Homélie 4e dimanche de l’Avent. 22 décembre 2019. Chapelle Saint Vincent de Paul – Paris

« Voila ce que c'est mon vieux Joseph! » Quand Dieu intervient dans nos vies, il surprend, bouscule, dérange. Ses projets de sont pas les nôtres, ses vues ne sont pas toujours à la portée de nos lunettes.

Yves BOUCHET

Homélie 4e dimanche de l’Avent. 22 décembre 2019. Chapelle Saint Vincent de Paul – Paris

Voilà c’que c’est, mon vieux Joseph
Que d’avoir pris la plus jolie
Parmi les filles de Galilée
Celle qu’on appelait Marie

Tu aurais pu, mon vieux Joseph
Prendre Sarah ou Deborah
Et rien ne serait arrivé
Mais tu as préféré Marie

Tu aurais pu, mon vieux Joseph
Rester chez toi tailler ton bois
Plutôt que d’aller t’exiler
Et te cacher avec Marie

Tu aurais pu, mon vieux Joseph
Faire des petits avec Marie
Et leur apprendre ton métier
Comme ton père te l’avait appris

Pourquoi a-t-il fallu, Joseph
Que ton enfant cet innocent
Ait eu ces étranges idées
Qui ont tant fait pleurer Marie

Parfois je pense à toi, Joseph
Mon pauvre ami lorsque l’on rit
De toi qui n’avais demandé
Qu’à vivre heureux avec Marie

Vous avez peut-être reconnu le texte de la chanson de Georges Moustaki, écrite en hommage à Joseph. Elle m’est revenue comme en écho à la lecture de l’Evangile que nous venons d’entendre en ce quatrième dimanche de l’Avent.

A quelques jours de la fête de la Nativité, l’Evangéliste Matthieu nous donne justement de méditer sur la personne de Joseph, son parcours de foi, sa place dans l’histoire du salut. A ce propos, le Pape Benoit XVI affirmait dans une homélie au jour de la fête de saint Joseph que « la figure de ce grand saint, tout en restant plutôt cachée, revêt dans l’histoire du salut une importance fondamentale ». De son coté le Pape François souligne que Saint Joseph est « l’homme fidèle et juste qui a préféré croire au Seigneur plutôt que d’écouter les voix du doute et de l’orgueil humain ».

« Voilà c’que c’est mon vieux Joseph ! »  Lorsque Dieu fait irruption dans nos vies, lorsque sa voix trouve une oreille, et qui plus est, un cœur accueillant et disponible, l’impossible devient alors possible. Le cours de l’histoire prend couleur d éternité, le temps de Dieu devient le temps des hommes, le temps des hommes celui de Dieu. Il aura bel et bien fallu, et le Oui de Marie, et le Oui de Joseph pour que Dieu trouve berceau en notre humanité.

Quel chemin intérieur a du faire Joseph, face aux événements qui se présentaient à lui ! La perspective du mariage avec la toute jeune fille Marie a tourné court très vite! La joie de la noce tant attendue a fait place à l’amertume d’un cœur chaviré devant la réalité de ce qui paraissait être une infidélité. Marie était enceinte.                     

Joseph, nous dit l’Evangile, homme juste et bon et certainement parce que profondément amoureux et respectueux de Marie, décida de ne pas la dénoncer publiquement comme le préconisait la loi en vigueur, mais plutôt de la renvoyer en secret. Il ne voulait pas exposer Marie à la disgrâce publique. On pourrait dire que, comme le fera plus tard son fils adoptif, Joseph prend ici quelque recul vis à vis de lois parfois dures et rigides, non respectueuses de l’homme et de son histoire. La tendresse et l’amour sont au cœur de sa décision.

Aux heures d épreuves, devant des projets humains qui se voient entravés, face à des relations humaines difficiles, de décisions à prendre, l’attitude de Joseph nous interpelle. De quelle manière agissons-nous ?  Que privilégions-nous ?

« Voila ce que c’est mon vieux Joseph ! »  Quand Dieu intervient dans nos vies, il surprend, bouscule, dérange. Ses projets de sont pas les nôtres, ses vues ne sont pas toujours à la portée de nos lunettes.

