Baptême du Seigneur. Réflexion

Baptême du Seigneur – C (Lc 3,15-16.21-22). Réflexion

Jean-Baptiste ne permet pas aux gens de le confondre avec le Messie. Il connaît ses limites et il les reconnaît. Il y a quelqu’un de plus fort et de plus décisif que lui. Le seul que le peuple doit accueillir. La raison en est claire. Jean-Baptiste leur offre un baptême d’eau. Seul Jésus, le Messie, «les baptisera avec le feu et le Saint-Esprit».

De l’avis de nombreux observateurs, le plus grand problème de l’Église aujourd’hui est la «médiocrité spirituelle». L’Eglise ne possède pas la vigueur spirituelle nécessaire pour faire face aux défis du moment présent. Cela devient de plus en plus évident. Nous avons besoin d’être baptisés par Jésus avec son feu et son Esprit.

Chez beaucoup de chrétiens, la peur de tout ce qui peut nous conduire à un renouveau est en train d’augmenter. On insiste beaucoup sur la continuité afin de préserver le passé, mais on ne soucie pas d’écouter les appels de l’Esprit pour préparer l’avenir. Petit à petit, nous devenons incapables de lire les «signes des temps».

La primauté est donnée aux certitudes et aux croyances pour renforcer la foi et parvenir à une plus grande cohésion ecclésiale face à la société moderne, mais souvent une adhésion vivante à Jésus n’est pas cultivée. Avons-nous oublié qu’il est plus fort que nous tous? La doctrine religieuse, presque toujours exposée dans des catégories pré-modernes, ne touche pas les coeurs et ne convertit pas nos vies.

Après avoir abandonné le souffle rénovateur du Concile, la joie s’est éteinte dans des secteurs importants du peuple chrétien, pour faire place à la résignation. De manière discrète mais palpable, la désaffection et la séparation entre l’institution ecclésiale et nombre de chrétiens, est en train de se développer.

Il est urgent de créer le plus tôt possible un climat plus convivial et cordial. N’importe qui ne pourra pas éveiller dans le peuple simple l’enthousiasme perdu. Nous avons besoin de revenir aux racines de notre foi; d’entrer en contact avec l’Evangile et de nous nourrir des paroles de Jésus qui sont «esprit et vie».

Dans quelques années, nos communautés chrétiennes seront très petites. Dans beaucoup de paroisses, il n’y aura plus de prêtres en permanence. Il est important de préparer dès maintenant un noyau de croyants autour de l’Evangile. Ils garderont vivant l’Esprit de Jésus au milieu de nous. Tout sera plus humble, mais aussi plus évangélique.

Ce qui nous est demandé c’est de commencer déjà à réagir. Le meilleur que nous puissions laisser en héritage aux générations futures est un nouvel amour pour Jésus et une foi plus centrée sur sa personne et son projet. Le reste est plus secondaire. S’ils vivent animés par l’Esprit de Jésus, ils trouveront des chemins nouveaux.

José Antonio Pagola 🔸

Chez beaucoup de chrétiens, la peur de tout ce qui peut nous conduire à un renouveau est en train d’augmenter. On insiste beaucoup sur la continuité afin de préserver le passé, mais on ne soucie pas d’écouter les appels de l’Esprit pour préparer l’avenir. Petit à petit, nous devenons incapables de lire les «signes des temps».

José Antonio PAGOLA
POUR SAVOIR DAVANTAGE :

www.gruposdejesus.com/buenanoticia/bn_frances/

Fête de l’Epiphanie. Homélie en la Chapelle Saint Vincent de Paul de la Maison-Mère

Fête de l’Epiphanie

Homélie en la Chapelle Saint Vincent de Paul de la Maison-Mère

Dans l’Evangile d’aujourd’hui, St Mathieu nous dit qu’après avoir surmonté des moments de confusion et d’incertitude « les mages éprouvèrent une très grande joie quand ils virent l’étoile » qui leur signalait la présence du Seigneur.

La joie de la présence du Seigneur : il y a des personnes qui ne peuvent pas imaginer que le fait de rencontrer Dieu peut faire naître la joie dans une existence humaine ! Cela vient peut-être du fait qu’ils ont réprimé d’une façon constante et systématique tout appel intérieur et qu’ils se sont rendus ainsi, insensibles à la présence divine…

D’autres personnes se disent croyantes, mais il leur manque précisément, d’avoir fait l’expérience personnelle de Dieu dans leur vie, en dépassant la croyance et ses seules manifestations extérieures.

