Homélie du 32e dimanche du temps ordinaire. Mt 25 1-13. “Seigneur, ne me laisse pas tomber en panne sèche !”

Cette parabole n’est pas catholique pourrait-on dire ; elle est choquante ! Elle l’est surtout pour une personne qui a entendu depuis toujours : le chrétien doit partager, l’ami de Jésus doit partager. Pourquoi donc la parabole met en avant l’attitude de cinq filles dites prévoyantes refusant de partager leur huile avec celles qui en manquaient ? Et pourquoi encore cette parabole met en scène la dureté de l’époux qui refuse d’ouvrir la porte aux filles arrivant en retard : « Amen, je vous le dis : je ne vous connais pas ».

Roberto Gomez

Homélie du 32e dimanche du temps ordinaire. Mt 25 1-13. “Seigneur, ne me laisse pas tomber en panne sèche !”

Chères sœurs, chers frères : Cette parabole n’est pas catholique pourrait-on dire ; elle est choquante ! Elle l’est surtout pour une personne qui a entendu depuis toujours : le chrétien doit partager, l’ami de Jésus doit partager. Pourquoi donc la parabole met en avant l’attitude de cinq filles dites prévoyantes refusant de partager leur huile avec celles qui en manquaient ? Et pourquoi encore cette parabole met en scène la dureté de l’époux qui refuse d’ouvrir la porte aux filles arrivant en retard : « Amen, je vous le dis : je ne vous connais pas ».

Peut-être que la pointe de cette parabole n’est ni le partage, ni la solidarité, ni la fraternité… Cette parabole pointe plutôt vers un moment définitif que chacun d’entre nous doit passer et elle nous avertit que dans ce moment définitif personne ne peut rien faire pour nous ! Oui, à la fin de nos vies nous aurons un face à face avec le Seigneur. Dans ce face à face nous nous présenterons tels que nous sommes, avec ce que nous avons cueilli, avec surtout ce que nous avons donné… à ce moment-là personne ne pourra rien faire pour nous.

En effet, le texte de l’évangile de Matthieu que nous avons proclamé se situe vers la fin de celui-ci. Ces chapitres sont communément appelés « le Discours de la fin » ou « le discours eschatologique ». Jésus sait que l’heure est arrivée de passer de ce monde à son Père. Il doit affronter le scandale de sa passion. En maître responsable, il prépare ses disciples à tenir bon, à tenir leur place, à veiller « parce que nul ne connaît ni le jour ni l’heure ».

Les cinq filles de l’évangile appelés « prévoyantes » ont pu entrer à la fête de noces parce qu’elles étaient prêtes. L’huile étant un symbole de la persévérance, de l’attente et du désir qui ne s’épuise pas. Les autres filles, les « insouciantes » n’étaient pas prêtes et se retrouvent face à des portes closes. Leur désir s’est envolé, leur endormissement est plus profond et entre-temps la réserve d’huile s’est épuisée. Conséquence fatale : elles ne peuvent pas aller à la rencontre de l’époux qui arrive au milieu de la nuit. Rappelez-vous que dans le même évangile de Matthieu, Jésus avait dit à la foule et en particulier à ses disciples : « vous êtes la lumière du monde » (Mt 5,14). Comment être lumière pour le monde si la flamme de la foi s’épuise faute de combustible.

Qu’avons-nous fait de notre foi, de notre baptême, de notre amitié avec le Seigneur ? Pour accomplir dans le monde notre mission des baptisés, il est important de se réveiller et d’éveiller en nous le désir de rester fidèles au Seigneur jusqu’au bout. « La sagesse ne se flétrit pas » avons-nous entendu dans la première lecture. Le Psaume de la messe nous faisait chanter : « Dieu, tu es mon Dieu, je te cherche dès l’aube, mon âme a soif de toi ».

Frères et sœurs, ce langage de l’évangile est un peu déconcertant pour nous. Cependant il s’agit d’une belle métaphore nous invitant à persévérer dans la foi et dans l’amour, à tout faire pour que dans ce moment de solitude, nous puissions nous présenter humblement et confiants devant notre créateur en lui disant je n’ai peut-être pas fait grand-chose mais j’ai su garder ma lampe allumée en signe d’un amour et d’un désir qui ne se sont pas complétement éteints malgré l’obscurité, la nuit ; malgré la longue attente. Très souvent nous sommes tentés d’abandonner notre foi, de nous compromettre dans la spirale de la violence, de déserter nos convictions, de vivre comme si Dieu n’existait pas… et de rejeter l’évangile parce que trop exigent ou apparemment inopérant. Cependant, nous avons à tenir bon ! A garder nos yeux ouverts et nos lampes allumées. A être des sages avisés qui savent discerner, agir et demeurer fidèles à leur vocation de disciples et amis de Jésus.

Permettez-moi, de vous raconter une anecdote de mon enfance, certes très personnelle mais qui m’a beaucoup marqué. Vivant à la campagne en Colombie, je ne pouvais pas aller à la messe tous les dimanches. Comme vous, chers amis qui suivez la messe à la radio, nous aussi à la maison, nous écoutions religieusement la messe à la radio. Je me souviens que le prêtre disait chaque dimanche au début de chaque homélie ceci : « aujourd’hui nous sommes plus prêts de l’éternité que la semaine dernière ». J’entends encore le timbre de sa voix… Cette phrase ne m’effrayait pas, ne m’a jamais fait peur, mais elle a mis dans ma tête cette idée que plus tard j’ai transformé, voire améliorée en lisant la petite Thérèse de Lisieux : « un jour je serai interrogé sur l’amour ».

Oui, nous savons qu’un jour en pleine nuit, une voix déchirante nous réveillera pour nous présenter devant notre créateur. Je souhaite, désire, j’espère qu’à ce moment-là, notre lampe brillera toujours.

Seigneur ne nous lasse pas tomber en panne sèche ! Amen

 

Roberto Gomez cm

Le 8 novembre 2020

Rue du Bac

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Lettre de la montagne IV, ou Lettre de la Toussaint aux amis confinés

Après plusieurs jours de boucaille et d’obscurité qui soustrayaient les cimes au regard, le soleil s’est levé ce matin dans une atmosphère transparente qui rend étonnamment palpable le moindre détail des reliefs. Quelques jeunes névés somnolent, logés dans les replis de la montagne : ils succomberont à la tiédeur du jour. Il demeure encore çà et là, dans la vallée, des oriflammes d’automne, épargnées par de récentes tempêtes.

Fr François Cassingena-Trevedy osb

Lettre de la montagne IV, ou Lettre de la Toussaint aux amis confinés

Souviens-toi, Seigneur, de ce qui nous est arrivé,
regarde et vois notre opprobre.
La joie a disparu de notre cœur,
notre danse s’est changée en deuil.
La couronne est tombée de notre tête,
voilà pourquoi notre cœur est malade,
voilà pourquoi s’obscurcissent nos yeux.
(Lam. 5, 1, 15-17)
 
Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière,
sur les habitants du pays de l’ombre une lumière a resplendi.
(Isaïe, 9, 1)
Quand cela commencera d’arriver, redressez-vous et relevez la tête.
(Luc, 21, 28)
 
Après plusieurs jours de boucaille et d’obscurité qui soustrayaient les cimes au regard, le soleil s’est levé ce matin dans une atmosphère transparente qui rend étonnamment palpable le moindre détail des reliefs. Quelques jeunes névés somnolent, logés dans les replis de la montagne : ils succomberont à la tiédeur du jour. Il demeure encore çà et là, dans la vallée, des oriflammes d’automne, épargnées par de récentes tempêtes. L’on prête attention au silence inhabituel, même si, dans ces parages, peu de bruits viennent le troubler, et la générosité du soleil paraît ironique, puisque nulle randonnée n’est désormais possible. Ce matin, en balayant l’étable, j’ai laissé aller le fil de mes pensées et, me souvenant de nos « conversations » tout à fait inédites du printemps dernier, j’ai ressenti, chers amis, la nécessité de poursuivre dans le même esprit. Cette quatrième Lettre de la montagne prend en effet, compte tenu des événements que nous traversons, l’allure d’une nouvelle Lettre aux amis confinés. Celle que vous attendiez peut-être et dont j’espère qu’elle vous tiendra fructueusement compagnie. La montagne, en effet, n’est ni indifférente ni étrangère à la plaine. L’altitude ne vit pas pour soi, indépendante et superbe : dans une étroite solidarité physique et géographique avec ce qui l’entoure, elle n’a d’autre raison d’être que de désaltérer. Loin de moi la prétention d’être une montagne ! Mais j’aimerais seulement vous partager, en ces jours de désolation, un peu de cette eau vive, un peu de cette lumière et de cette paix que la montagne secrète pour la plaine. Cette montagne au pied de laquelle je me trouve moi-même comme un pèlerin, comme un pauvre et comme un client. Loin que je possède cette eau vive, cette lumière et cette paix, je les cherche avec vous, autant que vous. Au pied de la montagne.
 
