellement, au fil des années, leur adhésion au christianisme s’affaiblit.

La première chose dont nous, chrétiens, avons besoin aujourd’hui, ce ne sont pas des catéchismes qui définissent correctement la doctrine chrétienne, ni des exhortations qui définissent rigoureusement les normes morales. Cela seul ne peut pas transformer les personnes.

Il y a quelque chose de préalable et de plus décisif : faire découvrir dans nos communautés, la personne de Jésus, aider les croyants à s’entrer en contact direct avec l’Evangile, leur apprendre à connaître et aimer Jésus, apprendre ensemble à vivre selon son style de vie et son esprit. Recouvrer le «baptême de l’Esprit», n’est-ce pas notre première tâche dans l’Église?


Traducteur: Carlos Orduna

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Le baptême de Jésus. (12 janvier 2020)

Après avoir entendu le récit de son baptême, nous pouvons être étonnés de cette démarche de Jésus. Lui, le Fils de Dieu, pour- quoi insiste-t-il pour se faire baptiser par Jean Baptiste ?

Alain Perez

Le baptême de Jésus. (12 janvier 2020)

Après avoir entendu le récit de son baptême, nous pouvons être étonnés de cette démarche de Jésus. Lui, le Fils de Dieu, pour- quoi insiste-t-il pour se faire baptiser par Jean Baptiste ? En fait, Jésus n’avait pas besoin d’un baptême de purification ou de conversion, tel que le pratiquait Jean Baptiste. Cependant, par son baptême, Jésus a voulu montrer, d’une part,  sa solidarité avec tous ceux qui se présentaient au Jourdain pour être purifiés, et, d’autre part, sa démarche est aussi pour nous,  une invitation à mieux vivre notre propre baptême.

En effet, au moment du baptême, le prêtre insiste sur l’entrée des nouveaux baptisés dans l’Eglise et dans la famille de Dieu. Cela est très important , bien sûr. Cependant, il ne faudrait pas voir cette entrée dans l’Eglise, dans la famille de Dieu, comme une séparation d’avec les autres, ceux qui ne sont pas chrétiens. Pourquoi cela ? Parce que, par son baptême, manifestation de solidarité, Jésus se veut semblable aux autres, mêlé à eux, partageant leur désir de conversion pour le fortifier. Et donc, à l’exemple de Jésus, le chrétien ne doit pas oublier que sa présence au monde est justement la conséquence logique de son baptême !

Ce qui veut dire que le chrétien n’est pas un être supérieur, qui se tient à distance des autres, dans une séparation orgueilleuse ou frileuse… Au contraire, c’est justement parce qu’il est baptisé , qu’il se sent solidaire des hommes d’aujourd’hui ! Le baptême, bien loin de le mettre à part, le plonge un peu plus dans le monde, comme Jésus. Le baptême n’est pas pour lui, un vaccin qui le préserve de la maladie ou du mauvais sort, ni une assurance pour la vie éternelle…Si le baptême fait entrer dans la famille de Dieu, ce n’est pas pour y vivre en ghetto, mais plutôt pour y puiser des forces neuves, afin de vivre une solidarité plus forte avec les hommes d’aujourd’hui, tout en restant levain dans la pâte, témoin d’un Dieu vraiment Dieu et vraiment homme.

De plus, l’eau du Jourdain, avant d’être l’eau qui lave, l’eau qui purifie, est d’abord l’eau de l’engloutissement, l’eau de la mort. Dans cette eau, Jésus le Fils de Dieu se plonge volontairement. Il veut ainsi montrer un autre aspect de sa solidarité : en se plongeant dans l’eau du Jourdain, il se fait solidaire des hommes marqués par la misère, le péché et la mort. Il vient partager l’existence des hommes dans ses réalités les plus pénibles. Il descend dans les profondeurs de tout ce qui entrave la vie, dans nos souffrances, nos détresses, nos angoisses et nos fautes. Ce qui faisait dire à l’écrivain Paul Claudel :  « En Jésus Christ, Dieu n’est pas venu supprimer la souffrance. Il n’est même pas venu l’expliquer. Il est venu la remplir de sa présence. »

Oui, Jésus se fait solidaire des hommes marqués par la misère, le péché et la mort, afin de les arracher au pouvoir de la misère , du péché et de la mort… Et, s’il a pu se faire solidaire de ses frères les humains et les délivrer, c’est parce qu’il a vu « l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui ». Parce qu’il a entendu une voix qui disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé…en lui j’ai mis tout mon amour » .

