Homélie du 17° Dimanche du Temps Ordinaire 2020

Jésus est un excellent conteur d’histoires ! Nous l’avons constaté ces dernières semaines dans la liturgie dominicale. Les histoires de Jésus et ses paraboles ont transcendé les siècles. Dans l’église, on les médite encore aujourd’hui.

Roberto Gomez

Homélie du 17° Dimanche du Temps Ordinaire 2020

Chers sœurs et frères : Jésus est un excellent conteur d’histoires ! Nous l’avons constaté ces dernières semaines dans la liturgie dominicale.  Les histoires de Jésus et ses paraboles ont transcendé les siècles. Dans l’église, on les médite encore aujourd’hui. Comme les sages d’Israël, Jésus utilisait souvent les paraboles et les histoires parce qu’il savait bien que l’on raconte des histoires aux enfants pour qu’ils s’endorment, mais l’on raconte des histoires aux adultes pour qu’ils s’éveillent. Puissent les paraboles retenues par l’évangile de ce dimanche, nous éveiller et nous inspirer.

Deux paraboles nous sont racontées par Jésus dans l’évangile de ce jour : le Royaume des Cieux est comparable à un trésor caché dans un champ et le Royaume des Cieux est comparable à un chercheur de perles fines. Attention, on aurait tendance à dire que le Royaume des Cieux est comparable à un trésor et à une perle fine, mais non ! Jésus dit que le Royaume est comme un trésor puis qu’il est comme un homme qui cherche.

Arrêtons-nous sur deux points :

  • D’un côté la première parabole insiste sur le côté caché du trésor. Le trésor est enfoui, enterré. On ne le trouve que si l’on cherche en profondeur. Si l’on reste en superficie on le loupe. Puis, chose étonnante, celui qui trouve le trésor dans un champ n’agit pas comme nous agirions. Moi, j’aurais pris le trésor immédiatement et me serais enfui je ne sais pas où (en Colombie par exemple) pour en profiter et jouir du trésor. Or, le personnage mis en en scène par Jésus dans l’évangile agit différemment. Il cache de nouveau le trésor, vend tout ce qu’il possède et achète le champ. Pourquoi ? Comment ? C’est étrange, n’est pas ? Remarquons que le deuxième personnage de la parabole agit de manière semblable lorsqu’il trouve la perle rare. Il vend tout ce qu’il possède et l’achète.

Cette histoire si simple est plus riche que l’on ne l’imagine. Pourquoi acheter le champ et ne pas s’emparer du trésor caché tout simplement ? Peut-être parce que « le champ » de la parabole représente notre vie, notre existence. Le trésor caché est enfoui au fond de nous-mêmes, ou fond de nos vies. Le Royaume de Dieu est semé en nous comme la parabole du semeur le laissait entendre il y a deux dimanches. En fait, Jésus nous dit tout simplement, c’est en toi que j’ai caché le trésor que tu cherches. Va vers toi, va vers les profondeurs en toi et tu trouveras le trésor caché qui emplira ta vie de joie et donnera du sens à ton existence. C’est une parabole sur la profondeur en fin de comptes. Le champ de la parabole c’est notre vie. Il y a eu elle quelque chose d’inestimable. Tu auras gagné le Royaume des cieux si tu as cherché ce trésor en toi. Le trésor c’est la foi, les valeurs, les richesses qui ne périssent pas. La foi s’adresse toujours un notre liberté.

  • De l’autre côté la parabole insiste sur l’action de chercher. Le Royaume de Dieu est comparable à une personne qui cherche des perles fines et rares. Il semble paradoxal et contradictoire cet évangile ! Si d’un côté le trésor est trouvé par hasard, de l’autre côté la perle rare est trouvée par un effort, par quelqu’un qui se donne la peine de chercher. Dans le premier cas il n’y a pas d’effort à faire, dans le deuxième l’effort est souligné par le fait de chercher. On ne peut pas trouver Dieu que si l’on le cherche même de manière diffuse, voire confuse. On ne trouve Dieu que si l’on a le désir de le rencontrer.

La foi est ainsi : elle est un don mais en même temps la foi est le fruit d’une recherche, d’une espèce d’inquiétude, d’une sorte de quête parce que l’être humain ressent, devine, qu’il y a quelque chose de plus grand et de plus beau qui nous attend et nous est réservé. Cherche et tu trouves ! Cherche le plus grand et le plus beau dans ta vie ! Cela finira par arriver. Mais ne cherche pas en dehors de ta vie. Ne cherche pas le Royaume de Dieu en tournant le dos à la vie. C’est pour cela que le trésor caché dans le champ et la perle trouvée par celui qui cherche la plus belle, est une seule et même parabole.

La semaine dernière entre les Pyrénées ariégeoises et audoises, j’ai rencontré une jeune fille qui était heureuse parce qu’elle avait trouvé qu’elle avait un don (cela peut devenir son trésor). D’ailleurs, elle commençait à s’en servir autour d’elle et moi aussi j’en ai bénéficié. Elle a trouvé un don ! Pour d’autres ce sera leur vigne, leur famille, leur foi, la vie consacrée. Chacun doit trouver le sens de sa vie. Le mystère de Dieu et son Royaume y sont présents.

Frères et sœurs : Comment faire pour être comme les deux personnages de la parabole ? Comment faire pour investir dans le champ de nos vies les richesses cachées et enfouies que Dieu nous a données ? Comment faire pour ne pas se contenter d’une petite vie médiocre et résignée n’attendant plus de nouveau ni d’extraordinaire ? Le secret nous est peut-être donné par la première lecture : « Donne à ton serviteur Seigneur le discernement ». Littéralement, « donne à ton serviteur un cœur qui écoute ». Le jeune Salomon a plu à Dieu, parce qu’il n’a pas demandé ni la mort des ennemis, ni l’argent, ni le pouvoir… mais la capacité juger, de discerner et de choisir. La capacité d’écouter, de s’écouter et d’écouter Dieu en soi.  

Seigneur, donne-nous le désir de te chercher dans nos vies. Tu es le trésor caché que nous cherchons maladroitement, souvent sans le savoir. Donne nous encore de te chercher ensemble et en Eglise au fond de nous-mêmes et dans cette eucharistie,  parce que « Dieu lui-même est la profondeur de notre profondeur ».

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” Mais vous, heureux vos yeux puisqu’ils voient, et vos oreilles puisqu’elles entendent “. Homélie 12 juillet 2020. Chapelle Saint Vincent de Paul – Paris

Chers frères et sœurs, nous connaissons bien la parabole du semeur. Elle ouvre en Saint Matthieu tout un discours qui aura pour forme cette manière particulière de raconter pour transmettre un message. Jésus utilise ainsi des moments de la vie quotidienne connues par tous – ici le geste du semeur, si prégnant dans une société agricole – exemples qui parfois sont devenus si éloignés de la vie quotidienne de nos sociétés contemporaines citadines et automatisées.