La nouvelle de l’attentat de Nice a achevé de nous plonger, hier, dans l’abattement. La croissance exponentielle de la pandémie et l’entrée dans un nouveau confinement nous composaient déjà un tableau très sombre, mais voilà que l’irruption répétée d’autres forces aveugles vient alourdir encore le fardeau de nos terreurs et de nos inquiétudes. Car il est important, pour commencer, que nous puissions faire un état des lieux, je veux dire mettre des mots, oser mettre des mots, sur l’état d’âme qui est le nôtre depuis des mois, voire des années. Désigner l’anxiété et la détresse, les exhaler avec des mots personnels ou des mots empruntés à de grandes sources, est déjà une manière de les exorciser et de les dépasser. C’est sans doute tout le sens, toute la fonction des Lamentations dans les saintes Écritures, rangées à la suite immédiate du Livre de Jérémie dans la Bible chrétienne et parmi les cinq Megillôt (Rouleaux) dans la Bible hébraïque. Dire notre détresse, mieux encore, si possible, la chanter, fait profondément partie de notre nature, de notre histoire humaine. Ce n’est pas une faiblesse : c’est une noblesse. Ce n’est pas une infirmité : c’est une nécessité. C’est aussi, déjà, si modeste soit-il, un lieu de fraternité humaine véritable. Nous faisons corps, déjà, dans l’expression partagée de nos infortunes de toutes sortes. Nous nous tenons chaud, si j’ose dire, dans la confidence mutuelle du froid qui nous gagne devant la dureté des temps.
 
Oui, c’est vrai, avouons-le (ne jouons pas aux invulnérables), depuis des mois, des années, la couronne est tombée de notre tête et la joie a disparu de notre cœur. En dépit de tous les divertissements que nous pouvons nous donner à nous-même et de tous les amusements que la société nous propose, une certaine joie de vivre a été atteinte en nous, un certain chant insouciant et léger ne peut plus sourdre de nos profondeurs. Nos projets sont renversés, nos horizons se voilent dans l’hypothétique et l’inconnu, notre vouloir vivre fléchit et s’émousse, une très insidieuse tristesse envahit le sous-sol de notre être comme un gaz délétère. Conticuit dulcedo citharae, comme dit la Vulgate d’Isaïe 24, 9 dans une très belle assonance : « La douceur de la cithare au fond de nous s’est tue. » Il y a là un état de notre âme, un moment de notre histoire collective à désigner, à porter, à vivre comme tel, loin de tous les mensonges, de toutes les excitations artificielles, de toutes les festivités superficielles qui voudraient nous donner le change. Nous vivons présentement en sourdine, à l’étouffée, en mode mineur. Nous sommes présentement minorés. Timorés. Osons le dire. Osons le dire publiquement. Osons nous le dire les uns aux autres, sans rien éluder de la gravité de ce qui nous atteint comme individus, comme êtres-de-ce-monde, comme êtres-dans-ce-monde. Car ce monde qui est le nôtre est inéluctable. Car le monde, avec sa tragique et magnifique aventure, est inéluctable. Il n’existe pour personne un hors-monde dans lequel il pourrait s’évader. C’est dans ce monde même, à partir de ce monde même, tel qu’il est présentement, que se trouve l’enjeu de ce que l’on appelle volontiers aujourd’hui notre « résilience », de ce que d’autres préféreront appeler notre « résurrection ».
 
Il s’entend naturellement, ces temps-ci, dans les medias et sur les réseaux sociaux, beaucoup de réactions, beaucoup de commentaires, beaucoup de critiques, beaucoup de bruit. N’étant de mon état ni politologue, ni politicien, ni épidémiologue, ni infectiologue, ni économiste, ni expert de ceci ou de cela, je voudrais simplement me situer au-delà, en marge, en attestant d’une distanciation pacifique et constructive, en proposant un prise de distance respiratoire, à l’intérieur même de ce monde que j’écoute, que j’interroge, que je « pâtis » moi-même fraternellement avec tous. L’on accuse, l’on s’insurge, l’on tempête, l’on réécrit l’histoire telle que l’on pense qu’elle aurait dû être. L’on cause sans fin à l’irréel du présent et du passé sur ce qu’il aurait fallu faire, sur ce qu’il faudrait faire. L’on égratigne et l’on ne va pas au fond. Devant la pandémie comme devant la montée d’un fondamentalisme barbare, l’on sent nos démocraties malhabiles et désemparées, jusque sous la proclamation de principes souverains, jusque sous l’élaboration de stratégies prophylactiques et défensives, jusque sous l’érection – particulièrement dangereuse – de caricatures en irréformables cocoricos. Car il faut, bien sûr, quoi qu’il ait été dit en public, renoncer aux caricatures. Renoncer, non à la liberté d’expression, ni absolument aux caricatures, mais à certaines caricatures qui allument inutilement les poudres. La laïcité n’a d’autre raison d’être que de garantir un espace de tolérance : elle se met en péril lorsqu’elle se durcit en religion et en absolutisme. Tout est permis, mais tout n’est pas profitable. Tout est permis, mais tout n’édifie pas (1 Co 10, 23). Si ludique qu’elle s’imagine, la caricature déforme par définition tout ce qu’elle touche et, presque toujours, elle l’enlaidit. Face à une culture quasi totalitaire de la violence et de la vulgarité rarement dénoncée comme telle (les caricatures en sont aussi une manifestation), l’éducation de la société (et pas seulement des enfants), la fameuse paideia des Grecs, s’impose à nous comme une tâche toujours à reprendre. Éduquer, c’est-à-dire faire sortir. Faire sortir, non seulement de l’analphabétisme, mais de la bêtise, de l’abêtissement, de la servitude. Quiconque s’élève devient libre. Touchant à l’actualité toute récente, j’ajouterai une simple observation, une simple suggestion, un simple souhait : dans un régime de laïcité vraiment équitable, ce serait un beau geste, un beau symbole, si les victimes de l’attentat de Nice (meurtre dans la cathédrale) recevaient les mêmes honneurs officiels que Samuel Paty (meurtre dans l’école)… Les célébrations publiques devraient-elles avoir, de façon si imperceptible que ce soit, leurs parents pauvres ?
 
Comme le terrorisme ciblé, pointe émergée d’un iceberg, épiphénomène d’un projet de déstabilisation mondiale qui nous donne le frisson, la pandémie nous a pris au dépourvu. Il est certain que nous avons fait preuve de légèreté. Les comportements qui ont suivi le premier confinement ont laissé voir beaucoup de hâte, d’inconséquence, de naïveté, lorsque ce n’était pas, chez certains, le mépris et le négationnisme purs et simples. Ce que nous traversons est inédit. L’épreuve nous a surpris dans un état d’impréparation sur lequel nous pouvons assurément faire porter notre examen de conscience personnel et collectif. Au vu d’une certaine frénésie de rattraper le temps perdu, du brassage estival de la population, il n’était pas besoin d’être grand clerc pour prévoir que nous allions tout droit, à plus ou moins court terme, vers une réitération de ce que nous avions connu au printemps. L’étourderie de l’homme et des sociétés est décidément une chose étrange. Mais ce n’est pas la première fois, dans l’histoire, dans notre histoire (je pense aux années qui ont précédé la seconde guerre mondiale), qu’il en va ainsi. Plus fondamentalement encore, je pense que l’histoire de l’humanité dans son entier, dans sa marche constante, est celle de ses impréparations. Ce sont en définitive ces impréparations mêmes qui en font ordinairement la matière, sauf à ce que certains visionnaires se lèvent de loin en loin pour en prévenir ou en inverser les effets. Il n’y a pas de préparation à l’Histoire qui nous emporte, et cet état de fait, parfois enthousiasmant, souvent cruel, contrarie vivement nos velléités, ou plutôt nos exigences de planification, comme si l’aplanissement du futur était une opération mécanique et un dû.
 
Avec cela, l’on entend et on lit parfois ces temps-ci certains propos qui, dénonçant la perte générale du sens de notre condition mortelle et un tutiorisme sanitaire excessif aux yeux de leurs auteurs, font inconsidérément, voire cyniquement, bon marché de la vie humaine. Il est facile de parler philosophiquement – religieusement – de la mort des autres, mais la mort, la vraie mort, rend généralement muets ceux qu’elle approche et, nous frappant un jour nous-même, elle surprendra la vanité et l’assurance de nos propres discours. Le soin, si coûteux soit-il en termes d’effort collectif, que les autorités publiques manifestent pour la protection des plus âgés et des plus faibles, honore notre humanité et trahit un progrès de civilisation sur lequel nous ne saurions revenir. Nous ne pouvons plus tolérer froidement d’hécatombes. Quant à comparer, au désavantage de la seconde, la jeune génération de 1914-1918 qui affronta l’horreur des tranchées à la jeunesse contemporaine qui traverse le Covid 19, cela n’a guère de sens. Les histoires de l’Histoire ne se comparent pas outre mesure : elles se suivent dans leur singularité, avec leur pénibilité propre. Chaque jeunesse porte, à un moment donné de l’Histoire, le mal spécifique de son siècle. En dépit de la fausse image qu’en donnent les clichés médiatiques, la jeunesse actuelle, confrontée à des incertitudes sans pareilles et souvent à la précarité, se montre bel et bien généreuse et courageuse elle aussi.
Bref, en dépit du déluge d’informations qui fond sur nous, nous ne savons pas grand-chose, en définitive, ni de l’épidémie, ni de ses origines, ni des mobiles qui président aux stratégies sanitaires qui lui sont opposées, ni des réseaux souterrains qui fomentent les actes terroristes, ni des destinées prochaines de ce monde. Parfois, sur tout cela que l’on agite sans fin, nous ne savons plus quoi penser. Tout cela qui nous arrive est tellement étrange, tout cela est tellement inédit ! C’est l’Histoire qui passe sur nous, sans que nous ayons pour autant le droit de déclarer forfait, sans que nous devions renoncer à en être les acteurs. Notre être-là est notre seule certitude : le pas suivant exige de notre part un acte d’énergie, d’espérance autant que d’abandon. Aussi, plutôt que de disserter éperdument sur ce que les autres auraient dû faire, sur ce qu’ils devraient faire, nous devrions – c’est tout ce qui nous reste – nous demander ce que nous allons faire, nous, à notre échelle bien modeste, pendant ce nouveau temps de confinement qui nous est imposé ; ce que nous allons faire de lui. Travail de « confection » qui peut nous sauver tout à la fois de la critique stérile, de l’angoisse et de l’ennui. Et, plus largement, ce que nous allons faire avec ce temps de désolation multiforme qui est le nôtre. Car ce temps est notre seule matière première à transformer, notre seul grain à moudre, notre seul textile avec lequel tisser l’avenir. En ce nouvel état de siège, il va nous falloir déployer des ressources intérieures, tirer du mâchefer des jours un minerai utile, un combustible insoupçonné.
 