En fait, qu’en est-il de cette expérience de Dieu ? Nous pouvons avoir le sentiment d’une certaine présence de Dieu, par la communication intime et personnelle qu’est la prière intérieure ou par des évènements particuliers, ou encore par la Parole de Dieu que nous annonce l’Eglise, c’est vrai. Cependant, il ne suffit pas d’avoir une connaissance intellectuelle de tout le contenu de la Bible pour découvrir et rencontrer Dieu. Il ne suffit pas de lire des dizaines de livres de théologie pour faire l’expérience de Dieu dans sa vie ! Quelqu’un peut être docteur en théologie, en Ecriture Sainte, en spiritualité, sans avoir jamais fait l’expérience de Dieu ! Comment alors faire l’expérience de Dieu dans nos vies, comment le reconnaitre à travers les signes qu’il nous fait ?

He bien, c’est en méditant l’histoire des mages venus d’Orient que nous pouvons recevoir un message important pour nous aujourd’hui, et qui peut nous éclairer dans notre recherche. Dans la première lecture que nous avons entendue, Isaïe prophétisait la gloire de Jérusalem en insistant auparavant sur « les ténèbres qui couvrent les peuples, sur l’obscurité qui recouvre la terre. » Et St Paul parle de « ce mystère caché aux hommes des générations passées. » Ainsi donc, la première condition pour percevoir la manifestation du Seigneur c’est de reconnaître que nous sommes dans les ténèbres, que nous avons besoin de savoir, d’apprendre autre chose et que nous ne pouvons pas le découvrir seuls, pas même avec un doctorat de théologie ou d’Ecriture Sainte dans sa poche !…

 Tels étaient les mages venus d’Orient. Ils ont perçu la lumière d’une étoile et ils ont accepté d’être illuminés par un autre…Ils avaient ce qu’on pourrait appeler une grande curiosité jointe à une profonde humilité… Oui, pour comprendre les signes et pour faire l’expérience de Dieu, il faut d’abord reconnaître la nuit profonde dans laquelle on est plongé, se mettre en mouvement pour en sortir, et accepter d’être éclairé, guidé par un autre. Il faut encore l’ouverture du cœur qui fait saisir les appels inattendus et souvent hors de l’ordinaire.

Oui, vraiment les mages sont pour nous des modèles d’une foi humble qui les pousse à sortir d’une situation confortable et d’une tranquille sécurité pour se mettre en marche vers l’inconnu, guidés par le signe ténu d’une étoile qui les guide, puis disparait pour réapparaitre et les mettre en présence de cette réalité si humble et tellement ordinaire et banale : une étable, Marie, Joseph et l’enfant !

Le philosophe Pascal a dit un jour que « Dieu est assez caché pour que ceux qui ne le cherchent pas de tout leur cœur ne le découvrent pas…mais il est aussi assez révélé pour que ceux qui le cherchent de tout leur cœur puissent le découvrir un jour. »

Ainsi, c’est parce que l’étoile de Dieu s’était déjà levée dans leur cœur que les Mages ont su la reconnaître dans un ciel peuplé de myriades d’étoiles… Finalement, ils n’ont fait que rechercher celui qu’ils avaient déjà trouvé dans leur cœur : « Tu ne me chercherais pas si tu ne m’avais pas déjà trouvé. »

De la même manière, nous ne pourrons jamais faire l’expérience de Dieu, reconnaître les signes de sa présence si nous ne sommes pas habités par une présence. Une présence qui ne se manifeste qu’aux cœurs purs et aux cœurs simples, ceux qui ont fait de la recherche de Dieu, le sens et le but de leur vie. Et puis, finalement, on peut le dire : « qui cherche trouve et l’on ne trouve que ce que l’on recherche ! » Et, l’on pourrait dire également : « Dis-moi ce que tu as trouvé et je te dirai ce que tu cherchais au plus profond de toi-même…sans peut-être te l’avouer à toi-même … »

Ainsi donc, il est bon de nous demander aujourd’hui, chacune et chacun :