Abbé Ludovic DANTO

” Mais vous, heureux vos yeux puisqu’ils voient, et vos oreilles puisqu’elles entendent “. Homélie 12 juillet 2020. Chapelle Saint Vincent de Paul – Paris

Chers frères et sœurs, nous connaissons bien la parabole du semeur. Elle ouvre en Saint Matthieu tout un discours qui aura pour forme cette manière particulière de raconter pour transmettre un message. Jésus utilise ainsi des moments de la vie quotidienne connues par tous – ici le geste du semeur, si prégnant dans une société agricole – exemples qui parfois sont devenus si éloignés de la vie quotidienne de nos sociétés contemporaines citadines et automatisées. La parabole du semeur cependant nous parlent encore, ne serait-ce que parce que chacun d’entre nous a pu cultiver parfois un petit jardin ou bien encore quelques plantes sur un balcon et assister ainsi à la croissance de l’une de ses plantations, à l’épanouissement de ce petit jardin dont nous sommes si fiers.

La parabole de ce jour donne lieu à l’énoncé d’une béatitude : « Mais vous, heureux vos yeux puisqu’ils voient, et vos oreilles puisqu’elles entendent ». Cette nouvelle béatitude fait ainsi échos aux propos conclusifs de l’énoncé de la parabole au début du discours de Jésus : « Celui qui a des oreilles, qu’il entende ! » … et si la béatitude a été prononcée à l’intention des disciples, tout le passage évangélique démontre que le Christ ne réserve pas cette parabole aux seuls disciples – nous qui sommes présents fidèlement en cette chapelle – mais à tous ceux qui veulent bien s’arrêter quelques instants pour écouter le Christ – nous qui sommes peut-être exceptionnellement entrés dans cette église ce matin ou tous ceux encore que cette parole rejoindra aujourd’hui d’une manière ou d’une autre. Apparaît ici l’une des premières missions de l’Église, l’une des premières missions du disciple missionnaire : annoncer la parole pour qu’elle soit entendue. Le devenir de cette parole ne nous appartient pas. Nous ne savons pas par avance en quelle terre, celle-ci sera semée – et à la lecture de cet Évangile il apparaît que les échecs seront nombreux entre les sols pierreux et ceux plein de ronces – mais ce n’est pas pour autant qu’il ne faut pas annoncer à temps et à contretemps le message divin. Ici il faut nous arrêter quelques instants : si nous écoutons l’Évangile, si nous entendons une parabole, ce n’est pas un message en tant que tel que nous entendons, une sagesse seulement qui nous est transmise, mais c’est un homme que nous accueillons, c’est le Verbe fait chair qui se donne à voir et à entendre. Nous commettons parfois une erreur au cours de nos célébrations liturgiques. Lorsqu’à la suite de la proclamation de l’Évangile, le prêtre chante : « Acclamons la parole de Dieu » et montre l’Évangéliaire, ce n’est pas d’abord le livre et l’Écriture que nous acclamons mais bien d’abord une personne qui est vivante et qui se donne à voir et à entendre car lorsque deux ou trois sont réunis en son nom, elle est au milieu d’eux. Le Christ est la Parole, le texte évangélique n’est que le moyen de cette parole… Toute écoute nous porte à découvrir le Christ et la béatitude « heureux ceux qui entendent » porte sur l’entente du Verbe fait chair. La même béatitude ne dit-elle pas : « heureux ceux qui voient ». Par l’écoute nous n’avons pas seulement entendu une sagesse, accueilli un message mais bien entendu et vu le Fils et accueillit sa vie en nous.

Ainsi entendre l’Écriture, c’est bien évidemment entendre le Verbe fait chair, et l’Écriture est un lieu incontournable de cette rencontre. Les images bucoliques des paraboles sont une clef de lecture et de compréhension et d’accueil pour chacun d’entre nous. Le texte biblique nous y plonge tout entier et résolument. Nos premiers aïeux rencontraient le Seigneur au Jardin primordial. Nous nous sommes appelés tout autant à le rencontrer dans un jardin. Comme le rappelait Benoît XVI dans une très belle homélie inspiré des Pères de l’Église, nous sommes appelés à le rencontrer au Jardin des Écritures. Le pape nous invitait alors à descendre dans ce jardin et à nous y promener. Ce jardin, chers frères et sœurs, n’est pas une nature sauvage mais un lieu de repos et d’harmonie car ce jardin nous donne le Christ lui-même. Or, ce jardin des Écritures, c’est le jardin du huitième jour, le jardin des Béatitudes nous entraîne bien au-delà du premier jardin perdu. Comme l’épouse du Cantique des cantiques, alors que nous cherchons notre bien-aimé, et alors que nous franchissons livre après livre les portes et enclos de ce jardin, nous y rencontrons finalement le Jardinier du 8ème jour, le Jardinier du jour de Pâques qui nous ouvrent le sens de ce qui nous ait dit et annoncé par les Prophètes, le sens de ce qui nous ait dit par les paraboles. Au cœur des Écritures, au cœur du matin de Pâques, le divin jardinier nous redit : « Marie » ; et à notre tour nous répondons : « Rabbouni ». Nous comprenons mieux ainsi la profondeur de la béatitude de ce jour : « Mais vous, heureux vos yeux puisqu’ils voient, et vos oreilles puisqu’elles entendent », en effet heureux sommes-nous car en comprenant la parabole, nous avons entendu et vu le Christ nous appeler personnellement, tous et chacun, nous sommes au cœur du jardin.

Dans cette joie qui nous habite à l’écoute du Sauveur, nous découvrons que ces paraboles que nous accueillons, ce jardin des Ecritures que nous traversons font de nous une créature nouvelle, font de nous ce jardin nouveau. Nous avons entendu le psalmiste nous dire : « Tu visites la terre et tu l’abreuves, tu la combles de richesses ; les ruisseaux de Dieu regorgent d’eau, tu prépares les moissons » et d’ajouter : « Les herbages se parent de troupeaux et les plaines se couvrent de blé. Tout exulte et chante ! » Ces herbages, Frères et sœurs, ces plaines, ce tout qui chante, Chers amis, c’est nous-mêmes qui nous parons, c’est nous-mêmes qui chantons pour une vie nouvelle car une vie qui accueille le Seigneur ; car notre vie lorsqu’elle accueille le Seigneur, se fait parabole pour ceux qui nous écoutent, se fait jardin pour ceux qui nous rencontrent. Ce que nous apprécions lorsque nous rencontrons un homme ou une femme de Dieu, c’est le repos qu’il nous procure, c’est le Christ qu’il nous donne, c’est l’amour de Dieu dont il nous partage les mystères.

