Bienheureux Ramose Lucien Botovasoa : “La sainteté est le visage le plus beau de l’Église”

Bienheureux Ramose Lucien Botovasoa : “La sainteté est le visage le plus beau de l’Église”

Vohipeno est un chef-lieu de district de la région sud est de Madagascar et il se trouve dans le diocèse de Farafangana, à 42km de Manakara la ville la plus proche. Un évènement exceptionnel a eu lieu dans cette bourgade de plus de 10 000 habitants.

Vohipeno a vu en trois jours quadrupler sa population ! Pour quelle raison? Aucun mot ne peut qualifier cet événement qui a vu converger cette affluence venue des quatre coins de l’île et même du monde, composé de catholiques, de non catholiques, de religieux, de non religieux, de croyants, de non croyants, de politiciens de tous bords, de journalistes avides de sensationnel, de simples curieux… a vécu ce dimanche 15 Avril 2018. Plus de 80 000 personnes se sont rassemblées à Vohipeno pour ne pas rater un évènement qui marquera d’une pierre blanche l’histoire de cette capitale du pays Antemoro déjà bien connue par les historiens et les anthropologues habituée à des évènements historiques…Toutefois, jamais n’a eu lieu une béatification dans la région !

La petite colline de Tanjomoha se trouve à l’entrée de Vohipeno. Le Père Deguise, un lazariste devenu moine, premier Postulateur de la cause de Lucien Botovasoa du temps du premier Evêque du diocèse de Farafangana Mgr Chilouet, Lazariste (1964) a élu Tanjomoha pour vivre en ermite… Coïncidence ou bien grâce, c’est cette colline qui a été choisie par les organisateurs 50 ans plus tard pour célébrer la béatification de Lucien Botovasoa !

La colline de Tanjomoha est devenue pour les 80 000 pèlerins un véritable « Mont Thabor » (Mont de la transfiguration Mc 9). Pourquoi ? Pendant quelques heures, le temps de la célébration de la Béatification de Lucien Botovasoa, les pèlerins ont vécu ce que les trois disciples ont expérimenté au Mont Thabor lors la transfiguration de Notre Seigneur. Comme Pierre, chacun a connu un moment très intense et personne n’a voulu le quitter…. Ce fut une véritable Pentecôte également… Les coeurs brûlaient en entendant la belle homélie du Cardinal Piat, Légat du Pape, en participant aux beaux chants et en suivant ensemble les gestes liturgiques bien rythmés… Comme les disciples d’Emmaüs ayant rencontré le Seigneur ressuscité et rentrant à Jérusalem pour annoncer la joie de Pâques, ces foules heureuses d’avoir été touchées par la grâce, après avoir vu les merveilles de Dieu souhaitent maintenant ensemble tous et chacun, à la suite du nouveau Bienheureux Lucien Botovasoa être maintenant des artisans de paix, des réconciliateurs et pourquoi pas appelés à être des témoins de la justice, de la vérité…. en ce moment où le pays en a tant besoin.

Ce que dit le Pape à partir de l’Exhortation : Gaudete et exsultate » . En faisant cette relecture de la vie de Bx Lucien Botovasoa les paroles du Pape dans son exhortation publiée juste la semaine de la béatification (9 avril) « Gaudete et exultate » me viennent en tête car elles semblent être « écrites » pour notre nouveau Bienheureux donc nous interpellent également. Il a voulu être saint, martyr dès le jour de sa conversion pour répondre à sa vocation. : « Soyez dans la joie et l’allégresse » (Mt 5, 12), dit Jésus à ceux qui sont persécutés ou humiliés à cause de lui. Le Seigneur demande tout ; et ce qu’il offre est la vraie vie, le bonheur pour lequel nous avons été créés. Il veut que nous soyons saints et il n’attend pas de nous que nous nous contentions d’une existence médiocre, édulcorée, sans consistance. En réalité, dès les premières pages de la Bible, il y a, sous diverses formes, l’appel à la sainteté. Voici comment le Seigneur le proposait à Abraham : « Marche en ma présence et sois parfait » (Gn 17, 1)…. (Plus loin le Pape de continuer que tout le monde est appelé à la sainteté)… Pour être saint, il n’est pas nécessaire d’être évêque, prêtre, religieuse ou religieux. Bien des fois, nous sommes tentés de penser que la sainteté n’est réservée qu’à ceux qui ont la possibilité de prendre de la distance par rapport aux occupations ordinaires, afin de consacrer beaucoup de temps à la prière. Il n’en est pas ainsi. Nous sommes tous appelés à être des saints en vivant avec amour et en offrant un témoignage personnel dans nos occupations quotidiennes, là où chacun se trouve. (Justement Lucien Botovasoa est un baptisé aspirant toujours à être « saintmartyr »).

