Homélie : 1er Dimanche de l’Avent – Année C

Le temps de l’Avent n’est pas un temps d’une attente oisive et passive. C’est un temps d’efforts, je dirai même un temps où nous redoublons nos efforts comme ceux qui sont aux champs de batail.

Gaspard NTAKIRUTIMANA

Homélie: 1er Dimanche de l’Avent – Année C

Chers frères et sœurs en Christ,

Avec le premier dimanche de l’Avent, une nouvelle année liturgique commence : l’année C.

Le temps de l’Avent est un Temps liturgique de 4 semaines (ou presque) qui précèdent Noël ;

Souvent quand on parle de l’Avent, on pense directement à une période où nous sommes dans l’attente de célébrer la grande fête de Noël ; pour les enfants c’est un temps où on attend impatiemment voir les chaussures posées tout près des cheminés, ou tout près des sapins de Noël. Parce que Papa Noël va passer par là. Pour certains parents, c’est un temps d’angoisse ; ils pensent au budget qui sera débloqué pour satisfaire les attentes de leurs enfants et ils sont inquiets parce qu’ils ne savent pas comment être à la hauteur de toutes ces attentes. Ce n’est pas seulement au niveau de la famille où il y a l’attente ; les centres commerciaux sont en attente : quel sera le chiffre d’affaires ?

Avent, c’est aussi un temps des préparatifs, les sapins de noël, les guirlandes, les crèches. Tout est fait pour que les fêtes de noël retrouvent leur splendeur. Je dis bien, les fêtes de noël parce que souvent, Noël est noyé dans ce brouillement d’ordre purement commercial. Le mystère de Noël, le mystère qui est à l’origine de la fête est oublié.

Pour nous Chrétien, nous qui sommes venu aujourd’hui en cette messe pour commencer le temps de l’Avent quel sens donnons nous à l’Avent ? Oui, c’est bien sûr un temps de l’attente et c’est un temps de préparation. Mais, quelle attente et quelle préparation ?  

Le temps de l’Avent nous rappelle que nous sommes un peuple en marche vers le dernier jour, le jour du retour du Fils de l’homme, de notre Sauveur Jésus Christ. Durant les derniers jours du Temps ordinaire, nous avons médité sur la fin des temps, où le Fils de l’homme viendra. Cette méditation va se poursuivra dans les premiers jours de l’Avent. C’est donc durant la première partie où nous sommes invités à tourner nos regards vers l’avenir ; à nous examiner pour voir où nous en sommes dans notre pèlerinage d’ici-bas sur la terre. Un temps où nous sommes invités à vivre dans une attente confiance, dans un abandon à Dieu qui tient toujours ses promesses pour ceux qui comptent sur son amour.   

L’Avent est aussi un temps qui nous plonge dans l’attente messianique du peuple de Dieu. La première lecture de ce jour fait écho de la promesse de Dieu faite à son peuple : « j’accomplirai la parole de bonheur, (…) je ferai germer pour David un Germe de justice et il exercera dans le pays le droit et la justice. » Vous connaissez la promesse de Dieu à David dans le 2ème livre de Samuel 7,12 : « Quand tes jours seront accomplis et que tu reposeras auprès de tes pères, je te susciterai dans ta descendance un successeur, qui naîtra de toi, et je rendrai stable sa royauté. » La réalisation de cette promesse va marquer le temps messianique. Cependant, tout le monde ne va pas reconnaître ce temps où Dieu accomplit sa promesse car, « le secret du Seigneur est pour ceux qui le craignent ; à ceux-là, il fait connaître son alliance. » (Ps24,14) Mais, attention, on ne doit pas penser que nous sommes dans un ordre exotérique où tout est caché aux « non-initiés ». Non, Saint Paul nous dit que nous avons appris des Apôtres comment il faut nous conduire pour plaire à Dieu, et grâce soit rendue à Dieu, c’est ainsi que nous nous conduisons déjà ; mais comme l’Apôtre nous le demande, nous devons faire de nouveaux progrès (cf. 1Th4,1).

