“Une joie inquiète” 3e dimanche de l’Avent C. Homélie en la Chapelle saint Vincent de Paul à la Maison-Mère de Paris. 16 décembre 2018

“Une joie inquiète” 3e dimanche de l’Avent C.

Homélie en la Chapelle saint Vincent de Paul à la Maison-Mère de Paris. 16 décembre 2018

Une joie inquiète… Je vais vous faire un aveu : j’ai été bien embarrassé pour préparer l’homélie d’aujourd’hui. Ce dimanche est traditionnellement celui de la joie. Toutes les lectures nous invitent à la joie parce que l’événement qu’elles annoncent n’est autre que la naissance du Fils de Dieu devenu homme comme nous dans ce monde, envoyé du Père pour nous sauver.

Et en face de cette annonce qui provoque notre joie, il y a les événements que nous vivons depuis quelques temps. Tout peut nous faire porter un regard pessimiste sur notre monde. Il y a toujours des points chauds sur notre planète ; souvent nous sentons la paix et le bonheur compromis par des dangers qui nous menacent. Les trois semaines passées nous inquiètent et nous révoltent sur certains aspects ; je veux parler des casses, des séditions, de l’attentat de Strasbourg. Je veux parler de l’inquiétude lancinante et des désespoirs de nos concitoyens qui n’ont pas de quoi boucler le mois. Nous demeurons inquiets.
En écoutant la prédication de Jean, les foules se posent deux questions :

1. Sur eux-mêmes : «que devons-nous faire ?» Le précurseur leur répond en leur adressant des exhortations morales précises. La même question est posée aux apôtres le jour de la Pentecôte par ceux qui ont entendu le discours de Pierre. Celui-ci les invite à croire en Jésus-Christ ressuscité, à la conversion et à un nouveau baptême (Ac 2, 37, 41).

2. Sur Jean-Baptiste lui-même : le gens se demandent si Jean n’est pas le Messie. Celui-ci leur répond : le Messie vient, plus puissant que lui. Il sera l’auteur du nouveau baptême. Le Précurseur annonce, avec des images fortes, l’Esprit qui va tomber sur toute l’humanité. C’est comme le travail du vanneur : toute la récolte y passe, mais Il est urgent de se préparer par la conversion à un tel jugement.

Dimanche de la joie, au cours de l’Avent, avant-goût de la fête de Noël ; tout nous y invite autour de nous. Mais la vraie joie est plus profonde : elle demeure toujours, au-delà même des inquiétudes et des drames ; sur les ronds-point ; elle s’approfondit davantage dans la prière.

Écoutons les auditeurs de Jean Baptiste : Que devons-nous faire ?

Là encore ma perplexité surgit. Que devons-nous faire ? Trois choses qui vont vous paraître dérisoires ou n’engageant peu.

1. La prière, la prière c’est ce dont nous manquons le moins. Prions pour la paix, la concorde, le remède vrai à la misère, prions pour les plus démunis, les vraiment démunis, ceux qui en ont “ras le bol”. Mais « Tu n’as plus à craindre le malheur » nous a dit Sophonie.

2. La confiance en la bonté de Dieu : « Que votre sérénité soit connue de tous les hommes». Le Seigneur nous invite à communiquer aux autres cette sérénité. Paul appelle sérénité cette joie profonde ; nous en avons besoin par les temps qui courent. C’est à la fois la modération, la maîtrise de soi, le souci du bien commun, qui naissent de notre confiance en Dieu et que rien ne peut ébranler. Cette joie calme est l’un des signes du chrétien.

3. Attendre le Christ dans la foi ; il nait pauvre dans une étable. Dire «l e Seigneur est proche », c’est nous préparer à accueillir notre Sauveur qui vient ; mais c’est aussi être attentif au frère qui est près de nous pour le reconnaître. Le prochain que nous devons aimer est celui qui est proche de nous, comme le Seigneur est proche parce qu’il est mêlé à l’histoire des hommes. « il est en toi » – «il est au milieu de nous», sur le rond-point. Dieu est à l’action pour nous. Comment le reconnaître dans ce monde qui nous inquiète ?

Le Seigneur est proche de nous parce qu’il est présent à notre vie de tous les jours. Seulement, les soucis quotidiens nous accaparent et nous empêchent de voir celui qui est près de nous. Comment aller au-delà de nos inquiétudes et de nos peurs pour être sensibles, dans la foi, à l’action et à la présence du Seigneur ?

