Saint François-Régis CLET. La joie de la Mission

La Joie de la Mission n’ayant pas de frontières, le missionnaire, sans nier l’importance de la paroisse et du diocèse dont il sait que ces structures existent tout autour de la terre, a pour terrain apostolique le monde, à la suite de l’envoi direct fait par Jésus lui-même : « Allez donc, de toutes les nations, faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et voici que je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28, 19-20).

P. Jean-Yves DUCOURNEAU CM

Saint François-Régis CLET. La joie de la Mission

Avant toute chose, mettons-nous en présence de Dieu en priant avec les mots de saint Vincent de Paul : « Ô mon Dieu, nous nous donnons à vous pour l’accomplissement du dessein que vous avez sur nous ; nous nous reconnaissons indignes de cette grâce mais nous vous la demandons par l’amour de votre Fils ; nous vous la demandons par la Sainte Vierge. Donnez-nous la, mon Dieu, pour votre gloire. Et bénissez-nous, au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit » (IX, 127)

     Quoi de plus opportun que de répondre à l’initiative du Père Général de la Congrégation de la Mission de créer un festival vocationnel missionnaire sur l’année, que de reprendre à notre compte le thème de ce mois de septembre pour rendre hommage à l’un de nos frères martyrs, le père François-Régis Clet, qui, suivant l’exemple de beaucoup, a vécu cette phrase de saint Vincent : « Notre vocation est d’aller, non pas dans une paroisse, non dans un diocèse mais dans le monde entier » (XII, 215).

     La Joie de la Mission n’ayant pas de frontières, le missionnaire, sans nier l’importance de la paroisse et du diocèse dont il sait que ces structures existent tout autour de la terre, a pour terrain apostolique le monde, à la suite de l’envoi direct fait par Jésus lui-même : « Allez donc, de toutes les nations, faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et voici que je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28, 19-20).

     François-Régis Clet a été un de ces missionnaires zélés qui ne vivaient que pour la Croix du Christ à apporter au monde puisqu’elle en est le chemin de salut. Ici même, dans cette Maison-Mère où reposent ses restes de martyr, mettons-nous sous sa sainte protection car son âme est bien au Ciel, avec tous ses compagnons martyrs de Chine, dans l’immense cortège de tous les martyrs de l’Eglise, ceux d’hier comme ceux d’aujourd’hui, puisque, comme le rappelait en son temps saint Jean-Paul II, ce temps du martyre est toujours là. Avec la sainte Patronne des Missions, sainte Thérèse de Lisieux, avec notre saint Patron, saint Vincent, avec celui qui a mis ses pas dans les pas de François-Régis Clet, saint Jean-Gabriel Perboyre que nous avons célébré ce mois-ci, que saint François-Régis Clet nous apprenne, par son éloquent témoignage, à garder, avec la Joie de la Mission, la vertu d’espérance qui l’a conduit à ne jamais renoncer au Christ. Maintenant, invitons-le à raconter lui-même son histoire d’homme qui est devenue, par la grâce de Dieu, une histoire sainte.

     Je suis né en 1748, à Grenoble, une ville qui compte alors 30 000 habitants. Mon père, Césaire, est employé dans un atelier de négociant en toiles et il s’est marié avec la fille du patron, Claudine.  Nous sommes 15 frères et sœurs, dont François qui devient Chartreux et Anne-Constance qui entre au Carmel. Je suis le dixième. Mes parents m’ont donné le prénom de François-Régis en l’honneur de saint François-Régis, un missionnaire jésuite.

     Durant mon enfance et mon adolescence, j’ai entendu plusieurs missionnaires raconter leur vie que je considérai comme extraordinaire et magnifique. A ce titre, les missionnaires de la Congrégation de la Mission, que l’on appelle toujours les lazaristes, ne m’étaient pas inconnus. Ainsi donc, j’entre au noviciat de la Congrégation à 21 ans, à Lyon. Le 27 mars 1773, à 25 ans, je reçois l’ordination presbytérale des mains de l’évêque auxiliaire de Lyon. Je vais célébrer une de mes premières messes au sanctuaire marial de Notre-Dame de Valfleury, tenu par les lazaristes depuis 1687 et situé proche de Saint-Etienne.

     Ma première mission m’est alors confiée. Moi que l’on surnomme gentiment « la bibliothèque vivante », je me vois nommé professeur de théologie morale au Grand Séminaire d’Annecy, qui fut le premier séminaire fondé par les lazaristes hors de Paris en 1642. Peu de temps après, j’en deviens le supérieur. C’est dans ces années que je perds mon père, en 1783 et ma mère quatre ans après.

     Après 15 années de service dans le diocèse de saint François de Sales qui fut un grand ami de notre fondateur Monsieur Vincent, le Supérieur Général de la Congrégation, monsieur Cayla de la Garde, me choisit pour assurer la charge de supérieur du séminaire interne de la Congrégation, qui correspond au noviciat chez les religieux,. Je me retrouve donc à Paris en fin d’année 1788.

     Chacun sait ce qui s’est passé en France en 1789. Après plusieurs années de mauvaises récoltes et d’augmentation du prix de la farine, après une précarisation des bourgeois et du Tiers-Etat, la révolte gronde et s’étend à tout le pays, et les réformes espérées ne viennent pas. L’Eglise, perçue comme privilégiée au service de la noblesse, malgré le fait que bon nombre de prêtres n’ont pas eux-mêmes de quoi vivre, ne sort pas indemne de cette période. Même si les livres d’histoire ne le mentionne jamais, je me souviens que le 13 juillet 1789, les portes de la maison de Saint-Lazare, où nous étions, ont été enfoncées et que tout a été dévasté par des pillards attisés par des esprits belliqueux. Certains de mes confrères ont dû fuir, parfois avec leurs habits déchirés. La bibliothèque a été saccagée et même le potager et les moutons qui servaient de nourriture aux plus pauvres ont subi le préjudice. La chapelle a pu être préservée grâce à un valeureux confrère qui n’a pas hésité à s’interposer face à la foule haineuse qui voulait jeter les restes de notre fondateur dans la Seine. Dès le lendemain, chacun se mit au travail pour remettre en ordre ce qui pouvait l’être et je repris moi-même les cours donnés aux séminaristes.

     Heureusement, l’Esprit du Seigneur est plus fort que la haine. Il envoie du réconfort à la Congrégation par les nouvelles de confrères déployés comme missionnaires en lointaine Chine. Le Supérieur général nous partage alors ces lettres. Je rappelle ici que la Congrégation de la Mission est présente en Chine à partir de 1784, sur la volonté de la Sacrée Congrégation de la Propagande, en remplacement des jésuites, dont la Compagnie a été supprimée en 1773 par le pape Clément XIV. Dès cette année-là 3 confrères y sont présents, puis 2 autres en 1788 puis un autre départ en 1791 et deux autres confrères, Louis Lamiot et Augustin Pesné, ordonnés prêtres à leur arrivée à Macao, que j’ai l’honneur de bien connaître puisque je vais partir avec eux, bien qu’initialement, ce n’était pas envisagé. Macao, quant à elle, est une possession portugaise au sud-est de la Chine.

     Comme la Providence se joue des choses humaines, je fus choisi pour les accompagner. Le troisième confrère prévu pour ce départ est retenu en province et ne peut donc être présent au départ du bateau prévu le 2 avril 1791 depuis le port de Lorient. En fait, j’ai bien insisté pour remplacer ce confrère absent. Comme le temps presse et que je n’ai pas l’occasion de dire physiquement au-revoir ou même adieu à ma famille, j’écris ceci à ma sœur aînée Marie-Thérèse : « Enfin mes vœux sont exaucés. La Providence me destine à aller travailler au salut des infidèles. Vous sentez que je sens trop le mérite de cette faveur divine pour ne pas y correspondre par un parfait acquiescement. En un mot, je pars incessamment pour la Chine avec deux de mes confrères, qui sont aussi contents que moi de notre heureuse destination ». Ma famille s’inquiète et essaie de me faire changer d’avis. Je leur livre ces mots « Je m’étais préparé aux assauts que votre tendresse et votre sensibilité me livreraient. Je ne me repens pas d’avoir agi ainsi, mais je crois suivre en cela les vues de la Providence sur moi ». Je me souviens alors des paroles de saint Vincent : « Au reste, c’est une espèce de martyre que d’exposer sa vie, traverser les mers pour le seul amour de Dieu, le salut du prochain » (XI, 423). Je sais bien, en moi-même, que ce voyage sera effectivement le grand voyage de ma vie de missionnaire de l’Evangile et qu’il n’y aura pas de retour.

     Le long voyage en bateau dura jusqu’au 15 octobre. Ensuite, durant trois mois, mes confrères et moi, nous apprenons le chinois. A l’issue, M. Lamiot est appelé à renforcer l’équipe missionnaire de Pékin, M. Pesné doit rejoindre la province du Hou-Kouang à l’est du pays et moi je suis nommé dans la province du Kiang-Si, à l’est du Hou-Kouang. Bien entendu, nous devons être discrets car un édit de l’empereur réitère l’interdiction faite aux étrangers de pénétrer sur le territoire chinois sans autorisation et d’y prêcher sa religion.

