Homélie de Pâques 2021, Jn 20,1-9. Chapelle Saint Vincent de Paul – Paris VIè

La crucifixion est en événement publique. Il y a des témoins qui peuvent raconter ce qui s’est passé. De plus, nous avons les différents récits des évangiles qui nous donnent des précieux détails : les dernières paroles de Jésus sur la croix, le cris vers le père, le coup de lance etc. Par contre la résurrection de Jésus ne peut pas être racontée parce que il n’y a pas eu des témoins.

Roberto Gomez

Homélie de Pâques 2021, Jn 20,1-9. Chapelle Saint Vincent de Paul – Paris VIè

Frères et sœurs : La crucifixion est en événement  public. Il y a des témoins qui peuvent raconter ce qui s’est passé. De plus, nous avons les différents récits des évangiles qui nous donnent des précieux détails : les dernières paroles de Jésus sur la croix, le cri vers le père, le coup de lance, etc.  Par contre, la résurrection de Jésus ne peut pas être racontée parce qu’il n’y a pas eu des témoins. Elle est de l’ordre de la foi, mieux encore, c’est la résurrection de Jésus qui rend possible la foi. Mais comment s’est-elle passé exactement la résurrection ? Personne ne peut le dire. On sait simplement que le tombeau est trouvé ouvert, d’autres parlent du tombeau vide, moi je préfère parler du tombeau ouvert. On sait aussi par les évangiles et par Paul qu’il y a eu des apparitions du ressuscité à plusieurs reprises : aux onze disciples, à Pierre, à Maire de Magdala… Luc conclura en disant : « C’est bien vrai ! Le Seigneur est ressuscité et il est apparu à Simon » (Lc 24,34). Paul de son côté affirme : « En effet, si tes lèvres confessent que Jésus est Seigneur  et si ton cœur croit que Dieu l’a ressuscité des morts, tu seras sauvé » (Rm 10,9). La résurrection est au cœur  de la foi. Mais comment arriver à la foi en Jésus ressuscité ?

L’évangile de Jean que nous avons proclamé aujourd’hui insiste sur le fait que les chemins pour arriver à la foi pascale sont bien différents. La manière et le timing ne sont pas identiques. Trois personnages sont mis en avant avec leur propre itinéraire de foi : Marie de Magdala, Pierre et le disciple que Jésus aimait.

Commençons par ce dernier. Le disciple que Jésus aimait est celui qui court le plus vite, qui arrive le premier au tombeau et qui croit sans voir, sans preuves. Jean dit : « il entra dans le tombeau, il vit et il crut ». Qu’est-ce qu’il voit  donc dans ce tombeau ouvert et vide ? Des signes, simplement des signes… et ces signes lui font signe ; ce qu’il voit est signifiant  pour lui.  Quelle rapidité ! Nous pouvons en être jaloux ! Mais rappelez-vous la fidélité du disciple que Jésus aimait : il est le seul disciple mâle au pied de la croix. Les autres n’ont pas supporté la crucifixion, ils ont eu peur et ont fui. Rappelez-vous aussi qu’il a reposé sa tête sur la poitrine de Jésus  et qu’il a pris la Mère de Jésus chez lui.

Passons au second personnage, à Pierre : il apparaît ici comme plus lourd et plus lent. Il est plus lent dans sa course au tombeau mais aussi dans la foi. Lui, il entre le premier dans le tombeau, constate de ses yeux que le corps inerte  de Jésus n’est plus là. Que les linges et le suaire sont là, bien disposés… mais ces signes ne lui font signe… Les signes, pourtant bien en évidence, ne le saisissent pas, ne lui rappellent rien. Il ne se souvient plus de l’Ecriture qui pourtant avait parlé de cela et de ce qui devait suivre à Jésus.  Il est comme anesthésié !!! Oui, on peut s’appeler Pierre, être le successeur de Jésus et avoir du mal à entrer dans la foi pascale. Selon Jean, il faudra que Pierre se rattrape de son triple reniement ; et qu’à trois reprises il confesse qu’il aime Jésus le bon pasteur, mort et ressuscité donnant sa vie pour ses brebis.