L’Eucharistie est occasion de reconnaître le Seigneur présent et agissant au milieu de nous. C’est dans ce mouvement de reconnaissance que nous attendons et préparons la venue prochaine de notre Sauveur.

Nous dirons tout à l’heure dans la préface : « C’est lui qui nous donne la joie d’entrer déjà dans le mystère de Noël, pour qu’il nous trouve, quand il viendra, vigilants dans la prière et remplis d’allégresse » (Préface de l’Avent 2).

Claude LAUTISSIER, CM 🔸

Dimanche de la joie, au cours de l’Avent, avant-goût de la fête de Noël ; tout nous y invite autour de nous. Mais la vraie joie est plus profonde : elle demeure toujours, au-delà même des inquiétudes et des drames ; sur les ronds-point ; elle s’approfondit davantage dans la prière.

Homélie du Premier Dimanche de l’Avent, Cycle C

Homélie du Premier Dimanche de l’Avent, Cycle C

Frères et sœurs : Les lectures de la Parole de Dieu de ce jour nous placent face à un contraste, pour ne pas dire une opposition : d’un côté nous avons une promesse de paix et de bonheur ; et de l’autre un discours dramatique annonçant le retour du Fils de l’homme.

Le prophète Jérémie annonce en effet paix et bonheur dans un contexte d’instabilité politique : « J’accomplirai la parole de bonheur… Juda sera sauvée et Jérusalem habitera en sécurité ». Cette heureuse promesse est assurée par l’annonce de la naissance d’un Messie, « un Germe de Justice », c’est-à-dire un roi-sauveur et libérateur descendant du roi David, qui venant dans le monde apportera la justice. La naissance de Jésus accompli cette promesse et alors les anges entonnent un chant de joie dans la nuit qui retentit encore dans nos liturgies : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté (Lc 2,14).

L’évangile de Luc, de son côté, sous un ton dramatique et mystérieux, rapporte un « discours eschatologique » de Jésus, juste avant de vivre sa passion : la nature et l’histoire vivront des cataclysmes, les nations seront affolées, les hommes mourront de peur dans l’attente de ce qui doit arriver au monde… Attention, ne lisons pas dans ces images violentes la description concrète de la fin du monde. Le Christ ne joue pas à faire peur ni à nous paralyser. Il veut plutôt indiquer que la création toute entière vivra un changement et une transformation totale grâce à l’arrivée du Fils de l’homme. Rappelez-vous que la présence de Dieu sur la montagne de Sion dans l’Ancien Testament provoqua des phénomènes cosmiques semblables : des voix puissantes, le tonnerre, la foudre, la nuée… et dans le campement tout le monde trembla (Ex 19,16). Telle est la sainteté de Dieu ! Ainsi… de manière semblable, la présence du Fils de l’homme à la fin de temps, marquera la fin d’un monde tel que nous le connaissons et inaugurera une nouvelle création. L’image de l’enfantement peut nous aider à mieux faire comprendre qu’il n’y a pas de naissance sans rupture, ni douleur, ni déchirure. St Paul le dit en d’autres termes dans la lettre aux Romains : « nous le savons en effet, la création toute entière gémit, elle passe par les douleurs d’un enfantement qui dure encore » (Rm 8,22).

Qui pourra tenir debout devant le Fils de l’homme le jour de sa manifestation ? Qui pourra cheminer dans l’espérance et la sérénité vers ce moment-là ? Nous pouvons souligner trois recommandations qui se dégagent de la Parole de Dieu qui sont autant d’attitudes à éveiller pendant ce temps de l’Avent.

« Tenez-vous sur vos gardes ! » Littéralement l’on doit traduire « prenez garde à vous-mêmes » ou encore « méfiez-vous de vous-même ». Qu’est-ce que cela veut-dire ? Très souvent il nous arrive de penser qu’il n’y pas d’au-delà, de vie après la mort ni d’éternité… Et cela est tragique !!! Et l’on se met à vivre comme des païens, à penser que l’histoire est un éternel retour, que la vie n’a ni sens, ni direction. On imagine que l’on tourne comme une roue dans le vide ! L’incarnation du Christ, nombreux sont ceux qui n’y croient pas, et encore ils sont nombreux ceux qui ignorent que la manifestation de Dieu dans notre nature humaine change et transforme complétement la condition humaine. Ce siècle qui commence avec de graves crises s’installe dans la grisaille et la morosité parce qu’il rejette la transcendance, et perd le sens et le goût de l’éternité. Alors oui ! Prend garde à toi-même, ne laisse pas ton cœur s’alourdir ; mais dresse-toi, relève la tête et collabore avec Dieu qui vient nous délivrer, c’est-à-dire briser les chaines qui nous retiennent et nous empêchent de regarder l’humanité et le monde avec foi, espérance et amour.