De la même manière, en Jésus, par Lui et avec Lui, le jour de son baptême, le chrétien reçoit l’Esprit de Dieu et cette parole venu du Père s’adresse à lui personnellement : « Tu es mon Fils, ma Fille bien-aimé(e), en toi j’ai mis tout mon amour »… Grâce à l’Esprit de Dieu, grâce à l’amour du Père, le baptisé devient un homme nouveau. Il entre dans une grande solidarité avec les hommes d’aujourd’hui. Il n’a pas peur de vivre dans le monde, au milieu de ceux qui vivent, pensent ou agissent autrement. Il ne cherche pas à vivre à part des autres, dans une confrérie de purs. Mais il partage volontiers les joies et les espoirs, les angoisses, les luttes et les efforts des hommes d’aujourd’hui. Grâce à l’Esprit de Dieu et grâce à l’amour du Père, il ne met pas son drapeau dans sa poche, et il ose affirmer ses convictions, sans vouloir faire de prosélytisme, mais aussi sans honte ni lâcheté. Parce qu’il a reçu l’Esprit de Dieu et l’amour du Père, le Chrétien, le baptisé sait prendre position clairement et courageusement, et il est prêt à ramer à contre-courant des idées reçues, fidèle à sa conscience et en dépit du « qu’en dira-t-on ».

Durant cette Eucharistie, demandons au Seigneur de réveiller en nous la grâce de notre baptême. Pour certains d’entre nous, ce baptême a eu lieu il y a déjà un certain nombre d’années. Pourtant, ce jour-là, à nous aussi, personnellement, le Seigneur nous a dit : « Tu es mon enfant bien-aimé. En toi j’ai mis tout mon amour. » Alors aujourd’hui, en souvenir de notre baptême, tournons-nous avec confiance vers Lui !

Qu’il fortifie nos corps et nos cœurs ! Qu’il fortifie notre foi en Lui !  Qu’en le suivant, nous sachions choisir le bien et rejeter le mal, choisir le courage et rejeter la peur, la honte, la lâcheté. Choisir l’amour et la solidarité et rejeter l’individualisme, l’indifférence et le sectarisme. Que le Seigneur nous donne son Esprit et son amour pour être ses témoins sur toutes les routes que nous allons parcourir tout au long de cette nouvelle année qui commence ! Amen

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Homélie. Fête de l’Epiphanie (5 janvier 2020). Chapelle St Vincent de Paul – Paris

Quand les mages sont arrivés à Jérusalem, à écouter leur question on les sent pressés « où est le roi des juifs qui vient de naître ? »

Philippe LAMBLIN CM

Homélie. Fête de l’Epiphanie (5 janvier 2020). Chapelle St Vincent de Paul – Paris

Chers amis, frères et sœurs : Quand les mages sont arrivés à Jérusalem, à écouter leur question on les sent pressés « où est le roi des juifs qui vient de naître ? »

On aurait envie de bien les accueillir, de prendre un peu de temps avec eux et de leur demander : « D’où venez-vous ? quelle route avez-vous suivie ? quelle marchandise transportez-vous dans vos bagages ? ne voulez-pas prendre le temps de vous asseoir ? et qu’est-ce que cette histoire de roi qui vient de naître ? qui vous en a parlé ?»

En cette période de transhumance pour certains qui reviennent de séjour en famille, dans un contexte difficile pour ceux et celles qui rencontrent chaque matin et chaque soir d’énormes difficultés en raison des grèves pour rejoindre leur lieu de travail ou leur chez eux, la fête de l’Epiphanie 2020 risque de se réduire au partage d’une galette traditionnelle et à la recherche des indications ou des moyens de transport pour reprendre ses activités normales après les étapes de la fête de Noël et du passage à la nouvelle année.

Aussi, il est important de redonner du sens, le vrai sens de cette fête de l’Epiphanie du Seigneur.