Oui, mes amis, réjouissons-nous car « heureux [nos] yeux puisqu’ils voient, et [nos] oreilles puisqu’elles entendent ». Comme le disait Isaïe : « La pluie et la neige qui descendent des cieux n’y retournent pas sans avoir abreuvé la terre, sans l’avoir fécondée et l’avoir fait germer » et d’arides – et nous devons le reconnaître – que nous sommes parfois, la rencontre du Seigneur Vivant par l’écoute de sa parole peut faire de nous des jardins à l’ombre desquels nos proches aimeront à venir se reposer. Mais au fait frères et sœurs, nos proches aiment-ils à venir se reposer auprès de nous ? C’est peut-être en ce dimanche la question que nous avons à nous poser et la prière que nous avons à faire : que notre vie de foi soit une parabole rafraîchissante parce que partagée pour ceux que nous fréquentons et non pas pour nos proches un discours desséchant parce que simplement asséné. Ce petit jardin que nous cultivons sur nos balcons est peut-être une parabole de nos vies. Amen.

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La Charité : Petite réflexion d’un ex-confiné (6/6)

Pourtant, force est de constater qu’aujourd’hui le mot charité est bien galvaudé. Il renvoie à une image surannée, condescendante et paternaliste, d’une époque où il faisait bon avoir SES pauvres, pour se donner bonne conscience et s’assurer les grâces d’une société bourgeoise.

Eric Ravoux

La Charité : Petite réflexion d’un ex-confiné (6/6)

Selon la définition qu’en donne Wikipédia (idem pour le Larousse) : « La charité désigne, selon la théologie chrétienne, l’amour de l’homme pour Dieu pour lui-même et l’amour du prochain comme créature de Dieu. … Dans le langage ordinaire, la charité est une vertu qui porte à désirer et à faire le bien d’autrui ».

S’adressant à ses frères, saint Vincent disait lors d’un entretien en 1657 : « Dieu aime les pauvres, et par conséquent il aime ceux qui aiment les pauvres ; car, lorsqu’on aime bien quelqu’un, on a de l’affection pour ses amis et pour ses serviteurs. Or, la petite Compagnie de la Mission tâche de s’appliquer avec affection à servir les pauvres, qui sont les bien-aimés de Dieu ; et ainsi nous avons sujet d’espérer que, pour l’amour d’eux, Dieu nous aimera. Allons donc, mes frères, et nous employons avec un nouvel amour à servir les pauvres, et même cherchons les plus pauvres et les plus abandonnés, reconnaissons devant Dieu que ce sont nos seigneurs et nos maîtres, et que nous sommes indignes de leur rendre nos petits services ». Coste XI, 392-393

Pas étonnant que saint Paul est placé la Charité comme la plus haute des vertus (1 Co 13, 1-13).

Pourtant, force est de constater qu’aujourd’hui le mot charité est bien galvaudé. Il renvoie à une image surannée, condescendante et paternaliste, d’une époque où il faisait bon avoir SES pauvres, pour se donner bonne conscience et s’assurer les grâces d’une société bourgeoise.

Selon les expressions de Jean Fourastié (économiste français 1907-1990), la charité fut soupçonnée d’hypocrisie conservatrice, élément de l’opium du peuple : elle fut regardée comme attentatoire à la dignité des pauvres.

Je ne peux m’empêcher, écrivant cela, de penser au lancinant refrain de la baronne Karen Von Blixen dans son livre La Ferme Africaine : « Mes Kikuyus, … ma ferme ». En quelques mots tout est dit de la mentalité de l’époque, et de la dérive dans laquelle le mot charité est tombé.

Aujourd’hui, au mot charité, on préfère celui de solidarité. Certes, dans sa signification, il n’en est pas trop loin, mais il lui manque quelque chose d’essentiel, une dimension essentielle, sur laquelle saint Vincent insistait souvent, l’Amour.

Quand saint Vincent présente l’amour que l’on doit avoir pour Dieu, il distingue le plus souvent deux manières de vivre et de traduire cet amour. « L’une affective et l’autre effective » (Coste IX, 592). La première est de l’ordre de la tendresse (il ne craint pas d’employer le mot et d’évoquer la relation du petit enfant à son père, à sa mère). Mais cette première manière d’aimer Dieu est incomplète, et peut-être illusoire, si on n’en vient pas au fait, à l’amour de Jésus-Christ dans le service concret des pauvres. La Charité est avant tout une histoire d’amour, un amour affectif et effectif, dimensions que ne revêt pas le terme solidarité.

Dans mes interventions auprès des jeunes, je n’hésite pas à utiliser souvent le mot Charité, tout en l’expliquant pour lui redonner toute sa valeur, sa profondeur. Et cela est compris, interpelle.

Personnellement, je placerai la solidarité du côté des valeurs humanistes, de celles qui touchent notre raison et nous font crier Justice. Mais le droit et la justice ne peuvent suffire. Au-delà de la raison, il nous faut un élan du cœur, de l’âme, il nous faut l’Amour. Car seul l’Amour nous permet de perdurer dans le temps.

Ce sont ces deux dimensions que revêt le terme Charité : l’Amour/tendresse affectif qui doit conduire à l’Amour/justice effectif.

« Si l’Amour ne dépasse pas la justice, l’Évangile se vide », selon les termes du Patriarche Chaldéen Louis Raphaël 1er Sako, le 9 octobre 2015, en commentaire de la lettre de saint Paul aux Romains (Rm 1, 16-17). Telle est la Charité !

Me reviennent à l’esprit les dernières images du film Monsieur Vincent de Maurice Cloche, lorsque saint Vincent reçoit la petite Jeanne qui s’apprête à aller servir les pauvres pour la première fois : « Tu verras bientôt que la charité est lourde à porter, plus lourde que le broc de soupe et le panier plein. Mais tu garderas ta douceur et ton sourire. Ce n’est pas tout de donner le bouillon et le pain. Cela les riches peuvent le faire. Tu es la petite servante des pauvres, la Fille de la Charité, toujours souriante et de bonne humeur. Ils sont tes maîtres. Des maîtres terriblement susceptibles et exigeants, tu verras. Alors, plus ils seront laids et sales, plus ils seront injustes et grossiers, plus tu devras leur donner de ton amour. Ce n’est que pour ton amour, pour ton amour seul, que les pauvres te pardonneront le pain que tu leur donnes ».