« Restez éveillés et priez en tout temps » : il s’agit de la seconde recommandation. C’est une invitation à ne pas s’endormir, ni s’appesantir ; à être alerte pour se défendre contre toute invasion qui arracherait de nous la foi et la confiance. A plusieurs reprises, Jésus dans l’évangile, parle d’un bon serviteur qui reste fidèle jusqu’au bout de la nuit en attendant l’arrivée de son maître : « heureux ces serviteurs que le maître à son arrivée trouvera en train de veiller » (Lc 12,37). Prier pour puiser des forces, pour creuser en nous le désir de Dieu. Pour que le désir de Dieu ne disparaisse de la face de la terre.

L’attente du temps de l’Avent et les lumières de Noël, émerveillent les yeux des enfants, font renaître le sourire des jeunes et conforte l’attente des vieillards. Le désir de Dieu s’enracine ; le besoin de sa présence se fait ressentir de plus en plus. Pour le croyant, plus on avance en âge plus on désire Dieu ; le grand âge est un Avent prolongé.

« Donne à tes Fidèles, Dieu tout puissant, d’aller avec courage sur les chemins de la justice à la rencontre du Seigneur ». Voilà la troisième attitude à éveiller pendant ce temps de l’Avent. Il s’agit de la prière d’ouverture de notre célébration proclamée au début de cette eucharistie. Cette prière belle et toute simple donne la tonalité à ces semaines qui nous conduiront aux fêtes de Noël. Le désir d’aller à la rencontre du Christ sur les chemins de la justice vient du Christ lui-même qui nous attire tel un aimant puissant et nous conduit vers l’éternité. Le Psaume 24 que nous avons proclamé va dans le même sens : « Seigneur enseigne-moi tes chemins, fais-moi connaître ta route, dirige-moi par ta vérité, enseigne-moi, car tu es le Dieu qui me sauve ». Le Christ est à la fois celui qui nous attire vers lui et il est encore le chemin.

Alors Seigneur notre Dieu : « donne à tes fidèles cette volonté, c’est-à-dire cette détermination, cette inclinaison, cette bonne pente, ce ferme propos… car dans la vie spirituelle il s’agit de vouloir avec Dieu »1.

P. Roberto GOMEZ, CM 🔸

L’attente du temps de l’Avent et les lumières de Noël, émerveillent les yeux des enfants, font renaître le sourire des jeunes et conforte l’attente des vieillards. Le désir de Dieu s’enracine ; le besoin de sa présence se fait ressentir de plus en plus. Pour le croyant, plus on avance en âge plus on désire Dieu ; le grand âge est un Avent prolongé.

Note :

1. Patrick HALA, La spiritualité de l’Avent à travers les collectes, Angers, Edition de Solesmes, 2004, p.18.

“Marie et saint Vincent”. Homélie à la fête de la Médaille Miraculeuse. Rue du Bac, Paris. 27 novembre 2018

“Marie et saint Vincent”

Homélie à la fête de la Médaille Miraculeuse. Rue du Bac, Paris. 27 novembre 2018

Vincent est l’homme de l’Incarnation du Fils de Dieu. Sa mise en actes de l’Évangile est une longue méditation du Christ incarné, évangélisateur et serviteur des pauvres.

Vincent a conscience de la présence discrète et humble de Marie tout du long de sa vie. Il ne cesse de l’invoquer et de la citer en exemple. Pour Vincent, Marie a une place privilégiée dans le mystère du Salut. À l’image de ce que l’on peut lire dans les évangiles, elle est celle qui veille sur les enfants que Dieu lui a confiés par amour, comme il lui a confié son Fils unique.

Les trois mystères de Marie Servante

Ce sont ces trois mystères qui accrochent la dévotion de Vincent à Marie et dans lesquels les trois vertus que Vincent nous recommande prennent leur origine.