En lisant le récit de l’arrivée des mages, nous redécouvrons que le personnage principal est d’abord Jésus : Il devient de suite le sujet premier de ce qui va suivre tout au long de l’Evangile de Matthieu. Jésus, c’est-à-dire Dieu qui sauve, est né à Bethléem. Tout ce qui précède est un prologue, qui nous a préparés à entendre cette nouvelle incroyable : Dieu qui sauve, Jésus est né à Bethléem. Il est même ajouté : « au temps du roi Hérode le Grand ». L’Epiphanie proclame la manifestation de Dieu aux hommes. Chez nos frères chrétiens orthodoxes, cette fête porte le nom de Théophanie : qui signifie la manifestation de Dieu qui s’est fait homme en Jésus. Les deux appellations comme leurs significations sont totalement complémentaires.

Comment la Parole de Dieu de ce jour nous exprime l’importance de cette fête ?

La liturgie de la Parole nous a fait entendre des passages bien choisis où résonne cette manifestation par des mots.

En voici 3 : Nations, rois et présents

En parlant des nations, la première lecture nous rappelle que la naissance de Jésus ne concerne pas seulement le peuple juif, comme pourrait le suggérer la question des mages : « Où est le roi des juifs qui vient de naître ? », mais comme l’annonce Isaïe à Jérusalem qui est en perdition, toutes les nations marcheront vers ta lumière, c’est l’humanité entière qui sera attirée par l’éclat de l’étoile qui précède la rencontre du nouveau-né de l’étable de Bethléem, par la Lumière, que représente Jésus. Le psalmiste ajoute tous les pays le serviront.

Et Paul dans sa lettre aux Ephésiens déclare : « toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus », Donc, par la fête de l’Epiphanie, il nous est rappelé que tous les humains, sans aucune distinction particulière, sont appelés à faire partie de l’Eglise du Christ Jésus.

Second mot utilisé qui montre l’importance de notre fête : celui de rois. Notre manière de présenter ce jour comme étant la fête des rois mages ne montre pas suffisamment l’importance de l’évènement : Tout d’abord, l’évangile nous parle de mages venus d’Orient et pas de rois. Les mages venus d’Orient étaient sans doute des personnages importants au vu des coffrets qu’ils ouvrirent. Cependant c’est le fait qu’ils se prosternent devant l’enfant Jésus qui les met dans la lignée des rois dont a parlé le psaume : les rois de Tarsis et des Îles, les rois de Saba et de Seba feront leur offrande, tous les rois se prosterneront devant lui. Les mages par leur attitude nous indiquent que même les rois, les gens bien placés ont vocation à être des chercheurs de Dieu. Et donc que tous les hommes comme les gens de Saba dont parle Isaïe sont invités à progresser dans leur connaissance de Dieu.

Karl Rhaner, grand théologien allemand, a écrit : « Le coeur des Mages s’est mis en route vers Dieu en même temps que leurs pas se dirigeaient vers Bethléem. Ils ont cherché Dieu, mais c’est Dieu qui conduisait leur recherche dès le moment où ils l’ont entreprise. Ils sont de ceux qui, dévorés par la faim et la soif de justice, aspirent vers le Sauveur, et repoussent la pensée que l’homme pourrait, sur la route de sa rencontre avec Dieu, négliger de faire le petit pas qui lui est demandé, sous prétexte que Dieu, lui, doit en faire mille. »

Un troisième mot à retenir de cette fête, c’est celui des présents : de l’or, de l’encens et de la myrrhe.

Ces présents ne sont pas des jouets comme on en donne aux enfants à l’occasion de Noël. L’évangile nous décrit la visite des mages dans la pauvre étable de Bethléem comme une petite liturgie royale et prophétique en parlant de coffrets de présents. Les mages passent de la joie, à la prosternation et à l’offrande de ce qu’ils ont de mieux et de plus précieux. De l’or, parce qu’ils voient en cet enfant un roi. Ils ont atteint le but de leur recherche : où est le roi des juifs qui vient de naître ? de l’encens, parce qu’ils le considèrent comme un prophète qui vient de les réjouir d’une très grande joie, de la myrrhe, parce qu’elle est utilisée pour faire des onctions et avait un usage thérapeutique et que cet enfant se nomme Jésus, Dieu qui sauve.

