Fête de l’Immaculée Conception – A (Luc 1,26-38)

Le premier mot de Dieu à ses enfants, quand le Sauveur s’approche du monde, est une invitation à la joie. C’est ce que Marie entend : «Réjouis-toi».

Jose Antonio PAGOLA

Fête de l’Immaculée Conception – A (Luc 1,26-38)

LA JOIE POSSIBLE

Le premier mot de Dieu à ses enfants, quand le Sauveur s’approche du monde, est une invitation à la joie. C’est ce que Marie entend : «Réjouis-toi».

Jürgen Moltmann, le grand théologien de l’espérance, le dit ainsi: «Le dernier et premier mot de la grande libération qui vient de Dieu n’est pas haine, mais joie ; ce n’est pas condamnation, mais absolution. Le Christ est né de la joie de Dieu, il meurt et ressuscite pour apporter sa joie à ce monde contradictoire et absurde».

Cependant, la joie n’est pas facile à atteindre. On ne peut forcer personne à être joyeux; la joie ne peut lui être imposée de l’extérieur. La vraie joie doit naître au plus profond de nous-mêmes. Autrement, ce serait des rires extérieurs et vides, une euphorie passagère ; la joie resterait alors à l’extérieur, à la porte de notre coeur.

La joie est un beau cadeau, mais c’est aussi un cadeau vulnérable. Un don dont nous devons prendre soin avec humilité et générosité au plus profond de notre âme. Le romancier allemand Hermann Hesse dit que les visages tourmentés, nerveux et tristes de tant d’hommes et de femmes sont dus au fait que «le bonheur ne peut être ressenti que par l’âme, pas par la raison, ni par le ventre, ni par la tête ou le portefeuille».

Mais il y a autre chose encore: comment être heureux quand il y a tant de souffrances sur notre terre? Comment rire quand toutes les larmes ne sont pas encore sèches et que de nouvelles larmes jaillissent chaque jour? Comment jouir quand les deux tiers de l’humanité sont victimes de la faim, de la misère, de la guerre?

La joie de Marie est celle d’une femme croyante qui se réjouit en ce Dieu Sauveur qui élève les humiliés et disperse les orgueilleux, qui remplit de biens les affamés et renvoie les riches les mains vides. La vraie joie n’est possible que dans le cœur de ceux qui aspirent et recherchent la justice, la liberté et la fraternité pour tous. Marie se réjouit en Dieu, parce qu’Il vient combler l’espérance des abandonnés.

On ne peut être joyeux qu’en communion avec ceux qui souffrent et en solidarité avec ceux qui pleurent. Seuls ceux qui luttent pour rendre possible la joie parmi les humiliés ont droit à cette joie. Seuls ceux qui s’efforcent de rendre les autres heureux peuvent l’être eux aussi. Seuls ceux qui cherchent sincèrement la naissance d’un homme nouveau parmi nous peuvent célébrer Noël.


Traducteur : Carlos Orduna

 

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Par voix interposée, le Père Jean-Pierre Renouard a évoqué la mémoire du P. Christian Labourse

L’appel d’André est surprenant, saisi avec Pierre, en pleine activité de pêcheurs. Cet arrachement au monde du travail des premiers apôtres, Pierre et André, en train de « jeter leurs filets » au point de tout laisser, père et barque, fascine et donne à penser. Le fait de s’intégrer du même coup, dans une autre condition au point de suivre le prédicateur du Lac, Jésus, à sa suite, littéralement en « cheminant derrière lui », est tout aussi surprenant.

Jean-Pierre Renouard

Par voix interposée, le Père Jean-Pierre Renouard a évoqué la mémoire du P. Christian Labourse

Sam 30 novembre 2019  / Christian Labourse +19 Novembre 2019 

En la fête de la st André, près de 200 personnes se sont retrouvées en la chapelle du Berceau pour marquer par la célébration de l’Eucharistie présidée par l’Evêque, Mgr Nicolas Souchu, la mémoire du Curé, du Supérieur et Recteur.

Par voix interposée, le Père Jean-Pierre Renouard a évoqué sa mémoire,  L’appel d’André est surprenant, saisi avec Pierre, en pleine activité de pêcheurs. Cet arrachement au monde du travail des premiers apôtres, Pierre et André, en train de « jeter leurs filets » au point de tout laisser, père et barque, fascine et donne à penser. Le fait de s’intégrer du même coup, dans une autre condition au point de suivre le prédicateur du Lac, Jésus, à sa suite, littéralement en « cheminant derrière lui », est tout aussi surprenant. On ne vit bien que par une appartenance fondamentale qui colore toute la vie. André sera ‘disciple – missionnaire’. Selon une autre tradition, c’est lui-même qui aura la joie d’appeler Pierre son frère à devenir le roc de tous. Ils forment très vite une équipe tout à la disposition de l’homme de Galilée. Ils inaugurent une histoire qui ne finit pas de s’écrire individuellement et à plusieurs. Chacun est appelé, s’engage et en appelle d’autres, quitte à changer de projet et de vie.