Puis, il y a Marie de Madeleine qui pleure et qui cherche ! Parmi les nombreuses figures féminines du quatrième évangile, Marie de Magdala est l’une des plus attachantes[1]. Elle est présente au pied de la croix de Jésus et  à sa sortie du tombeau. On pourrait dire qu’elle fait vraiment partie « des amis de Jésus » : fidèle dans l’épreuve comme dans le bonheur !

Marie de Magdala est la femme de l’amour gratuit et de l’amour de la première heure : « Le premier jour de la semaine, à l’aube, alors qu’il faisait encore sombre, Marie de Magdala  se rend au tombeau et voit que la pierre a été enlevée du tombeau » (20,1). Sa visite n’a pas de but précis, puisque à la différence des évangiles synoptiques (Matthieu, Marc et Luc), elle ne vient pas porter des aromates ; Nicodème l’a déjà fait à sa place. Les mains vides « elle vient seule, poussée par un profond désir, pour une ultime rencontre avec celui qu’elle aimait et qu’elle croit mort. Ainsi pourra-t-elle conduire son deuil  jusqu’à son terme[2]».

Marie de Magdala pleure la perte de Jésus, sa disparition. Elle est en deuil :  « On a enlevé du tombeau le Seigneur et nous ne savons pas où on l’a mis » (Jn 20,2). Par la suite, elle constate l’absence, la perte de la visibilité du corps de son bien-aimé Jésus. Expérience universelle et douloureuse après la mort d’un être cher ! Mais elle pleure et « tout en pleurant elle se penche vers le tombeau » (20,11). A ce moment-là, elle est incapable d’interpréter le tombeau vide comme un signe[3]. Elle est triste et le motif de sa peine tient dans « la radicale absence de son Seigneur : non seulement Jésus est mort, mais encore sa dépouille a disparue[4] ». Alors, des anges l’interrogent : « ‘Femme pourquoi pleures-tu ?’. Elle répondit : ‘on a enlevé mon Seigneur et je ne sais pas où on l’a mis’ » (20,13). Combien elle a du mal à rentrer dans le mystère ! Jésus, qu’elle ne reconnaît pas l’interroge à son tour : « Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? » (20,15). Le texte précise qu’elle se tourne en arrière, vers le passé. Le Christ ressuscité est devant ! Il faut encore qu’elle se retourne, qu’elle fasse un tour complet ; c’est-à-dire qu’elle se convertisse !

Une chose est certaine, « la disciple » est à la recherche de celui qu’elle a perdu. L’aveuglement de Marie est riche de sens à un double niveau : d’une part, personne, même pas elle, ne peut accéder à la foi par ses seules forces ; d’autre part, seule la Parole du Christ peut remplir ce rôle, seul l’envoyé de Dieu peut susciter la foi. A ce moment-là, le Bon Pasteur du ch. 10, qui connaît ses brebis et dont les brebis connaissent la voix, l’appelle par son prénom : MARIA ! Elle, se retournant complétement, lui dit littéralement : « mon rabbi » ! Pour elle, le Ressuscité n’est personne d’autre que le Jésus terrestre réanimé, le Jésus d’avant la croix, c’est pour cela qu’elle veut le toucher, l’agripper ! Au lieu de rester là, à retenir le Christ, le Ressuscité lui ordonne de le lâcher car elle a mieux à faire ! Elle doit faire le deuil de ce corps à jamais perdu et rentrer dans une dimension pascale de la foi. C’est pour cela que l’on peut dire que « la foi pascale est la quête à corps perdu, d’un corps perdu[5] ! ». Cela veut dire, que la foi est une recherche de ce Jésus vivant, à jamais perdu, qui doit se faire avec tout l’être,  avec toute l’intelligence, avec toutes ses forces et toute son âme !

Marie de Magdala  devient alors missionnaire… La première missionnaire qui porte la Bonne Nouvelle de la Résurrection à ceux qui sont devenus désormais frères de Jésus, parce qu’enfants du Père : Va trouver mes frères et dis-leur que je monte vers mon Père qui est votre Père, vers mon Dieu qui est votre Dieu. Marie de Magdala vint donc annoncer aux disciples : « J’ai vu le Seigneur, et voilà ce qu’il m’a dit » (20,17-18). Celle qui a commencé par la recherche d’un corps perdu, fini par aider à constituer un corps ecclésial, la famille du Ressuscité.

