Homélie. Fête du Saint Sacrement. 14 juin 2020. Le Berceau de Saint Vincent de Paul

« Nous ne sommes que de passage ; toute chair passe comme l'herbe ; le temps qui passe ne se retrouve jamais. »…Ces proverbes d’allure pessimiste se croisent avec d’autres qui sonnent plus joyeusement : « Chaque minute qui passe te rapproche de Dieu ; “nous sommes des oiseaux de passage, demain nous serons loin,” On pourrait continuer ce jeu-là avec de nombreuse citations.

Jean-Pierre Renouard

Homélie. Fête du Saint Sacrement. 14 juin 2020. Le Berceau de Saint Vincent de Paul

Mes sœurs, mes frères,

 « Nous ne sommes que de passage ; toute chair passe comme l’herbe ; le temps qui passe ne se retrouve jamais. »…Ces proverbes d’allure pessimiste se croisent avec d’autres qui sonnent plus joyeusement : « Chaque minute qui passe te rapproche de Dieu ; “nous sommes des oiseaux de passage, demain nous serons loin,” On pourrait continuer ce jeu-là avec de nombreuse citations. Passer, c’est changer…Ce verbe évoque le transitoire et la proximité. Et pourtant à y bien réfléchir, évoquer un passage, c’est reconnaitre une présence si furtive soit-elle, comme une caresse, un sourire qui illumine la journée, une permanence toute de proximité, un bienfait qui en dit long sur quelqu’un d’aimé. Passer, c’est toujours laisser une trace, maintenir une action et peut-être transformer. Jésus le savait bien qui a inventé le plus bel acte d’amour qui soit avec ce que le nouveau Peuple de Dieu a nommé l’Eucharistie. Dieu passe en nous, se fait nourriture, transforme nos êtres de chair et nous sculpte une nouvelle créature de ressuscité. Aujourd’hui nous en célébrons l’origine, la  source et la permanence. Comme dirait Stéphan Berg, « Suivez-moi ! ».

; A l’ origine, il y a la Pâque comme nous le rappelle le livre du Deutéronome, en ce jour. Le Peuple de Dieu est livré à l’esclavage. Il souffre mort et passion, anticipant celle du Fils de Très-Haut. Alors Dieu lève un homme, un de ces géants de l’humanité qui par la puissance divine concrétise la délivrance. Moïse est le bras de Dieu qui préserve les fils d’Israël lors de la nuit pascale fondatrice, qui les marquera  du sang de l’Agneau lors du passage de la colère de Dieu sur l’Egypte des Pharaons. Après ce sera le passage de la mer rouge, le passage par le désert, le passage par le pays de la sécheresse et de la soif, le passage par la pauvreté, la faim, le dénuement matériel et spirituel. Et ces passages seront contrebalancés, enrichis par les dons inoubliables de la manne, ‘cette nourriture inconnue des pères’ et de ‘l’eau de la roche la plus dure’. Quand Yahvé passe, il ne laisse pas sans recours et sans secours : « Pas un peuple qu’il ait ainsi traité ! ». Ainsi la manne et l’eau seront-elles bénédictions et vie malgré les obstacles rencontrés : Dieu ne passe jamais en vain. Dieu passe, repasse et reste.

II. Moïse annonçait un autre Envoyé de Dieu « lorsque les temps furent accomplis ».Au travers de ses faits et gestes, se profile Jésus, Fils de Dieu Sauveur. Il passe dans notre humanité, il passe dans le temps, il passe dans le même peuple, par le même exil et les mêmes fins de non -recevoir, revivant en lui la passion du peuple élu et sa délivrance par le don inégalable de la résurrection. Et pour que ce don soit le don fait à toute l’humanité, il donne à la ‘multitude’, – je dis bien à la ‘multitude’ – l’offrande de son propre corps et de son propre sang. Cette nouvelle manne est un corps à corps avec le Christ, En relisant le chapitre 6 de st Jean, nous trouvons des mots et des raccourcis qui en disent long sur l’apport de l’Eucharistie : « vivant, vie éternelle, vraie nourriture, vraie boisson, je le ressusciterai au dernier jour, demeurer en moi… » pour ne regarder que les seuls versets (31 à 38) utilisés aujourd’hui. Ce n’est pas de l’imagination mais la réalité

III. Mais alors si Dieu passe et repasse, on peut dire qu’il reste. Dieu demeure. Il se fait notre ami et nous appelle « mes amis », Il vit en nous. « Chacun d’entre nous reçoit le Christ  mais le Christ reçoit chacun d’entre nous » a écrit st Jean-Paul II. J’aime à penser que Jésus se plaît en notre compagnie comme il le faisait en son pays natal. Il investit chacun de nos êtres et nous presse de le recevoir. Quand on célèbre l’Eucharistie, on a déjà un pied dans le ciel. Au fond, chaque jour, chaque dimanche, quand nous le pouvons, Dieu force notre porte et s’assoit à la table de notre vie. Nous vivons avec lui et lui avec nous. Quand nous prenons un peu de temps pour y penser, un vertige d’amour nous saisit et nous transporte de joie. Chaque messe est une Fête-Dieu…

