Homélie. 12e dimanche du temps ordinaire

Ce passage de l’évangile a trouvé un écho favorable chez les chrétiens, dès les premiers temps de l’Église. Souvenons-nous aussi, que le Pape François nous a invités à méditer ce passage le 27 mars 2020, depuis la place St Pierre complètement vide, sous une pluie battante, au moment le plus angoissant de la pandémie.

Alexis CERQUERA

Homélie. 12e dimanche du temps ordinaire

Ce passage de l’évangile a trouvé un écho favorable chez les chrétiens, dès les premiers temps de l’Église. Souvenons-nous aussi, que le Pape François nous a invités à méditer ce passage le 27 mars 2020, depuis la place St Pierre complètement vide, sous une pluie battante, au moment le plus angoissant de la pandémie.

L’évangéliste Marc cherche à fortifier la foi de la communauté implantée à Rome, menacée par la persécution et l’hostilité de l’Empereur. Son seul objectif est d’exhorter les chrétiens à faire confiance à Jésus et à sa Parole !

C’est le soir, la nuit tombe. Le Seigneur incite les disciples à traverser la mer pour regagner l’autre rive. Il les exhorte à quitter la « sécurité » pour aller vers l’inconnu, à la rencontre « des autres », de ceux qui n’appartiennent pas à leur groupe, à leur communauté. Après des jours de prédication, de miracles, de « célébrations » il leur faut courir le risque d’annoncer la Bonne Nouvelle à ceux qui sont « loin »

Pour vivre le message évangélique dans la joie et l’espérance, il nous est nécessaire d’aller à la rencontre de ceux qui sont aux marges : « sur l’autre rive ». Jésus invite ses disciples – nous aujourd’hui- à se décentrer, se déplacer… Or le changement, quel qu’il soit, peut réserver des surprises !  

Et pour les disciples, elles arrivent sans tarder… Le temps se déchaîne, le vent est violent, la barque battue par les vagues…  Jésus est étrangement gagné par un profond sommeil ! Les disciples, aux commandex, sont pris de panique au milieu de cette grande tempête.

Le dialogue entre le Maitre et ses disciples peut surprendre, mais il est explicable et compréhensible dans de telles circonstances.

L’évangéliste Marc utilise le verbe « avoir peur », mais ici, il signifie plutôt « être lâche ». Jésus ne désapprouve pas la peur. Il la comprend parce que lui-même l’a vécue. Elle fait partie de notre vie, et nous sommes fréquemment confrontés à des situations qui peuvent la provoquer. Le courage suppose la peur.

La lâcheté, par contre, peut nous empêcher d’affronter avec responsabilité les tempêtes de notre existence.

La lâcheté, contraire à la foi, il nous arrive parfois de la cultiver et de l’habiller de dévotions désincarnées, de ritualismes vides et de conformisme paresseux.

En ce moment de crise de notre société et de notre Église il est important et urgent de mener une réflexion courageuse et créative ainsi qu’une autocritique de nos peurs et lâchetés. Un dialogue sincère et collaboratif, doit nous aider à assumer d’une manière responsable « les passages vers l’autre rive ».

Aujourd’hui en Église il nous faut réécouter cette interpellation de Jésus : « Pour quoi vous êtes si lâches ? N’avez-vous pas encore la foi ? »

Il nous faut reconnaître, avec sincérité, que nous ne prenons pas au sérieux, tout ce que l’Évangile signifie et ce à quoi Il nous appelle. Dans notre rapport au monde, nous restons sur la défensive sans chercher à résoudre les problèmes de fond et nous avons les yeux rivés sur un passé dit « glorieux », mais entachés d’injustices et mépris vis-à-vis beaucoup des populations signalées d’être « au marge » (les homosexuels, les mères célibataires, les femmes, les indigènes…), et par la suite tant des demandes de pardon envers eux ! mais nous résistons à l’appel du Seigneur : « aller vers l’autre rive ».  Restant sur cette attitude nous exposons, alors, à réduire l’Evangile à un tranquillisant supplémentaire !

De même, la foi en Jésus n’est pas une recette psychologique pour combattre les peurs ! Au contraire elle est la confiance radicale en un Dieu-Père et l’expérience de son amour inconditionnel pour tout être humain. Elle offre un socle spirituel solide pour affronter la vie dans la Paix et l’harmonie.

Le Christ, avec l’autorité qui lui vient de son Père, apaise la tempête. Ses gestes et ses paroles, rappellent le récit de la genèse : Fils du Créateur, Il va apaiser les éléments en furie, à la stupéfaction de ses disciples : « Qui est-il donc, pour que même le vent et la mer lui obéissent ? »

Il est évident que le Seigneur n’allait pas laisser périr ses disciples, malgré leur manque de confiance. La mission évangélisatrice est urgente ! Néanmoins ils doivent s’entraîner à la confiance, la disponibilité et l’autorité. Contre les ennemis destructeurs d’humanité il convient de se montrer solide dans la foi.