Surprise, Marie avait accueilli le message de l ‘Ange Gabriel lui annonçant qu’elle serait la mère du Sauveur. « Voici que tu vas être enceinte, tu enfanteras un fils, la force de l’Esprit Saint te couvrira de son ombre ». Sans tout comprendre, de sa bouche et de son cœur a jailli le Oui de la Foi, de la disponibilité : « Je suis la servante du Seigneur que tout m’advienne selon sa Parole”. 

A son tour, Joseph, reçoit en songe la visite de l ‘Ange, lui annonçant l’inattendu, on pourrait dire le « non recevable ». « L’enfant que porte Marie est fruit de l’Esprit Saint. Tu lui donneras le nom de Jésus, c’est à dire le Seigneur sauve. »  Aussi « Ne crains pas de prendre Marie chez toi », elle est ton épouse. Docile à la voix du messager de Dieu, parce qu’il est un homme de foi, Joseph revient sur sa décision première. Il ne répudiera pas Marie. Il se fait humble et accepte la mission que Dieu lui confie. Joseph est un homme juste, un homme de Foi. Il vit une véritable conversion, se dépouillant de ses vues, pour s’abandonner à Dieu et à ses desseins. Il accepte de faire de sa vie avec Marie et l’enfant qui va naître, une histoire inouïe et sacrée, ancrée dans leur amour et dans la confiance totale en Dieu et en sa Parole.

Quand nous répondons Oui à ce que Dieu attend de nous, quand nous osons des pas dans la foi sans tout mesurer, sans tout comprendre et maîtriser, nous sommes alors, comme Joseph, sur un chemin de conversion. Nous passons de nos désirs, de nos projets parfois étroits, aux vastes infinies des projets de Dieu sur nous mêmes et sur l ‘humanité. Joseph s’est montré un authentique héritier de la foi d’Abraham : foi dans le Dieu qui conduit les événements de l’histoire selon son mystérieux dessein de salut. « Sa grandeur, comme celle de Marie ressort d’autant plus parce que sa mission s’est accomplie dans l’humilité et la vie cachée de la maison de Nazareth »

Joseph homme juste, homme de foi et d’abandon à la volonté de Dieu nous interpelle sur nos propres capacités d’ouverture à Dieu, à sa Parole, à ses projets. Qu’en est-il pour nous dans nos vies ? Avec lui, Joseph nous engage sur un chemin de conversion.

« Voilà ce que c’est mon vieux Joseph, toi qui n’avais demandé qu’à vivre heureux avec Marie ». Heureux avec Marie, Joseph l’a été ! Non pas que, comme tout couple et parent, ils n’aient pas connu de soucis, d’inquiétudes, d’épreuves ; les Evangiles en témoignent. Mais leur bonheur c’est celui d’avoir librement, ensemble et dans l’amour, réalisé la volonté de Dieu, s’engageant et vivant son projet de Salut pour toute l’humanité. Car c’est bien leur « oui » prononcé dans leur chair et dans la foi qui a permis à Dieu de naître au cœur de notre humanité.

Frères et sœurs, « Préparons-nous donc » comme nous y invite le Pape François, « à célébrer Noël en contemplant Marie et Joseph : Marie, la femme pleine de grâce qui a eu le courage d’avoir totalement confiance dans la Parole de Dieu ; Joseph, l’homme fidèle et juste qui a préféré croire au Seigneur plutôt que d’écouter les voix du doute et de l’orgueil humain. Avec eux, marchons ensemble vers Bethléem. »

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4 Avent – A (Matthieu 1,18-24). Méditation. N’avons-nous pas besoin de Dieu parmi nous ?

Il y a une question que je me pose chaque année au moment où je commence à observer dans les rues les préparatifs qui annoncent l’arrivée de Noël...

Jose Antonio PAGOLA

4 Avent – A (Matthieu 1,18-24). Méditation. N’avons-nous pas besoin de Dieu parmi nous ?

Il y a une question que je me pose chaque année au moment où je commence à observer dans les rues les préparatifs qui annoncent l’arrivée de Noël: que peut-il y avoir encore de vrai derrière ces fêtes si gâchées par les intérêts des consommateurs et par notre propre médiocrité? Je ne suis pas le seul. J’entends beaucoup de gens parler de la superficialité de Noël, de la perte de son caractère de fête familiale et intime, de la manipulation honteuse des symboles religieux et de tant d’excès et d’absurdités qui détériorent Noël aujourd’hui.