C’est ce qui est advenu dans les années 50 à un petit garçon, dans une école alors grouillante de vie, à deux pas de cette chapelle, et qui a voulu se mettre tout entier, le temps, la réflexion et la prière aidant, à la disposition de ce même Jésus. Né à Hossegor, dans sa nombreuse fratrie dont Bernard, recevra aussi l’appel pour s’arrimer au diocèse de Périgueux, Christian s’attachera avec fougue à Jésus-Christ pour toujours. Il fut vite un des élèves de l’Ecole st Joseph du Berceau dont il deviendra porte-drapeau et féroce défenseur ; et Il se reconnaissait volontiers dans les vitraux de l’Oratoire de son école passant du Berceau à Notre-Dame du Pouy, puis à st Lazare, rêvant des rivages lointains et réalisant son existence sacerdotale dans son Sud-Ouest natal, au gré des évènements et des placements de ses supérieurs. Nos pas se sont croisés au matin du 17 octobre 1955 dans cette maison inoubliable de Dax pour tisser un filet que la même Obéissance nous invitait à réparer sans cesse. La liste des maisons et des charges reçues nous rappelle son curriculum vitae. Je ne veux qu’évoquer son profil à grand traits : au fil des ans et de la sagesse, l’homme est devenu joyeux, rieur, chantant, landais, humain, proche, sensible, et pour résumer, passionné, mais surtout fou de Dieu, ancré dans une vie de prière forte et d’une régularité sans faille. Sa piété était exigeante mais souvent appelante pour les jeunes.

L’appel ? Il nous invite à regarder Christian autrement. Dans cet oratoire du Berceau ou dans quelque pièce de l’école, il a entendu l’Evangile et les écrits du Nouveau Testament résonner en lui « à la missionnaire »  et il a sûrement écouté avec attention ce passage de l’épître aux Romains lu en cette fête de l’apôtre. Des prêtres et ses frères lazaristes de mérite et de vertu – je le sais – l’ont appelé ; il a entendu. Il a appris à prononcer le nom de Jésus, il a multiplié les actes de foi, il a cru en la Résurrection…Il a reçu le beau présent du salut. Ce qu’il a vécu, il a voulu que d’autres le goûtent et le fasse leur. O Christian, qui pourra dire combien tu fus tendu par l’image du Bon Pasteur. Combien de brebis tu as chargé sur tes épaules ! Avec quelle application tu leur as appris le nom de Jésus !

Deux images se croisent plutôt en moi quand ton souvenir me rejoint : tes après-midi passés en visites et tes presbytères toujours ouverts, toi prêt à l’accueil et au dialogue. C’était ta marque de fabrique et tu mettais volontiers en route l’insistance de st Paul VI, notre pape de jeunesse ardente : « L’Eglise se fait conversation ». Tu étais généreux. Tu avais pris en compte ce que st Vincent mettait au compte des vertus fondamentales le zèle, et quand je te voyais faire, je pensais à sa consigne : « Si l’amour de Dieu est un feu, le zèle en est la flamme…Le zèle est ce qu’il y a de plus pur dans l’amour de Dieu » (XII, 307). A la suite d’autres, je souhaiterai insister aussi sur cette autre valeur sûre de Monsieur Vincent que tu as si souvent mise en pratique, ta charité. Tes presbytères se faisaient plus qu’accueil, ils étaient dortoir, salle à manger… Tu excellais d’achever, d’aller jusqu’au bout de ce que tu avais commencé. Tu savais que « la foi naît de ce qu’on entend, l’annonce de la Parole ». Alors tu as parlé de toutes les manières et tu as accompagné chacune et chacun jusqu’à son terme. Pour ces compagnonnages, merci.

Ta Passion fut longue et lourde. Mais quelle ultime prédication. Il ne se peut que tant d’offrandes consenties soient fructueuses… Je retiens ta force, don de l’Esprit mais je me plais à souligner que tu as souffert et mené le dernier combat, entouré, veillé, soutenu jusqu’au bout. Tel fut ton désir. Tel fut le choix de tes frères et de tes sœurs en st Vincent. Quel noble et savoureux exemple de communauté vraie et de famille vincentienne qui ne se paye pas de mots.