Encore ne suffit-il pas de faire de ce nouveau temps de confinement quelque chose pour notre usage personnel. Une tâche bien plus passionnante nous incombe : en faire quelque chose pour les autres, pour tous, tout spécialement pour ceux que cette épreuve afflige davantage, parce que leur condition matérielle, psychologique et sociale est plus fragile. En effet, si le confinement affecte nos relations sociales ordinaires, il nous invite à être créateurs d’un lien social plus sérieux, plus prévenant, plus fécond. Le confinement ne nous sépare pas : il nous provoque à faire corps avec plus de chaleur et d’ingéniosité dans le commerce mutuel de richesses plus intérieures, lesquelles ne sont pas moins vitales que les autres. Si les temps que nous traversons ensemble « minorent » nos aises et notre train de vie habituel, ils nous mettent dans l’urgence de découvrir et d’exploiter, dans une perspective fraternelle, notre majesté véritable. Il y a là pour nous une modalité et un exercice pratique de cette « communion des saints » dont la fête de Toussaint nous rappelle le mystère : non pas simplement un beau rêve d’au-delà, mais une réalité concrète et une obligation sociale. Un biographe de saint François d’Assise disait de lui « qu’il faisait de tout un escabeau pour monter à Dieu ». Omnia suppeditabat ad Deum. Tâchons donc de faire de ce temps de confinement, de la Toussaint à Noël (probablement…), un escalier pour monter. Pour monter à Dieu. Pour monter à Qui-que- ce-soit, à Quoi-que-ce-soit. Car je n’oublie pas, je n’oublie jamais mes amis agnostiques ou athées (ils me sont très fraternels). Bref, un temps pour monter plus haut dans la réalisation de ce qui nous fait hommes et femmes au plus intime, au plus sublime. Un temps pour gagner en dignité, en majesté, dans la considération lucide et courageuse de notre condition humaine qui transcende l’histoire avec ses violences et ses calamités. Les événements de ces derniers jours, de ces derniers mois, pourraient nous faire régresser vers des peurs animales, des recherches farouches de sécurité, des durcissements identitaires dont nos « ennemis » ne demandent qu’à faire le jeu. Lors même que certaines sirènes politiques, exploitant à l’envi cet instinct qui nous guette, nous pressent et nous promettent de tout fermer, quelque chose de plus profond, de plus vrai, de plus humain, doit s’ouvrir en nous et entre nous. Je vous renvoie à l’admirable sermon de Thomas Beckett aux femmes affolées de Cantorbéry, dans le Meurtre dans la cathédrale de T.S. Eliot ; « Ouvrez les portes… ». Nos confinements mêmes, nos confinements de toutes sortes, si nécessaires soient-ils, ne sont viables que s’ils s’accompagnent d’un mouvement de dilatation intérieure.
 
Comme le confinement précédent, celui-ci, contemporain d’autres événements dramatiques, nous confronte à des questions urgentes. J’en vois trois qui peuvent retenir notre médiation pendant ces semaines. Quels sont les fondamentaux véritables de notre culture française ? Quelle culture de masse avons-nous fabriquée depuis des décennies (je renvoie aux analyses magistrales de Hannah Arendt sur ce concept) ? La part de la violence et de la vulgarité y est énorme, alors que chaque individu, si modestes que soient sa condition sociale et son degré officiel d’éducation, possède un droit souverain d’accès à toutes les formes de la beauté. La « masse » n’existe pas d’elle-même : c’est avec la violence et la vulgarité qu’on la fabrique à des fins inavouées d’asservissement. Tout homme est, en réalité, de haute naissance, et ne demande qu’à être honoré dans son ouverture foncière au mystère qui le dépasse. Une culture de la violence, si virtuelles et si perfidement ludiques qu’en soient les formes, ne saurait générer que cette violence dont nous déplorons en ce moment, étonnés qu’elles retombent sur nous, les manifestations immaîtrisables et chaotiques. Troisième question enfin, alors que le confinement va suspendre notre vie liturgique officielle pendant un « Avent » plus long que de coutume : quels vivres substantiels offrons-nous au Peuple de Dieu ? À quelle dignité, à quelle majesté l’élevons-nous ? Que suscitons-nous en lui d’intelligent et de vif pour qu’il ne devienne pas une masse, lui non plus, endormie dans une religiosité morose et consommatrice ? Que va-t-il célébrer, et comment va-t-il célébrer pendant ce temps de « vacance », puisque, en réalité, l’acte de célébrer – l’eucharistie – ne connaît jamais de trêve ? Restez toujours joyeux… En toute circonstance soyez dans l’action de grâces (1 Th 5, 16-18).
 
Dans la grande tourmente qui nous affecte tous, qui nous rejoint tous, jusque dans nos îles les plus lointaines et nos retraites les plus profondes, ma confiance va aujourd’hui, ma confiance va toujours à l’immobilité des monts, à la jovialité enfantine du ruisseau qui se rit des obstacles, à l’impression du hêtre déjà nu sur le ciel du soir, aux visages et aux mains amies, au son intempestif des cloches qui, à travers le bourg consciencieusement confiné, appelle quelques personnes âgées à la messe dominicale. Ce temps nous invite à rassembler, comme l’on fait son bagage avant un voyage sans retour, tout ce qui compte d’essentiel. Ce temps réduit notre embonpoint existentiel, met à bas l’importance que nous nous donnons à nous-même pour révéler notre majesté véritable : celle d’êtres incroyablement fragiles, mais capables d’émerveillement, d’invention et de tendresse. La fragilité soudain plus sensible de notre vivre peut le rendre plus léger, mais d’une légèreté qui est tout autre chose, elle, qu’une étourderie.
Tout à l’heure, alors qu’un soir étonnamment serein jettera ses derniers feux sur le pelage des vieux puys qui, autant que celui des bêtes de l’étable, appelle la caresse, nous entrerons dans la solennité de la Toussaint, c’est-à-dire dans la magnificence de l’invisible, dans la Fête de l’Humanité sous le soleil de l’Agneau, dans le Réseau social le plus vaste qui se puisse concevoir, au-delà de toute violence et de tout affolement. Sur l’Antiphonaire resplendit, comme un signe de victoire, le grand V de la premier antienne des Vêpres, promesse d’un monde sans frontières et dont l’amour est le seul ciment : Vidi turbam magnam…
Voici qu’apparut à mes yeux une foule immense que nul ne pouvait dénombrer, de toute nation, race, peuple et langue, debout devant le trône et devant l’Agneau, vêtus de robes blanches, des palmes à la main (…) Ce sont eux qui viennent de la grande épreuve : ils ont lavé leurs robes et les ont blanchies dans le sang de l’Agneau (…) L’Agneau qui se tient au milieu du trône sera leur pasteur et les conduira aux sources des eaux vives. Et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux (Apocalypse, 7, 9, 14-47).
 
Dans cette immensité de l’humanité que l’Apocalypse évoque à travers de somptueuses images, chacun de nous est unique. Dans cet anonymat, chacun de nous garde son nom. Voilà de quoi soutenir notre espérance.
 
Frère François, 31 octobre 2020
 
Veuillez m’excuser pour le léger retard de parution de cette lettre par rapport à la solennité de la Toussaint : hier, en donnant le foin aux vaches, j’avais perdu mes lunettes dans l’étable. Un inconvénient qui, dans mon cas, n’est pas minime… Mais heureusement, les lunettes ont été retrouvées ce matin dans une crèche !
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Homélie du 18 octobre 2020. Affiliation de Vincent DUQUESNOY à la Congrégation de la Mission

« Qui enverrai-je ? » Éternelle question du Seigneur ! question qui traverse tous les temps et qui rejoint chacune et chacun d’entre nous dans son aujourd’hui. C’est dans notre Église, que nous sommes tous appelés, baptisés dans la mort du Christ, vivifiés par l’Esprit Saint, pour écrire une page de solidarité, d’amour et de communion fraternelle là où nous sommes et pour témoigner de l’amour de Dieu, de son désir que la vie l’emporte sur le mal et la mort !

P. Christian Mauvais, cm

Homélie du 18 octobre 2020. Affiliation de Vincent DUQUESNOY à la Congrégation de la Mission

« Qui enverrai-je ? » Éternelle question du Seigneur ! question qui traverse tous les temps et qui rejoint chacune et chacun d’entre nous dans son aujourd’hui. C’est dans notre Église, que nous sommes tous appelés, baptisés dans la mort du Christ, vivifiés par l’Esprit Saint, pour écrire une page de solidarité, d’amour et de communion fraternelle là où nous sommes et pour témoigner de l’amour de Dieu, de son désir que la vie l’emporte sur le mal et la mort !

« Qui enverrai-je ? » Ce n’est pas une question banale, à prendre à la légère. Elle est essentielle car elle est un appel à VIVRE, à vivre en se donnant ; c’est un appel de l’Amour, celui de Dieu, et l’Amour est toujours tourné vers le prochain. Démarche pleine d’humilité et de simplicité.