À nous aujourd’hui, d’avoir un cœur ouvert à tous les êtres humains, à nous, aujourd’hui d’être les destinataires et les récipiendaires de cette fête de l’Epiphanie pour lui redonner beaucoup de sens, et même si nous continuons à dire que les mages étaient trois rois, que nous allons partager leur galette pour désigner un roi ou une reine, l’important c’est que nous sachions poursuivre comme eux notre quête de Dieu dans notre cœur et d’y mettre Jésus, expression de Dieu qui aime toute humanité. 

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Épiphanie du Seigneur – A (Matthieu 2,1-12). Méditation

Aujourd’hui, on parle beaucoup d’une crise de la foi, mais on parle peu de la crise du sentiment religieux. Et pourtant, comme le soulignent certains théologiens, le drame de l’homme contemporain n’est pas, peut-être, son incapacité à croire, mais sa difficulté à sentir Dieu comme Dieu.

Jose Antonio PAGOLA

Épiphanie du Seigneur – A (Matthieu 2,1-12). Méditation

APPRENDRE À ADORER DIEU

Aujourd’hui, on parle beaucoup d’une crise de la foi, mais on parle peu de la crise du sentiment religieux. Et pourtant, comme le soulignent certains théologiens, le drame de l’homme contemporain n’est pas, peut-être, son incapacité à croire, mais sa difficulté à sentir Dieu comme Dieu. Même ceux qui se disent croyants semblent perdre la capacité de vivre certaines attitudes religieuses devant Dieu.

Un exemple clair est la difficulté de l’adorer. Dans des temps pas très lointains, il semblait facile de ressentir respect et adoration devant l’immensité et le mystère insondable de Dieu. Il est plus difficile aujourd’hui d’adorer celui que nous avons réduit à un être étrange, inconfortable et superflu.

Pour adorer Dieu, il faut se sentir créatures, infiniment petites devant lui, mais infiniment aimées par lui ; admirer sa grandeur insondable et goûter sa présence proche et aimante qui enveloppe tout notre être. L’adoration est (l’) admiration. C’est (l’) amour et (le) don de soi. C’est abandonner notre être à Dieu et rester dans un silence reconnaissant et joyeux devant lui, admirant son mystère depuis notre petitesse.

Notre difficulté à adorer vient de racines différentes. Celui qui vit intérieurement étourdi par toutes sortes de bruits et secoué par mille impressions passagères, sans jamais s’arrêter à l’essentiel, trouvera difficilement «l’adorable visage» de Dieu.

D’autre part, pour adorer Dieu, il faut s’arrêter devant le mystère du monde et savoir le regarder avec amour. Celui qui regarde la vie avec un amour qui va jusqu’au fond commencera à entrevoir les traces de Dieu plus tôt qu’il ne le pense.

Seul Dieu est adorable. Ni les choses les plus précieuses ni les personnes les plus aimées ne sont dignes d’être adorées comme lui. C’est pourquoi seul celui qui est libre intérieurement peut vraiment adorer Dieu.

Ce culte de Dieu ne s’écarte pas de l’engagement. Celui qui adore Dieu lutte contre tout ce qui détruit son «image sacrée» qu’est l’être humain. Celui qui adore le Créateur respecte et défend sa création. Adoration et solidarité, adoration et écologie sont intimement liées. Nous comprenons bien les paroles du grand scientifique et mystique Teilhard de Chardin : «Plus l’homme se fait homme, plus il éprouvera le besoin de l’adorer».

Le récit des Mages nous offre un modèle d’adoration authentique. Ces sages savent regarder le cosmos jusqu’au fond, saisir les signes, s’approcher du Mystère et rendre leur humble hommage à ce Dieu qui s’est incarné dans notre existence.

Traducteur: Carlos Orduna

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Homélie Fête de la Sainte Famille. 29 décembre 2019. Chapelle Saint Vincent de Paul – Paris

Après la fête de la Nativité, voici une fête plus intime : la Sainte Famille. Une fête instituée dans notre calendrier liturgique en 1921, dans un contexte où la société s’était déjà largement sécularisée et où le pape Benoît XV...