Ce temps de confinement aura permis à nombre d’entre nous de redécouvrir l’essentiel. L’essentiel de l’attention à l’autre, à soi, à Dieu pour les croyants, à la famille, à la Création … Un essentiel mis en valeur par le constat parfois douloureux, tragique même, de l’inutilité de nos vies. Constat que fit et exprima Guillaume Gallienne un matin de confinement sur France Inter : « Je ne suis pas soignant, je ne suis pas caissière, je ne suis pas agriculteur, maraicher, je ne suis pas livreur, éboueur, …, je ne sers à rien ! ».

Essentiel que redécouvrirent deux jeunes femmes toutes deux nommées Julie, qui comme nous tous, durent stopper net leurs vies professionnelles effrénées et dévorantes (l’une étant secrétaire médicale, l’autre travaillant dans les assurances). L’une redécouvrit la joie d’être présente à ses enfants, l’autre découvrit les biens-faits de la sobriété. « Je me disais que je ne servais pas à grand-chose, le confinement est venu le confirmer ». Vivant ce temps comme une sorte de retraite spirituelle, leur philosophie de vie s’en trouva bouleversée. Jetant un regard nouveau sur l’Amour et l’essentiel, elles ne purent concevoir un retour à “comme avant“, à “l’anormal“. Aussi décidèrent-elles de s’associer toutes deux pour créer une épicerie zéro déchet dans le Val-d’Oise. Ouverture dans quelques semaines. Une bien belle manière de vivre la Charité, pour soi, pour les autres, pour l’environnement, pour la Création … donc quelque part pour Dieu.

Elles sont nombreuses ces histoires.

Nombre d’entre nous ont redécouvert les liens qui nous relient à nos frères et sœurs en humanité, en commençant par les plus proches. Liens communautaires emplis de fraternité, de prières, de patience et de bienveillance (pas partout malheureusement). Liens familiaux, où l’amour, le soutien et le partage prennent le temps d’être vécus, enfin vécus (mais là encore, pas partout malheureusement).

Liens avec une nature, une création, que nous avons vu renaître et reprendre sa juste place, du moins pour ceux qui avaient la chance d’être en pleine nature (quoiqu’en ville aussi). Nature sur laquelle nous avons pu poser un regard émerveillé, regard nouveau, regard d’enfant que nous avions oublié.

Tous ces liens qui nous permirent de réaliser que l’essentiel ne se trouve pas dans le vide de la surconsommation, dans le leurre d’une vie professionnelle dénuée de sens, dans une course sans cesse plus effrénée…

Il serait exagéré de croire que ce temps si particulier nous a tous aidé à une véritable prise de conscience. Il suffit de se rappeler les files interminables de véhicules au drive-in des McDo sitôt ceux-ci rouvert, sans parler de l’hystérie causée par une enseigne de grande distribution autour d’une PS4, hystérie qui nécessita l’intervention des forces de l’ordre. Oui il serait bien exagéré de croire que ce temps de confinement fut profitable à tous. Il n’y a malheureusement pas que des Julie dans nos sociétés occidentales.

Pas que, certes, mais nombreuses et nombreux c’est sûr ! Comme beaucoup (j’espère), je suis émerveillé du nombre d’actions, d’initiatives, de mouvement, appelant et œuvrant, souvent dans la lutte, pour un autre monde. Je suis émerveillé par la créativité, l’inventivité, l’imagination, dont font preuve tant de jeunes pour proposer et construire un autre monde, répondant ainsi à l’appel du Pape François dans son encyclique Laudato Si à “libérer l’imagination“.

Je reprends ici les mots du diocèse de Fréjus-Toulon pour la semaine Laudato Si des 16 au 24 mai derniers : « Et si la pandémie qui secoue la moitié de notre planète était une opportunité à saisir ? L’occasion de prendre conscience de la gravité et de la mondialisation des enjeux environnementaux ? De réfléchir à un changement de vie, à un mode de vie plus solidaire ? De contempler la création, libérer l’imagination, consommer plus localement ? De penser à de nouveaux lieux ou engagements, de nouvelles pratiques ? »

Un véritable défi s’ouvre à nous aujourd’hui. Saurons-nous le relever ?

Chrétiens, notre responsabilité est grande, notre engagement est primordial. Cela relève de la cohérence de notre Foi. La Charité est notre commandement, c’est elle qui nous fait revêtir la véritable image qui est la nôtre, celle de Dieu. C’est elle qui fait de nous des filles et des fils de Dieu, sœurs et frères de notre Seigneur Jésus-Christ, animés, mus, portés par l’Esprit Saint.

C’est la Charité/Amour, première des vertus, qui nous permet, nous pousse, me permet et me pousse, à vivre toutes les autres.

La Charité me fait vivre la Simplicité, pour approcher respectueusement tous mes frères et sœurs. Simplicité qui rime avec sobriété, une sobriété heureuse pour le bien de notre planète et de toute l’humanité.

La Charité me fait vivre l’Humilité, pour laisser plus de place à l’autre, au Tout-Autre, à Dieu.

La Charité me fait vivre la Douceur, pour pouvoir toucher les cœurs.

La Charité me fait vivre la Mortification, pour supporter les blessures que le combat ne manque pas d’infliger.

La Charité me fait vivre le Zèle, pour sans cesse avancer, sans cesse courir au feu, sans cesse espérer qu’un autre monde est possible.

« L’amour est inventif jusqu’à l’infini ».

  • Jusqu’à l’infini : parce qu’il n’est pas possible d’épuiser toute la richesse de l’Amour de Dieu …
  • Jusqu’à l’infini : parce qu’il y aura toujours des hommes et des femmes à aimer, un monde à changer.

« Aimons Dieu, mes frères, aimons Dieu.

Mais que ce soit aux dépens de nos bras,

Que ce soit à la sueur de nos visages »

A nous maintenant de relever le défi …

 

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Homélie. Fête du Saint Sacrement. 14 juin 2020. Le Berceau de Saint Vincent de Paul

« Nous ne sommes que de passage ; toute chair passe comme l'herbe ; le temps qui passe ne se retrouve jamais. »…Ces proverbes d’allure pessimiste se croisent avec d’autres qui sonnent plus joyeusement : « Chaque minute qui passe te rapproche de Dieu ; “nous sommes des oiseaux de passage, demain nous serons loin,” On pourrait continuer ce jeu-là avec de nombreuse citations.