Oui, cet appel à vivre pleinement nous invite à sortir de nous-même nous offrant ainsi la possibilité de nous mettre en situation de partage, de service, d’écoute. L’autre rencontré devient celui qui m’aide à me retrouver, dans la démarche du don de soi, à m’ouvrir à la vie !

Si tu veux vivre, laisses-toi porter par l’Amour, et n’aie pas peur de répondre : « Me voici : envoie-moi ! » ; Dans cette réponse, tu trouveras le bonheur, tu connaîtras la béatitude. C’est le mouvement de la vie qui te traverse, c’est le souffle de l’Esprit qui t’enveloppe. La vie humaine naît de l’amour de Dieu, grandit dans l’amour et tend vers l’amour.

Etre envoyé à qui ? se donner à qui ? s’engager à quoi ?

Pour répondre à ces questions, comme chrétien et vincentien, il me semble que nous devons contempler Jésus que Dieu a envoyé par amour pour les hommes ; il est LE Missionnaire dont la personne et les œuvres sont totale obéissance à la volonté de son Père. Il est LE Missionnaire envoyé porter la Bonne Nouvelle aux Pauvres.

Jésus est le 1er mouvement d’amour en sortie pour donner vie à la création dans sa totalité. Notre réponse à l’appel de Dieu s’inscrit dans ce mouvement de décentrement ; notre disponibilité à être envoyés s’enracine dans celle du Fils ; c’est l’Esprit qui nous est donné pour qu’en Église, nous ayons la force de nous porter au-devant de nos frères, entrant ainsi dans ce que le pape François appelle « la dynamique du don de soi » qui peut aller jusqu’au don total de soi comme le Christ.

« La mission, « l’Église en sortie », ne constituent pas un programme à réaliser, une intention à concrétiser par un effort de volonté. C’est le Christ qui fait sortir l’Église d’elle-même. Dans la mission d’annoncer l’Évangile, vous vous mettez en mouvement parce que l’Esprit Saint vous pousse et vous porte »

Ce que nous avons à faire, à montrer, à dire, c’est de porter une Bonne Nouvelle et cela à toute personne mais en priorité aux personnes qui sont laissées facilement de côté par la vie qui les exclue de plus en plus, les jugeant peu fiables, peu capables, ces personnes abattues par les difficultés de la vie.

Nous porter les uns les autres au-devant de l’autre pour leur porter une bonne nouvelle ! il faut être bien dans sa peau, dans sa vie, dans ses relations. On ne porte pas une bonne nouvelle avec une tête d’enterrement, ni en traînant des pieds, ni en ne se supportant pas mutuellement ! Quel est donc le visage que nous offrons à celui que nous rencontrons ; avec quelle démarche nous approchons-nous de lui ? qu’est-ce qui est bon en nous que nous pouvons lui transmettre ?

 

Nous sommes porteurs d’une bonne nouvelle. Nous portons une parole bienveillante, constructive. Nous portons la joie, celle de ne pas être seul, celle d’être aimé, respecté dans sa différence, accueilli avec sa richesse propre. Nous portons la confiance qui permet à l’autre de se révéler, de mettre en valeur ses compétences, d’agir avec ses moyens ; nous portons la confiance qui ouvre des issues dans l’impasse de certaines vies, de certains lieux. Nous portons l’initiative de leur donner leur place dans la société, dans les structures mises en place, dans les invitations à participer, à construire, à donner leur avis ! oui, nous portons le Christ. Nous portons la Vie.

Oui, il faut être solide pour porter une telle envie de vivre , une telle joie de vivre ! Ce que nous portons c’est la vie, c’est un mouvement d’amour que nous transmettons, à travers une présence quotidienne, des gestes simples qui respectent, qui mettent en valeur la personne.

Vincent, avec Aurélie ta femme, avec Faustine et Axel, tes enfants, vous vous portez les uns les autres en famille pour porter le Christ, bonne Nouvelle entre vous et pour tous ceux que vous rencontrez. C’est une expérience ecclésiale. Aujourd’hui, tu choisis de continuer ce chemin en t’inspirant de la spiritualité de St Vincent, plaçant le pauvre au centre. Pour cela, il nous revient, à toi et à nous tous, de choisir chaque jour les lieux éloignés qui nous obligent à sortir de nos routes et de nos rencontres habituelles pour être proches de celui qui est loin !

Nous portons le Christ, la Vie, comme le rappelle François : « le véritable missionnaire ressent Jésus vivant avec lui au milieu de l’activité missionnaire. Si quelqu’un ne le découvre pas présent au cœur même de la tâche missionnaire, il perd aussitôt l’enthousiasme et doute de ce qu’il transmet, il manque de force et de passion. Et une personne qui n’est pas convaincue, enthousiaste, sûre, amoureuse, ne convainc personne »

Ne perdons pas cette relation personnelle d’amour avec Jésus vivant dans son Église. Si tu es habité du Christ, animé de son Esprit, c’est Lui que tu donneras au monde, c’est son message que tu transmettras

Comme Marie, sa mère nous serons  disponibles pour répondre ‘me voici, envoie-moi !’ La prière, par laquelle Dieu touche notre cœur, nous ouvre aux besoins d’amour, de dignité et de liberté de nos frères et sœurs.

C’est sur le terreau de la générosité, de l’espérance et du don total de soi pour un autre avenir où chacun sera reconnu, accueilli et aura sa place, c’est sur ce terreau-là que se déploie notre élan missionnaire. C’est là que le Christ nous attend aujourd’hui, comme ses disciples, hier, en Galilée.

Bonne route, bonne mission.

 

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Saint François-Régis CLET. La joie de la Mission

La Joie de la Mission n’ayant pas de frontières, le missionnaire, sans nier l’importance de la paroisse et du diocèse dont il sait que ces structures existent tout autour de la terre, a pour terrain apostolique le monde, à la suite de l’envoi direct fait par Jésus lui-même : « Allez donc, de toutes les nations, faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et voici que je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28, 19-20).

P. Jean-Yves DUCOURNEAU CM

Saint François-Régis CLET. La joie de la Mission

Avant toute chose, mettons-nous en présence de Dieu en priant avec les mots de saint Vincent de Paul : « Ô mon Dieu, nous nous donnons à vous pour l’accomplissement du dessein que vous avez sur nous ; nous nous reconnaissons indignes de cette grâce mais nous vous la demandons par l’amour de votre Fils ; nous vous la demandons par la Sainte Vierge. Donnez-nous la, mon Dieu, pour votre gloire. Et bénissez-nous, au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit » (IX, 127)

     Quoi de plus opportun que de répondre à l’initiative du Père Général de la Congrégation de la Mission de créer un festival vocationnel missionnaire sur l’année, que de reprendre à notre compte le thème de ce mois de septembre pour rendre hommage à l’un de nos frères martyrs, le père François-Régis Clet, qui, suivant l’exemple de beaucoup, a vécu cette phrase de saint Vincent : « Notre vocation est d’aller, non pas dans une paroisse, non dans un diocèse mais dans le monde entier » (XII, 215).

     La Joie de la Mission n’ayant pas de frontières, le missionnaire, sans nier l’importance de la paroisse et du diocèse dont il sait que ces structures existent tout autour de la terre, a pour terrain apostolique le monde, à la suite de l’envoi direct fait par Jésus lui-même : « Allez donc, de toutes les nations, faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et voici que je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28, 19-20).

     François-Régis Clet a été un de ces missionnaires zélés qui ne vivaient que pour la Croix du Christ à apporter au monde puisqu’elle en est le chemin de salut. Ici même, dans cette Maison-Mère où reposent ses restes de martyr, mettons-nous sous sa sainte protection car son âme est bien au Ciel, avec tous ses compagnons martyrs de Chine, dans l’immense cortège de tous les martyrs de l’Eglise, ceux d’hier comme ceux d’aujourd’hui, puisque, comme le rappelait en son temps saint Jean-Paul II, ce temps du martyre est toujours là. Avec la sainte Patronne des Missions, sainte Thérèse de Lisieux, avec notre saint Patron, saint Vincent, avec celui qui a mis ses pas dans les pas de François-Régis Clet, saint Jean-Gabriel Perboyre que nous avons célébré ce mois-ci, que saint François-Régis Clet nous apprenne, par son éloquent témoignage, à garder, avec la Joie de la Mission, la vertu d’espérance qui l’a conduit à ne jamais renoncer au Christ. Maintenant, invitons-le à raconter lui-même son histoire d’homme qui est devenue, par la grâce de Dieu, une histoire sainte.

     Je suis né en 1748, à Grenoble, une ville qui compte alors 30 000 habitants. Mon père, Césaire, est employé dans un atelier de négociant en toiles et il s’est marié avec la fille du patron, Claudine.  Nous sommes 15 frères et sœurs, dont François qui devient Chartreux et Anne-Constance qui entre au Carmel. Je suis le dixième. Mes parents m’ont donné le prénom de François-Régis en l’honneur de saint François-Régis, un missionnaire jésuite.

     Durant mon enfance et mon adolescence, j’ai entendu plusieurs missionnaires raconter leur vie que je considérai comme extraordinaire et magnifique. A ce titre, les missionnaires de la Congrégation de la Mission, que l’on appelle toujours les lazaristes, ne m’étaient pas inconnus. Ainsi donc, j’entre au noviciat de la Congrégation à 21 ans, à Lyon. Le 27 mars 1773, à 25 ans, je reçois l’ordination presbytérale des mains de l’évêque auxiliaire de Lyon. Je vais célébrer une de mes premières messes au sanctuaire marial de Notre-Dame de Valfleury, tenu par les lazaristes depuis 1687 et situé proche de Saint-Etienne.