Pour un chrétien, il n’est pas possible de penser à sa propre mission sur terre sans la concevoir comme un chemin de sainteté, car « voici quelle est la volonté de Dieu : c’est votre sanctification » (1 Th 4, 3). Chaque saint est une mission ; il est un projet du Père pour refléter et incarner, à un moment déterminé de l’histoire, un aspect de l’Évangile….C’est dans la vie quotidienne, ordinaire que Lucien a témoigné sa foi… N’aie pas peur de viser plus haut, de te laisser aimer et libérer par Dieu. N’aie pas peur de te laisser guider par l’Esprit Saint. La sainteté ne te rend pas moins humain, car c’est la rencontre de ta faiblesse avec la force de la grâce. Au fond, comme disait Léon Bloy, dans la vie « il n’y a qu’une tristesse, c’est de n’être pas des saints »

Enfin, le chemin qu’a pris Lucien Botovasoa est celui que le Pape nous préconise dans le troisième chapitre de l’exhortation : le chemin de la béatitude : … Jésus a expliqué avec grande simplicité ce que veut dire être saint, et il l’a fait quand il nous a enseigné les béatitudes (cf. Mt 5, 3-12 ; Lc 6, 20-23). Elles sont comme la carte d’identité du chrétien. Donc, si quelqu’un d’entre nous se pose cette question, “comment fait-on pour parvenir à être un bon chrétien ?”, la réponse est simple : il faut mettre en œuvre, chacun à sa manière, ce que Jésus déclare dans le sermon des béatitudes. À travers celles-ci se dessine le visage du Maître que nous sommes appelés à révéler dans le quotidien de nos vies. Le mot “heureux” ou “bienheureux”, devient synonyme de “saint”, parce qu’il exprime le fait que la personne qui est fidèle à Dieu et qui vit sa Parole atteint, dans le don de soi, le vrai bonheur.

Je conclus cette relecture de l’exhortation à partir de la belle figure de Lucien Botovasoa par ce « cri » du Pape que chaque pèlerin de Vohipeno a bien saisi, et qui résonne encore dans le cœur de chacun: « La sainteté est le visage le plus beau de l’Église »…. Et tout le monde de continuer… non seulement de l’Eglise mais du monde…

 + Marc Benjamin RAMAROSON, CM 🔸

Pour un chrétien, il n’est pas possible de penser à sa propre mission sur terre sans la concevoir comme un chemin de sainteté, car « voici quelle est la volonté de Dieu : c’est votre sanctification » (1 Th 4, 3). Chaque saint est une mission ; il est un projet du Père pour refléter et incarner, à un moment déterminé de l’histoire, un aspect de l’Évangile…

Pape François
Pour plus d’information :

OLO-ARAIKY ‘SIKA JIABY(16) SPECIAL LUCIEN BOTOVASAO BULLETIN DE LIAISON DE L’ARCHIDIOCESE D’ANTSIRANANA

Tel : (261) 32 11 539 39 BP 415 5 Boulevard Le Myre de Villers 201 ANTSIRANANA Madagascar

SITE : http://www.dioceseantsiranana-oloraiky.com

Homélie 200e anniversaire de l’arrivée des confrères à l’actuelle “Maison-Mère”. Fête de la Conversion de Saint Paul et fondation de la Congrégation de la Mission

Homélie 200e anniversaire de l’arrivée des confrères à l’actuelle “Maison-Mère”. Fête de la Conversion de Saint Paul et fondation de la Congrégation de la Mission

Homélie prononcée lors de la messe à la chapelle saint Vincent de Paul le 25  janvier 2018. A cette occasion les Lazaristes de la Province de France célébraient la clôture de l’Année Jubilaire Vincentienne

 

Lectures : Ac 22, 3-16 ou Ac 9, 1-22 ; Mc 16, 15-18.

Chapeau

Nous sommes réunis aujourd’hui pour célébrer le 200ème anniversaire de l’arrivée des confrères dans cette maison, peu de temps après le rétablissement de la Congrégation, après la Révolution française. Je suis heureux de savoir que vous allez marquer ce bicentenaire par d’autres événements et festivités. La Congrégation de la Mission est présente ici, à la rue de Sèvres, depuis 200 ans, et je suis certain que ceux qui fréquentent cette Chapelle voudront participer à quelques-unes de ces activités.