Enfin nous avions une amitié commune nourrie par sa canonisation, l’admiration pour st Jean- Gabriel Perboyre depuis que nous avions servi à Catus-Montgesty, son pays natal du Lot. Permets que nous achevions ton évocation qu’un chacun mènera à son terme, par la prière de st Jean-Gabriel. A bien des égards, elle te résume :

Silence…

 « Ô mon Sauveur, par Ta toute Puissance et Ton infinie Miséricorde,

Que je sois changé et transformé en Toi !

Que mes mains soient tes Mains.

Que mes yeux soient tes Yeux.

 Que ma langue soit ta Langue.

 Que mes sens et mon corps ne servent qu’à Te glorifier !

Mais surtout, transforme-moi :

Que ma mémoire, mon intelligence, mon cœur,

Soient ta Mémoire, ton Intelligence et ton Cœur !

Que mes actions et mes sentiments

Soient semblables à tes Actions et à tes Sentiments ».

 

Saint Jean-Gabriel Perboyre (1802-1840)

 

Une messe très priante….trois beaux cantiques chantés à l’unanimité …des larmes aux yeux !

 

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Sainte Catherine Labouré (28 novembre)

« Dès les premières pages de son incomparable chef-d’œuvre l’auteur de «L’imitation de Jésus-Christ » laisse tomber de sa plume cette leçon de sa propre expérience, ce secret de sa paix sereine et communicative : « Veux-tu apprendre et savoir quelque chose d’utile ? Aime à être ignoré ! » (Livre 1 chap. 2).

CMission

Sainte Catherine Labouré (28 novembre)

Discours de Sa Sainteté le Pape Pie XII prononcé le lundi 28 juillet 1947 dans la Cour Saint-Damase à l’adresse des pèlerins Français et de la famille vincentienne présents à Rome à l’occasion de la canonisation de Sainte Catherine Labouré

« Dès les premières pages de son incomparable chef-d’œuvre l’auteur de «L’imitation de Jésus-Christ » laisse tomber de sa plume cette leçon de sa propre expérience, ce secret de sa paix sereine et communicative : « Veux-tu apprendre et savoir quelque chose d’utile ? Aime à être ignoré ! » (Livre 1 chap. 2).

Ama nesciri ! Deux mots prodigieux, stupéfiants pour le monde qui ne comprend point, béatifiants pour le chrétien qui sait en contempler la lumière, en savourer les délices. Ama nesciri ! Toute la vie, toute l’âme de Catherine Labouré est exprimée dans ces deux petits mots.

Rien pourtant, même de la part de la Providence, ne semblait lui dicter ce programme : ni son adolescence, durant laquelle la mort de sa mère, la dispersion des aînés avaient fait reposer sur ses épaules d’enfant toute la charge du foyer domestique ; ni les étranges voies, par lesquelles elle doit passer pour répondre à sa vocation et triompher des oppositions paternelles ; ni cette vocation même à la grande et vaillante phalange des Filles de la Charité qui de par la volonté et suivant l’expression pittoresque de saint Vincent de Paul, ont « pour cloître, les rues de la ville ; pour clôture, l’obéissance ; pour grille, la crainte de Dieu ; pour voile, la sainte modestie ».

Du moins, semblerait-il, sa retraite et sa formation dans le Séminaire de la rue du Bac favoriseront son recueillement et son obscurité ? Mais voici qu’elle y est l’objet des faveurs extraordinaires de Marie, qui fait d’elle sa confidente et sa messagère. Si encore il s’était agi seulement de ces hautes communications et visions intellectuelles, qui élevaient vers les sommets de la vie mystique une Angèle de Foligno, une Madeleine de Pazzi, de ces paroles intimes, dont le cœur garde jalousement le secret ! Mais non ! Une mission lui est confiée, qui doit être non seulement transmise, mais remplie au grand jour : réveiller la ferveur attiédie dans la double Compagnie du Saint de la charité ; submerger le monde tout entier sous un déluge de petites médailles, porteuses de toutes les miséricordes spirituelles et corporelles de l’Immaculée ; susciter une Association pieuse d’Enfants de Marie pour la sauvegarde et la sanctification des jeunes filles.