Mais, à mon avis, le problème est plus profond: Comment une société qui vit pratiquement de dos à Dieu et qui détruit de tant de façons la dignité de l’être humain peut-elle célébrer le mystère d’un «Dieu fait homme»?

Comment «la naissance de Dieu» peut-elle être célébrée dans une société où le fameux professeur français G. Lipovetsky, en décrivant l’indifférence actuelle, a pu dire ces mots: «Dieu est mort, les grandes finalités se sont éteintes, mais tout le monde s’en fiche, voilà la bonne nouvelle»?

Apparemment, beaucoup de gens se fichent de croire ou de ne pas croire, d’entendre que «Dieu est mort» ou que «Dieu est né». Leur vie continue de fonctionner comme d’habitude. Ils ne semblent plus avoir besoin de Dieu.

Pourtant, l’histoire contemporaine nous oblige maintenant à nous poser des questions sérieuses. Il y a quelque temps, on parlait de «la mort de Dieu»; aujourd’hui, nous parlons de «la mort de l’homme». Il y a quelques années, on proclamait «la disparition de Dieu»; aujourd’hui, on annonce «la disparition de l’homme». Ne se pourrait-il pas que ce soit la mort de Dieu qui entraîne inévitablement la mort de l’homme?

Dieu étant expulsé de nos vies, restant enfermés dans un monde créé par nous-mêmes et qui ne reflète que nos propres contradictions et misères, qui peut nous dire qui nous sommes et ce que nous voulons vraiment?

N’avons-nous pas besoin que Dieu naisse de nouveau parmi nous, qu’il jaillisse avec une lumière nouvelle dans nos consciences et qu’il se fraye un chemin à travers nos conflits et nos contradictions?

Pour rencontrer ce Dieu, nous n’avons pas besoin d’aller très loin. Il suffit de nous approcher silencieusement de nous-mêmes. Il suffit de creuser dans nos questions et nos désirs les plus profonds.

C’est le message de Noël : Dieu est proche de toi, de là où tu te trouves, pourvu que tu t’ouvres à son Mystère. Le Dieu inaccessible est devenu humain et sa mystérieuse proximité nous entoure. Dieu peut naître en chacun de nous.

José Antonio Pagola
Traducteur: Carlos Orduna

 
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3e Dimanche du Temps de l’Avent. Homélie. Chapelle Saint Vincent de Paul – Paris

‘Fortifiez les mains défaillantes, affermissez les genoux qui fléchissent, dites aux gens qui s’affolent : soyez forts… voici votre Dieu qui vient vous sauver »

P. Christian Mauvais, cm

3e Dimanche du Temps de l’Avent. Homélie. Chapelle Saint Vincent de Paul – Paris

‘Fortifiez les mains défaillantes, affermissez les genoux qui fléchissent, dites aux gens qui s’affolent : soyez forts… voici votre Dieu qui vient vous sauver » et s’en suivent des signes de ce salut offert : les sourds entendent, les aveugles voient, les boiteux marchent, les muets crient leur joie… ; ces mêmes signes sont repris par Jésus pour répondre aux envoyés de Jean le Baptiste inquiet et qui s’interroge sur Jésus : est-il oui ou non l’Envoyé tant attendu !

Comme Jean le Baptiste, nous nous interrogeons sur le Royaume de Jésus qui vient, que nous attendons , que nous construisons ! depuis le temps, qu’est-ce qui change profondément dans le monde, dans la société, dans le cœur des gens, dans le nôtre ? qu’est-ce qui est vraiment nouveau, qui fait notre joie et alimente notre être de croyant ? il faut bien reconnaître que le temps finit par user notre patience, affaiblir notre endurance, fragiliser notre engagement.

Comme Jean le Baptiste, nous avons besoin d’être rassurés, de savoir qu’on ne s’est pas trompés de chemin, que nous avons eu raison de miser notre vie à la suite de Jésus. Nous avons besoin de retrouver un regard qui sache repérer des signes de renouveau qui transforment peu à peu, sans bruit, le monde et nous-mêmes de l’intérieur ; de repérer ces œuvres de bien, de recréation données pour nous aider à rester fermes et endurants, à garder notre souffle et à ne pas nous décourager.