Nous clôturons aussi l’année jubilaire, durant laquelle nous avons célébré le 400ème anniversaire du charisme vincentien. Avec l’Église, nous marquons la fête de la Conversion de Saint Paul. Comme vous le savez tous, Saint Vincent de Paul a toujours considéré ce jour comme étant celui de la fondation de la Congrégation, parce qu’à cette date, il y a 401 ans, il a prêché ce qu’il appelait le premier sermon de la mission.

La première lecture d’aujourd’hui nous donne un compte rendu de la conversion de Saint Paul. Luc inclut trois versions dans ses Actes. Dans la première, Luc se rappelle le moment où cela s’est passé, peu de temps après la mort d’Etienne et la persécution qui a suivi. Pendant cette période, Paul, alors Saul, s’efforçait de détruire le nouveau Chemin. Cependant, à cause de sa rencontre avec Jésus sur la route vers Damas, il cessa de persécuter les adeptes du Seigneur pour devenir le plus grand missionnaire de l’Église, l’Apôtre des Gentils.

Paul, lui-même, raconte les deux dernières versions de cet événement, d’abord dans son procès devant les Juifs et ensuite au roi Agrippa quand il fut emprisonné à Césarée. Pourquoi Paul répète-t-il cette histoire ? Je crois que c’est parce que cette rencontre personnelle avec Jésus a été le tournant de sa vie. Il désirait le garder toujours frais dans son esprit. Il pouvait bien s’en être rappelé à plusieurs reprises, et l’avoir partagé avec d’autres plus souvent que les trois fois racontées dans les Actes des Apôtres. Cette rencontre personnelle avec Jésus signifiait tout pour lui. Elle a littéralement changé sa vie.

Vincent de Paul a eu deux moments semblables dans sa vie. Le premier, nous le célébrons aujourd’hui, c’est l’anniversaire de son sermon dans l’église de Folleville, qu’il donna, à la demande insistante de Madame De Gondi, après avoir reconnu la pauvreté spirituelle de la population rurale. Le deuxième, comme nous le savons, se passa sept mois plus tard, dans la ville de Châtillon-les-Dombes, quand il se rendit compte de leur pauvreté matérielle. Ces deux événements ont transformé sa vie et il racontait fréquemment ce qui était arrivé. Il rappelle l’histoire de la confession du paysan de Gannes quatre fois dans les conférences aux confrères et une fois dans une conférence aux Filles de Charité. Il raconte l’histoire de Châtillon deux fois aux premières Sœurs. Ces moments-là sont ceux que nous connaissons, mais on pourrait dire avec certitude que ce ne furent pas les seuls moments où il se souvint de l’histoire de ces deux expériences. Elles étaient beaucoup trop importantes dans sa vie pour ne pas se les rappeler fréquemment.

Avons-nous une histoire semblable à raconter ? Avons-nous eu une rencontre personnelle avec Jésus, une conversion qui a marqué significativement qui nous sommes et ce que nous faisons de notre vie ? Je suis certain que oui, bien que peut-être elles ne soient pas aussi spectaculaires que celles de Paul et de Vincent. Néanmoins, nous devons aussi continuer à nous souvenir de ce moment, à le partager peut-être avec d’autres, comme une manière de le revivre, de louer et remercier Jésus de son action dans notre vie.

Pour nous en tant que missionnaires, l’Évangile d’aujourd’hui est tout à fait approprié puisqu’il est précisément l’envoi en mission des apôtres par Jésus, après sa résurrection, « Allez dans le monde entier et proclamez la Bonne Nouvelle à toute la création » (Mc 16, 15). Parce que nous sommes appelés à suivre Jésus Christ, Evangélisateur des pauvres, notre mission est de leur annoncer la Bonne Nouvelle. Si Vincent n’avait pas choisi, pour notre devise, la citation d’Isaïe, qui se trouve dans Luc 4, 18, il pourrait avoir choisi cette citation de Marc. Il nous rappelle certainement notre appel missionnaire.