Sans aucun retard, Catherine s’est adonnée à l’accomplissement de sa triple mission. Les doléances de la Mère de Dieu ont été entendues et l’esprit du saint Fondateur a refleuri alors dans les deux communautés. Mais, non moins que par sa fidélité à transmettre le message, c’est par sa constance à y répondre elle-même que Catherine en a procuré l’efficacité, mettant sous les yeux de ses Sœurs, pendant près d’un demi siècle, le spectacle saintement contagieux d’une vraie fille de saint Vincent, d’une vraie Fille de la Charité, joignant à toutes les qualités humaines de savoir-faire, de tact, de bonté, les vertus surnaturelles qui font vivre en Dieu, « cette pureté d’esprit, de cœur, de volonté, qui est le pur amour ».

La médaille, dont Marie elle-même avait parlé à sa confidente, a été frappée et répandue par millions dans tous les milieux et sous tous les climats, où elle a été dès lors l’instrument de si nombreuses et extraordinaires faveurs, aussi bien corporelles que spirituelles, de tant de guérisons, de protection, de conversions surtout, que la voix du peuple, sans hésiter, l’a aussitôt appelée « la médaille miraculeuse ».

Et l’Association des Enfants de Marie ! Nous sommes heureux de la saluer tout entière en vous qui la représentez ici, très chères filles, en rangs pressés, et de le faire précisément en ce temps, où elle vient à peine d’achever dignement le premier siècle de son existence. En effet, il y a eu, le mois dernier, tout juste cent ans, que Notre Prédécesseur Pie IX, de sainte mémoire, ratifiait son acte de naissance par le rescrit du 20 juin 1847, lui conférant l’érection canonique et lui accordant les mêmes indulgences, dont jouissaient alors les Congrégations Mariales (Acta Apostolica in gratiam Congregationis Missionis, Parisiis 1876, p. 253-254).

Comme vous devez l’apprécier et l’aimer, tant pour le bien que vos aînées et vous-mêmes en avez déjà reçu, que pour celui qu’elle vous met en mesure de faire autour de vous ! Or, ce bien immense se manifeste clairement pour peu que l’on considère, d’une part, le besoin auquel elle répond et qui la rend souverainement opportune, pour ne pas dire impérieusement nécessaire, et d’autre part, les fruits abondants qu’elle a déjà portés au cours de cette étape centenaire.

La Sœur Labouré le comprenait, ce besoin, elle le sentait profondément en son cœur ardent de zèle et de charité. Elle compatissait aux pauvres enfants du quartier de Reuilly, à ces petites, ces toutes petites — même de huit à douze ans ! qui s’en allaient travailler et qui, trop souvent hélas ! se perdaient dans les fabriques, en contact permanent avec l’ignorance et la corruption de leurs compagnes. Ces tendres victimes avaient besoin d’air pur, de lumière, de nourriture spirituelle. On en a pitié ; on ouvre pour elles un patronage ; on leur enseigne le catéchisme ; notre sainte distribue à profusion la médaille miraculeuse. Si utile, si précieux que tout cela soit, elle ne s’en contente pas tant que l’Association n’y est pas formée pour l’appui mutuel, pour la direction religieuse et morale de ces enfants, surtout pour les abriter sous le manteau maternel et virginal de Marie.

Depuis, quels développements ! Qui dénombrera ces saintes phalanges d’Enfants de Marie au voile blanc comme le lis, et dont le nom seul paraît déjà apporter avec lui comme une brise fraîche toute parfumée de pureté et de piété ?

Les temps ont changé, entendez-vous dire dans votre entourage, et l’on semble vouloir insinuer par là que celui des choses d’hier est passé ; qu’elles doivent céder la place à d’autres plus nouvelles.

Oui, sans doute, les temps ont changé. L’instruction, — l’instruction profane du moins — est plus développée en extension, sinon en profondeur, qu’à l’époque de Catherine Labouré ; la législation sociale s’est occupée davantage, et fort louablement, du sort des enfants et des jeunes filles, les arrachant à l’esclavage d’un travail précoce disproportionné à leur sexe et à leur âge ; la jeune fille a été affranchie, ou s’est affranchie elle-même, de quelques servitudes, de beaucoup de conventions et de convenances plus nombreuses encore. Sans doute aussi, sous l’influence de l’Église, d’heureuses transformations se sont progressivement obtenues, qui ont favorisé la solide éducation, la saine activité, la légitime initiative de la jeune fille chrétienne. C’est vrai, tout cela a changé. Encore faut-il reconnaître la part qu’ont eue à ces changements les institutions catholiques si multiples et si variées.

