Homélie du troisième dimanche de l’Avent 2020. Chapelle Notre-Dame de la Médaille Miraculeuse – Paris

On entend dire partout : « on a sauvé Noël », « on a réussi à sauver Noël ». Les commerces sont accessibles, on peut acheter des cadeaux, les commerçants peuvent respirer un coup… Nous partageons tous cette joie. Cependant, comme nous ne sommes pas totalement naïfs nous savons que cette joie-là est petite, provisoire, temporelle et circonscrite !

Roberto Gomez

Homélie du troisième dimanche de l’Avent 2020. Chapelle Notre-Dame de la Médaille Miraculeuse – Paris

Chères sœurs, chers frères :On entend dire partout : « on a sauvé Noël », « on a réussi à sauver Noël ». Les commerces sont accessibles, on peut acheter des cadeaux, les commerçants peuvent respirer un coup… Nous partageons tous cette joie. Cependant, comme nous ne sommes pas totalement naïfs nous savons que cette joie-là est petite, provisoire, temporelle et circonscrite ! Qui pourrait véritablement prétendre sauver Noël ? C’est le mystère de Noël qui nous sauve !!! Pour nous baptisés, il s’agit plutôt de se laisser sauver par la joie et par le mystère de l’Incarnation du Christ. Le Christ est le véritable et l’unique sauveur !

« Dimanche de gaudete », dimanche de la joie ! L’église tout entière est invitée à se réjouir par la proximité de la venue du Messie sauveur. Vous l’avez constaté, la liturgie de ce jour est une invitation pressante à la joie. Le prophète Isaïe de retour avec les exilés trésaille d’allégresse dans le Seigneur et exulte de joie. La Vierge Marie est toute à la joie en reconnaissant la miséricorde inépuisable de Dieu. Saint Paul lance une invitation : « soyez toujours dans la joie, rendez grâce en toute circonstance ». La prière d’ouverture de cette eucharistie prenait Dieu à témoin : « Tu le vois Seigneur, ton peuple se prépare à célébrer la naissance de  ton Fils ; dirige notre joie vers la joie d’un si grand mystère… ».

Dans la Bible comme dans la vie humaine, la joie n’est pas assurée par les biens matériels. Il y a des riches tristes et des pauvres heureux ou des heureux pauvres. La joie est toujours dépouillée d’artifices. Elle ne prend pas sa source à l’extérieur du cœur de l’homme ; la joie est toujours intérieure, profonde, souvent secrète : « on peut organiser des fêtes, mais pas la joie », aimait dire le Pape Benoît XVI. Il serait ridicule de vouloir décréter la joie ou d’imposer la joie par décret.  La joie est quelque chose de spontané et d’intime. Elle vient de l’intériorité même si elle se nourri des événements extérieurs. La joie n’est pas non plus le contraire de la souffrance. On peut souffrir et être heureux ; les amoureux le savent : amour et souffrance vont de pair. Qui choisit d’aimer doit se préparer à souffrir… les parents le savent surtout ceux qui ont des enfants handicapés comprennent.

Alors frères et sœurs : qu’est-ce que la joie à laquelle nous convie ce temps de l’Avent à travers la Parole de Dieu et sa liturgie ? En fin de compte, quel est le secret de la joie chrétienne ? Dans l’évangile de Jean, Jean-Baptiste répondait à ses enquêteurs : « Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas ». Il pointait déjà le mystère de l’amour de Dieu rendu présent dans la personne du Christ-Jésus venu dans notre histoire. Jean-Baptiste avait bondi de joie dans le ventre de sa mère Elisabeth lors de la Visitation. Il avait déjà ressenti la présence du sauveur, laquelle l’a fait tressaillir de joie. Jean-Baptiste rend témoignage de la Lumière de celui qui est venu se faire connaître des hommes en leur proposant son amitié. Rencontrer Dieu en son Fils Jésus-Christ, accepter son intimité et son amitié rend simplement heureux. La fête de Noël est la fête d’une rencontre, d’un rendez-vous que nous ne pouvons pas louper. Dieu se fait tout petit pour ne pas nous effrayer, il prend taille humaine pour que nous ne nous sentions jamais écrasés par lui. Cette présence divine dans nos vies, cette amitié avec le créateur nous rend heureux, la personne qui rencontre Dieu se trouve ainsi transformée, changée, ensemencée de grandeur, de beauté et d’éternité.