     Peut-être qu’il serait utile, à ce moment de mon récit d’ouvrir une parenthèse conséquente sur cette interdiction car, ce ne fut pas toujours le cas.

     La Chine a certainement connu une primitive période d’Evangélisation mais elle ne semblait pas avoir enraciné la Croix du Christ sur ce territoire. Bien plus tard, les premiers missionnaires en Chine furent les Jésuites qui accomplirent ainsi la volonté de saint François-Xavier d’y implanter la croix du Christ, comme ils venaient de le faire au Japon. Ils arrivèrent en 1581 et leur succès fut rapide et considérable. L’artisan de cela fut le père Matteo Ricci qui, à trente ans, arriva en Chine en 1582. En 20 ans de ministère, il gagna le respect de l’empereur et acquit une certaine influence à la cour impériale. Maitrisant la langue, il écrivit des traités sur des sujets aussi variés que l’amitié et la science. Il adopta le costume et les coutumes locales et entretint de bonnes relations avec les intellectuels. Les chinois se passionnèrent pour l’astronomie, les sciences physiques et la technique occidentale que le Jésuite leur présentait. Parlant de Dieu, il recourait au langage local qui évoquait l’Être suprême ou le ciel, estimant également que le confucianisme était davantage une philosophie qu’une religion et qu’à ce titre, il était compatible avec la foi chrétienne. Il espérait christianiser petit à petit les rites confucéens et désirait créer un clergé chinois malgré le refus du Général des Jésuites. Il obtint même du pape Paul V en 1605, l’autorisation de célébrer la messe en chinois.

     Lorsque le père Ricci mourut en 1610, il laissait une œuvre de 2500 convertis, dont plusieurs mandarins et hauts personnages proches de l’empereur. Ses successeurs continuèrent sur sa lancée, jusqu’à l’invasion de l’empire par les Mandchous qui fit s’effondrer la dynastie Ming. Une fois le calme revenu dans le pays, malgré quelques persécutions chrétiennes,  les Jésuites revinrent à la cour, adoptant une approche de savant, à un point tel que l’un d’entre eux devint président du bureau des mathématiques de l’empire, poste illustre s’il en est. A cette époque, il y avait 117 missionnaires catholiques en Chine dont 59 Jésuites. Sans devenir chrétien, l’empereur Kang-Hsi accorda la liberté de culte aux chrétiens en 1692.

     Comment en est-on arrivé à l’interdiction d’entrer en Chine ? Hélas, peut-être que la jalousie d’autres congrégations missionnaires à l’encontre de la réussite jésuite a attisée le feu. Franciscains, dominicains, Missions étrangères de Paris, soulevèrent, après la mort de Matteo Ricci, ce qu’on a appelé « la querelle des rites ». Les Jésuites furent accusés de syncrétisme et de compromis avec le confucianisme. Rome s’en mêla. Au départ le pape Paul V, en 1615, donna raison aux Jésuites : on pouvait célébrer en chinois, traduire les Livres saints, et même, en 1656, Rome précisa que les honneurs rendus à Confucius et aux ancêtres décédés restant dans l’ordre des rites civils, il est possible d’y assister.

     Là-dessus, les Jansénistes s’en mêlèrent à leur tour en dénonçant ce qu’ils considéraient comme un laxisme conduisant au syncrétisme. A ce titre, ils mirent en avant certaines dérives malheureusement constatées et en firent une généralité. On se souvient des écrits de Blaise Pascal dans Les Provinciales en 1656: « (les jésuites) se trouvant en des pays où un Dieu crucifié passe pour folie, ils suppriment le scandale de la croix et ne prêche que Jésus-Christ glorieux, et non pas Jésus-Christ souffrant. Ils permettent aux chrétiens l’idolâtrie même, par cette subtile invention, de leur faire cacher sous leurs habits une image de Jésus-Christ, à laquelle ils leur enseignent de rapporter mentalement les adorations publiques qu’ils rendent à l’idole ». Les Jésuites demandèrent alors l’arbitrage de l’empereur pour confirmer le caractère civil de certains rites, ce qu’il fit, mais Rome réfuta cet avis, s’estimant plus compétent en matière de théologie. Ainsi en 1704, Rome interdit la liturgie en chinois et l’accommodement supposé avec le confucianisme. L’empereur ne tarda pas à réagir. Il écrit en 1706: « Voilà donc la manière dont les occidentaux bornés parlent de la haute doctrine chinoise, bien qu’aucun d’eux n’ait été instruit en Chine. Les Européens ne peuvent assez pénétrer le sens de nos livres ; il est donc à craindre que le pape ne fasse quelque règlement qui, fondé sur de fausses informations, attirera infailliblement la ruine du christianisme dans mon empire. Dorénavant, aucun Occidental n’aura la permission de propager sa religion en Chine ».  

     En 1717, ne subsistèrent en Chine que 47 prêtres. En 1724, le nouvel empereur, Yong-Tcheng durcit encore le ton, malgré la supplique des jésuites : « Les prêtres attirent à leur loi le peuple ignorant… L’Empire n’en retire pas le moindre avantage. Il faut laisser à la cour les prêtres utiles pour le calendrier et d’autres services, mais les autres, qu’on les conduise à Macao. Que les temples qu’ils ont bâtis soient tous changés en maisons publiques ; qu’on interdise rigoureusement cette religion ».

     Des persécutions furent alors menées sur tout l’empire durant 125 ans, l’Eglise devint clandestine. On estime qu’à la fin du XVIIIème siècle, soit à la période où je fus envoyé en Chine, que restaient à peu près 80 prêtres chinois et 31 missionnaires européens.

     Voilà dans quel contexte le Seigneur m’envoie en Chine. Comme il faut de la discrétion, j’opte, comme mes confrères, pour la tenue locale. Habillé en tenue chinoise, je porte, derrière la tête, une natte postiche de cheveux. La nuit, je me couche sur une planche sur laquelle est étendue une légère couche de paille, couverte d’un tapis avec une couverture plus ou moins chaude dans laquelle on s’enveloppe. Par contre, j’ai beaucoup de mal à apprendre et à maîtriser cette langue chinoise. J’écris à mon frère chartreux que « cette langue est indécrottable, les caractères qui la composent ne sont pas destinés à exprimer des sons mais les pensées. Je suis arrivé trop âgé en Chine pour en avoir une connaissance passable ». Si bien, d’ailleurs que sur la route qui me conduit à la mission, mon guide chinois doit me présenter comme une personne en deuil qui ne parle pas.

     Arrivés enfin à la Mission, une maison vaste mais délabrée, même si je reste seul pour le gigantesque travail pastoral qui m’attend, je me réjouis dans la lettre que j’écris à ma sœur Marie-Thérèse : « une nouvelle carrière s’ouvre pour moi. Il s’agit de renouveler l’esprit de religion dans d’anciens chrétiens qui sont abandonnés à eux-mêmes depuis plusieurs années et de convertir les infidèles. Voilà j’espère, mon occupation jusqu’à ma mort ». Je fais donc ce que je peux, mettant toute ma confiance en la divine Providence, qu’il ne s’agit pas, comme le rappelle Monsieur Vincent, d’enjamber mais de laisser faire. Conscient de ma faiblesse, j’écris à mon frère que « toutefois, il vaut mieux que la terre soit labourée par un âne que si elle demeurait sans culture ». Je reste aussi conscient de l’esprit versatile des nouveaux convertis : « j’aurais pu en baptiser un plus grand nombre qui me pressaient de leur accorder cette grâce, mais ils ne m’ont pas paru assez instruits et nous avons remarqué que les catéchumènes facilement baptisés apostasiaient aussi facilement ».

     Au bout d’un an de cette riche mission, mon supérieur, le père Raux, m’appelle pour renforcer la communauté missionnaire dans la province de Hou-Kouang, où se trouve mon compagnon de voyage en bateau, M. Pesné et un autre confrère, M. Aubin. Très vite, je suis confronté à la dégradation de la situation. Le Père Aubin, en voyage pour rencontrer l’évêque de Chensi est arrêté, mis en prison où il meurt empoisonné. Quant à Augustin Pesné, à 29 ans, il décède de maladie.

     Je me retrouve, une fois de plus, seul pour la mission, dans cette province immense, aux terres fertiles au point qu’elle est qualifié de grenier de l’empire. Cependant, si la terre est riche, le cœur des hommes n’est pas facile à cultiver. J’écris ainsi en 1802 : « j’ai autour de moi à une petite distance plus de 2000 chrétiens. Ici, les conversions des païens sont rares, témoins du scandale de quelques mauvais chrétiens, ils refusent de s’instruire d’une religion si mal pratiquée ». Au bout de 3 ans, j’accueille le père Joseph Ly qui est vite envoyé dans la province du Kiang-Si. En 1799, c’est le père Jean Tchang qui me rejoint mais lui aussi est envoyé en 1807 au Kiang-Si. Puis, le père Juventin Tchang qui décède 3 ans après. En 1804, le père Paul Song vient me rejoindre jusqu’à mon martyre. En 1808 enfin, viennent les pères Ignace Ho et François Cheng, ce dernier sera mon compagnon de prison. Un an plus tard, nous accueillons pour un temps très bref, le père Antoine Tcheng qui est rapidement envoyé au Kiang-Si. En 1809, le frère Paul Wang nous rejoint ainsi qu’en 1817, le père Ngaï. On m’a aussi promis la présence d’un confrère français, le père Dumazel, qui, ayant connus quelques ennuis de voyage, arrive chez nous au bout de 10 ans d’attente. Hélas, ce confrère va succomber rapidement à une fièvre typhoïde à 49 ans en 1818. Quant à moi, j’ai contracté une pleurésie qui m’a fait craindre le pire, au point de penser  à demander les derniers sacrements, qui m’a laissé « une enflure de jambes et l’impossibilité de dépasser une quinzaine de kilomètres à pied par jour ».