Jean-Pierre Renouard

Homélie. Fête du Saint Sacrement. 14 juin 2020. Le Berceau de Saint Vincent de Paul

Mes sœurs, mes frères,

 « Nous ne sommes que de passage ; toute chair passe comme l’herbe ; le temps qui passe ne se retrouve jamais. »…Ces proverbes d’allure pessimiste se croisent avec d’autres qui sonnent plus joyeusement : « Chaque minute qui passe te rapproche de Dieu ; “nous sommes des oiseaux de passage, demain nous serons loin,” On pourrait continuer ce jeu-là avec de nombreuse citations. Passer, c’est changer…Ce verbe évoque le transitoire et la proximité. Et pourtant à y bien réfléchir, évoquer un passage, c’est reconnaitre une présence si furtive soit-elle, comme une caresse, un sourire qui illumine la journée, une permanence toute de proximité, un bienfait qui en dit long sur quelqu’un d’aimé. Passer, c’est toujours laisser une trace, maintenir une action et peut-être transformer. Jésus le savait bien qui a inventé le plus bel acte d’amour qui soit avec ce que le nouveau Peuple de Dieu a nommé l’Eucharistie. Dieu passe en nous, se fait nourriture, transforme nos êtres de chair et nous sculpte une nouvelle créature de ressuscité. Aujourd’hui nous en célébrons l’origine, la  source et la permanence. Comme dirait Stéphan Berg, « Suivez-moi ! ».

; A l’ origine, il y a la Pâque comme nous le rappelle le livre du Deutéronome, en ce jour. Le Peuple de Dieu est livré à l’esclavage. Il souffre mort et passion, anticipant celle du Fils de Très-Haut. Alors Dieu lève un homme, un de ces géants de l’humanité qui par la puissance divine concrétise la délivrance. Moïse est le bras de Dieu qui préserve les fils d’Israël lors de la nuit pascale fondatrice, qui les marquera  du sang de l’Agneau lors du passage de la colère de Dieu sur l’Egypte des Pharaons. Après ce sera le passage de la mer rouge, le passage par le désert, le passage par le pays de la sécheresse et de la soif, le passage par la pauvreté, la faim, le dénuement matériel et spirituel. Et ces passages seront contrebalancés, enrichis par les dons inoubliables de la manne, ‘cette nourriture inconnue des pères’ et de ‘l’eau de la roche la plus dure’. Quand Yahvé passe, il ne laisse pas sans recours et sans secours : « Pas un peuple qu’il ait ainsi traité ! ». Ainsi la manne et l’eau seront-elles bénédictions et vie malgré les obstacles rencontrés : Dieu ne passe jamais en vain. Dieu passe, repasse et reste.

II. Moïse annonçait un autre Envoyé de Dieu « lorsque les temps furent accomplis ».Au travers de ses faits et gestes, se profile Jésus, Fils de Dieu Sauveur. Il passe dans notre humanité, il passe dans le temps, il passe dans le même peuple, par le même exil et les mêmes fins de non -recevoir, revivant en lui la passion du peuple élu et sa délivrance par le don inégalable de la résurrection. Et pour que ce don soit le don fait à toute l’humanité, il donne à la ‘multitude’, – je dis bien à la ‘multitude’ – l’offrande de son propre corps et de son propre sang. Cette nouvelle manne est un corps à corps avec le Christ, En relisant le chapitre 6 de st Jean, nous trouvons des mots et des raccourcis qui en disent long sur l’apport de l’Eucharistie : « vivant, vie éternelle, vraie nourriture, vraie boisson, je le ressusciterai au dernier jour, demeurer en moi… » pour ne regarder que les seuls versets (31 à 38) utilisés aujourd’hui. Ce n’est pas de l’imagination mais la réalité

III. Mais alors si Dieu passe et repasse, on peut dire qu’il reste. Dieu demeure. Il se fait notre ami et nous appelle « mes amis », Il vit en nous. « Chacun d’entre nous reçoit le Christ  mais le Christ reçoit chacun d’entre nous » a écrit st Jean-Paul II. J’aime à penser que Jésus se plaît en notre compagnie comme il le faisait en son pays natal. Il investit chacun de nos êtres et nous presse de le recevoir. Quand on célèbre l’Eucharistie, on a déjà un pied dans le ciel. Au fond, chaque jour, chaque dimanche, quand nous le pouvons, Dieu force notre porte et s’assoit à la table de notre vie. Nous vivons avec lui et lui avec nous. Quand nous prenons un peu de temps pour y penser, un vertige d’amour nous saisit et nous transporte de joie. Chaque messe est une Fête-Dieu…

Amen

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Saint Vincent de Paul et la Messe

il convient en effet, de vous faire vibrer à la vie et à la pensée de Monsieur Vincent sur ce sujet qui lui est très cher. Regardons-le aujourd’hui célébrant la Messe ; au sens forme du terme, il édifie (élève) les participants et l’un d’eux remarque : « Mon Dieu, que voilà un prêtre qui dit bien la messe. Il faut que ce soit un saint homme de Dieu ». (Abelly L. III, 72)

Jean-Pierre Renouard

Saint Vincent de Paul et la Messe

Puisque nous sommes autour de la fête du corps et du sang du Christ, il convient en effet, de vous faire vibrer à la vie et à la pensée de Monsieur Vincent sur ce sujet qui lui est très cher. Regardons-le aujourd’hui célébrant la Messe ; au sens forme du terme, il édifie (élève) les participants et l’un d’eux remarque : « Mon Dieu, que voilà un prêtre qui dit bien la messe. Il faut que ce soit un saint homme de Dieu ».(Abelly L. III, 72)

Il se prépare silencieusement à la sacristie dans le recueillement, scrute sa conscience et s’il s’estime en litige avec l’Evangile, il se confesse sur-le-champ. Son premier biographe raconte qu’il quitte un jour ses ornements et  court se réconcilier avec un religieux avec qui il a avait eu quelque différent. On pense au mot de Jésus : « Si, au moment de présenter ton offrande à l’autel,  tu te souviens que quelqu’un a quelque chose contre toi, laisse-là ton offrande, devant l’autel, et va d’abord te réconcilier avec ton frère ; puis reviens, et alors présente ton offrande » (Mt 5, 23-24).Seul le saint est capable d’un tel geste.

Il prépare le Missel, le suit scrupuleusement et en ces temps d’après Concile (Le Concile de Trente est alors au début de son application), il est très attentif à suivre les indications pour bien célébrer. Il n’improvise pas une messe solennelle mais exige que tout soit prévu dans les moindres détails suivant le degré solennité ; il veut que la sacristie de st Lazare soit bien pourvue en ornements et en vases sacrés et il n’aimerait pas notre parcimonie d’aujourd’hui !

Sa piété est exemplaire et contagieuse. Sa façon de célébrer aussi : il montre « une grande humilité » et « un port grave et majestueux » dans sa manière de se tenir à l’autel. Il proclame l’Evangile avec une insistance sur les mots qui lui parlent. Il se tourne vers le peuple avec le désir de partager sa joie de célébrer ; mieux encore, il aimait servir la Messe de ses confrères et le faisait à genoux comme un bon servant !