Le fait que Jésus apaise la tempête est pour les disciples, est un moment révélateur. La parole de Jésus est la parole créatrice de Dieu.

Dans ce récit, tout finit bien : les disciples ne périssent pas, Jésus les sauve. Mais ils vont périr un jour.

De plus, ils sont nombreux ceux qui, perdus dans une situation périlleuse, dans l’obscurité, dans le chaos, ne s’en sortent pas, crient éperdument vers Jésus… et périssent ! Nous mourons, nous aussi !

Le but de ce récit n’est donc pas de dire aux disciples – à nous aujourd’hui –  que nous survivrons si nous faisons appel à Jésus, mais de nous rappeler que dans le danger, dans la souffrance incompréhensible, dans la mort même, nous ne sommes pas abandonnés. Nous sommes dans un monde animé par la Parole de Dieu, celle de Jésus, et nous sommes entourés par sa puissance mystérieuse. Face à la souffrance, face à la mort, face au chaos, il faut du courage ! Sur le lac, ce moment révélateur de la majesté incompréhensible de Jésus donne ce courage aux disciples. Il nous le donne encore !

Le pape François a affirmé ce 27 mars 2020 : « Embrasser la croix, c’est trouver le courage d’embrasser toutes les contrariétés du temps présent, en abandonnant un moment notre soif de toute puissance et de possession, pour faire place à la créativité que seul l’Esprit est capable de susciter. C’est trouver le courage d’ouvrir des espaces où tous peuvent se sentir appelés, et permettre de nouvelles formes d’hospitalité et de fraternité ainsi que de solidarité. Par sa croix, nous avons été sauvés pour accueillir l’espérance et permettre que ce soit elle qui renforce et soutienne toutes les mesures et toutes les pistes possibles qui puissent aider à nous préserver et à sauvegarder. Étreindre le Seigneur pour embrasser l’espérance, voilà la force de la foi, qui libère de la peur et donne de l’espérance. »

 

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Homélie de Pentecôte. Chapelle Saint Vincent de Paul – Paris

Le temps est à l’audace, le temps est à l'espérance, le temps est à la joie ! C’est le temps de l’Église, le temps de la Mission, le temps de l’Esprit ! Pentecôte hier, Pentecôte aujourd’hui !

Yves BOUCHET

Homélie de Pentecôte. Chapelle Saint Vincent de Paul – Paris

Le temps est à l’audace, le temps est à l’espérance, le temps est à la joie !  

C’est le temps de l’Église, le temps de la Mission, le temps de l’Esprit ! Pentecôte hier, Pentecôte aujourd’hui !

Pentecôte hier : c’était 50 jours après Pâques nous dit le texte des Actes des Apôtres. Les apôtres étaient alors réunis dans la maison, avec au cœur la blessure du départ de Jésus. Et les tenaillait au ventre l’incertitude de la route à suivre, l’incertitude des lendemains. Un ciel en fond de nuages, des ombres, des doutes, des hésitations, un sentiment de peur, d’insécurité : le maître n’est plus là !

Et voilà que tout à coup quelque chose d’inattendu surgit. « Un bruit venu du ciel comme un violent coup de vent : la maison où ils étaient assis en fut remplie tout entière. Et tous furent remplis de l’Esprit Saint » nous dit le texte des Actes. Si bien que chacun se trouve renouvelé, chaviré, passant de la peur à l’audace, de l’inquiétude à la joie, du silence à la parole. Ce vent porte la signature de l’Esprit Saint, du souffle de Dieu, de son amour créateur, force de vie, force de Résurrection.

Car ce vent, souffle de l’Esprit Saint, c’est bien celui-là même qui a relevé Jésus d’entre les morts, qui d’un état de gisant l’a remis debout, vivant, ressuscité au jour de Pâques. L’Esprit Saint force de création et de vie déjà présent, comme nous le lisons dans le livre de la Genèse, lorsqu’il planait sur les eaux.