  • de travail, la santé, l’amour, que sais-je encore …Qu’est ce qui occupe tes pensées, ton cœur au cours de tes journées ?
  • Tu te poses beaucoup de questions sur le sens de la vie, du mal, de la souffrance et de la mort, mais es-tu vraiment un chercheur de Dieu ? C’est-à-dire, le cherches-tu non seulement avec ton intelligence mais aussi avec ton cœur ?
  • Connaître Dieu d’une façon intellectuelle c’est très bien et cela peut aider. Mais le connaître avec le cœur c’est infiniment mieux. Et, pour cela, il faut fréquenter le Christ, rester avec le Christ, passer du temps avec lui pour devenir son ami et pour que sa présence change ta vie ! Alors, combien de temps consacres-tu chaque jour pour « demeurer avec lui ? »
  • S’il t’arrive d’être triste ou déprimé, n’est ce pas parce que tu as cherché la Joie en dehors de celui qui, seul, peut remplir l’immensité de ton cœur ?

Enfin, en ce début d’une nouvelle année, à l’occasion de la fête de l’Epiphanie (manifestation du Seigneur aux païens) que l’exemple des mages nous apprenne à partir, à risquer un nouveau départ. Qu’il nous apprenne le détachement qui donne la liberté d’être et de devenir. Le détachement qui fait place à la simplicité, à l’humilité, et qui ouvre le cœur. Qu’il nous apprenne à quitter ceci ou cela : ce qui nous retient trop loin de Lui, le Christ. Que l’exemple des mages nous apprenne à Le reconnaitre et à prendre le risque de le suivre, lorsqu’apparaîtra son étoile dans le ciel de nos vies. Amen

Alain PEREZ, CM 🔸

Tels étaient les mages venus d’Orient. Ils ont perçu la lumière d’une étoile et ils ont accepté d’être illuminés par un autre…Ils avaient ce qu’on pourrait appeler une grande curiosité jointe à une profonde humilité…

“Une joie inquiète” 3e dimanche de l’Avent C. Homélie en la Chapelle saint Vincent de Paul à la Maison-Mère de Paris. 16 décembre 2018

“Une joie inquiète” 3e dimanche de l’Avent C.

Homélie en la Chapelle saint Vincent de Paul à la Maison-Mère de Paris. 16 décembre 2018

Une joie inquiète… Je vais vous faire un aveu : j’ai été bien embarrassé pour préparer l’homélie d’aujourd’hui. Ce dimanche est traditionnellement celui de la joie. Toutes les lectures nous invitent à la joie parce que l’événement qu’elles annoncent n’est autre que la naissance du Fils de Dieu devenu homme comme nous dans ce monde, envoyé du Père pour nous sauver.

Et en face de cette annonce qui provoque notre joie, il y a les événements que nous vivons depuis quelques temps. Tout peut nous faire porter un regard pessimiste sur notre monde. Il y a toujours des points chauds sur notre planète ; souvent nous sentons la paix et le bonheur compromis par des dangers qui nous menacent. Les trois semaines passées nous inquiètent et nous révoltent sur certains aspects ; je veux parler des casses, des séditions, de l’attentat de Strasbourg. Je veux parler de l’inquiétude lancinante et des désespoirs de nos concitoyens qui n’ont pas de quoi boucler le mois. Nous demeurons inquiets.
En écoutant la prédication de Jean, les foules se posent deux questions :

1. Sur eux-mêmes : «que devons-nous faire ?» Le précurseur leur répond en leur adressant des exhortations morales précises. La même question est posée aux apôtres le jour de la Pentecôte par ceux qui ont entendu le discours de Pierre. Celui-ci les invite à croire en Jésus-Christ ressuscité, à la conversion et à un nouveau baptême (Ac 2, 37, 41).

2. Sur Jean-Baptiste lui-même : le gens se demandent si Jean n’est pas le Messie. Celui-ci leur répond : le Messie vient, plus puissant que lui. Il sera l’auteur du nouveau baptême. Le Précurseur annonce, avec des images fortes, l’Esprit qui va tomber sur toute l’humanité. C’est comme le travail du vanneur : toute la récolte y passe, mais Il est urgent de se préparer par la conversion à un tel jugement.

Dimanche de la joie, au cours de l’Avent, avant-goût de la fête de Noël ; tout nous y invite autour de nous. Mais la vraie joie est plus profonde : elle demeure toujours, au-delà même des inquiétudes et des drames ; sur les ronds-point ; elle s’approfondit davantage dans la prière.

Écoutons les auditeurs de Jean Baptiste : Que devons-nous faire ?

Là encore ma perplexité surgit. Que devons-nous faire ? Trois choses qui vont vous paraître dérisoires ou n’engageant peu.