Les signes donnés par Isaïe existent aujourd’hui. Les voir, les reconnaître, les célébrer, est une démarche nécessaire qui nous invite à nous donner pour qu’ils se multiplient et qu’ils soient source de joie pour toute personne. Se réjouir de la nouveauté du Royaume qui vient.

La mission décrite par Isaïe et confirmée par Jésus est une belle mission, très actuelle et  combien exigeante ; elle nous engage sérieusement : redonner de la force, de la confiance là où elles manquent ! prêter toute attention aux personnes qui n’ont plus assez de force et de confiance dans les mains pour les ouvrir aux autres ; plus assez de force et de confiance dans les genoux pour marcher à la rencontre des autres, et se tenir droit, solides pour servir, agir au cœur du monde ; ces personnes qui ne tiennent plus debout face aux situations et mouvements que traverse notre société, notre monde, notre église ! et Dieu sait s’il y en a !

Cette mission demande de notre part : 

  • que nous ayons des mains fortes, des genoux fermes, c’est à dire que nous soyons bien en nous-mêmes, que nous soyons solides dans notre foi en Christ, une foi profonde, enracinée ; quels sont les lieux, les temps que nous nous donnons pour fortifier notre foi, pour la rendre agissante ?
  • que nous soyons capables d’aimer même ce qui n’est pas aimable et pour cela, d’entendre toute souffrance, toute question et inquiétude qui ravagent les esprits et les cœurs et être capables d’accueillir cette vie malmenée, fragilisée avec compassion et respect. L’Eucharistie demeure-t-elle le lieu où nous sommes formés à aimer jusqu’au bout et sans conditions ?
  • que nous soyons habités et animés par l’espérance, que rien ni personne n’est définitivement perdu, que le Royaume se construit, transformant notre environnement, notre rapport au monde et aux autres. La lecture des Evangiles est-elle la source qui nous aide à lutter contre le défaitisme, la morosité, la résignation ?

Vivre la mission avec ces armes, foi, charité, espérance, dont la force réside dans la patience du cultivateur. Patience et confiance devant ce qui germe, pousse, grandit en silence. Patience qui nous permet d’accueillir les fruits du travail des hommes et femmes et de nous en réjouir.

La patience dit quelque chose de la passion de Dieu et de l’homme envers la création et l’humanité pour qu’elles soient belles, qu’elles respirent la joie d’être transformées dans leurs profondeurs.

Que cette Eucharistie guérisse notre manque de force et de confiance !

Goûtons et mangeons la Parole et le Pain qui nous sont offerts.

Parole qui nous invite à nous donner, et qui accompagne notre mission ; Pain, fruit de ce travail de transformation, de renouveau qui nous donne les forces nécessaires.

Goûtés et mangés, ils peuvent enflammer le monde comme chacune de nos vies si notre cœur d’homme se laisse toucher par Celui de Dieu qui n’est qu’Amour ! Ils sont les plus beaux présents de Dieu, les plus beaux fruits de cette vie Nouvelle pour l’éternité. Réjouissons-nous : il est juste et bon de te rendre grâce Seigneur.

Amen !

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3e dimanche de l’Avent (15 décembre 2019). Le Berceau

Frères et Sœurs, Souffrons-nous d’illusion d’optique ? On pourrait se le demander à constater l’acharnement que nous mettons à préférer l’illusion au réel.

Jean-Pierre Renouard

3e dimanche de l’Avent (15 décembre 2019). Le Berceau

Frères et Sœurs, Souffrons-nous d’illusion d’optique ? On pourrait se le demander à constater l’acharnement que nous mettons à préférer l’illusion au réel. Notre cher Dax, à sa manière me fait réfléchir; cette petite ville possède des trésors cachés de la nature, je pense aux rives de l’Adour, au bois sacré de la route d’Yzosse, au parc inattendu du Sarrat, à son Observatoire, route des Pyrénées, un des premiers sites amateurs de France pour son équipement et pour ses travaux. Avons-nous jamais pris le temps de nous attarder à l’un ou l’autre de ces lieux naturels ? Et pourtant nous passons tous beaucoup d’heures dans des endroits plus bétonnés et plus sophistiqués pour ne pas parler avec trop de précisions des bains de foule que nous prenons régulièrement, pas très loin de cette chapelle. Autrement dit nous oublions le réel, la nature, sa beauté, source de la culture et de la méditation, au bénéfice du superficiel et du consumérisme. Le paysan landais, lui, sait naturellement observer. La lunette miniature déposée aujourd’hui devant la lumière de plus en plus envahissante tenue par Jean Le Baptiste, nous convie à cette action déterminante à l‘approche de Noël : regarder, scruter le réel avec insistance, pour mieux le comprendre. Creusons l’Evangile de ce jour et ramassons en quelques échos ici et là.