Mais, sous cette évolution que personne d’ailleurs ne songe à contester, certaines choses, les principales, demeurent permanentes, à savoir : la loi morale, la misère humaine conséquence du péché originel et, en connexion avec ces données immuables, les bases fermes sur lesquelles doivent nécessairement s’appuyer la sauvegarde de cette loi morale, les conditions essentielles des remèdes à ces misères.

De fait, bien que votre situation privilégiée d’Enfants de Marie vous mette, grâces à Dieu, à l’abri de la triste expérience de la plupart, vous ne pouvez quand même ne pas connaître le monde au sein duquel vous vivez. Or, les temps vous semblent-ils tellement changés que les périls qui vous guettent soient moindres qu’autrefois ? L’ignorance était alors fort répandue ; l’ignorance religieuse, la pire de toutes, est-elle aujourd’hui moins profonde ? N’a-t-elle pas plutôt envahi, au contraire, des foyers, des familles, où la religion était jadis en honneur et aimée, parce que connue et intelligemment pratiquée ? Qui oserait affirmer que les rues, les kiosques de journaux, les charrettes et les vitrines de librairies, les spectacles, les rencontres fortuites ou les rendez-vous combinés, que le lieu même du travail et les transports en commun offrent moins d’occasions dangereuses qu’il y a cent ans, quand elles faisaient trembler Catherine Labouré ? Et le soir venu, le retour à la maison assure-t-il autant qu’alors cette intimité de la famille chrétienne, qui rafraichissait, purifiait et réconfortait le cœur après les dégoûts ou les faiblesses de la journée ?

À ces maux quels remèdes, à cette atmosphère malsaine quelle hygiène opposer ? Ici encore, les modalités peuvent et doivent changer pour s’adapter, au jour le jour, à celles de la vie actuelle et aux circonstances ; elles pourront et devront varier aussi pour répondre aux aspirations, aux tempéraments, aux aptitudes, qui ne sont pas, en toutes, les mêmes. Mais au fond : Associations ou Pieuses Unions d’Enfants de Marie, groupes d’Action Catholique, Congrégations de la Sainte Vierge, Confréries et Tiers Ordres, que trouve-t-on là sinon les éléments essentiels de toute hygiène et de toute thérapeutique morale ? Une doctrine religieuse consciencieusement approfondie, une direction spirituelle suivie, la pratique fréquente des sacrements et de la prière, les conseils éclairés et les secours assidus de directrices expérimentées et dévouées, et puis la force si puissante de l’Association, de l’union fraternelle, du bon exemple, tout cela sous le patronage, sous la conduite, sous la protection ferme et vigilante en même temps que miséricordieuse de la Vierge Immaculée. N’est-ce pas elle-même qui a expressément voulu et inspiré l’œuvre, dont Catherine Labouré a été d’abord la confidente et la messagère, puis la propagatrice et l’active ouvrière ?

Pour réaliser les trois demandes de Marie, notre Sainte a prié, elle a lutté, elle a peiné sans relâche. Tout le monde était témoin de cette réalisation ; tout le monde en parlait, tout le monde savait aussi, vaguement du moins, de quelles faveurs célestes une Fille de la Charité avait été l’objet, et les grandes choses que la Mère de Dieu avait faites par son ministère. Mais cette privilégiée, cette mandataire, cette exécutrice de si vastes desseins, qui était-elle ? Et quel était son nom ? Nul ne le savait, hormis son confesseur, dépositaire de son secret. Et cela a duré pendant quarante-six ans, sans que, un seul instant, le voile de son anonymat fût soulevé !

Ama nesciri ! Oui, c’est bien cela : elle aime d’être ignorée ; c’est sa vraie joie et son intime satisfaction ; elle la savoure avec délices. D’autres qu’elle ont reçu de grandes lumières, ont été chargées de grands messages ou de grands rôles, et sont demeurées dans l’ombre ou s’y sont réfugiées au fond d’un cloître, pour fuir la tentation de vaine gloire, pour goûter le recueillement, pour se faire oublier : des grilles les défendaient, un voile épais dérobait leurs traits aux regards, mais leur nom courait sur toutes les lèvres. Elle ne s’est point retirée ; bien au contraire, elle continue de se dépenser à longueur de journées parmi les malades, les vieillards, les Enfants de Marie ; on la voit, on la coudoie à toute heure, à tous les carrefours ; elle n’a pas à se cacher : on ne sait pas que « c’est elle » ; elle n’a pas à faire oublier son nom : tant qu’elle vivait, il était inconnu !