1. La prière, la prière c’est ce dont nous manquons le moins. Prions pour la paix, la concorde, le remède vrai à la misère, prions pour les plus démunis, les vraiment démunis, ceux qui en ont “ras le bol”. Mais « Tu n’as plus à craindre le malheur » nous a dit Sophonie.

2. La confiance en la bonté de Dieu : « Que votre sérénité soit connue de tous les hommes». Le Seigneur nous invite à communiquer aux autres cette sérénité. Paul appelle sérénité cette joie profonde ; nous en avons besoin par les temps qui courent. C’est à la fois la modération, la maîtrise de soi, le souci du bien commun, qui naissent de notre confiance en Dieu et que rien ne peut ébranler. Cette joie calme est l’un des signes du chrétien.

3. Attendre le Christ dans la foi ; il nait pauvre dans une étable. Dire «l e Seigneur est proche », c’est nous préparer à accueillir notre Sauveur qui vient ; mais c’est aussi être attentif au frère qui est près de nous pour le reconnaître. Le prochain que nous devons aimer est celui qui est proche de nous, comme le Seigneur est proche parce qu’il est mêlé à l’histoire des hommes. « il est en toi » – «il est au milieu de nous», sur le rond-point. Dieu est à l’action pour nous. Comment le reconnaître dans ce monde qui nous inquiète ?

Le Seigneur est proche de nous parce qu’il est présent à notre vie de tous les jours. Seulement, les soucis quotidiens nous accaparent et nous empêchent de voir celui qui est près de nous. Comment aller au-delà de nos inquiétudes et de nos peurs pour être sensibles, dans la foi, à l’action et à la présence du Seigneur ?

L’Eucharistie est occasion de reconnaître le Seigneur présent et agissant au milieu de nous. C’est dans ce mouvement de reconnaissance que nous attendons et préparons la venue prochaine de notre Sauveur.

Nous dirons tout à l’heure dans la préface : « C’est lui qui nous donne la joie d’entrer déjà dans le mystère de Noël, pour qu’il nous trouve, quand il viendra, vigilants dans la prière et remplis d’allégresse » (Préface de l’Avent 2).

Claude LAUTISSIER, CM 🔸

Dimanche de la joie, au cours de l’Avent, avant-goût de la fête de Noël ; tout nous y invite autour de nous. Mais la vraie joie est plus profonde : elle demeure toujours, au-delà même des inquiétudes et des drames ; sur les ronds-point ; elle s’approfondit davantage dans la prière.

Homélie du Premier Dimanche de l’Avent, Cycle C

Homélie du Premier Dimanche de l’Avent, Cycle C

Frères et sœurs : Les lectures de la Parole de Dieu de ce jour nous placent face à un contraste, pour ne pas dire une opposition : d’un côté nous avons une promesse de paix et de bonheur ; et de l’autre un discours dramatique annonçant le retour du Fils de l’homme.

Le prophète Jérémie annonce en effet paix et bonheur dans un contexte d’instabilité politique : « J’accomplirai la parole de bonheur… Juda sera sauvée et Jérusalem habitera en sécurité ». Cette heureuse promesse est assurée par l’annonce de la naissance d’un Messie, « un Germe de Justice », c’est-à-dire un roi-sauveur et libérateur descendant du roi David, qui venant dans le monde apportera la justice. La naissance de Jésus accompli cette promesse et alors les anges entonnent un chant de joie dans la nuit qui retentit encore dans nos liturgies : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté (Lc 2,14).

L’évangile de Luc, de son côté, sous un ton dramatique et mystérieux, rapporte un « discours eschatologique » de Jésus, juste avant de vivre sa passion : la nature et l’histoire vivront des cataclysmes, les nations seront affolées, les hommes mourront de peur dans l’attente de ce qui doit arriver au monde… Attention, ne lisons pas dans ces images violentes la description concrète de la fin du monde. Le Christ ne joue pas à faire peur ni à nous paralyser. Il veut plutôt indiquer que la création toute entière vivra un changement et une transformation totale grâce à l’arrivée du Fils de l’homme. Rappelez-vous que la présence de Dieu sur la montagne de Sion dans l’Ancien Testament provoqua des phénomènes cosmiques semblables : des voix puissantes, le tonnerre, la foudre, la nuée… et dans le campement tout le monde trembla (Ex 19,16). Telle est la sainteté de Dieu ! Ainsi… de manière semblable, la présence du Fils de l’homme à la fin de temps, marquera la fin d’un monde tel que nous le connaissons et inaugurera une nouvelle création. L’image de l’enfantement peut nous aider à mieux faire comprendre qu’il n’y a pas de naissance sans rupture, ni douleur, ni déchirure. St Paul le dit en d’autres termes dans la lettre aux Romains : « nous le savons en effet, la création toute entière gémit, elle passe par les douleurs d’un enfantement qui dure encore » (Rm 8,22).