Nous aussi, nous sommes comme Marie de Magdala, parfois nous traversons des périodes de doute et avons l’impression d’avoir perdu le Seigneur. Alors,  même si cela semble difficile à comprendre, « Il nous faut perdre le Christ pour pouvoir le retrouver, incroyablement vivant  et étonnamment proche. Nous devons le laisser partir, nous désoler, pleurer son absence, pour pouvoir découvrir Dieu plus proche de nous que nous n’aurions su l’imaginer… Être désorientés, devenir comme Marie au jardin, ne sachant ce qui se passe, participe à notre formation. Sans quoi nous ne serions jamais surpris par une nouvelle intimité avec le Seigneur ressuscité[6] ».

Mes frères : les chemins vers la foi pascale sont divers, différents. L’important pour nous, c’est de chercher et même de ressentir une nostalgie brûlante lorsque nous perdons la foi  : « heureux ceux qui sans avoir vu, ont cru »  (Jn 20, 29).

 

__________

[1] St Jean propose dans son évangile plusieurs femmes qui ont un rôle important : la Mère de Jésus, La Samaritaine, la femme adultère, Marthe et Marie, Marie de Magdala. 

[2] Cf. A. MARCHADOUR, Les personnages dans l’évangile de Jean. Miroir pour une christologie narrative, Paris, Cerf, 2011 (2° édition), p. 120.

[3] J. ZUMSTEIN, L’Évangile selon Jean (13-21), Genève, Labor et Fides, 2007, p. 271.

[4] Idem, p. 277.

[5] Expression utilisée souvent à l’oral par X. THEVENOT.

[6] Idem, p. 286.

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Elles sortirent et s’enfuirent loin du tombeau… Homélie Veillée Pascale 2021. Chapelle Saint Vincent de Paul – Paris

L’Évangéliste Marc termine son évangile d’une manière surprenante à tel point que les liturgistes ont coupé et tout simplement éliminé, le dernier verset qui, à mon sens, est le plus significatif. Le voici : « Elles sortirent et s'enfuirent loin du tombeau, car elles étaient toutes trem¬blantes et hors d'elles-mêmes (tromos kai extasis). Elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur (fobeomai) ».

Roberto Gomez

Elles sortirent et s’enfuirent loin du tombeau… Homélie Veillée Pascale 2021. Chapelle Saint Vincent de Paul – Paris

Elles sortirent et s’enfuirent loin du tombeau, car elles étaient toutes trem­blantes et hors d’elles-mêmes. Elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur.

 

Chères sœurs, chers frères :  L’Évangéliste Marc termine son évangile d’une manière surprenante à tel point que les liturgistes ont coupé et tout simplement éliminé, le dernier verset qui, à mon sens, est le plus significatif. Le voici :

« Elles sortirent et s’enfuirent loin du tombeau, car elles étaient toutes trem­blantes et hors d’elles-mêmes (tromos kai extasis). Elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur (fobeomai) ».

J’aime cette finale, dite courte de l’évangile de Marc. Il est vrai qu’elle est surprenante, mais elle est très proche de la réalité.

Pourquoi les femmes s’enfuient-elles du tombeau ? Pourquoi tremblent-elles et sont toutes bouleversées ? Pourquoi se taisent-elles et ne disent rien à personne ?

En fait, la mission confiée par le jeune homme vêtu de blanc, les dépasse et les bouleverse. On ne peut pas dire la résurrection sans être touché au corps. On ne peut pas dire la résurrection sans d’abord être complétement bouleversé et transformé soi-même. Les deux verbes utilisés par l’évangile de Marc doivent être compris : tromos et extasis :  trembler et être bouleversé.

 Trembler et être bouleversé (tromos et extasis) : ces deux verbes sont très significatifs et il faut savoir vers quoi ils pointent. Lorsqu’une personne se met à trembler parce qu’elle a peur ou parce qu’elle expérimente une vive émotion, elle ne peut pas arrêter de trembler quand elle le veut. Il y a donc comme une perte de control de soi. C’est donc normal, compréhensible si les femmes sont toutes tremblantes devant une cette heureuse annonce de la résurrection du Christ qui les dépasse et les touche au corps. Les femmes sont aussi bouleversées, toutes retournées, hors d’elle mêmes littéralement. C’est le sens du mot extasis.  