 

  • L’Immaculée Conception : la simplicité

C’est bien le jour d’en parler. Dieu «n’en trouva pas une plus digne de ce grand ouvrage (l’Incarnation) que la très pure et immaculée Vierge Marie» (XIII, 35). Vincent nous invite à nous plonger, avec simplicité, dans cet amour infini offert à Marie pour qu’elle devienne mère de son Fils et servante du Royaume.

Dans la simplicité, Marie ne cesse jamais de rendre grâce à Dieu pour le don mystérieux de son Immaculée Conception. Elle nous montre ainsi le chemin de la joie dans le service évangélique des plus pauvres.

 

  • L’Annonciation : l’humilité

C’est le mystère des humbles par définition. Marie représente cette foule des pauvres qui mettent leur espoir en Dieu et auxquels Dieu répond par amour. Vincent nous rappelle que «c’est en ces pauvres gens que se conserve la vraie religion, une foi vive, ils croient simplement sans éplucher» (XI, 201). C’est dans ce mystère que l’humilité de Marie se révèle magnifiquement. C’est une humilité annonciatrice qui permet à l’œuvre de Dieu de venir s’incarner alors «donnons-nous à Dieu pour faire son œuvre» (X, 102) et «n’endurcissons pas notre cœur, accourons à la Sainte Vierge, la priant qu’elle nous obtienne de son Fils, la grâce de participer à son humilité qui la fait se dire la servante du Seigneur.» (X, 536).

 

  • La Visitation : la charité

Il s’agit de porter le Christ tout en allant à sa rencontre en se laissant interpeller par le plus pauvre qui porte en lui l’Image divine. Vincent se sert souvent de ce Mystère pour expliquer la nécessité de la rencontre. Il dit également que cette Visitation doit se faire avec un cœur rempli de Dieu, «il faut le faire en la vue de Dieu seul, et comme la Sainte Vierge le fit en allant visiter Sainte Élisabeth, c’est-à-dire tout en douceur, en amour et en charité» (IX, 258).

Marie est La Servante du Seigneur : «(Le Fils) la fit dire la servante du Seigneur lorsqu’elle était choisie pour être sa mère.» (X, 326).

Vincent fait confiance à ce mouvement populaire qui accroche sa prière à Marie, sans en oublier le sens le plus important à ses yeux : Marie, servante de Dieu, Sainte Vierge, est celle qui nous amène, comme à Cana, vers le Fils unique. C’est en ce sens que nous venons au pieds de cet autel et qu’elle peut recevoir notre appel au secours. «O Marie, conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous.»

P. Claude LAUTISSIER, CM 🔸

Vincent a conscience de la présence discrète et humble de Marie tout du long de sa vie. Il ne cesse de l’invoquer et de la citer en exemple. Pour Vincent, Marie a une place privilégiée dans le mystère du Salut.

Fête de la Toussaint. 2018

Fête de la Toussaint. 2018

Chers amis, réjouissons-nous et soyons dans l’allégresse en fêtant aujourd’hui tous les saints ! Réjouissons-nous spécialement avec les saints « de la porte à côté » (Pape François, Gaudete et exsultate n.7), ceux qui sont très peu connus et qui n’ont rien fait d’extraordinaire pendant toute leur vie. Ceux qui font partie de la « classe moyenne de la sainteté ». Ces « saints ordinaires » qui ont marché chaque jour sur le chemin de l’humilité, pour atteindre le jour, ce que l’on pourrait appeler « la sainteté des pauvres des cœur ». Oui, réjouissons-nous !

Mais, au fait, chers amis, un saint c’est quoi pour nous ? Quelqu’un de très sérieux qui évite de rire et de faire la fête ? Quelqu’un qui se préoccupe uniquement de Dieu et passe son temps en prière ? Quelqu’un de rare, à cause de ses nombreuses qualités ? Quelqu’un dont la perfection est si grande, qu’on ne pourra jamais l’atteindre ? Eh bien, non ! Et l’on a tort de croire que les saints sont des êtres rares, aux qualités exceptionnelles, car les saints ne sont pas de héros ! Et pourquoi cela ? Parce que, si l’effort vers la sainteté dessèche en nous les sources de l’amour et de la tendresse, s’il nous raidit ou nous pousse au désespoir, il risque d’aboutir à ce que nous constatons chez certains héros. Certains héros qui accomplissent des actions admirables jusqu’à s’exposer à la mort, certes, mais qui en arrivent parfois à se mettre à part de l’humanité ordinaire et à développer en eux un sentiment d’orgueil. Parfois même, ils en viennent à s’enfermer dans un orgueil hautain et méprisant envers les autres qui n’y arrivent pas. Nous avons affaire, dans ces cas-là à une prétendue sainteté, austère et revêche, une sainteté inhumaine et qui, si elle s’impose, elle n’attire finalement personne ! …