L’homme qui se laissé rencontrer par Dieu est heureux ; il est saisi par la beauté des choses simples et par un sens de la vie qui se passe souvent d’explications. Permettez-moi de partager avec quelque chose qui m’a ému cette semaine : une maman a donné à son petit une pièce pour qu’il la donne à son tour à un SDF. Le petit déposa délicatement la monnaie qu’il avait reçu sur la petite assiette de l’homme assis par terre à la sortie d’une boutique chic. Le regard du petit a croisé celui du bonhomme tout en un lui offrant le plus beau sourire qu’il a complété par un signe d’amitié avec ses deux pouces… Le visage du SDF a été illuminé par le sourire et le regard du petit, lequel était déjà parti heureux, sautillant, tout fier d’avoir rendu quelqu’un heureux ne serait-ce que pour un instant. Il y a des sourires qui consolent sans offenser ! La joie est quelque chose de simple et de spontané comme ce petit gamin.

Le temps de l’Avent réveille en nous le désir de l’amitié de Dieu. Cette amitié peut transformer nos vies même si elles traversent des épreuves et rencontrent la douleur. L’Avent n’est pas un temps triste. On l’a souvent confondu à tort avec le carême qui est un temps de pénitence. Non, l’Avent n’est pas un temps de pénitence, il est un temps pour l’attente, la conversion et donc pour le repos dans la joie. Mieux encore, ce temps qui précède Noël est un temps du désir. Désir de l’amitié de Dieu, désir de profiter de sa présence. Ce désir de Dieu se creuse en profondeur et nous met dans un état de joie sereine et tranquille en nous procurant le repos. Dans la liturgie des heures (le bréviaire) il y a un hymne qui dit ceci :

« Voici le temps du long désir où l’homme apprend son indigence. Chemin creusé pour accueillir celui qui vient sauver les hommes ».

Mes amis, réveillons ce désir de Dieu, désirons son amitié et son intimité. Il vient nous sauver non pas de l’extérieur mais à partir de notre profondeur. Ce désir de Dieu doit aller en se creusant, en s’approfondissant. Plus les années passent, plus le désir de Dieu doit s’intensifier. On pourrait dire alors que le grand âge est un Avant prolongé, les longues années sont une prolongation de l’Avant. Les chrétiens ne sont pas une communauté de personnes tristes ou alors on n’a rien compris à l’Évangile. Le pape François invite à ce que l’Église soit une Maison de joie, en elle les personnes tristes trouvent une véritable source de joie et d’espérance.

« La souffrance n’est pas le contraire de la joie, mais son combustible.

La joie est plus grande que la souffrance et la souffrance est dans la joie comme dans un candélabre, un brasier :

elle y brûle, tout en y demeurant étrangement intacte.

Séparer l’une de l’autre est illusoire : elles s’épousent dans le même buisson ardent »

Cassingena-Trévedy, Etincelles II, p. 16

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Homélie. 2è Dimanche de l’Avent – année B Marc 1, 1-8. Chapelle St Vincent de Paul – Paris

Telle est la vocation du prophète Jean : peu importe la soif, la faim et la mort. Quitte à mourir et à mourir seul, Jean se prépare à accueillir Dieu qui vient et qui peut faire surgir, du désert, la vie. La fin de la solitude, l’accomplissement de la promesse et la joie de « l’ami de l’époux » sont imminentes…

Jerome Delsinne CM

Homélie. 2è Dimanche de l’Avent – année B Marc 1, 1-8. Chapelle St Vincent de Paul – Paris

Seul à seul avec Dieu.

