Homélie. 3e dimanche de carême – Jn 4, 5-42. Chapelle saint Vincent de Paul – Paris

L’eau d’un puits... Nous voilà à l’évangile de ce jour. Arrivé près de la ville de Samarie, là où Dieu avait promis à Abraham de donner la terre à sa descendance, Jésus, à l'heure la plus chaude de la journée, s’assoit au bord du puits creusé par Jacob.

Jean-Daniel PLANCHOT CM

Homélie. 3e dimanche de carême – Jn 4, 5-42. Chapelle saint Vincent de Paul – Paris

L’eau d’un puits… Nous voilà à l’évangile de ce jour. Arrivé près de la ville de Samarie, là où Dieu avait promis à Abraham de donner la terre à sa descendance, Jésus, à l’heure la plus chaude de la journée, s’assoit au bord du puits creusé par Jacob. Mais c’est Dieu, dans la personne de son Fils qui a pris chair de notre chair, qui demande ici à boire, plus exactement à une femme de Samarie, c’est-à-dire une idolâtre, païenne pour les juifs : « Donne-moi à boire ». Jésus a soif. Non pas de l’eau de ce puits mais de la soif de cette femme, la soif d’être aimée et sauvée. Au cœur de leur dialogue, il lui demande : « Va chercher ton mari ». Sans se dérober, elle lui répond : « Je n’ai pas de mari ». Alors, avec douceur, Jésus la remet devant la vérité : « tu en as eu cinq et l’homme que tu as maintenant n’est pas ton mari ».

Autrefois, après avoir dévastée la Samarie, les Assyriens envoyèrent cinq peuplades païennes pour la repeupler, chacune emmenant son idole dans ses bagages. Au total sept dieux (2 R 17, 24-31).

Jésus, qui arrive symboliquement après les cinq maris et le sixième homme de cette femme qui incarne le manque qui l’habite, se manifeste ainsi comme le seul capable de combler en plénitude sa soif d’être aimée. Lui le Messie d’Israël, il vient prendre la place de ces sept divinités qui avaient pris possession de cette terre de Samarie et se révèle ainsi le Sauveur de tous les hommes.

En Jésus, l’heure du salut vient et même elle est là, cette « heure où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité ». Le salut apporté par Jésus consiste à nous ouvrir à nouveau l’accès vers Dieu, Source de vie. Voilà le contenu de la nouvelle Alliance que Jésus scellera en son sang sur la Croix. Désormais le lieu de l’adoration de Dieu n’est plus lié à telle ou telle montagne mais il est constitué par la communauté des disciples qui forment le corps mystique du Christ ressuscité.

Cette communauté des disciples, n’est pas close. Elle est ouverte à l’infini à tous ceux qui, dans le sillage de la Samaritaine et de ceux qui grâce à son témoignage se sont convertis, ont reconnu en Jésus, non seulement le Messie, mais « le Sauveur du monde » et qui espèrent en l’accomplissement de l’œuvre de salut de Dieu en chacune de leurs vies et en celle de tout homme. Pourtant, force est de constater combien il nous est difficile de demeurer en esprit et vérité dans cet amour de Dieu qui nous conduit à l’adorer. Notre esprit personnel de transgression nous rattrape malheureusement bien vite et la soif de cet amour dont nous gardons au plus profond de nous-mêmes la nostalgie, auprès de combien de puits d’eaux frelatées allons-nous tenter de l’apaiser !

Mais là encore, Jésus nous rejoint. Il nous attend, il nous attend au bord de ce puits où nous venons, comme la Samaritaine, étancher notre soif de vie, d’amour, de bonheur. Il nous voit arriver de loin et il nous accueille par cette parole déconcertante : « Donne-moi à boire ». Pour ne pas nous humilier dans notre désolation, il se fait mendiant. Il demande à boire à sa créature, pourtant c’est elle qui a tout à recevoir de lui. Alors arrive le constat que la seule chose que nous puissions lui donner et qui nous appartienne vraiment c’est notre péché. Serait-ce cela le merveilleux échange qui s’opère sur la croix lorsque prenant sur lui notre insignifiance, notre faiblesse, notre péché, Jésus nous donne en retour la vie éternelle, eau et sang jaillis de son cœur transpercé ?

« Seigneur, durant ce temps de Carême, donne-nous d’espérer ta présence à mes côtés dans tous nos déserts. Montre-nous auprès de quel puits de nos soifs tu viens t’asseoir pour nous demander à boire. Notre Sauveur, merci d’accueillir notre misère et notre insignifiance. La victoire de ta vie a triomphé de toutes nos morts. Bénis sois-tu ! »

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Homélie 1er Dimanche de Carême (A). Chapelle Saint Vincent de Paul – Paris

Avec le mercredi de Cendres, nous venons de commencer notre entrainement au combat spirituel. Le Carême est un temps où, à la suite de Jésus, nous sommes invités de dépasser les tentations qui nous ferait abandonner notre état de créatures et notre identité d'enfants de Dieu.