Amen

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Mot d’accueil et Homélie pour la Fête de la Sainte Trinité. Chapelle St Vincent de Paul – Paris

Fêter la Sainte Trinité, c’est fêter le Mystère d’Amour dont nous faisons partie, dans lequel nous sommes sans cesse entrainés et renouvelés par le Souffle de Vie. Respirer au rythme de Dieu ! Le Fils nous rend présents à son Père, il nous présente à Lui comme ses frères et sœurs ; c’est sa joie. Celle du Père. La nôtre. Histoire d’alliance pour l’éternité !

P. Christian Mauvais, cm

Mot d’accueil et Homélie pour la Fête de la Sainte Trinité. Chapelle St Vincent de Paul – Paris

Mot d’accueil.

Frères et sœurs, bienvenue !

C’est une joie pour nous tous que de vous accueillir aujourd’hui dans cette Chapelle restée fermée à toute personne pendant plusieurs semaines. Elle n’en est pas pour autant devenue un tombeau sans aucune respiration, sans aucun mouvement de vie, sans aucun rassemblement. Chaque jour, la communauté s’est retrouvée ici, pour chanter les louanges, prier, méditer, célébrer et ces temps devant le Seigneur vous rejoignaient ; vous étiez présents avec nous, vous, vos familles, les personnes malades, hospitalisées, décédées, l’ensemble des soignants, toute personne dévouée sans compter etc…. cette chapelle n’a jamais été fermée à la vie ; à toute présence humaine. Ce n’était pas un silence de mort mais une musique de vie qui y régnait !

De vous voir ce matin et en bonne santé, cela fait plaisir car le visage de quelqu’un est irremplaçable ; il est notre vis à vis, ce face à face nécessaire pour respirer à plein poumons la vie offerte et reçue. Prenez le temps de vous regarder pour vous souhaiter la bienvenue, et ne pouvant le faire par un baiser de paix comme nous y invite st Paul, nous pouvons nous applaudir en signe d’accueil joyeux !

C’est un commencement… il y a encore de la place et chacun pourra peu à peu revenir s’asseoir, offrir, recevoir. Ces places vides peuvent nous donner le vertige et nous faire nous lamenter. Regardons-les plutôt comme un appel qui nous est adressé chaque dimanche : laisser une place à ce frère, cette sœur absent aujourd’hui et que nous souhaitons inviter, qui ne se sent pas encore prêt à venir avec nous, qui n’a pas encore compris à quel point il est aimé et attendu !

Le rassemblement eucharistique ne sera vraiment réalisé, que le jour où il ne manquera aucune personne , où chacun sera reconnu pour ce qu’il est, nécessaire pour former le Corps du Ressuscité qui est remis dans le cœur de notre Père.

Déjà avec vous, il y a tant de personnes dont vous portez la vie, avec leurs joies et leurs angoisses, leurs deuils, leurs désespérances ! toutes ces personnes connues, aimées, rencontrées.

Cette crise nous révélant notre fragilité personnelle et collective, nous rend humbles et nous invite à l’abandon et à la confiance. C’est dans notre faiblesse que la Grâce trouve la place pour produire ses fruits. Elle nous fait passer du ‘chemin du moi’ au chemin de Dieu et des autres.

Présentons-nous ensemble devant le Seigneur pour lui dire simplement MERCI, lui demander PARDON ; qu’il nous purifie dans son Esprit qui fait notre unité, qui fait de nous tous une même famille.

HOMÉLIE

Fêter la Sainte Trinité, c’est fêter le Mystère d’Amour dont nous faisons partie, dans lequel nous sommes sans cesse entrainés et renouvelés par le Souffle de Vie. Respirer au rythme de Dieu !

Le Fils nous rend présents à son Père, il nous présente à Lui comme ses frères et sœurs ; c’est sa joie. Celle du Père. La nôtre. Histoire d’alliance pour l’éternité !

Qui donc est ce Père qui nous reçoit chez lui, qui nous reconnaît et nous aime comme ses enfants, qui nous regarde avec ce regard unique, celui-là même qu’il porte sur son Fils bien-aimé ? Moïse a été le témoin de l’identité de ce Dieu dans sa rencontre avec lui sur la Montagne au moment de conclure une alliance, de s’engager dans une Promesse. Moïse a demandé le nom de celui qui devenait son partenaire dans l’Alliance car on ne s’engage pas à la légère, avec un inconnu quand il s’agit de son avenir. Dieu descend et vient se placer auprès de Moïse : « le Seigneur… Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de vérité ».