     Ma première mission m’est alors confiée. Moi que l’on surnomme gentiment « la bibliothèque vivante », je me vois nommé professeur de théologie morale au Grand Séminaire d’Annecy, qui fut le premier séminaire fondé par les lazaristes hors de Paris en 1642. Peu de temps après, j’en deviens le supérieur. C’est dans ces années que je perds mon père, en 1783 et ma mère quatre ans après.

     Après 15 années de service dans le diocèse de saint François de Sales qui fut un grand ami de notre fondateur Monsieur Vincent, le Supérieur Général de la Congrégation, monsieur Cayla de la Garde, me choisit pour assurer la charge de supérieur du séminaire interne de la Congrégation, qui correspond au noviciat chez les religieux,. Je me retrouve donc à Paris en fin d’année 1788.

     Chacun sait ce qui s’est passé en France en 1789. Après plusieurs années de mauvaises récoltes et d’augmentation du prix de la farine, après une précarisation des bourgeois et du Tiers-Etat, la révolte gronde et s’étend à tout le pays, et les réformes espérées ne viennent pas. L’Eglise, perçue comme privilégiée au service de la noblesse, malgré le fait que bon nombre de prêtres n’ont pas eux-mêmes de quoi vivre, ne sort pas indemne de cette période. Même si les livres d’histoire ne le mentionne jamais, je me souviens que le 13 juillet 1789, les portes de la maison de Saint-Lazare, où nous étions, ont été enfoncées et que tout a été dévasté par des pillards attisés par des esprits belliqueux. Certains de mes confrères ont dû fuir, parfois avec leurs habits déchirés. La bibliothèque a été saccagée et même le potager et les moutons qui servaient de nourriture aux plus pauvres ont subi le préjudice. La chapelle a pu être préservée grâce à un valeureux confrère qui n’a pas hésité à s’interposer face à la foule haineuse qui voulait jeter les restes de notre fondateur dans la Seine. Dès le lendemain, chacun se mit au travail pour remettre en ordre ce qui pouvait l’être et je repris moi-même les cours donnés aux séminaristes.

     Heureusement, l’Esprit du Seigneur est plus fort que la haine. Il envoie du réconfort à la Congrégation par les nouvelles de confrères déployés comme missionnaires en lointaine Chine. Le Supérieur général nous partage alors ces lettres. Je rappelle ici que la Congrégation de la Mission est présente en Chine à partir de 1784, sur la volonté de la Sacrée Congrégation de la Propagande, en remplacement des jésuites, dont la Compagnie a été supprimée en 1773 par le pape Clément XIV. Dès cette année-là 3 confrères y sont présents, puis 2 autres en 1788 puis un autre départ en 1791 et deux autres confrères, Louis Lamiot et Augustin Pesné, ordonnés prêtres à leur arrivée à Macao, que j’ai l’honneur de bien connaître puisque je vais partir avec eux, bien qu’initialement, ce n’était pas envisagé. Macao, quant à elle, est une possession portugaise au sud-est de la Chine.

     Comme la Providence se joue des choses humaines, je fus choisi pour les accompagner. Le troisième confrère prévu pour ce départ est retenu en province et ne peut donc être présent au départ du bateau prévu le 2 avril 1791 depuis le port de Lorient. En fait, j’ai bien insisté pour remplacer ce confrère absent. Comme le temps presse et que je n’ai pas l’occasion de dire physiquement au-revoir ou même adieu à ma famille, j’écris ceci à ma sœur aînée Marie-Thérèse : « Enfin mes vœux sont exaucés. La Providence me destine à aller travailler au salut des infidèles. Vous sentez que je sens trop le mérite de cette faveur divine pour ne pas y correspondre par un parfait acquiescement. En un mot, je pars incessamment pour la Chine avec deux de mes confrères, qui sont aussi contents que moi de notre heureuse destination ». Ma famille s’inquiète et essaie de me faire changer d’avis. Je leur livre ces mots « Je m’étais préparé aux assauts que votre tendresse et votre sensibilité me livreraient. Je ne me repens pas d’avoir agi ainsi, mais je crois suivre en cela les vues de la Providence sur moi ». Je me souviens alors des paroles de saint Vincent : « Au reste, c’est une espèce de martyre que d’exposer sa vie, traverser les mers pour le seul amour de Dieu, le salut du prochain » (XI, 423). Je sais bien, en moi-même, que ce voyage sera effectivement le grand voyage de ma vie de missionnaire de l’Evangile et qu’il n’y aura pas de retour.

     Le long voyage en bateau dura jusqu’au 15 octobre. Ensuite, durant trois mois, mes confrères et moi, nous apprenons le chinois. A l’issue, M. Lamiot est appelé à renforcer l’équipe missionnaire de Pékin, M. Pesné doit rejoindre la province du Hou-Kouang à l’est du pays et moi je suis nommé dans la province du Kiang-Si, à l’est du Hou-Kouang. Bien entendu, nous devons être discrets car un édit de l’empereur réitère l’interdiction faite aux étrangers de pénétrer sur le territoire chinois sans autorisation et d’y prêcher sa religion.

     Peut-être qu’il serait utile, à ce moment de mon récit d’ouvrir une parenthèse conséquente sur cette interdiction car, ce ne fut pas toujours le cas.

     La Chine a certainement connu une primitive période d’Evangélisation mais elle ne semblait pas avoir enraciné la Croix du Christ sur ce territoire. Bien plus tard, les premiers missionnaires en Chine furent les Jésuites qui accomplirent ainsi la volonté de saint François-Xavier d’y implanter la croix du Christ, comme ils venaient de le faire au Japon. Ils arrivèrent en 1581 et leur succès fut rapide et considérable. L’artisan de cela fut le père Matteo Ricci qui, à trente ans, arriva en Chine en 1582. En 20 ans de ministère, il gagna le respect de l’empereur et acquit une certaine influence à la cour impériale. Maitrisant la langue, il écrivit des traités sur des sujets aussi variés que l’amitié et la science. Il adopta le costume et les coutumes locales et entretint de bonnes relations avec les intellectuels. Les chinois se passionnèrent pour l’astronomie, les sciences physiques et la technique occidentale que le Jésuite leur présentait. Parlant de Dieu, il recourait au langage local qui évoquait l’Être suprême ou le ciel, estimant également que le confucianisme était davantage une philosophie qu’une religion et qu’à ce titre, il était compatible avec la foi chrétienne. Il espérait christianiser petit à petit les rites confucéens et désirait créer un clergé chinois malgré le refus du Général des Jésuites. Il obtint même du pape Paul V en 1605, l’autorisation de célébrer la messe en chinois.

     Lorsque le père Ricci mourut en 1610, il laissait une œuvre de 2500 convertis, dont plusieurs mandarins et hauts personnages proches de l’empereur. Ses successeurs continuèrent sur sa lancée, jusqu’à l’invasion de l’empire par les Mandchous qui fit s’effondrer la dynastie Ming. Une fois le calme revenu dans le pays, malgré quelques persécutions chrétiennes,  les Jésuites revinrent à la cour, adoptant une approche de savant, à un point tel que l’un d’entre eux devint président du bureau des mathématiques de l’empire, poste illustre s’il en est. A cette époque, il y avait 117 missionnaires catholiques en Chine dont 59 Jésuites. Sans devenir chrétien, l’empereur Kang-Hsi accorda la liberté de culte aux chrétiens en 1692.

     Comment en est-on arrivé à l’interdiction d’entrer en Chine ? Hélas, peut-être que la jalousie d’autres congrégations missionnaires à l’encontre de la réussite jésuite a attisée le feu. Franciscains, dominicains, Missions étrangères de Paris, soulevèrent, après la mort de Matteo Ricci, ce qu’on a appelé « la querelle des rites ». Les Jésuites furent accusés de syncrétisme et de compromis avec le confucianisme. Rome s’en mêla. Au départ le pape Paul V, en 1615, donna raison aux Jésuites : on pouvait célébrer en chinois, traduire les Livres saints, et même, en 1656, Rome précisa que les honneurs rendus à Confucius et aux ancêtres décédés restant dans l’ordre des rites civils, il est possible d’y assister.

     Là-dessus, les Jansénistes s’en mêlèrent à leur tour en dénonçant ce qu’ils considéraient comme un laxisme conduisant au syncrétisme. A ce titre, ils mirent en avant certaines dérives malheureusement constatées et en firent une généralité. On se souvient des écrits de Blaise Pascal dans Les Provinciales en 1656: « (les jésuites) se trouvant en des pays où un Dieu crucifié passe pour folie, ils suppriment le scandale de la croix et ne prêche que Jésus-Christ glorieux, et non pas Jésus-Christ souffrant. Ils permettent aux chrétiens l’idolâtrie même, par cette subtile invention, de leur faire cacher sous leurs habits une image de Jésus-Christ, à laquelle ils leur enseignent de rapporter mentalement les adorations publiques qu’ils rendent à l’idole ». Les Jésuites demandèrent alors l’arbitrage de l’empereur pour confirmer le caractère civil de certains rites, ce qu’il fit, mais Rome réfuta cet avis, s’estimant plus compétent en matière de théologie. Ainsi en 1704, Rome interdit la liturgie en chinois et l’accommodement supposé avec le confucianisme. L’empereur ne tarda pas à réagir. Il écrit en 1706: « Voilà donc la manière dont les occidentaux bornés parlent de la haute doctrine chinoise, bien qu’aucun d’eux n’ait été instruit en Chine. Les Européens ne peuvent assez pénétrer le sens de nos livres ; il est donc à craindre que le pape ne fasse quelque règlement qui, fondé sur de fausses informations, attirera infailliblement la ruine du christianisme dans mon empire. Dorénavant, aucun Occidental n’aura la permission de propager sa religion en Chine ».  