Notre année jubilaire a commencé à des dates différentes dans plusieurs pays du monde, et donc, elle s’est clôturée à diverses dates. Cependant, nous considérons aujourd’hui, 25 janvier 2018, la date officielle de clôture. Par conséquent, aujourd’hui marque également le début du cinquième siècle du charisme vincentien. L’histoire des quatre siècles passés nous laisse à croire que, si nous sommes fidèles, le Seigneur Jésus ne manquera pas de bénir la Congrégation de la Mission et la Famille vincentienne tout entière. Il y a eu, bien sûr, beaucoup de hauts et de bas, des joies et des peines pendant les 400 années passées. Néanmoins, Dieu continue de susciter des missionnaires selon son esprit. Vincent lui-même a encouragé ses confrères à cet égard :

« Donnons-nous à Dieu, Messieurs, pour aller par toute la terre porter son saint Evangile ; et en quelque part qu’il nous conduise, gardons-y notre poste et nos pratiques jusqu’à ce que son bon plaisir nous en retire. Que les difficultés ne nous ébranlent pas ; il y va de la gloire du Père éternel et de l’efficacité de la parole et de la passion de son Fils. Le salut des peuples et le nôtre propre sont un bien si grand, qu’il mérite qu’on l’emporte, à quelque prix que ce soit ; et n’importe que nous mourions plus tôt, pourvu que nous mourions les armes à la main ; nous en serons plus heureux, et la Compagnie n’en sera pas plus pauvre, parce que sanguis martyrum semen est Christianorum [le sang des martyrs est la semence des chrétiens]. Pour un missionnaire qui aura donné sa vie par charité, la bonté de Dieu en suscitera plusieurs qui feront le bien qu’il aura laissé à faire »[1].

Prions donc pour que nous, ainsi que ceux qui suivent nos pas, puissions rester fidèles à notre appel pour un autre 100, 200, 400 ans et au-delà, aussi longtemps que Jésus continuera de nous envoyer porter la Bonne Nouvelle aux pauvres (cf. Lc 4, 18).

Tomaž Mavrič, CM – Supérieur Général 🔸

L’histoire des quatre siècles passés nous laisse à croire que, si nous sommes fidèles, le Seigneur Jésus ne manquera pas de bénir la Congrégation de la Mission et la Famille vincentienne tout entière. Il y a eu, bien sûr, beaucoup de hauts et de bas, des joies et des peines pendant les 400 années passées. Néanmoins, Dieu continue de susciter des missionnaires selon son Esprit.

NOTES :

[1] SV XI p. 412-413, Extrait d’Entretien n° 170.

 

TOUTES LES CONFÉRENCES ET PARTAGES DE CES JOURNÉES DE CÉLÉBRATION (24 ET 25 JANVIER 2018) APPARAÎTRONT DANS LE PROCHAIN CAHIERS SAINT VINCENT – BULLETIN DES LAZARISTES DE FRANCE DU MOI DE MAI 2018
Pout toute information vous pouvez envoyer un courrier au P. Benoît Kitchey CM à l’adresse mail : benoitkitchey@hotmail.com

Homélie 400e anniversaire de la Mission Paroissiale de Villepreux. 24 janvier 2018

Homélie 400e anniversaire de la Mission Paroissiale de Villepreux.

Homélie prononcée lors de la messe à l’église paroissiale de Villepreux le 24  janvier 2018. A cette occasion les Lazaristes de la Province de France célébraient la clôture de l’Année Jubilaire Vincentienne

Chers sœurs et frères en saint Vincent, aujourd’hui nous sommes rassemblés ici à Villepreux, pour célébrer le 400e anniversaire de la mission paroissiale où notre saint Fondateur a prêché. Durant cette mission, il établit la seconde des Confréries de Charité, après celle de Châtillon-les-Dombes en août 1617. C’est ce qu’il racontait, environ 30 ans plus tard, dans une conférence aux Filles de la Charité. Après avoir relaté les circonstances entourant l’établissement de la première Charité, qu’il appelait souvent les Confraternités de Charité, il dit : « Je fus appelé pour venir ici ; et après quelque temps, allant en mission à Villepreux, qui est un village à cinq ou six lieues de Paris, nous eûmes l’occasion d’y établir la Charité ; c’était la seconde »[1]. C’était également la première fondation d’une charité pendant une mission paroissiale.

Vous le savez peut-être, ce village était très familier à saint Vincent : il l’avait souvent visité lorsqu’il vivait avec les Gondi. Tout au long de sa vie, il a continué ses visites, du moins jusqu’à la fin de 1652. Il s’intéressait beaucoup à cette Charité, envoyant sainte Louise de Marillac au printemps 1630 pour résoudre quelques problèmes. Un an et demi plus tard, à l’automne 1631, il avait envoyé Marguerite Naseau, cette jeune femme considérée la première Fille de la Charité ; ayant déjà enseigné ici, elle revenait temporairement pour instruire les petites filles durant la maladie de l’enseignante habituelle.