Le prophète Jean avait été appelé à la solitude du désert. La personnalité de Jean-Baptiste est étroitement associée à ce lieu de vie rude, ascétique, ce lieu également privilégié pour la rencontre de Dieu selon l’histoire d’Israël : « Souviens-toi des marches que Yahvé ton Dieu t’a fait faire pendant quarante ans dans le désert afin de te mettre dans la pauvreté, de t’éprouver, de connaître le fond de ton cœur » (Dt 8, 2).

Lorsque le peuple s’installe et se détourne de Dieu, le prophète Osée lui annonce que Yahvé va « le conduire au désert et parler à son cœur » pour le séduire à nouveau (Os 2, 16).

Au moment de l’exil à Babylone, un autre prophète, Isaïe, présente le retour, comme une nouvelle route à travers le désert (Is 40, 2 ; Is 43, 19) ; il suscite l’espoir que le désert refleurira (Is 41, 18-19). Isaïe avait aussi prophétisé que le précurseur du Messie viendra du désert.

« Tu seras appelé prophète du Très Haut » a proclamé son père Zacharie. Jean-Baptiste va dans le désert, seul, pour y trouver le silence et par là mieux entendre la voix de Dieu. Jean se retire dans le pays de la soif et de la faim, dans cet espace où il faut marcher pour trouver de l’eau et de la nourriture, le nécessaire pour vivre, pour tenir debout et continuer à marcher.

Dieu le place en situation de pauvreté. Tout prophète passe par cette épreuve comme pour mieux faire ressurgir et revenir à la mémoire défaillante des hommes la rencontre et le don de l’Alliance. Seul à seul pour connaître le fond du cœur et éprouver à nouveau la fidélité… Une solitude relative cependant : Jean est accompagné du faible bruit des abeilles sauvages, des sauterelles qui se déplacent, de l’eau d’une petite cascade ou du Jourdain, de quelques pierres déplacées par les bouquetins et du sable qui se déplace au gré du vent. Lieu où les hommes ne font que passer très vite car les brigands s’y réfugient et y tiennent leurs embuscades. Lieu aride et brûlant dans lequel, pour Jean, la quête de Dieu et de sa Parole est aussi forte, si ce n’est plus, que la quête de fraîcheur, d’eau et de nourriture.

Telle est la vocation du prophète Jean : peu importe la soif, la faim et la mort. Quitte à mourir et à mourir seul, Jean se prépare à accueillir Dieu qui vient et qui peut faire surgir, du désert, la vie. La fin de la solitude, l’accomplissement de la promesse et la joie de « l’ami de l’époux » sont imminentes…

Pour préparer les chemins de Dieu.

Jean-Baptiste élève la voix, crie au désert. Or Il n’y a personne dans le désert. La vie abondante est impossible dans le désert. Personne n’est assez fou pour y rester… Et pourtant, comme les autres prophètes, Jean-Baptiste ose parler, ose crier dans le pays de la solitude et de la soif. Ce n’est donc pas le contenu, le discours qui compte d’abord ici. Sur son corps, dans son corps, tout Jean-Baptiste est happé, aspiré par le désert. Sa tenue et son style de vie en témoignent. C’est un corps qui n’existe que pour la Parole. La Parole s’est trouvée un corps là où elle dit la soif, le désir, l’attente. Jean-Baptiste est serviteur de la Parole. Il n’existe que pour proclamer la Parole… Sa voix de prophète fait écho à l’attente, à l’espérance du peuple d’Israël. Un prophète ne passe pas inaperçu. Il ne reste pas seul longtemps. C’est un véritable homme de Dieu : le peuple vient l’écouter. « Tout le pays de Judée et tous les habitants de Jérusalem se rendaient auprès de lui… » Jean verra se constituer autour de lui petit à petit un groupe de disciples…

À quelque distance de là, les moines esséniens de Qumran prônent la séparation « du milieu de l’habitation des hommes pervers pour aller au désert ».

Au contraire, Jean-Baptiste, tout en étant aussi décapant, car c’est l’affaire d’un peuple entier avec son Dieu, renvoie ses auditeurs, qu’ils soient le roi, des collecteurs d’impôts ou des soldats, au partage, à la justice, au respect des autres dans la vie sociale.

