La Mortification : Petite réflexion d’un confiné (4/6)

La Mortification ! POUAH, horreur, malheur … Un mot qui aujourd’hui ne veut plus dire grand-chose. Soyons honnête, dans une société qui nous vante le « tout tout-de-suite »...

Eric Ravoux

La Mortification : Petite réflexion d’un confiné (4/6)

La Mortification ! POUAH, horreur, malheur … Un mot qui aujourd’hui ne veut plus dire grand-chose. Soyons honnête, dans une société qui nous vante le « tout tout-de-suite », le divertissement permanent, la consommation à outrance jusqu’au vomissement, le gadget qui ne sert à rien mais dont tu as absolument besoin, la course incessante, l’activisme mortifère, les réunionites maladives qui nous donnent l’impression de faire, d’être … j’arrête là, je manque d’air !! La Mortification n’est pas de notre temps …

Quand je demande aux jeunes ce qu’ils comprennent de ce mot, ce qui ressort en premier est : MORT !!! Oups, ça commence mal. Et pire … Mortification, mortifère, … Lucifer … On est mal barré.

Et quand on regarde dans le dictionnaire (Larousse) ce n’est pas beaucoup mieux :

« Pratiques ascétiques destinées à réprimer les tendances mauvaises ou dangereuses pour les soumettre à la volonté ».

Admettons-le, la Mortification est trop souvent comprise sous un angle négatif, comme s’il s’agissait de faire de la douleur ou de la privation un but en soi, comme s’il s’agissait de se détruire, alors qu’elle consiste normalement, et comme Vincent la conçoit, dans la prise de conscience que la recherche du plaisir pour lui seul, de l’accomplissement de nos désirs ou de nos caprices, est en fait un esclavage. OUI, nous sommes maintenus dans un véritable esclavage, qui nous détourne souvent du véritable bonheur.

Dire « je suis bien libre de faire ceci, de me procurer cela » c’est en fait s’en rendre esclave. La preuve est ce que nous disons nous-mêmes : « je ne peux pas m’en passer !! ». Les psychologues ont bien étudié ce phénomène, qu’on appelait “dépendance“, qu’on appelle maintenant “addiction“. Et pour m’en convaincre, je n’ai qu’à observer ma relation à mon portable. Je ne lui aie pas encore donné un nom, mais cela ne serait tardé …

Mais qu’en est-il vraiment sous le regard Vincentien ?

Saint Vincent tenait la Mortification comme primordiale, pour un détachement libérateur. Il la présente toujours comme une libération, comme dans cet Entretien sur les cinq vertus du Vendredi 22 août 1659 (SV  XII, 301) :

« Ceux qui se détachent de l’affection des biens de la terre, de la convoitise des plaisirs et de leur propre volonté deviennent les enfants de Dieu, qui jouissent d’une parfaite liberté ; car c’est dans le seul amour de Dieu qu’elle se rencontre. Ce sont ces personnes-là, mes frères, qui sont libres, qui n’ont point de lois, qui volent, qui vont à droite et à gauche, qui volent, encore un coup, sans pouvoir être arrêtées, et ne sont jamais esclaves du démon, ni de leurs passions. Oh ! Heureuse liberté des enfants de Dieu ! »

« Mais quoi !  Y a-t-il rien d’utile comme la liberté ? La maxime dit qu’il faut acheter la liberté à prix d’or et d’argent, qu’il faut tout perdre pour la posséder ».

« Vous étiez, il y a quelque temps, esclaves de vos passions ; l’attache aux richesses, aux plaisirs et à votre propre volonté s’était rendue maître de vos personnes ; vous voilà à présent libres par ces maximes ; ni le monde avec ses enchantements, ni la chair avec ses plaisirs, ni le démon avec ses artifices, ne vous peuvent tenir captifs ».

Mots très clairs !!!

A ces mots de Saint Vincent, je rajouterai ceux de Pierre Rabhi, lors d’une conférence, en des termes plus contemporains, mais non moins similaires :

«  L’insatiabilité est le moteur subliminal. Des brigades de pousseurs de caddies ensorcelés déambulent chaque jour dans les travées d’un univers sans joies où le superflu excède considérablement le nécessaire. L’hyperconsommation nous a fait revenir au statut du cueilleur du néolithique ».

Face à ce que nous vivons aujourd’hui, ne serait-il pas possible de penser à notre LIBERATION ? Et pour cela, je pense que la Mortification telle que Saint Vincent l’envisageait est des plus à propos, des plus actuelles. Libérons-nous !

Peut-être serait-il enfin temps que nous réfléchissions à ce que nous vivons, à ce que nous voulons vivre. Et pas seulement pour nous-mêmes, nos propres petites gueules, mais pour nous ENSEMBLES.

Vais-je accepter durant ce temps particulier de confinement, de revoir ma manière de vivre ? Vais-je accepter de porter le regard sur ce qui est véritablement mon essentiel, … pour laisser tomber le reste ?

Et si nous choisissions de nous libérer … pour nous retrouver. Nous retrouver nous-mêmes et nous retrouver entre nous.

 

Tourrettes-sur-Loup, le 22 avril 2020

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La Charité

Conférence donnée par le Père Gonzague DANJOU lors de la récollection d’Avent à la Chapelle St Vincent de Paul à Paris, le 6 décembre 2009 Dans le cadre de la célébration du 350° anniversaire de la mort de Saint Vincent de Paul et de Sainte Louise de Marillac nous sommes invités à centrer notre réflexion et nos célébrations sur deux thèmes : la CHARITÉ et la MISSION. Aujourd’hui, on m’a demandé de vouloir bien vous présenter une réflexion sur le premier thème : la CHARITÉ.

C'Mission

La Charité

P. Gonzague DANJOU CM
P. Gonzague DANJOU CM

INTRODUCTION

En guise d’introduction il me semble bon de nous remettre en face du grand texte de Saint Paul au chapitre 13 de la Première Épître aux Corinthiens que l’on appelle communément «L’hymne à la Charité» :

«Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas la Charité je ne suis plus qu’airain qui sonne ou cymbale qui retentit. Quand j’aurais le don de prophétie et que je connaîtrais tous les mystères et toute la science ; quand j’aurais la plénitude de la foi, une foi à transporter des montagnes, si je n’ai pas la Charité je ne suis rien. Quand je distribuerais tous mes biens en aumônes, quand je livrerais mon corps aux flammes, si je n’ai pas la Charité, cela ne me sert de rien.