1° Jean-Baptiste vit dans sa prison une crise intérieure. Il a tout misé sur Jésus et soudain il se prend à douter. Il est perplexe devant les faits et gestes de Jésus, devant ce profil d un messie souffrant qui promet le même sort à ses disciples. Ce n’est pas ce que Jean-Baptiste attendait ; alors il essaie d’obtenir des éclaircissements de Jésus lui-même par des intermédiaires. Et ceux-ci entendent et voient ; ils sont époustouflés par leurs découvertes et que Jésus résume par les paroles du prophète Isaïe déjà entendues dès les débuts de la lecture de la Parole de Dieu : « les aveugles retrouvent la vue, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle ». Alors avec de telles paroles, avec de tels faits et de tels signaux, tous les doutes tombent ! Le messager qu’est Jean ne s’est pas trompé et il devient lui-même un signe. C’est l’heure des petits ; c’est l’heure de la joie. Il évite les égarements, les illusions et anticipe la vocation de Jésus en donnant sa vie pour la vérité lumineuse qu’il vit, la vraie grandeur étant dans la claire vision de Dieu et dans ce qui l’annonce.

2° Au moment où notre société vacille sur elle-même, chacun voyant midi à l’heure de sa porte, le véritable réconfort vient du sens de la vie et pour les chrétiens, le sens de la foi. Mais encore faut-il activer celle-ci. Nous aussi nous sommes comme emprisonnés, ligotés dans nos certitudes, nos opinions toutes faites, mais souvent incapables de percevoir autre chose et de recevoir celles des autres. Alors Jésus nous invite à regarder avec les yeux de la foi : il y a des cœurs droits et sincères dont le témoignage nous parle, des personnes dont la beauté d’une vie donnée nous émerveille. Regardez, regardons bien : des chrétiens montrent leur foi en Jésus, des amis peut-être ; ils donnent de leur temps à Le faire connaître et aimer, ils font vivre son Eglise ; ils la soutiennent et la portent dans ses adversités et malgré ses fautes. Le Pape François remarquait récemment qu’il y a plus de persécutions aujourd’hui que dans toute l’histoire de l’Eglise. De vrais pasteurs donnent leur vie pour leur troupeau. Oui, les œuvres du Christ continuent à travers celles vécues par et dans le moindre des gestes de solidarité qui se donnent et s’échangent. Si ce dimanche de la joie, nous tous qui vivons l’Eucharistie, nous apportons notre ‘verre d’eau’ à plus malheureux que nous (un sourire, une parole de paix ou de réconfort, une aide utile du moment) oui ! Alors nous sommes des messagers de l’Evangile que le monde attend même inconsciemment.

3° Il reste aussi un autre regard à porter : passer de l’extériorité à l’intériorité. Il ne suffit pas de comprendre la nature et les autres mais nous sommes invités à scruter notre propre cœur. Qui sommes-nous ? Que vivons—nous ? Que désirons-nous ? Vers qui allons-nous ? Chacune et chacun porte en soi une richesse intérieure étonnante et tonifiante. Mettons-nous à l’affût. « Notre avenir est au-dedans » dit le poète chrétien. Plus je me connais, plus je sais que je suis un être habité et désireux d’entrer en conversation. Petit à petit bâtissons ce foyer de notre Rencontre. Dieu frappe à notre cœur. Si toi, ami € de Dieu, tu prends le temps de découvrir, d’aimer et d’échanger avec Lui, tu seras déjà comblé au-delà de tout.

*****

Curieux parcours que ce Jour du Seigneur …dimanche de la joie…dimanche des signes de la foi… Avec en prime, la patience nous dit st Paul… Car on ne naît pas chrétien, on le devient. Et nous avons tous à consentir au rythme lent et progressif de la grâce de Dieu. La patience est l’apanage du laboureur et elle a valeur exemplaire car il faut compter avec le temps pour passer de la semence au fruit. St Vincent qui avait vu, touché et aimé cette vie de la terre nous a laissé ces mots afin de nous aider à voir Dieu à l’œuvre: « Le temps fait tout. J‘expérimente cela tous les jours parmi nous » (II, 146)

AMEN.