Aujourd’hui, c’est la fête d’un très bon ami de Vincent, saint François de Sales. Saint Vincent n’hésitait pas à parler aux confrères et aux Filles de la Charité de ce saint évêque de Genève, leur rappelant les vertus qu’il admirait chez lui. Je pourrais citer d’innombrables références de notre saint Fondateur à son sujet, mais permettez-moi de n’en mentionner qu’une : « …je me plaisais à me rappeler sa douceur et son exquise mansuétude, et redisais souvent ces mots : « Oh ! que Dieu est bon, puisque si bon est l’évêque de Genève ! »[2]

Notre jubilé marquant le 400e anniversaire du Charisme vincentien se termine. Ayant débuté à différentes dates dans divers pays, il s’est donc terminé à différentes dates dans le monde. Toutefois, nous considérons le 25 janvier 1918 comme date officielle de clôture.

Permettez-moi de profiter de l’occasion pour réviser les quatre initiatives choisies par le Comité exécutif de la Famille vincentienne internationale pour célébrer cette année jubilaire : le Pèlerinage du cœur de saint Vincent, le Symposium de la Famille vincentienne internationale, l’Alliance mondiale avec les personnes sans abri, et le Festival du film vincentien.

Il y aura un an demain, quelques Filles de la Charité et des confrères de nos maisons mères à Paris ont fait un pèlerinage avec le Cœur de saint Vincent à Folleville, où tout a commencé. Depuis, le cœur de Vincent a voyagé partout en France et même à Rome durant le symposium. Partout il a été reçu avec grande vénération et il aura certainement été une source abondante de grâces pour de nombreuses personnes.

La mi-octobre nous a apporté le grand événement du Symposium international de la Famille vincentienne, qui accueillait à Rome durant trois jours, quelque 12 000 personnes de 99 pays, venant de toutes les branches. Ce fut une expérience extraordinaire, à laquelle quelques-uns d’entre vous, peut-être, ont eu la chance de participer, tandis que d’autres se sont joints à nous virtuellement, grâce aux médias.

En m’adressant au Saint-Père au cours de l’audience papale du 14 octobre, je l’ai assuré que nous souhaitions approfondir son appel à être des disciples missionnaires, à sortir de nos zones de confort, à aller dans les périphéries géographiques et existentielles du monde. Nous avons voulu également nous engager à être une Famille qui prie et qui veut continuer à chercher des façons nouvelles et créatives de répondre aux besoins des pauvres. Comme moyen de remplir cette dernière promesse, nous avons lancé, ce jour-là, deux initiatives : l’Alliance mondiale avec les personnes sans abri et le Festival du film vincentien.

L’annonce officielle de l’Alliance mondiale avec les personnes sans abri a eu lieu au Parlement européen le 18 juin 2017. Cette initiative de la Famille vincentienne internationale a pour but de réduire et d’éliminer, où cela est possible, l’itinérance dans ses multiples formes. Le travail a commencé par une première rencontre de la Commission Famvin avec les personnes sans abri à Chicago les 20 et 21 novembre 2017.

Le Festival du film vincentien, intitulé « Finding Vince 400 (FV400) », est une compétition et un festival pour des gens de tous horizons. Son but est de couronner des créateurs d’œuvres cinématographiques du 21e siècle et d’offrir aux spectateurs des films qui changent notre perspective sur la pauvreté dans nos communautés. Nous espérons enflammer les imaginations en partageant notre charisme avec des œuvres inspirées par la mission vincentienne afin de mondialiser la charité. Jusqu’ici, la réponse pour cette compétition a été extraordinaire, et elle  se tiendra à Castel Gandolfo du 18 au 21 octobre 2018.

Saint Vincent, dans la conférence aux Sœurs déjà mentionnée, leur disait en racontant les origines de leur Compagnie : « Et voilà, mes filles, quel a été le commencement de votre Compagnie ; comme elle n’était pas à cette heure-là ce qu’elle est à présent, il est à croire qu’elle n’est pas encore ce qu’elle sera, quand Dieu l’aura mise au point où il la veut »[3].

Nous sommes au début du cinquième centenaire du Charisme vincentien. Il nous offre une occasion unique de réfléchir, de décider et d’agir. Il nous donne l’occasion de continuer nos efforts pour faire de la Famille vincentienne ce que Dieu veut qu’elle soit.

Tomaž Mavrič, CM – Supérieur Général 🔸

Nous sommes au début du cinquième centenaire du Charisme vincentien. Il nous offre une occasion unique de réfléchir, de décider et d’agir. Il nous donne l’occasion de continuer nos efforts pour faire de la Famille vincentienne ce que Dieu veut qu’elle soit.

NOTES :

[1] COSTE, Vincent de Paul, Correspondance, Conférences, Documents, Édition1923, Volume IX, Conférence 24,    « Amour de la vocation et Assistance des pauvres », 13 février 1646, p. 244.

