Homélie. 12e dimanche du temps ordinaire

Ce passage de l’évangile a trouvé un écho favorable chez les chrétiens, dès les premiers temps de l’Église. Souvenons-nous aussi, que le Pape François nous a invités à méditer ce passage le 27 mars 2020, depuis la place St Pierre complètement vide, sous une pluie battante, au moment le plus angoissant de la pandémie.

Alexis CERQUERA

Homélie. 12e dimanche du temps ordinaire

Ce passage de l’évangile a trouvé un écho favorable chez les chrétiens, dès les premiers temps de l’Église. Souvenons-nous aussi, que le Pape François nous a invités à méditer ce passage le 27 mars 2020, depuis la place St Pierre complètement vide, sous une pluie battante, au moment le plus angoissant de la pandémie.

L’évangéliste Marc cherche à fortifier la foi de la communauté implantée à Rome, menacée par la persécution et l’hostilité de l’Empereur. Son seul objectif est d’exhorter les chrétiens à faire confiance à Jésus et à sa Parole !

C’est le soir, la nuit tombe. Le Seigneur incite les disciples à traverser la mer pour regagner l’autre rive. Il les exhorte à quitter la « sécurité » pour aller vers l’inconnu, à la rencontre « des autres », de ceux qui n’appartiennent pas à leur groupe, à leur communauté. Après des jours de prédication, de miracles, de « célébrations » il leur faut courir le risque d’annoncer la Bonne Nouvelle à ceux qui sont « loin »

Pour vivre le message évangélique dans la joie et l’espérance, il nous est nécessaire d’aller à la rencontre de ceux qui sont aux marges : « sur l’autre rive ». Jésus invite ses disciples – nous aujourd’hui- à se décentrer, se déplacer… Or le changement, quel qu’il soit, peut réserver des surprises !  

Et pour les disciples, elles arrivent sans tarder… Le temps se déchaîne, le vent est violent, la barque battue par les vagues…  Jésus est étrangement gagné par un profond sommeil ! Les disciples, aux commandex, sont pris de panique au milieu de cette grande tempête.

Le dialogue entre le Maitre et ses disciples peut surprendre, mais il est explicable et compréhensible dans de telles circonstances.

L’évangéliste Marc utilise le verbe « avoir peur », mais ici, il signifie plutôt « être lâche ». Jésus ne désapprouve pas la peur. Il la comprend parce que lui-même l’a vécue. Elle fait partie de notre vie, et nous sommes fréquemment confrontés à des situations qui peuvent la provoquer. Le courage suppose la peur.

La lâcheté, par contre, peut nous empêcher d’affronter avec responsabilité les tempêtes de notre existence.

La lâcheté, contraire à la foi, il nous arrive parfois de la cultiver et de l’habiller de dévotions désincarnées, de ritualismes vides et de conformisme paresseux.

En ce moment de crise de notre société et de notre Église il est important et urgent de mener une réflexion courageuse et créative ainsi qu’une autocritique de nos peurs et lâchetés. Un dialogue sincère et collaboratif, doit nous aider à assumer d’une manière responsable « les passages vers l’autre rive ».

Aujourd’hui en Église il nous faut réécouter cette interpellation de Jésus : « Pour quoi vous êtes si lâches ? N’avez-vous pas encore la foi ? »

Il nous faut reconnaître, avec sincérité, que nous ne prenons pas au sérieux, tout ce que l’Évangile signifie et ce à quoi Il nous appelle. Dans notre rapport au monde, nous restons sur la défensive sans chercher à résoudre les problèmes de fond et nous avons les yeux rivés sur un passé dit « glorieux », mais entachés d’injustices et mépris vis-à-vis beaucoup des populations signalées d’être « au marge » (les homosexuels, les mères célibataires, les femmes, les indigènes…), et par la suite tant des demandes de pardon envers eux ! mais nous résistons à l’appel du Seigneur : « aller vers l’autre rive ».  Restant sur cette attitude nous exposons, alors, à réduire l’Evangile à un tranquillisant supplémentaire !

De même, la foi en Jésus n’est pas une recette psychologique pour combattre les peurs ! Au contraire elle est la confiance radicale en un Dieu-Père et l’expérience de son amour inconditionnel pour tout être humain. Elle offre un socle spirituel solide pour affronter la vie dans la Paix et l’harmonie.

Le Christ, avec l’autorité qui lui vient de son Père, apaise la tempête. Ses gestes et ses paroles, rappellent le récit de la genèse : Fils du Créateur, Il va apaiser les éléments en furie, à la stupéfaction de ses disciples : « Qui est-il donc, pour que même le vent et la mer lui obéissent ? »

Il est évident que le Seigneur n’allait pas laisser périr ses disciples, malgré leur manque de confiance. La mission évangélisatrice est urgente ! Néanmoins ils doivent s’entraîner à la confiance, la disponibilité et l’autorité. Contre les ennemis destructeurs d’humanité il convient de se montrer solide dans la foi.

Le fait que Jésus apaise la tempête est pour les disciples, est un moment révélateur. La parole de Jésus est la parole créatrice de Dieu.

Dans ce récit, tout finit bien : les disciples ne périssent pas, Jésus les sauve. Mais ils vont périr un jour.

De plus, ils sont nombreux ceux qui, perdus dans une situation périlleuse, dans l’obscurité, dans le chaos, ne s’en sortent pas, crient éperdument vers Jésus… et périssent ! Nous mourons, nous aussi !