Quelle leçon à l’orgueil du monde, à sa fringale d’ostentation ! L’amour-propre a beau se dissimuler et se donner les apparences du zèle ; c’est lui toujours qui, comme jadis l’entourage de Jésus, souffle à l’oreille le « Manifesta teipsum mundo » (Jn 7, 4). Dans l’obscurité où, quarante-six ans, elle a vécu, poursuivant sa mission, Catherine Labouré l’a merveilleusement et fructueusement accomplie.

L’heure est venue pour elle, annoncée par l’Apôtre : « Vous êtes morts et votre vie est cachée avec le Christ en Dieu. Quand le Christ, votre vie, apparaîtra, alors vous apparaîtrez aussi avec lui, dans la gloire » (Col 3, 3-4).

Dans la gloire où elle resplendit en pleine lumière là-haut près du Christ et de sa Mère, dans la gloire dont elle rayonne dès ici-bas où elle avait passé, ignorée, elle continue d’être la messagère de l’Immaculée. Elle l’est près de vous, Prêtres de la Mission et Filles de la Charité, vous stimulant à la ferveur dans votre sainte vocation ; elle l’est près de vous, Enfants de Marie qu’elle a tant aimées et dont elle est la puissante protectrice, vous exhortant à la fidélité, à la piété, à la pureté, à l’apostolat ; elle l’est près de vous tous, pécheurs, malades, infirmes, affligés qui levez les yeux en répétant avec confiance l’invocation : « O Marie, conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous ». Par son intercession, les plus abondantes faveurs pleuvront sur vous à qui, de tout cœur, Nous donnons, comme gage des grâces divines, Notre Bénédiction apostolique. »

Discours et messages-radio de S.S. Pie XII,
Neuvième année de Pontificat, 2 mars 1947- 1er mars 1948, pp. 193-198.

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1 Avent – A (Matthieu 24,37-44). Méditation

Il n’est pas toujours facile de nommer ce malaise profond et persistant que nous pouvons ressentir à un moment donné de notre vie.

Jose Antonio PAGOLA

1 Avent – A (Matthieu 24,37-44). Méditation

Réorienter nos vies

Il n’est pas toujours facile de nommer ce malaise profond et persistant que nous pouvons ressentir à un moment donné de notre vie. Cela m’a été avoué plus d’une fois par des gens qui, par ailleurs, cherchaient «quelque chose de différent», une nouvelle lumière, peut-être une expérience capable de donner une nouvelle couleur à leur vie quotidienne.

Nous pouvons l’appeler «vide intérieur», insatisfaction, incapacité à trouver quelque chose de solide qui comble le désir de vivre intensément. Peut-être vaudrait-il mieux l’appeler «ennui», fatigue de vivre toujours la même chose, sensation de ne pas réussir à percer le secret de la vie : nous faisons une erreur sur quelque chose d’essentiel et nous ne savons pas exactement sur quoi.

Parfois la crise prend un ton religieux. Peut-on parler de «perte de foi»? Nous ne savons plus en quoi croire, rien ne réussit à nous éclairer de l’intérieur, nous avons abandonné la religion naïve d’autrefois, mais nous ne l’avons remplacée par rien de meilleur. Alors une sensation étrange peut grandir en nous : nous sommes restés sans aucune clé pour orienter notre vie. Que pouvons-nous faire ?

La première chose à faire est de ne pas céder à la tristesse ou à la tension: tout nous appelle à vivre. Dans ce malaise persistant, il y a quelque chose de très sain: notre désir de vivre quelque chose de plus positif et de moins faux, de plus digne et de moins artificiel. Ce dont nous avons besoin, c’est de réorienter nos vies. Il ne s’agit pas de corriger un aspect spécifique de notre personne. Cela pourrait arriver plus tard. Maintenant l’important est d’aller à l’essentiel, de trouver une source de vie et de salut.

Pourquoi ne pas nous arrêter pour entendre l’appel urgent de Jésus à nous réveiller? N’avons-nous pas besoin d’écouter ses paroles?: «Restez éveillés», «prenez conscience du moment que vous vivez»; «il est temps de vous réveiller». Nous devons tous nous demander ce que nous négligeons dans notre vie, ce que nous devons changer et ce à quoi nous devons consacrer plus d’attention et de temps.

Les paroles de Jésus s’adressent à chacun d’entre nous : «Veillez». Nous devons réagir. Si nous le faisons, nous vivrons un de ces rares moments où nous nous sentirons «éveillés» du fond de notre être.