La résurrection du Christ est tellement nouvelle et inimaginable, qu’il faut perdre les évidences et le contrôle de soi pour pouvoir assimiler l’énormité de la réalité signifiée par le tombeau vide, par le tombeau ouvert (je préfère) et par la parole du jeune homme.

En un mot, nous ne pouvons pas dire la résurrection du Christ de manière crédible s’il n’y a pas une transformation de tout l’être, s’il n’y a pas un  trouble profond et s’il n’y a pas un temps d’assimilation en profondeur. Comment dire aux onze et à Pierre la résurrection du Christ sans être touché au corps, aux entrailles ? Sans être transformés ?

Je pense que nous assistons dans le récit de Marc à une véritable pentecôte ! La pentecôte marcienne (de Marc). Pourquoi cela ? Le travail de l’Esprit n’est pas toujours en douceur. L’Esprit de Dieu bouleverse, transforme, nous fait perdre nos évidences, nous projette hors de nous-mêmes… c’est la seule manière de devenir vraiment de personnes spirituelles… Autrement, nous faisons semblant de nous laisser conduire par l’Esprit alors qu’en réalité, c’est nous qui conduisons nos vies en résistant à l’Esprit qui vient secouer, bouleverser.

Pour l’instant, les femmes ne disent rien… Comment je les comprend ! Il leur faut du temps pour assimiler, pour digérer et finalement  pour dire malgré elles, l’heureuse annonce qui les dépasse. N’est pas aussi notre réalité à nous ? Joyeuses Pâques !

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Lettre pour la Semaine Sainte 2021. Visiteur Province de France. Congrégation de la Mission ” Lazaristes “

Ne manquons pas ce rendez-vous et vivons ces étapes en communion les uns avec les autres ainsi qu’avec tout le peuple qui nous est confié, avec ce désir de ne faire qu’UN en Christ. Puissent ces jours saints être vécus pleinement par tous, nous renouveler de l’intérieur les uns et les autres dans un acte de foi confiant !

P. Christian Mauvais, cm

Lettre pour la Semaine Sainte 2021. Visiteur Province de France. Congrégation de la Mission ” Lazaristes “

Le sacrement de l’Eucharistie ne semble pas premier dans l’économie concrète de la foi. Ce dont il s’agit pour l’humanité, c’est de rendre à Dieu un sacrifice spirituel qui consiste tout entier dans la pratique de la charité : envers Dieu, envers soi-même et envers le prochain. Sacrifice, dans la mesure où cela se réalise dans le mouvement de donner, de demander, de recevoir, qui est le rythme même de l’amour et qui implique un bienheureux renoncement. Ce sacrifice ne peut être qu’une participation au Sacrifice parfait, offert à Dieu par le Christ sur la Croix, agréé par la Résurrection, continue dans les cieux où vit l’Agneau immolé ...

Ghislain Lafont, Le Catholicisme autrement ?

Hier, Dimanche des Rameaux, toute l’Église est entrée dans la grande célébration de la Semaine Sainte, se mettant davantage à l’écoute de son Maître qui avance vers la Croix et vers sa Glorification, dans une obéissance parfaite à son Père, par amour du peuple qu’il rassemble ainsi en son Corps, le faisant participer à sa Résurrection. Ne manquons pas ce rendez-vous et vivons ces étapes en communion les uns avec les autres ainsi qu’avec tout le peuple qui nous est confié, avec ce désir de ne faire qu’UN en Christ.

Puissent ces jours saints être vécus pleinement par tous, nous renouveler de l’intérieur les uns et les autres dans un acte de foi confiant !