La Charité est longanime, la Charité est serviable ; elle  n’est  pas  envieuse ; la Charité ne fanfaronne pas, ne se gonfle pas ; elle ne fait rien d’inconvenant, ne cherche pas son intérêt, ne s’irrite pas, ne tient pas compte du mal ; elle ne se réjouit pas de l’injustice, mais elle met sa joie dans la vérité. Elle excuse tout, croit tout, espère tout, supporte tout. La Charité ne passe jamais.

Maintenant demeurent foi, espérance, ces trois choses, mais la plus grande d’entre elles c’est la Charité»

En résumé, pour l’Apôtre Paul, c’est la Charité qui est au centre de la vie de celui qui se réclame du Christ et qui prétend suivre ses traces

Ce thème de la Charité est aussi un thème majeur de l’enseignement de notre Pape actuel, Benoît XVI : il a présenté sa première encyclique sous le   titre : «Deus Caritas est» – Dieu est Amour ; et celle qu’il vient de nous offrir :

« Caritas in Veritate » – L’Amour dans la Vérité. C’est autour de ce thème de la Charité définie par le Pape comme : « l’Amour dont Dieu nous comble et que nous devons communiquer aux autres » que Benoît XVI veut centrer son enseignement.

Cependant, avant d’entrer dans le sujet, commençons par préciser le sens que nous donnons à ces mots «Amour» et «Charité» qui, dans le langage courant, peuvent être détournés du sens que nous voulons leur donner.

  • « Dieu est Amour » nous dit St Jean et c’est de ce Dieu-Amour accueilli dans la Foi que nous recevons la Vie et la Lumière de Dieu. Mais, dans le langage courant, ce mot peut revêtir un sens dévalué sans rapport avec le véritable amour : ne parle-t-on pas de «faire l’amour» ?!!
  • Le mot «Charité» lui aussi peut être dévalué et perdre sa signification plénière. – La «Charité», c’est le Mystère de l’Être même de Dieu- Amour, et c’est la vertu qui nous donne de vivre en Dieu et par

Et, en même temps, dans le langage courant, «faire la charité» peut être une façon d’agir où l’amour, le souci vrai de l’autre, a bien peu de place.

Au cours de cet entretien, j’emploierai indistinctement les mots « Amour » et « Charité » dans le sens donné par le Pape : « c’est l’Amour dont Dieu nous comble et que nous avons à communiquer aux autres ».

Dans un 1° point, nous fixerons notre attention sur le Mystère de la source, de l’origine, de la Charité : le Mystère de Dieu Trinité.

Dans un second point nous nous arrêterons sur la manifestation, la Révélation du Dieu-Amour qui pour nous a un Nom : JÉSUS.

Et enfin, dans un 3° point nous fixerons notre regard sur la réalisation de la Charité dans le temps à travers la vie et l’exemple des Saints.

 

I.   A la Source de la CHARITÉ : le Mystère de DIEU-TRINITÉ

Pour nous, chrétiens, l’Amour, la Charité s’enracine et se réalise en plénitude absolue dans le Mystère de Dieu auquel nous croyons.

« Dieu est Amour » nous dit Saint Jean et nous croyons que c’est dans la relation du Père et du Fils, relation exprimée dans la Personne de l’Esprit Saint que l’Amour EST, que l’Amour existe et se réalise dans son infinie et absolue plénitude.

Pour nous, Dieu n’est pas d’abord le TOUT PUISSANT mais il est l’AMOUR, Amour subsistant et infini réalisé en plénitude dans le Mystère de la Trinité et qui se diffuse dans la Création, dans l’existence de ces mondes infinis dont nous n’avons pas encore perçu les limites… et spécialement dans la création de l’homme sur la terre.

La création, pour nous chrétiens, n’est pas d’abord une manifestation de la Toute Puissance de Dieu, mais bien la manifestation de ce qu’Il est, AMOUR, amour qui de lui-même a besoin de se répandre : « bonum diffusivum sui ». C’est à travers et à partir de ce Mystère de Dieu-Amour, Père, Fils et Esprit-Saint en lequel nous adhérons par la Foi que nous pouvons participer à la Vie même de Dieu et donner la plénitude de sens à ce que nous sommes et à ce que nous vivons. Par la foi et la vertu de charité nous devenons la demeure de Dieu : « Si quelqu’un m’aime il gardera ma parole, mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et nous ferons notre demeure chez lui » (Jo. 14,23)

 

II.   La Manifestation, la RÉVELATION de DIEU-AMOUR qui, pour nous, a un NOM : J É S U S

 « Dieu est Amour » ; mais pour nous chrétiens, l’Amour n’est pas une idée, un mot, mais une PERSONNE : JÉSUS qui, par son Être, sa Parole, sa façon d’agir, ses actions, nous manifeste, nous révèle le Dieu-Amour.

A.    C’est d’abord par son Être même que Jésus nous révèle le Dieu-Amour.

En premier lieu, par Son Incarnation, lorsque, par amour pour nous, le Fils prend chair dans le Christ-Jésus, comme dit Saint Paul dans l’Épître aux Philippiens : «Lui, de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu, mais il s’anéantit lui-même en prenant la condition d’esclave, et devenant semblable aux hommes» — «Et Verbum caro factum est» ; cet abaissement où il devient semblable à nous, par amour, que l’on appelle la kénose, l’anéantissement du Fils de Dieu.

À travers tout l’Évangile nous pouvons découvrir la relation d’amour privilégiée de Jésus avec son Père.

  • «Ne savez-vous pas que je sois aux affaires de mon Père». (Lc. 2,49)
  • «Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé». (Jo. 4,34)
  • «Le Père et moi nous sommes UN».
  • Gethsémani : amour poussé à l’extrême lorsque Jésus appelle son Père : «Mon Père, si cette coupe ne peut passer sans que je la boive, que Ta Volonté soit faite» (Mt. 25,42).

Amour du Père qui est inséparable de son Amour des hommes.

L’anéantissement d‘amour réalisé par Jésus à l’Incarnation il va le couronner lorsqu’Il s’offre en Sacrifice sur la Croix. «Il s’humilia plus encore, continue St Paul, obéissant jusqu’à la mort et la mort sur la Croix» — Amour exprimé dans les mots du repas pascal lorsque le Christ donne le sens de Son Sacrifice : « Ceci est mon corps, ceci est mon sang, livré pour vous ».

Amour couronné par le pardon offert par le Christ à ceux qui le crucifient :

«Père, pardonne-leur ; ils ne savent ce qu’ils font».

Amour enfin que nous sommes appelés à recevoir à travers l’Eucharistie, le Sacrement de l’Amour, qui nous est donné pour en vivre et en témoigner : « Faites ceci en mémoire de moi ».