Qui pourra tenir debout devant le Fils de l’homme le jour de sa manifestation ? Qui pourra cheminer dans l’espérance et la sérénité vers ce moment-là ? Nous pouvons souligner trois recommandations qui se dégagent de la Parole de Dieu qui sont autant d’attitudes à éveiller pendant ce temps de l’Avent.

« Tenez-vous sur vos gardes ! » Littéralement l’on doit traduire « prenez garde à vous-mêmes » ou encore « méfiez-vous de vous-même ». Qu’est-ce que cela veut-dire ? Très souvent il nous arrive de penser qu’il n’y pas d’au-delà, de vie après la mort ni d’éternité… Et cela est tragique !!! Et l’on se met à vivre comme des païens, à penser que l’histoire est un éternel retour, que la vie n’a ni sens, ni direction. On imagine que l’on tourne comme une roue dans le vide ! L’incarnation du Christ, nombreux sont ceux qui n’y croient pas, et encore ils sont nombreux ceux qui ignorent que la manifestation de Dieu dans notre nature humaine change et transforme complétement la condition humaine. Ce siècle qui commence avec de graves crises s’installe dans la grisaille et la morosité parce qu’il rejette la transcendance, et perd le sens et le goût de l’éternité. Alors oui ! Prend garde à toi-même, ne laisse pas ton cœur s’alourdir ; mais dresse-toi, relève la tête et collabore avec Dieu qui vient nous délivrer, c’est-à-dire briser les chaines qui nous retiennent et nous empêchent de regarder l’humanité et le monde avec foi, espérance et amour.

« Restez éveillés et priez en tout temps » : il s’agit de la seconde recommandation. C’est une invitation à ne pas s’endormir, ni s’appesantir ; à être alerte pour se défendre contre toute invasion qui arracherait de nous la foi et la confiance. A plusieurs reprises, Jésus dans l’évangile, parle d’un bon serviteur qui reste fidèle jusqu’au bout de la nuit en attendant l’arrivée de son maître : « heureux ces serviteurs que le maître à son arrivée trouvera en train de veiller » (Lc 12,37). Prier pour puiser des forces, pour creuser en nous le désir de Dieu. Pour que le désir de Dieu ne disparaisse de la face de la terre.

L’attente du temps de l’Avent et les lumières de Noël, émerveillent les yeux des enfants, font renaître le sourire des jeunes et conforte l’attente des vieillards. Le désir de Dieu s’enracine ; le besoin de sa présence se fait ressentir de plus en plus. Pour le croyant, plus on avance en âge plus on désire Dieu ; le grand âge est un Avent prolongé.

« Donne à tes Fidèles, Dieu tout puissant, d’aller avec courage sur les chemins de la justice à la rencontre du Seigneur ». Voilà la troisième attitude à éveiller pendant ce temps de l’Avent. Il s’agit de la prière d’ouverture de notre célébration proclamée au début de cette eucharistie. Cette prière belle et toute simple donne la tonalité à ces semaines qui nous conduiront aux fêtes de Noël. Le désir d’aller à la rencontre du Christ sur les chemins de la justice vient du Christ lui-même qui nous attire tel un aimant puissant et nous conduit vers l’éternité. Le Psaume 24 que nous avons proclamé va dans le même sens : « Seigneur enseigne-moi tes chemins, fais-moi connaître ta route, dirige-moi par ta vérité, enseigne-moi, car tu es le Dieu qui me sauve ». Le Christ est à la fois celui qui nous attire vers lui et il est encore le chemin.

Alors Seigneur notre Dieu : « donne à tes fidèles cette volonté, c’est-à-dire cette détermination, cette inclinaison, cette bonne pente, ce ferme propos… car dans la vie spirituelle il s’agit de vouloir avec Dieu »1.