Le désert, au plan spirituel, c’est notre monde qui a tourné le dos à Dieu, c’est l’humanité qui s’est éloignée des eaux vives de son amour. Ce monde qui s’est coupé de la source et transformé en non-lieu, en un espace sans repères dans lequel le temps ne semble plus avoir de direction, dans lequel plus rien n’a de sens. Ce désert passe aussi dans notre cœur, asséché par tant de préoccupations stériles, cabossé par tant de blessures, fermé parfois à toute vie nouvelle.

Mais Dieu a promis de venir. Il est déjà venu, et le Christ se dresse comme une balise au milieu du désert. Tout peut être mesuré par rapport à lui, les collines comme les vallées, et aussi le temps qui trouve en lui son accomplissement et son commencement. Le Seigneur désire nous consoler de toutes nos tristesses, il vient encore vers nous : traverserons-nous le désert pour aller à sa rencontre ? Entraînerons-nous ceux que nous aimons, ceux que nous côtoyons ? Tracerons-nous droit la route du Salut ? Tels sont les commencements de l’Évangile…

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La Place que ce Roi donne à l’humain

Nous voici à la fin d’un parcours où l’Evangile de Matthieu nous a aidé, pendant une année, à saisir davantage Celui que nous suivons, au cœur du quotidien. Les événements de cette année ont participé peut-être plus qu’à l’ordinaire, à ce saisissement du Christ, à sa connaissance toute intérieure qui ont teinté notre action missionnaire.

P. Christian Mauvais, cm

La Place que ce Roi donne à l’humain

Nous voici à la fin d’un parcours où l’Évangile de Matthieu nous a aidé, pendant une année, à saisir davantage Celui que nous suivons, au cœur du quotidien. Les événements de cette année ont participé peut-être plus qu’à l’ordinaire, à ce saisissement du Christ, à sa connaissance toute intérieure qui ont teinté notre action missionnaire.

Pour clôturer cette année en fêtant le Christ comme Roi, la liturgie nous offre l’image du berger qui prend soin de ses brebis ; image qui conduit à mettre l’humain vulnérable dans ses dimensions spirituelles et humaines, au centre de toute préoccupation et de toute attention.

La façon dont ce berger se comporte vis-à-vis de ses brebis dit tout de la façon dont Dieu, en Christ, se comporte vis à vis de nous, de chaque personne humaine, de l’ensemble de l’humanité : son souci de prendre soin à ce que la nourriture soit suffisante,  à ce que personne ne se perde, ne soit dispersé, ne soit blessé, sans forces. Une attention constante, un désir de justice, d’épanouissement personnel et collectif, un amour plein de bonté.

Tout responsable est ainsi appelé à vivre avec les mêmes sentiments, les mêmes attentions, le même amour envers ceux qui lui sont confiés. Le souffle qui passe dans chacune de ses attitudes, dans sa façon d’être présent à l’autre,  c’est celui de l’amour qui nous éloigne de cette culture du rejet, de l’indifférence.

Cette manière d’être du Christ, il désire la retrouver en nous, qu’elle soit la nôtre. Belle image de la gouvernance pour aujourd’hui qui est de savoir prendre la place qui convient pour que l’autre grandisse, se développe, rayonne. Être un parmi d’autres pour que chacun soit reconnu dans sa réalité et ne soit pas étouffé ou nié.

Vivre ainsi sa responsabilité, sa gouvernance est un chemin royal, emprunté par le Christ qui tourne notre regard vers un cortège d’êtres humains sans beauté, ni force, ni honneur – misérables, malades ou prisonniers. Foule de ceux qui sont oubliés. Ne sommes-nous pas sans cesse appelés à prendre au sérieux leurs besoins fondamentaux, à porter attention :