Le but de ce récit n’est donc pas de dire aux disciples – à nous aujourd’hui –  que nous survivrons si nous faisons appel à Jésus, mais de nous rappeler que dans le danger, dans la souffrance incompréhensible, dans la mort même, nous ne sommes pas abandonnés. Nous sommes dans un monde animé par la Parole de Dieu, celle de Jésus, et nous sommes entourés par sa puissance mystérieuse. Face à la souffrance, face à la mort, face au chaos, il faut du courage ! Sur le lac, ce moment révélateur de la majesté incompréhensible de Jésus donne ce courage aux disciples. Il nous le donne encore !

Le pape François a affirmé ce 27 mars 2020 : « Embrasser la croix, c’est trouver le courage d’embrasser toutes les contrariétés du temps présent, en abandonnant un moment notre soif de toute puissance et de possession, pour faire place à la créativité que seul l’Esprit est capable de susciter. C’est trouver le courage d’ouvrir des espaces où tous peuvent se sentir appelés, et permettre de nouvelles formes d’hospitalité et de fraternité ainsi que de solidarité. Par sa croix, nous avons été sauvés pour accueillir l’espérance et permettre que ce soit elle qui renforce et soutienne toutes les mesures et toutes les pistes possibles qui puissent aider à nous préserver et à sauvegarder. Étreindre le Seigneur pour embrasser l’espérance, voilà la force de la foi, qui libère de la peur et donne de l’espérance. »

 

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Faire confiance. Méditation

Aujourd’hui, on entend à peine parler de «la providence de Dieu». C’est un langage qui est tombé en désuétude ou qui est devenu une manière pieuse de considérer certains événements.

Jose Antonio PAGOLA

Faire confiance. Méditation

Aujourd’hui, on entend à peine parler de «la providence de Dieu». C’est un langage qui est tombé en désuétude ou qui est devenu une manière pieuse de considérer certains événements. Cependant, croire en l’amour providentiel de Dieu est une caractéristique fondamentale du chrétien.

Tout naît d’une conviction radicale. Dieu n’abandonne pas et ne néglige pas ceux qu’il crée, mais soutient leur vie avec un amour fidèle, vigilant et créateur. Nous ne sommes pas à la merci du hasard, du chaos ou de la fatalité. Dieu est au coeur de la réalité et conduit notre être vers le bien.

Cette foi ne nous libère pas des peines et des labeurs, mais elle enracine le croyant dans une confiance totale en Dieu, qui chasse la peur de tomber définitivement sous les forces du mal. Dieu est le Seigneur suprême de nos vies. D’où l’invitation de la première lettre de saint Pierre: «Déposez en Dieu tous vos fardeaux, car ce qui l’intéresse, c’est votre bien» (1 Pierre 5, 7).

Cela ne signifie pas que Dieu «intervient» dans notre vie comme le font d’autres personnes ou d’autres facteurs. La foi en la Providence est parfois tombée dans le discrédit précisément parce qu’elle a été comprise dans un sens interventionniste, comme si Dieu s’immisçait dans nos affaires, forçant les événements ou éliminant la liberté humaine. Ce n’est pas le cas. Dieu respecte totalement les décisions des personnes et le cours de l’histoire.

C’est pourquoi nous ne devrions pas dire, à proprement parler, que Dieu «guide» notre vie, mais plutôt qu’il offre sa grâce et sa force pour que nous puissions l’orienter et la guider vers notre bien. Ainsi, la présence providentielle de Dieu ne conduit pas à la passivité ou à l’inhibition, mais à l’initiative et à la créativité.

En outre, nous ne devons pas oublier que même si nous pouvons saisir des signes de l’amour providentiel de Dieu dans des expériences concrètes de notre vie, son action reste toujours insondable. Ce qui nous semble mauvais aujourd’hui peut être demain une source de bien. Nous sommes incapables d’embrasser la totalité de notre existence; le sens final des choses nous échappe; nous ne pouvons pas comprendre les événements dans leurs conséquences ultimes. Tout reste sous le signe de l’amour de Dieu, qui n’oublie aucune de ses créatures.

C’est dans cette perspective que la scène du lac de Tibériade acquiert toute sa profondeur. Au milieu de la tempête, les disciples voient Jésus dormir tranquillement dans la barque. De leur coeur plein de peur sort un cri: «Maître, cela ne te fait rien que nous soyons en train de couler?». Jésus, après avoir transmis son propre calme à la mer et au vent, leur dit: «Pourquoi êtes-vous si lâches? N’avez-vous toujours pas la foi?».

José Antonio Pagola
Traducteur: Carlos Orduna

www.https://www.gruposdejesus.com/12-temps-ordinaire-b-mark-435-41/

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Complémentarité hommes-femmes dans la Mission selon saint Vincent de Paul

Beaucoup se posent aujourd’hui la question de la « place des femmes dans l’Église ». En 2013, dans l’avion de retour des JMJ de Rio de Janeiro, le pape François déplorait l’absence d’une « théologie profonde de la femme dans l’Église », sans vraiment préciser ce que dirait une telle théologie.