     Constituer une communauté au profit de la mission n’est pas chose aisée, nous devons sans cesse implorer la Divine Providence de soutenir son œuvre de miséricorde.  De plus, le contexte n’est pas favorable. L’insécurité est permanente à cause des brigands et de certains groupes rebelles au pouvoir qui sèment la terreur, notamment lors de l’avènement du nouvel empereur Kia-King, en tuant tous ceux qui ne veulent pas les rejoindre. Il y a aussi cette permanente méfiance vis-à-vis du christianisme perçu comme une doctrine qui s’oppose à la culture et à la philosophie chinoise.

     Je sais aussi que depuis quelque temps déjà, la situation politique, sociale et même religieuse, n’est pas facile en France, et même en Europe. Je réponds ainsi à mon frère Chartreux parti en exil à Rome, qui me donne ces tristes nouvelles : « A la vue de l’état désastreux où se trouve l’Europe, je ne puis que bénir la Providence de m’avoir soustrait à tant de maux… Il vaut mieux être en Chine qu’en France : nos infidèles sont loin d’avoir l’atrocité de vos impies ». Et, comparant nos deux situations, je lui écris encore : « Tous les pays sont bons, pourvu qu’on puisse servir Dieu. Notre Patrie est le Ciel, où l’on peut arriver de tous les pays du monde ».

     Sur place, en Chine, la vie que je mène est spartiate et pauvre. La résidence de la mission, que j’appelle « le château de paille » possède un sol en terre battue et un toit de chaume, comme l’église. La vie de prière est notre seule richesse, mais elle ne permet pas d’aider les autres communautés, tout aussi pauvres. J’écris au Supérieur de Pékin qui me demande des nouvelles : « la famine nous a fort appauvris, et je n’ai point d’argent à vous envoyer. Cette année, à cause de la sècheresse, point de riz, il faut presque tout acheter, tout est cher, voyez si vous êtes assez riches pour aider notre pauvreté ». Sur place, moi qui suis le supérieur de cette communauté, je rappelle que les principes de Dieu sont notre référence : « Revêtons-nous de tendresse et de miséricorde, de bonté, d’humilité et de patience, car nous devons, nous qui sommes plus forts, soutenir la faiblesse des infirmes et ne pas nous complaire en nous-mêmes ». Je souligne encore à tous que « nos brebis ne forment qu’un seul troupeau, comme il n’y a qu’un seul Pasteur, Notre Seigneur Jésus-Christ » et donc « il faut exhorter nos chrétiens à apprendre le catéchisme des sacrements, mais ne pas les obliger ou forcer à l’apprendre. On doit seulement exiger qu’ils sachent ce qui est strictement requis pour la réception des sacrements ». Je sais que des confrères refusent parfois cette exigence. Ils se plaignent du fait que leur travail est trop lourd, pourtant « il me semble n’avoir jamais eu l’intention de ruiner la santé de mes confrères par un travail au-dessus de leurs forces » et je leur rappelle ce que saint Vincent en son temps disait déjà : il faut « ménager votre santé, en Chine surtout où les prêtres sont rares ; il vaut mieux vivre que mourir pour la gloire de Dieu ». L’important est d’être « l’exemple des fidèles par nos paroles, nos démarches, notre charité, notre foi, notre pureté ».

     Pourtant, mourir pour la gloire de Dieu est ce qui attend les missionnaires qui sont en situation irrégulière en Chine. Le père Richenet, procureur des Missions à Macao, de 1801 à 1815, rappelle, dans une lettre adressée eu gouvernement français en 1817 que « les missionnaires ne sont admis que pour le service de l’Empereur, par conséquent seulement à Pékin en qualité d’artistes, de peintre, horlogers, astronomes pour faire le calendrier lunaire ». Moi, je ne suis rien de tout cela, je suis seulement missionnaire du Christ, envoyé ici pour vivre de la Croix du Christ et mourir pour elle car je sais qu’elle est le chemin de mon salut. Je suis, avec mes confrères, envoyés auprès des quelques 200 000 chrétiens de l’Empire. Ils sont mon seul souci, malgré le fait que je dois faire œuvre de prudence dans mes déplacements.

     Je rappelle que des persécutions envers les chrétiens sont toujours là. Dès 1799, elles viennent aussi bien du pouvoir central que des rebelles. En 1805, les Mandarins, qui sont les notables du pays, poussent l’Empereur à exiler, voire à torturer les chrétiens jusqu’à leur abjuration. En 1811, le pouvoir arrête un missionnaire chinois porteur de papiers concernant le pouvoir spirituel que lui confère l’évêque, avec la précision de certains lieux de mission. Les mandarins accusent alors les chrétiens de vouloir substituer les gouverneurs de ces villes. S’en suit une persécution et un ordre donné aux étrangers de quitter le pays. On raconte aussi à l’Empereur que le jour de fête de l’Assomption, les chrétiens vont se révolter contre lui. Sa réaction est cinglante : un édit impérial ordonne alors aux chrétiens de renoncer à leur religion sous peine de persécution. La situation se dégrade et je sais que je suis clandestin. Notre misérable « château de paille » est détruit, ainsi que l’école et l’église.

     En 1818, un phénomène climatique plonge Pékin sous une pluie violente et des ténèbres jusque là jamais vues. A l’image de Néron qui trouve son bouc émissaire dans les chrétiens lors de l’incendie de Rome, les oracles impériaux accusent les chrétiens d’être à l’origine de ces « menaces du ciel ». Il convient alors de renforcer la persécution contre eux. Bon nombre de prêtres et missionnaires chinois sont alors arrêtés, emprisonnés et exilés. Notre confrère, le père Chen est de ceux-là. J’écris au supérieur, M. Lamiot, que je connais bien : « notre croix est la capture de M. Chen. Il a été vendu par un nouveau Judas, 20 000 deniers. Il a été envoyé à Ou-Tchang-Fou avec 18 chrétiens pris à peu près dans le même temps ». En ce qui me concerne, alors que je suis déjà âgé de 71 ans, avec mon confrère M. Ho, je me cache dans des antres et des cavernes de la province que je me résous à quitter après 4 mois de cavale pour me réfugier au Honan chez une famille chrétienne durant 6 mois. Ignace Ho avait rejoint la mission à 27 ans et par la suite, arrêté, il sera exilé en Tartarie où il mourra sous les coups de rebelles musulmans en 1825.

     L’esprit de Judas est malheureusement toujours présent dans le combat contre l’Evangile. Un apostat auquel j’avais reproché sa mauvaise conduite m’a retrouvé et pour quelques 1000 taëls, soit 7000 francs or, me fait arrêter. Je lui dis : « Mon ami, dans quel dessein es-tu venu ici ? Ah que j’ai pitié de toi ! ». Il me répond alors : « Pourquoi me plaindre et me pardonner, je n’en ai pas besoin ». C’est alors qu’il dit aux soldats venus avec lui : « C’est lui ! Prenez-le ! ». Nous sommes le 16 juin 1819. On me couvre de chaînes, aux poignets, au cou et aux chevilles. On arrête avec moi les habitants de la maison et on pille aussi les maisons des chrétiens voisins, dans ce village de Kin-Kia-Kang à environ 4 km de la ville de Nan-Yang-Fou, où notre triste cortège a été conduit sous les cris et huées des badauds.

     Ma passion pour Jésus-Christ commence alors. Le mandarin exige de moi que je lui donne les noms des missionnaires et des chrétiens que je connais. Pour ce faire, m’ayant agenouillé sur des chaînes de fer, il commence par m’administrer 30 coups de semelle de cuir sur le visage de toutes ses forces, si bien que le sang gicle déjà. Pour toute réponse, je trouve la force de lui dire : « Mon frère, maintenant tu me juges, mais dans peu de temps, mon Seigneur te jugera lui-même », ce qui me vaut encore 30 coups sur le visage et de rester des heures plié sur les chaînes de fer, avec les mains attachées derrière le dos.