Devant ce dévoilement de l’identité de Dieu, Moïse se prosterne et invite Dieu à rester auprès de son peuple, à marcher au milieu de ce peuple car, reconnaît-il, c’est un peuple à la nuque raide qui a besoin d’être relevé par le pardon pour devenir héritiers d’une Promesse de Vie.

Dans ce dialogue, chacun a pu dire qui il est, en vérité et dire ce qu’il espère. Devant tant de bonté, de miséricorde de la part de Dieu, l’homme ne peut que demander d’être accompagné et renouvelé par le pardon. Une juste relation commence. Se connaître pour faire alliance, demeurer en communion, sachant que c’est dans le regard de l’autre que nous découvrons ce que veut dire aimer, être aimé. Le regard de Dieu transforme, met au jour ce que nous sommes !

Qui donc est ce Père  qui nous donne son Fils, qui accepte que son Verbe prenne chair pour nous ouvrir le chemin qui conduit à cette béatitude en Dieu ? En Jésus, nous découvrons combien nous sommes aimés, portés et conduits à la Vie et donc porteurs de vie !

  • Ce temps de confinement nous a appris en quelque sorte à nous connaître personnellement et dans notre relation avec les autres et celle avec Dieu. Il a fait naître chez certains, la peur de la mort, la sienne et celle des autres, la peur de la contamination, de la maladie, la peur de l’autre et ces sentiments ont pu dominer nos pensées, le rythme de nos vies, les sujets de conversation, et peut être aussi nous replier sur nous-mêmes, nous fermer à la vie, au risque. Une souffrance car nous ne sommes pas faits pour cela mais pour être ensemble, marcher ensemble, donner sens ensemble, nous aimer les uns les autres !
  • Ce temps de confinement a permis dans bien des endroits à ce que les gens se découvrent  et se reconnaissent ; ils étaient proches par l’habitation et pourtant ne se connaissaient pas. Ils ont appris à se dévoiler, à se montrer, à se dire et à agir ensemble. Il y a eu de belles expériences de communion ; un grand pas a été fait pour vivre une alliance nouvelle dans des quartiers, des immeubles, des rues, des lieux de travail, pour s’engager autrement dans la vie, en comptant sur l’autre et en se tournant vers l’autre. Une joie car le regard porté sur les autres a ouvert les cœurs, les mains, les portes. Une autre respiration pleine de vie !
  • Pour certains, ces conditions incertaines et source de peine ont été l’occasion de donner une autre place à la prière, la foi, la vie remise entre les mains de Dieu avec confiance.

D’une manière ou d’une autre nous avons expérimenté cette proximité de Dieu au milieu de nous malgré les apparences, nous avons reconnu notre vulnérabilité, notre fragilité, notre humanitude ! nous nous sommes reconnus comme personnes à la nuque raide,  braqués, raidis parfois dans notre analyse de la situation, notre jugement, et compréhension de la réalité et que nous avons refusé de comprendre ce qui nous était dit, proposé comme chemin pour  consolider notre communion.

Et là nous sommes en plein dans le Mystère de l’Amour. Nous faisons, très petitement, l’expérience de ce qui se passe en Dieu où le Père ne cesse de regarder son Fils et l’humanité, où le Fils ne cesse de regarder son Père où il retrouve ses frères et sœurs. Merveilleux mouvement de l’Esprit qui ouvre largement notre regard vers l’autre et qui nous rend si heureux. L’humanité a été traversé par ce souffle de renouveau et nous nous sommes assouplis dans nos raideurs, dans nos liens.

Fêter la Trinité c’est fêter cela. Notre engagement les uns envers les autres pour la vie, pour les plus fragilisés, démunis, oubliés. L’identité de Dieu que nous recevons,  nous oblige à nous tourner vers les autres et surtout vers ceux qui ne sont pas regardés, le faire avec compassion, bonté, douceur, porteurs de Paix.

Une base nouvelle pour vivre une alliance durable. ‘Laudato Si’ en est un contrat, qu’il nous faut relire, aborder pour découvrir l’unité et la beauté du monde, de la création ; qu’en fait tout se tient dans un mouvement d’amour, de vie.

Prenons du temps pour faire une lecture de ce temps vécu bien malgré nous ? qu’en retenons-nous pour avancer sur le chemin de la vie ? qu’avons-nous envie de continuer à pratiquer, à mettre en œuvre pour une nouvelle humanité, pour prendre soin des autres, de la création ? quel temps se donner pour reconnaître dans la foi, que Dieu marche au milieu de nous, comme Celui qui est plein de douceur, de vérité  et qui nous invite à changer notre regard sur le monde, sur les autres, sur notre fonctionnement, ?