  • à ceux qui ont faim et soif, certes de nourriture et de boisson, mais plus encore d’écoute, de connaissances, de reconnaissance, d’engagement pour se développer ; Les Perrichaux.
  • à ceux qui sont en attente que leur nudité soit revêtue d’un regard qui respecte leur dignité, d’un respect de leurs droits comme celui d’un toit, d’un travail, d’un accueil qui leur redonne une place avec les autres ; Louise et Rosalie ou l’APA.
  • à ceux qui sont mis au rebut dans ces lieux d’enfermement où règne la méfiance, où l’humanité est en souffrance, trahie par l’indifférence et où une simple visite redonne sens et beauté à l’humanité ainsi isolée. les visiteurs de prison, d’hôpitaux

Un simple geste, une présence même ponctuelle apporte un plus d’humanité, ouvre une issue dans ces impasses, est une victoire de la vie sur la mort. Cela redonne un vrai visage à celui dont l’humanité est mise à mal ; cela recrée du lien humain, social. Cette reconnaissance de l’humanité de l’autre dans ses fragilités, dans ses manques est une victoire de la lumière sur les ténèbres. La venue du Christ dans sa gloire réside dans notre relation à ces frères démunis. Leur précarité met au monde le pouvoir royal du Christ. Cela se vit dans l’imprévu, l’inattendu ce qui n’est pas toujours confortable mais peut être source d’étonnement !

“Quand est-ce que nous t’avons vu…?”

Nous avons besoin d’un regard extérieur pour nous révéler à nous-mêmes, découvrir une part de notre vérité, le sens de notre agir en bien ou en mal. On sera toujours étonné de la portée de nos actes, qui relèvent ou abaissent ! Ce regard de l’autre nous guérit de nos propres aveuglements et nous confirme dans notre capacité de faire le bien. C’est aujourd’hui que nous avons à donner le meilleur de nous-mêmes, pour le service des plus petits.

Il s’agit bien d’un combat à mener ! Faire le minimum  comme donner un verre d’eau, pour que cette terre accueille et donne place à Celui qui désire en faire son Royaume et y demeurer pour l’éternité. Choisir d’être humble, proche ; ne pas avoir peur de la vulnérabilité présente chez chacun, chemin royal où, comme Christ, nous nous abaissons pour être élevés ensemble à un rang de fils et accéder à la royauté. Ce qui est royal et qui finira par donner forme à l’humanité entière, c’est le don de soi pour faire vivre les autres. Le comportement du Christ, Berger, Roi, doit inspirer le nôtre et le façonner.

La vérité de chacun se dit dans le dénuement. Cet homme qui a faim, qui est malade, en prison… c’est le Christ : ‘Voici l’Homme’. Par l’Incarnation, Dieu s’est mis dans l’homme, en état d’abaissement, c’est là que nous pouvons Le rencontrer et l’accueillir. « C’est à Moi que vous l’avez fait » et c’est là que nous pouvons être élevé !

Merveilleuse place que nous donne un tel Roi, tout donné pour la vie de son peuple. C’est aussi une belle préparation à Noël où nous fêtons ce Roi, dans la fragile chair d’un enfant, abaissement de Dieu pour notre relèvement royal. Amen !

 

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Dimanche 22 novembre 2020 « Christ Roi de l’Univers ». Homélie à la Chapelle Notre-Dame de la Médaille Miraculeuse. Paris

Comme chaque année, au dernier dimanche du temps ordinaire, l’Eglise nous invite à célébrer le Christ Roi de l’Univers. Instituée par le Pape Pie XI, en 1925, la fête du Christ Roi, avec à cette époque une connotation plutôt socio-politique, a pris vocable, dans la mouvance du Concile Vatican II, de Fête du Christ Roi de l’Univers, soulignant ainsi la dimension eschatologique, celle de la fin des temps, de ce monde nouveau déjà présent et encore à venir.

Yves BOUCHET

Dimanche 22 novembre 2020 « Christ Roi de l’Univers ». Homélie à la Chapelle Notre-Dame de la Médaille Miraculeuse. Paris

Comme chaque année, au dernier dimanche du temps ordinaire, l’Eglise nous invite à célébrer le Christ Roi de l’Univers. Instituée par le Pape Pie XI, en 1925, la fête du Christ Roi, avec à cette époque une connotation plutôt socio-politique, a pris vocable, dans la mouvance du Concile Vatican II, de Fête du Christ Roi de l’Univers, soulignant ainsi la dimension eschatologique, celle de la fin des temps, de ce monde nouveau déjà présent et encore à venir.