Bien aimés du Christ, nous pouvons comprendre que le temps de l’Avent n’est pas un temps d’une attente oisive et passive. C’est un temps d’efforts, je dirai même un temps où nous redoublons nos efforts comme ceux qui sont aux champs de batail. Les événement cosmiques et conflictuels décrits dans l’Evangile symbolisent bien tous les moments de notre vie où nous sommes confrontés aux épreuves de différentes sortes qui veulent nous pousser au désespoir, comme cette période de la crise sanitaire qui ne finit pas. C’est à ce moment que nous devons nous redresser et relever la tête car notre rédemption est plus proche que jamais. Jésus nous donne les armes pour combattre et pour vaincre : d’abord nous tenir sur nos gardes pour discerner ce qui veut nous éloigner de la foi, et ensuite rester éveillé et prier en tout temps. Voilà, chers frères et sœurs, la vraie source de nos forces pour le combat, le combat où nous sommes victorieux parce que nous nous appuyons sur Celui qui a le dernier mot. Les épreuves et les découragements ne vont pas manquer dans notre vie chrétienne, mais, si nous comptons sur notre Seigneur Jésus, nous aurons toujours la joie et nous n’aurons plus peur de l’avenir.

Le temps de l’Avent enfin, c’est le temps de la persévérance et de la patience dans l’attente où Dieu tiendra ses promesses pour nous : Il est fidèle à ses promesses, il ne ment pas !

Au cours de cette Eucharistie prions pour notre société où le désespoir gagne de plus en plus les cœurs. Que nos frères et sœurs qui désespèrent redécouvrent le goût de vivre. Prions aussi pour les décideurs politiques, qu’ils contribuent à bâtir des sociétés qui espèrent un lendemain meilleur. Que ce temps de l’Avent nous aide à nous hâter à la rencontre de Celui qui vient habiter au milieu de nous ; Lui qui nous montre le vrai sens de la vie.

Père Gaspard, cm  

 

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Homélie de la Solennité du Christ Roi de l’univers

La visée du règne du Christ ne prétend pas exercer un pouvoir simplement stratégique, géopolitique, manipulant la faiblesse des pauvres gens ; mais la royauté du Christ veut ouvrir les croyants et les hommes de bonne volonté à ce qui est éternel, à ce qui ne passe pas, à un trésor qui ne peut pas être ni corrompu ni détruit.

Roberto GOMEZ

Homélie de la solennité du Christ Roi de l’univers

Chères sœurs, chers frères :

Chaque année depuis Vatican II, nous célébrons la fête de Christ Roi de l’univers le dernier dimanche de l’année liturgique. Il n’a pas été toujours ainsi ! Le Pape Pie XI, en 1925, a introduit la fête de Christ roi le dernier dimanche d’octobre avec le but de célébrer « le règne social de Jésus-Christ ». Le contexte n’était pas favorable à l’Eglise ; elle prétendait ainsi marquer sa place dans la société déjà engagée dans un processus de sécularisation accéléré.

Vatican II a bien fait de changer la date de cette fête dans le calendrier liturgique et surtout d’en transformer profondément le sens de cette célébration. Cette fête doit rester centrée sur le Christ (et non pas sur l’église), sur les paroles de notre Seigneur rappelées aujourd’hui dans l’évangile de saint Jean :

« Ma royauté n’est pas de ce monde, Si ma royauté était de ce monde, j’aurais des gardes que se seraient battus. Pour que je ne sois pas livré aux juifs. En fait ma royauté n’est pas d’ici ».

Ces paroles de Jésus nous interdissent d’imaginer un règne social de Jésus, un règne mondain à la manière des royaumes terrestres… Imaginons pour un instant que la royauté de Jésus ait été à la manière des royaumes de la terre :

  • Le pouvoir de Jésus serait temporel, limité dans le temps et dans l’espace.
  • La puissance d’un Jésus roi à la manière du monde aurait engendré violence, compétition, soumission, vaine-gloire.
  • Les royaumes terrestres supposant aussi une lignée royale, un tel royaume aurait exclue les autres des privilèges et des honneurs.
  • Comme tout royaume terrestre a une fin, celui de Jésus aurait eu également une fin.