     On m’envoie alors à 200 km de là, à la prison de Khaï-Fong-Fou, et là encore, je suis torturé car je ne réponds rien aux demandes du mandarin. Je reste enfermé dans cette prison durant 1 mois et je trouve, au milieu de mes tortures, le moyen d’écrire au père Richenet et de lui faire passer le courrier : « Dès que la nuit arrive, il faut se coucher et mettre une de ses jambes dans une entrave jusqu’au lendemain. Cette entrave est formée de 2 planches que le geôlier réunit ensemble et ferme par un cadenas. De plus, une chaîne de fer nous lie tous sur notre chevet et nous empêche de lever la tête, on peut seulement, avec bien des efforts, se tourner sur le côté ou sur le dos ».

     Comme je fus missionnaire dans la province du Hou-Kouang, le mandarin décide alors de me transférer à Ou-Tchan-Fou, la ville principale de cette province. Durant 20 jours, je vais donc voyager dans une cage de bois, avec les fers aux pieds, les mains menottées, et une chaîne au cou, avec d’autres malheureux prisonniers. « Mon séjour dans les prisons du Honan et ma longue route avaient fort altéré ma santé. J’étais alors dans un pauvre état, une grande maigreur, une longue barbe qui fourmillait de poux ». Ce que je sais malgré tout cela, c’est que le Christ est avec moi.

     Dans ma nouvelle prison, j’ai la douleur d’y rencontrer le père Chen, même si la joie de nous retrouver efface cette tristesse de se voir ici. Il y a avec nous quelques chrétiens. Rien ne nous barre la route pour que nous priions ensemble. La confession est donnée et même, nous avons la joie immense de recevoir la communion d’un missionnaire qui arrive à se faufiler pour venir jusqu’à nous. J’exulte de joie : « Admirez ici la Divine Providence, qui contre la première intention du mandarin, a réuni deux prêtres dans une même prison avec dix bons chrétiens que j’ai confessés plusieurs fois, et qui ont reçu avec nous la communion des mains d’un de nos confrères. C’est peut-être inouï dans les prisons de Chine ».

     Cet état de relative grâce ne dure guère. J’apprends l’arrestation du père Lamiot. Bien qu’il l’attribue au même traître qui nous a vendus, le père Chen et moi, cette arrestation est sans doute due aux lettres que j’ai laissées à la mission et qui lui étaient destinées. Je lui écris de me pardonner pour cette imprudence et que je prendrai tout sur moi car l’important est de sauver la mission de Pékin. Lorsque je le revois enfin, nous sommes tous trois, le père Chen, Louis Lamiot et moi-même agenouillés sur des chaînes pour l’interrogatoire. Je sais, que plus tard, le père Lamiot écrira quelques mots sur mon attitude, je les cite ici : « Je répondis au mandarin que je connaissais M. Clet, quoique sa figure fut si décomposée que je ne reconnaissais aucun de ses traits. J’ai été frappé de la sagesse de ses réponses. Lorsqu’on me fit mettre à genoux à son côté, il se mit à pleurer. Comme on voulait frapper M. Chen, il s’écria : ‘Pourquoi le frapper ? je suis seul coupable’. Le mandarin lui réplique : ‘Vieille machine ! Tu as corrompu trop de nos gens. L’Empereur veut ta vie !’ Il répondit : ‘Bien volontiers’. J’admirai sa sensibilité extrême pour M. Chen et pour moi, son intrépidité pour le martyre, et sa présence d’esprit ; ce qui me fit une impression qui ne s’effacera jamais de mon âme ».

     Le 1er janvier 1820, je comparais au tribunal, avec tous les chrétiens. Le père Lamiot est déclaré innocent mais doit quitter la Chine pour Macao. Le père Chen est exilé en Tartarie où il mourra. Quant à moi, j’attends l’avis de l’empereur qui tarde, sans me faire d’illusion sur mon sort. « Je me prépare à mourir et j’attends, grâce à Dieu cet arrêt avec patience et tranquillité ». Qu’à cela ne tienne, cela me laisse le temps de célébrer la Conversion de Saint Paul et donc la fondation de la Congrégation. Je peux même communier en prison.

     Enfin, le 17 février, l’avis impérial arrive : « Liéou François, c’est mon nom en chinois, entré secrètement en Chine, a trompé beaucoup de monde en prêchant sa doctrine. Il sera étranglé sans délai, comme c’est la coutume ». Avant de suivre les soldats vers le supplice, je demande l’absolution au père Chen, et devant les larmes de mes frères prisonniers, je prononce ces mots « soyez toujours de fervents serviteurs de Dieu et n’abandonnez jamais la foi », et je les bénis une dernière fois, sachant au fond de moi, à la suite de saint Paul, « qu’il n’y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire que Dieu va bientôt révéler en nous » (Rom 8). Dans la nuit qui suit, je suis conduit sur le lieu de mon calvaire. Le 18 au matin, on s’arrête face à un poteau de 2 mètres planté dans le sol. Une traverse est figée sur le sommet. J’ai l’autorisation de prier Notre Seigneur une dernière fois puis, mon cœur étant prêt à lui rendre grâce par le don de ma vie, « c’est pour lui que je souffre, jusqu’à être enchaîné comme un malfaiteur. Mais on n’enchaîne pas la Parole de Dieu » (Tim 2). Je dis aux soldats : « liez-moi ». Ceux-ci m’attachent les mains et le dos derrière la traverse, et les pieds, liés l’un à l’autre, au montant du poteau. On me passe alors une corde autour du cou, nouée à un bâton que l’on tourne. La corde, trop usée, se rompt et cela oblige à la changer. On recommence la manœuvre et l’on tourne la corde à trois reprises jusqu’à ce que je rende à Dieu mon dernier soupir, après 72 ans de vie terrestre et 28 ans passés en Chine. Mon corps est enseveli une première fois dans le cimetière des condamnés à mort, puis récupéré par les chrétiens qui le mettent au cimetière de la Montagne rouge où reposent d’autres valeureux missionnaires. Aujourd’hui, mes restes reposent dans la Chapelle de la Maison-Mère, ici, à Paris, à proximité de celui qui, 20 ans plus tard, a suivi mes pas dans le martyre, dans les mêmes conditions et au même endroit, saint Jean-Gabriel Perboyre. L’Eglise ma élevé sur l’autel de la béatification en 1900 et sur celui de la canonisation en 2000 avec mes 120 frères chrétiens martyrisés en Chine, en la fête de sainte Thérèse de Lisieux, la patronne des missions, ce que Dieu ne fit pas sans dessein ce jour-là. 

     Dans la Joie de la Mission, prions : Tu as envoyé, Seigneur, ton serviteur François-Régis Clet évangéliser les nations et après sa longue vie de travail apostolique, tu l’as couronné par le martyre. Daigne, par la force de ton Esprit, nous affermir dans la foi pour l’annonce de l’Evangile. Par Jésus le Christ notre Seigneur.

Donné à la Maison-Mère de la Congrégation de la Mission, en la fête de saint Vincent de Paul.

 

Références :

-D’après Les 72 lettres de François-Régis CLET, de « soldat du Christ, le BX FR Clet » de G de Mongesty. Parsi 1906 et de « François-Régis Clet » par André Sylvestre. Moissac. 1998.

-Jacques A.Blocher et Jacques Blandenier : « L’Evangélisation du monde » vol.1, Ed. de l’institut biblique de Nogent.

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Saint Vincent de Paul lorsque l’obéissance ouvre la voie de la Providence

Nous développons souvent le portrait de Monsieur Vincent comme d’un homme vertueux, entièrement consacré au service des pauvres. Lorsque nous avons désiré renouveler notre regard sur lui, il y a trente ans, avec le Père Morin, nous avons redécouvert un homme au regard qui s’est élargi

Bernard Massarini

Saint Vincent de Paul lorsque l’obéissance ouvre la voie de la Providence

Nous développons souvent le portrait de Monsieur Vincent comme d’un homme vertueux, entièrement consacré au service des pauvres. Lorsque nous avons désiré renouveler notre regard sur lui, il y a trente ans, avec le Père Morin, nous avons redécouvert un homme au regard qui s’est élargi. Je vous propose aujourd’hui de le regarder moins comme le centre, mais comme l’homme de relations. L’homme fidèle aux siens et obéissant à ses proches ce qui va le conduire à découvrir sa mission et se mettre au service des plus fragiles.

Un homme attentif aux siens et obéissant à ses proches. Tout d’abord, c’est lui qui le dit lorsqu’il parle aux sœurs, c’est un homme avec son tempérament qui jeune, aura même honte de son père venant le visiter chez les cordeliers où il commence ses études. Cependant, dès qu’il termine ses premières études, il projette de se faire prêtre pour offrir aux siens des moyens et  lui rechercher une honnête retirade, comme lui a laissé entrevoir le vice-légat à Avignon : « il me l’a promis aussi, le moyen de faire une retirade honorable, me faisant avoir, à ces fins, quelque honnête bénéfice en France » (I, 2.)

Bon gascon il sait que pour avoir de la promotion il faut avoir de l’argent et se faire remarquer. Avoir de l’argent cela s’obtient par la recherche de bénéfices et avoir des relations en montant sur Paris. Monsieur Vincent tracte plusieurs rentes de monastères et sur Paris s’obtient les grâces de la reine Margot et se fait proche de Monseigneur de Berulle. Il place ses cartes pour obtenir ce qui lui semble bon pour lui et pour les siens.