Jeudi : nous nous retrouverons pour participer au dernier repas de Jésus avec ses amis dont nous sommes. Ce repas qui nous constitue comme corps du Ressuscité, repas qui nous met au service humble de nos frères et sœurs. Célébrer et accueillir le don d’amour de notre Maître, don qui nous replace devant notre propre don à sa suite dans le quotidien. Laisser s’approcher de nous Celui que nous avons choisis de suivre, accepter qu’il s’agenouille devant nous. Et entrer dans ce dialogue unique où le Christ soigne nos pieds et nous remercie de tous les pas que nous avons faits avec lui, dans l’enthousiasme, la joie mais aussi avec ces faux-pas, ceux faits par habitude, avec tristesse, en traînant les pieds…

Avec le Christ, ressouvenons-nous des lieux, des personnes où nos pieds nous ont emmenés. Rappelons- nous ce qui a été vécu, ce que nous avons reçu, donné, appris, etc. Occasion pour nous, dans ce face à face avec Jésus, de nous situer devant chacun de nos confrères de communauté et de les remercier pour les pas faits ensemble dans la mission, ces pas qui nous rapprochent les uns des autres pour servir et leur demander pardon pour ces pas de travers où domine l’entêtement, l’orgueil, le jugement qui fissurent notre unité !

Dans ce face à face silencieux avec Jésus, c’est une action de grâce qui peut jaillir de nos cœurs. Il prend soin de nos pieds et de toutes les personnes vers qui ils nous nous ont conduit. Il les prend avec amour et les prépare, en les lavant, à marcher avec lui dans sa passion. Il nous redit sa confiance pour que nous tenions fermes sur nos pieds quand les choix sont difficiles à faire, quand la fatigue, le doute, les tensions, la crise nous gagnent, nous dispersent et nous désunissent. Recevons cette douceur et cette force : nous en aurons toujours besoin pour demeurer debout, comme Marie.

Nous serons ensemble Vendredi, jour où ce don devient réel, sur la Croix, passant par l’humiliation, le jugement, la dérision, le rejet, les moqueries etc. Long chemin de dépouillement, de descente aux enfers, de défiguration, de solitude. Là nous sommes toujours conviés à ce rendez-vous de l’Amour offert. Prenons le temps, dans la contemplation du Christ livré, de porter les personnes connues ou non, proches ou non, qui traversent des déserts de solitude, d’abandon, de perte de leur identité, de leur dignité, qui sont vendus, rejetés comme des déchets inutiles. Offrons nos propres traversées de désert, les renoncements auxquels nous sommes appelés, nos moments de solitude, d’incompréhensions. Accueillons cet Amour qui rend à chacun, la dignité de fils du Père, Amour qui nous fait entrer en fraternité avec toute personne. Dans la nuit la plus sombre, sa présence est là, qui nous porte. Occasion toujours, devant la Croix, de rendre présents nos confrères, de les porter avec ce qu’ils sont, avec leurs travers, leur caractère, leurs habitudes, leur silence, etc. De les aimer avec tout cela et de vouloir faire ‘un’ ensemble, sous le regard du Crucifié qui pardonne à chacun.

Samedi : journée du grand silence, de la solitude, de l’intériorisation ! Chacun avec lui-même.

Être comme Pierre qui, après son triple reniement, mesure la profondeur du lien qui l’unit à Jésus. Il est habité par ce regard de Jésus, ce regard qui le fait renaître à lui-même et à nous-mêmes. Laisser ce regard se poser sur nos reniements, nos peurs, nos lâchetés, nos démissions. Regard qui nous prépare à recevoir la lumière de Pâques !

Être comme Jean qui, après avoir reçu Marie pour Mère, la prend chez elle à partir de cette heure du passage au Père, cette heure de la souffrance, de l’abandon, de l’agonie, cette heure aussi de la glorification Se réjouir de cette présence maternelle qui a tenu bon jusqu’au bout. Marie nous ouvre le cœur à l’intelligence des Écritures qui nous font entrevoir la lumière pascale !

Être comme Marie qui approfondit sa foi, entrant davantage dans le Mystère de Dieu, ce Mystère du Dieu fait homme et qui accueille déjà la lumière de Pâques. « Elle est au contact de la vérité de son Fils seulement dans la foi et par la foi » comme l’écrivait s. Jean-Paul II. Marie a vécu la foi avec intensité, dans un grand dénuement. Foi de l’Église dans son cœur de Mère.

Occasion encore de vivre cette journée en compagnie de nos frères, dans le silence de nos cœurs, de notre méditation, croyant que nous pouvons dépasser des appréhensions, des rancunes… Pour témoigner que la vie fraternelle est possible, qu’elle peut nous aider à être plus vivant, plus aimant, plus pardonnant, plus joyeux dans la mission, lieu de notre don.