B.    C’est tout au long de sa vie publique,

dans son attitude, son action, sa Parole, que Jésus nous révèle le Dieu-Amour. C’est à travers son humanité que nous pouvons percevoir les multiples aspects de l’amour de Jésus.

  • Rappelons-nous l’attitude toute pleine de délicatesse de Jésus en face de ceux qui font appel à Lui. Jésus a les yeux et les oreilles ouvertes pour voir et entendre…
  • Bartimée : Marc 10,51 – Jésus lui pose la ..
  • La fille de Jaïre : Jésus ordonne de lui donner à manger (Luc, 8,55).
  • Jésus fait participer les Apôtres à son action : «Combien de pains avez-vous ?» (Mat. 15,34)
  • Le cœur plein de compassion de Jésus, reflet de l’Amour de Dieu pour les Pauvres, pour ceux qui souffrent ; coeur qui se laisse toucher :
  • par la veuve de Naïm (Luc 7,13) : «En la voyant, le Seigneur eut pitié d’elle»
  • pour le lépreux qui demande à être purifié : «Ému de compassion» (Marc 1,41)
  • par les besoins des foules qui le suivent : «En débarquant, il vit une foule nombreuse et il en eut pitié» ( Marc, 6,34)

Jésus les nourrit de Sa Parole sans oublier de les alimenter : «Jésus dit : j’ai pitié de cette foule car voilà trois jours qu’ils restent auprès de moi et ils n’ont pas  de quoi manger» (Matthieu 15,34) et il multiplie les pains…

  • Le regard de Jésus.
  • sur Zachée (Luc 19,1) :

Zachée monte sur un arbre car il est petit, dit l’Évangile.

Peut-être aussi car il ne tient à être vu ou démasqué (publicain) Mais c’est Jésus qui lève les yeuxpoint de départ de la conversion

  • sur la veuve misérable qui donne 2 piécettes : « Jésus, levant les yeux…. vit une veuve misérable » (Lc. 21,2)
  • sur la femme adultère (Jo, 8, 10) : « Jésus se redressant…. Lui dit : moi non plus je ne te condamne pas. Va et désormais ne pèche plus »
  • Sans oublier ce regard merveilleux de Jésus sur le jeune homme riche (Marc 10) : «Jésus le regarda et l’aima».

Le regard d’amitié de Jésus malheureusement n’a pas suffi pour permettre au Jeune Homme riche de tout laisser pour suivre Jésus – Il s’en alla tout triste, nous dit l’Evangile…Ne peut-on pas penser aussi que Jésus fut triste en voyant le jeune homme riche s’éloigner de lui ?.. Après cet épisode, Jésus va parler des dangers de la richesse.

  • Sur Pierre (Luc 22, 60-62) «et le Seigneur se retournant, fixa son regard sur Pierre… et sortant dehors, il pleura amèrement».

Ce n’est évidemment pas le chant du coq (cf. l’église dédiée à St Pierre Jérusalem !!) qui va permettre à Pierre de se convertir !!

Regard qui ne condamne pas, mais qui offre son amour (cf. Marc 10,21) et qui permet au pécheur de se relever, de se convertir, de se remettre sur pied.

  • Rappelons-nous enfin les paraboles de la Miséricorde où Jésus nous révèle le Mystère de l’Amour miséricordieux du Père – En particulier, dans la parabole du fils prodigue, l’attitude du père qui «court au devant de son fils pour l’accueillir dans la joie» (Lc 15,12).

À travers le Mystère se son Incarnation et de sa Mort sur la Croix… et tout au long de ce qu’Il a été, de ce qu’Il a fait, de ce qu’Il a dit.. Jésus a été la Révélation du Dieu-Amour.

C’est dans la contemplation de l’Amour manifesté par Jésus envers Son Père et pour les hommes que nous pouvons percevoir le Mystère de Dieu-Amour et que nous pouvons y trouver le modèle de l’amour, de la charité, que nous avons à réaliser dans notre vie.

 

III. La RÉALISATION concrète de l’AMOUR révélé dans le Christ, à travers la SAINTETÉ. La CHARITÉ de Dieu, vécue dans le temps par les Saints, sous des formes diverses. 

Le Christ-Jésus, à travers ce qu’Il a été, de ses Actes et de ses Paroles, nous a révélé le Mystère du Dieu-Amour. Aujourd’hui, c’est dans l’Esprit du Christ, l’Esprit d’Amour envoyé par le Père, vivant dans l’Église et dans le cœur des croyants que le Dieu-Amour se révèle dans le monde suivant la Parole de l’Apôtre Paul : «l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par le Saint Esprit qui nous est donné» (Rom.5,5)

Amour filial que nous exprimons dans notre rapport au Père en l’appelant « Père »  comme  nous  l’enseigne  encore  St  Paul   dans   l’Épître   aux Romains : « Vous n’êtes pas dans la chair, mais dans l’Esprit puisque l’Esprit de Dieu habite en vous » « Vous avez reçu un esprit de fils adoptifs qui nous fait nous écrier : “Abba, Père”. L’Esprit en personne se joint à notre esprit pour attester que nous sommes enfants de Dieu » (Rom. 8, 15-16). Amour que nous avons à vivre aussi, comme Jésus, dans la recherche et la réalisation de la Volonté de Dieu : «Ce n’est pas celui qui dit Seigneur, Seigneur, qui obtiendra la salut, mais celui qui fait la volonté de mon Père» (Mt. 7,24-25)

Amour fraternel où nous essayons d’exprimer, sous différentes formes, l’Amour dont nous vivons, suivant l’enseignement du Christ : «Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés». Amour fraternel qui a à s’exprimer de façon concrète (Mt. 25, 31-40)

Dans la JOIE. Dieu nous comble de Son Amour, nous fait vivre de Son Amour que nous essayons d’exprimer, dont nous témoignons à travers notre amour filial et fraternel dans la Joie , Joie que le Seigneur nous a laissée au moment de son départ. «Je vous dis cela pour que Ma Joie soit en vous et que votre joie soit complète» (Jo. 15,11)

Cet Esprit d’Amour dont vit l’Église et ses enfants est mis en valeur de façon particulière à travers le témoignage des Saints.