P. Roberto GOMEZ, CM 🔸

L’attente du temps de l’Avent et les lumières de Noël, émerveillent les yeux des enfants, font renaître le sourire des jeunes et conforte l’attente des vieillards. Le désir de Dieu s’enracine ; le besoin de sa présence se fait ressentir de plus en plus. Pour le croyant, plus on avance en âge plus on désire Dieu ; le grand âge est un Avent prolongé.

Note :

1. Patrick HALA, La spiritualité de l’Avent à travers les collectes, Angers, Edition de Solesmes, 2004, p.18.

“Marie et saint Vincent”. Homélie à la fête de la Médaille Miraculeuse. Rue du Bac, Paris. 27 novembre 2018

“Marie et saint Vincent”

Homélie à la fête de la Médaille Miraculeuse. Rue du Bac, Paris. 27 novembre 2018

Vincent est l’homme de l’Incarnation du Fils de Dieu. Sa mise en actes de l’Évangile est une longue méditation du Christ incarné, évangélisateur et serviteur des pauvres.

Vincent a conscience de la présence discrète et humble de Marie tout du long de sa vie. Il ne cesse de l’invoquer et de la citer en exemple. Pour Vincent, Marie a une place privilégiée dans le mystère du Salut. À l’image de ce que l’on peut lire dans les évangiles, elle est celle qui veille sur les enfants que Dieu lui a confiés par amour, comme il lui a confié son Fils unique.

Les trois mystères de Marie Servante

Ce sont ces trois mystères qui accrochent la dévotion de Vincent à Marie et dans lesquels les trois vertus que Vincent nous recommande prennent leur origine.

 

  • L’Immaculée Conception : la simplicité

C’est bien le jour d’en parler. Dieu «n’en trouva pas une plus digne de ce grand ouvrage (l’Incarnation) que la très pure et immaculée Vierge Marie» (XIII, 35). Vincent nous invite à nous plonger, avec simplicité, dans cet amour infini offert à Marie pour qu’elle devienne mère de son Fils et servante du Royaume.

Dans la simplicité, Marie ne cesse jamais de rendre grâce à Dieu pour le don mystérieux de son Immaculée Conception. Elle nous montre ainsi le chemin de la joie dans le service évangélique des plus pauvres.

 

  • L’Annonciation : l’humilité

C’est le mystère des humbles par définition. Marie représente cette foule des pauvres qui mettent leur espoir en Dieu et auxquels Dieu répond par amour. Vincent nous rappelle que «c’est en ces pauvres gens que se conserve la vraie religion, une foi vive, ils croient simplement sans éplucher» (XI, 201). C’est dans ce mystère que l’humilité de Marie se révèle magnifiquement. C’est une humilité annonciatrice qui permet à l’œuvre de Dieu de venir s’incarner alors «donnons-nous à Dieu pour faire son œuvre» (X, 102) et «n’endurcissons pas notre cœur, accourons à la Sainte Vierge, la priant qu’elle nous obtienne de son Fils, la grâce de participer à son humilité qui la fait se dire la servante du Seigneur.» (X, 536).

 

  • La Visitation : la charité

Il s’agit de porter le Christ tout en allant à sa rencontre en se laissant interpeller par le plus pauvre qui porte en lui l’Image divine. Vincent se sert souvent de ce Mystère pour expliquer la nécessité de la rencontre. Il dit également que cette Visitation doit se faire avec un cœur rempli de Dieu, «il faut le faire en la vue de Dieu seul, et comme la Sainte Vierge le fit en allant visiter Sainte Élisabeth, c’est-à-dire tout en douceur, en amour et en charité» (IX, 258).

Marie est La Servante du Seigneur : «(Le Fils) la fit dire la servante du Seigneur lorsqu’elle était choisie pour être sa mère.» (X, 326).

Vincent fait confiance à ce mouvement populaire qui accroche sa prière à Marie, sans en oublier le sens le plus important à ses yeux : Marie, servante de Dieu, Sainte Vierge, est celle qui nous amène, comme à Cana, vers le Fils unique. C’est en ce sens que nous venons au pieds de cet autel et qu’elle peut recevoir notre appel au secours. «O Marie, conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous.»

P. Claude LAUTISSIER, CM 🔸

Vincent a conscience de la présence discrète et humble de Marie tout du long de sa vie. Il ne cesse de l’invoquer et de la citer en exemple. Pour Vincent, Marie a une place privilégiée dans le mystère du Salut.