Homme de relation il rencontre à la Catho un docteur en théologie Mr Duval, grand théologien qui deviendra son directeur spirituel. Dans ses relations auprès de la reine Margot, il rencontre un théologal, qu’elle avait retenu à son service. L’homme entre en période de doutes profond sur la foi. Il va choisir de prendre sur lui les doutes de l’homme sur lui pour l’en libérer. Il nous racontera qu’il sera traversé par les doutes de la foi et ne s’en sortira qu’en mettant sa main sur son cœur pour toucher le credo qu’il avait enfermé dans la poche de sa soutane et faisant le vœu de service des pauvres.

Dès 1611, son ami Bérulle lui demande pour l’aider à se mettre au service de la paroisse de Clichy afin de récupérer François Gondren, un jeune prêtre dans l’institut qu’il fonde. Encore une fois de plus, Vincent écoute et il reçoit sa première paroisse. C’est dans cette paroisse qu’il découvre la vocation de curé et se dit heureux comme le pape : « je me disais à moi-même : «Mon Dieu, que tu es heureux d’avoir un si bon peuple !» Et j’ajoutais : «Je pense que le Pape n’est pas si heureux qu’un curé au milieu d’un peuple qui a si bon cœur.» Et un jour Monseigneur le cardinal de Retz me demandait : a Eh bien ! Monsieur, comment êtes-vous ?» Je lui dis : à Monseigneur, je suis si content que je ne le vous puis dire.» ­ a Pourquoi ?» ­ «C’est que j’ai un si bon peuple, si obéissant à tout ce que je lui dis, que je pense en moi-même que ni le Saint-Père, ni vous Monseigneur, n’êtes si heureux que moi.» (IX, 55)

C’est ensuite sur le conseil de son ami le Cardinal de Bérulle qu’il accepte le poste de précepteur chez les Gondi et va ainsi rencontrer la famille qui lui révèlera sa vocation. Il se met au service de sa nouvelle « patronne » Madame de Gondi et va sur sa demande, confesser un paysan employé sur les terres de la duchesse qui est mourant : « Un jour, on m’appela pour aller confesser un pauvre homme dangereusement malade, qui était réputation d’être le plus homme de bien, ou au moins un des plus hommes de bien de son village. » (XII, 180) Comme elle l’a suivi et notant le bienfait du sacrement, Madame la duchesse l’invite à prêcher sur la réconciliation, ce qu’il va  faire les jours suivant. La prédication sera suivie de multiples confessions ce qui va lui donner l’idée de créer une congrégation : la Congrégation de la Mission. Une congrégation pour réconcilier les gens des champs avec le Père Créateur. C’est cette même Mme de Gondi qui quelques années plus tard fournira les fonds pour qu’il puisse commencer à missionner sur ses terres afin que davantage de gens des champs puissent entrer en contact avec la grâce de Dieu.

Rendant encore service à son « mentor » le Cardinal de Bérulle qui souhaite intégrer un autre jeune prêtre : Johannes Lourdelot dans son institut, il est prié  d’aller le remplacer dans les Dombes lyonnaises à Chatillon.

Il doit accepter les conditions qui lui sont offertes. Il sera logé chez un noble protestant, avant de pouvoir disposer d’un presbytère décent. Cet homme est protestant, il va être touché par l’engagement missionnaire de monsieur Vincent va revenir à la foi catholique.

Il obéit de  nouveau à l’appel de deux dames de la paroisse qui viennent le voir avant une messe, « …un dimanche, comme je m’habillais pour dire la sainte messe, on me vint dire qu’en une maison écartée des autres, à un quart de lieue de là, tout le monde était malade, sans qu’il restât une seule personne pour assister les autres… » (IX, 243). Elles lui font  changer son homélie et il invite les fidèles à la charité. C’est ce geste et sa visite l’après-midi à la famille qui va lui donner l’idée de créer la première charité.

Nous le voyons c’est en obéissant à sa recherche pour le bien des siens et ensuite en obéissant aux personnes qui le sollicite qu’avance son projet, c’est en obéissant qu’il va est conduit à se met à la suite de l’Esprit-Saint pour déployer ses réalisations.

Cela ne s’arrête pas là, car la rencontre avec celle qui va devenir sa collaboratrice c’est à l’évêque du Bellay qu’il la doit. Il lui confie une dame de sa famille jeune veuve : Louise Marillac. Monsieur Vincent accepte cette femme de foi à la situation familiale douloureuse : elle est récemment veuve et qui a un fils instable. Il va la charger de visiter les charités naissantes et l’associer progressivement à son œuvre. C’est elle qui avec lui va organiser les premières consacrées servantes des pauvres : celles qui vont devenir les Filles de la Charité.

Comme ce portrait que je viens de vous dresser le montre, c’est par l’obéissance quotidienne aux médiations survenues dans sa vie, une fois son objectif choisi, que Monsieur Vincent va devenir le grand saint de la charité pour lequel le dossier de canonisation aura plus de 300 positions parlant de situations de charité qu’il a mises en place.

C’est par l’écoute attentive des personnes dont il s’est entouré pour parvenir à son honnête retirade qu’il va devenir le frère de tous les pauvres : sans-abris, filles à la rue, enfants abandonnés, déplacés de guerre, aînés, galériens, chrétiens esclaves des nations musulmanes.

Ne l’oublions pas quelques soit notre façon d’entrer dans le service du Christ, une fois notre objectif découvert, si nous nous mettons dans une disposition d’obéissance quotidienne aux évènements qui surviendront, nous serons sans aucun doute conduit là où Dieu nous attend : l’annonce de la Bonne Nouvelle aux pauvres dans les pas de Jésus.

Sur cette route restons toujours ancré en Jésus par l’oraison : ce cœur à cœur avec Dieu qui lui permet de s’établir fermement en nous. L’oraison étant conservé l’œuvre de Dieu pourra se continuer. Demandons à Monsieur Vincent, où que nous soyons sur la route de nos objectifs de réussite personnelle de nous maintenir dans cette écoute du Père et n’oublions pas les cinq petites pierres que Vincent a donné aux lazaristes pour vivre leur vocation. Ces cinq petites pierres de la fronde de David, celles qui lui ont permis de triompher de l’ennemi de la promesse : ces cinq vertus qui vont accompagner la vie du missionnaire et des vincentiens au service des plus fragiles de leurs frères : humilité, simplicité, douceur, zèle, mortification  

Rendons grâce à Dieu pour le chemin ouvert par Monsieur Vincent, continuons la louange en accueillant le don du Christ par son eucharistie

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Seigneur combien de fois dois-je pardonner à mon frère ? Homélie du 24° Dimanche du Temps Ordinaire

La réponse de Jésus indique que le chrétien doit pardonner sans compter, à l’infini. En fait, Jésus contredit un proverbe connu du livre de la genèse à propos d’un descendant de Caïn : « Caïn sera vengé 7 fois, mais Lamek soixante-dix-sept-fois » (Gn 4,24).

Roberto Gomez

Seigneur combien de fois dois-je pardonner à mon frère ? Homélie du 24° Dimanche du Temps Ordinaire

Chères sœurs, chers frères. La réponse de Jésus indique que le chrétien doit pardonner sans compter, à l’infini. En fait, Jésus contredit un proverbe connu du livre de la genèse à propos d’un descendant de Caïn : « Caïn sera vengé 7 fois, mais Lamek soixante-dix-sept-fois » (Gn 4,24). Jésus prend le contre-pied d’une forme de promotion de la vengeance qui ne laisse à la fin que tristesse et encore plus de violence : « Je ne te dis pas de pardonner jusqu’à sept fois, mais jusqu’à 70 fois sept fois ». Ne vous amusez pas à faire de calcul mathématiques. Les disciples de Jésus, ses amis, doivent pardonner sans compter.

Avouons-le, mes amis, nous avons très souvent du mal à pardonner, n’est-ce pas ?  Certains sont carrément rancuniers ou éprouvent presque une incapacité profonde à accorder le  pardon. Jésus le sait ! Il connaît la nature humaine, c’est pour cela qu’il livre cet enseignement à Pierre et en lui à tous ses disciples.