A.    D’abord, dans le témoignage des Martyrs.

Le témoignage des Martyrs est un témoignage de la Foi bien sûr ; mais c’est soutenu par l’Esprit du Dieu-Amour que les martyrs ont préféré l’Amour de Dieu à leur vie et qu’ils ont pardonné à leurs bourreaux, en s’offrant en sacrifice à Dieu, en union avec le Christ. Les martyrs dont le sacrifice s’est uni au Sacrifice du Christ sont devenus le pain du Christ, ont « achevé » le Mystère d’Amour du Christ qui nous est offert dans l’Eucharistie, sont devenus pleinement Eucharistie. Écoutons la lettre de Saint Ignace aux Romains au moment où il va être conduit à la mort : « Laissez-moi devenir la pâture des bêtes, elles m’aideront à rejoindre Dieu. Je suis son froment moulu sous la dent des fauves, je deviendrai le pain pur du Christ. C’est du pain de Dieu que je suis affamé, de la chair de Jésus-Christ fils de David ; et pour boisson je veux son sang qui est l’amour incorruptible ». 

B.    Ensuite, le témoignage de la Charité

puisée dans le Mystère du Dieu-Amour, et réalisée par l’immense foule de tous les Saints, Apôtres, Missionnaires, Éducateurs, Hospitaliers…. Sans oublier les mystiques, les moines et les ermites qui, animés par l’Esprit de Dieu-Amour, ont été auprès des hommes de tous les temps, les témoins de la Charité dont ils vivaient. Parfois jusqu’à l’extrême, comme St Damien de Veuster….

C’est à travers l’exemple des Saints qui reflètent à l’infini les multiples formes de la Charité de Dieu dont ils ont vécu que nous pouvons mieux comprendre ou deviner l’Amour infini et multiforme de Dieu.

C.    Pour nous, fils et filles de St Vincent et Ste Louise de Marillac,

ou animés de leur esprit (Conférences de St Vincent ; Instituts religieux divers…), la réalisation concrète de la Charité de Dieu, révélée dans le Christ, nous la trouvons de façon privilégiée dans la vie et l’action de nos Fondateurs, dans l’amour affectif et effectif des Pauvres.

À travers le cœur de St Vincent et de Ste Louise, cœur qui animait leur action, nous découvrons le Dieu-Amour et nous sommes appelés nous aussi aujourd’hui à témoigner de la Charité, du Dieu-Amour qui demeure en nous et dont nous vivons par notre amour affectif et effectif de tous les Pauvres, de tous ceux qui souffrent.

On cite souvent la parole de St Vincent : «Aimons Dieu, mes frères, mais que ce soit à la force de nos bras, à la sueur de notre front». Cette parole nous rappelle la nécessité d’un amour qui s’exprime par des actes, dans le service, pour qu’il soit vrai. Mais, n’oublions pas que, à l’image du Christ, S. Vincent a commencé par se laisser bouleverser dans sa sensibilité avant d’engager son action. Rappelons-nous le cri poussé par St Vincent : «Les pauvres gens des champs meurent de faim et se damnent» — C’est après la découverte de l’extrême souffrance des galériens qu’il va se donner tout entier à l’œuvre de leur soulagement matériel et spirituel, et qu’il va s’engager à les faire soulager par les missionnaires et les Filles de la Charité. Souvenons-nous aussi de son émotion devant les enfants abandonnés et de son exhortation pathétique aux Dames de la Charité : «Or sus, Mesdames, la compassion et la charité vous ont fait adopter ces petites créatures pour vos enfants ; vous avez été leurs mères selon la grâce depuis que leurs mère selon la nature les ont abandonnés. Voyez si vous voulez aussi les abandonner. Cessez d’être leurs mères pour devenir à présent leurs juges».

À la suite du Christ, dans la ligne de la Charité concrètement vécue par St Vincent, Ste Louise, le Bx Frédéric Ozanam, nous avons nous aussi, à nous laisser toucher, émouvoir, par les Pauvres, par ceux qui souffrent, et nous engager à les soulager, à leur venir en aide ; nous avons à être les témoins du Dieu-Amour vivant en notre cœur, à travers ce que nous sommes, et ce que nous faisons pour les Pauvres.

C O N C L U S I O N

En guise de conclusion à ces quelques réflexions sur la Charité permettez- moi de souligner le lien qui unit la Charité à la Mission.

Le but de la Mission :

  • c’est d’abord de témoigner de l’Amour infini et universel de Dieu,
  • c’est d’apporter, de transmettre, cet Amour de Dieu à tous les

Pas de Mission sans Charité.

La Mission n’est pas d’abord une action, une activité, une «aventure» comme on le lit parfois dans certaines revues missionnaires ; mais une expression de l’Amour de Dieu pour tous ; la Mission prend sa source dans l’Amour de Dieu pour tous les hommes. — C’est le Père qui, par le Fils, envoie des ouvriers dans Sa Moisson. Le but, le terme de la Mission, c’est de faire découvrir à tous le Mystère de Dieu-Amour qui appelle tous les hommes à entrer dans Son Mystère pour en vivre.

La Mission, l’activité missionnaire, pour être vraie, doit se nourrir de la Charité, doit être animée par la Charité, doit avoir pour but de faire découvrir à tous les hommes l’Amour de Dieu pour eux et de les aider à en vivre.

CHARITÉ et MISSION, tels sont les deux thèmes qui doivent inspirer la célébration du Jubilé du 350° anniversaire de la mort de nos Fondateurs. Ces deux thèmes, nous les retrouvons dans la devise de nos Instituts :

  • Pour les Filles de la Charité, c’est la Charité. – «Caritas Christi urget nos» – La Charité du Christ nous
  • Pour les Missionnaires, c’est la Mission, l’envoi vers les Pauvres à évangéliser.
  • «Evangelizare pauperibus misit me» – Il m’a envoyé porter l’Évangile aux Pauvres

En cette année jubilaire de la mort de nos Fondateurs demandons au Seigneur Jésus de nous faire enter davantage dans le Mystère de Son Esprit, Amour du Père et du Fils, pour que nous soyons capables de toujours mieux rayonner cette Charité, dans notre Mission, à la suite de St Vincent et de Ste Louise.

Gonzague DANJOU cm

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Thomas dit à Jésus : « Mon Seigneur et mon Dieu ! ». Jn 20, 28

La personne de l’apôtre Thomas et son itinéraire de foi a toujours fasciné les fidèles des communautés primitives, depuis l’Egypte, la Syrie, jusqu’en Inde. Elle ne cesse de fasciner encore nos contemporains, croyants ou non.

Bernard Schoepfer

Thomas dit à Jésus : « Mon Seigneur et mon Dieu ! ». Jn 20, 28

En ce dimanche de la Divine miséricorde, à la demande du Père Christian, nous célébrons l’Eucharistie pour le repos du Père Gonzague Danjou CM, ce missionnaire infatigable ! Que le Ressuscité lui donne sa Paix et sa Joie.