Samedi, jour où s’opère le mûrissement des événements passés qui reviennent à la mémoire, préparation à faire le deuil et à accueillir le vivant. Il faut traverser ce vendredi, en sortir pour s’ouvrir au dimanche. Les souvenirs ouvrent une porte sur l’avenir qui nous aide à l’accueillir et à y croire.

Aujourd’hui, nombre de personnes cherchent des signes d’espoir. Ceux-ci peuvent paraître souvent dérisoires devant la situation que connaît le monde, notre société ou chacun d’entre nous : chômage, maladie de la Covid-19 et ses conséquences dramatiques, précarité, augmentation de la misère, réchauffement climatique, suicides, usure des communautés, peur de l’engagement, maladie, vieillesse, lassitude, etc. Autant de réalités qui ébranlent des convictions, qui remettent en cause des choix et installent le doute, le découragement. Mais rappelons-nous que « le Samedi Saint, les signes d’espoirs étaient quasi-inexistants. Marie ne nous apprend pas à chercher des raisons d’espérer. Elle nous invite à la rejoindre dans une attitude fondamentale d’espérance qui s’enracine dans la foi. “La foi est le moyen de posséder déjà ce que l’on espère, et de connaître des réalités que l’on ne voit pas” (He 11, 1) », (cf.

Mgr Gabriel Piroird, Constantine).

Pierre et Jean, les femmes, les autres étaient plutôt désorientés et pourtant à leur insu, l’Esprit poursuivait son travail dans le cœur de beaucoup d’autres qui se trouvèrent présents au rendez-vous de Pentecôte. Nous sommes en chemin déjà vers ce rendez-vous.

Dimanche, jour de joie et de fête. Que la Joie rayonne sur nos visages, qu’elle soit le signe que nous sommes renouvelés dans la Lumière du Ressuscité. La joie d’être frères les uns des autres et avec quiconque.

« En toute vie, il y a des heures où les choix révèlent ce que nous portons en nous et ce que nous sommes… Tout cela s’accomplit dans le mystère pascal. Non pas seulement dans ces jours où la vie et la mort s’affrontent au Golgotha, mais dans le mouvement de toute l’existence croyante qui se déroule sous le signe du passage de la mort à la vie », (cf. Mgr Pierre Claverie, Oran).

Réjouissons-nous avec le diocèse de Moulins-Vichy qui a un nouvel évêque depuis hier en la personne de Mgr Marc BEAUMONT, ancien curé-doyen et Délégué Épiscopal à l’information dans le diocèse de Cambrai. Son ordination est prévue le Dimanche 16 mai 2021 à 15h à la cathédrale de Moulins.

En communion avec chacun d’entre vous,

Christian MAUVAIS cm, Visiteur

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“Dieu a tellement aimé le monde…” Homélie. 4e Dimanche de Carême – année B

Tout commence par une rencontre. Jean la situe aussitôt après avoir rapporté le geste fort que Jésus avait accompli dans le Temple. Quelque chose s’est probablement passé dans le cœur de Nicodème et de ceux dont il était le chef. Alors il vient trouver Jésus. De nuit.

Jerome Delsinne CM

“Dieu a tellement aimé le monde…” Homélie. 4e Dimanche de Carême – année B

« Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle », (Jn 3,16).

A la manière d’une devise épiscopale ou d’un slogan, tout est dit : qui est Dieu, qui est Jésus qui nous sommes et quelle est notre destinée.

Mais il nous faut du temps pour saisir la portée de telles paroles. L’itinéraire de Nicodème peut nous aider.

Nicodème est un pharisien, c’est-à-dire un homme qui veut vivre dans la fidélité à Dieu, et Jésus reconnaît en lui un maître qui enseigne en Israël (cf. Jn 3,10).

Tout commence par une rencontre. Jean la situe aussitôt après avoir rapporté le geste fort que Jésus avait accompli dans le Temple. Quelque chose s’est probablement passé dans le cœur de Nicodème et de ceux dont il était le chef. Alors il vient trouver Jésus. De nuit. Le temps propice à la méditation, pour les rabbins, mais peut-être aussi le signe d’une certaine nuit que Nicodème porte en lui et où il recherche sincèrement la lumière.