Roberto Gomez

Homélie 1er Dimanche de Carême (A). Chapelle Saint Vincent de Paul – Paris

Chères sœurs, chers frères : Avec le mercredi de Cendres, nous venons de commencer notre entrainement au combat spirituel. Le Carême est un temps où, à la suite de Jésus, nous sommes invités de dépasser les tentations qui nous ferait abandonner notre état de créatures et notre identité d’enfants de Dieu. Certains d’entre nous ici ont commencé cet entrainement spirituel par la retraite sur « le combat spirituel ». Ce combat a été défini comme un affrontement avec ses propres démons (avec ses propres divisions) et avec les démons qui nous entourent (avec ce qui nous divise). Le carême est comme un séjour au désert qui nous conduira à Pâques à travers la passion et la croix. Comme il n’y a pas de pâque sans croix et mise à mort, il n’y a pas non plus de conversion sans mise à l’épreuve, sans un travail intérieur ardu et souvent éprouvant.

Jésus nous dégage le chemin en ce premier dimanche du carême et nous apprend à résister aux tentations qui pourraient nous faire dévier de notre mission et de notre vocation de baptisés, d’enfants de Dieu. Là où le peuple de Dieu a failli et a succombé à la tentation, Jésus résiste et sort vainqueur après un affrontement avec le tentateur.

Jésus est conduit au désert en tant que Fils de Dieu. Il est soutenu, accompagné par l’Esprit. C’est-à-dire que Jésus ne part pas seul en plein désert puisque l’Esprit de Dieu l’y pousse et ne le quitte jamais : il est rempli d’Esprit Saint ! Il n’est pas non plus sans identité puisque lors du baptême le ciel s’ouvre et l’Esprit descend sur Jésus et on entend une voix venant du ciel affirmer :

« Celui-ci est mon Fils bien-aimé, celui qui m’a plu de choisir ».

Retenons donc : Jésus est tenté par le diable en tant que Fils de Dieu et en présence de l’Esprit. En cela, il est le prototype de tous les enfants de Dieu qui sont tentés d’abandonner la foi, de laisser tomber l’identité divine reçue lors du baptême. « Le démon suggère à Jésus cet amusement, ce plaisir solitaire, qui consisterait abuser de son pouvoir pour lui-même, gratuitement, en dehors de cette finalité rédemptrice et missionnaire qui caractérise tout son être[1] ».

Les trois tentations de Jésus sont hautement symboliques et elles sont décrites une à une dans l’évangile de Matthieu :         

La première concerne la faim et le désir immédiat de satisfaire le manque… le manque de nourriture. Il n’y a pas de situation plus violente et troublante que d’être affamé. On peut perdre la raison ! Souvenez-vous, lorsque le peuple de Dieu commence sa traversée du désert, très vite, il a faim. Le peuple récrimine contre Moïse et Aaron et doute ainsi de la bonté de Dieu : « Ah si nous étions morts de la main du Seigneur au pays d’Égypte, quand nous étions assis près du chaudron de viande, quand nous mangions du pain à satiété ! Vous nous avez fait sortir dans ce désert pour laisser mourir de faim toute cette assemblée ! » (Ex 16,3). Voilà en quelque mots, l’expérience désespérante du manque et le besoin de satisfaire immédiatement le manque. Voilà la première tentation. Qu’est-ce qu’il y a de mauvais, pourrait-on se demander, de vouloir transformer en pain une pierre lorsque l’on est affamé ? Si Jésus cédait au diable en convertissant la pierre en pain pour satisfaire sa faim, il se comporterait comme un être tout puissant qui oublierait son humanité. Il userait de sa divinité en dépit de son humanité. Or, l’humain doit passer par des médiations telles que le travail, la fatigue, l’effort, le temps, les autres… autrement il n’est pas humain. Voilà autant de médiations par lesquelles un être humain doit passer et à travers lesquelles ils s’humanisent. Bref : on ne peut pas tout, et on ne peut pas tout, tout de suite ! On pourrait résumer ainsi les choses : l’être humain ne vit pas seulement de la « nourriture de l’immédiat ». 