Nous sommes en communion avec tous les membres de sa nombreuse famille, dont le Père Yves DANJOU, son frère. Nous prions, aussi, pour la Province de Madagascar.

Avec persévérance et fidélité, nous confions à Dieu notre Père ce monde bouleversé par l’épidémie ! Vierge Marie, mère de Jésus et notre mère, conduisez-nous vers Jésus, dans la paix et la sérénité.

 

HOMÉLIE

La personne de l’apôtre Thomas et son itinéraire de foi a toujours fasciné les fidèles des communautés primitives, depuis l’Egypte, la Syrie, jusqu’en Inde. Elle ne cesse de fasciner encore nos contemporains, croyants ou non.

Qui est l’apôtre Thomas ? Il se nomme en araméen : jumeau. Et de qui peut-il bien être le jumeau ?

– Les trois premiers évangiles ne nous donnent aucune indication. Thomas fait partie du groupe des douze, associé généralement à Matthieu le collecteur d’impôts ; dans l’ordre habituel, son nom ne figure qu’après les disciples proches de Jésus : Simon et André, Jacques et Jean (Mt 10, 2-4). C’est le dernier évangile en date, celui de Jean, qui lève légèrement le coin du voile.

– En trois lieux, trois moments de la vie du Maître, affronté déjà au mystère de la vie et de la mort, Thomas apparaît. Il veut savoir, connaître qui est Jésus, tendre de tout son être vers lui et connaître le chemin de vie : où va-t-il ? Comment aller vers lui ?

  1. Thomas apparaît la première fois lorsque Jésus décide d’aller à Béthanie, après la mort de Lazare. (Thomas, appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau), dit aux autres disciples : « Allons-y, nous aussi, pour mourir avec lui ! » – Jn 11, 16) Mourir avec lui, avec le Maître ! Les disciples pressentent en effet que l’événement à venir précipitera Jésus dans la mort.
  2. Ensuite, au moment de l’ultime repas que Jésus partage avec les disciples. Le Maître annonce qu’il préparera le lieu, la demeure de chacun d’eux, qu’il reviendra et les prendra avec lui. (Pour aller où je vais, vous savez le chemin. » Thomas lui dit : « Seigneur, nous ne savons pas où tu vas. Comment pourrions-nous savoir le chemin ? » – Jn 14, 4-5) Accéder de son propre mouvement au lieu que Jésus nous prépare. Est-ce bien l’expérience de la foi ? Thomas a-t-il bien entendu ? C’est pourtant le Maître qui déclare : « Quand je serai parti vous préparer une place, je reviendrai et je vous emmènerai auprès de moi, afin que là où je suis, vous soyez, vous aussi. Je vous prendrai avec moi». (Jn 14, 3)
  3. Enfin, le troisième lieu, c’est notre Évangile d’aujourd’hui, le mouvement de Thomas vers Jésus est celui de la vérification, par la vue, le toucher, du mystère de vie et de mort.

C’est le Christ ressuscité qui, alors, transforme l’intelligence de la foi et retourne le cœur de Thomas. C’est le Christ qui, en fait, vient vers lui, l’invitant à mettre ses doigts dans les stigmates, les trous, les vides, du corps supplicié le vendredi. C’est le corps glorieux du ressuscité qui est la lumière d’où peut jaillir notre acte de foi. C’est la résurrection qui précède la foi. C’est bien parce qu’il y a résurrection qu’il peut maintenant y avoir foi.

Tous les événements relus, par la liturgie, pendant cette octave pascale, les manifestations de  la présence de Jésus : à Thomas, aux disciples d’Emmaüs, à Marie Madeleine, à nous,… sont ceux d’une nouvelle genèse. Dans la rencontre du Ressuscité la peur recule pour céder la place à la confiance. Ce matin, en ce temps de crise sanitaire, Jésus nous interpelle : « C’est Moi, le Seigneur, qui vous cherche et vous trouve ; voilà, c’est Moi, en vérité, je vous le dis : ce n’est pas vous, c’est Moi ».

Et  de qui Thomas est-il le jumeau ? N’est-ce pas de chacun de nous, à un tournant de notre existence ?

Je vous partage ces réflexions du pape François lorsqu’il méditait l’évangile de ce deuxième dimanche de Pâques : « Thomas s’est exclamé après avoir vu les plaies du Seigneur : « Mon Seigneur et mon Dieu ! ».

Je voudrais attirer l’attention sur cet adjectif que Thomas répète : mon. C’est un adjectif possessif et, si nous y réfléchissons bien, il pourrait sembler déplacé de le référer à Dieu : Comment Dieu peut-il être à moi ?

Comment puis-je faire mien le Tout Puissant ? En réalité, en disant mon nous ne profanons pas Dieu, mais nous honorons sa miséricorde, parce que c’est lui qui a voulu se “faire nôtre”.

Et nous lui disons, comme dans une histoire d’amour : “Tu t’es fait homme pour moi, tu es mort et ressuscité pour moi, et donc tu n’es pas seulement Dieu, tu es mon Dieu, tu es ma vie. En toi j’ai trouvé l’amour que je cherchais, et beaucoup plus, comme jamais je ne l’aurais imaginé”. (1)

En ce dimanche de la « Divine Miséricorde », réunis pour célébrer l’eucharistie : « la fraction du pain »,  prions notre Seigneur et notre Dieu de remplir nos cœurs de sa miséricorde. Et dans notre quotidien, osons la partager, davantage, à tous nos frères et sœurs par des gestes, des paroles bienveillantes et de compassion.

Accueillons ces mots d’encouragement du Père Gonzague : « C’est à travers et à partir du Mystère de Dieu-Amour : Père, Fils et Esprit-Saint en lequel nous adhérons par la Foi que nous pouvons participer à la Vie même de  Dieu et donner la plénitude de sens à ce que nous sommes et à ce que nous vivons. Par la foi et la vertu de charité nous devenons la demeure de Dieu : « Si quelqu‘un m’aime il gardera ma parole, mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et nous ferons notre demeure chez lui ». Jn 14,23 (2)

Maintenant, offrons l’eucharistie pour le Père Gonzague, notre confrère ; missionnaire infatigable, pendant 47 ans à Madagascar ! Cher Gonzague, avec toi, nous bénissons le Père de notre Seigneur Jésus Christ, qu’il t’accueille dans sa grande miséricorde !