Et voilà que, remplis de l’Esprit Saint, ils se mettent à parler en langues, chacun se comprenant malgré les différences de langage, de culture, d’appartenance. L’Esprit Saint ne connait pas de frontières, il brise les barrières, il ouvre un chemin de liberté et de libération. Rappelons-nous Jésus au début de son ministère à la synagogue de Nazareth, lorsqu’il ouvrit le rouleau et proclama : « L’Esprit du Seigneur est sur moi, il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres. Les boiteux marchent, les sourds entendent, les muets parlent … c’est aujourd’hui que cela se réalise »

Ainsi l’Esprit Saint fait naître à la Vie, on pourrait dire qu’il est un accoucheur de vie. Avec lui tout peut naître et renaître : « Il vous faut naître d’en haut. Le vent souffle où il veut et tu entends sa voix, mais tu ne sais ni d’où il vient, ni où il va. Ainsi en est-il de quiconque est né de l’Esprit.» disait Jésus à Nicodème. Quand l’Esprit Saint fait irruption dans le cœur de l’homme quelque chose de nouveau surgit et souvent de l’inattendu.

La première Pentecôte dont nous parle les Actes des Apôtres nous fait part ainsi de la naissance de l’Église appelée à sortir de la maison pour aller au dehors. De l’Église qui doit oser la rencontre des hommes dans leurs différences, et s’engager dans la voie du témoignage en paroles, mais bien plus en actes, traduisant ainsi la charité, cet amour de Dieu qui doit bruler le cœur de l’homme. Le Pape François porte le souci, nous le savons, que l’Église vive au mieux cette mission dans le contexte de notre monde aujourd’hui lorsqu’il nous dit « d’aller aux périphéries et de témoigner de la tendresse de Dieu. Et encore de témoigner dans un monde où il nous faut construire et vivre la fraternité », dans sa lettre encyclique Fratelli tutti.

Pentecôte : L’Esprit nous envoi sur les routes humaines où déjà il nous précède et nous attend. « Dieu vivant ton Esprit nous devance sur les routes humaines »

Pentecôte aujourd’hui : Des millénaires nous séparent de la première Pentecôte, mais c’est bien le même Esprit qui souffle et nous pousse à rejoindre nos frères dans ce qui fait la réalité de notre monde aujourd’hui. Ce monde avec tout son poids de drames, avec ses attentes, avec ses recherches de toutes sortes, avec ses aspirations, avec son désir d’un mieux vivre et d’un mieux vivre ensemble dans le respect des différences et le respect de la nature. On n’a jamais autant pris conscience du prendre soin de la planète.

C’est dans ce contexte que L’Esprit Saint nous pousse, nous chrétiens et invite son Église à être au cœur de ce monde, sel et lumière. Il nous invite à oser des chemins nouveaux, à trouver un langage qui soit compréhensible aux oreilles de nos contemporains. Il nous pousse à rejoindre les hommes de ce temps et en particulier ceux qui sont en mal d’amour, de fraternité et d’espérance. Il nous envoie pour témoigner de l’Espérance.

Pentecôte aujourd’hui, c’est pour nous chrétiens, savoir reconnaitre et rendre grâce pour l’action de l’Esprit dans le cœur de nos frères qui, nombreux, et sans forcément partager notre foi, s’unissent et donne de leurs mains et de leur temps pour soigner l’homme blessé dans son cœur et dans sa chair. (J’ai en mémoire une image que peut être vous avez vu vous aussi aux informations télévisées hier soir, d’une jeune fille bénévole de la Croix rouge, réconfortant dans un geste de tendresse et de compassion, un jeune migrant africain rescapé épuisé par la nage.)

Pentecôte aujourd’hui c’est la force de l’Esprit Saint qui donne audace a des hommes et des femmes d’aller à la rencontre des autres avec et dans le respect des différences, et de braver des peurs, des préjugés ou des idéologies.

Pentecôte aujourd’hui c’est encore la puissance de pardon qui peut jaillir d’un cœur d’une maman qui voit sa fille perdre la vie à cause de la violence innommable qui surgit dans nos cités. C’est la force d’une parole apaisante, d’un appel à la paix et à la responsabilité qui rassemble des hommes, des femmes et des jeunes.

Pentecôte aujourd’hui c’est toute cette flamme qu’allume en nous le feu de l’Esprit Saint et qui nous engage et engage l’Église, c’est-à-dire tout le peuple des baptisés que nous sommes, à mettre en œuvre le commandement de l’amour que Jésus nous a laissé « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. »

Oui comme nous le dit Jésus dans l’Évangile que nous venons d’entendre : « Quand viendra le Défenseur, que je vous enverrai d’auprès du Père, lui, l’Esprit de vérité qui procède du Père, il rendra témoignage en ma faveur. Et vous aussi, vous allez rendre témoignage, car vous êtes avec moi dès le commencement. »

Ce Défenseur ne serait-il pas le Défenseur des droits de Dieu et des droits de l’homme ? Lui qui, comme nous le rappelle Paul dans sa lettre aux Galates, fait fleurir dans ales cœurs : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité douceur et maitrise de soi.

Et puisque l’Esprit Saint nous fait vivre, marchons sous la conduite de l’Esprit !