Au contraire du héros, le saint véritable qui a poussé la vertu jusqu’à son degré le plus héroïque, celui-là devient plein de tendresse envers le plus démunis et plein de miséricorde pour les pécheurs. Sa sainteté pleine de grâce n’est un reproche pour personne. En effet « la sainteté ne nous rend pas moins humains, car c’est la rencontre de notre faiblesse avec la force de la grâce » (n.34) disait le Pape François dans son exhortation apostolique « la joie et l’allégresse ».

Oui, douceur, oubli de soi, reconnaissance de la grâce, par l’émerveillement de ce qu’elle opère : voilà quelles sont les caractéristiques de la véritable sainteté, de la perfection de la sainteté : celle de l’amour. Un amour qui n’est pas atteint à coups d’efforts volontaristes, mais qui est répandu par la grâce de Dieu dans un cœur qui se purifie pour mieux l’accueillir. Oui, finalement, chers amis, le saint ce n’est pas celui qui a le moins péché, mais celui qui a le plus aimé le Seigneur et ses frères…

Alors, en cette fête de la Toussaint qui nous rappelle que nous sommes tous appelés à être saints, reprenons courage et n’ayons pas « peur de la sainteté car elle ne nous enlèvera pas les forces, ni la vie, ni la joie » (n. 32). Nous ne serons peut-être jamais le saint et le juste, le bon chrétien, le bon prêtre la bonne religieuse que nous avions rêvé d’être, mais nous pouvons devenir ce pauvre qui n’a plus à offrir à Dieu que ses mains vides. Et alors, comme pour les saints ordinaires tout deviendra possible pour nous. Car, nôtre pauvreté deviendra une grâce et la sainteté de Dieu pourra enfin remplir nos mains vides, nos mains des pauvres, mais ouvertes et tendues pour demander et recevoir comme des pauvres… Ainsi, s’il plait à Dieu, nous prendrons place un jour auprès des saints ordinaires, ceux qui ont essayé de faire leur devoir, tout bonnement, tout simplement, mais avec tellement d’amour !… Amen

Alain PEREZ, CM 🔸

Oui, douceur, oubli de soi, reconnaissance de la grâce, par l’émerveillement de ce qu’elle opère : voilà quelles sont les caractéristiques de la véritable sainteté, de la perfection de la sainteté : celle de l’amour.

Explications :

Homélie prononcé lors de la fête de la Toussaint à la Chapelle de la Médaille Miraculeuse (Rue du Bac) à Paris

http://www.chapellenotredamedelamedaillemiraculeuse.com/

Homélie du 23 mai 2018. Rencontre des Visitatrices, Filles de la Charité. Fête de sainte Jeanne Antide Thouret

Homélie du 23 mai 2018. Rencontre des Visitatrices, Filles de la Charité

Fête de sainte Jeanne Antide Thouret

Chères sœurs Visitatrices, chères sœurs : « Quand Dieu appelle et qu’on l’entend, Dieu donne tout ! » Cette phrase de sainte Jeanne Antide peut bien résumer sa vie ! Ayant entendu l’appel de Dieu, elle a compris quel était son dessin sur elle, elle lui a fait confiance et malgré toutes les épreuves rencontrées, elle n’a pas cessé de répondre à sa vocation à l’école de Vincent de Paul.

Sa vie est toute marquée par la souffrance et l’épreuve, par la difficulté et même le rejet. A 16 ans elle perd sa mère qui a vécu une longue maladie. Elle jouera le rôle de mère même si sa tante maternelle lui fait la guerre. En 1787, à 22 ans, elle quitte son père et ses frères pour entrer chez les Filles de la Charité. Une année plus tard éclate la révolution française. 4 ans plus tard, la révolution disperse toute congrégation religieuse. Jeanne quittera les Filles de la Charité, s’en suivent : dispersion, persécutions, voyages, épreuves et fondation d’une nouvelle congrégation… Cependant, elle n’abandonnera jamais l’esprit Vincentien, elle ne quittera jamais des yeux le Christ aimé et contemplé par saint Vincent de Paul. En peu de temps elle s’imprègne du Charisme Vincentien comprenant clairement que Dieu aime les pauvres, qu’il aime ceux que les aiment parce qu’il s’identifie aux affamés, aux malades, aux prisonniers… et « chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25).