 Peut-être pouvons-nous faire profit des paroles qu’il dit un jour à ses missionnaires : « Ce n’est pas assez que nous célébrions la Messe, mais nous devons aussi offrir ce Sacrifice avec le plus de dévotion qu’il nous sera possible… Efforçons-nous donc d’offrir nos Sacrifices à Dieu dans le même esprit que Notre-seigneur a offert le sien ; comme autant parfaitement que notre pauvre et misérable nature le peut permettre »(Abelly L.III, 72).

Monsieur Vincent nous indique ainsi un premier chemin : vivre la messe à la suite du Christ, en état d’offrande !

 

Saint Vincent de Paul et l’Eucharistie

La messe est le moment de rencontre privilégiée de Monsieur Vincent. Mais elle éclaire sa journée et il vit dans une atmosphère eucharistique qui se manifeste par une très grande dévotion au Mystère du Saint Sacrement.

Il est l’homme de la Trinité (c’est le patron de sa nouvelle congrégation), de l’Incarnation (il veut qu’on célèbre Noël de façon intense) et du Très Sacrement de l’Autel. Tous ces mystères peut-on dire, s’emboîtent pour lui, les uns dans les autres. Mais le sacrement de l’Eucharistie est la concrétisation des deux premiers. D’où l’intense dévotion qu’il développe. Il entre spontanément dans les églises avec grand respect et tombe à genoux devant le tabernacle. Il aime s’attarder devant lui s’il n’est pas pressé par le temps. Il ne parle en sa présence pas et ne supporte pas les bavardages inutiles. Que ne dirait-il pas aujourd’hui ?

Mieux encore : il lit son courrier devant la sainte réserve et je connais tel supérieur général qui l’imitera dans cette pratique. Entrant et sortant de la Maison, il vénère d’abord le Maître des lieux en passant par la chapelle et en fait prescription à ses disciples ; certains continuent encore cette pratique.

Que dire encore si ce n’est qu’il célèbre tous les jours et s’il tombe malade – ce qui lui arrive assez souvent car il a ses accès de fièvrottes ! – il réclame la communion quotidienne. Pour une époque qui va sombrer bientôt dans le jansénisme et ses outrances, cette exigence est remarquable. Que faisons-nous de la communion fréquente ? Ou nous la banalisons ? Ou nous la négligeons ?

Il reste ses propos incisifs sur sa foi au Saint Sacrement comme cette remarque : « Ne ressentez-vous pas, mes frères, ne ressentez-vous pas ce feu Divin brûler dans votre poitrine, quand vous avez reçu le Corps adorable de Jésus-Christ dans la Communion ? (Abelly L.III. 77).Il donne des consignes fortes aux filles de la charité, consignes qui n’ont pas une ride : « Une personne qui a bien communié fait tout bien » (IX, 332). Cet enseignement est décisif pour la qualité de nos communions. Nous avons à faire cet acte de façon mieux désirée, mieux préparée et mieux vécue. S’approcher du pain eucharistique n’est en rien banal mais toujours nouveau et stimulant. Il nous construit spirituellement et nous engage en sainteté. Communier c’est désirer « devenir ce que nous sommes, le Corps du Christ » Y pensons-nous ?

Enfin, si nous sommes rétifs et trop rebelles à la communion fréquente, nous pouvons entendre saint Vincent nous stimuler : « Pensez-vous devenir capables de vous approcher de Dieu en vous en éloignant qu’en vous en approchant ? Oh, certes, c’est une illusion ! » (Coste I, 111).

 

Jean-Pierre RENOUARD cm

 

N° 50

 

 

St Vincent, mystique de l’Eucharistie,

 

 

S’il vous arrive d’aller à Paris, entrez dans la chapelle où Monsieur Vincent repose (95, Rue de Sèvres- Métro Vanneau) et prenez l’allée de gauche. Un tableau vous arrête  et vous interpelle : on y reconnaît notre saint célébrant la Messe, le visage rayonnant, comme pétrifiés par des boules de feu, entouré de la Trinité, d’angelots et de religieuses… Surprenante composition, curieux tableau qui a une histoire et qui nous en dit long sur l’état d’âme de saint Vincent !

Il s’agit rien moins que d’une vision avoué par st Vincent lui-même. A la mort de Sainte Jeanne de Chantal, en 1641, il voit trois globes de feu qui vont s’élevant et se perdant l’un dans l’autre. Le premier est l’âme de la sainte, le second celle de François de Sales et le troisième plus gros, l’Essence divine. Le peintre du XVIII ème siècle — peut-être Gaétan SONTIN — a représenté la scène : la Trinité siège sur les nuages au sommet du tableau, à gauche les trois globes, à droite saint François et sainte Jeanne conversent entourés d’anges ; des visitandines comme sidérées assistent derrière leur grille à la Messe du saint. Ce dernier écrit à son confrère Bernard CODOING à propos de la Mère Chantal : “Il a plu à Dieu de me consoler en la vue de sa réunion à notre Bienheureux Père et de tous les deux à Dieu” (lettre de décembre 1641). Et la chose fut si “sensible” (c’est son mot) qu’il nous a laissé le récit de cette messe mémorable en l’appliquant à une tierce personne ! Ce texte donne à penser sur l’état mystique de notre saint ( voir le texte de cette vision dans Pierre Coste : Documents relatifs à St Vincent, tome XIII, pp.126-127).

Ainsi savons-nous que Vincent vit l’Eucharistie comme un lieu de rencontre privilégié avec son Dieu et ses amis. Il sait que la Messe est le moment où le chrétien – et singulièrement le prêtre – est « uni à la divinité de celui qui a pris notre humanité ». Il sait que la sacrifice de la croix célébré et actualisé à l’autel est offert pour les âmes des fidèles « qui se sont endormis dans la paix du Christ ». Il dit lui-même qu’au moment de cette vision – l’unique qu’il ait eu, d’après ce qu’il atteste – il est préoccupé par le salut de la Mère Jeanne de Chantal et il intensifie sa prière pour elle. Dieu le rassure et lui procure la certitude de son « état de bienheureuse ».

Plus nous amplifions notre piété au moment de la Messe, plus nous entrons en contact avec Dieu qui nous inonde de sa grâce et peut, s’il le veut, nous toucher au cœur. Impossible de banaliser la Messe ; elle le lieu de la Rencontre, anticipation de la Rencontre finale où nous serons tout en Dieu !

 

La communion et les petits

Rappelez-vous ce mot d’une sœur repris par st Vincent : « une personne qui a bien communié fait tout bien ». Quand on est une fille de la charité porteuse de l’esprit vincentien ou quand on se recommande de lui comme vous, lecteurs de cette belle revue, on essaye de vivre en profondeur le message eucharistique du saint de la charité. Vivre eucharistié, c’est vivre pour les derniers de ce monde, à leur service. On ne communie pas simplement pour soi mais aussi pour les autres.