Amen !

 

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6e dimanche de Pâques – B. Jn 15, 9-17. Chapelle saint Vincent de Paul – Paris

Imaginons un sondage minute : comment résumer d’une seule phrase la foi des chrétiens ? Souvent la réponse, la nôtre peut-être, est : " aimez-vous les uns les autres "…

Jerome Delsinne CM

6e dimanche de Pâques – B. Jn 15, 9-17. Chapelle saint Vincent de Paul – Paris

Imaginons un sondage minute : comment résumer d’une seule phrase la foi des chrétiens ? Souvent la réponse, la nôtre peut-être, est : ” aimez-vous les uns les autres “

Belle formule, mais au catéchisme, il y a plusieurs années, dans une paroisse, la catéchiste préparait un chapitre qui présentait l’Église. Ce chapitre s’intitulait ” Ce jour-là des copains “. Il montrait beaucoup de groupes humains, comme des associations, des clubs sportifs, et l’Église, un groupe parmi d’autres… Un enfant très vite fait remarquer que ce qu’il y a de difficile, dans l’Église, c’est qu’il n’y a pas que des copains. C’est vrai, l’Église n’est pas un groupement d’intérêt, où l’on s’est choisi…

Ah, oui, la belle parole que ce ” Aimez-vous les uns les autres ! “. L’Évangile de ce matin nous invite à la compléter, à ne pas omettre la finale ; le Christ dit : ” Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés “. L’amour à la manière de l’Évangile ne répond pas à la seule logique du sentiment : j’aime, je n’aime pas, j’en reprends, je n’en reprends pas, j’achète et je revends sur Vinted ou leboncoin… L’amour selon l’Évangile, comme Jésus comporte non seulement du sentiment, mais aussi de la raison, des exigences, une logique, une pédagogie et un long apprentissage. Des retours sur les lieux apparents d’un échec… Nous aimons beaucoup savoir comment fonctionnent les choses. Eh bien, ce matin (ce soir), l’extrait du chapitre 15 de l’Évangile selon saint Jean nous aide à comprendre la voie (ou le chemin), la dynamique, le souffle de la foi des chrétiens.

La première étape de cette dynamique, c’est l’appel qui vient de Dieu. Je suis très frappé par l’insistance du Christ sur son initiative : ” Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis et établis “. Mais qui le Christ choisit-il ? Pas des ex-premiers de la classe, recrutés par un chasseur de tête mais des hommes que l’on sent étrangement proches de nous, parce que leur vie est faite de bas comme de hauts. Pour l’apôtre Pierre, par exemple, c’est prétention, fanfaronnade un jour, et lâcheté le lendemain… À ceux-là – et à nous – Jésus leur dit : “Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ignore ce que veut faire son maître. Maintenant, je vous appelle mes amis, car tout ce que j’ai appris de mon Père, je vous l’ai fait connaître “.

Le serviteur exécute un ordre, c’est tout ce qu’on attend de lui. De l’ami on attend qu’il fasse sien, qu’il épouse comme sa propre cause le désir de celui qui demande. Mais qui est Dieu pour nous ? Dieu ne serait-il pour nous qu’un maître ? Ne serions-nous que des serviteurs ? Mais alors pourquoi ce maître donne-t-il sa vie pour nous ? Ah, si nous nous laissions aimer, comme Dieu veut nous appeler : ” mes amis ! “

Deuxième étape, après l’initiative de Dieu, la réponse. Jésus dit : ” Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés “. L’amour du Père pour Jésus est une lumière qu’il sait capter et qu’il ne retient pas pour lui. ” Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. “ Jésus le dit. Jésus le fait !

Le Sauveur du monde nous propose d’enter à notre tour dans ce mouvement : ” Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres “. C’est parce que nous nous savons aimés, même lorsque nous savons nous ne sommes pas toujours aimables, que nous devenons à notre tour capable d’accueillir les autres, même si en eux tout n’est pas facile à aimer…

Étonnant comme l’amour est un don que l’on ne peut pas garder pour soi seulement si l’on veut l’accueillir vraiment. Souvenez-vous de la nuit de Pâques qui n’est pas si loin : dans beaucoup d’églises, tous se communiquent la lumière qui vient d’un unique cierge, allumé le premier, le cierge pascal. Le fait de partager la lumière ne l’appauvrit pas. Au contraire, la clarté s’accroît !