A l’école de Vincent de Paul, et à l’exemple de Jeanne Antide, nous devons comprendre l’incarnation de Jésus-Christ jusqu’au bout à la manière de Matthieu 25. En effet, très souvent, très souvent… l’incarnation du Christ est comprise à moitié. Nous comprenons et acceptons bien que l’incarnation du Fils de Dieu s’est réalisée dans l’humanité de Jésus et que cette incarnation s’est prolongée dans l’eucharistie.

Vincent de Paul, ira plus loin, bien plus loin ! Pour lui l’incarnation du Christ est encore plus audacieuse et intrépide. A ses yeux, Dieu n’est pas seulement présent en Jésus et dans l’eucharistie, mais à la lumière de de Matthieu 25, Dieu est réellement présent dans la personne du pauvre. « Ces petits qui sont mes frères », c’est-à-dire, sa propre chaire, représentent le Fils de Dieu souffrant et réclamant notre amour et compassion. Tournez la médaille dit saint Vincent plus d’une fois, n’est-ce pas ? Vous voyez, Vincent de Paul pousse la logique de l’incarnation jusqu’au bout. Il ne s’arrête pas au milieu de l’itinéraire de l’incarnation… au contraire, il en tire toutes les conséquences. Il dira alors : les pauvre nous représentent Jésus-Christ : « il nous faudra nous persuader fortement que les pauvres sont les membres du Fils de Dieu et qu’en eux nous servons la personne de Jésus-Christ » (Coste IX, 362-363). C’est bien pour cela qu’il conçoit que quitter l’oraison et même l’eucharistie pour servir un pauvre, « c’est quitter Dieu pour Dieu ».

Mes sœurs, Vincent de Paul n’est pas seulement un actif, il est un mystique ; un mystique de l’amour de Dieu incarné en Jésus-Christ, dans l’eucharistie et dans les pauvres. Chaque fois que nous lisons la page de Matthieu 25, j’entends Vincent de Paul nous dire : nous vous trompez pas, ne vous méprenez pas : le Christ est présent dans le sacrement de l’autel, certes, mais il est également, identiquement présent dans l’affamé, l’exilé, le malade ou le prisonnier…

Lorsque les théologiens expliquent le fait que dans l’eucharistie le pain devient le Corps du Christ et le vin devient le Sang du Christ, ils utilisent le mot de transsubstantiation (un mot bizarre !!!). Eh bien, le Jésus de l’évangile de Matthieu parle d’une autre transsubstantiation… Dirions-nous d’une autre présence réelle, présence réelle que Vincent a également contemplée, aimée et vénérée : les pauvres sont Jésus-Christ incarné. Comment cela est-il possible ? Par le miracle de l’’amour infini de Dieu. Oui, par l’amour fou de notre Dieu « Jésus tout entier passe dans la substance des pauvres. Jésus (est) tout entier sous l’espèce des pauvres. Jésus (est) devenu toute espèce de pauvre. Toute espèce de pauvre est transsubstantiée en Jésus, puisque aussi bien « C’est à moi que vous l’avez fait » est une autre manière de dire : « Ceci est mon corps… A cette transsubstantiation-là, il n’y a pas grand monde qui pense…[1] ». Vincent y a pensé. Il l’a comprise. Toutes ses forces et énergies, il les a mises au service des membres souffrants de notre Seigneur. Mais il faut être mystique pour pouvoir comprendre et traduire cela en actes.

Avec raison, le P. TOSCANI, en parlant du côté mystique de saint Vincent de Paul, affirme : « Parmi les spirituels de son temps, il est le plus grand contemplatif de la charité, favorisé par une extraordinaire expérience mystique de l’Amour divin, unique en son genre. Il n’est pas seulement le grand saint du grand siècle, mais dans un siècle de grands mystiques, il se distingue comme le plus grand mystique de l’Amour de Dieu dans le Christ. Après lui il y aura le ‘crépuscule des mystiques’, à cause justement, d’une éclipse de la charité agissante, comme expression obligée de l’Esprit Saint [2] ».