Traducteur: Carlos Orduna
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Homélie pour le dimanche, 24 novembre 2019. Fête de Notre Seigneur Jésus Christ Roi de l’Univers. Chapelle Saint Vincent de Paul – Paris

Nos lectures d’aujourd’hui nous donnent plusieurs images de rois, alors comment comprenons-nous ce que c’est un roi ? Comment pouvons-nous concevoir notre Seigneur Jésus Christ, comme il est nommé dans le titre de la fête de l’Église qu’on célèbre aujourd’hui, comme un roi, le roi de l’univers ?

Warren Schmidt

Homélie pour le dimanche, 24 novembre 2019. Fête de Notre Seigneur Jésus Christ Roi de l’Univers. Chapelle Saint Vincent de Paul – Paris

Nos lectures d’aujourd’hui nous donnent plusieurs images de rois, alors comment comprenons-nous ce que c’est un roi ? Comment pouvons-nous concevoir notre Seigneur Jésus Christ, comme il est nommé dans le titre de la fête de l’Église qu’on célèbre aujourd’hui, comme un roi, le roi de l’univers ?

Le deuxième livre de Samuel nous présente aujourd’hui une première image d’un roi, celle de David, le roi d’Israël. « Tous les anciens d’Israël » sont attirés à Hébron, où siégeait le roi David, pour que David fasse alliance avec eux. Ces alliances entre David et les anciens de son peuple Israélite d’abord, puis sans doute d’autres alliances entre David et les nations autour d’Israël, assureraient la paix et la sécurité de la nation d’Israël, à l’intérieur d’elle-même et vis-à-vis les nations voisines d’Israël. C’est-à-dire qu’un bon roi, comme David, pouvait (ou même devait) fonctionner pour assurer la paix pour son peuple et de tout le monde.

La lettre de St. Paul aux Colossiens, de laquelle vient notre deuxième lecture d’aujourd’hui, fut écrite à une communauté chrétienne de l’Église primitive pour les évangéliser et augmenter leur espoir durant une période (probablement) de persécution des premiers Chrétiens par l’Empire romain. Il est probable que St. Paul, quand il écrivait sa lettre aux Colossiens, n’avait pas encore rencontré les Chrétiens des Colosses auxquels il écrivait. St. Paul s’est même peut-être adressé aux Colossiens pendant qu’il était emprisonné ; les biblistes ne sont forcément sûrs de ces détails. Néanmoins, il nous semble à partir du début de la lettre aux Colossiens que les Colossiens avaient une idée de ce que c’était un roi. Une image puissante d’un roi que les Colossiens auraient pu avoir dans l’imagination, c’était celle de l’Empereur romain ou des représentants locaux du César de Rome. Leur image dominante d’un roi aurait vraisemblablement été quelqu’un qui montrait son pouvoir politique et militaire, brutalement de temps en temps, sur un vaste territoire.

C’est à ce peuple colossien, avec ces images prédominantes de ce qu’était un roi, que St. Paul propose une autre image d’un roi ; un roi dont « la primauté » sur tout autre roi, y compris l’empereur de Rome, vient du fait qu’il a souffert et est mort librement pour le salut de son peuple. Si on y pense bien, le propos de St. Paul, que ce Jésus Christ soit le roi au-dessus de tout roi, non pas malgré mais á cause de sa mort sur une croix pour le salut de son peuple – pour notre salut- c’est ridicule ! Un vrai roi ne se soumettrait pas à une telle mort, une mort ignoble sur une croix, même pour le bien de son peuple. Mais c’est en effet ce que St. Paul veut que nous considérions comme l’image proéminente d’un roi : Jésus crucifié, le roi au-dessus de tout roi, de tout être visible et invisible ; au-dessus de toutes « puissances, principautés, souverainetés, dominations », par qui et pour qui tout est créé ; celui qui est « avant toute chose », en qui « tout subsiste ».

Notre lecture aujourd’hui de l’Évangile de St. Luc nous présente la même image d’un roi, le Christ crucifié, que nous présente St. Paul dans son épître aux Colossiens, mais d’une manière d’autant plus intense. Cette image d’un homme cloué à une croix entre deux larrons, soumis à une mort de condamné, de quelqu’un de tout-à-fait oubliable dans l’histoire, comme l’on vient de remarquer, ne serait-il pas loin d’être l’image la plus convaincante d’un roi ? Dans l’Évangile, ça nous prend la déclaration du « bon larron », sous le nom duquel il est souvent connu, pour nous révéler la nature royale de ce Jésus, le Christ : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton royaume ».