Il est clair que pour saint Vincent la qualité du service est directement lié à la qualité de la vie eucharistique. Il en résulte quelques attitudes de fond à vivre avant tout par les communiants : l’offrande de la communion, l’application d’une intention, le désir, l’action de grâce, le recueillement, la demande de pardon pour les fautes contre la communion). A partir de là, il donne des consignes avec cette ouverture surprenante :“Pour la sainte communion, vous communierez les jours qui vous sont ordonnés (la règle et la coutume les précisaient à l’époque), si vous n’en êtes point empêchées par le service des pauvres” (X, 203) et il demande aux premières dames de la charité de Châtillon de communier les jours de la fête des Saints Martin et André, les deux saints de la charité. Ainsi, le service des pauvres est premier.

De plus, on voit son insistance à orienter la vie eucharistique vers ce souci des petits. Il est clair que la Messe et la communion qui y est liée nous rendent plus disponibles pour les servir. Ainsi nous faisons nôtre ce mot de Monsieur Vincent, orfèvre en charité : « Quand vous verrez une sœur de la Charité servir les malades avec amour, douceur, grand soin, vous pourrez dire hardiment  : «Cette sœur a bien communié.» Quand vous verrez une sœur patiente dans ses incommodités, qui souffrira gaiement ce qui se peut rencontrer de pénible à supporter, oh ! Soyez assurées que cette sœur a fait une bonne communion et que ces vertus-là ne sont point vertus communes, mais vertus de Jésus-Christ ”. (IX, 333). Qu’attend -nous pour suivre de tels exemples ? Quand je sors de la Messe plus fort pour évangéliser ceux qui sont loin de Dieu et surtout pour les secourir dans leur détresse, je suis dans la logique voulue par st Vincent.

 
La Messe, une action sacerdotale

Pour St Vincent de Paul, aucun doute, les laïcs sont prêtres. Chacun d’eux doit offrir sa vie et par le baptême, tous sont prêtres avec Jésus-Christ. Tous forment son Corps Mystique et il a cette parole admirable, célèbre à juste titre, et qui occupe ici une place royale :

 “Que pensez-vous faire étant à la sainte messe ? Ce n’est pas le prêtre seul qui offre le saint sacrifice mais ceux qui y assistent ; et je m’assure que… vous y aurez grande dévotion, car c’est le centre de la dévotion” (IX, 5).

 

Et il atteste que les assistants qui participent au sacrifice du célébrant “y participent plus que lui, s’ils ont plus de charité que le prêtre”. Voici le contexte de la conférence du 7 novembre 1659 sur le sujet :

«Quand un prêtre dit la messe, nous devons croire et savoir que c’est Jésus-Christ même, notre Seigneur, le principal et souverain prêtre, qui offre le sacrifice : le prêtre n’est que le ministre de Notre- Seigneur, qui s’en sert pour faire extérieurement cette action. Or, l’assistant qui sert le prêtre et ceux qui entendent la messe participent-ils, comme le prêtre, au sacrifice qu’ils font avec lui, comme il dit lui-même en son «Orate fratres».. . Sans doute, ils y participent et plus que lui, s’ils ont plus de charité que le prêtre. Ce n’est pas la qualité de prêtre de religieux qui fait que les actions sont plus agréable à Dieu et méritent davantage, mais bien la charité s’ils l’ont plus grande que nous. (XII, 376-377).

Comme l’Incarnation, l’Eucharistie est un échange. Par elle, nous sommes divinisés. Nous ne sortons pas indemne de chaque messe dès que nous sommes sincères. Toute Eucharistie nous oriente indissolublement vers Dieu et le prochain. Toute communion nous met dans une commune – union. Il faut nous réapproprier les mots de saint Vincent : «Approchez-vous de l’Eucharistie au nom de Dieu ! C’est là qu’il faut aller étudier l’amour ! (XII, 298).

 

Ami lecteur, bon renouveau eucharistique !

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Mot d’accueil et Homélie pour la Fête de la Sainte Trinité. Chapelle St Vincent de Paul – Paris

Fêter la Sainte Trinité, c’est fêter le Mystère d’Amour dont nous faisons partie, dans lequel nous sommes sans cesse entrainés et renouvelés par le Souffle de Vie. Respirer au rythme de Dieu ! Le Fils nous rend présents à son Père, il nous présente à Lui comme ses frères et sœurs ; c’est sa joie. Celle du Père. La nôtre. Histoire d’alliance pour l’éternité !

P. Christian Mauvais, cm

Mot d’accueil et Homélie pour la Fête de la Sainte Trinité. Chapelle St Vincent de Paul – Paris

Mot d’accueil.

Frères et sœurs, bienvenue !

C’est une joie pour nous tous que de vous accueillir aujourd’hui dans cette Chapelle restée fermée à toute personne pendant plusieurs semaines. Elle n’en est pas pour autant devenue un tombeau sans aucune respiration, sans aucun mouvement de vie, sans aucun rassemblement. Chaque jour, la communauté s’est retrouvée ici, pour chanter les louanges, prier, méditer, célébrer et ces temps devant le Seigneur vous rejoignaient ; vous étiez présents avec nous, vous, vos familles, les personnes malades, hospitalisées, décédées, l’ensemble des soignants, toute personne dévouée sans compter etc…. cette chapelle n’a jamais été fermée à la vie ; à toute présence humaine. Ce n’était pas un silence de mort mais une musique de vie qui y régnait !

De vous voir ce matin et en bonne santé, cela fait plaisir car le visage de quelqu’un est irremplaçable ; il est notre vis à vis, ce face à face nécessaire pour respirer à plein poumons la vie offerte et reçue. Prenez le temps de vous regarder pour vous souhaiter la bienvenue, et ne pouvant le faire par un baiser de paix comme nous y invite st Paul, nous pouvons nous applaudir en signe d’accueil joyeux !

C’est un commencement… il y a encore de la place et chacun pourra peu à peu revenir s’asseoir, offrir, recevoir. Ces places vides peuvent nous donner le vertige et nous faire nous lamenter. Regardons-les plutôt comme un appel qui nous est adressé chaque dimanche : laisser une place à ce frère, cette sœur absent aujourd’hui et que nous souhaitons inviter, qui ne se sent pas encore prêt à venir avec nous, qui n’a pas encore compris à quel point il est aimé et attendu !

Le rassemblement eucharistique ne sera vraiment réalisé, que le jour où il ne manquera aucune personne , où chacun sera reconnu pour ce qu’il est, nécessaire pour former le Corps du Ressuscité qui est remis dans le cœur de notre Père.