Vous le voyez, imaginer un royaume terrestre de Jésus n’a pas de sens et en réalité contredit la vie même de notre Seigneur, sa passion et son enseignement.

La royauté du Christ est avant tout spirituelle. Ce mot est piégé, inapproprié certes. Il a l’avantage de s’opposer à ce qui est mondain. On pourrait dire plutôt que le règne du Christ est eschatologique (ce mot est encore obscur). Eschatologique parce que transcendant, éternel. Le pouvoir exercé par un tel roi se joue dans les réalités humaines certes mais dépasse celles-ci. La visée du règne du Christ ne prétend pas exercer un pouvoir simplement stratégique, géopolitique, manipulant la faiblesse des pauvre gens ; mais la royauté du Christ veut ouvrir les croyants et les hommes de bonne volonté à ce qui est éternel, à ce qui ne passe pas, à un trésor qui ne peut pas être ni corrompu ni détruit. Jésus l’a bien dit dans l’évangile de Matthieu : « Amassez-vous des trésors dans le ciel, où ni les mites ni les vers ne font de ravages, où les voleurs ne percent ni ne dérobent. Car où est ton trésor, là aussi sera ton cœur «  (Mt 6,20-21).     

Nous pouvons dire aussi que « La royauté du Christ résulte, non de la volonté des hommes, mais de la Pâque du Fils »[1]. Tout à l’heure, lors de la préface nous proclamerons ceci : 

« Tu as consacré́ Prêtre éternel et Roi de l’univers ton Fils unique, Jésus Christ, notre Seigneur, afin qu’il s’offre lui-même sur l’autel de la Croix en victime pure et pacifique, pour accomplir les mystères de notre rédemption, et qu’après avoir soumis à son pouvoir toutes les créatures, il remette aux mains de ta souveraine puissance un règne sans limite et sans fin: règne de vie et de vérité́, règne de grâce et de sainteté́, règne de justice, d’amour et de paix ». Le trône du Christ Roi est bel et bien la croix !

Si nous célébrons le Christ roi de l’univers ce n’est parce que cela nous convient, ou parce que l’église en retirerait des privilèges… C’est une autre dynamique qui est ainsi signifié. La royauté du Christ ne peut pas être bien comprise sans la croix, ni sans la passion ni sans la résurrection.

C’est un Christ humilié par Pilate, haïe par les siens, sans pouvoir et tournée en dérisions qui se présente comme étant roi : « C’est toi-même qui dis que je suis roi. Moi, je suis né, je suis venu dans le monde, pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Quiconque appartient à la vérité écoute ma voix ». Si le Christ est Roi, il est un Roi sauveur jusqu’à la mort, serviteur dans l’humilité de l’humiliation. Enfin de comptes, la Croix interdit tout rêve d’un royaume humain sur le mode des puissants. Un Christ affirmant sa royauté dans l’humiliation, homme pour les autres, solidaire des petits et des pauvres, livrant sa vie pour eux, pardonnant à ses bourreaux, traçant le chemin de la vérité : telle est la figure du Christ Roi qui dénonce et démasque toute forme de totalitarisme politique, et la prétention à la toute-puissance. A ce propos écoutons le  Psaume 44 :

Ton trône est divin, un trône éternel ; (non temporel)
Ton sceptre royal est sceptre de droiture, (et non de puissance écrasante)
Tu aimes la justice, tu réprouves le mal.
Oui, Dieu, ton Dieu, t’a consacré́
D’une onction de joie comme aucun de tes semblables » (Ps 44, 7-8).

Maintenant, aide-nous Seigneur à bien comprendre ta royauté. Attire-nous vers toi par des liens d’amour, par la seule force bienfaisante et éternelle : ton amour, plus fort que le mal et la violence, plus fort que la mort. Si le bon larron a compris ta royauté, pourquoi serions-nous incapables de la saisir ? Peut-être parce que nous pensons qu’il y a résurrection sans mort, qu’il y a gloire sans croix, qu’il y a élévation sans abaissement. Le centurion romain, lorsque tu mourrais sur la croix : «il compris et prophétisé :  « cet homme-là est le fils de Dieu ».