Ces mots du bon larron à Jésus, à partir desquels Jésus lui promet le salut – « Aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis »- nous révèle non seulement que ce Jésus Christ est roi, mais que son royaume n’a pas son origine dans ce monde. Pourtant, par la mort et puis la résurrection de Jésus, ce royaume, qui est d’origine en dehors de ce monde, est inauguré dans ce monde-même ; ce règne de Dieu et de son Christ, Fils de Dieu et Roi de l’univers, qui sera achevé dans ce monde à la fin des temps.

Cependant, tout cela – la révélation par le bon larron de la royauté du Christ crucifié, les images bibliques de ce que pourrait être un roi, l’expérience du Peuple de Dieu dans l’histoire avec des bons et fidèles rois comme David – ne nous aide-t-il peut-être pas à reconnaître pourquoi, aujourd’hui, on célèbre Jésus sous le nom de « roi de l’univers » ? N’avons-nous pas peut-être certaines difficultés à réconcilier ce titre que nous donnons à Jésus par cette célébration avec le fait qu’un roi, pour au moins la grande majorité de nous, nous est un concept étranger ? Combien d’entre nous, en fin de compte, ont connu un roi (ou autre membre de la royauté) comme chef d’état de notre pays ?

Venant du Canada, où notre système de gouvernement est une monarchie constitutionnelle, il faut que je réponde qu’en effet le chef d’état de mon pays, au moins officiellement, est un roi ou une reine. Actuellement, la Reine Élizabeth II de l’Angleterre est le chef d’état du Canada, mais son pouvoir au Canada est exercé par un gouverneur général et des lieutenants généraux, à travers le parlement national et les assemblées de chaque province. Mais ce n’est pas tout-à fait la même chose que d’être gouverné directement par un roi ou une reine. Ici en France, effectivement, nous sommes dans une république, alors sous un président et non pas un roi comme chef d’état. La France, bien sûr, a connu une longue succession de rois. L’un d’entre eux, Louis IX, a même été canonisé ; reconnu comme saint par l’Église. Mais nous n’avons pas, pour la plupart, l’expérience d’avoir été gouverné par un roi ou une monarchie.

Alors pourquoi célébrons-nous cette fête en ce dernier dimanche du temps ordinaire dans l’Église ? Pourquoi appliquons-nous le surnom de « roi de l’univers » à Jésus quand on lui donne plusieurs titres qui sont probablement moins difficiles pour nous que d’imaginer le Christ comme roi ? Cette célébration fut intégrée dans le calendrier de notre Église en 1925 par le pape Pie XI pour répondre surtout au communisme athée, système gouvernemental et socio-économique qui renie à la fois à la souveraineté de Dieu et à la dignité humaine, puisque le communisme pourrait en faire de l’ouvrier rien de plus qu’une machine productrice de biens consommateurs.

Mais, encore une fois, quand on parle des origines de cette célébration du Christ-Roi, nous sommes loin d’être dans ce monde. Alors que le communisme n’a pas totalement disparu du monde, les régimes totalitaires sont actuellement de moins en moins. Pourquoi, alors, continuer de célébrer le Seigneur Jésus Christ comme roi de l’univers aujourd’hui ?

Une raison pour continuer à célébrer le Seigneur Jésus Christ ainsi peut se trouver dans notre rituel du baptême. Quand nous sommes baptisés, nous sommes tous appelés « prêtre, prophète et roi » au moment de notre onction avec le saint-chrême. Le prêtre ou le diacre qui nous baptise dit au nouveau-baptisé à ce point : « Toi qui fait partie de son peuple, il te marque de l’huile sainte pour que tu demeures éternellement membre de Jésus Christ, prêtre, prophète et roi ».

N’est-il pas raisonnable que, ne pas ayant eu, pour la plupart, l’expérience des rois dans notre monde actuel, nous aurions de la difficulté à imaginer le Christ comme roi ? Traditionnellement, l’image du Christ comme roi est rattachée à son sacrifice libre de lui-même sur la croix pour notre salut. Cependant, nous sommes appelés par notre baptême à être, individuellement et ensemble en Église, le corps du Christ, l’image du Christ, « prêtre, prophète et roi ». Si nous avons de la difficulté à imaginer le Christ comme roi, regardons autour de nous.

Ici, nous voyons dans notre prochain, dans cette assemblée eucharistique, l’image vraisemblable du Christ, roi de l’univers au-dessus de tout roi ; du Christ, roi dont le royaume n’est pas de ce monde mais qui s’est fait homme et qui s’est sacrifié la vie-même, non seulement pour nous sauver, mais pour que nous participions à son œuvre de salut, son règne déjà inauguré et tout-à-fait authentique dans notre monde ici et maintenant.