Comme dirait le Pape François : Ne nous laissons pas voler ni l’Amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ, ni l’expérience mystique de cet Amour divin qui nous met au service de ces petits qui sont ses frères, qui sont nos frères : « Une religion sans mystique est une philosophie [3] ».

Roberto GOMEZ, CM 🔸

Vincent de Paul n’est pas seulement un actif, il est un mystique ; un mystique de l’amour de Dieu incarné en Jésus-Christ, dans l’eucharistie et dans les pauvres. Chaque fois que nous lisons la page de Matthieu 25, j’entends Vincent de Paul nous dire : nous vous trompez pas, ne vous méprenez pas : le Christ est présent dans le sacrement de l’autel, certes, mais il est également, identiquement présent dans l’affamé, l’exilé, le malade ou le prisonnier…

Notes :

[1] Cf. François CASSINGENA-TRÉVEDY, Etincelles II 2003-2005, Ad Solem, Genève, 2007, p. 421.

[2] Père Guiseppe TOSCANI, La mystique des pauvres. Le Charisme de la charité. Editions saint Paul, Versailles, 1998, p. 39.

[3] Pape François, entrevue dans La Republica,  du 1er octobre 2013.

Bienheureux Ramose Lucien Botovasoa : “La sainteté est le visage le plus beau de l’Église”

Bienheureux Ramose Lucien Botovasoa : “La sainteté est le visage le plus beau de l’Église”

Vohipeno est un chef-lieu de district de la région sud est de Madagascar et il se trouve dans le diocèse de Farafangana, à 42km de Manakara la ville la plus proche. Un évènement exceptionnel a eu lieu dans cette bourgade de plus de 10 000 habitants.

Vohipeno a vu en trois jours quadrupler sa population ! Pour quelle raison? Aucun mot ne peut qualifier cet événement qui a vu converger cette affluence venue des quatre coins de l’île et même du monde, composé de catholiques, de non catholiques, de religieux, de non religieux, de croyants, de non croyants, de politiciens de tous bords, de journalistes avides de sensationnel, de simples curieux… a vécu ce dimanche 15 Avril 2018. Plus de 80 000 personnes se sont rassemblées à Vohipeno pour ne pas rater un évènement qui marquera d’une pierre blanche l’histoire de cette capitale du pays Antemoro déjà bien connue par les historiens et les anthropologues habituée à des évènements historiques…Toutefois, jamais n’a eu lieu une béatification dans la région !

La petite colline de Tanjomoha se trouve à l’entrée de Vohipeno. Le Père Deguise, un lazariste devenu moine, premier Postulateur de la cause de Lucien Botovasoa du temps du premier Evêque du diocèse de Farafangana Mgr Chilouet, Lazariste (1964) a élu Tanjomoha pour vivre en ermite… Coïncidence ou bien grâce, c’est cette colline qui a été choisie par les organisateurs 50 ans plus tard pour célébrer la béatification de Lucien Botovasoa !

La colline de Tanjomoha est devenue pour les 80 000 pèlerins un véritable « Mont Thabor » (Mont de la transfiguration Mc 9). Pourquoi ? Pendant quelques heures, le temps de la célébration de la Béatification de Lucien Botovasoa, les pèlerins ont vécu ce que les trois disciples ont expérimenté au Mont Thabor lors la transfiguration de Notre Seigneur. Comme Pierre, chacun a connu un moment très intense et personne n’a voulu le quitter…. Ce fut une véritable Pentecôte également… Les coeurs brûlaient en entendant la belle homélie du Cardinal Piat, Légat du Pape, en participant aux beaux chants et en suivant ensemble les gestes liturgiques bien rythmés… Comme les disciples d’Emmaüs ayant rencontré le Seigneur ressuscité et rentrant à Jérusalem pour annoncer la joie de Pâques, ces foules heureuses d’avoir été touchées par la grâce, après avoir vu les merveilles de Dieu souhaitent maintenant ensemble tous et chacun, à la suite du nouveau Bienheureux Lucien Botovasoa être maintenant des artisans de paix, des réconciliateurs et pourquoi pas appelés à être des témoins de la justice, de la vérité…. en ce moment où le pays en a tant besoin.