La deuxième tentation a lieu à Jérusalem, la ville sainte. Le diable amène Jésus el le place au sommet du Temple. Le Temple et le lieu de l’adoration, des sacrifices, des Écritures, de la loi… Voilà autant de médiations pour entrer en relation avec Dieu. On ne peut pas se passer des médiations humaines et religieuses pour devenir enfant de Dieu. Ici le diable use diaboliquement les écritures : il les cite par cœur, il les connaît mais il les manipule. Un usage diabolique des écritures est ici dénoncé. Jésus, lui, en fait bon usage. Un enfant de Dieu, un être humain tout court, a besoin des médiations on l’a déjà dit : le travail, l’effort, le vieillissement, les crises, les frustrations, la maladie… les bons moments, des petites satisfactions … pour s’humaniser. Et le disciple de Jésus, de quelles médiations ont-t-il besoin? De prière, de charité, de patience, de persévérance, d’une communauté chrétienne qui le soutienne, des vertus… Surtout il a besoin de la Parole de Dieu : « tout près de toi est la Parole, elle est dans ta bouche et dans ton cœur » (saint Paul aux Romain).

La troisième tentation a lieu dans un endroit élevé, sur une haute montagne. Dans une vision instantanée tous les royaumes de la terre sont repérés et proposés par le diable à Jésus : « tout cela, je te le donnerai, si, tombant à mes pieds, tu te prosternes devant moi ». La tentation de la toute-puissance !  On peut vendre son âme au diable de multiples manières, même de manière camouflée pour expérimenter la toute-puissance et en sortir de la frustration de l’impuissance et de la sensation de ne servir à rien. Si Jésus cédait à la tentation de la toute-puissance il n’y aurait pas eu de salut. Il aurait fui devant la croix, il aurait laissé tout tomber à la première crise, à la première frustration, devant la sensation de solitude et d’abandon ou face à la contradiction. Dieu seul est le maître de toute chose ! À lui seul est la gloire, devant lui uniquement le croyant doit se prosterner. En tant que Fils de Dieu il accepte et comprend que sa mission passe par l’impuissance de la croix et par le respect de la liberté de l’homme. Il est le Fils de Dieu, mais il reste obéissant et ne quitte jamais son humanité, sa condition de Fils, pour s’affranchir des difficultés, des échecs ou du rejet.

Trois tentations hautement symboliques qui auraient détourné Jésus de sa mission et de son identité : l’immédiateté, le refus de passer par des médiations humaines et la prétention de la toute-puissance. Jésus aurait pu se comporter comme en être divin tout-puissant en épatant le diable, « il aurait pu devenir une sorte de demi-dieu par promotion de soi… » mais en quoi cela aurait bénéficié l’humanité ? Jésus est devenu humain tout en étant le Fils de Dieu. Nous aussi tout en étant des créatures à l’image de Dieu, par appel du Créateur, nous pouvons, avec l’aide de l’Esprit, devenir tout entier de Dieu. Cela est rendu possible par l’humanité de Jésus­ Christ. En Jésus, le crucifié, l’humilié, Dieu est devenu homme parfait.

Alors chers frères et sœurs, notre combat spirituel continue ! Ne négocions et ne pactisons pas avec le diable ; fixons le regard sur le Christ et acceptons les lenteurs de notre humanité. Acceptons aussi que la sainteté doit passer par des médiations humaines et que notre marche vers le Royaume est sinueuse et doit passer par des combats. Ceux-ci ne sont pas contre Dieu, mais contre les ténèbres avec l’aide et la force de l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus-Christ.

Je vous partage une perle glanée auprès d’un poète contemporain :

 

« Si tu n’avances pas avec Jésus et en Jésus,

prends garde que Jésus ne recule en toi ;

si tu ne t’enfonces pas dans le désert de Jésus,

prends garde de n’être pas déserté par Jésus.

Car ce désert-là serait de désolation, tandis que l’autre est de plénitude.

Que si tu te risques en ton propre désert, ne le fais qu’en compagnie de Jésus :

il n’est pas bon pour l’homme de s’aventurer tout seul en lui ».

 

François Cassingena-Trévédy

Moine de Ligugé, Etincelles,

Ad Solem, 2004, p. 44

 

[1] François CASSINGENA-TRÉVEDY, Étincelles, Ad Solem, L’Haÿ-les-Roses, 2004, p. 42.

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Homélie. 6e dimanche du Temps Ordinaire. Chapelle Saint Vincent de Paul – Paris

Sur la montagne des Béatitudes, Jésus, tel un nouveau Moïse, instruit les gens autour d’un des grands piliers de la religion : la Loi.