Reprenons donc : un, l’initiative de Dieu. Deux, notre réponse, qui nous ouvre. Et après ? Après, il s’agit, dit l’Évangile, de ” demeurer ” dans l’amour qui vient du Christ. Le mot ” demeurer ” mérite une attention soutenue car peut-être le contresens nous guette-t-il… Ne dit-on pas de quelqu’un ” c’est un demeuré “, pour préciser qu’il ne gamberge pas vite ? Mais chez saint Jean le verbe demeurer exprime tout sauf du surplace, un refuge permanent, un quiétisme. Dimanche dernier, nous entendions d’autres paroles du Christ qui comparait les disciples aux sarments, après s’être décrit lui-même comme la vigne. Il disait : ” Celui qui demeure en moi, et en qui je demeure, celui-là porte beaucoup de fruits “.

Demeurer avec le Christ, c’est durer avec lui, tenir bon dans son appel et son envoi, rester « greffé » sur lui en tant que disciple. Les gestes et les paroles de Jésus inspirent nos gestes et nos paroles, afin que nous soyons témoins de la lumière qui vient de lui. C’est ce qu’a réalisé sainte Louise de Marillac dans sa vie. Alors se réalise ce que saint Jean rapporte des paroles de Jésus : ” Je vous ai choisis afin que vous portiez du fruit. ” ” Je vous dis cela pour que ma joie soit en vous et que vous soyez comblés de joie. “

Oui, la foi des chrétiens commence par ” aimez-vous les uns les autres “, mais c’est un peu court. Notre foi c’est l’étonnement : est-il possible que Dieu nous aime au point de livrer sa vie pour nous ? Notre foi, c’est ensuite l’élan, le souffle d’un merci : ce merci, notre ” action de grâce “, nous ouvre aux autres et décuples nos possibilités. Notre foi, c’est aussi durer avec le Christ, qui guide et inspire nos gestes et nos paroles pour édifier avec Lui son Corps. La foi des chrétiens est un amour qui a son commandement, ses multiples modalités, ses exigences, ses vérifications, et, merveille, sa joie !

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Homélie du 5° dimanche de Pâques Année B. « Je suis la vraie vigne ». « Ce qui fait la gloire de mon Père, c’est que vous portiez beaucoup de fruit et que vous soyez pour moi des disciples »

Comment être disciples de Jésus et comment porter beaucoup de fruit ? Comment persévérer dans notre condition de disciples et comment être des disciples féconds de Jésus ? Il est question ici de persévérance et de fécondité.

Roberto Gomez

Homélie du 5° dimanche de Pâques Année B. « Je suis la vraie vigne ». « Ce qui fait la gloire de mon Père, c’est que vous portiez beaucoup de fruit et que vous soyez pour moi des disciples »

Chères sœurs, chers frères :

Comment être disciples de Jésus et comment porter beaucoup de fruit ? Comment persévérer dans notre condition de disciples et comment être des disciples féconds de Jésus ? Il est question ici de persévérance et de fécondité.

Or, par expérience, nous savons que vivre en disciple de Jésus pour un temps c’est relativement facile, comme il est également facile de porter quelques fruits pour un certain temps. Il est toujours question de persévérance et de fécondité dans la durée.

Lorsque Jésus raconte cette parabole de la vraie vigne à ses disciples il a peur mais il a autant d’espérance. Peur, parce que son départ était proche. Il sait que lorsque la passion arrivera tous vont le lasser seul et prendre le fuite ; mais son espérance tenait au fait que tout recommencerait grâce à ces disciples faillibles et peureux : l’espérance a vaincu la peur !

À ce moment précis de son histoire, Jésus confie son espérance à ses amis en utilisant le langage le plus familier et en même temps le plus profond. L’image de la vrai vigne insiste sur des réalités bien connues par tous à l’époque de Jésus :

  • Première réalité : ce sont les sarments qui portent les fruits, pas le cep (pas l’arbre). Les grappes de raisin sont portées par ces tiges fragiles et en même temps admirables.
  • Deuxième réalité : si les sarments portent de fruit c’est parce qu’ils sont unis à la vigne (au cep de la vigne) et parce que le vigneron en a pris soin en les taillant, en les émondant et ainsi en les

Nous comprenons mieux l’image retenue par la parabole : «  Je suis la Vigne, mon Père est le vigneron et vous êtes les sarments ».

Il en va ainsi de nos vies chrétiennes comme de nos vies humaines. Tout ce que nous faisons nous est donné. Si quelque chose nous est donné, c’est pour servir et pour accomplir une mission dans ce monde. Et si nous voulons nous accomplir en ce monde à travers nos missions et nos taches, cela se fait en persévérant, en étant passionnés par ce que nous faisons et surtout en se remettant constamment en question. L’évangile dirait en se laissant émonder, tailler. Il n’y a pas de véritable fécondité sans efforts ou renonciations. Autrement, nous stagnons, nous arrêtons d’avancer, nous nous contentons d’une petite vie alors que Dieu nous promet une vie en abondance !