D’emblée, il va dire à Jésus ce qui l’a touché : « personne ne peut accomplir les signes que toi, tu accomplis, si Dieu n’est pas avec lui. » (Jn 3,2).

Jésus l’écoute et, de manière inattendue, semble l’interrompre avant que Nicodème ait pu poser la moindre question.

Un saut qualitatif

Dans ce dialogue nocturne, Jésus veut aller à l’essentiel. Nicodème cherche la lumière, Jésus l’invite à un saut qualitatif : « Amen, amen, je te le dis : à moins de naître d’en haut, on ne peut voir le royaume de Dieu. » (Jn 3,3). Et quand Nicodème manifeste son trouble, Jésus lui répète son invitation : « Amen, amen, je te le dis : personne, à moins de naître de l’eau et de l’Esprit, ne peut entrer dans le royaume de Dieu », (Jn 3,5).

A Nicodème qui voudrait comprendre, Jésus adresse une invitation à naître. Quand on regarde de plus près le verbe utilisé par Jean (γεννηθῇ), on s’aperçoit qu’il ne s’agit pas tellement du moment où l’on vient au monde, de la délivrance mais plutôt de ce qui se passe dans le ventre de la mère quand petit à petit l’enfant prend forme et devient lui-même. Et on sait que cela prend du temps.

« Naître d’en-haut ». L’expression est énigmatique, elle rejoint Nicodème et nous avec lui par surprise.

Jésus associe la naissance, ce sur quoi l’être humain n’a aucune prise, à la possibilité de voir la présence de Dieu. Or, Nicodème soulève avec justesse qu’on ne peut retourner à la vie utérine, à l’origine, ni physiquement ni même en faisant appel aux souvenirs. Le malentendu réside là dans le double sens du mot « d’en haut » qui, en grec, signifie aussi « de nouveau ». Nicodème comprend « naître de nouveau » pris dans un sens physiologique sans passer au sens symbolique. Mais en même temps il met bien le doigt sur le fait que cette nouvelle naissance est un don. Le texte joue sur ce double sens pour dire que l’existence de toute personne n’est pas jouée définitivement à la naissance. Dieu peut donner une autre origine à notre vie et un nouveau départ.

« Naître d’en-haut ». Nous devinons qu’elle fait référence à Dieu. « Naître de l’eau et de l’Esprit ». Autre expression difficile à comprendre mais qui suggère la naissance à une vie nouvelle. Et on pense à ce que dit Dieu par la bouche d’Ezéchiel : « Je répandrai sur vous une eau pure, et vous serez purifiés » (Ez 36,25). Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau » (Ez 36,26). Et on se souvient que ce souffle fait d’un être de poussière tiré du sol un vivant, (cf. Gen 2,7).

Une vie dans toute son intensité

« Celui qui croit en moi – dit Jésus – obtient la vie éternelle » (Jn 3,16). Croire en lui, c’est naître à la Vie éternelle.

Vive de la vie éternelle. L’expression nous est familière, mais il importe de bien la comprendre. Il ne s’agit pas d’une réalité à venir dont on ne sait trop en quoi elle consisterait. Il ne s’agit pas non plus d’une récompense venant couronner un parcours admirable. Elle n’est pas éternelle parce qu’elle durerait indéfiniment, mais parce qu’elle est dépassement des limites. Elle est la vie dans toute son intensité, la vie épanouie en toutes ses potentialités.

C’est donc d’une qualité de vie qu’il s’agit, d’une vie qui ne butte plus contre la réalité de la mort, le « dernier ennemi » (I Cor 15,26) dont parle Paul. Parce que l’ombre de la mort peut paralyser. Mais nous ne sommes pas des « êtres vers la mort », confrontés à une perpétuelle inquiétude. L’auteur de la lettre aux Hébreux, dit que le Christ « a rendu libres tous ceux qui, par crainte de la mort, passaient toute leur vie dans une situation d’esclaves » (He 2,15). Et Jésus dira à Marthe confrontée à la mort de son frère Lazare « quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais », (Jn 11,26).