« Jésus Christ, tu l’as aimé sans l’avoir vu ; en lui, tu as mis ta foi. Aujourd’hui, exulte d’une joie inexprimable et sois rempli de gloire, car tu vas obtenir le salut de ton âme qui est l’aboutissement de notre foi ». (3)

____________________

(1) Homélie du 2ème dimanche de Pâques, 8 avril 2018.
(2) La charité, conférence d’Avent, 6 décembre 2009
(3) D’après 1 P 1, 8-9 – deuxième lecture de ce dimanche

 

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La Douceur : Petite réflexion d’un confiné (3/6)

Dans un monde violent, entendre « heureux les doux, ils recevront la terre en héritage », qu’est-ce que cela veut dire ? « Aussi longtemps que je suis resté un lâche, nous dit Gandhi, j’entretenais en moi un foyer de violence. Lorsque après un certain nombre d’années, je rejetai toute lâcheté, je pus entrevoir la valeur de la non-violence ».

Eric Ravoux

La Douceur : Petite réflexion d’un confiné (3/6)

Petite réflexion sur la troisième vertu vincentienne : la Douceur

Dans un monde violent, entendre « heureux les doux, ils recevront la terre en héritage », qu’est-ce que cela veut dire ?

« Aussi longtemps que je suis resté un lâche, nous dit Gandhi, j’entretenais en moi un foyer de violence. Lorsque après un certain nombre d’années, je rejetai toute lâcheté, je pus entrevoir la valeur de la non-violence ».

Quand nous relisons les béatitudes, nous n’y retrouvons pas la force, pourtant elle fait partie de ce que le Seigneur exige de nous. N’a-t-il pas dit « ce sont les violents qui emportent le Royaume » ? Et il serait facile de dégager dans les Evangiles tout ce qui réclame la force, la générosité, l’audace ou le risque.

Pourtant, si la force n’est pas explicitement nommée dans les béatitudes, nous pouvons tout de même la trouver dans la deuxième, celle qui concerne la Douceur. Cela peut paraître bizarre, mais la tradition chrétienne a toujours fait le lien entre la force et la douceur. Mon but est de montrer que la douceur est une vraie force, même et surtout si elle est maîtrisée et parfois désarmée.

Nous savons bien que le Christ ne vient pas faire l’éloge de la fadeur ou de la mollesse. Le christianisme ne fait pas de l’homme un faible, un vaincu : ce sont les violents qui emportent le Royaume … Le chrétien n’est pas un être passif, sans vigueur. La dynamique de l’Evangile est faite de dépassement, elle réclame du souffle. Aussi, si le Seigneur béatifie les doux, c’est que la douceur n’a rien à voir avec ce que le monde peut en comprendre aujourd’hui, où ce sont les requins qui sont mis en avant.

Le Christ se présente comme un être doux, pas seulement dans des comportements extérieurs, mais aussi par ce que l’on appelle son amour désarmé. En venant parmi nous bébé, c’est tout le contraire de la puissance, il ne s’impose pas. Il vient comme un enfant, il vient proposer un amour, une communion. Il appelle, il sollicite, il n’est pas en position dominante, à cause de la qualité même de son amour. Un amour authentique ne s’impose pas, il se tient à la porte et il frappe en douceur : si tu veux tu viens … C’est le langage d’un amour qui respecte l’autre et se fait serviteur.

Il est vrai que nous n’acceptons pas volontiers les doux car on a l’impression que leur attitude nous juge et nous condamne. Notre époque n’est pas à la douceur et croire à cet absolu évangélique, c’est ramer à contre-courant. Aujourd’hui on a besoin de se faire mousser, de se faire entendre, de clamer son point de vue. On a besoin de triompher par tous les moyens …

Le doux a une force tranquille, et sa douceur peut se transformer en violence. La colère des doux est terrible, dit-on. Mais elle n’impressionne que parce que cette violence est pure ; elle se réalise dans un renoncement à soi qui en fait la grandeur. C’est le comportement de Jésus dans l’évangile, en particulier devant les pharisiens. Le doux, quand il est violent, ce n’est pas lui qu’il défend, c’est la vérité, la justice, des valeurs supérieures qui le dépassent …

Les doux sont libres vis-à-vis de tout ce qui n’est pas la valeur essentiel.

Beaucoup de nos contemporains, et nous en faisons partie, s’accrochent au matériel, comme si leurs vies en dépendaient. Ils vivent dans le domaine de l’apparence et en sont souvent les victimes. Le doux va plus loin, plus profond ; c’est pourquoi il agit avec un certain détachement, une distance, une appréciation des êtres, des choses, des événements qui le distingue et le sépare de ceux qui sont enfermés dans leur point de vue.

« On veut te prendre ta tunique, donne aussi ton manteau » (Mt 5, 40). Où est l’essentiel ? C’est la question du doux. Ce n’est pas qu’il soit insensible et invulnérable, mais il ne se laisse pas dominer par son émotivité.

Saint François de Sales que l’on présente souvent comme le modèle de la douceur dit un jour : « ce qui me touche, ne me touche pas ; mais ce qui Le touche, me touche grandement ». C’est la liberté est l’exigence des saints.

Le Pape François à propos des caricatures de Charlie Hebdo a dit : « Que l’on me caricature moi cela n’a aucune importance, c’est la fonction, le statut qui veut ça ; mais que l’on caricature et que l’on moque le simple et pauvre croyant parce qu’il est croyant, là on me touche, parce que c’est Dieu que l’on touche ».

Ce temps de confinement, nous obligeant à revenir à l’essentiel, peut-être pour nous un temps de découverte de la douceur. La douceur envers nous-mêmes, la douceur envers nos proches, la douceur envers notre monde.

Et je finirai avec les mots de Martin Luther King dans « La Force d’Aimer » :

« Dieu a les deux bras étendus. L’un est assez fort pour nous entourer de justice, l’autre est assez doux pour nous embrasser de grâce. D’une part, Dieu est un Dieu de justice qui punit Israël de son obstination ; d’autre part, il est le Père qui pardonne et dont le cœur se remplit d’une joie indicible au retour de l’enfant prodigue ».

Qu’à l’école et à la prière de ces grands témoins de la douceur et de la non-violence, nous sachions nous aussi grandir en douceur pour être concrètement des artisans de paix et de justice dans notre monde, afin de le rebâtir AUTREMENT !!

Tourrettes-sur-Loup, le 17 avril 2020

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L’Église fait un appel à témoins !

Ce confinement amène un sérieux questionnement du vécu en Église. J’ai plusieurs sujets en tête mais l’un d’entre eux me préoccupe de plus en plus : Que disent les chrétiens de leur foi en Jésus-Christ ?

Vincent Goguey

L’Église fait un appel à témoins !