Revenons sur une expression et une image de l’évangile :

« Demeurez en moi, car sans moi vous ne pouvez rien faire ». Voilà l’expression.

Et voici l’image : « tout sarment qui porte du fruit, mon Père le purifie en le taillant, pour qu’il en porte davantage ».

  • « Demeurez en moi », cette expression revient très souvent dans l’évangile de Jean et nous l’avons entendue 7 fois dans le court passage de l’évangile de ce jour. Il s’agit en effet, d’une invitation à l’amitié, à la fidélité ; à une forme de complicité et d’intimité avec le Seigneur. Jésus est le modèle de cette amitié fidèle. Il est à tout moment et un tout lieu la demeure du Père céleste. Il est le lieu de sa présence et le lieu de sa rencontre.

« Demeurez en moi comme je demeure en vous » : la source de notre vie spirituelle et de notre foi est à rechercher de ce côté-là.  L’évangile précise : « car sans moi vous ne pouvez rien faire ». L’expression est forte, mais il est vrai qu’en vie chrétienne, l’union, l’amitié et l’intimité avec le Seigneur sont la base de tout. Dieu cherche notre amitié et cela lui suffit… mais notre désir d’amitié doit être permanent. En toute circonstance et en tout lieu le Seigneur est avec nous… en toute circonstance et lieu nous nous sommes au Seigneur et nous demeurons en lui. C’est pour tout cela que nous avons pointé plus haut la persévérance. Persévérer, oui, persévérer dans cette amitié avec le Seigneur est essentielle. Si le sarment porte les grappes de la vigne, c’est parce qu’il est unis au cep, seul le sarment, ne peut rien produire. L’image est simple mais belle ! Oui, le sarment ne porte rien de lui-même. S’il porte des fruits, c’est parce que la sève et l’énergie vivifiante sont passées du cep aux sarments. Ce principe vivifiant ne vient pas de nous, il nous vient du Seigneur ressuscité que nous célébrons et invoquons dans cette eucharistie. En vie chrétienne, cette sève-là, vient de loin et de très profond.

 L’invitation est donc simple et vitale : demeurez en moi, soyez mes amis jusqu’au bout… car sans le Seigneur nous ressemblons à ces cep de vigne que nous utilisons pour faire le feu dans les champs ou dans les cheminées. Or, la seule fonction noble de la vigne est de porter des raisins gonflés de sucre, de matière première pour réjouir l’humanité et l’inviter à la fête.

  • C’est alors qu’intervient l’image de la taille, de l’émondage (du latin emundare nettoyer). En effet, si la vigne n’est pas taillée, élaguée, sa force se disperse ; trop de sarments, mais pas de fruits. Et s’il apparaît quelques grappes, celles-ci n’arrivent pas à maturité. La taille apparaît donc comme nécessaire et vitale. Le Vigneron, en taillant la vigne n’accomplit pas une opération sadique mais au contraire c’est un geste d’amour et de soin. Sans cette intervention , la vigne devient sauvage et inféconde. Vous savez bien comme terminent ces vignes-là.

Alors en vie chrétienne, si nous ne nous laissons pas élaguer, tailler par les mains amoureuses du Père, notre vie spirituelle risque de ressembler à une vigne sauvage : trop de sarments, peu ou pas de fruits… et ceux-ci seraient âpres et inféconds.

Le Seigneur est bon, ses mains sont douces… c’est nous qui résistons. Et lorsque nous résistons il y a de l’amertume, de la tristesse et de la douleur. Dans nos vies de baptisés, nous sommes passés par différentes étapes ou saisons. Entrons en nous-mêmes et reconnaissons que déjà le Seigneur nous a rendu féconds à maintes reprises, qu’il nous a taillé, élagués avec amour. C’est alors que la fécondité dans la fidélité et la persévérance a pu pointer son nez dans nos simples vies de disciples de Jésus… « La gloire de mon Père est que vous portiez du fruit et que vous demeuriez mes disciples ».

Roberto Gomez cm

Chapelle saint Vincent

Le 2 mai 2021

 

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Homélie de Pâques 2021, Jn 20,1-9. Chapelle Saint Vincent de Paul – Paris VIè

La crucifixion est en événement publique. Il y a des témoins qui peuvent raconter ce qui s’est passé. De plus, nous avons les différents récits des évangiles qui nous donnent des précieux détails : les dernières paroles de Jésus sur la croix, le cris vers le père, le coup de lance etc. Par contre la résurrection de Jésus ne peut pas être racontée parce que il n’y a pas eu des témoins.