Perceval PONDROM

Complémentarité hommes-femmes dans la Mission selon saint Vincent de Paul

Beaucoup se posent aujourd’hui la question de la « place des femmes dans l’Église ». En 2013, dans l’avion de retour des JMJ de Rio de Janeiro, le pape François déplorait l’absence d’une « théologie profonde de la femme dans l’Église », sans vraiment préciser ce que dirait une telle théologie. Cette confidence du pape sonne comme un aveu que l’Église ne parvient pas à rendre raison du positionnement marginal des femmes en son sein, notamment dans les domaines de la liturgie, de l’enseignement et de la gouvernance. Au XVIIe siècle, émus d’une part par la misère qui sévissait dans de grandes parties de la France du fait de guerres récurrentes, et d’autre part interpellés par le manque d’instruction religieuse des populations de la campagne et la formation fortement déficiente des prêtres qui entravait leur accès aux sacrements, saint Vincent de Paul et sainte Louise de Marillac ont créé une double compagnie constituée respectivement d’hommes (la Congrégation de la Mission) et de femmes (les Filles de la Charité), constituant un véritable ministère de service corporel et spirituel des pauvres avec des modalités différentes selon différentes qualités perçues comme masculines ou féminines. Ces deux compagnies avaient été précédées en 1617 par la création des Dames de la Charité que saint Vincent place dans la lignée des « diaconesses », office public dévolu aux femmes dans les premiers temps de l’Église mais qui avait disparu selon lui à l’époque de Charlemagne, laissant le sexe féminin « privé de tout emploi » jusqu’à ce que la « Providence » en rétablisse un. Bien que Vincent ne compare pas explicitement les deux offices, l’ancien et le nouveau, il semble évident qu’il considère le deuxième comme bien supérieur au premier : alors que le rôle des diaconesses selon lui était de « faire ranger les femmes dans les églises et de les instruire des cérémonies qui étaient pour lors en usage », les deuxièmes, « Dieu les établit les mères des enfants abandonnés, les directrices de leur hôpital et les dispensatrices des aumônes de Paris pour les provinces, et principalement pour les désolées » (Coste XIII, p. 809-910). C’est d’une véritable diaconie de la charité qu’il s’agit, source de vie pour les marginalisés. Mais dans ce petit travail, nous nous concentrerons sur les Filles de la Charité. À travers la lecture des deux conférences sur la vocation des Filles de la Charité (conférences 2 et 3, Coste IX, pp. 14-18 et 18-26) et celle sur les vertus de Marguerite Naseau, archétype et modèle des Filles de la Charité (conférence 12, ibid. pp. 77-79), nous étudierons ce que signifie pour saint Vincent être Fille de la Charité, à savoir être fille de Dieu comme Jésus est fils de Dieu, puis en mettant en regard le premier article des règles communes respectives des Filles de la Charité et de la Congrégation de la Mission, ainsi que la lettre 3077 à Jacques de la Fosse (Coste VIII, pp. 237-240), nous esquisserons une articulation entre les ministères respectifs de la Congrégation de la Mission et des Filles de la Charité et tâcherons de montrer pourquoi on peut parler d’un ministère unique avec en son sein des rôles complémentaires pour les deux congrégations. Enfin nous rassemblerons ces réflexions pour essayer d’en tirer un enseignement sur la façon dont on pourrait, aujourd’hui, à l’exemple de Vincent de Paul et de Louise de Marillac, organiser un ministère associant hommes et femmes et qui réponde aux besoins de notre temps.

Dans le corpus des lettres, conférences et documents de saint Vincent de Paul rassemblés et organisés par René Coste dans les années 1920-1930, les tomes IX et X contiennent les conférences aux Filles de la Charité. Les deux conférences des 5 et 19 juillet 1640 sont consacrées à la vocation des Filles de la Charité, présentée comme le « bonheur des Filles de la Charité : ce que c’est et ce qu’il faut pour être vraies et bonnes Filles de la Charité ». On peut bien sûr être une fausse et mauvaise Fille de la Charité si on n’est pas fidèle à ce qu’on peut appeler l’essence des Filles de la Charité. Pour définir ce « bonheur » de femmes ayant choisi une vocation particulière, Vincent part de celui de tout chrétien : « demeurer toujours en l’état qui les rend plus agréables à Dieu, en sorte qu’il n’y ait rien qui lui puisse déplaire. » Le bonheur des chrétiens, c’est de faire ce qui plaît à Dieu. On pourrait dire en exagérant à peine que le bonheur des chrétiens est de faire le bonheur de Dieu, il ne peut être défini que dans une relation et par une relation à son créateur. De façon classique Vincent distingue deux types d’état, les gens en ménage qui se consacrent à leur famille et à « l’observance des commandements » et les religieux, « ceux que Dieu appelle dans l’état de perfection, comme les religieux de tous Ordres et même ceux qu’il met en des communautés, comme les Filles de la Charité, lesquelles, bien qu’elles n’aient pas pour maintenant des vœux, ne laissent d’être dans cet état de perfection, si elles sont vraies Filles de la Charité. » En 1640 les Filles de la Charité n’ont pas encore vraiment de règles, elles n’émettent pas de vœux, d’ailleurs quand elles en émettront ce ne seront pas des vœux perpétuels mais renouvelables tous les ans. Pourtant Vincent insiste sur cet état de perfection qu’elles doivent conserver. Nous verrons que cette « perfection » n’est pas un état à atteindre pour soi comme dans le cas des religieux mais que c’est un moyen pour un but plus grand qui est la mission et le service des pauvres et des malades.