Ce confinement amène un sérieux questionnement du vécu en Eglise. J’ai plusieurs sujets en tête mais l’un d’entre eux me préoccupe de plus en plus : Que disent les chrétiens de leur foi en Jésus-Christ ?

Trop souvent dans la mentalité de notre société Eglise = prêtres et évêques, or, tout baptisé est Eglise ! Depuis très longtemps, c’est souvent la parole du clergé qui fait autorité ! Laissant ainsi les baptisés dans le statut de mineur. Quelle erreur ! Combien de fois je m’émerveille en écoutant le récit de baptisés, qui au cœur même de leurs difficultés de vie sont capables de tracer un chemin accompagné par le Christ. Ils révèlent ainsi une foi très active.

J’entends aussi, dans mes accompagnements personnels, des baptisés me révélant avoir vécu quelque chose de très fort avec le Seigneur mais n’osent pas en parler autour d’eux car ne sachant pas comment cela va être pris. Peur du jugement, peur de passer pour un fou ou une mystico-quelque chose ! Peur de déroger à cette loi laicarde où il ne faut jamais parler de nos convictions. Les premiers chrétiens n’ont pas eu peur de dire leur foi en Jésus-Christ Fils de Dieu Sauveur, cela jusqu’à la mort. Aujourd’hui encore, il y a des chrétiens qui sont persécutés jusqu’à la mort. Ils vont au-delà de leur peur et affirment leur foi. Ici en occident nous n’en sommes pas là actuellement. Alors j’ose faire un appel à témoins !

Sur Internet, histoire de passer le temps, des internautes lancent des défis à leurs contacts. Défis de toutes sortes plus ou moins amusants ou recherchés. Pour la vigile pascale, dans mon homélie enregistrée pour être sur les réseaux sociaux, (https://1drv.ms/u/s!Aje1HMQtlDvcgYUY6NM8jOWmtgBTvQ?fbclid=IwAR3FuRZD27zbv n3IdZJtfRvrkspaiL6qUdRDQ0Y50kcTt-d4UllbfV785RQ ) j’ai invité les auditeurs à oser répondre à cette question fondamentale : qui est le Christ pour toi ? Qui peut se décliner sous quelques autres questions :

  • Que t’apporte-t-il ?
  • Comment t’a-t-il rejoint dans ta vie ?
  • Qu’est-ce que croire en Lui modifie ta manière de vivre ?
  • Quelle est ta relation à Dieu ?
  • Comment expliquer que le fait qu’il fut crucifié puis ressuscité ait un impact sur ta vie d’aujourd’hui ?

Les quelques premières réponses me poussent à élargir mon appel en l’envoyant à tous mes contacts courriels afin d’enrichir encore plus la Toile. N’hésitez pas à faire suivre cette initiative.

Le pape Paul VI disait déjà, le monde n’a pas tant besoin d’enseignants que de témoins. Tout baptisé a cette responsabilité de témoigner de son Dieu. Pour répondre à ces questions, ne cherche pas de belles formules, des choses élevées mais écris en toute simplicité pour qu’on puisse entendre comment le Christ t’accompagne dans ta vie.

Je publierai sur Facebook les témoignages que je recevrai.

A très bientôt de vous lire, afin de retrouver une Eglise confessante, joyeuse d’être sauvée par le Christ et heureuse de témoigner de son amour pour toute l’humanité.

Je ferai suivre les réponses reçues à ceux et celles qui m’auront répondu afin de nous émerveiller ensemble. ( si ce message est retransmis, il faut envoyer votre réponse à vincent.goguey@gmail.com

Joyeux temps pascal.

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MESSAGE URBI ET ORBI DU PAPE FRANÇOIS. PAQUES 2020. Basilique vaticane Dimanche 12 avril 2020

Comme une nouvelle flamme, cette Bonne Nouvelle s’est allumée dans la nuit : la nuit d’un monde déjà aux prises avec des défis du moment et maintenant opprimé par la pandémie, qui met à dure épreuve notre grande famille humaine. En cette nuit la voix de l’Eglise a résonné : « Le Christ, mon espérance, est ressuscité ! » (Séquence pascale).

Pape Francois

MESSAGE URBI ET ORBI DU PAPE FRANÇOIS. PAQUES 2020. Basilique vaticane Dimanche 12 avril 2020

Chers frères et sœurs, bonne fête de Pâques ! Aujourd’hui retentit dans le monde entier l’annonce de l’Eglise : “ Jésus Christ est ressuscité ! ” – “ Il est vraiment ressuscité !”.

Comme une nouvelle flamme, cette Bonne Nouvelle s’est allumée dans la nuit : la nuit d’un monde déjà aux prises avec des défis du moment et maintenant opprimé par la pandémie, qui met à dure épreuve notre grande famille humaine. En cette nuit la voix de l’Eglise a résonné : « Le Christ, mon espérance, est ressuscité ! » (Séquence pascale).

C’est une autre “contagion”, qui se transmet de cœur à cœur – parce que tout cœur humain attend cette Bonne Nouvelle. C’est la contagion de l’espérance : « Le Christ, mon espérance, est ressuscité ! » Il ne s’agit pas d’une formule magique, qui fait s’évanouir les problèmes. Non, la résurrection du Christ n’est pas cela. Elle est au contraire la victoire de l’amour sur la racine du mal, une victoire qui “ n’enjambe pas” la souffrance et la mort, mais les traverse en ouvrant une route dans l’abime, transformant le mal en bien : marque exclusive de la puissance de Dieu.

Le Ressuscité est le Crucifié, pas un autre. Dans son corps glorieux il porte, indélébiles, les plaies : blessures devenues fissures d’espérance. Nous tournons notre regard vers lui pour qu’il guérisse les blessures de l’humanité accablée.

Aujourd’hui ma pensée va surtout à tous ceux qui ont été directement touchés par le coronavirus : aux malades, à ceux qui sont morts et aux familles qui pleurent la disparition de leurs proches, auxquels parfois elles n’ont même pas pu dire un dernier au revoir. Que le Seigneur de la vie accueille avec lui dans son royaume les défunts et qu’il donne réconfort et espérance à ceux qui sont encore dans l’épreuve, spécialement aux personnes âgées et aux personnes seules. Que sa consolation ne manque pas, ni les aides nécessaires à ceux qui se trouvent dans des conditions de vulnérabilité particulière, comme ceux qui travaillent dans les maisons de santé, ou qui vivent dans les casernes et dans les prisons. Pour beaucoup, c’est une Pâques de solitude, vécue dans les deuils et les nombreuses difficultés que la pandémie provoque, des souffrances physiques aux problèmes économiques.