[2] Ibid., Volume VII, p. 586,  Lettre 2862 au pape Alexandre VII, 6 juin 1659.

[3] Op. cit., p. 245.

 

Toutes les conférences et partages de ces journées de célébration (24 et 25 janvier 2018) apparaîtront dans le prochain CAHIERS SAINT VINCENT – Bulletin des Lazaristes de France du moi de Mai 2018
Pout toute information vous pouvez envoyer un courrier au P. Benoît Kitchey CM à l’adresse mail : benoitkitchey@hotmail.com

L’accueil de l’autre

L’accueil de l’autre

« La sollicitude de l’Eglise doit s’exprimer concrètement à chaque étape de l’expérience migratoire. C’est une grande responsabilité que d’Église entend partager avec tous les croyants ainsi qu’avec tous les hommes et femmes de bonne volonté, appelé à répondre aux nombreux défis posés par les migrations…. Notre réponse commune peut s’articuler autour de quatre verbes : accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. » C’est par ces paroles que François nous réveille et nous stimule pour un réel engagement vis à vis de l’étranger en migration particulièrement.

Les actes des Apôtres nous décrivent un certain Saul animé d’une rage meurtrière envers les fidèles des 1ères communautés chrétiennes qu’il considère comme infidèles ; c’est pour cette raison qu’il n’hésite pas à les arrêter et à les enchainer. En tant que pharisien, c’est probablement un amour fou pour Dieu qui le pousse à ces actes ! Il y a de quoi avoir peur d’une telle intransigeance, dureté de cœur détermination.

Cette attitude de Saul nous fait penser aujourd’hui, à ces personnes, ces groupes, qui à travers le monde, sont acharnés à repérer ‘les infidèles’, les étrangers et à les supprimer de différentes façons, parce qu’ils ne sont pas dans la droite ligne de la religion, qu’ils dérangent une tradition ou parce qu’ils ont une vision du monde qui diffère.

La personnalité de Saul, peut aussi nous renvoyer l’image de gouvernants, de systèmes qui n’hésitent pas à jeter sur les routes des hommes, des femmes et des enfants pour sauvegarder leur place, leur compte en banque, leur prestige, leur idéologie ; cette part d’humanité se retrouve ainsi en errance, affrontée à des regards pas toujours ouverts et fraternels, et doit faire face à des situations de non hospitalité, engendrant la peur et l’intranquillité.

Ce personnage de Saul peut encore révéler ce que nous sommes parfois nous-mêmes vis à vis des autres qui nous dérangent par leurs attitudes, prises de position, leurs parcours historiques ! N’y a-t-il pas quelquefois de l’intransigeance et de la dureté de cœur dans nos paroles sur l’autre, dans nos rapports au sein de nos communautés, de nos lieux de vie… et les manières d’enchainer, de rendre inoffensifs ceux qui nous gênent, sont nombreuses : indifférence, mépris, rejet, rumeurs, murmures etc. il arrive que notre frère, notre sœur soit étranger pour nous et souffre de nos jugements hâtifs.

Sur son chemin, Saul a eu la chance de vivre une rencontre très forte avec le Christ ; rencontre qui met à terre ses idées bien arrêtées, bien cadrées. Elle lui fait réaliser qu’il se trompe de combat et que l’esprit qui l’anime est celui de la division, de la vengeance, de la mort, de l’étouffement ; cette rencontre foudroyante l’invite à se laisser mouvoir et conduire par l’Esprit du Christ, esprit de communion, de vie, d’accueil. Saul est invité à mettre sa rage, ses énergies au service de l’étranger, du païen, du différent dans les nations étrangères pour lui annoncer l’Evangile, le rassembler dans un même corps, l’accueillir comme frère en humanité et dans la foi. L’audace, le zèle sont ainsi réorientés. Cette conversion peut-elle être la nôtre ?

Sur son chemin, Saul a été conforté aussi par la présence d’Ananie qui lui-même a dû faire un chemin intérieur pour ne pas en rester aux idées reçues, à la réputation faite à Saul et qui lui fait peur. Ananie restait prisonnier de cette réputation faite à Saul, ce meurtrier, dangereux, dont il fallait se méfier. Comment Seigneur intégrer dans notre communauté un gars comme lui qui ne respire que mort ?

De la même façon, il nous arrive parfois de demeurer prisonniers de ce qu’on entend dire sur l’autre et qu’on répète en augmentant la dose de rejet. Quelle conversion avons-nous à vivre pour nous libérer de ces images et oser le pas de l’accueil dans nos communautés humaines ou religieuses. La peur engendre la méfiance et le rejet ; elle nous empêche d’entendre et de faire des propositions de vie.