Vincent de Paul explicite ensuite cette perfection : il faut quitter « père, mère, biens, prétentions au ménage ; c’est ce que le Fils de Dieu enseigne en l’Évangile », il faut aussi obéir, « s’être quitté soi-même ». Pourquoi tout cela ? On le voit déjà, c’est parce que Jésus l’a enseigné ; une Fille de la Charité se met donc à la suite de Jésus, et en se mettant à sa suite elle se fait fille de Dieu : « Être Filles de la Charité, c’est être filles de Dieu, filles appartenant entièrement à Dieu ; car ce qui est en charité est en Dieu, et Dieu en lui. […] Il faut faire entièrement la volonté de Dieu ». Il faut donc être disciple de Jésus, et c’est en suivant Jésus, en faisant ce qu’il a fait en agissant dans la charité et en accomplissant la volonté de son Père qu’on est une vraie Fille de la Charité. Autrement dit une Fille de la Charité est fille de Dieu comme Jésus est Fils de Dieu, en étant missionnaire comme Jésus est missionnaire du Père, comme Vincent le développe dans la suite de la conférence : « Pour être vraies Filles de la Charité, il faut faire ce que le Fils de Dieu a fait sur terre […] il a continuellement travaillé pour le prochain, visitant et guérissant les malades, instruisant les ignorants pour leur salut. » On note que les Filles de la Charité ne sont pas cantonnées comme la plupart des religieuses hospitalières de ce temps au service corporel des malades, mais doivent bien s’adonner à leur instruction. On peut reconnaître ici la double diaconie de la charité et de la parole. Ce qui est frappant c’est la grandeur de cette vocation de Fille de la Charité, soulignée par un habile jeu de contraste : « Vous avez le bonheur d’être des premières appelées à ce saint exercice, vous, pauvres villageoises et filles d’artisans. » Voilà le couple paulinien de « force/faiblesse », c’est dans la faiblesse humaine que Dieu révèle sa force. Ainsi de la condition la plus misérable de l’échelle sociale du XVIIe siècle, « pauvres villageoises et filles d’artisans », Dieu suscite la plus grande des vocations, celle de suivre le Christ inconditionnellement dans sa mission auprès des pauvres et des malades. Pour instruire les ignorants, Dieu n’appelle pas les savants, mais des filles elles-mêmes ignorantes qui ne seront ainsi pas porteuses de leur propre message mais vectrices de la Parole qu’il aura mise en elle. Ce ministère est presque inouï dans l’histoire de l’Église : « Depuis le temps des femmes qui servaient le Fils de Dieu et les apôtres, il ne s’est fait en l’Église de Dieu aucun établissement pour ce sujet. »

Dans la deuxième conférence sur la vocation de Fille de la Charité (Coste IX, pp. 18-26), Vincent veut leur faire découvrir le « dessein de Dieu » pour leur compagnie. Il développe les aspects déjà évoqués dans la première en s’appuyant sur le début des Règles : « La Compagnie des Filles de la Charité est établie pour aimer Dieu, le servir et honorer Notre-Seigneur, leur patron, et la sainte Vierge. » puis « pour servir les pauvres malades corporellement, leur administrant tout ce qui leur est nécessaire, et spirituellement, procurant qu’ils vivent et meurent en bon état. » La deuxième citation donne les moyens d’accomplir la vocation d’aimer Dieu. En particulier Vincent développe longuement le thème de l’amour de Dieu et les moyens d’« aimer Dieu souverainement » en se faisant tout à lui et en accomplissant sa volonté en imitant Jésus Christ  « qui ne faisait rien que par le motif de l’amour qu’il avait pour Dieu le Père. » Arrêtons-nous aux soins spirituels des malades, tâche essentielle des Filles de la Charité : le soin des malades en vue de leur guérison doit se faire pour l’amour de Dieu. Vincent appuie son discours sur l’hymne à la Charité de saint Paul (1 Co 13). Le soin corporel ne peut pas suffire, même s’il est fait pour l’amour de Dieu : la charité exige de soigner la relation des malades avec Dieu quand elle est blessée. Si on soigne un « ennemi de Dieu », comment celui-ci peut-il être satisfait ? Est-on vraiment guidé par la charité en soignant les ennemis de Dieu ? Ou alors ne faudrait-il soigner que ses amis ? La réponse de Vincent est toute différente : « parmi ceux que vous pourrez servir, il s’en trouvera beaucoup qui seront ennemis de Dieu par les péchés qu’ils ont contractés depuis longtemps et par ceux qu’ils auront peut-être envie de commettre après leur maladie, si d’ennemis de Dieu vous n’essayez de les changer en amis de Dieu par une vraie pénitence. » La mission des Filles de la Charité est de faire « d’ennemis de Dieu » des « amis de Dieu », de collaborer avec Dieu à sa réconciliation avec l’humanité blessée. La charité crée une profonde unité entre les soins corporels des malades et leur service spirituel. Il n’y a pas de vraie charité si on se contente de soigner les maladies ou blessures physiques des malades, l’amour de Dieu impose le soin holistique de toute la personne du malade. Ainsi c’est la vocation de Fille de la Charité de s’occuper des malades corporellement mais surtout spirituellement. Nous avions déjà vu que saint Vincent hissait le ministère des Filles de la Charité à la dimension de l’histoire de l’Église, ici il dépasse même cette dimension et évoque l’éternité de Dieu : « le dessein de Dieu pour votre établissement a été, de toute éternité, que vous l’honoriez en contribuant de tout votre pouvoir au service des âmes, pour les rendre amies de Dieu […] avant même que vous vous occupiez du corps. » On voit ici la très grande importance de la mission des Filles de la Charité, voulue de toute éternité par Dieu pour continuer son œuvre dans le monde. Ce n’est pas exagérer de dire que comme les missionnaires lazaristes et avec eux (comme nous le verrons plus tard), les sœurs vincentiennes collaborent à l’acte de création de Dieu en aidant à recréer la relation blessée entre les hommes et lui.