Pourquoi avons-nous tant de mal à pardonner ? On nous a transmis de fausses idées sur le pardon, c’est pourquoi nous avons du mal à pardonner. Voici trois fausses idées :

  1. Nous pensons souvent que pardonner c’est offrir un cadeau à quelqu’un qui ne le mérite pas. Cette personne qui m’a fait souffrir, qui m’a fait du mal, ne mérite pas de ma part le moindre geste de générosité ; voilà ce que nous pensons au fond de nous-mêmes. Or, pardonner ce n’est pas offrir un cadeau à l’autre mais se faire un cadeau à soi-même. Celui qui pardonne se libère, s’apaise, récupère la liberté intérieure perdue à cause du mal subi.
  2. On nous a souvent appris que pardonner c’est oublier. Aaah ! Si tu n’as pas oublié c’est que tu n’as pas pardonné ! Eh bien c’est faux ! Pardonner est autre chose que devenir amnésique. Si Jésus enseigne le pardon c’est tout en sachant qu’une mémoire blessée ne permet pas de vivre de manière épanouie. Il est toujours possible de guérir ses blessures et la meilleure manière d’en prendre soin c’est de l’identifier, de la nommer ; non pas de l’ignorer. Un proverbe enseigne que le plus long chemin commence toujours par le premier pas. En effet, le premier pas dans le processus du pardon est celui de renoncer à la vengeance. Oui, on m’a fait du mal, mais je ne me vengerai pas. Je ne rendrai pas le mal pour le mal.
  1. Pardonner ne consiste pas à ignorer le mal subi ou faire comme si aucun mal n’avait été commis. Oui, on peut pardonner tout en tirant des conséquences pour l’avenir. Si, par exemple, une personne a divulgué quelque chose d’important et en faisant cela elle m’a causé du tort, la prochaine fois je sais que ne pourrai pas lui accorder toute ma confiance. Je ne recommencerai pas, mais je continuerai à lui parler, à la traiter avec dignité et respect. Tenez par exemple, le Pape Jean-Paul II a pardonné à son agresseur. Il est même allé le voir en prison. Cependant il n’a pas empêché la justice de faire son œuvre. Je n’ai jamais entendu dire qu’il ait demandé sa libération.

Il y a tant d’autres fausses idées sur le pardon que l’on nous a transmises qui nous empêchent de pardonner à la manière de Jésus. Il est vrai que sa parole est exigeante. C’est pour cela qu’il a recours à une parabole pour faire comprendre la complexité et les raisons d’être du pardon.

Deux débiteurs sont mis en scène dans l’évangile. Le premier doit des millions pour faire court. Il sait pertinnement qu’il ne pourra jamais rembourser sa dette. La pratique de l’époque était sans pitié : il devait être dépossédé de tout, être vendu avec sa femme, ses enfants et tous ses avoir en remboursement de la dette. L’homme en question se sait perdu. Il demande alors du temps, de la patience, de la pitié dirions-nous. Le roi lui accorde bien plus que cela. Sa dette est effacée totalement, sans contrepartie… Quelle générosité de ce roi qui voilait précisément régler  ses comptes. Le deuxième débiteur, de son côté n’a qu’une dette infime envers  celui qui vient d’être gracié … On s’attend dans cette histoire à ce que le premier agisse avec la même générosité dont il a bénéficié. Il n’en est rien. Vous connaissez la fin. La parabole se termine par une affirmation redoutable : « C’est ainsi que mon Père du ciel vous traitera , si chacun de vous ne pardonne pas à son frère du fond du cœur ». Telle est la pointe de la parabole. Elle veut que nous nous reconnaissions que la grâce de Dieu est toujours assurée. Sa seule limite est celle que nous fixons.

Le pasteur Paul VERGARA, qui sauva une soixantaine d’enfants juifs pendant la seconde guerre mondiale, affirmait : « Il ne fait pas de doute que l’enseignement de Jésus sur ce point est formel : d’homme à homme le pardon est un devoir illimité pour le chrétien. (…) Dieu ne peut pas, en Jésus, nous demander le pardon illimité s’il devait être lui-même limité dans le sien, s’il devait y avoir dans nos fautes un maximum au-delà duquel la grâce de Dieu nous serait refusée. Nous comprenons que la seule limite au pardon de Dieu c’est nous qui la fixons, quand nous sommes limités nous-mêmes dans notre générosité envers ceux qui nous ont offensés[1]. » La seule limite au pardon de Dieu c’est nous qui la fixons en refusant le pardon à notre tour. D’autre part, Dieu ne peut pas nous demander autre chose que ce qu’il donne. En Jésus nous sommes pardonnés, sans limite ni condition. Nos dettes, nos péchés, notre complicité avec le mal ont été cloués sur la croix. La dette a été payée. C’est le Christ qui en a payé le prix. Alors, si le Seigneur nous a pardonné, faisons de même avec les autres.

On a posé à Julien GREEN une question : si Dieu existe, si le ciel existe qu’est-ce qu’il te dira en arrivant la haut ? Oh oui ! répondit-il, je sais ce qu’il me dira. Il me dira : « Je suis un Dieu pardonneur ».

Seigneur, donne-nous la grâce du pardon. Fais-nous le cadeau de la liberté intérieure, de la fraternité gagnée par le pardon et la réconciliation.  Donne-nous la grâce ne pas refuser aux autres précisément ce que nous recevons gratuitement et généreusement de ta part, le Dieu pardonneur, Amen.

Le 13 septembre 2020

Chapelle de la Médaille Miraculeuse

 

                                      

[1] Le 25 février 1945.

 

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Homélie du 23° Dimanche du temps Ordinaire. (6 septembre 2020) “Si ton frère a commis un péché contre toi… ?”

La pratique actuelle veut qu’on l’on passe par les réseaux sociaux : Internet, Facebook, Instagram, Tik-Tok, Twitter, WeChat… De plus, si l’information peut être déformée, l’exagérée pour la rendre plus tapageuse plus tapageuse allez-y…

Roberto Gomez

Homélie du 23° Dimanche du temps Ordinaire. (6 septembre 2020) “Si ton frère a commis un péché contre toi… ?”

Chers frères, chères sœurs, Si ton frère a commis un péché… que faire ?

La pratique actuelle veut qu’on l’on passe par les réseaux sociaux : Internet, Facebook, Instagram, Tik-Tok, Twitter, WeChat… De plus, si l’information peut être déformée, l’exagérée pour la rendre plus tapageuse plus tapageuse allez-y… Voilà la pratique assez généralisée dans la société actuelle. En fait, si ton frère a commis un péché que ce soit contre toi ou contre quiconque, dénonce-le, ébruite-le sans penser conséquences psychologiques ou familiales. Ne te pose surtout pas la question de savoir si cela détruit l’autre. Le fameux droit à l’information va jusque-là !

La réponse de Jésus est bien différente et vous l’avez entendue dans la page de l’évangile que nous venons de proclamer. Elle est humaine et humanisante. Elle est de plus, graduelle, progressive. Jésus évoque une procédure qui reprend une pratique ancienne du livre du Deutéronome 19,15 : d’abord, parler seul à seul avec la personne qui commet un péché contre toi. Si tu ne réussis pas, si la personne n’écoute pas appelle alors deux témoins et parle avec l’intéressé. S’il refuse encore d’écouter dis-le à la communauté, à l’Eglise. Et si la personne refuse d’écouter l’Eglise qu’elle soit considérée comme un « païen ou un publicain ». Cette dernière formule est bien étrange puisque nous savons bien que Jésus aime les païens et les publicains.

Quelle est l’intention, quelle est l’intentionnalité derrière cette procédure mise en avant dans la communauté de l’évangéliste Matthieu ? Certainement pas celle de détruire l’autre, ni le de dénigrer ou l’humilier.  Non plus celle de se poser en juge ou en supériorité par rapport à l’autre. Gagner son frère, ne pas le perdre, ne pas l’exclure… faire tout son possible pour que le membre de la communauté en question cesse d’être une cause de scandale ou de chute pour celle-ci, voilà intentionnalité proposée par Jésus. C’est l’intentionnalité qui définit le caractère éthique ou moral de nos actes.

Dans la vie consacrée, chez les religieuses et les religieux, un joli nom a été donné à cette pratique connue des premières communautés chrétiennes notamment celle de Matthieu et celle de saint Paul (2 Co 13,1) entre autres. Ce joli nom dont on parle est la correction fraternelle. Or, celle-ci est possible si d’abord il y a un esprit commun, une vie d’église réelle et surtout si l’on veut se mettre volontairement à l’école de Jésus. Malheureusement nos communautés chrétiennes dominicales ne sont pas vraiment des communautés, ni de d’églises domestiques. On  ne se connaît même pas ! Peut-être même que l’on ne veut pas se connaître ! On consomme l’eucharistie mais on a du mal à faire eucharistie et communauté ! Nos communautés religieuses ont aussi du mal à être de véritables communautés où la Parole et la présence du Christ président à nos vies. Voilà pourquoi cette correction fraternelle est devenue difficile. Peut-être aussi  par manque d’humilité et de simplicité de nos vies. L’individualisme ambiant exige que personne n’interfère ma vie, ni mes intérêts. Et il y a encore la dureté, voire la brutalité avec laquelle dans le passé on a voulu pratiquer la correction fraternelle.

Alors, frères et sœurs, faut-il renoncer à cette pratique proposée par l’évangile aux communautés chrétiennes ? Comment résoudre alors les difficultés, les petits ou grands problèmes qui surgissent ici et là dans nos communautés de vie ? Est-ce que la parole du Christ a quelque chose à nous dire encore aujourd’hui ?