Alexis CERQUERA

Homélie Fête de la Sainte Famille. 29 décembre 2019. Chapelle Saint Vincent de Paul – Paris

Après la fête de la Nativité, voici une fête plus intime : la Sainte Famille. Une fête instituée dans notre calendrier liturgique en 1921, dans un contexte où la société s’était déjà largement sécularisée et où le pape Benoît XV a voulu recentrer l’attention sur la famille comme première cellule sociale et cellule privilégiée d’éducation et de vie chrétienne.

La liturgie nous propose une lecture d’un passage du livre de Ben Sirac, (2è siècle avant notre ère). Dans ce passage c’est respect qui est placé comme une valeur fondamentale. C’est le respect qui construit de façon générale dans nos relations avec les autres et de façon particulière avec nos proches, dans nos familles. Respect les autres c’est (pour Ben Sirac) manifester la présence de Dieu, c’est lui rendre hommage à partir de nos relations avec les autres. Un passage attire mon attention : l’importance que le Siracide donne aux personnes âgées. Il est terrible aujourd’hui constater qu’elles sont souvent conduites dans des centres d’hébergement et très souvent abandonnées par leurs enfants, il serait bon de relire Ben Sirac et de nous rappeler les valeurs traditionnelles de respect envers les aînés quels que soient leur âge et leur état de santé.

L’apôtre Paul, donne la place principale à l’amour comme source et soutient de nos relations humaines et familiales. Et c’est le Christ des Évangiles qui nous présente le mieux le visage du Dieu-Amour. Paul, nous invite ainsi à nous revêtir de cette Amour transformé en tendresse, bonté, humilité, douceur et patience… et nous pouvons y ajouter les valeurs que nous pouvons considérer constructifs de nos relations…

Mais, il faut le dire, je ne suis pas d’accord avec Paul, quand dans les recommandations qu’il fait aux familles de son temps il annonce : « Vous les femmes, soyez soumises à votre mari; dans le Seigneur, c’est ce qui convient ». Je crois que si nous sommes fidèles au Dieu de Jésus Christ, cette recommandation est devenue caduque et obsolète, car elle ne tient pas compte de l’évolution et de l’égalité homme/femme de nos sociétés contemporaines, même si saint Paul atténue sa recommandation par la suivante : « Et vous les hommes, aimez votre femme, ne soyez pas désagréables avec elle ». Pour saint Paul, c’était novateur et révolutionnaire de demander aux hommes d’aimer leur femme, mais pour nous, ça relève du gros bon sens.

Je sais que le concept de famille nous semble un concept vague et difficile de cerner, mais il s’agit pleinement d’une réalité sociale a dimensions théologiques et christologiques :

Il faut souligner que nos familles, quelles qu’elles soient d’ailleurs, construites à l’image du Christ ou pas, sont le lieu par excellence de notre enracinement dans la vie. C’est le premier endroit de notre socialisation, c’est-à-dire de notre manière de nous insérer dans un groupe humain. « Nous y découvrons des valeurs, des codes de conduite, parfois aussi des contradictions. C’est en elles que nous faisons également l’expérience de nos premières frustrations de désirs non assouvis. Mais pardessus-tout, les familles sont le lieu où se construit chaque être humain par les mots de tendresse et de douceur. La famille est le lieu par excellence d’apprentissage de l’amour. Aux yeux de Dieu, nous ne sommes pas des étrangers les uns pour les autres. Nous sommes ses enfants appartenant à une même famille, sa famille ».

La fête de la sainte Famille, pour moi, n’est pas la promulgation d’un modelé unique, sous la forme idyllique de la famille de Nazareth… parce qu’elle-même a traversé aussi des situations fortement humaines comme l’exile, le doute, l’incompréhension…

Il nous faut relire attentivement l’exhortation apostolique Amoris lætitia pour nous rendre compte que la famille n’est pas un patrimoine unique de l’Église mais qu’elle a une importance capitale pour la construction de la société : « Fidèles à l’enseignement du Christ, nous regardons la réalité de la famille aujourd’hui dans toute sa complexité, avec ses lumières et ses ombres […]. Le changement anthropologique et culturel influence aujourd’hui tous les aspects de la vie et requiert une approche analytique et diversifiée ».