Dieu est quelqu’un de profondément bon et juste, qui nous aime tant qu’il ne recule devant rien pour que nous entrions dans sa vie d’amour : il nous a donné son Fils. Que faisons-nous de ce cadeau ? comment nous mettre dans son écoute pour demeurer dans son Alliance et marcher vers la Vie ?

Bonne fête et encore bienvenue dans ces rassemblements d’Église.

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Pentecôte – A (Jean 20,19-23) “DE L’ARGILE ANIMÉE PAR L’ESPRIT”

Jean traite avec grand soin la scène dans laquelle Jésus va confier sa mission à ses disciples. Il tient à préciser ce qui est essentiel. Jésus est au coeur de la communauté, remplissant chacun de sa paix et de sa joie.

Jose Antonio PAGOLA

Pentecôte – A (Jean 20,19-23) “DE L’ARGILE ANIMÉE PAR L’ESPRIT”

Jean traite avec grand soin la scène dans laquelle Jésus va confier sa mission à ses disciples. Il tient à préciser ce qui est essentiel. Jésus est au coeur de la communauté, remplissant chacun de sa paix et de sa joie. Mais une mission attend les disciples. Jésus ne les a pas appelés seulement pour qu’ils se réjouissent avec lui, mais aussi pour le rendre présent dans le monde.

Jésus les «envoie». Il ne leur dit pas spécifiquement vers qui ils doivent aller, ni ce qu’ils doivent faire ni comment ils doivent agir: «Comme le Père m’a envoyé, ainsi je vous envoie moi aussi». Leur mission est la même que celle de Jésus. Ils n’en ont pas d’autre que celle que Jésus a reçue du Père. Ils doivent être dans le monde ce que lui-même y a été.

Ils ont déjà vu de qui il s’est rapproché, comment il a traité les plus démunis, comment il a réalisé son projet d’humanisation de la vie, comment il a semé des gestes de libération et de pardon. Les blessures sur ses mains et sur son côté leur rappellent le don totalqu’il a faitde sa vie. Jésus les envoie maintenant pour “reproduire” sa présence parmi les gens.

Mais il sait que ses disciples sont fragiles. Plus d’une fois, il a été surpris par leur «petite foi». Ils ont besoin de son propre Esprit pour accomplir leur mission. C’est pourquoi il s’apprête à faire sur eux un geste très spécial. Il ne leur impose pas ses mains ni les bénit, comme il le faisait avec les malades et les petits: «Il souffle sur eux et leur dit: Recevez l’Esprit Saint».

Le geste de Jésus a une force que nous ne savons pas toujours saisir. Selon la tradition biblique, Dieu a modelé Adam avec de «l’argile»; puis il a insufflé sur lui son «souffle de vie»; et cette argile est devenue un être «vivant». C’est ce qu’est l’être humain: un peu d’argile animée par l’Esprit de Dieu. Et c’est ce que sera toujours l’Église: de l’argile animée par l’Esprit de Jésus.

Des croyants fragiles, d’une foi faible: des chrétiens, des théologiens, des prêtres, des évêques et des communautés en argile… Seul l’Esprit de Jésus fait de nous une Église vivante. Les zones où son Esprit n’est pas accueilli restent «mortes». Elles nous nuisent tous, parce qu’elles nous empêchent d’actualiser sa présence vivante parmi nous. De nombreuses personnes ne peuvent pas saisir en nous la paix, la joie et la vie renouvelée par le Christ. Nous ne devons pas baptiser seulement avec de l’eau, mais répandre l’Esprit de Jésus. Nous ne devons pas seulement parler d’amour, mais aussi aimer les personnes comme lui.

José Antonio Pagola
Traducteur: Carlos Orduna

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Homélie. 7e dimanche de Pâques, année A, (Ac 1, 12-14 ; 1 P 4, 13-16 ; Jn 17, 1b-11a). 24 mai 2020

L’Ascension de Jésus avait plongé ses disciples dans un confinement volontaire au Cénacle d’où ils n’osaient sortir. Ils avaient verrouillé les portes de cette chambre haute par peur. Ils attendaient, sans savoir exactement leur sort. Il faudra la foudre de Pentecôte (ou plutôt ses langues de feu) pour qu’ils puissent sortir de leur confinement volontaire pour parler à la foule.