La royauté du Christ, en effet, n’est pas de ce monde, Jésus lui-même l’affirmait à Pilate. « Ma royauté ne vient pas de ce monde ».  Elle se démarque des modèles humains d’hier et d’aujourd’hui. Et Jésus n’a jamais revendiqué le titre de roi terrestre : Il est venu pour servir, non pour être servi. « Je suis parmi vous comme celui qui sert. » dit-il à ses amis. Il est ce roi, comme on aime à le chanter : « Roi d’humilité, roi sans palais, roi sans armée. » Sa force n’est pas dans la puissance et l’accumulation de richesses.  Son autorité ne se déploie pas dans la domination, voire dans l’exploitation des hommes, mais tout au contraire, dans la patience, l’attention, la confiance, le respect, le pardon. Finalement, un roi qui nous surprend et nous désarme par la puissance de son Amour et par la force de son Pardon. Un amour total, sans mesure, qui fait dire à Jésus : « Ma vie nul ne la prend, c’est moi qui la donne. » et qui la donne pour la multitude, en rémission des péchés.   

« Alors que les grands de la Terre se construisent des « trônes » pour leur pouvoir, Dieu choisit un trône inconfortable, la croix, de laquelle il règne en donnant la vie. » dit le Pape François

En nous appuyant sur les textes bibliques que nous venons d’entendre, nous pouvons relever trois aspects de cette figure du Christ Roi de l’Univers

– Tout d’abord la figure du roi comme celle d’un berger qui veille sur son troupeau et le rassemble. « Voici que moi-même, je m’occuperai de mes brebis et je veillerai sur elles » avons-nous lu dans le livre du prophète Ezéchiel.  Un roi berger ! C’est bien le contraire des tendances de tout pouvoir qui ne pense souvent qu’à s’enrichir au détriment du peuple et des plus pauvres. Et tout au long de sa vie terrestre, Jésus n’a eu cesse de manifester cette tendresse, cette attention envers les hommes et en particulier le plus humbles, les malades, les étrangers, les rejetés, tant sur le plan social que religieux. Et non simplement il l’a manifesté en paroles : « Va, je ne te condamne pas » « lève -toi et marche » « Tes péchés sont pardonnés » Mais aussi en posant des actes :  guérissant des malades, nourrissant des foules, relevant des morts et jusqu’à se donner lui-même en donnant sa vie sur la croix. Voilà notre Roi, notre Christ Roi de l’Univers. Ce Berger plein de compassion, de tendresse et d’amour. Et ce Roi, berger de l’humanité, est le reflet même du visage de son Père qui est aussi, comme nous allons le redire tout à l’heure : Notre Père.

– Un deuxième aspect de la figure du Christ Roi de l’Univers est mis en valeur dans la lettre de Paul aux Corinthiens. Il nous parle du Christ ressuscité, berger de toute humanité, qui veut nous associer tous à sa victoire sur la mort et le péché. Le Christ Sauveur et Rassembleur. Par sa mort et sa résurrection, il a triomphé de toutes les puissances du mal. Il nous entraine avec lui sur le chemin du Royaume. Et par le Baptême nous sommes déjà entrés avec lui dans le mouvement du mystère pascal, jusqu’au jour où nous serons définitivement avec lui et où « Dieu sera tout en tous.» Depuis la résurrection, nous sommes en effet dans « les temps qui sont les derniers » et dans l’attente du dernier avènement. Dans une attente qui nous engage dés ici-bas, à nous investir à sa suite, et avec sa grâce, sur le chemin de la fraternité et du pardon. Dans   une attente qui nous engage aussi à savoir discerner au cœur de nos vies et de la vie du monde, les signes de sa présence et de sa venue.

– Le troisième aspect de la figure du Christ Roi de l’Univers nous est révélé pat Jésus lui-même qui, non simplement s’est approché des hommes en bon berger, mais qui s’est identifié aux plus humbles et aux plus pauvres. « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait.» 