La famille « chrétienne s’exprime dans sa diversité humaine : famille traditionnelle, famille reconstituée, famille monoparentale, et on peut ajouter aujourd’hui : famille homosexuelle…

On peut bien refuser de reconnaître certains types de familles, mais on ne pourra jamais empêcher leur existence; toutes ces familles font partie de notre réalité d’aujourd’hui. Aucune ne doit être idéalisée, car aucune n’est parfaite. En revanche, aucune, non plus, ne doit être exclue ou condamnée, car toutes peuvent porter le Christ au monde et peuvent en témoigner.

En cette fête de la Sainte Famille, invitons toutes nos familles, quelles qu’elles soient, au respect entre les générations, à revêtir nos cœurs de tendresse, de bonté, d’humilité, de douceur, de patience, de pardon et d’Amour mutuel, comme le demande saint Paul, en y ajoutant toutefois l’égalité homme/femme et la réciprocité entre parents et enfants, et à la solidarité avec les hommes et les femmes blessés, rejetés, exilés, opprimés, comme l’exige l’évangéliste Matthieu.

Dans l’exhortation Apostolique nous trouvons cette prière :

Jésus, Marie et Joseph
en vous, nous contemplons la splendeur de l’amour vrai,
en toute confiance nous nous adressons à vous.

Sainte Famille de Nazareth,
fais aussi de nos familles un lieu de communion et un cénacle de prière, d’authentiques écoles de l’Évangile et de petites Églises domestiques.

Sainte Famille de Nazareth,
que plus jamais il n’y ait dans les familles des scènes de violence, d’isolement et de division ; que celui qui a été blessé ou scandalisé soit, bientôt, consolé et guéri.

Sainte Famille de Nazareth,
fais prendre conscience à tous du caractère sacré et inviolable de la famille, de sa beauté dans le projet de Dieu.

Jésus, Marie et Joseph,
Écoutez, exaucez notre prière

Amen !

 

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Homélie Veillée de Noël. 24 décembre 2019. Chapelle saint Vincent de Paul – Paris

Le grand jour est arrivé, « la terre tout entière est en fête, car le Seigneur vient ». Le Seigneur est là, parmi nous. Son visage est posé sur nous et nous sommes en allégresse, nous nous réjouissons de sa présence dans notre histoire.

Alexis CERQUERA

Homélie Veillée de Noël. 24 décembre 2019. Chapelle saint Vincent de Paul – Paris

Le grand jour est arrivé, « la terre tout entière est en fête, car le Seigneur vient ». Le Seigneur est là, parmi nous. Son visage est posé sur nous et nous sommes en allégresse, nous nous réjouissons de sa présence dans notre histoire.

Ce soir, nous vivons le commencement d’un temps nouveau, d’un temps inauguré par le Seigneur. Un temps qui se renouvelle tous les jours, toujours nouveau, c’est une nouvelle création.

Ce soir, nous fêtons l’amour incommensurable de Dieu envers son humanité. Lui-même est venu habiter notre humanité, il a pris chair de notre chair… Mais il n’est pas venu avec le fracas d’une star médiatique. Il est rentré dans notre histoire dans  le silence le plus profond. Et c’est dans ce silence qu’éclate la révélation définitive de l’Amour de Dieu par la naissance de Jésus-Christ. Le Seigneur est venu dans la pauvreté de notre humanité pour nous rendre riches de son amour.

La nuit est finie, et un jour d’amour arrive pour l’humanité… « Quand l’amour est vraiment don, quand l’amour est pure générosité, quand l’amour est espace d’accueil, alors il fait jour » alors c’est Noël, la fête que l’humanité célèbre avec son Dieu, le Seigneur.

Aujourd’hui, le Seigneur a décidé de nous rendre heureux, de nous montrer le chemin, de nous donner son Fils… Aujourd’hui, par ce mystère de l’Incarnation, Dieu exprime son désir de nous conduire vers lui…  tout en respectant notre liberté…

Il y a dans cette nuit la naissance de l’humanité à la dignité. Il y a dans cette nuit la Révélation de Dieu dans la Pauvreté.  Il y a dans cette nuit, la rencontre entre l’homme et Dieu, entre l’humanité et la Divinité… Cette nuit, l’humanité a rencontré son chemin vers Dieu.