P Onyekachi Sunday UGWU CM

Homélie. 7e dimanche de Pâques, année A, (Ac 1, 12-14 ; 1 P 4, 13-16 ; Jn 17, 1b-11a). 24 mai 2020

L’Ascension de Jésus avait plongé ses disciples dans un confinement volontaire au Cénacle d’où ils n’osaient sortir. Ils avaient verrouillé les portes de cette chambre haute par peur. Ils attendaient, sans savoir exactement leur sort. Il faudra la foudre de Pentecôte (ou plutôt ses langues de feu) pour qu’ils puissent sortir de leur confinement volontaire pour parler à la foule. Le Cénacle est ainsi le confinement d’où jaillit l’élan missionnaire qui caractérise l’Église. Au Cénacle, ils se rassemblent, ils se tiennent ensemble, ils vivent ensemble, ils ne se quittent pas, ils ne se dispersent pas, ils vivent en communauté et ce sera une des caractéristiques des premiers chrétiens : la vie en communauté, la “vie ensemble” avec tout ce que cela suppose de partage, de dévouement, de tolérance, d’amour des autres, d’ouverture aux autres. Peut-être est-ce parce que nous avons perdu cette chaleur, cette vie commune, cette proximité entre nous que certains sont partis sur la pointe   des pieds   pour aller chercher   dans   des   sectes cette vie fraternelle et commune qu’ils n’ont pas trouvée chez nous.

Pendant quarante jours, les disciples ont fait l’expérience de Jésus vivant. Ils reconnaissent en lui « leur Seigneur et leur Dieu ». Désormais, il vit d’une vie toute nouvelle. Ils sont au Cénacle pour un temps de prière. Une grande mission les attend ; mais pour cette mission, ils ne seront pas seuls. Jésus leur a promis la venue de l’Esprit Saint. Pendant dix jours, ils vont rester en prière pour se préparer à sa venue. Une Église qui est en voie de sa propre naissance est en prière. Dans cette Église naissante, saint Luc souligne la place de Marie, la Mère de Jésus. Elle était présente dans le groupe des apôtres ; elle l’est aussi dans l’Église d’aujourd’hui. Nous ne pouvions rêver d’un meilleur accompagnement. Aujourd’hui comme autrefois, elle est là pour nous renvoyer au Christ et à son Évangile.

Aussi, c’est dans cette chambre haute de Jérusalem que Jésus a vécu, juste avant sa passion, une prière brûlante. Cette prière que la jeune communauté du Cénacle a repris dans l’attente de la Pentecôte. Le Christ qui va bientôt disparaître définitivement est en prière. À quelques heures de son arrestation, de sa passion et de sa mort, il se tourne vers Dieu son Père. Il prie d’abord pour lui-même. Que demande-t-il ? « Père, glorifie ton Fils, afin que ton Fils te glorifie. » L’heure est venue pour lui, de demander sa propre gloire. Cette gloire n’a rien à voir avec les honneurs des grands de la terre. Dans notre monde, la gloire est liée aux tapis rouges, aux foules qui se bousculent derrière des barrières pour voir passer leur idole. La gloire pour notre monde, c’est la renommée. Beaucoup sont prêts à tout pour se mettre en valeur et obtenir des distinctions honorifiques. En contrepartie, la gloire que Jésus nous propose ne se trouve pas dans le regard des autres. Jésus n’a pas cherché à plaire ni recherché l’approbation de quiconque que ce soit. Pour lui, la gloire est liée à sa mort et à sa résurrection. La gloire pour Jésus, c’est la valeur réelle de la personne. C’est sa vie qu’il veut donner à tous.

Et ensuite, il fait la prière d’adieux. Une prière qui vient du fond du cœur. Il prie pour ses disciples car il sait combien leur mission sera rude. Leur fidélité sera sans cesse mise à l’épreuve. Il confie ses disciples à son Père. Ils auront bien besoin de sa force pour la mission qui les attend.

C’est également important pour nous : avant de prendre des décisions qui engagent toute une vie, nous commençons par un temps de prière. Quels que soient nos engagements, nous avons tous besoin de ces temps de prière. Ils nous permettent de nous ajuster à ce que Dieu attend de nous. Nous vivons aussi ce moment de transition où après avoir vécu l’épreuve de confinement et le pire du Covid-19, même si nous ne sommes pas complément déconfinés, nous attendons un avenir meilleur.

La « prière sacerdotale » de Jésus, qui nous est transmise dans l’évangile d’aujourd’hui, nous aide à nous mettre dans cette attente. La prière de Jésus est vraiment celle du père de famille qui, sur le point de « partir », prononçait une dernière fois une prière en faveur de ses enfants. Jésus, malgré toute la souffrance qui pouvait l’habiter, dans la perspective toute proche de sa passion est apparu à la Cène dans toute sa dignité de Fils de Dieu ; il était en toute paix en conversation intime avec son Papa. C’est ce type de conversation intime qui nous manque souvent. Et ce même type de conversation que nous avons besoin aujourd’hui que jamais. Mais trop souvent, notre prière n’est que des mots enchaînés distraitement et rapidement sans réelle intimité avec Dieu. Un monologue basé sur nos requêtes sans même prendre le temps d’être en communication avec Dieu. Or, la prière doit être un élan du cœur envers Dieu, comme un instant de bonheur d’un enfant auprès de ses parents.