Edgar de Jesus ZAPATA VARGAS CM

Homélie. 6e dimanche du Temps Ordinaire. Chapelle Saint Vincent de Paul – Paris

Sur la montagne des Béatitudes, Jésus, tel un nouveau Moïse, instruit les gens autour d’un des grands piliers de la religion : la Loi. Il commence par remarquer sa valeur de repère pour suivre le chemin de la justice, mais Il veut que ses disciples dépassent tout cadre légaliste qui se contente d’accomplir la lettre sans discerner l’esprit qui l’habite.

Les dix commandements, et tout l’ensemble des normes consignées dans la Bible, ont un but pédagogique pour aider le croyant à se relier au projet de Dieu qui veut son bonheur et son épanouissement. La loi a été donné dans le cadre de l’Alliance, et elle appelle à la liberté et à la responsabilité de l’homme pour qu’il s’approprie ce projet de Dieu qui veut configurer les rapports avec Lui et avec les autres.

La première lecture nous dit que l’homme a la liberté comme don et comme tâche, et que chacun s’éduque à la responsabilité par les choix qu’il fait.

Jésus fait allusion à trois commandements qui revêtent une spéciale gravité dans la vie communautaire :

  • Ne pas tuer
  • Ne pas commettre d’adultère
  • S’acquitter des serments

Les exemples posés par Jésus nous rappellent qu’on peut aussi tuer par des mots sous forme d’insulte et de diffamation ; que l’adultère commence par une convoitise dans le secret du cœur

; que les artifices légaux permettant le divorce, sont loin du projet de Dieu sur le couple et sur la famille ; que la cohérence entre ce qu’on dit et ce qu’on fait, pèse plus que des lois contraignantes.

Jésus manifeste une grande différence entre l’apparat juridique des scribes et des pharisiens et la largesse d’esprit chez les croyants, dont la liberté est fondée sur l’amour donné à Dieu et aux frères.

Jésus défie les siens à prendre soin, non seulement des actions extérieures, mais aussi d’avoir une vigilance sur ses propres pensées, sentiments et attitudes, car ce bagage intérieur à plus de poids que le seul souci de respecter les normes. C’est dans ce monde intime que l’homme consent aux valeurs que font de lui un frère envers les hommes et un enfant envers Dieu. Dans le chapitre six de saint Matthieu, Jésus recommande de ne pas pratiquer les préceptes de la religion pour faire apparence aux autres ou pour se complimenter, mais pour plaire au Père Éternel. Jésus veut que nous, ses disciples, ayons devant nous la miséricorde divine pour être compréhensifs envers ceux qui transgressent les préceptes et ne pas désespérer non plus devant nos propres fragilités.

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Homélie. 9 février 2020, 5 dimanche du Temps Ordinaire. Chapelle Saint Vincent de Paul – Paris

« Vous êtes le sel de la terre, […] vous êtes la lumière du monde ». Lorsque nous entendons ces affirmations du Christ, nous les comprenons immédiatement d’un point de vue moral, et sans doute n’avons-nous pas tort de les comprendre ainsi, mais notre tort vient de les comprendre seulement dans cette dimension morale

Abbé Ludovic DANTO

Homélie. 9 février 2020, 5 dimanche du Temps Ordinaire. Chapelle Saint Vincent de Paul – Paris

« Vous êtes le sel de la terre, […] vous êtes la lumière du monde ». Lorsque nous entendons ces affirmations du Christ, nous les comprenons immédiatement d’un point de vue moral, et sans doute n’avons-nous pas tort de les comprendre ainsi, mais notre tort vient de les comprendre seulement dans cette dimension morale. Lorsque l’on prend le chapitre 5 de saint Matthieu d’où est tirée cette péricope évangélique, l’on constate que cette affirmation du Christ appartient au discours sur la montagne et qu’elle se situe entre les béatitudes « heureux » enseigne le Seigneur et un commentaire renouvelé des commandements « vous avez appris […] et bien moi je vous dis »… Il faut en conclure qu’être le sel de la terre ou être la lumière du monde requièrent une plongée pour chacun d’entre nous dans l’essence même du Christianisme : accueillir les béatitudes et accueillir les commandements, voilà ce qui constitue chacun d’entre nous comme sel et lumière. Pour marquer les esprits le Christ utilise cette belle figure de style que l’on appelle anaphore : le début de chaque phrase est marqué d’un « heureux » et d’un « vous avez appris […] et bien moi je vous dis »…