Cette compagnie conçue de toute éternité par Dieu n’est cependant pas tombée du ciel, elle a eu un commencement dans la personne d’une jeune fille de Suresnes qui aurait pu rester un phénomène sans suite si elle n’avait pas frappé l’attention de sainte Louise de Marillac. Nous n’examinerons pas en détail la conférence consacrée aux vertus de Marguerite Naseau (juillet 1642, Coste IX, pp. 77-79) mais nous pointerons les éléments qui montrent que cette « pauvre vachère sans instruction » constitue l’archétype des Filles de la Charité. De nombreux éléments de cette conférence montrent la conviction qu’a Vincent d’une forme d’incarnation en elle de la volonté de Dieu. Elle n’avait « quasi d’autre maître ou maîtresse que Dieu », était « mue par une forte inspiration venue du ciel », « sans autre provision que la Providence divine », etc. On reconnaît dans ces expressions une figure prophétique. Dans toutes les tâches qu’elle entreprit elle n’était guidée par personne d’autre que par la volonté de Dieu, et la Providence prenait soin d’elle : « Elle a elle-même raconté à Mademoiselle Le Gras [Louise de Marillac] qu’une fois, après avoir été privée de pain pendant plusieurs jours et sans avoir mis personne au courant de sa détresse, il lui arriva, au retour de la messe, de trouver de quoi se nourrir pour bien longtemps. » On voit clairement ici une illustration de l’appel de Jésus dans l’évangile à ne pas se soucier de ce qu’on mangera le lendemain ni de la façon dont on accomplira la mission, mais à se fier à l’amour de Dieu. Comme la pauvre veuve de l’évangile elle donnait « tout ce qu’elle avait, prenant même sur ses nécessités » et son travail portait du fruit puisque les jeunes gens qu’elle a fait étudier « sont maintenant de bons prêtres ». C’est une illustration de la perfection que doivent avoir les Filles de la Charité, perfection qui n’a rien avoir avec un désir personnel d’être vertueux mais de se conformer à la volonté de Dieu afin que la mission soit fructueuse. Cette vie en relation avec Dieu fait d’elle l’archétype de la Fille de la Charité, disciple de Jésus Christ et fille de Dieu. C’est l’Incarnation qui se poursuit dans le monde quand Dieu inspire à des hommes et des femmes de suivre l’exemple de son Fils et en fait ses frères et sœurs qui continuent sa mission. Vincent de Paul décrit dans sa conférence comment elle a appris à lire avec un abécédaire tout en gardant ses vaches, demandant à des hommes de lui indiquer la prononciation des lettres, puis comment l’appel de la Providence l’a poussée à instruire les jeunes gens, s’en allant « de village en village […] avec deux ou trois jeunes filles, qu’elle avait formées », et comment, « dès qu’elle sut qu’il y avait à Paris une confrérie de la Charité pour les pauvres malades, elle y alla, poussée du désir d’y être employée ». L’instruction de la jeunesse et le service des malades sont les deux tâches principales des Filles de la Charité et c’est une simple vachère sans instruction, poussée par la volonté de Dieu, qui a ainsi inventé ce ministère. L’œil perspicace et inspiré de Louise de Marillac a permis de déceler la main de Dieu dans cette entreprise et de la continuer par le moyen de la compagnie des Filles de la Charité.

Les règles communes de la Congrégation de la Mission commencent par exposer le mystère de l’Incarnation, et tout le programme de la compagnie est présentée dans la première phrase : « La sainte Écriture nous apprend que Notre-Seigneur Jésus-Christ ayant été envoyé au monde pour sauver le genre humain, commença premièrement à faire, et puis à enseigner. » Jésus a « fait » en « pratiquant parfaitement toute sorte de vertus » et « enseigné » par la prédication et l’instruction de ses apôtres et disciples. La Congrégation de la Mission « désire imiter le même Jésus-Christ » en pratiquant les vertus, en prêchant « l’évangile aux pauvres, particulièrement à ceux de la campagne », et en aidant « les ecclésiastiques à acquérir les sciences et les vertus nécessaires à leur état ». Peut-être notera-t-on qu’il manque quelque chose, et c’est là qu’il faut lire les règles des Filles de la Charité. Il est intéressant de noter qu’à la différence des prêtres de la Mission, mus par le « désir » d’imiter le Christ, Dieu a « appelé et assemblé les filles de la Charité », exactement comme Jésus avait « appelé et assemblé » le collège des apôtres. Il semble beaucoup plus évident à la lecture du premier article des règles des Filles de la Charité qu’en lisant celles des prêtres de la Mission que leur compagnie existe à cause de la volonté de Dieu. Leur fin est « d’honorer Notre Seigneur Jésus-Christ comme la source et le modèle de toute charité », et c’est ce qui manquait à la mission de la congrégation masculine. Les Filles de la Charité font ce que les missionnaires ne peuvent pas faire, guérir les malades corporellement et spirituellement, ainsi que saint Vincent l’écrit à son confrère Jacques de la Fosse dans sa lettre du 7 février 1660.