     En 1717, ne subsistèrent en Chine que 47 prêtres. En 1724, le nouvel empereur, Yong-Tcheng durcit encore le ton, malgré la supplique des jésuites : « Les prêtres attirent à leur loi le peuple ignorant… L’Empire n’en retire pas le moindre avantage. Il faut laisser à la cour les prêtres utiles pour le calendrier et d’autres services, mais les autres, qu’on les conduise à Macao. Que les temples qu’ils ont bâtis soient tous changés en maisons publiques ; qu’on interdise rigoureusement cette religion ».

     Des persécutions furent alors menées sur tout l’empire durant 125 ans, l’Eglise devint clandestine. On estime qu’à la fin du XVIIIème siècle, soit à la période où je fus envoyé en Chine, que restaient à peu près 80 prêtres chinois et 31 missionnaires européens.

     Voilà dans quel contexte le Seigneur m’envoie en Chine. Comme il faut de la discrétion, j’opte, comme mes confrères, pour la tenue locale. Habillé en tenue chinoise, je porte, derrière la tête, une natte postiche de cheveux. La nuit, je me couche sur une planche sur laquelle est étendue une légère couche de paille, couverte d’un tapis avec une couverture plus ou moins chaude dans laquelle on s’enveloppe. Par contre, j’ai beaucoup de mal à apprendre et à maîtriser cette langue chinoise. J’écris à mon frère chartreux que « cette langue est indécrottable, les caractères qui la composent ne sont pas destinés à exprimer des sons mais les pensées. Je suis arrivé trop âgé en Chine pour en avoir une connaissance passable ». Si bien, d’ailleurs que sur la route qui me conduit à la mission, mon guide chinois doit me présenter comme une personne en deuil qui ne parle pas.

     Arrivés enfin à la Mission, une maison vaste mais délabrée, même si je reste seul pour le gigantesque travail pastoral qui m’attend, je me réjouis dans la lettre que j’écris à ma sœur Marie-Thérèse : « une nouvelle carrière s’ouvre pour moi. Il s’agit de renouveler l’esprit de religion dans d’anciens chrétiens qui sont abandonnés à eux-mêmes depuis plusieurs années et de convertir les infidèles. Voilà j’espère, mon occupation jusqu’à ma mort ». Je fais donc ce que je peux, mettant toute ma confiance en la divine Providence, qu’il ne s’agit pas, comme le rappelle Monsieur Vincent, d’enjamber mais de laisser faire. Conscient de ma faiblesse, j’écris à mon frère que « toutefois, il vaut mieux que la terre soit labourée par un âne que si elle demeurait sans culture ». Je reste aussi conscient de l’esprit versatile des nouveaux convertis : « j’aurais pu en baptiser un plus grand nombre qui me pressaient de leur accorder cette grâce, mais ils ne m’ont pas paru assez instruits et nous avons remarqué que les catéchumènes facilement baptisés apostasiaient aussi facilement ».

     Au bout d’un an de cette riche mission, mon supérieur, le père Raux, m’appelle pour renforcer la communauté missionnaire dans la province de Hou-Kouang, où se trouve mon compagnon de voyage en bateau, M. Pesné et un autre confrère, M. Aubin. Très vite, je suis confronté à la dégradation de la situation. Le Père Aubin, en voyage pour rencontrer l’évêque de Chensi est arrêté, mis en prison où il meurt empoisonné. Quant à Augustin Pesné, à 29 ans, il décède de maladie.

     Je me retrouve, une fois de plus, seul pour la mission, dans cette province immense, aux terres fertiles au point qu’elle est qualifié de grenier de l’empire. Cependant, si la terre est riche, le cœur des hommes n’est pas facile à cultiver. J’écris ainsi en 1802 : « j’ai autour de moi à une petite distance plus de 2000 chrétiens. Ici, les conversions des païens sont rares, témoins du scandale de quelques mauvais chrétiens, ils refusent de s’instruire d’une religion si mal pratiquée ». Au bout de 3 ans, j’accueille le père Joseph Ly qui est vite envoyé dans la province du Kiang-Si. En 1799, c’est le père Jean Tchang qui me rejoint mais lui aussi est envoyé en 1807 au Kiang-Si. Puis, le père Juventin Tchang qui décède 3 ans après. En 1804, le père Paul Song vient me rejoindre jusqu’à mon martyre. En 1808 enfin, viennent les pères Ignace Ho et François Cheng, ce dernier sera mon compagnon de prison. Un an plus tard, nous accueillons pour un temps très bref, le père Antoine Tcheng qui est rapidement envoyé au Kiang-Si. En 1809, le frère Paul Wang nous rejoint ainsi qu’en 1817, le père Ngaï. On m’a aussi promis la présence d’un confrère français, le père Dumazel, qui, ayant connus quelques ennuis de voyage, arrive chez nous au bout de 10 ans d’attente. Hélas, ce confrère va succomber rapidement à une fièvre typhoïde à 49 ans en 1818. Quant à moi, j’ai contracté une pleurésie qui m’a fait craindre le pire, au point de penser  à demander les derniers sacrements, qui m’a laissé « une enflure de jambes et l’impossibilité de dépasser une quinzaine de kilomètres à pied par jour ».

     Constituer une communauté au profit de la mission n’est pas chose aisée, nous devons sans cesse implorer la Divine Providence de soutenir son œuvre de miséricorde.  De plus, le contexte n’est pas favorable. L’insécurité est permanente à cause des brigands et de certains groupes rebelles au pouvoir qui sèment la terreur, notamment lors de l’avènement du nouvel empereur Kia-King, en tuant tous ceux qui ne veulent pas les rejoindre. Il y a aussi cette permanente méfiance vis-à-vis du christianisme perçu comme une doctrine qui s’oppose à la culture et à la philosophie chinoise.

     Je sais aussi que depuis quelque temps déjà, la situation politique, sociale et même religieuse, n’est pas facile en France, et même en Europe. Je réponds ainsi à mon frère Chartreux parti en exil à Rome, qui me donne ces tristes nouvelles : « A la vue de l’état désastreux où se trouve l’Europe, je ne puis que bénir la Providence de m’avoir soustrait à tant de maux… Il vaut mieux être en Chine qu’en France : nos infidèles sont loin d’avoir l’atrocité de vos impies ». Et, comparant nos deux situations, je lui écris encore : « Tous les pays sont bons, pourvu qu’on puisse servir Dieu. Notre Patrie est le Ciel, où l’on peut arriver de tous les pays du monde ».

     Sur place, en Chine, la vie que je mène est spartiate et pauvre. La résidence de la mission, que j’appelle « le château de paille » possède un sol en terre battue et un toit de chaume, comme l’église. La vie de prière est notre seule richesse, mais elle ne permet pas d’aider les autres communautés, tout aussi pauvres. J’écris au Supérieur de Pékin qui me demande des nouvelles : « la famine nous a fort appauvris, et je n’ai point d’argent à vous envoyer. Cette année, à cause de la sècheresse, point de riz, il faut presque tout acheter, tout est cher, voyez si vous êtes assez riches pour aider notre pauvreté ». Sur place, moi qui suis le supérieur de cette communauté, je rappelle que les principes de Dieu sont notre référence : « Revêtons-nous de tendresse et de miséricorde, de bonté, d’humilité et de patience, car nous devons, nous qui sommes plus forts, soutenir la faiblesse des infirmes et ne pas nous complaire en nous-mêmes ». Je souligne encore à tous que « nos brebis ne forment qu’un seul troupeau, comme il n’y a qu’un seul Pasteur, Notre Seigneur Jésus-Christ » et donc « il faut exhorter nos chrétiens à apprendre le catéchisme des sacrements, mais ne pas les obliger ou forcer à l’apprendre. On doit seulement exiger qu’ils sachent ce qui est strictement requis pour la réception des sacrements ». Je sais que des confrères refusent parfois cette exigence. Ils se plaignent du fait que leur travail est trop lourd, pourtant « il me semble n’avoir jamais eu l’intention de ruiner la santé de mes confrères par un travail au-dessus de leurs forces » et je leur rappelle ce que saint Vincent en son temps disait déjà : il faut « ménager votre santé, en Chine surtout où les prêtres sont rares ; il vaut mieux vivre que mourir pour la gloire de Dieu ». L’important est d’être « l’exemple des fidèles par nos paroles, nos démarches, notre charité, notre foi, notre pureté ».

     Pourtant, mourir pour la gloire de Dieu est ce qui attend les missionnaires qui sont en situation irrégulière en Chine. Le père Richenet, procureur des Missions à Macao, de 1801 à 1815, rappelle, dans une lettre adressée eu gouvernement français en 1817 que « les missionnaires ne sont admis que pour le service de l’Empereur, par conséquent seulement à Pékin en qualité d’artistes, de peintre, horlogers, astronomes pour faire le calendrier lunaire ». Moi, je ne suis rien de tout cela, je suis seulement missionnaire du Christ, envoyé ici pour vivre de la Croix du Christ et mourir pour elle car je sais qu’elle est le chemin de mon salut. Je suis, avec mes confrères, envoyés auprès des quelques 200 000 chrétiens de l’Empire. Ils sont mon seul souci, malgré le fait que je dois faire œuvre de prudence dans mes déplacements.