Grâce à l’accueil d’Ananie, Saul s’est résitué autrement sur son chemin ; son regard a été purifié, clarifié, son cœur lavé par le baptême, son corps rempli de force par l’eucharistie ; il a trouvé un lieu, une communauté qui a redonné sens à sa mission, qui a réorienté ses énergies ; Lui, le pire ennemi est devenu le frère de beaucoup, surtout de ceux qui étaient au loin, dispersés dans les régions du monde ; il a travaillé pour qu’ils soient accueillis dans l’Eglise.

Comme Saul et Ananie, je crois que nous avons un fort travail à faire entre nous déjà pour nous accueillir avec nos différences, notre étrangeté ; l’inter culturalité, l’universalité au sein de notre Famille est certainement une chance, celle de nous convertir à l’autre ; celle de nous amener à regarder l’autre à partir du Christ, non à partir de nous-mêmes ! « La beauté du monde est faite d’une multitude de différences, un p eu d’amour rendra tout plus facile » (sœurs de l’Enfant Jésus Nicolas Barré)

Il y a tout un chemin pour que l’étranger devienne notre frère, pour que nous le comprenions dans sa particularité. St Vincent a combattu fortement pour que l’étranger, qu’il soit de Lorraine, de Picardie ou d’ailleurs soit secouru, accueilli, ait les moyens de prendre sa vie en main. Il a mis ses énergies et celles de ceux avec qui il collaborait au service de l’étranger en errance !

Si nous faisons ce travail sur nous-mêmes, nous le ferons aussi vis à vis de l’étranger qui vient sur nos terres et qui nous invite à l’hospitalité ! Si chacune de nos communautés ou lieu de vie pouvait accueillir pour un temps, un migrant, un demandeur de vie, de fraternité pour l’accompagner sur le chemin de l’intégration, de l’épanouissement, cela donnerait sens et chair à notre don, à notre être-ensemble, au vivre-ensemble ! Prendre en compte ces migrants mineurs qui sont de plus en plus nombreux : ils sont les plus vulnérables. « De quelle vulnérabilité sommes-nous proches aujourd’hui ? N’est-ce pas la passion pour les personnes sur le seuil, aux marges qui doit nous animer ? » (sœur V. Margron, présidente de la CORREF).

Ananie découvre que la communauté rassemblée au nom du Christ, est un lieu d’accueil, d’ouverture où chacun peut avoir sa place, où chacun peut être transformé intérieurement et s’ouvrir à l’autre. Comme à Béthanie où Jésus aime à se poser avec ses amis. Ce n’est pas un lieu où il reste mais un arrêt passager sur sa route. Il reprend souffle dans la rencontre amicale, dans le partage d’une parole, d’un pain.

La maison de l’hospitalité : cela pourrait être l’orientation et la devise pour l’ouverture de nos communautés, de nos pays envers ceux qui viennent d’ailleurs, qui ont besoin d’un lieu où se poser, où se remettre du stress, des dangers du chemin parcouru, , de la peur ? Quelles attitudes, quelles paroles, quelles propositions pouvons-nous faire pour accueillir aujourd’hui ?

Marthe a exercé la dimension corporelle de l’accueil en offrant le minimum à l’hôte de passage, en étant  aux petits soins pour lui.
A son exemple, en tant que chrétiens et vincentiens, nous sommes invités à inquiéter pour l’étranger, le migrant, la personne en situation de déplacement ?

Nous inquiéter afin qu’il ne manque pas du minimum, d’un verre d’eau, d’une douche, d’un repas, d’un soin, d’un lit, d’une démarche administrative, d’un papier à obtenir, d’un renseignement attendu, d’un téléphone à donner, en fait tout ce qui touche aux fondamentaux qui respectent la dignité de la personne. Cette inquiétude ne nous sera jamais reprocher puisqu’elle nous place en face de l’humanité blessée revêtue par Jésus !

Marie représente la dimension spirituelle de l’accueil de l’autre en étant totalement disponible à celui qui passe. C’est le temps de l’écoute, ‘fondement de toute spiritualité, c’est le 1er service à rendre aux autres dans la communauté’ souligne Dietrich Bonhoeffer ; s’asseoir pour écouter celui qui a besoin de se dire, de raconter son parcours, les drames de la route, ses peurs, ses objectifs ; être des oreilles toutes tournées vers une vie en souffrance qui se dépose en nous pour y trouver accueil, encouragement, conseil pour tenir et continuer. ‘Si nous n’écoutons pas, rien n’entrera dans notre esprit et notre cœur.’ ‘S’il vous plait, je vous demande d’écouter les pauvres, ceux qui souffrent. Regardez les dans les yeux et laissez-vous interroger à tout moment par leurs visages sillonnés de souffrance et par leurs mains suppliantes. En eux, on apprend d’authentiques leçons de vie, d’humanité, de dignité….’