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2e Dimanche de l’Avent. “Préparez”. Homélie en la Chapelle Saint Vincent de Paul – Paris

Pendant tout l’Avent, nous entendons parler de la venue du Seigneur et de l’attitude qui convient pour ne pas manquer sa visite. Il me semble que les textes qui sont proposés par la liturgie, durant ces quatre dimanches, nous dictent quatre attitudes : veiller, préparer, espérer, écouter (une par dimanche)...

Pierre Hung VAN NGUYEN

2e Dimanche de l’Avent. “Préparez”. Homélie en la Chapelle Saint Vincent de Paul – Paris

Chers frères et sœurs : Pendant tout l’Avent, nous entendons parler de la venue du Seigneur et de l’attitude qui convient pour ne pas manquer sa visite. Il me semble que les textes qui sont proposés par la liturgie, durant ces quatre dimanches, nous dictent quatre attitudes : veiller, préparer, espérer, écouter (une par dimanche). Quatre mots, mais ce sont des verbes actifs, car il faudra le faire. Alors, dimanche dernier, le premier dimanche de l’avent, nous étions invités à « veiller ». Aujourd’hui, le deuxième dimanche, nous sommes invités à préparer. « Préparez le chemin du Seigneur. »

Nous allons garder ce mot : PREPARER. C’est le temps pour préparer le chemin du Seigneur, enlever les obstacles à sa venue.

D’abord, nous nous arrêtons sur la première lecture du prophète Isaïe, il nous donne un message plein d’espoir. Dans une vie si difficile et pleine des ténèbres, il semble que Dieu est absent, ou Dieu abandonne l’homme. La voix du prophète Isaïe, proclame que Dieu est tout proche pour accomplir sa promesse, Il vient rétablir la justice et la paix. Notre temps est loin du temps du prophète Isaïe, mais nous devons encore écouter et espérer son message. Les hommes aujourd’hui veulent jeter Dieu, mais Dieu, ne peut pas abandonner l’homme aux tragédies qu’il créé lui-même. La puissance infinie de Dieu a toujours un moyen de surmonter les choses négatives dans l’histoire humaine et réaliser son plan de salut. Le prophète Isaïe a annoncé au peuple d’Israël qui a vécu dans les ténèbres, et nous donne aujourd’hui le visage d’un Dieu, Rédempteur dont tous les hommes ont besoin, Isaïe dit dans la première lecture : “Le Seigneur juge les pauvres avec sa justice” (cf. Is 11, 1-10). Ce sont les principales caractéristiques d’un Dieu dont tout être humain de tous les temps a besoin, un Dieu juste dans son jugement et son amour, car il vient établir une vie paisible et harmonieuse, pour les humains. Cette vie a été proclamée par le prophète Isaïe à l’image de l’environnement, dans lequel les loups vivent avec des moutons, les enfants jouent avec des animaux sauvages. C’est le don suprême que Dieu donne aux hommes pour vivre en paix. Mais du côté humain, ils doivent savoir comment changer leur vie et retourner à Dieu, pour recevoir le Don de Dieu, pour obtenir son salut.

Dans ce contexte, L’Evangile aujourd’hui nous rappelle le message de Jean Baptiste, il nous invite à une conversion : « Préparer le chemin du Seigneur », mais quel chemin? Commençons par le plus évident. Le chemin qu’il faut préparer, passe d’abord par notre propre cœur. “Convertissez-vous” dit Jean-Baptiste. Se convertir, c’est se retourner vers Dieu et vers les autres. Reprendre le chemin ou bien changer de chemin, si l’on s’est égaré. Chacun sait bien ce à quoi cela lui fait penser dans sa vie. Se convertir, vous le savez, c’est sérieux. Se convertir. C’est se décider à redonner à la relation avec Dieu et avec les autres plus de force et de chaleur, enlever les obstacles à sa venue dans notre vie. Ainsi, une conversion véritable nous demande à la fois « changement de direction, » et « correction de notre pensée et de notre agir. »

Ne nous rassurons pas trop vite. Certains diraient : “Nous sommes de fidèles pratiquants depuis toujours”. Vous savez, Jean-Baptiste s’adressait aussi à d’honnêtes pratiquants, des Pharisiens et des Sadducéens, et pourtant, il les mettait sérieusement en garde.