Ainsi si l’on veut comprendre l’enseignement que le Seigneur nous donne aujourd’hui il faut l’accueillir à la suite des Béatitudes. Il ne nous sert à rien de se demander ce que nous aurons à faire comme Chrétiens au sortir de cette liturgie dominicale pour être sel et lumière, si nous ne comprenons pas que le Christ vient d’abord à nous et qu’en lui notre vie prend véritablement sens, non pas qu’il nous appelle à devenir quelqu’un d’autre, mais tout simplement parce que ce qu’il nous dit a rejoint ce qu’est notre vie et que sa parole trouve un échos en nous. Les foules qui écoutent Jésus peuvent devenir sel et lumière parce qu’elles ont accueilli le discours des Béatitudes ; et qu’a dit le Christ ? Nous le savons : « Heureux les pauvres de cœur, […]. Heureux ceux qui pleurent […]. Heureux les doux […]. Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice […]. Heureux les miséricordieux […]. Heureux les cœurs purs […]. Heureux les artisans de paix […]. Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice ». Frères et sœurs chaque béatitude a sa propre tonalité et chacun d’entre nous est appelé non pas à les embrasser toutes mais bien à laisser résonner en son cœur la béatitude qui lui correspond le plus, la béatitude qui marque sa vie comme un sceau : vous êtes-vous jamais demandé qu’elle était la béatitude qui vous touchait le plus ? Comment rencontrer le Christ si aucune des béatitudes ne rejoint votre vie, ne rejoint notre vie ? Chacun d’entre nous est appelé à laisser telle ou telle béatitude faire écho et donner sens à sa vocation. Si nous voulons être sel de la terre ou lumière du monde, nous devons nous reconnaître chacun dans une béatitude : qu’annoncerions-nous au monde si nous ne savions pas ce que le Seigneur est venu nous apporter personnellement. Nous n’annonçons pas une morale, nous annonçons une rencontre – et Dieu sait que lorsque les prêtres, voire les chrétiens, n’ont plus rien à dire qu’ils font de la morale et de la petite morale – nous annonçons une rencontre, celle que nous sommes appelés à faire continuellement avec le Christ sur le chemin des Béatitudes. Ainsi ce matin, qui parmi-nous est pauvre de cœur, qui parmi-nous pleurent, qui parmi-nous est doux, qui parmi-nous a faim et soif de la justice, qui parmi-nous est miséricordieux, qui parmi-nous a le cœur pur, qui parmi-nous est artisan de paix, qui parmi-nous est persécuté pour la justice ? A cette condition et à cette condition seulement nous pourront envisager d’être sel et lumière, car c’est la parole du Christ – ici les Béatitudes – qui nous constituent comme tels. Nous ne sommes pas sel et lumière par nos propres forces, nous sommes sel et lumière parce que nous avons accueilli la Parole, le Verbe de Dieu, lequel a rencontré l’humanité en chacun d’entre nous.

Alors et alors seulement nous pouvons entrer dans le mystère de Dieu, alors et alors seulement nous comprenons la dernière des Béatitudes, clé pour être sel de la terre et lumière du monde, la seule des Béatitudes qui s’adresse à tous : « Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi ». Cette béatitude ne se comprend que dans le mystère de l’Incarnation et c’est ainsi que l’on peut comprendre le choix que l’Eglise a fait de la deuxième lecture de ce jour. Saint Paul nous a rappelé : « Je ne suis pas venu vous annoncer le mystère de Dieu avec le prestige du langage ou de la sagesse. Parmi vous, je n’ai rien voulu connaître d’autre que Jésus Christ, ce Messie crucifié », « je n’ai rien voulu connaître d’autre que Jésus Christ, ce Messie crucifié ». Ainsi si l’on ne peut être sel et lumière qu’en accueillant le discours des Béatitudes, si l’on ne peut être sel et lumière qu’en découvrant ce que le Seigneur vient chercher en nous – nous n’avons pas à être quelqu’un d’autre, nous avons à être nous-mêmes, car c’est bien nous et pas quelqu’un d’autre que le Seigneur est venu chercher – nous ne pouvons répondre en réalité à cet appel du Seigneur qu’en faisant nôtre le mystère de la croix. Et c’est alors que commence la deuxième partie du passage de Saint Matthieu : « vous avez appris […] et bien moi je vous dis […] », ce que nous pourrions ici résumer comme le fait qu’en toute chose, il nous faut nous donner totalement et sans retour. Voilà le mystère de la croix… Voilà le mystère de la vie de chacun d’entre nous. Parce que nous sommes pauvres de cœur, parce que nous pleurons, parce que nous sommes doux, parce que nous avons faim et soif de la justice, parce que nous sommes miséricordieux, parce que nous avons un cœur pur, parce que nous sommes artisans de paix, parce que nous sommes persécutés pour la justice, parce que nous vivons du mystère de la croix qui est un don qui ne se reprend pas, nous sommes alors sel de la terre et lumière du monde. Il s’agit moins de faire que d’être. En réalité, la vie chrétienne est d’abord une manière d’être avant que d’être une suite d’actions. Le don qui nous est demandé est au-delà des actions que nous pouvons poser.