Proche des petits et des exclus, le Christ Roi de l’univers se reconnaît en chacun d’eux. Et c’est donc à la manière dont nous les aurons accueillis que nous serons jugés. « J’ai eu faim, j’étais malade, j’étais prisonnier, j’étais un étranger … »

La porte du Royaume est ouverte, mais la franchir ne consiste pas simplement à entrer dans nos églises ou à se retrouver dans le secret de la prière. La porte du Royaume nous dit Jésus, est à franchir en osant nos pas dans le concret de la vie, dans le vif de notre actualité traversée par ses misères et ses espoirs, dans la rencontre des hommes et en particulier des frères et sœurs en souffrance. Le Royaume est présent et en construction dans chaque écoute patiente, chaque sourire encourageant, chaque fardeau partagé, chaque regard respectueux et aimant, chaque geste de paix et de réconciliation.

Dans une prière que nous adressons à saint Vincent de Paul, pour lequel cet évangile de Matthieu a été phare et lumière pour sa vie, nous concluons : « Fais-nous souvenir que tous un jour nous serons jugés sur l’amour »

Ce jugement ne doit pas nous apeurer en pensant à la fin des temps, mais doit nous engager dans l’aujourd’hui de la vie, car c’est bien là que tout commence : « Le Royaume est là parmi nous. »

Le Christ roi de l’univers, berger de l’humanité, sauveur et rassembleur a fait choix d’habiter le palais du cœur des hommes pour nous conduire ensemble à la Vie, avec lui et pour l’Éternité.

Amen

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Nos mains tendues pour développer nos talents ! Homélie dimanche 15 novembre. Chapelle Notre-Dame de la Médaille Miraculeuse – Paris

Dans son message pour la 4ème journée mondiale des Pauvres de ce jour, le pape François reprend cette invitation du livre de Ben Sira : ‘tends ta main au pauvre’. Une invitation pour nous à recentrer notre regard sur l’essentiel ; à surmonter les barrières de l’indifférence qui peuvent toujours s’installer et nous éloigner les uns des autres ; invitation à nous mobiliser pour le développement des talents reçus et que nous ne pouvons garder jalousement entre nos mains : tends ta main au pauvre, ouvre-toi à l’autre !

P. Christian Mauvais, cm

Nos mains tendues pour développer nos talents ! Homélie dimanche 15 novembre. Chapelle Notre-Dame de la Médaille Miraculeuse – Paris

Dans son message pour la 4ème journée mondiale des Pauvres de ce jour, le pape François reprend cette invitation du livre de Ben Sira : ‘tends ta main au pauvre’. Une invitation pour nous à recentrer notre regard sur l’essentiel ; à surmonter les barrières de l’indifférence qui peuvent toujours s’installer et nous éloigner les uns des autres ; invitation à nous mobiliser pour le développement des talents reçus et que nous ne pouvons garder jalousement entre nos mains : tends ta main au pauvre, ouvre-toi à l’autre !

Les occasions ne manquent pas de tendre la main mais, spontanément, vers qui ou vers quoi le faisons-nous et avec quelle intention ! n’oublions pas que chacune de nos actions n’a d’autre but que l’amour et que rien ne doit nous en détourner. L’amour est partagé, dévouement et service envers autrui ; cette expérience est possible parce qu’elle s’enracine dans le fait que nous sommes les premiers aimés et éveillés à l’amour. Dieu, le 1er, nous a tendu sa main, par amour. Cette conviction peut motiver nos choix, affermir nos initiatives pour que nos talents soient mis au service de l’autre, notamment de celui qui est démuni en lui tendant la main. Par amour. Dans l’amour.

La main est le prolongement de ce qu’il y a dans le cœur ; qu’y a-t-il dans le nôtre, quelle est cette lumière qui l’habite, quelle est cette grâce qui l’anime ?