Roberto Gomez

Homélie de Pâques 2021, Jn 20,1-9. Chapelle Saint Vincent de Paul – Paris VIè

Frères et sœurs : La crucifixion est en événement  public. Il y a des témoins qui peuvent raconter ce qui s’est passé. De plus, nous avons les différents récits des évangiles qui nous donnent des précieux détails : les dernières paroles de Jésus sur la croix, le cri vers le père, le coup de lance, etc.  Par contre, la résurrection de Jésus ne peut pas être racontée parce qu’il n’y a pas eu des témoins. Elle est de l’ordre de la foi, mieux encore, c’est la résurrection de Jésus qui rend possible la foi. Mais comment s’est-elle passé exactement la résurrection ? Personne ne peut le dire. On sait simplement que le tombeau est trouvé ouvert, d’autres parlent du tombeau vide, moi je préfère parler du tombeau ouvert. On sait aussi par les évangiles et par Paul qu’il y a eu des apparitions du ressuscité à plusieurs reprises : aux onze disciples, à Pierre, à Maire de Magdala… Luc conclura en disant : « C’est bien vrai ! Le Seigneur est ressuscité et il est apparu à Simon » (Lc 24,34). Paul de son côté affirme : « En effet, si tes lèvres confessent que Jésus est Seigneur  et si ton cœur croit que Dieu l’a ressuscité des morts, tu seras sauvé » (Rm 10,9). La résurrection est au cœur  de la foi. Mais comment arriver à la foi en Jésus ressuscité ?

L’évangile de Jean que nous avons proclamé aujourd’hui insiste sur le fait que les chemins pour arriver à la foi pascale sont bien différents. La manière et le timing ne sont pas identiques. Trois personnages sont mis en avant avec leur propre itinéraire de foi : Marie de Magdala, Pierre et le disciple que Jésus aimait.

Commençons par ce dernier. Le disciple que Jésus aimait est celui qui court le plus vite, qui arrive le premier au tombeau et qui croit sans voir, sans preuves. Jean dit : « il entra dans le tombeau, il vit et il crut ». Qu’est-ce qu’il voit  donc dans ce tombeau ouvert et vide ? Des signes, simplement des signes… et ces signes lui font signe ; ce qu’il voit est signifiant  pour lui.  Quelle rapidité ! Nous pouvons en être jaloux ! Mais rappelez-vous la fidélité du disciple que Jésus aimait : il est le seul disciple mâle au pied de la croix. Les autres n’ont pas supporté la crucifixion, ils ont eu peur et ont fui. Rappelez-vous aussi qu’il a reposé sa tête sur la poitrine de Jésus  et qu’il a pris la Mère de Jésus chez lui.

Passons au second personnage, à Pierre : il apparaît ici comme plus lourd et plus lent. Il est plus lent dans sa course au tombeau mais aussi dans la foi. Lui, il entre le premier dans le tombeau, constate de ses yeux que le corps inerte  de Jésus n’est plus là. Que les linges et le suaire sont là, bien disposés… mais ces signes ne lui font signe… Les signes, pourtant bien en évidence, ne le saisissent pas, ne lui rappellent rien. Il ne se souvient plus de l’Ecriture qui pourtant avait parlé de cela et de ce qui devait suivre à Jésus.  Il est comme anesthésié !!! Oui, on peut s’appeler Pierre, être le successeur de Jésus et avoir du mal à entrer dans la foi pascale. Selon Jean, il faudra que Pierre se rattrape de son triple reniement ; et qu’à trois reprises il confesse qu’il aime Jésus le bon pasteur, mort et ressuscité donnant sa vie pour ses brebis.

Puis, il y a Marie de Madeleine qui pleure et qui cherche ! Parmi les nombreuses figures féminines du quatrième évangile, Marie de Magdala est l’une des plus attachantes[1]. Elle est présente au pied de la croix de Jésus et  à sa sortie du tombeau. On pourrait dire qu’elle fait vraiment partie « des amis de Jésus » : fidèle dans l’épreuve comme dans le bonheur !

Marie de Magdala est la femme de l’amour gratuit et de l’amour de la première heure : « Le premier jour de la semaine, à l’aube, alors qu’il faisait encore sombre, Marie de Magdala  se rend au tombeau et voit que la pierre a été enlevée du tombeau » (20,1). Sa visite n’a pas de but précis, puisque à la différence des évangiles synoptiques (Matthieu, Marc et Luc), elle ne vient pas porter des aromates ; Nicodème l’a déjà fait à sa place. Les mains vides « elle vient seule, poussée par un profond désir, pour une ultime rencontre avec celui qu’elle aimait et qu’elle croit mort. Ainsi pourra-t-elle conduire son deuil  jusqu’à son terme[2]».