La Pentecôte, c’est dimanche prochain. Et c’est la venue de l’Esprit Saint pour nous. Puissions-nous, avant dimanche prochain, réunir les trois conditions qui feront venir l’Esprit de Dieu en nous tous : Vie de communauté, Vie de prière, Vie avec la Vierge Marie.

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« Je ne vous laisserai pas orphelins ! ». Homélie. 6 dimanche de Pâques. Année A. 17 mai 2020

Ne doutons pas de cette présence de l’Esprit parmi nous comme le Christ nous l’a promis : « Moi, je prierai le Père qui vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous,… il sera en vous. Je ne vous laisserai pas orphelins. » belle assurance !

P. Christian Mauvais, cm

« Je ne vous laisserai pas orphelins ! ». Homélie. 6 dimanche de Pâques. Année A. 17 mai 2020

Nous voici, depuis une semaine, arrivés à ce moment que tous espérions, attendions avec plus ou moins d’impatience, sortir enfin de ce confinement. Et nous découvrons que nous ne sommes pas aussi sûrs de nous que nous pouvions le penser !

Que les changements qui se dessinent ne gâchent pas le plaisir de nous revoir et de reprendre pieds dans nos vies !

Il y a encore ce mélange de peur, d’angoisse, de remises en question, de méfiance et toujours ce besoin de se protéger. Beaucoup se sentent quelque peu perdus, désorientés, engourdis. Les repères ne sont plus les mêmes.  Il nous faut, en quelque sorte, réapprendre à vivre avec les autres, (vivre avec un masque, garder une distanciation…) à trouver d’autres gestes sécurisants tant pour se déplacer, se rencontrer, se parler. Ce sentiment d’être un peu seuls, fragiles, dans ce monde d’après, qui commence à peine, où règne malgré tout et davantage l’incertitude et l’imprévu. Nous ne pouvons plus tout programmer comme avant. Alors, où trouver des ressources pour vivre dans cette incertitude ? ne serait-ce pas l’occasion de redécouvrir, d’expérimenter ce que veut dire : ‘mettre sa confiance dans le Seigneur’ et ‘nous mettre à l’écoute de l’Esprit’ ?

Toute proportion gardée, ne sommes-nous pas dans la même situation que les disciples qui sont troublés, déstabilisés quand Jésus leur parle de son départ ! dans la même situation qu’ils traversent après la disparition de leur ami. Ils sont déboussolés, dispersés et doivent réapprendre à vivre, à se retrouver entre eux, à se dire leurs craintes comme celle d’être arrêtés, leurs peurs de sortir, de s’exposer, et leur besoin de se protéger.

Il leur faudra du temps pour découvrir qu’une présence les accompagne, les rejoint, les réconforte ; c’est à force de fréquenter les Ecritures, de les lire et relire qu’ils comprennent ce qu’ils vivent et à force de se retrouver autour du partage du pain. Ils font cette expérience nouvelle de la présence et de l’action de l’Esprit.

Nous-mêmes, nous avons eu la chance de vivre, pendant le confinement, ces deux temps forts : la lecture des Écritures et l’Eucharistie. Nous ne sommes donc pas trop démunis pour aborder demain avec ses incertitudes, cette difficulté de prévoir à long terme.

Ne doutons pas de cette présence de l’Esprit parmi nous comme le Christ nous l’a promis :  « Moi, je prierai le Père qui vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous, … il sera en vous. Je ne vous laisserai pas orphelins. » belle assurance !

Croyons-nous suffisamment en cette force qui nous est donnée, qui est en nous et qui nous met en communion avec le Christ vivant auprès de son Père. Pouvons-nous désespérer, avoir peur indéfiniment ? Nous sommes accompagnés sur ce chemin où la vie est la même mais où, pourtant, bien des choses peuvent être modifiées, être revisitées dans nos comportements par ex. car nous avons été changés, touchés par ces semaines de confinement.

L’Esprit peut nous aider à définir la nouveauté que nous souhaitons voir installer dans nos vies, nos modes de fonctionnement, de rapports aux autres, nos modes de déplacements, de consommation etc… car ce temps est l’occasion de nous engager dans un vaste chantier avec d’autres croyants et bonnes volontés ; il n’y a pas de solutions toutes faites ; il nous faut repenser à tout cela et il s’agit donc d’écouter la voix de l’Esprit pour faire ce travail de discernement dans les lieux où nous sommes déjà̀ engagés.