Dans l’évangile de saint Jean, toi, le Christ-roi couronné d’épines, moqué de tous et abandonné y compris de tes disciples, reste au centre non seulement de la scène du calvaire mais au centre de l’histoire sainte. Certains sont allé demander à Pilate « N’écris pas ‘le roi des Juifs’ mais bien  ‘cet individu a prétendu qu’il était le roi des juifs’. Pilate le non juif, se révèle plus juifs que les juifs,  en affirmant que l’on ne touche pas à l’écriture… Ce qui est écrit est écrit.

Roberto Gomez cm

Chapelle saint Vincent de Paul

Le 20 novembre 2021

[1] Patrick Prétot, https://liturgie.catholique.fr/wp-content/uploads/sites/11/2013/11/P.-Pretot-La-fete-du-Christ-roi-de-lunivers-comme-celebration-du-Mystere-Pascal.pdf vu le 21.11. 2021.

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Homélie de Mgr Pascal Delannoy en la fête de Saint Vincent de Paul

Déchirer les rideaux ! C’est la vocation de Vincent et il ne fait en cela que suivre son maître le Christ. Car le Christ lui-même est venu non pour condamner ou juger mais pour déchirer les rideaux de la séparation des hommes entre eux et des hommes avec Dieu en appelant à la conversion.

Mgr Pascal DELANNOY

Saint Vincent de Paul : l’homme qui déchire les rideaux !

Probablement que les nombreux missionnaires présents dans notre assemblée ont déjà pris l’avion ! Vous avez sûrement remarqué, comme je l’ai encore constaté lors de mon retour de Rome vendredi soir, que les premiers rangs sont réservés aux voyageurs munis d’un billet première classe et, qu’ensuite, viennent les rangs destinés aux voyageurs munis d’un billet seconde classe.

            Une fois que l’avion a décollé et que l’on s’apprête à vous servir un rafraîchissement un steward, ou une hôtesse, tire un rideau dans l’allée centrale afin que la classe économique ne puisse voir ce qui sera servi à la première classe et que ceux-ci ne puissent être gênés par le regard envieux des autres voyageurs.

            Saint Vincent de Paul aurait-il pris place dans la première classe ou dans la classe économique ? D’instinct et au regard de qu’a été son enfance, puis sa vie, nous répondrions dans la classe économique. Mais si nous prenons le temps de réfléchir à ce qu’a été son apostolat auprès des grands de ce monde, nous pourrions dire qu’il a également pris place dans la première classe. Les nobles qu’il a côtoyés, qu’il s’agisse de la reine Marguerite de France, de la famille de Gondi, de Louise de Gonzague et de biens d’autres encore, voyageaient plus souvent dans des carrosses dorés que dans des charrettes à foin !

            Mais ne nous y trompons pas ! Si St Vincent prend place dans la première classe ce n’est pas pour rechercher son bien être personnel ! Son objectif sera de changer le regard que posait les nobles de son époque sur les plus pauvres, en leur expliquant que leur venir en aide est non seulement un acte de charité mais aussi un acte de justice. St Vincent de Paul, notamment à partir de 1617, date importante sur laquelle je reviendrai, rejoint la première classe non pas pour condamner ou juger ceux qu’il y rencontre mais pour les convertir an ayant pour seule arme l’Évangile, sa foi et sa persévérance. Et c’est ainsi que St Vincent de Paul va déchirer le rideau qui séparait les riches et les pauvres, non en condamnant mais en convertissant !

            Mais avant de déchirer ce voile entre riches et pauvres St Vincent de Paul doit d’abord déchirer le voile qui est présent en lui. Il faut que lui même prenne le chemin de la conversion. Ce chemin sera rude, il durera près de quatre ans. Quatre ans pour que Vincent comprenne et accepte qu’il faut que Dieu s’installe dans sa vie, qu’il y règne et que lui, Vincent, ne se recherche pas mais qu’il cherche d’abord à faire les affaires de Dieu. Il faut chercher Dieu. Dieu premièrement, dira-t-il, il faut d’abord regarder Dieu…. cherchons le Royaume de Dieu le reste nous sera donné par surcroît. Si nous cherchons les affaires de Dieu il fera les nôtres. C’est au cœur de l’hiver 1617, lorsqu’il sera au chevet d’un pauvre malade de la campagne que Dieu lui fera signe. C’est là que Dieu va lui donner la certitude de sa vocation et la paix intérieure. C’est là à Gannes, dans l’Oise, que le rideau intérieur va se déchirer pour que Vincent accueille totalement la volonté de Dieu. Désormais Vincent va consacrer sa vie à déchirer les rideaux qui empêchent une véritable charité entre tous, cette charité où chacun donne et reçoit !