En ce dimanche, si nous voulons demeurer ou redevenir sel de la terre et lumière du monde, accueillons donc dans nos vie le discours sur la montagne, laissons le discours des Béatitudes nous rejoindre là où nous sommes vraiment et non pas là où nous voudrions être et demandons au Seigneur en contemplant le mystère de l’incarnation, le mystère de la croix, de nous montrer le chemin de notre vocation, chemin de charité, chemin de fraternité.

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Homélie du 3e dimanche du temps Ordinaire – 26 janvier 2020. Dimanche de la Parole de Dieu. En la chapelle de la Médaille Miraculeuse (Rue du Bac) – Paris

Le pape François dans une lettre adressée à tous les baptisés a institué que chaque année, le 3e dimanche du temps ordinaire, soit le DIMANCHE DE PAROLE DE DIEU. En effet le Seigneur notre Dieu nous parle depuis toujours et de différentes manières. Notre Dieu est un Dieu qui aime établir une communication véritable avec ses enfants.

Roberto Gomez

Homélie du 3e dimanche du temps Ordinaire – 26 janvier 2020. Dimanche de la Parole de Dieu. En la chapelle de la Médaille Miraculeuse (Rue du Bac) – Paris

Chères sœurs, Chers frères : Le pape François dans une lettre adressée à tous les baptisés a institué que chaque année, le 3e dimanche du temps ordinaire, soit le DIMANCHE DE PAROLE DE DIEU. En effet le Seigneur notre Dieu nous parle depuis toujours et de différentes manières. Notre Dieu est un Dieu qui aime établir une communication véritable avec ses enfants. En cela, nos mamans sont comme le bon Dieu : elles ne se lassent jamais de parler à leurs petits dès le premier instant de la naissance, avec tendresse. Elles ne se lassent jamais de les regarder dans leurs yeux, espérant ainsi épanouir le bébé, lui apprenant à communiquer et rendant possible  l’établissement avec le fruit de leur entrailles d’une communication de plus en plus profonde.

On pourrait dire que dans l’Ancien Testament Dieu s’est fait entendre mais dans le Nouveau il se laisse voir dans la Verbe Incarné, l’enfant Jésus : «  et le Verbe s’est fait chair ». Dans l’incarnation, Dieu se laisse voir, il se laisse toucher, mieux encore il prend notre nature humaine et nous parle de la manière la plus familière et la plus profonde possible : il nous parle en langage humain, chacun peut l’entendre dans sa langue maternelle. C’est tout cela que le Pape François veut nous faire approfondir en établissant le Dimanche de la Parole de Dieu.

Depuis le Concile Vatican II, l’Église ne cesse d’inviter les baptisés à lire la Parole de Dieu, à l’approfondir, à la méditer de manière personnelle et à travers des groupes bibliques organisés par tout.  Le Concile a dit ceci :  « L’Église a toujours vénéré les divines Écritures comme elle le fait aussi pour le Corps même du Seigneur, elle qui ne cesse pas, surtout dans la sainte liturgie, de prendre le pain de vie de la table de la Parole de Dieu et de celle du Corps du Christ, pour l’offrir aux fidèles » (Dei Verbum, n. 21). Les divines Écritures sont vénérés tout comme l’eucharistie ! Nous sommes invités à nous nourrir à la Table de la Parole de Dieu et à la Table de l’eucharistie. C’est bel et bien ce que nous faisons à chaque fois que nous célébrons l’eucharistie. La Parole de Dieu et l’eucharistie nous donnent vie en abondance !

Il est important d’insister sur le fait que la Bible n’est pas vieux livre (il est regrettable que nous bibles, chez nous, peut-être soient pleines de poussière), ni un livre de passé. Elle ne peut pas non plus « être le patrimoine de quelques-uns et encore moins une collection de livres pour quelques privilégiés… la Bible est le livre du peuple du Seigneur » (Pape François, Aperuit illis n° 4). On pourrait dire que la Bible devrait être le livre le plus populaire parmi les baptisés. Est-ce le cas ? Je ne le sais pas, mais nous pouvons remercier immensément nos frères Protestants qui nous ont transmis ce goût et ce désir de connaître et comprendre le message vital de Dieu laissé dans la Parole Dieu.