N’est-ce pas un signe de l’Esprit que cette invitation du pape à célébrer Laudato Si, en nous demandant quel est le monde que nous voulons laisser aux plus jeunes, en portant attention à la clameur de la Terre et à celle des Pauvres, en prenant soin de la Création ?

L’Esprit n’est-il pas créativité, créateur de neuf ? n’est-il pas celui qui nous évite de revenir à un passé stable, à ne pas nous figer sur l’immédiateté, le frivole mais à nous fixer sur l’essentiel ! Dieu s’engage à nos côtés comme il l’a toujours fait. Il est là, proche, en nous. C’est l’Esprit du Fils, il ne nous laisse pas tomber.

Ne nous laissons pas disperser par le dé-confinement mais sauvegardons cette unité qui s’est construite pendant ces semaines, cette place redonnée à l’humain et surtout le plus fragile, ce nouveau regard sur des corps de métier qui sont essentiels à une vie ensemble.

Manifestons plus de charité, de compassion les uns envers les autres, plus attentifs à autrui, plus de respect pour le monde qui nous environne ; il y a des occasions de nous rendre meilleurs !

L’Esprit nous presse à sans cesse prendre et reprendre la route, avec confiance, prêts à ne pas recopier mais à créer du neuf.

La Pentecôte approche, demandons les secours du Guide intérieur ! Pour sortir des cénacles où nous nous confinons, pour prendre la route vers les espaces où Jésus nous envoie, nous avons besoin du Souffle divin. Ce Souffle est suffisamment fort pour faire quelque chose d’intéressant de ce qui nous attend ! ayons confiance, nous ne sommes pas orphelins !

Comme le dit St Paul : « puisque l’Esprit est votre vie, laissez-vous conduire par l’Esprit’ !

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Thomas dit à Jésus : « Mon Seigneur et mon Dieu ! ». Jn 20, 28

La personne de l’apôtre Thomas et son itinéraire de foi a toujours fasciné les fidèles des communautés primitives, depuis l’Egypte, la Syrie, jusqu’en Inde. Elle ne cesse de fasciner encore nos contemporains, croyants ou non.

Bernard Schoepfer

Thomas dit à Jésus : « Mon Seigneur et mon Dieu ! ». Jn 20, 28

En ce dimanche de la Divine miséricorde, à la demande du Père Christian, nous célébrons l’Eucharistie pour le repos du Père Gonzague Danjou CM, ce missionnaire infatigable ! Que le Ressuscité lui donne sa Paix et sa Joie.

Nous sommes en communion avec tous les membres de sa nombreuse famille, dont le Père Yves DANJOU, son frère. Nous prions, aussi, pour la Province de Madagascar.

Avec persévérance et fidélité, nous confions à Dieu notre Père ce monde bouleversé par l’épidémie ! Vierge Marie, mère de Jésus et notre mère, conduisez-nous vers Jésus, dans la paix et la sérénité.

 

HOMÉLIE

La personne de l’apôtre Thomas et son itinéraire de foi a toujours fasciné les fidèles des communautés primitives, depuis l’Egypte, la Syrie, jusqu’en Inde. Elle ne cesse de fasciner encore nos contemporains, croyants ou non.

Qui est l’apôtre Thomas ? Il se nomme en araméen : jumeau. Et de qui peut-il bien être le jumeau ?

– Les trois premiers évangiles ne nous donnent aucune indication. Thomas fait partie du groupe des douze, associé généralement à Matthieu le collecteur d’impôts ; dans l’ordre habituel, son nom ne figure qu’après les disciples proches de Jésus : Simon et André, Jacques et Jean (Mt 10, 2-4). C’est le dernier évangile en date, celui de Jean, qui lève légèrement le coin du voile.

– En trois lieux, trois moments de la vie du Maître, affronté déjà au mystère de la vie et de la mort, Thomas apparaît. Il veut savoir, connaître qui est Jésus, tendre de tout son être vers lui et connaître le chemin de vie : où va-t-il ? Comment aller vers lui ?