Ne cédons surtout pas à la facilité de ne rien faire. Ne tombons pas dans la tentation des temps modernes en nous servant des réseaux sociaux pour détruire l’autre ou l’écraser. Ne tombons pas non plus dans la tentation de nous taire. Il me semble que l’évangile de Matthieu n’évoque pas des crimes graves que l’on cacherait par commodité comme cela s’est passé dans la société et aussi dans  l’église à propos de la pédophilie. Pour les choses graves il existe d’autres procédures. Ne sombrons pas non plus dans la tentation de devenir des juges ou des bourreaux bienveillants tels des inquisiteurs. Il s’agit uniquement de gagner nos frères et nos sœurs  pour le Christ au sein de nos communautés. A ce propos le pape François a été clair et éloquent le 12 septembre 2014 dans l’une de ses homélies quotidiennes à la Maison Sainte Marthe :

« Si tu dois corriger un petit défaut chez l’autre, pense tout d’abord que tu en as personnellement de tellement plus gros. La correction fraternelle est une action pour guérir le corps de l’Église. Il y a un trou, là, dans le tissu de l’Église, qu’il faut absolument recoudre. Et il faut le recoudre à la manière de nos mères et de nos grands-mères qui, lorsqu’elles reprisent un vêtement, le font avec beaucoup de délicatesse. Si tu n’es pas capable d’exercer la correction fraternelle avec amour, avec charité, dans la vérité et avec humilité, tu risques d’offenser, de détruire le cœur de cette personne, tu ne feras qu’ajouter un commérage qui blesse et tu deviendras un aveugle hypocrite, comme le dénonce Jésus. Hypocrite, enlève d’abord la poutre de ton œil… Hypocrite ! Reconnais que tu es plus pécheur que ton prochain, mais que toi comme frère tu dois le corriger. Nous ne pouvons corriger une personne sans amour et sans charité. On ne peut en effet réaliser une intervention chirurgicale sans anesthésie : c’est impossible, parce que sinon le patient meurt de douleur. Et la charité représente comme une anesthésie qui aide à recevoir le traitement et accepter la correction. Il faut donc prendre notre prochain à part, avec douceur, avec amour et lui parler. Il faut également parler en vérité, ne pas dire des choses qui ne sont pas vraies. Il arrive si souvent que dans notre entourage nous disions des choses à propos d’autres personnes qui ne sont pas vraies : cela s’appelle de la calomnie. Ou si elles sont vraies, on s’arroge le droit de détruire la réputation de ces personnes. Quand quelqu’un te dit la vérité, ce n’est pas facile de l’entendre, mais si cette vérité est dite avec charité et avec amour, c’est plus facile de l’accepter. Un signe qui peut-être peut nous aider, c’est le fait de ressentir « un certain plaisir » quand l’on voit quelque chose qui ne vas pas et que l’on estime qu’il nous faut exercer une correction : il faut être attentifs parce qu’alors cela ne vient pas du Seigneur. Quand cela vient du Seigneur, il y a toujours la croix, et l’amour qui nous porte, la douceur. Ne nous transformons pas en juge. Nous chrétiens nous avons cette fâcheuse tentation : nous extraire du jeu du péché et de la grâce comme si nous étions des anges… Et bien non ! C’est ce que Paul nous dit : « Il ne faut pas qu’après avoir prêché aux autres, nous soyons ensuite disqualifiés ». Et si un chrétien, dans sa communauté, ne fait pas les choses – également la correction fraternelle – dans la charité, en vérité et avec humilité, il est disqualifié ! Il est tout sauf un chrétien mature. Prions donc afin que le Seigneur nous aide à exercer ce service fraternel, si beau mais si douloureux, d’aider nos frères et nos sœurs à devenir meilleurs, et qu’il nous aide à le faire toujours avec charité, en vérité, et avec humilité ».

Ce dimanche nous sommes plus que trois réunis ici en son nom, et nous prions le Seigneur pour qu’il nous aide à devenir vraiment une communauté qui prie, aime, pardonne et transmet la paix du Seigneur.  Une église qui sait recoudre le tissu abimé de nos communautés chrétiennes.  Il est là au milieu de nous le Seigneur ressuscité.

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Homélie du 17° Dimanche du Temps Ordinaire 2020

Jésus est un excellent conteur d’histoires ! Nous l’avons constaté ces dernières semaines dans la liturgie dominicale. Les histoires de Jésus et ses paraboles ont transcendé les siècles. Dans l’église, on les médite encore aujourd’hui.

Roberto Gomez

Homélie du 17° Dimanche du Temps Ordinaire 2020

Chers sœurs et frères : Jésus est un excellent conteur d’histoires ! Nous l’avons constaté ces dernières semaines dans la liturgie dominicale.  Les histoires de Jésus et ses paraboles ont transcendé les siècles. Dans l’église, on les médite encore aujourd’hui. Comme les sages d’Israël, Jésus utilisait souvent les paraboles et les histoires parce qu’il savait bien que l’on raconte des histoires aux enfants pour qu’ils s’endorment, mais l’on raconte des histoires aux adultes pour qu’ils s’éveillent. Puissent les paraboles retenues par l’évangile de ce dimanche, nous éveiller et nous inspirer.

Deux paraboles nous sont racontées par Jésus dans l’évangile de ce jour : le Royaume des Cieux est comparable à un trésor caché dans un champ et le Royaume des Cieux est comparable à un chercheur de perles fines. Attention, on aurait tendance à dire que le Royaume des Cieux est comparable à un trésor et à une perle fine, mais non ! Jésus dit que le Royaume est comme un trésor puis qu’il est comme un homme qui cherche.

Arrêtons-nous sur deux points :

  • D’un côté la première parabole insiste sur le côté caché du trésor. Le trésor est enfoui, enterré. On ne le trouve que si l’on cherche en profondeur. Si l’on reste en superficie on le loupe. Puis, chose étonnante, celui qui trouve le trésor dans un champ n’agit pas comme nous agirions. Moi, j’aurais pris le trésor immédiatement et me serais enfui je ne sais pas où (en Colombie par exemple) pour en profiter et jouir du trésor. Or, le personnage mis en en scène par Jésus dans l’évangile agit différemment. Il cache de nouveau le trésor, vend tout ce qu’il possède et achète le champ. Pourquoi ? Comment ? C’est étrange, n’est pas ? Remarquons que le deuxième personnage de la parabole agit de manière semblable lorsqu’il trouve la perle rare. Il vend tout ce qu’il possède et l’achète.

Cette histoire si simple est plus riche que l’on ne l’imagine. Pourquoi acheter le champ et ne pas s’emparer du trésor caché tout simplement ? Peut-être parce que « le champ » de la parabole représente notre vie, notre existence. Le trésor caché est enfoui au fond de nous-mêmes, ou fond de nos vies. Le Royaume de Dieu est semé en nous comme la parabole du semeur le laissait entendre il y a deux dimanches. En fait, Jésus nous dit tout simplement, c’est en toi que j’ai caché le trésor que tu cherches. Va vers toi, va vers les profondeurs en toi et tu trouveras le trésor caché qui emplira ta vie de joie et donnera du sens à ton existence. C’est une parabole sur la profondeur en fin de comptes. Le champ de la parabole c’est notre vie. Il y a eu elle quelque chose d’inestimable. Tu auras gagné le Royaume des cieux si tu as cherché ce trésor en toi. Le trésor c’est la foi, les valeurs, les richesses qui ne périssent pas. La foi s’adresse toujours un notre liberté.

  • De l’autre côté la parabole insiste sur l’action de chercher. Le Royaume de Dieu est comparable à une personne qui cherche des perles fines et rares. Il semble paradoxal et contradictoire cet évangile ! Si d’un côté le trésor est trouvé par hasard, de l’autre côté la perle rare est trouvée par un effort, par quelqu’un qui se donne la peine de chercher. Dans le premier cas il n’y a pas d’effort à faire, dans le deuxième l’effort est souligné par le fait de chercher. On ne peut pas trouver Dieu que si l’on le cherche même de manière diffuse, voire confuse. On ne trouve Dieu que si l’on a le désir de le rencontrer.

La foi est ainsi : elle est un don mais en même temps la foi est le fruit d’une recherche, d’une espèce d’inquiétude, d’une sorte de quête parce que l’être humain ressent, devine, qu’il y a quelque chose de plus grand et de plus beau qui nous attend et nous est réservé. Cherche et tu trouves ! Cherche le plus grand et le plus beau dans ta vie ! Cela finira par arriver. Mais ne cherche pas en dehors de ta vie. Ne cherche pas le Royaume de Dieu en tournant le dos à la vie. C’est pour cela que le trésor caché dans le champ et la perle trouvée par celui qui cherche la plus belle, est une seule et même parabole.

La semaine dernière entre les Pyrénées ariégeoises et audoises, j’ai rencontré une jeune fille qui était heureuse parce qu’elle avait trouvé qu’elle avait un don (cela peut devenir son trésor). D’ailleurs, elle commençait à s’en servir autour d’elle et moi aussi j’en ai bénéficié. Elle a trouvé un don ! Pour d’autres ce sera leur vigne, leur famille, leur foi, la vie consacrée. Chacun doit trouver le sens de sa vie. Le mystère de Dieu et son Royaume y sont présents.