            Déchirer les rideaux ! C’est la vocation de Vincent et il ne fait en cela que suivre son maître le Christ. Car le Christ lui-même est venu non pour condamner ou juger mais pour déchirer les rideaux de la séparation des hommes entre eux et des hommes avec Dieu en appelant à la conversion. Et le moment où le rideau va se déchirer définitivement sera le moment de la croix. Selon l’évangéliste Matthieu  lorsque le Christ meurt sur la croix le rideau du temple se déchire en deux du haut en bas (27,51). Le rideau qui empêchait de voir le lieu très saint, lieu de la présence divine se déchire en deux car désormais Dieu ne se donne plus à voir dans le temple mais sur la croix. Il se donne à voir dans le plus rejeté et le plus méprisé des hommes ! Par la croix le Christ devient pleinement, totalement, le plus pauvre que celui-ci soit l’affamé, l’assoiffé, le malade, le prisonnier dont nous parle l’Evangile de ce jour ou encore le migrant, la personne isolée, le sans domicile…. que vous rencontrez aujourd’hui !

            Frères et sœurs la prochaine fois que vous prenez l’avion regardez le steward ou l’hôtesse fermer le rideau. Alors, interrogez-vous : qu’est ce que Dieu attend de moi ? Quels sont les rideaux que je suis appelé à déchirer en moi pour reconnaître le Christ dans le plus pauvre ? Quels rideaux déchirer autour de moi pour que la communion et la charité progressent dans le monde ? Avec de telles questions soyez assurés que votre voyage se déroulera rapidement et qu’à l’arrivée vous ne débarquerez pas seulement sur une autre terre mais que vous aurez déjà un pied dans le Royaume de Dieu ! Amen !

+ Pascal Delannoy

Evêque de Saint-Denis en France

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Homélie. 12e dimanche du temps ordinaire

Ce passage de l’évangile a trouvé un écho favorable chez les chrétiens, dès les premiers temps de l’Église. Souvenons-nous aussi, que le Pape François nous a invités à méditer ce passage le 27 mars 2020, depuis la place St Pierre complètement vide, sous une pluie battante, au moment le plus angoissant de la pandémie.

Lazariste

Homélie. 12e dimanche du temps ordinaire

Ce passage de l’évangile a trouvé un écho favorable chez les chrétiens, dès les premiers temps de l’Église. Souvenons-nous aussi, que le Pape François nous a invités à méditer ce passage le 27 mars 2020, depuis la place St Pierre complètement vide, sous une pluie battante, au moment le plus angoissant de la pandémie.

L’évangéliste Marc cherche à fortifier la foi de la communauté implantée à Rome, menacée par la persécution et l’hostilité de l’Empereur. Son seul objectif est d’exhorter les chrétiens à faire confiance à Jésus et à sa Parole !

C’est le soir, la nuit tombe. Le Seigneur incite les disciples à traverser la mer pour regagner l’autre rive. Il les exhorte à quitter la « sécurité » pour aller vers l’inconnu, à la rencontre « des autres », de ceux qui n’appartiennent pas à leur groupe, à leur communauté. Après des jours de prédication, de miracles, de « célébrations » il leur faut courir le risque d’annoncer la Bonne Nouvelle à ceux qui sont « loin »

Pour vivre le message évangélique dans la joie et l’espérance, il nous est nécessaire d’aller à la rencontre de ceux qui sont aux marges : « sur l’autre rive ». Jésus invite ses disciples – nous aujourd’hui- à se décentrer, se déplacer… Or le changement, quel qu’il soit, peut réserver des surprises !  