Dans une lettre perdue à laquelle celle de Vincent de Paul est la réponse, Jacques de la Fosse demandait pourquoi les lazaristes devaient s’occuper de la direction spirituelle des Filles de la Charité, contrairement à celles des autres religieuses, et après avoir répondu malicieusement qu’elles n’étaient justement pas des religieuses, Vincent lui rappelle l’importance pour la Congrégation de la Mission des œuvres de charité et du service corporel et spirituel des malades que la compagnie avait établi les Charités pour ce faire, que Jacques de la Fosse lui-même avait « pensé mourir » en accomplissant cette tâche. Après avoir évoqué le bien que font les Charités, notamment celle de Paris, pour le service des pauvres, il expose l’importance des Filles de la Charité, « entrées dans l’ordre de la Providence comme un moyen que Dieu nous donne de faire par leurs mains ce que nous ne pouvons pas faire par les nôtres, en l’assistance corporelle des pauvres malades, et de leur dire par leurs bouches quelque mot d’instruction et d’encouragement pour le salut ». En d’autres termes, elles sont voulues par Dieu, données à la Congrégation de la Mission pour accomplir les tâches que celle-ci est incapable de faire, comme il ressort de la lecture du premier point des règles respectives. Cela montre bien que les emplois des lazaristes et des Filles de la Charité sont les complémentaires nécessaires à la vocation de ces deux compagnies qui n’en forment en réalité qu’une (d’ailleurs elles ont le même supérieur général), qui est la continuation de la mission de Jésus-Christ dans l’histoire de l’humanité, en particulier dans le service de toute la personne des pauvres et des malades.

Il faut revenir sur le mot « moyen » qui semble subordonner les Filles de la Charité à la Congrégation de la Mission. En réalité c’est plutôt un artifice rhétorique, une « captatio benevolentiae » pour persuader Jacques de la Fosse du devoir des lazaristes d’accompagner spirituellement leurs compagnes de ministère. Cet accompagnement vise à les aider « à leur propre avancement en la vertu pour se bien acquitter de leurs exercices charitables. » Comme les religieuses, elles visent à leur perfection, mais contrairement à elles, cette perfection a elle-même une fin qui est la mission : « Il y a donc cette différence entre elles et les religieuses, que les religieuses n’ont pour fin que leur propre perfection, au lieu que ces filles sont appliquées comme nous au salut et soulagement du prochain ». « Comme nous » n’est pas un détail, c’est le correctif du « moyen » évoqué plus haut : « et si je dis avec nous, je ne dirai rien de contraire à l’Évangile, mais fort conforme à l’usage de la primitive Église, car Notre-Seigneur prenait soin de quelques femmes qui le suivaient ». On voit à nouveau que Vincent inscrit les Filles de la Charité à une place fondamentale de l’histoire de l’Église, en les présentant comme les héritières des femmes qui suivaient Jésus. Les Filles de la Charité ne sont donc pas un simple « moyen » pour les prêtres de la Congrégation de la Mission, elles sont leurs compagnes dans la mission à égalité, selon la volonté de Dieu.

On peut conclure de ce très bref parcours de quelques conférences, lettres et documents de saint Vincent de Paul que les Filles de la Charité ont été instaurées pour suivre et imiter Jésus-Christ dans sa mission d’évangélisation des pauvres malades, pour les soigner non seulement corporellement mais aussi spirituellement, conformément à leur condition de filles de la charité. Elles doivent travailler à guérir les malades, non seulement dans leur corps mais surtout en aidant à réparer leur relation blessée à Dieu, notamment en leur procurant l’instruction qui leur manque et en les incitant à mener une vie conforme à la charité. Étant Filles de la Charité, elles sont filles de Dieu, sœurs de Jésus-Christ. Elles sont les compagnes indispensables de la Congrégation de la Mission, pouvant accomplir par leur proximité avec les malades un travail nécessaire et complémentaire à celui des lazaristes. Cette complémentarité à égalité des missions d’hommes et de femmes dans le ministère unique du service des pauvres, Vincent de Paul ne l’aurait sans doute pas perçue si Louise de Marillac ne l’avait sans cesse inspiré et aiguillonné. La fondation des Dames de la Charité, de la Congrégation de la Mission et des Filles de la Charité, employant respectivement des femmes laïques vivant dans le monde en tant que femmes et mères, des prêtres et des frères vivant en communauté, et des sœurs consacrées (bien que non religieuses), est l’œuvre commune d’un homme et d’une femme, s’enrichissant mutuellement de leurs sensibilités respectives, dans une relation de deux sujets égaux.

Que peut-on en déduire pour notre époque ? D’abord il faut noter que Vincent de Paul et Louise de Marillac n’ont jamais pensé, quand ils fondaient les Charités et la compagnie des Filles de la Charité, à faire « une place aux femmes » dans l’Église. C’est plutôt une nécessité et une évidence qui les ont poussés à employer dans l’œuvre de la charité les moyens qui s’imposaient. C’est l’observation de Marguerite Naseau qui a inspiré Louise de Marillac, à proprement parler c’est cette « simple vachère » qui a inventé les Filles de la Charité, Vincent et Louise n’ont fait que reproduire le ministère que Dieu, son seul maître, comme le dit Vincent de Paul dans sa conférence, lui avait inspiré. De même aujourd’hui il faut observer et étudier, dans notre temps et pas seulement dans un passé plus ou moins mythique, par quels moyens l’amour de Dieu s’incarne dans notre monde, quels prophètes et quelles prophétesses continuent, bien souvent sans le savoir, la mission de Jésus-Christ de guérir l’humanité blessée. Peut-être n’est-il pas nécessaire d’inventer de nouveau ministères mais suffit-il de se donner la peine de reconnaître ceux que Dieu nous montre.