Frères et sœurs : Comment faire pour être comme les deux personnages de la parabole ? Comment faire pour investir dans le champ de nos vies les richesses cachées et enfouies que Dieu nous a données ? Comment faire pour ne pas se contenter d’une petite vie médiocre et résignée n’attendant plus de nouveau ni d’extraordinaire ? Le secret nous est peut-être donné par la première lecture : « Donne à ton serviteur Seigneur le discernement ». Littéralement, « donne à ton serviteur un cœur qui écoute ». Le jeune Salomon a plu à Dieu, parce qu’il n’a pas demandé ni la mort des ennemis, ni l’argent, ni le pouvoir… mais la capacité juger, de discerner et de choisir. La capacité d’écouter, de s’écouter et d’écouter Dieu en soi.  

Seigneur, donne-nous le désir de te chercher dans nos vies. Tu es le trésor caché que nous cherchons maladroitement, souvent sans le savoir. Donne nous encore de te chercher ensemble et en Eglise au fond de nous-mêmes et dans cette eucharistie,  parce que « Dieu lui-même est la profondeur de notre profondeur ».

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” Mais vous, heureux vos yeux puisqu’ils voient, et vos oreilles puisqu’elles entendent “. Homélie 12 juillet 2020. Chapelle Saint Vincent de Paul – Paris

Chers frères et sœurs, nous connaissons bien la parabole du semeur. Elle ouvre en Saint Matthieu tout un discours qui aura pour forme cette manière particulière de raconter pour transmettre un message. Jésus utilise ainsi des moments de la vie quotidienne connues par tous – ici le geste du semeur, si prégnant dans une société agricole – exemples qui parfois sont devenus si éloignés de la vie quotidienne de nos sociétés contemporaines citadines et automatisées.

Abbé Ludovic DANTO

” Mais vous, heureux vos yeux puisqu’ils voient, et vos oreilles puisqu’elles entendent “. Homélie 12 juillet 2020. Chapelle Saint Vincent de Paul – Paris

Chers frères et sœurs, nous connaissons bien la parabole du semeur. Elle ouvre en Saint Matthieu tout un discours qui aura pour forme cette manière particulière de raconter pour transmettre un message. Jésus utilise ainsi des moments de la vie quotidienne connues par tous – ici le geste du semeur, si prégnant dans une société agricole – exemples qui parfois sont devenus si éloignés de la vie quotidienne de nos sociétés contemporaines citadines et automatisées. La parabole du semeur cependant nous parlent encore, ne serait-ce que parce que chacun d’entre nous a pu cultiver parfois un petit jardin ou bien encore quelques plantes sur un balcon et assister ainsi à la croissance de l’une de ses plantations, à l’épanouissement de ce petit jardin dont nous sommes si fiers.

La parabole de ce jour donne lieu à l’énoncé d’une béatitude : « Mais vous, heureux vos yeux puisqu’ils voient, et vos oreilles puisqu’elles entendent ». Cette nouvelle béatitude fait ainsi échos aux propos conclusifs de l’énoncé de la parabole au début du discours de Jésus : « Celui qui a des oreilles, qu’il entende ! » … et si la béatitude a été prononcée à l’intention des disciples, tout le passage évangélique démontre que le Christ ne réserve pas cette parabole aux seuls disciples – nous qui sommes présents fidèlement en cette chapelle – mais à tous ceux qui veulent bien s’arrêter quelques instants pour écouter le Christ – nous qui sommes peut-être exceptionnellement entrés dans cette église ce matin ou tous ceux encore que cette parole rejoindra aujourd’hui d’une manière ou d’une autre. Apparaît ici l’une des premières missions de l’Église, l’une des premières missions du disciple missionnaire : annoncer la parole pour qu’elle soit entendue. Le devenir de cette parole ne nous appartient pas. Nous ne savons pas par avance en quelle terre, celle-ci sera semée – et à la lecture de cet Évangile il apparaît que les échecs seront nombreux entre les sols pierreux et ceux plein de ronces – mais ce n’est pas pour autant qu’il ne faut pas annoncer à temps et à contretemps le message divin. Ici il faut nous arrêter quelques instants : si nous écoutons l’Évangile, si nous entendons une parabole, ce n’est pas un message en tant que tel que nous entendons, une sagesse seulement qui nous est transmise, mais c’est un homme que nous accueillons, c’est le Verbe fait chair qui se donne à voir et à entendre. Nous commettons parfois une erreur au cours de nos célébrations liturgiques. Lorsqu’à la suite de la proclamation de l’Évangile, le prêtre chante : « Acclamons la parole de Dieu » et montre l’Évangéliaire, ce n’est pas d’abord le livre et l’Écriture que nous acclamons mais bien d’abord une personne qui est vivante et qui se donne à voir et à entendre car lorsque deux ou trois sont réunis en son nom, elle est au milieu d’eux. Le Christ est la Parole, le texte évangélique n’est que le moyen de cette parole… Toute écoute nous porte à découvrir le Christ et la béatitude « heureux ceux qui entendent » porte sur l’entente du Verbe fait chair. La même béatitude ne dit-elle pas : « heureux ceux qui voient ». Par l’écoute nous n’avons pas seulement entendu une sagesse, accueilli un message mais bien entendu et vu le Fils et accueillit sa vie en nous.

Ainsi entendre l’Écriture, c’est bien évidemment entendre le Verbe fait chair, et l’Écriture est un lieu incontournable de cette rencontre. Les images bucoliques des paraboles sont une clef de lecture et de compréhension et d’accueil pour chacun d’entre nous. Le texte biblique nous y plonge tout entier et résolument. Nos premiers aïeux rencontraient le Seigneur au Jardin primordial. Nous nous sommes appelés tout autant à le rencontrer dans un jardin. Comme le rappelait Benoît XVI dans une très belle homélie inspiré des Pères de l’Église, nous sommes appelés à le rencontrer au Jardin des Écritures. Le pape nous invitait alors à descendre dans ce jardin et à nous y promener. Ce jardin, chers frères et sœurs, n’est pas une nature sauvage mais un lieu de repos et d’harmonie car ce jardin nous donne le Christ lui-même. Or, ce jardin des Écritures, c’est le jardin du huitième jour, le jardin des Béatitudes nous entraîne bien au-delà du premier jardin perdu. Comme l’épouse du Cantique des cantiques, alors que nous cherchons notre bien-aimé, et alors que nous franchissons livre après livre les portes et enclos de ce jardin, nous y rencontrons finalement le Jardinier du 8ème jour, le Jardinier du jour de Pâques qui nous ouvrent le sens de ce qui nous ait dit et annoncé par les Prophètes, le sens de ce qui nous ait dit par les paraboles. Au cœur des Écritures, au cœur du matin de Pâques, le divin jardinier nous redit : « Marie » ; et à notre tour nous répondons : « Rabbouni ». Nous comprenons mieux ainsi la profondeur de la béatitude de ce jour : « Mais vous, heureux vos yeux puisqu’ils voient, et vos oreilles puisqu’elles entendent », en effet heureux sommes-nous car en comprenant la parabole, nous avons entendu et vu le Christ nous appeler personnellement, tous et chacun, nous sommes au cœur du jardin.

Dans cette joie qui nous habite à l’écoute du Sauveur, nous découvrons que ces paraboles que nous accueillons, ce jardin des Ecritures que nous traversons font de nous une créature nouvelle, font de nous ce jardin nouveau. Nous avons entendu le psalmiste nous dire : « Tu visites la terre et tu l’abreuves, tu la combles de richesses ; les ruisseaux de Dieu regorgent d’eau, tu prépares les moissons » et d’ajouter : « Les herbages se parent de troupeaux et les plaines se couvrent de blé. Tout exulte et chante ! » Ces herbages, Frères et sœurs, ces plaines, ce tout qui chante, Chers amis, c’est nous-mêmes qui nous parons, c’est nous-mêmes qui chantons pour une vie nouvelle car une vie qui accueille le Seigneur ; car notre vie lorsqu’elle accueille le Seigneur, se fait parabole pour ceux qui nous écoutent, se fait jardin pour ceux qui nous rencontrent. Ce que nous apprécions lorsque nous rencontrons un homme ou une femme de Dieu, c’est le repos qu’il nous procure, c’est le Christ qu’il nous donne, c’est l’amour de Dieu dont il nous partage les mystères.

Oui, mes amis, réjouissons-nous car « heureux [nos] yeux puisqu’ils voient, et [nos] oreilles puisqu’elles entendent ». Comme le disait Isaïe : « La pluie et la neige qui descendent des cieux n’y retournent pas sans avoir abreuvé la terre, sans l’avoir fécondée et l’avoir fait germer » et d’arides – et nous devons le reconnaître – que nous sommes parfois, la rencontre du Seigneur Vivant par l’écoute de sa parole peut faire de nous des jardins à l’ombre desquels nos proches aimeront à venir se reposer. Mais au fait frères et sœurs, nos proches aiment-ils à venir se reposer auprès de nous ? C’est peut-être en ce dimanche la question que nous avons à nous poser et la prière que nous avons à faire : que notre vie de foi soit une parabole rafraîchissante parce que partagée pour ceux que nous fréquentons et non pas pour nos proches un discours desséchant parce que simplement asséné. Ce petit jardin que nous cultivons sur nos balcons est peut-être une parabole de nos vies. Amen.

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