Marie de Magdala pleure la perte de Jésus, sa disparition. Elle est en deuil :  « On a enlevé du tombeau le Seigneur et nous ne savons pas où on l’a mis » (Jn 20,2). Par la suite, elle constate l’absence, la perte de la visibilité du corps de son bien-aimé Jésus. Expérience universelle et douloureuse après la mort d’un être cher ! Mais elle pleure et « tout en pleurant elle se penche vers le tombeau » (20,11). A ce moment-là, elle est incapable d’interpréter le tombeau vide comme un signe[3]. Elle est triste et le motif de sa peine tient dans « la radicale absence de son Seigneur : non seulement Jésus est mort, mais encore sa dépouille a disparue[4] ». Alors, des anges l’interrogent : « ‘Femme pourquoi pleures-tu ?’. Elle répondit : ‘on a enlevé mon Seigneur et je ne sais pas où on l’a mis’ » (20,13). Combien elle a du mal à rentrer dans le mystère ! Jésus, qu’elle ne reconnaît pas l’interroge à son tour : « Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? » (20,15). Le texte précise qu’elle se tourne en arrière, vers le passé. Le Christ ressuscité est devant ! Il faut encore qu’elle se retourne, qu’elle fasse un tour complet ; c’est-à-dire qu’elle se convertisse !

Une chose est certaine, « la disciple » est à la recherche de celui qu’elle a perdu. L’aveuglement de Marie est riche de sens à un double niveau : d’une part, personne, même pas elle, ne peut accéder à la foi par ses seules forces ; d’autre part, seule la Parole du Christ peut remplir ce rôle, seul l’envoyé de Dieu peut susciter la foi. A ce moment-là, le Bon Pasteur du ch. 10, qui connaît ses brebis et dont les brebis connaissent la voix, l’appelle par son prénom : MARIA ! Elle, se retournant complétement, lui dit littéralement : « mon rabbi » ! Pour elle, le Ressuscité n’est personne d’autre que le Jésus terrestre réanimé, le Jésus d’avant la croix, c’est pour cela qu’elle veut le toucher, l’agripper ! Au lieu de rester là, à retenir le Christ, le Ressuscité lui ordonne de le lâcher car elle a mieux à faire ! Elle doit faire le deuil de ce corps à jamais perdu et rentrer dans une dimension pascale de la foi. C’est pour cela que l’on peut dire que « la foi pascale est la quête à corps perdu, d’un corps perdu[5] ! ». Cela veut dire, que la foi est une recherche de ce Jésus vivant, à jamais perdu, qui doit se faire avec tout l’être,  avec toute l’intelligence, avec toutes ses forces et toute son âme !

Marie de Magdala  devient alors missionnaire… La première missionnaire qui porte la Bonne Nouvelle de la Résurrection à ceux qui sont devenus désormais frères de Jésus, parce qu’enfants du Père : Va trouver mes frères et dis-leur que je monte vers mon Père qui est votre Père, vers mon Dieu qui est votre Dieu. Marie de Magdala vint donc annoncer aux disciples : « J’ai vu le Seigneur, et voilà ce qu’il m’a dit » (20,17-18). Celle qui a commencé par la recherche d’un corps perdu, fini par aider à constituer un corps ecclésial, la famille du Ressuscité.

Nous aussi, nous sommes comme Marie de Magdala, parfois nous traversons des périodes de doute et avons l’impression d’avoir perdu le Seigneur. Alors,  même si cela semble difficile à comprendre, « Il nous faut perdre le Christ pour pouvoir le retrouver, incroyablement vivant  et étonnamment proche. Nous devons le laisser partir, nous désoler, pleurer son absence, pour pouvoir découvrir Dieu plus proche de nous que nous n’aurions su l’imaginer… Être désorientés, devenir comme Marie au jardin, ne sachant ce qui se passe, participe à notre formation. Sans quoi nous ne serions jamais surpris par une nouvelle intimité avec le Seigneur ressuscité[6] ».

Mes frères : les chemins vers la foi pascale sont divers, différents. L’important pour nous, c’est de chercher et même de ressentir une nostalgie brûlante lorsque nous perdons la foi  : « heureux ceux qui sans avoir vu, ont cru »  (Jn 20, 29).

 

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[1] St Jean propose dans son évangile plusieurs femmes qui ont un rôle important : la Mère de Jésus, La Samaritaine, la femme adultère, Marthe et Marie, Marie de Magdala. 

[2] Cf. A. MARCHADOUR, Les personnages dans l’évangile de Jean. Miroir pour une christologie narrative, Paris, Cerf, 2011 (2° édition), p. 120.

[3] J. ZUMSTEIN, L’Évangile selon Jean (13-21), Genève, Labor et Fides, 2007, p. 271.

[4] Idem, p. 277.

[5] Expression utilisée souvent à l’oral par X. THEVENOT.

[6] Idem, p. 286.

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