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Pentecôte – B (Jean 20,19-23).” OUVERTS À L’ESPRIT”

Ils ne parlent pas beaucoup. Ils ne se font pas remarquer. Leur présence est modeste et discrète, mais ils sont le «sel de la terre». Tant qu’il y aura dans le monde des femmes et des hommes attentifs à l’Esprit de Dieu, il sera possible d’espérer encore. Ils sont le plus beau cadeau pour une Église menacée par la médiocrité spirituelle.

Jose Antonio PAGOLA

Pentecôte – B (Jean 20,19-23).” OUVERTS À L’ESPRIT”

Ils ne parlent pas beaucoup. Ils ne se font pas remarquer. Leur présence est modeste et discrète, mais ils sont le «sel de la terre». Tant qu’il y aura dans le monde des femmes et des hommes attentifs à l’Esprit de Dieu, il sera possible d’espérer encore. Ils sont le plus beau cadeau pour une Église menacée par la médiocrité spirituelle.

Leur influence ne vient pas de ce qu’ils font ou de ce qu’ils disent ou écrivent, mais d’une réalité plus profonde. On les trouve retirés dans les monastères ou cachés au milieu des gens. Ils ne se distinguent pas par leur activité et pourtant ils rayonnent une énergie intérieure partout où ils se trouvent.

Ils ne vivent pas d’apparences. Leur vie jaillit du plus profond de leur être. Ils vivent en harmonie avec eux-mêmes, attentifs à faire coïncider leur existence avec l’appel de l’Esprit qui les habite. Sans s’en rendre compte eux-mêmes, ils sont le reflet du Mystère de Dieu sur terre.

Ils ont des défauts et des limites. Ils ne sont pas immunisés contre le péché. Mais ils ne se laissent pas absorber par les problèmes et les conflits de la vie. Ils retournent sans cesse au plus profond de leur être. Ils s’efforcent de vivre en présence de Dieu. Celui-ci est le coeur et la source qui unifie leurs désirs, leurs paroles et leurs décisions.

Il suffit d’entrer en contact avec eux pour prendre conscience de la dispersion et de l’agitation qui règnent au dedans de nous. Auprès d’eux, il est facile de percevoir le manque d’unité intérieure, le vide et la superficialité de nos vies. Ils nous font découvrir des dimensions que nous ignorons.

Ces hommes et ces femmes ouverts à l’Esprit sont une source de lumière et de vie. Leur influence est cachée et mystérieuse. Ils établissent avec les autres une relation qui est née de Dieu. Ils vivent en communion avec des personnes qu’ils n’ont jamais vues. Ils aiment avec tendresse et compassion des personnes qu’ils ne connaissent pas. Dieu les fait vivre en union profonde avec toute la création.

Au milieu d’une société matérialiste et superficielle, qui disqualifie et maltraite tant les valeurs de l’esprit, je veux évoquer ces hommes et ces femmes «spirituels». Ils nous rappellent la plus grande aspiration du coeur humain et la Source ultime où toute soif est étanchée.

José Antonio Pagola
Traducteur: Carlos Orduna

 
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Homélie de Pentecôte. Chapelle Saint Vincent de Paul – Paris

Le temps est à l’audace, le temps est à l'espérance, le temps est à la joie ! C’est le temps de l’Église, le temps de la Mission, le temps de l’Esprit ! Pentecôte hier, Pentecôte aujourd’hui !

Yves BOUCHET

Homélie de Pentecôte. Chapelle Saint Vincent de Paul – Paris

Le temps est à l’audace, le temps est à l’espérance, le temps est à la joie !  

C’est le temps de l’Église, le temps de la Mission, le temps de l’Esprit ! Pentecôte hier, Pentecôte aujourd’hui !

Pentecôte hier : c’était 50 jours après Pâques nous dit le texte des Actes des Apôtres. Les apôtres étaient alors réunis dans la maison, avec au cœur la blessure du départ de Jésus. Et les tenaillait au ventre l’incertitude de la route à suivre, l’incertitude des lendemains. Un ciel en fond de nuages, des ombres, des doutes, des hésitations, un sentiment de peur, d’insécurité : le maître n’est plus là !

Et voilà que tout à coup quelque chose d’inattendu surgit. « Un bruit venu du ciel comme un violent coup de vent : la maison où ils étaient assis en fut remplie tout entière. Et tous furent remplis de l’Esprit Saint » nous dit le texte des Actes. Si bien que chacun se trouve renouvelé, chaviré, passant de la peur à l’audace, de l’inquiétude à la joie, du silence à la parole. Ce vent porte la signature de l’Esprit Saint, du souffle de Dieu, de son amour créateur, force de vie, force de Résurrection.

Car ce vent, souffle de l’Esprit Saint, c’est bien celui-là même qui a relevé Jésus d’entre les morts, qui d’un état de gisant l’a remis debout, vivant, ressuscité au jour de Pâques. L’Esprit Saint force de création et de vie déjà présent, comme nous le lisons dans le livre de la Genèse, lorsqu’il planait sur les eaux.