Déjà avec vous, il y a tant de personnes dont vous portez la vie, avec leurs joies et leurs angoisses, leurs deuils, leurs désespérances ! toutes ces personnes connues, aimées, rencontrées.

Cette crise nous révélant notre fragilité personnelle et collective, nous rend humbles et nous invite à l’abandon et à la confiance. C’est dans notre faiblesse que la Grâce trouve la place pour produire ses fruits. Elle nous fait passer du ‘chemin du moi’ au chemin de Dieu et des autres.

Présentons-nous ensemble devant le Seigneur pour lui dire simplement MERCI, lui demander PARDON ; qu’il nous purifie dans son Esprit qui fait notre unité, qui fait de nous tous une même famille.

HOMÉLIE

Fêter la Sainte Trinité, c’est fêter le Mystère d’Amour dont nous faisons partie, dans lequel nous sommes sans cesse entrainés et renouvelés par le Souffle de Vie. Respirer au rythme de Dieu !

Le Fils nous rend présents à son Père, il nous présente à Lui comme ses frères et sœurs ; c’est sa joie. Celle du Père. La nôtre. Histoire d’alliance pour l’éternité !

Qui donc est ce Père qui nous reçoit chez lui, qui nous reconnaît et nous aime comme ses enfants, qui nous regarde avec ce regard unique, celui-là même qu’il porte sur son Fils bien-aimé ? Moïse a été le témoin de l’identité de ce Dieu dans sa rencontre avec lui sur la Montagne au moment de conclure une alliance, de s’engager dans une Promesse. Moïse a demandé le nom de celui qui devenait son partenaire dans l’Alliance car on ne s’engage pas à la légère, avec un inconnu quand il s’agit de son avenir. Dieu descend et vient se placer auprès de Moïse : « le Seigneur… Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de vérité ».

Devant ce dévoilement de l’identité de Dieu, Moïse se prosterne et invite Dieu à rester auprès de son peuple, à marcher au milieu de ce peuple car, reconnaît-il, c’est un peuple à la nuque raide qui a besoin d’être relevé par le pardon pour devenir héritiers d’une Promesse de Vie.

Dans ce dialogue, chacun a pu dire qui il est, en vérité et dire ce qu’il espère. Devant tant de bonté, de miséricorde de la part de Dieu, l’homme ne peut que demander d’être accompagné et renouvelé par le pardon. Une juste relation commence. Se connaître pour faire alliance, demeurer en communion, sachant que c’est dans le regard de l’autre que nous découvrons ce que veut dire aimer, être aimé. Le regard de Dieu transforme, met au jour ce que nous sommes !

Qui donc est ce Père  qui nous donne son Fils, qui accepte que son Verbe prenne chair pour nous ouvrir le chemin qui conduit à cette béatitude en Dieu ? En Jésus, nous découvrons combien nous sommes aimés, portés et conduits à la Vie et donc porteurs de vie !

  • Ce temps de confinement nous a appris en quelque sorte à nous connaître personnellement et dans notre relation avec les autres et celle avec Dieu. Il a fait naître chez certains, la peur de la mort, la sienne et celle des autres, la peur de la contamination, de la maladie, la peur de l’autre et ces sentiments ont pu dominer nos pensées, le rythme de nos vies, les sujets de conversation, et peut être aussi nous replier sur nous-mêmes, nous fermer à la vie, au risque. Une souffrance car nous ne sommes pas faits pour cela mais pour être ensemble, marcher ensemble, donner sens ensemble, nous aimer les uns les autres !
  • Ce temps de confinement a permis dans bien des endroits à ce que les gens se découvrent  et se reconnaissent ; ils étaient proches par l’habitation et pourtant ne se connaissaient pas. Ils ont appris à se dévoiler, à se montrer, à se dire et à agir ensemble. Il y a eu de belles expériences de communion ; un grand pas a été fait pour vivre une alliance nouvelle dans des quartiers, des immeubles, des rues, des lieux de travail, pour s’engager autrement dans la vie, en comptant sur l’autre et en se tournant vers l’autre. Une joie car le regard porté sur les autres a ouvert les cœurs, les mains, les portes. Une autre respiration pleine de vie !
  • Pour certains, ces conditions incertaines et source de peine ont été l’occasion de donner une autre place à la prière, la foi, la vie remise entre les mains de Dieu avec confiance.

D’une manière ou d’une autre nous avons expérimenté cette proximité de Dieu au milieu de nous malgré les apparences, nous avons reconnu notre vulnérabilité, notre fragilité, notre humanitude ! nous nous sommes reconnus comme personnes à la nuque raide,  braqués, raidis parfois dans notre analyse de la situation, notre jugement, et compréhension de la réalité et que nous avons refusé de comprendre ce qui nous était dit, proposé comme chemin pour  consolider notre communion.

Et là nous sommes en plein dans le Mystère de l’Amour. Nous faisons, très petitement, l’expérience de ce qui se passe en Dieu où le Père ne cesse de regarder son Fils et l’humanité, où le Fils ne cesse de regarder son Père où il retrouve ses frères et sœurs. Merveilleux mouvement de l’Esprit qui ouvre largement notre regard vers l’autre et qui nous rend si heureux. L’humanité a été traversé par ce souffle de renouveau et nous nous sommes assouplis dans nos raideurs, dans nos liens.

Fêter la Trinité c’est fêter cela. Notre engagement les uns envers les autres pour la vie, pour les plus fragilisés, démunis, oubliés. L’identité de Dieu que nous recevons,  nous oblige à nous tourner vers les autres et surtout vers ceux qui ne sont pas regardés, le faire avec compassion, bonté, douceur, porteurs de Paix.

Une base nouvelle pour vivre une alliance durable. ‘Laudato Si’ en est un contrat, qu’il nous faut relire, aborder pour découvrir l’unité et la beauté du monde, de la création ; qu’en fait tout se tient dans un mouvement d’amour, de vie.

Prenons du temps pour faire une lecture de ce temps vécu bien malgré nous ? qu’en retenons-nous pour avancer sur le chemin de la vie ? qu’avons-nous envie de continuer à pratiquer, à mettre en œuvre pour une nouvelle humanité, pour prendre soin des autres, de la création ? quel temps se donner pour reconnaître dans la foi, que Dieu marche au milieu de nous, comme Celui qui est plein de douceur, de vérité  et qui nous invite à changer notre regard sur le monde, sur les autres, sur notre fonctionnement, ?

Dieu est quelqu’un de profondément bon et juste, qui nous aime tant qu’il ne recule devant rien pour que nous entrions dans sa vie d’amour : il nous a donné son Fils. Que faisons-nous de ce cadeau ? comment nous mettre dans son écoute pour demeurer dans son Alliance et marcher vers la Vie ?

Bonne fête et encore bienvenue dans ces rassemblements d’Église.

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