Fête de la Toussaint. 2018

Fête de la Toussaint. 2018

Chers amis, réjouissons-nous et soyons dans l’allégresse en fêtant aujourd’hui tous les saints ! Réjouissons-nous spécialement avec les saints « de la porte à côté » (Pape François, Gaudete et exsultate n.7), ceux qui sont très peu connus et qui n’ont rien fait d’extraordinaire pendant toute leur vie. Ceux qui font partie de la « classe moyenne de la sainteté ». Ces « saints ordinaires » qui ont marché chaque jour sur le chemin de l’humilité, pour atteindre le jour, ce que l’on pourrait appeler « la sainteté des pauvres des cœur ». Oui, réjouissons-nous !

Mais, au fait, chers amis, un saint c’est quoi pour nous ? Quelqu’un de très sérieux qui évite de rire et de faire la fête ? Quelqu’un qui se préoccupe uniquement de Dieu et passe son temps en prière ? Quelqu’un de rare, à cause de ses nombreuses qualités ? Quelqu’un dont la perfection est si grande, qu’on ne pourra jamais l’atteindre ? Eh bien, non ! Et l’on a tort de croire que les saints sont des êtres rares, aux qualités exceptionnelles, car les saints ne sont pas de héros ! Et pourquoi cela ? Parce que, si l’effort vers la sainteté dessèche en nous les sources de l’amour et de la tendresse, s’il nous raidit ou nous pousse au désespoir, il risque d’aboutir à ce que nous constatons chez certains héros. Certains héros qui accomplissent des actions admirables jusqu’à s’exposer à la mort, certes, mais qui en arrivent parfois à se mettre à part de l’humanité ordinaire et à développer en eux un sentiment d’orgueil. Parfois même, ils en viennent à s’enfermer dans un orgueil hautain et méprisant envers les autres qui n’y arrivent pas. Nous avons affaire, dans ces cas-là à une prétendue sainteté, austère et revêche, une sainteté inhumaine et qui, si elle s’impose, elle n’attire finalement personne ! …

Au contraire du héros, le saint véritable qui a poussé la vertu jusqu’à son degré le plus héroïque, celui-là devient plein de tendresse envers le plus démunis et plein de miséricorde pour les pécheurs. Sa sainteté pleine de grâce n’est un reproche pour personne. En effet « la sainteté ne nous rend pas moins humains, car c’est la rencontre de notre faiblesse avec la force de la grâce » (n.34) disait le Pape François dans son exhortation apostolique « la joie et l’allégresse ».

Oui, douceur, oubli de soi, reconnaissance de la grâce, par l’émerveillement de ce qu’elle opère : voilà quelles sont les caractéristiques de la véritable sainteté, de la perfection de la sainteté : celle de l’amour. Un amour qui n’est pas atteint à coups d’efforts volontaristes, mais qui est répandu par la grâce de Dieu dans un cœur qui se purifie pour mieux l’accueillir. Oui, finalement, chers amis, le saint ce n’est pas celui qui a le moins péché, mais celui qui a le plus aimé le Seigneur et ses frères…

Alors, en cette fête de la Toussaint qui nous rappelle que nous sommes tous appelés à être saints, reprenons courage et n’ayons pas « peur de la sainteté car elle ne nous enlèvera pas les forces, ni la vie, ni la joie » (n. 32). Nous ne serons peut-être jamais le saint et le juste, le bon chrétien, le bon prêtre la bonne religieuse que nous avions rêvé d’être, mais nous pouvons devenir ce pauvre qui n’a plus à offrir à Dieu que ses mains vides. Et alors, comme pour les saints ordinaires tout deviendra possible pour nous. Car, nôtre pauvreté deviendra une grâce et la sainteté de Dieu pourra enfin remplir nos mains vides, nos mains des pauvres, mais ouvertes et tendues pour demander et recevoir comme des pauvres… Ainsi, s’il plait à Dieu, nous prendrons place un jour auprès des saints ordinaires, ceux qui ont essayé de faire leur devoir, tout bonnement, tout simplement, mais avec tellement d’amour !… Amen

Alain PEREZ, CM 🔸

Oui, douceur, oubli de soi, reconnaissance de la grâce, par l’émerveillement de ce qu’elle opère : voilà quelles sont les caractéristiques de la véritable sainteté, de la perfection de la sainteté : celle de l’amour.

Explications :

Homélie prononcé lors de la fête de la Toussaint à la Chapelle de la Médaille Miraculeuse (Rue du Bac) à Paris

http://www.chapellenotredamedelamedaillemiraculeuse.com/