Chers amis : approchons-nous de la Parole de Dieu. Aimons-là davantage, inscrivons-nous dans des groupes bibliques ou des formations bibliques pour que cette Parole Divine nous devienne de plus en plus familière. En fait, le livre de la Bible est comme le support écrit d’une présence vivante, ou mieux encore le sacrement visible de ce mystère invisible de l’amour de Dieu qui nous parle et qui s’entretien avec nous comme avec des amis. Sachez que « le Christ est présent dans la Parole, parce que c’est lui qui parle quand on lit la Sainte Écriture dans l’Église » (SC n° 7).

Saint Jérôme a dit : « ignorer les Écritures, c’est ignorer le Christ ». Oui, il a raison ! Dieu s’est rendu visible et audible aux êtres humains grâce à la personne du Christ, le Verbe fait chair. Dans son Fils unique Dieu a tout dit, selon Jean de la Croix. Les pèlerins d’Emmaüs ont eu le privilège d’avoir pour compagnon sur la route, le premier exégète, Jésus-Ressuscité en personne. D’une manière ou d’une autre, nous aussi dans la liturgie participons à ce même privilège. Regardons ce que nous sommes en train de faire dans cette célébration eucharistique : nous sommes rassemblés autour du Christ ressuscité qui préside notre célébration. Ils nous parle dans notre langue maternelle à travers sa Parole de Dieu et il nous nourris avec son Corps et son Sang.

Nous sommes comme les disciples d’Emmaüs ! Nos cœurs sont alourdis, parfois tristes, découragés, divisés, ne comprenant pas ce qui nous arrive… Et pourtant, le Christ ressuscité nous rejoint sur nos chemins, il marche avec nous et ouvre notre intelligence pour que nous comprenions que la Parole de Dieu donne du sens à nos vies et nous aide à vivre en communion. Le Seigneur ressuscité comme jadis nous explique les Écritures et redonne vie à nos vies et joie à nos cœurs  parce que sa Parole est vie en abondance. Sa présence, pourtant invisible à nos yeux, nous la ressentons ; Il est demeure avec nous. Sa Bonne Nouvelle pourtant inaudible par nos oreilles physiques retentit dans cœurs et nous redonne goût à la vie et nous apprend à faire église.

« Ta parole Seigneur est lumière de mes pas, la lampe de ma route  ! » (Psaume 118,5).

 

« J’établis donc que le III° Dimanche du Temps Ordinaire soit consacré́ à la célébration, à la réflexion et à la proclamation de la Parole de Dieu ».

« Que le Dimanche de la Parole de Dieu puisse faire grandir dans le peuple du Seigneur la religiosité et l’assiduité familière avec les Saintes Écritures, comme l’auteur sacré enseignait déjà̀ dans les temps anciens : « Elle est tout près de toi, cette Parole, elle est dans ta bouche et dans ton cœur, afin que tu la mettes en pratique » (Dt 30, 14). Pape François, Lettre Apostolique, Aperuit Illis.

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Homélie 25 janvier 2020. Chapelle Saint Vincent de Paul – Paris

Qu’en est-il pour nous, aujourd’hui ? ces deux conversions ne renvoient-elles pas chacun d’entre nous à vivre une même démarche, faite d’admiration, d’émerveillement et en même temps de stupeur, qui nous réajuste dans notre vocation...

P. Christian Mauvais, cm

Homélie 25 janvier 2020. Chapelle Saint Vincent de Paul – Paris

A la fin de ces deux jours de session de formation permanente, il est bon de nous retrouver en ce lieu pour nous poser simplement en nous mettant à l’écoute de la Parole de Dieu qui met devant nos yeux deux témoins :

Paul combattant les chrétiens et rencontrant le Christ d’une manière fulgurante sur sa route; événement par lequel il est choisi pour être, ‘devant tous les hommes, le témoin de ce qu’il a vu et entendu.’

Vincent écoutant la confession d’un mourant et exhortant les habitants à faire une confession générale ; événement par lequel ‘Dieu donna commencement à la Congrégation de la Mission’ (XI,2), ‘ce qu’Il ne fit pas sans dessein en ce jour-là’ qui est celui de la Conversion de st Paul.

Paul et Vincent ont vécu chacun, un événement fort, unique, pas forcément instantané, qui les a renversés, retournés intérieurement, et du coup préparés à vivre la Mission auprès de l’ensemble des nations dans le monde, ou auprès des habitants sur l’ensemble des territoires de la famille De Gondi. Un événement de part et d’autre, qui ouvre à d’autres horizons, qui élargit le regard et l’engagement, qui donne priorité à ceux qui sont au loin. Un événement qui donne sens à la Mission, à la nôtre, à la suite du Christ.