Cette maladie ne nous a pas privé seulement des affections, mais aussi de la possibilité d’avoir recours en personne à la consolation qui jaillit des Sacrements, spécialement de l’Eucharistie et de la Réconciliation. Dans de nombreux pays il n’a pas été possible de s’en approcher, mais le Seigneur ne nous a pas laissés seuls ! Restant unis dans la prière, nous sommes certains qu’il a mis sa main sur nous (cf. Ps 138, 5), nous répétant avec force : ne crains pas, « je suis ressuscité et je suis toujours avec toi » (cf. Missel romain) !

Que Jésus, notre Pâque, donne force et espérance aux médecins et aux infirmiers, qui partout offrent au prochain un témoignage d’attention et d’amour jusqu’à l’extrême de leurs forces et souvent au sacrifice de leur propre santé. A eux, comme aussi à ceux qui travaillent assidument pour garantir les services essentiels nécessaires à la cohabitation civile, aux forces de l’ordre et aux militaires qui en de nombreux pays ont contribué à alléger les difficultés et les souffrances de la population, va notre pensée affectueuse, avec notre gratitude.

Au cours de ces semaines, la vie de millions de personnes a changé à l’improviste. Pour beaucoup, rester à la maison a été une occasion pour réfléchir, pour arrêter les rythmes frénétiques de la vie, pour être avec ses proches et jouir de leur compagnie. Pour beaucoup cependant c’est aussi un temps de préoccupation pour l’avenir qui se présente incertain, pour le travail que l’on risque de perdre et pour les autres conséquences que la crise actuelle porte avec elle. J’encourage tous ceux qui ont des responsabilités politiques à s’employer activement en faveur du bien commun des citoyens, fournissant les moyens et les instruments nécessaires pour permettre à tous de mener une vie digne et pour favoriser, quand les circonstances le permettront, la reprise des activités quotidiennes habituelles.

Ce temps n’est pas le temps de l’indifférence, parce que tout le monde souffre et tous doivent se retrouver unis pour affronter la pandémie. Jésus ressuscité donne espérance à tous les pauvres, à tous ceux qui vivent dans les périphéries, aux réfugiés et aux sans-abri. Que ces frères et sœurs plus faibles, qui peuplent les villes et les périphéries de toutes les parties du monde, ne soient pas laissés seuls. Ne les laissons pas manquer des biens de première nécessité, plus difficiles à trouver maintenant alors que beaucoup d’activités sont arrêtées, ainsi que les médicaments et, surtout, la possibilité d’une assistance sanitaire convenable. Vu les circonstances, que soient relâchées aussi les sanctions internationales qui empêchent aux pays qui en sont l’objet de fournir un soutien convenable à leurs citoyens, et que tous les Etats se mettent en condition d’affronter les besoins majeurs du moment, en réduisant, si non carrément en remettant, la dette qui pèse sur les budgets des États les plus pauvres.

Ce temps n’est pas le temps des égoïsmes, parce que le défi que nous affrontons nous unit tous et ne fait pas de différence entre les personnes. Parmi les nombreuses régions du monde frappées par le coronavirus, j’adresse une pensée spéciale à l’Europe. Après la deuxième guerre mondiale, ce continent a pu renaître grâce à un esprit concret de solidarité qui lui a permis de dépasser les rivalités du passé. Il est plus que jamais urgent, surtout dans les circonstances actuelles, que ces rivalités ne reprennent pas vigueur, mais que tous se reconnaissent membres d’une unique famille et se soutiennent réciproquement. Aujourd’hui, l’Union Européenne fait face au défi du moment dont dépendra, non seulement son avenir, mais celui du monde entier. Que ne se soit pas perdue l’occasion de donner une nouvelle preuve de solidarité, même en recourant à des solutions innovatrices. L’alternative est seulement l’égoïsme des intérêts particuliers et la tentation d’un retour au passé, avec le risque de mettre à dure épreuve la cohabitation pacifique et le développement des prochaines générations.

Ce temps n’est pas le temps des divisions. Que le Christ notre paix éclaire tous ceux qui ont des responsabilités dans les conflits, pour qu’ils aient le courage d’adhérer à l’appel pour un cessez le feu mondial et immédiat dans toutes les régions du monde. Ce n’est pas le temps de continuer à fabriquer et à trafiquer des armes, dépensant des capitaux énormes qui devraient être utilisés pour soigner les personnes et sauver des vies. Que ce soit au contraire le temps de mettre finalement un terme à la longue guerre qui a ensanglanté la Syrie bien-aimée, au conflit au Yémen et aux tensions en Irak, comme aussi au Liban. Que ce temps soit le temps où Israéliens et Palestiniens reprennent le dialogue, pour trouver une solution stable et durable qui permette à tous deux de vivre en paix. Que cessent les souffrances de la population qui vit dans les régions orientales de l’Ukraine. Que soit mis fin aux attaques terroristes perpétrées contre tant de personnes innocentes en divers pays de l’Afrique.

Ce temps n’est pas le temps de l’oubli. Que la crise que nous affrontons ne nous fasse pas oublier tant d’autres urgences qui portent avec elles les souffrances de nombreuses personnes. Que le Seigneur de la vie se montre proche des populations en Asie et en Afrique qui traversent de graves crises humanitaires, comme dans la région de Cabo Delgado, au nord du Mozambique. Qu’il réchauffe le cœur des nombreuses personnes réfugiées et déplacées, à cause de guerres, de sécheresse et de famine. Qu’il donne protection aux nombreux migrants et réfugiés, beaucoup d’entre eux sont des enfants, qui vivent dans des conditions insupportables, spécialement en Libye et aux frontières entre la Grèce et la Turquie. Et je ne veux pas oublier l’île de Lesbos. Qu’il permette au Venezuela d’arriver à des solutions concrètes et immédiates pour accorder l’aide internationale à la population qui souffre à cause de la grave conjoncture politique, socio-économique et sanitaire.

Chers frères et sœurs,

indifférence, égoïsme, division, oubli ne sont pas vraiment les paroles que nous voulons entendre en ce temps. Nous voulons les bannir en tout temps ! Elles semblent prévaloir quand la peur et la mort sont victorieuses en nous, c’est-à-dire lorsque nous ne laissons pas le Seigneur Jésus vaincre dans notre cœur et dans notre vie. Lui, qui a déjà détruit la mort nous ouvrant le chemin du salut éternel, qu’il disperse les ténèbres de notre pauvre humanité et nous introduise dans son jour glorieux qui ne connaît pas de déclin.

Par ces réflexions, je voudrais souhaiter à vous tous une bonne fête de Pâques.

 

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