Et voilà que, remplis de l’Esprit Saint, ils se mettent à parler en langues, chacun se comprenant malgré les différences de langage, de culture, d’appartenance. L’Esprit Saint ne connait pas de frontières, il brise les barrières, il ouvre un chemin de liberté et de libération. Rappelons-nous Jésus au début de son ministère à la synagogue de Nazareth, lorsqu’il ouvrit le rouleau et proclama : « L’Esprit du Seigneur est sur moi, il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres. Les boiteux marchent, les sourds entendent, les muets parlent … c’est aujourd’hui que cela se réalise »

Ainsi l’Esprit Saint fait naître à la Vie, on pourrait dire qu’il est un accoucheur de vie. Avec lui tout peut naître et renaître : « Il vous faut naître d’en haut. Le vent souffle où il veut et tu entends sa voix, mais tu ne sais ni d’où il vient, ni où il va. Ainsi en est-il de quiconque est né de l’Esprit.» disait Jésus à Nicodème. Quand l’Esprit Saint fait irruption dans le cœur de l’homme quelque chose de nouveau surgit et souvent de l’inattendu.

La première Pentecôte dont nous parle les Actes des Apôtres nous fait part ainsi de la naissance de l’Église appelée à sortir de la maison pour aller au dehors. De l’Église qui doit oser la rencontre des hommes dans leurs différences, et s’engager dans la voie du témoignage en paroles, mais bien plus en actes, traduisant ainsi la charité, cet amour de Dieu qui doit bruler le cœur de l’homme. Le Pape François porte le souci, nous le savons, que l’Église vive au mieux cette mission dans le contexte de notre monde aujourd’hui lorsqu’il nous dit « d’aller aux périphéries et de témoigner de la tendresse de Dieu. Et encore de témoigner dans un monde où il nous faut construire et vivre la fraternité », dans sa lettre encyclique Fratelli tutti.

Pentecôte : L’Esprit nous envoi sur les routes humaines où déjà il nous précède et nous attend. « Dieu vivant ton Esprit nous devance sur les routes humaines »

Pentecôte aujourd’hui : Des millénaires nous séparent de la première Pentecôte, mais c’est bien le même Esprit qui souffle et nous pousse à rejoindre nos frères dans ce qui fait la réalité de notre monde aujourd’hui. Ce monde avec tout son poids de drames, avec ses attentes, avec ses recherches de toutes sortes, avec ses aspirations, avec son désir d’un mieux vivre et d’un mieux vivre ensemble dans le respect des différences et le respect de la nature. On n’a jamais autant pris conscience du prendre soin de la planète.

C’est dans ce contexte que L’Esprit Saint nous pousse, nous chrétiens et invite son Église à être au cœur de ce monde, sel et lumière. Il nous invite à oser des chemins nouveaux, à trouver un langage qui soit compréhensible aux oreilles de nos contemporains. Il nous pousse à rejoindre les hommes de ce temps et en particulier ceux qui sont en mal d’amour, de fraternité et d’espérance. Il nous envoie pour témoigner de l’Espérance.

Pentecôte aujourd’hui, c’est pour nous chrétiens, savoir reconnaitre et rendre grâce pour l’action de l’Esprit dans le cœur de nos frères qui, nombreux, et sans forcément partager notre foi, s’unissent et donne de leurs mains et de leur temps pour soigner l’homme blessé dans son cœur et dans sa chair. (J’ai en mémoire une image que peut être vous avez vu vous aussi aux informations télévisées hier soir, d’une jeune fille bénévole de la Croix rouge, réconfortant dans un geste de tendresse et de compassion, un jeune migrant africain rescapé épuisé par la nage.)

Pentecôte aujourd’hui c’est la force de l’Esprit Saint qui donne audace a des hommes et des femmes d’aller à la rencontre des autres avec et dans le respect des différences, et de braver des peurs, des préjugés ou des idéologies.

Pentecôte aujourd’hui c’est encore la puissance de pardon qui peut jaillir d’un cœur d’une maman qui voit sa fille perdre la vie à cause de la violence innommable qui surgit dans nos cités. C’est la force d’une parole apaisante, d’un appel à la paix et à la responsabilité qui rassemble des hommes, des femmes et des jeunes.

Pentecôte aujourd’hui c’est toute cette flamme qu’allume en nous le feu de l’Esprit Saint et qui nous engage et engage l’Église, c’est-à-dire tout le peuple des baptisés que nous sommes, à mettre en œuvre le commandement de l’amour que Jésus nous a laissé « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. »

Oui comme nous le dit Jésus dans l’Évangile que nous venons d’entendre : « Quand viendra le Défenseur, que je vous enverrai d’auprès du Père, lui, l’Esprit de vérité qui procède du Père, il rendra témoignage en ma faveur. Et vous aussi, vous allez rendre témoignage, car vous êtes avec moi dès le commencement. »

Ce Défenseur ne serait-il pas le Défenseur des droits de Dieu et des droits de l’homme ? Lui qui, comme nous le rappelle Paul dans sa lettre aux Galates, fait fleurir dans ales cœurs : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité douceur et maitrise de soi.

Et puisque l’Esprit Saint nous fait vivre, marchons sous la conduite de l’Esprit !

Amen !

 

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