     Je rappelle que des persécutions envers les chrétiens sont toujours là. Dès 1799, elles viennent aussi bien du pouvoir central que des rebelles. En 1805, les Mandarins, qui sont les notables du pays, poussent l’Empereur à exiler, voire à torturer les chrétiens jusqu’à leur abjuration. En 1811, le pouvoir arrête un missionnaire chinois porteur de papiers concernant le pouvoir spirituel que lui confère l’évêque, avec la précision de certains lieux de mission. Les mandarins accusent alors les chrétiens de vouloir substituer les gouverneurs de ces villes. S’en suit une persécution et un ordre donné aux étrangers de quitter le pays. On raconte aussi à l’Empereur que le jour de fête de l’Assomption, les chrétiens vont se révolter contre lui. Sa réaction est cinglante : un édit impérial ordonne alors aux chrétiens de renoncer à leur religion sous peine de persécution. La situation se dégrade et je sais que je suis clandestin. Notre misérable « château de paille » est détruit, ainsi que l’école et l’église.

     En 1818, un phénomène climatique plonge Pékin sous une pluie violente et des ténèbres jusque là jamais vues. A l’image de Néron qui trouve son bouc émissaire dans les chrétiens lors de l’incendie de Rome, les oracles impériaux accusent les chrétiens d’être à l’origine de ces « menaces du ciel ». Il convient alors de renforcer la persécution contre eux. Bon nombre de prêtres et missionnaires chinois sont alors arrêtés, emprisonnés et exilés. Notre confrère, le père Chen est de ceux-là. J’écris au supérieur, M. Lamiot, que je connais bien : « notre croix est la capture de M. Chen. Il a été vendu par un nouveau Judas, 20 000 deniers. Il a été envoyé à Ou-Tchang-Fou avec 18 chrétiens pris à peu près dans le même temps ». En ce qui me concerne, alors que je suis déjà âgé de 71 ans, avec mon confrère M. Ho, je me cache dans des antres et des cavernes de la province que je me résous à quitter après 4 mois de cavale pour me réfugier au Honan chez une famille chrétienne durant 6 mois. Ignace Ho avait rejoint la mission à 27 ans et par la suite, arrêté, il sera exilé en Tartarie où il mourra sous les coups de rebelles musulmans en 1825.

     L’esprit de Judas est malheureusement toujours présent dans le combat contre l’Evangile. Un apostat auquel j’avais reproché sa mauvaise conduite m’a retrouvé et pour quelques 1000 taëls, soit 7000 francs or, me fait arrêter. Je lui dis : « Mon ami, dans quel dessein es-tu venu ici ? Ah que j’ai pitié de toi ! ». Il me répond alors : « Pourquoi me plaindre et me pardonner, je n’en ai pas besoin ». C’est alors qu’il dit aux soldats venus avec lui : « C’est lui ! Prenez-le ! ». Nous sommes le 16 juin 1819. On me couvre de chaînes, aux poignets, au cou et aux chevilles. On arrête avec moi les habitants de la maison et on pille aussi les maisons des chrétiens voisins, dans ce village de Kin-Kia-Kang à environ 4 km de la ville de Nan-Yang-Fou, où notre triste cortège a été conduit sous les cris et huées des badauds.

     Ma passion pour Jésus-Christ commence alors. Le mandarin exige de moi que je lui donne les noms des missionnaires et des chrétiens que je connais. Pour ce faire, m’ayant agenouillé sur des chaînes de fer, il commence par m’administrer 30 coups de semelle de cuir sur le visage de toutes ses forces, si bien que le sang gicle déjà. Pour toute réponse, je trouve la force de lui dire : « Mon frère, maintenant tu me juges, mais dans peu de temps, mon Seigneur te jugera lui-même », ce qui me vaut encore 30 coups sur le visage et de rester des heures plié sur les chaînes de fer, avec les mains attachées derrière le dos.

     On m’envoie alors à 200 km de là, à la prison de Khaï-Fong-Fou, et là encore, je suis torturé car je ne réponds rien aux demandes du mandarin. Je reste enfermé dans cette prison durant 1 mois et je trouve, au milieu de mes tortures, le moyen d’écrire au père Richenet et de lui faire passer le courrier : « Dès que la nuit arrive, il faut se coucher et mettre une de ses jambes dans une entrave jusqu’au lendemain. Cette entrave est formée de 2 planches que le geôlier réunit ensemble et ferme par un cadenas. De plus, une chaîne de fer nous lie tous sur notre chevet et nous empêche de lever la tête, on peut seulement, avec bien des efforts, se tourner sur le côté ou sur le dos ».

     Comme je fus missionnaire dans la province du Hou-Kouang, le mandarin décide alors de me transférer à Ou-Tchan-Fou, la ville principale de cette province. Durant 20 jours, je vais donc voyager dans une cage de bois, avec les fers aux pieds, les mains menottées, et une chaîne au cou, avec d’autres malheureux prisonniers. « Mon séjour dans les prisons du Honan et ma longue route avaient fort altéré ma santé. J’étais alors dans un pauvre état, une grande maigreur, une longue barbe qui fourmillait de poux ». Ce que je sais malgré tout cela, c’est que le Christ est avec moi.

     Dans ma nouvelle prison, j’ai la douleur d’y rencontrer le père Chen, même si la joie de nous retrouver efface cette tristesse de se voir ici. Il y a avec nous quelques chrétiens. Rien ne nous barre la route pour que nous priions ensemble. La confession est donnée et même, nous avons la joie immense de recevoir la communion d’un missionnaire qui arrive à se faufiler pour venir jusqu’à nous. J’exulte de joie : « Admirez ici la Divine Providence, qui contre la première intention du mandarin, a réuni deux prêtres dans une même prison avec dix bons chrétiens que j’ai confessés plusieurs fois, et qui ont reçu avec nous la communion des mains d’un de nos confrères. C’est peut-être inouï dans les prisons de Chine ».

     Cet état de relative grâce ne dure guère. J’apprends l’arrestation du père Lamiot. Bien qu’il l’attribue au même traître qui nous a vendus, le père Chen et moi, cette arrestation est sans doute due aux lettres que j’ai laissées à la mission et qui lui étaient destinées. Je lui écris de me pardonner pour cette imprudence et que je prendrai tout sur moi car l’important est de sauver la mission de Pékin. Lorsque je le revois enfin, nous sommes tous trois, le père Chen, Louis Lamiot et moi-même agenouillés sur des chaînes pour l’interrogatoire. Je sais, que plus tard, le père Lamiot écrira quelques mots sur mon attitude, je les cite ici : « Je répondis au mandarin que je connaissais M. Clet, quoique sa figure fut si décomposée que je ne reconnaissais aucun de ses traits. J’ai été frappé de la sagesse de ses réponses. Lorsqu’on me fit mettre à genoux à son côté, il se mit à pleurer. Comme on voulait frapper M. Chen, il s’écria : ‘Pourquoi le frapper ? je suis seul coupable’. Le mandarin lui réplique : ‘Vieille machine ! Tu as corrompu trop de nos gens. L’Empereur veut ta vie !’ Il répondit : ‘Bien volontiers’. J’admirai sa sensibilité extrême pour M. Chen et pour moi, son intrépidité pour le martyre, et sa présence d’esprit ; ce qui me fit une impression qui ne s’effacera jamais de mon âme ».

     Le 1er janvier 1820, je comparais au tribunal, avec tous les chrétiens. Le père Lamiot est déclaré innocent mais doit quitter la Chine pour Macao. Le père Chen est exilé en Tartarie où il mourra. Quant à moi, j’attends l’avis de l’empereur qui tarde, sans me faire d’illusion sur mon sort. « Je me prépare à mourir et j’attends, grâce à Dieu cet arrêt avec patience et tranquillité ». Qu’à cela ne tienne, cela me laisse le temps de célébrer la Conversion de Saint Paul et donc la fondation de la Congrégation. Je peux même communier en prison.

     Enfin, le 17 février, l’avis impérial arrive : « Liéou François, c’est mon nom en chinois, entré secrètement en Chine, a trompé beaucoup de monde en prêchant sa doctrine. Il sera étranglé sans délai, comme c’est la coutume ». Avant de suivre les soldats vers le supplice, je demande l’absolution au père Chen, et devant les larmes de mes frères prisonniers, je prononce ces mots « soyez toujours de fervents serviteurs de Dieu et n’abandonnez jamais la foi », et je les bénis une dernière fois, sachant au fond de moi, à la suite de saint Paul, « qu’il n’y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire que Dieu va bientôt révéler en nous » (Rom 8). Dans la nuit qui suit, je suis conduit sur le lieu de mon calvaire. Le 18 au matin, on s’arrête face à un poteau de 2 mètres planté dans le sol. Une traverse est figée sur le sommet. J’ai l’autorisation de prier Notre Seigneur une dernière fois puis, mon cœur étant prêt à lui rendre grâce par le don de ma vie, « c’est pour lui que je souffre, jusqu’à être enchaîné comme un malfaiteur. Mais on n’enchaîne pas la Parole de Dieu » (Tim 2). Je dis aux soldats : « liez-moi ». Ceux-ci m’attachent les mains et le dos derrière la traverse, et les pieds, liés l’un à l’autre, au montant du poteau. On me passe alors une corde autour du cou, nouée à un bâton que l’on tourne. La corde, trop usée, se rompt et cela oblige à la changer. On recommence la manœuvre et l’on tourne la corde à trois reprises jusqu’à ce que je rende à Dieu mon dernier soupir, après 72 ans de vie terrestre et 28 ans passés en Chine. Mon corps est enseveli une première fois dans le cimetière des condamnés à mort, puis récupéré par les chrétiens qui le mettent au cimetière de la Montagne rouge où reposent d’autres valeureux missionnaires. Aujourd’hui, mes restes reposent dans la Chapelle de la Maison-Mère, ici, à Paris, à proximité de celui qui, 20 ans plus tard, a suivi mes pas dans le martyre, dans les mêmes conditions et au même endroit, saint Jean-Gabriel Perboyre. L’Eglise ma élevé sur l’autel de la béatification en 1900 et sur celui de la canonisation en 2000 avec mes 120 frères chrétiens martyrisés en Chine, en la fête de sainte Thérèse de Lisieux, la patronne des missions, ce que Dieu ne fit pas sans dessein ce jour-là. 