Aujourd’hui, il y a encore malheureusement trop de mains qui se tendent pour blesser, pour diviser, pour écraser, pour salir et même pour tuer ; des mains qui se tendent pour chercher à amasser pour soi ; des mains prisonnières des poches où elles sont enfermées comme paralysées à l’image de celles du 3ème serviteur qui enterre le seul talent qui lui a été remis ! il n’y a pas que la peur pour nous empêcher de faire fructifier nos talents, il y a l’indifférence, l’égoïsme. L’autre n’existe pas et sa présence ne nous mobilise plus. Attention aussi à la passivité et à l’endormissement qui peuvent nous gagner et dans lesquels le Seigneur peut nous surprendre.

Ces mains inertes qui ne s’ouvrent plus, qui ne se tendent plus en direction de l’autre, trahissent un rejet de la personne ; elles trahissent un regard devenu malade car indifférent au présent et au devenir de l’autre, de cet autre qui peut devenir mon frère.

Ces mains fermées sur elles-mêmes, qui demeurent dans les ténèbres, demandent à être guéries pour qu’elles retrouvent la direction du frère avec qui construire une histoire. Sachant que ces mains-là, peuvent être aussi les nôtres parfois et plus souvent qu’on ne le pense !

Par notre manière d’être, de vivre, rendons concret cet appel : ‘tend ta main au pauvre’, pour réveiller et rendre chacun vigilant, attentif à celui qui se tient là, à ses côtés. Voilà un lieu où nous pouvons investir nos talents pour que la compassion gagne du terrain, pour que les liens deviennent humains et nous rapprochent, pour que la parole soit libérée et ouvre au débat, au dialogue ! tendre la main peut devenir un lieu de reconnaissance de ces blessures et chemin de guérison.

Tous nous avons reçu, gratuitement, un ou plusieurs talents ; nous les avons reçus dans nos mains pour qu’elles s’ouvrent, se tendent vers l’autre. Tous, nous avons la confiance totale de celui qui nous les donne pour les faire fructifier ! ce don de l’Amour, est un don qui nous laisse toute initiative pour être créatifs ou non, d’oser nous risquer ou de nous laisser guider par la peur.

Nous serons félicités, non pas pour le résultat, le nombre de fruits obtenus mais sur notre capacité à oser, à inventer pour le bien de l’autre, à choisir et à décider de tendre la main au pauvre pour que lui-même puisse développer ses talents ; Heureux es-tu car tu as pris des risques en t’engageant au service des autres.  Heureux es-tu car tu as tendu la main au pauvre et que tu as créé une relation humaine avec lui, avec un cœur qui l’écoute et l’accueille. Heureux es-tu d’avoir posé avec d’autres, des gestes simples et quotidiens, gestes qui donnent un sens à la vie, qui l’embellissent, l’enrichissent d’humanité.

Heureux es-tu parce que le choix que tu fais de consacrer une attention respectueuse aux autres, aux besoins nombreux du pauvre, tu le fais gratuitement au nom de l’humanité qui vous est commune. Il n’y a pas de calcul dans la démarche faite par amour. Heureux es-tu car tu as osé t’approcher faisant mûrir les fruits que sont ‘le bien de l’autre, sa joie, sa dignité’.

Et si les mains qui ne se tendent pas au pauvre sont nombreuses, celles qui se tendent à lui sont beaucoup plus nombreuses encore et les événements vécus depuis mars dernier nous en donnent bien des exemples qui nous montrent que nous nous sentons de plus en plus responsables les uns des autres, que nous avons besoin les uns des autres pour grandir en humanité.

Demandons à l’Esprit de nous aider à voir les dons que nous avons reçus et à nous en réjouir car ils sont une grâce pour l’autre !  que l’Esprit nous éclaire sur la façon la meilleure de les faire fructifier en tendant la main à nos frères et sœurs. Qu’il nous montre les peurs qui peuvent tuer nos initiatives, nos élans, nos engagements et nous aide à les surmonter !

‘Tend la main au pauvre’ et tu ne seras pas surpris par la venue du Seigneur car c’est à lui que tu la tends cette main. Approche-toi de lui comme il s’approche de toi dans l’Eucharistie qui se vit réellement dans toute rencontre du pauvre, pour te rendre inventif et sans peur envers lui. Amen !

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