Naître, c’est recevoir la vie. Elle est don d’amour. Elle est marquée d’éternité en Celui qui est venu pour que nous ayons la vie et que nous l’ayons en abondance. (cf. Jn 10,10).

Si nous sommes disciples du Christ, c’est parce que Dieu nous aime. Et son amour fait de notre aventure humaine une vie éternelle.

Comme l’écrit Jean dans sa première lettre : « ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c’est lui qui nous a aimés, et il a envoyé son Fils en sacrifice de pardon pour nos péchés », (I Jn 4,10). Et qu’est-ce que le pardon des péchés sinon la libération de cette ombre de mort qui plane sur nous et nous paralyse, ou qui nous fait entrer dans une recherche désespérée de satisfactions passagères mais qui finalement, dans une logique de mort, nous exposent au risque d’une certaine autodestruction.

Qu’en est-il de la nuit de Nicodème ? Jean nous laisse entendre que son chemin sera long. Et nous, qu’en est-il de notre nuit ? Jésus nous donne – si nous le voulons bien – de naître à la vie éternelle, la vie de Dieu. Il nous donne de voir le règne de Dieu (Jn 3,3), d’entrer dans le règne de Dieu (Jn 3,5).

Aujourd’hui, il redit à chacun de nous : accueille-moi, crois-en moi, suis-moi !

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2e Dimanche de Carême – B (Marc 9,2-10). “NOUVELLE IDENTITÉ CHRÉTIENNE”

La Transfiguration

Ce qui est le plus décisif pour être vraiment chrétien, ce n’est pas tellement ce que l’on croit mais la relation que l’on vit avec Jésus. Les croyances, en général, ne changent pas notre vie.

Jose Antonio PAGOLA

2e Dimanche de Carême – B (Marc 9,2-10). “NOUVELLE IDENTITÉ CHRÉTIENNE”

Ce qui est le plus décisif pour être vraiment chrétien, ce n’est pas tellement ce que l’on croit mais la relation que l’on vit avec Jésus. Les croyances, en général, ne changent pas notre vie. On peut croire que Dieu existe, que Jésus est ressuscité et bien d’autres choses encore, sans pour autant être un bon chrétien. C’est l’adhésion à Jésus et le contact avec lui qui peuvent nous transformer.

Dans les évangiles, on peut lire une scène appelée traditionnellement la «transfiguration» de Jésus. Il n’est plus possible de reconstituer l’expérience historique qui a donné naissance à ce récit. Nous savons seulement que c’était un texte très cher aux premiers chrétiens, puisqu’il les encourageait, entre autres, à ne croire qu’en Jésus.

La scène est située sur une «haute montagne». Jésus est accompagné de deux personnages légendaires de l’histoire juive : Moïse, représentant de la Loi, et Elie, le prophète le plus aimé de Galilée. Seul Jésus apparaît avec un visage transfiguré. De l’intérieur d’un nuage, on entend une voix: «Celui-ci est mon fils bien-aimé. Écoutez-le».

L’important n’est pas de croire en Moïse ou en Elie, mais d’écouter Jésus et d’entendre sa voix, celle du Fils bien-aimé. Le plus décisif n’est pas de croire en la tradition ou aux institutions, mais de centrer notre vie sur Jésus. Vivre une relation consciente et de plus en plus engagée avec Jésus-Christ. Ce n’est qu’alors que sa voix peut être entendue en plein milieu de notre vie dans la tradition chrétienne et dans l’Église.

Seule cette communion croissante avec Jésus transforme progressivement notre identité et nos critères, guérit notre façon de voir la vie, nous libère de divers esclavages et fait grandir notre responsabilité évangélique.

A la lumière de Jésus, nous pouvons vivre d’une manière différente. Les personnes ne sont plus simplement attirantes ou désagréables, intéressantes ou sans intérêt. Les problèmes ne sont plus l’affaire de chacun. Le monde n’est plus un champ de bataille où chacun se défend comme il peut. La souffrance des plus démunis commence à nous faire mal. Nous osons travailler pour un monde un peu plus humain. Nous pouvons alors ressembler davantage à Jésus.

José Antonio Pagola
Traducteur: Carlos Orduna

 

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