Cet événement sur la route de Damas ou chez l’homme de Gannes, Paul et Vincent l’ont relu pour en déchiffrer le sens, le contenu, l’appel ; ils l’ont relu et partagé (Ac 22/3-16 ; XI,2 ; XII, 7-8) ; ils disent tous les deux comment ils ont été aidés par une présence :

  • d’abord celle des compagnons de Paul qui l’accompagnent à Damas et celle de Madame de Gondi qui demande une prédication circonstanciée.
  • ensuite celle d’Ananie qui ouvre à la dimension de la fraternité et qui révèle le projet de Dieu sur Paul : et il y a celle des jésuites qui apportent leur soutien et qui révèlent la force de la collaboration, de la collégialité ;

Ces présences ont été essentielles pour une prise de conscience de la mission à vivre dorénavant différemment. Nous y décelons la présence de l’Esprit Saint, qui nous pousse et nous porte ; Il nous devance dans la mission : ‘Quand  vous arrivez quelque part , vous vous rendez compte qu’il est arrivé avant vous et qu’il vous attend’ !

Qu’en est-il pour nous, aujourd’hui ? ces deux conversions ne renvoient-elles pas chacun d’entre nous à vivre une même démarche, faite d’admiration, d’émerveillement et en même temps de stupeur, qui nous réajuste dans notre vocation :

  • à savoir celle de la confession pour y rencontrer Jésus comme nous y invite le P. Général, selon nos Constitutions qui nous encouragent à recourir souvent au sacrement de la Réconciliation « pour être à même de nous assurer une constante conversion et la fidélité à notre vocation » (C 45 §2)
  • à savoir celle de nous laisser bousculer par la Parole de Dieu pour entrer dans une meilleure connaissance du Christ, 1er missionnaire envoyé pour le salut de tous ? parole qui nous fait sortir de nos chemins, de nos fonctionnements habituels et qui nous ouvre à d’autres réalités humaines ?

Demain, ce sera le dimanche de la Parole, institué par le Pape François. Cette insistance n’est pas neutre pour la mission. Chacun sent le besoin d’entrer dans l’intelligence des Ecritures, de les comprendre de l’intérieur, de s’en nourrir. Prendre le temps personnellement et en communauté pour accueillir et ruminer la Parole qui nous engendre comme disciple et comme missionnaire, qui nous apprend à connaître le corps dans lequel nous sommes et à faire corps avec les frères et sœurs vers qui nous sommes envoyés ou qui nous sont donnés.

C’est aussi une invitation à relire ensemble les évènements qui marquent nos vies de missionnaires pour en discerner le sens, en accueillir les appels, les priorités qui peuvent en sortir ;  pour devenir à notre tour témoin de ce que nous avons vu et entendu ; c’est une bonne chose que cette écoute de la Parole soit partagée en communauté car elle interroge celle-ci dans son ensemble par rapport à la mission. Il s’agit du partage de foi recommandé par nos Constitutions (C 46) qui insistent pour que, dans une atmosphère de prière ‘nous partagions en un dialogue fraternel entre nous notre expérience spirituelle et apostolique’. La communauté trouve là, dans ce partage, son unité et son envoi en mission pour y vivre la Charité, selon ce que nous rappelle François :

« Écouter les saintes Ecritures pour pratiquer la miséricorde, c’est un grand défi pour notre vie. La parole de Dieu est en mesure d’ouvrir nos yeux pour nous permettre de sortir de l’individualisme qui conduit à l’asphyxie et à la stérilité tout en ouvrant grand la voie du partage et de la solidarité » (Aperuit Illis, 13)

Jésus nous attire à lui pour mieux nous envoyer et faire le bien là où nous passons. Il nous faut toujours revenir à lui, à cette source, à son point de jaillissement pour mieux repartir.

« Nous avons un besoin urgent de devenir familiers et intimes de l’Écriture sainte et du Ressuscité, qui ne cesse de rompre la Parole et le Pain dans la communauté des croyants ». (Aperuit Illis, 18).

Je vous renvoie aux projets communautaires qui précisent ces temps où vous pouvez le vivre ensemble.

Ces derniers temps, nous avons perdu trois missionnaires, qui n’ont pas fait grand bruit mais qui se sont donnés entièrement : P. Christian LABOURSE, missionnaire dans le Sud-Ouest, le P. Pierre HUGON à Madagascar et P. Jean PLANCQ, missionnaire itinérant. Confions-nous à eux, qu’ils intercèdent pour nous auprès de Paul et de Vincent pour nous aider à nous situer les uns et les autres face à la Parole de Dieu qui seule nous constitue missionnaires, nous guérissant et renouvelant dans sa miséricorde.

Amen !

 

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