Jean Baptiste leur dit :“N’allez pas dire en vous-mêmes, nous avons Abraham pour père . Car, je vous le dis, avec les pierres que voici, Dieu peut faire surgir des enfants à Abraham”. N’allons pas dire en nous-mêmes : “notre pratique religieuse est bien enracinée”, car si elle ne germe pas, si elle ne porte pas de fruits, elle va être coupé et jeté au feu. Notre conversion doit porter du fruit. Ceux qui accueillent le Christ sont voués à changer leur vie et à changer le monde.

Alors, si nous voulons maintenant que notre chemin soit tracé dans nos vies, si nous voulons également qu’il soit tracé au milieu de ce monde, alors il nous faut prendre au sérieux l’appel à la conversion que nous lance Jean le Baptiste ce matin. Bien sûr, les soucis du quotidien, la réforme de gouvernement, le mouvement social, la grève et la manifestation tout le temps, particulièrement en ce moment, ainsi la maladie, la peur, le découragement et tant d’autres obstacles viennent parfois brouiller l’horizon vers lequel nous marchons. N’ayons pas peur, soyons persévérance comme  saint Paul nous invite dans la deuxième lecture.

Au moment de préparer Noël, aurons-nous la force de redonner la priorité de notre amour aux préférés de Jésus ? Au loin ou tout près de nous, il y a encore tant de frères et sœurs qui sont malades, pauvre et âgés à consoler, qu’ils ont besoins de nous, par un peu de pain partagé, par une visite, par une parole consolation, par une sourire, par un brin d’amour gratuit.

Mes frères et sœurs, vous savez bien que nous sommes tous pécheurs, nous avons besoin de conversion, une conversion au fond du cœur, un vrai retour vers Dieu et vers les autres. Méditations, pour voir s’il y a des obstacles en nous et dans notre société qui nous empêchent de venir vers Dieu et vers les autres.

À l’écoute de l’Esprit saint, préparons le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers et nous verrons le salut de Dieu. Amen.

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Homélie du Deuxième dimanche de l’Avent. 8 décembre 2019. Chapelle de la Médaille Miraculeuse – Paris

Des faux prophètes, le monde en crève ! Leur message fascine mais il confond, fait peur et désoriente. Il y a tant de « prophètes de malheur » et nous manquons cruellement des prophètes d’espérance.

Roberto Gomez

Homélie du Deuxième dimanche de l’Avent. 8 décembre 2019. Chapelle de la Médaille Miraculeuse – Paris

Frères et sœurs : « Nous avons besoin de prophètes » ! « Notre Monde souffre du manque de vrais prophètes » !

Des faux prophètes, le monde en crève ! Leur message fascine mais il confond, fait peur et désoriente. Il y a tant de « prophètes de malheur » et nous manquons cruellement des prophètes d’espérance. Les premiers, proposent de vivre « des attentes et non pas en attente », de se contenter des petits espoirs mais n’apprennent pas à vivre dans l’espérance. Ces prophètes de malheur divisent l’humanité, paralysent les cœurs et n’apportent surtout pas la  paix. C’est tout le contraire du monde réconcilié décrit par le prophète Isaïe dans la première lecture: « Le loup habitera avec l’agneau , le léopard se couchera près du chevreau,  la vache et l’ourse aurons même pâturage, le nourrisson s’amusera sur le nid du cobra, sur le trou de la vipère, l’enfant éteindra la main… ». Les faux prophètes divisent l’humanité, créent le chaos et la confusion, opposent les hommes  les uns contre les autres.  Et nous ? Nous nous laissons souvent tromper parce par ces « charmeurs de serpents » qui utilisent les émotions humaines pour réduire les personnes en esclavage et suscitent l’affrontement des hommes les uns contre les autres. Au lieu de proposer un chemin, un long et patient chemin, « ils nous offrent une multiplicité de sentiers qui ne conduisent pas à un but certain et qui prennent plutôt l’aspect d’un labyrinthe » (pape François, La Lumière de la foi, n° 13).