Et pour les disciples, elles arrivent sans tarder… Le temps se déchaîne, le vent est violent, la barque battue par les vagues…  Jésus est étrangement gagné par un profond sommeil ! Les disciples, aux commandex, sont pris de panique au milieu de cette grande tempête.

Le dialogue entre le Maitre et ses disciples peut surprendre, mais il est explicable et compréhensible dans de telles circonstances.

L’évangéliste Marc utilise le verbe « avoir peur », mais ici, il signifie plutôt « être lâche ». Jésus ne désapprouve pas la peur. Il la comprend parce que lui-même l’a vécue. Elle fait partie de notre vie, et nous sommes fréquemment confrontés à des situations qui peuvent la provoquer. Le courage suppose la peur.

La lâcheté, par contre, peut nous empêcher d’affronter avec responsabilité les tempêtes de notre existence.

La lâcheté, contraire à la foi, il nous arrive parfois de la cultiver et de l’habiller de dévotions désincarnées, de ritualismes vides et de conformisme paresseux.

En ce moment de crise de notre société et de notre Église il est important et urgent de mener une réflexion courageuse et créative ainsi qu’une autocritique de nos peurs et lâchetés. Un dialogue sincère et collaboratif, doit nous aider à assumer d’une manière responsable « les passages vers l’autre rive ».

Aujourd’hui en Église il nous faut réécouter cette interpellation de Jésus : « Pour quoi vous êtes si lâches ? N’avez-vous pas encore la foi ? »

Il nous faut reconnaître, avec sincérité, que nous ne prenons pas au sérieux, tout ce que l’Évangile signifie et ce à quoi Il nous appelle. Dans notre rapport au monde, nous restons sur la défensive sans chercher à résoudre les problèmes de fond et nous avons les yeux rivés sur un passé dit « glorieux », mais entachés d’injustices et mépris vis-à-vis beaucoup des populations signalées d’être « au marge » (les homosexuels, les mères célibataires, les femmes, les indigènes…), et par la suite tant des demandes de pardon envers eux ! mais nous résistons à l’appel du Seigneur : « aller vers l’autre rive ».  Restant sur cette attitude nous exposons, alors, à réduire l’Evangile à un tranquillisant supplémentaire !

De même, la foi en Jésus n’est pas une recette psychologique pour combattre les peurs ! Au contraire elle est la confiance radicale en un Dieu-Père et l’expérience de son amour inconditionnel pour tout être humain. Elle offre un socle spirituel solide pour affronter la vie dans la Paix et l’harmonie.

Le Christ, avec l’autorité qui lui vient de son Père, apaise la tempête. Ses gestes et ses paroles, rappellent le récit de la genèse : Fils du Créateur, Il va apaiser les éléments en furie, à la stupéfaction de ses disciples : « Qui est-il donc, pour que même le vent et la mer lui obéissent ? »

Il est évident que le Seigneur n’allait pas laisser périr ses disciples, malgré leur manque de confiance. La mission évangélisatrice est urgente ! Néanmoins ils doivent s’entraîner à la confiance, la disponibilité et l’autorité. Contre les ennemis destructeurs d’humanité il convient de se montrer solide dans la foi.

Le fait que Jésus apaise la tempête est pour les disciples, est un moment révélateur. La parole de Jésus est la parole créatrice de Dieu.

Dans ce récit, tout finit bien : les disciples ne périssent pas, Jésus les sauve. Mais ils vont périr un jour.

De plus, ils sont nombreux ceux qui, perdus dans une situation périlleuse, dans l’obscurité, dans le chaos, ne s’en sortent pas, crient éperdument vers Jésus… et périssent ! Nous mourons, nous aussi !

Le but de ce récit n’est donc pas de dire aux disciples – à nous aujourd’hui –  que nous survivrons si nous faisons appel à Jésus, mais de nous rappeler que dans le danger, dans la souffrance incompréhensible, dans la mort même, nous ne sommes pas abandonnés. Nous sommes dans un monde animé par la Parole de Dieu, celle de Jésus, et nous sommes entourés par sa puissance mystérieuse. Face à la souffrance, face à la mort, face au chaos, il faut du courage ! Sur le lac, ce moment révélateur de la majesté incompréhensible de Jésus donne ce courage aux disciples. Il nous le donne encore !