Ce que dit le Pape à partir de l’Exhortation : Gaudete et exsultate » . En faisant cette relecture de la vie de Bx Lucien Botovasoa les paroles du Pape dans son exhortation publiée juste la semaine de la béatification (9 avril) « Gaudete et exultate » me viennent en tête car elles semblent être « écrites » pour notre nouveau Bienheureux donc nous interpellent également. Il a voulu être saint, martyr dès le jour de sa conversion pour répondre à sa vocation. : « Soyez dans la joie et l’allégresse » (Mt 5, 12), dit Jésus à ceux qui sont persécutés ou humiliés à cause de lui. Le Seigneur demande tout ; et ce qu’il offre est la vraie vie, le bonheur pour lequel nous avons été créés. Il veut que nous soyons saints et il n’attend pas de nous que nous nous contentions d’une existence médiocre, édulcorée, sans consistance. En réalité, dès les premières pages de la Bible, il y a, sous diverses formes, l’appel à la sainteté. Voici comment le Seigneur le proposait à Abraham : « Marche en ma présence et sois parfait » (Gn 17, 1)…. (Plus loin le Pape de continuer que tout le monde est appelé à la sainteté)… Pour être saint, il n’est pas nécessaire d’être évêque, prêtre, religieuse ou religieux. Bien des fois, nous sommes tentés de penser que la sainteté n’est réservée qu’à ceux qui ont la possibilité de prendre de la distance par rapport aux occupations ordinaires, afin de consacrer beaucoup de temps à la prière. Il n’en est pas ainsi. Nous sommes tous appelés à être des saints en vivant avec amour et en offrant un témoignage personnel dans nos occupations quotidiennes, là où chacun se trouve. (Justement Lucien Botovasoa est un baptisé aspirant toujours à être « saintmartyr »).

Pour un chrétien, il n’est pas possible de penser à sa propre mission sur terre sans la concevoir comme un chemin de sainteté, car « voici quelle est la volonté de Dieu : c’est votre sanctification » (1 Th 4, 3). Chaque saint est une mission ; il est un projet du Père pour refléter et incarner, à un moment déterminé de l’histoire, un aspect de l’Évangile….C’est dans la vie quotidienne, ordinaire que Lucien a témoigné sa foi… N’aie pas peur de viser plus haut, de te laisser aimer et libérer par Dieu. N’aie pas peur de te laisser guider par l’Esprit Saint. La sainteté ne te rend pas moins humain, car c’est la rencontre de ta faiblesse avec la force de la grâce. Au fond, comme disait Léon Bloy, dans la vie « il n’y a qu’une tristesse, c’est de n’être pas des saints »

Enfin, le chemin qu’a pris Lucien Botovasoa est celui que le Pape nous préconise dans le troisième chapitre de l’exhortation : le chemin de la béatitude : … Jésus a expliqué avec grande simplicité ce que veut dire être saint, et il l’a fait quand il nous a enseigné les béatitudes (cf. Mt 5, 3-12 ; Lc 6, 20-23). Elles sont comme la carte d’identité du chrétien. Donc, si quelqu’un d’entre nous se pose cette question, “comment fait-on pour parvenir à être un bon chrétien ?”, la réponse est simple : il faut mettre en œuvre, chacun à sa manière, ce que Jésus déclare dans le sermon des béatitudes. À travers celles-ci se dessine le visage du Maître que nous sommes appelés à révéler dans le quotidien de nos vies. Le mot “heureux” ou “bienheureux”, devient synonyme de “saint”, parce qu’il exprime le fait que la personne qui est fidèle à Dieu et qui vit sa Parole atteint, dans le don de soi, le vrai bonheur.

Je conclus cette relecture de l’exhortation à partir de la belle figure de Lucien Botovasoa par ce « cri » du Pape que chaque pèlerin de Vohipeno a bien saisi, et qui résonne encore dans le cœur de chacun: « La sainteté est le visage le plus beau de l’Église »…. Et tout le monde de continuer… non seulement de l’Eglise mais du monde…

 + Marc Benjamin RAMAROSON, CM 🔸

Pour un chrétien, il n’est pas possible de penser à sa propre mission sur terre sans la concevoir comme un chemin de sainteté, car « voici quelle est la volonté de Dieu : c’est votre sanctification » (1 Th 4, 3). Chaque saint est une mission ; il est un projet du Père pour refléter et incarner, à un moment déterminé de l’histoire, un aspect de l’Évangile…

Pape François
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