Jean-Baptiste, l’ultime voix des prophètes de l’Ancien Testament est chaque année le personnage du deuxième dimanche de l’Avent. C’est bien pour cela que évangile de ce jour ne met pas en scène Jésus, mais Jean-Baptiste : son message se résume dans une proclamation : « Convertissez-vous, car le royaume des cieux est tout proche ». La conversion est un long chemin, est un pèlerinage intérieur qui suppose la rencontre avec Dieu.

Pour appeler à la conversion, Jean-Baptiste, habillé comme les prophètes de l’Ancien Testament, se situe dans le désert. Pourquoi Jean-Baptiste crie précisément en plein désert ? Parce que le désert dans la Bible ne se réduit pas dans un lieu géographique mais il symbolise un itinéraire, un voyage intérieur et profond ; il désigne un état d’âme rendant possible que Dieu parle droit au cœur : c’est le silence du désert qui donne à la voix de Dieu l’espace de  son cri, comme dit le poète. C’est là, en plein désert, dans l’inconfort, en pleine expérience du manque, que la voix du Dieu est saissante :  «  A travers le désert une voix crie : préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route ». Lorsque l’on prend conscience de son propre désert intérieur alors on désire la paix, le repos. Lorsque l’on prend conscience de nos propres solitudes nos âmes cherchent des sources vives, des oasis pour reprendre des forces neuves et continuer le chemin.

Le temps de l’AVENT est beau ! C’est le temps du désir…  Désir d’un visage nouveau. Le visage d’un Dieu déconcertant de tendresse et de pauvreté. Le Visage de l’enfant Jésus de la crèche qui nous attendri, nous désarme et en même temps nous dépouille.  Oui, le désert spirituel à partir duquel nous parle Jean Baptiste nous fait prendre conscience de nos pauvres déserts. Notre monde traverse de déserts, notre église elle-même vit de déserts. Et tant que nous ne prendrons pas conscience de nos propres déserts, nous nous installons, nous ne cherchons pas une autre chose, nous nous y résignons. 

Le prophète Jean-Baptiste invite aussi à cheminer : « préparez le chemin du Seigneur, rendrez droits ses sentiers ». Le peuple de Dieu n’a jamais été aussi fécond que lorsqu’il marchait. Le peuple de Dieu a grandi dans la foi en marchand. Le peuple de n’a pas connu Dieu avec leur têtes mais avec leurs pieds (Gustavo Gutierrez). Pour se convertir il faut se déplacer ! C’est pour cela que l’évangile d’aujourd’hui nous invite précisément par la voix du prophète, à faire chemin, à cheminer, à aller à la rencontre du Seigneur qui vient. Et pour ce faire, le prophète invite encore à produire « un fruit digne de la conversion », des fruits concrets de justice. Nous ne serons pas des disciples du Christ si nous nous installons, si nous nous conformons à nos pauvres déserts. Nous ne serons pas des véritables amis de Jésus si nous n’aspirons pas à une autre chose plus grande et meilleure, si nous n’aspirons pas à de rêves qui nous dépassent, des rêves qui nous relèvent et rendent possible que nous nous mettions débout tout en continuant notre chemin.

Produisez des fruits de justice en vous convertissant ! Aujourd’hui notre société est bouleversée à cause de la pauvreté et de l’injustice. Cependant on veut nous faire croire que la seule pauvreté qui nous abîme est la pauvreté sociale. Il y a une autre pauvreté qui nous réduit en esclavage et à la servitude : c’est la pauvreté spirituelle et le manque de transcendance. Il n’y a pas que la pauvreté sociale à vaincre, il y a aussi la pauvreté spirituelle  qui doit être surmontée.

Le prophète et l’évangile de ce jour nous rappelle notre propre baptême. Jean baptisait dans l’eau et Jésus le prophète des prophètes baptise dans l’esprit et le feu. C’est-à-dire que la face de la terre sera renouvelée et nous serons à notre tour purifiés et renouvelés. La prière de l’ouverture de la Messe de ce jour suppliait le Dieu miséricordieux de ne pas laisser entraver notre marche à la rencontre du Christ à cause des soucis de nos tâches présentes. Nous sommes invités par contre à entrer dans la propre vie du Christ, dans son propre itinéraire afin d’accueillir Dieu qui se rend visible à travers le visage de son Fils bien-aimé.

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