Le pape François a affirmé ce 27 mars 2020 : « Embrasser la croix, c’est trouver le courage d’embrasser toutes les contrariétés du temps présent, en abandonnant un moment notre soif de toute puissance et de possession, pour faire place à la créativité que seul l’Esprit est capable de susciter. C’est trouver le courage d’ouvrir des espaces où tous peuvent se sentir appelés, et permettre de nouvelles formes d’hospitalité et de fraternité ainsi que de solidarité. Par sa croix, nous avons été sauvés pour accueillir l’espérance et permettre que ce soit elle qui renforce et soutienne toutes les mesures et toutes les pistes possibles qui puissent aider à nous préserver et à sauvegarder. Étreindre le Seigneur pour embrasser l’espérance, voilà la force de la foi, qui libère de la peur et donne de l’espérance. »

 

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Faire confiance. Méditation

Aujourd’hui, on entend à peine parler de «la providence de Dieu». C’est un langage qui est tombé en désuétude ou qui est devenu une manière pieuse de considérer certains événements.

Jose Antonio PAGOLA

Faire confiance. Méditation

Aujourd’hui, on entend à peine parler de «la providence de Dieu». C’est un langage qui est tombé en désuétude ou qui est devenu une manière pieuse de considérer certains événements. Cependant, croire en l’amour providentiel de Dieu est une caractéristique fondamentale du chrétien.

Tout naît d’une conviction radicale. Dieu n’abandonne pas et ne néglige pas ceux qu’il crée, mais soutient leur vie avec un amour fidèle, vigilant et créateur. Nous ne sommes pas à la merci du hasard, du chaos ou de la fatalité. Dieu est au coeur de la réalité et conduit notre être vers le bien.

Cette foi ne nous libère pas des peines et des labeurs, mais elle enracine le croyant dans une confiance totale en Dieu, qui chasse la peur de tomber définitivement sous les forces du mal. Dieu est le Seigneur suprême de nos vies. D’où l’invitation de la première lettre de saint Pierre: «Déposez en Dieu tous vos fardeaux, car ce qui l’intéresse, c’est votre bien» (1 Pierre 5, 7).

Cela ne signifie pas que Dieu «intervient» dans notre vie comme le font d’autres personnes ou d’autres facteurs. La foi en la Providence est parfois tombée dans le discrédit précisément parce qu’elle a été comprise dans un sens interventionniste, comme si Dieu s’immisçait dans nos affaires, forçant les événements ou éliminant la liberté humaine. Ce n’est pas le cas. Dieu respecte totalement les décisions des personnes et le cours de l’histoire.

C’est pourquoi nous ne devrions pas dire, à proprement parler, que Dieu «guide» notre vie, mais plutôt qu’il offre sa grâce et sa force pour que nous puissions l’orienter et la guider vers notre bien. Ainsi, la présence providentielle de Dieu ne conduit pas à la passivité ou à l’inhibition, mais à l’initiative et à la créativité.

En outre, nous ne devons pas oublier que même si nous pouvons saisir des signes de l’amour providentiel de Dieu dans des expériences concrètes de notre vie, son action reste toujours insondable. Ce qui nous semble mauvais aujourd’hui peut être demain une source de bien. Nous sommes incapables d’embrasser la totalité de notre existence; le sens final des choses nous échappe; nous ne pouvons pas comprendre les événements dans leurs conséquences ultimes. Tout reste sous le signe de l’amour de Dieu, qui n’oublie aucune de ses créatures.

C’est dans cette perspective que la scène du lac de Tibériade acquiert toute sa profondeur. Au milieu de la tempête, les disciples voient Jésus dormir tranquillement dans la barque. De leur coeur plein de peur sort un cri: «Maître, cela ne te fait rien que nous soyons en train de couler?». Jésus, après avoir transmis son propre calme à la mer et au vent, leur dit: «Pourquoi êtes-vous si lâches? N’avez-vous toujours pas la foi?».

José Antonio Pagola
Traducteur: Carlos Orduna

www.https://www.gruposdejesus.com/12-temps-ordinaire-b-mark-435-41/

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