     Dans la Joie de la Mission, prions : Tu as envoyé, Seigneur, ton serviteur François-Régis Clet évangéliser les nations et après sa longue vie de travail apostolique, tu l’as couronné par le martyre. Daigne, par la force de ton Esprit, nous affermir dans la foi pour l’annonce de l’Evangile. Par Jésus le Christ notre Seigneur.

Donné à la Maison-Mère de la Congrégation de la Mission, en la fête de saint Vincent de Paul.

 

Références :

-D’après Les 72 lettres de François-Régis CLET, de « soldat du Christ, le BX FR Clet » de G de Mongesty. Parsi 1906 et de « François-Régis Clet » par André Sylvestre. Moissac. 1998.

-Jacques A.Blocher et Jacques Blandenier : « L’Evangélisation du monde » vol.1, Ed. de l’institut biblique de Nogent.

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Saint Vincent de Paul lorsque l’obéissance ouvre la voie de la Providence

Nous développons souvent le portrait de Monsieur Vincent comme d’un homme vertueux, entièrement consacré au service des pauvres. Lorsque nous avons désiré renouveler notre regard sur lui, il y a trente ans, avec le Père Morin, nous avons redécouvert un homme au regard qui s’est élargi

Bernard Massarini

Saint Vincent de Paul lorsque l’obéissance ouvre la voie de la Providence

Nous développons souvent le portrait de Monsieur Vincent comme d’un homme vertueux, entièrement consacré au service des pauvres. Lorsque nous avons désiré renouveler notre regard sur lui, il y a trente ans, avec le Père Morin, nous avons redécouvert un homme au regard qui s’est élargi. Je vous propose aujourd’hui de le regarder moins comme le centre, mais comme l’homme de relations. L’homme fidèle aux siens et obéissant à ses proches ce qui va le conduire à découvrir sa mission et se mettre au service des plus fragiles.

Un homme attentif aux siens et obéissant à ses proches. Tout d’abord, c’est lui qui le dit lorsqu’il parle aux sœurs, c’est un homme avec son tempérament qui jeune, aura même honte de son père venant le visiter chez les cordeliers où il commence ses études. Cependant, dès qu’il termine ses premières études, il projette de se faire prêtre pour offrir aux siens des moyens et  lui rechercher une honnête retirade, comme lui a laissé entrevoir le vice-légat à Avignon : « il me l’a promis aussi, le moyen de faire une retirade honorable, me faisant avoir, à ces fins, quelque honnête bénéfice en France » (I, 2.)

Bon gascon il sait que pour avoir de la promotion il faut avoir de l’argent et se faire remarquer. Avoir de l’argent cela s’obtient par la recherche de bénéfices et avoir des relations en montant sur Paris. Monsieur Vincent tracte plusieurs rentes de monastères et sur Paris s’obtient les grâces de la reine Margot et se fait proche de Monseigneur de Berulle. Il place ses cartes pour obtenir ce qui lui semble bon pour lui et pour les siens.

Homme de relation il rencontre à la Catho un docteur en théologie Mr Duval, grand théologien qui deviendra son directeur spirituel. Dans ses relations auprès de la reine Margot, il rencontre un théologal, qu’elle avait retenu à son service. L’homme entre en période de doutes profond sur la foi. Il va choisir de prendre sur lui les doutes de l’homme sur lui pour l’en libérer. Il nous racontera qu’il sera traversé par les doutes de la foi et ne s’en sortira qu’en mettant sa main sur son cœur pour toucher le credo qu’il avait enfermé dans la poche de sa soutane et faisant le vœu de service des pauvres.

Dès 1611, son ami Bérulle lui demande pour l’aider à se mettre au service de la paroisse de Clichy afin de récupérer François Gondren, un jeune prêtre dans l’institut qu’il fonde. Encore une fois de plus, Vincent écoute et il reçoit sa première paroisse. C’est dans cette paroisse qu’il découvre la vocation de curé et se dit heureux comme le pape : « je me disais à moi-même : «Mon Dieu, que tu es heureux d’avoir un si bon peuple !» Et j’ajoutais : «Je pense que le Pape n’est pas si heureux qu’un curé au milieu d’un peuple qui a si bon cœur.» Et un jour Monseigneur le cardinal de Retz me demandait : a Eh bien ! Monsieur, comment êtes-vous ?» Je lui dis : à Monseigneur, je suis si content que je ne le vous puis dire.» ­ a Pourquoi ?» ­ «C’est que j’ai un si bon peuple, si obéissant à tout ce que je lui dis, que je pense en moi-même que ni le Saint-Père, ni vous Monseigneur, n’êtes si heureux que moi.» (IX, 55)

C’est ensuite sur le conseil de son ami le Cardinal de Bérulle qu’il accepte le poste de précepteur chez les Gondi et va ainsi rencontrer la famille qui lui révèlera sa vocation. Il se met au service de sa nouvelle « patronne » Madame de Gondi et va sur sa demande, confesser un paysan employé sur les terres de la duchesse qui est mourant : « Un jour, on m’appela pour aller confesser un pauvre homme dangereusement malade, qui était réputation d’être le plus homme de bien, ou au moins un des plus hommes de bien de son village. » (XII, 180) Comme elle l’a suivi et notant le bienfait du sacrement, Madame la duchesse l’invite à prêcher sur la réconciliation, ce qu’il va  faire les jours suivant. La prédication sera suivie de multiples confessions ce qui va lui donner l’idée de créer une congrégation : la Congrégation de la Mission. Une congrégation pour réconcilier les gens des champs avec le Père Créateur. C’est cette même Mme de Gondi qui quelques années plus tard fournira les fonds pour qu’il puisse commencer à missionner sur ses terres afin que davantage de gens des champs puissent entrer en contact avec la grâce de Dieu.

Rendant encore service à son « mentor » le Cardinal de Bérulle qui souhaite intégrer un autre jeune prêtre : Johannes Lourdelot dans son institut, il est prié  d’aller le remplacer dans les Dombes lyonnaises à Chatillon.

Il doit accepter les conditions qui lui sont offertes. Il sera logé chez un noble protestant, avant de pouvoir disposer d’un presbytère décent. Cet homme est protestant, il va être touché par l’engagement missionnaire de monsieur Vincent va revenir à la foi catholique.

Il obéit de  nouveau à l’appel de deux dames de la paroisse qui viennent le voir avant une messe, « …un dimanche, comme je m’habillais pour dire la sainte messe, on me vint dire qu’en une maison écartée des autres, à un quart de lieue de là, tout le monde était malade, sans qu’il restât une seule personne pour assister les autres… » (IX, 243). Elles lui font  changer son homélie et il invite les fidèles à la charité. C’est ce geste et sa visite l’après-midi à la famille qui va lui donner l’idée de créer la première charité.

Nous le voyons c’est en obéissant à sa recherche pour le bien des siens et ensuite en obéissant aux personnes qui le sollicite qu’avance son projet, c’est en obéissant qu’il va est conduit à se met à la suite de l’Esprit-Saint pour déployer ses réalisations.

Cela ne s’arrête pas là, car la rencontre avec celle qui va devenir sa collaboratrice c’est à l’évêque du Bellay qu’il la doit. Il lui confie une dame de sa famille jeune veuve : Louise Marillac. Monsieur Vincent accepte cette femme de foi à la situation familiale douloureuse : elle est récemment veuve et qui a un fils instable. Il va la charger de visiter les charités naissantes et l’associer progressivement à son œuvre. C’est elle qui avec lui va organiser les premières consacrées servantes des pauvres : celles qui vont devenir les Filles de la Charité.

Comme ce portrait que je viens de vous dresser le montre, c’est par l’obéissance quotidienne aux médiations survenues dans sa vie, une fois son objectif choisi, que Monsieur Vincent va devenir le grand saint de la charité pour lequel le dossier de canonisation aura plus de 300 positions parlant de situations de charité qu’il a mises en place.

C’est par l’écoute attentive des personnes dont il s’est entouré pour parvenir à son honnête retirade qu’il va devenir le frère de tous les pauvres : sans-abris, filles à la rue, enfants abandonnés, déplacés de guerre, aînés, galériens, chrétiens esclaves des nations musulmanes.

Ne l’oublions pas quelques soit notre façon d’entrer dans le service du Christ, une fois notre objectif découvert, si nous nous mettons dans une disposition d’obéissance quotidienne aux évènements qui surviendront, nous serons sans aucun doute conduit là où Dieu nous attend : l’annonce de la Bonne Nouvelle aux pauvres dans les pas de Jésus.

Sur cette route restons toujours ancré en Jésus par l’oraison : ce cœur à cœur avec Dieu qui lui permet de s’établir fermement en nous. L’oraison étant conservé l’œuvre de Dieu pourra se continuer. Demandons à Monsieur Vincent, où que nous soyons sur la route de nos objectifs de réussite personnelle de nous maintenir dans cette écoute du Père et n’oublions pas les cinq petites pierres que Vincent a donné aux lazaristes pour vivre leur vocation. Ces cinq petites pierres de la fronde de David, celles qui lui ont permis de triompher de l’ennemi de la promesse : ces cinq vertus qui vont accompagner la vie du missionnaire et des vincentiens au service des plus fragiles de leurs frères : humilité, simplicité, douceur, zèle, mortification  

Rendons grâce à Dieu pour le chemin ouvert par Monsieur Vincent, continuons la louange en accueillant le don du Christ par son eucharistie

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