  1. Thomas apparaît la première fois lorsque Jésus décide d’aller à Béthanie, après la mort de Lazare. (Thomas, appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau), dit aux autres disciples : « Allons-y, nous aussi, pour mourir avec lui ! » – Jn 11, 16) Mourir avec lui, avec le Maître ! Les disciples pressentent en effet que l’événement à venir précipitera Jésus dans la mort.
  2. Ensuite, au moment de l’ultime repas que Jésus partage avec les disciples. Le Maître annonce qu’il préparera le lieu, la demeure de chacun d’eux, qu’il reviendra et les prendra avec lui. (Pour aller où je vais, vous savez le chemin. » Thomas lui dit : « Seigneur, nous ne savons pas où tu vas. Comment pourrions-nous savoir le chemin ? » – Jn 14, 4-5) Accéder de son propre mouvement au lieu que Jésus nous prépare. Est-ce bien l’expérience de la foi ? Thomas a-t-il bien entendu ? C’est pourtant le Maître qui déclare : « Quand je serai parti vous préparer une place, je reviendrai et je vous emmènerai auprès de moi, afin que là où je suis, vous soyez, vous aussi. Je vous prendrai avec moi». (Jn 14, 3)
  3. Enfin, le troisième lieu, c’est notre Évangile d’aujourd’hui, le mouvement de Thomas vers Jésus est celui de la vérification, par la vue, le toucher, du mystère de vie et de mort.

C’est le Christ ressuscité qui, alors, transforme l’intelligence de la foi et retourne le cœur de Thomas. C’est le Christ qui, en fait, vient vers lui, l’invitant à mettre ses doigts dans les stigmates, les trous, les vides, du corps supplicié le vendredi. C’est le corps glorieux du ressuscité qui est la lumière d’où peut jaillir notre acte de foi. C’est la résurrection qui précède la foi. C’est bien parce qu’il y a résurrection qu’il peut maintenant y avoir foi.

Tous les événements relus, par la liturgie, pendant cette octave pascale, les manifestations de  la présence de Jésus : à Thomas, aux disciples d’Emmaüs, à Marie Madeleine, à nous,… sont ceux d’une nouvelle genèse. Dans la rencontre du Ressuscité la peur recule pour céder la place à la confiance. Ce matin, en ce temps de crise sanitaire, Jésus nous interpelle : « C’est Moi, le Seigneur, qui vous cherche et vous trouve ; voilà, c’est Moi, en vérité, je vous le dis : ce n’est pas vous, c’est Moi ».

Et  de qui Thomas est-il le jumeau ? N’est-ce pas de chacun de nous, à un tournant de notre existence ?

Je vous partage ces réflexions du pape François lorsqu’il méditait l’évangile de ce deuxième dimanche de Pâques : « Thomas s’est exclamé après avoir vu les plaies du Seigneur : « Mon Seigneur et mon Dieu ! ».

Je voudrais attirer l’attention sur cet adjectif que Thomas répète : mon. C’est un adjectif possessif et, si nous y réfléchissons bien, il pourrait sembler déplacé de le référer à Dieu : Comment Dieu peut-il être à moi ?

Comment puis-je faire mien le Tout Puissant ? En réalité, en disant mon nous ne profanons pas Dieu, mais nous honorons sa miséricorde, parce que c’est lui qui a voulu se “faire nôtre”.

Et nous lui disons, comme dans une histoire d’amour : “Tu t’es fait homme pour moi, tu es mort et ressuscité pour moi, et donc tu n’es pas seulement Dieu, tu es mon Dieu, tu es ma vie. En toi j’ai trouvé l’amour que je cherchais, et beaucoup plus, comme jamais je ne l’aurais imaginé”. (1)

En ce dimanche de la « Divine Miséricorde », réunis pour célébrer l’eucharistie : « la fraction du pain »,  prions notre Seigneur et notre Dieu de remplir nos cœurs de sa miséricorde. Et dans notre quotidien, osons la partager, davantage, à tous nos frères et sœurs par des gestes, des paroles bienveillantes et de compassion.

Accueillons ces mots d’encouragement du Père Gonzague : « C’est à travers et à partir du Mystère de Dieu-Amour : Père, Fils et Esprit-Saint en lequel nous adhérons par la Foi que nous pouvons participer à la Vie même de  Dieu et donner la plénitude de sens à ce que nous sommes et à ce que nous vivons. Par la foi et la vertu de charité nous devenons la demeure de Dieu : « Si quelqu‘un m’aime il gardera ma parole, mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et nous ferons notre demeure chez lui ». Jn 14,23 (2)

Maintenant, offrons l’eucharistie pour le Père Gonzague, notre confrère ; missionnaire infatigable, pendant 47 ans à Madagascar ! Cher Gonzague, avec toi, nous bénissons le Père de notre Seigneur Jésus Christ, qu’il t’accueille dans sa grande miséricorde !

« Jésus Christ, tu l’as aimé sans l’avoir vu ; en lui, tu as mis ta foi. Aujourd’hui, exulte d’une joie inexprimable et sois rempli de gloire, car tu vas obtenir le salut de ton âme qui est l’aboutissement de notre foi ». (3)

____________________

(1) Homélie du 2ème dimanche de Pâques, 8 avril 2018.
(2) La charité, conférence d’Avent, 6 décembre 2009
(3) D’après 1 P 1, 8-9 – deuxième lecture de ce dimanche

 

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