Ce n’est pas un conte de fées, ce n’est pas une histoire pour amuser l’imagination des enfants rêveurs… Cette nuit, le Seigneur nous révèle son visage d’Amour, cette nuit, le monde est en fête et nous célébrons un monde nouveau, une humanité nouvelle, un Dieu toujours neuf, une histoire qui commence…

Nous vivons ce paradoxe de Noël, nous vivons la puissance de Dieu qui se fait petit ; nous vivons ce message d’amour, dans un contexte de deshumanisation ; nous vivons cette incarnation de Dieu dans notre histoire, dans un contexte de refus de Dieu dans notre quotidien ; Dieu se fait lumière, mais l’être humain parfois ne veut pas voir clair ; Dieu vient vivre avec nous, mais l’humanité, est en train de le mettre dehors… mais c’est ainsi, et même dans des réalités plus dures, que le message de Dieu retentit et doit se faire entendre. Noël n’est pas une fête pour rester dans une euphorie passagère. Il est nécessaire que nous quittions le monde des mythes, il ne s’agit pas d’imaginer, de s’émouvoir d’une manière sentimentale et artificielle… Il importe,  et c’est  essentiel de situer Jésus-Christ dans l’activité humaine la plus pressante.

L’humanité souffre énormément, les guerres, les conflits, les maladies, la négation des droits de l’homme, les sans-papiers et les gens de la rue en France, les enfants volés et prostitués en extrême orient… dans toute la géographie du monde, l’humanité souffre et subit des violences énormes… mais malgré cela, l’humanité reste et restera dans le cœur de Dieu. Et à chaque fois, son message de paix, de solidarité, de vie, prend  un sens… Non, l’humanité n’est pas perdue, ni morte, ni finie… elle est dans le cœur de Dieu et Dieu n’arrête pas de l’aimer.

Noël dépasse toute compréhension : Dieu a pris chair dans notre chair et se fait humain dans notre humanité, Il n’a pas pris les meilleurs, les surhumains, ou la forme d’un héros… Il est né dans notre humanité dure et têtue, et il a accepté de devenir l’un des nôtres, pour que nous puissions « le voir » à côté de nous, à partager notre humanité… Il est l’un des nôtres pour nous montrer le chemin vers lui et en même temps le chemin vers la profondeur de notre humanité. kDieu est en nous, en toi, en moi… Dieu se fait visible en son Fils, et son Fils en s’incarnant dans notre humanité nous rend visible le Seigneur notre Dieu.

Noël, c’est la fête du recommencement, noël c’est la fête de la vie nouvelle, noël c’est la fête de l’homme divinisé par Dieu.

Ce soir, la nuit laisse la place à la lumière, « La grâce de Dieu se manifeste pour le salut de tous les hommes » : Jésus Christ est au dedans de nous, comme le cœur de notre cœur, et c’est à travers Lui que nous pourrons embrasser toute l’humanité et nous considérer les uns et les autres comme des frères et des sœurs unis par un seul amour.

En cette nuit sainte, laissons la porte ouverte à Jésus Christ, pour qu’il naisse dans notre vie, dans notre entourage, dans notre quartier, dans nos relations… Laissons cette porte ouverte pour qu’il vienne et continue à vivre avec nous : « Seigneur tu viens, c’est vrai ! Seigneur tu es là ! Seigneur, nous voici, nous t’attendons. Nous ne savions pas qui tu étais, mais maintenant nous reconnaissons ton visage. Seigneur, prends nous ! fais que tous ensemble nous devenions une humanité enfin humaine, et que sans bruit, dans la vérité, dans l’authenticité de chacune de nos journées, nous apportions à tous nos frères en humanité, la lumière adorable de ton Visage. Seigneur, ce Visage imprimé dans nos cœurs, ce Visage que nous attendions, le Visage après lequel soupirait toute la terre, le Visage éternel de l’Amour ». (Maurice Zundel)

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