Béthanie, lieu du relèvement global de la personne, où est pris en compte son développement intégral comme nous y invite François, chemin déjà ouvert par Vincent de Paul.

Béthanie, lieu de l’amitié qui est un des meilleurs dons que nous pouvons offrir aux autres. Non pas donner de son temps mais mener ensemble une vie fraternelle dont personne ne sort indemne. Robert Maloney souligne que ‘St Vincent nous appelle à traiter ceux que nous servons non pas comme des ‘pauvres’ mais comme des personnes. Il nous demande de les traiter non pas comme des clients mais comme des amis que nous aimons profondément.’

Si nous laissons l’Esprit saint nous conduire, nous nous ouvrirons à l’étranger et nous l’aimerons. Nous comprendrons qu’il n’y a pas de frontières infranchissables dans les relations qui construisent le Corps du Christ dans nos réalités d’aujourd’hui ; peut-être ‘expérimenterons-nous que le Christ peut nous humaniser l’un par l’autre et être témoin de l’Évangile’.

S’ouvrir, se réjouir, accompagner, être un instrument pour que l’autre trouve sa place au sein de la communauté et développe ses talents sur d’autres terres, car « tout immigré qui frappe à notre porte est une occasion de rencontre avec Jésus Christ qui s’identifie à l’étranger de toute époque accueilli ou rejeté… ».

Être présents dans nos lieux de vie pour répondre aux besoins urgents de toute personne qui est en itinérance, pour prendre le temps d’écouter, de se faire réservoir des souffrances humaines et qu’une source de vie nouvelle rafraichisse toute personne qui nous est étrangère.

Dans toutes ces dimensions, ces lieux, ces démarches, apprendre et vouloir travailler avec d’autres, collaborer avec ceux qui ont une formation appropriée au niveau psychologique, administratif, humain etc ; collaborer avec les provinces dont sont originaires les migrants, exilés, réfugiés ; il y a des ponts, des liens, un tissu humain à sauvegarder, à construire.

La Famille Vincentienne qui est présente sur de nombreux pays, peut favoriser ces liens, les consolider et permettre qu’à chaque étape que le migrant soit accueilli, reconnu et trouve les moyens de réaliser son avenir. Savoir proposer des lieux de prière, de ressourcement nécessaire comme Marie. La dimension religieuse et spirituelle est vitale pour chaque personne.

Oui, finalement pour nous comme pour tout chrétien, ‘il y a toujours, partout, des gens à aimer et toujours et partout, à témoigner d’un Dieu qui relève afin que des hommes et des femmes qui ont mille raisons de se sentir écrasés puissent doucement reprendre courage et espérance’. Tel est le défi que nous avons à relever aujourd’hui ! telle est notre foi et telle doit être notre expérience à l’exemple de St Vincent, et que notre « amour soit inventif jusqu’à l’infini… ! » qu’il en soit ainsi !…

Christian MAUVAIS, CM – Visiteur Province de France 🔸

Si nous laissons l’Esprit saint nous conduire, nous nous ouvrirons à l’étranger et nous l’aimerons. Nous comprendrons qu’il n’y a pas de frontières infranchissables dans les relations qui construisent le Corps du Christ dans nos réalités d’aujourd’hui…

Explications :

Homélie du 13 octobre 2017 à Rome- Symposium

Visages du Symposium 400 ans. Rome, 13-15 octobre 2017

Visages du Symposium 400 ans. Rome, 13-15 octobre 2017

Homélie en l’eucharistie de Clôture du Symposium, Basilique de St Paul Hors Les Murs

C’est avec une joie immense, bonheur et reconnaissance que nous sommes rassemblés aujourd’hui à cette Eucharistie de clôture du Symposium, célébrant le 400e anniversaire du Charisme Vincentien.

Nous membres de la Famille Vincentienne, sommes rassemblés de partout dans le monde, ceux qui appartiennent spécifiquement à la  Famille, aussi bien que ceux qui n’appartiennent pas à des branches spécifiques, inspirés par la vie de Saint Vincent de Paul. Nous suivons ses pas, cherchant à vivre son charisme et sa spiritualité. D’autres  présents en personnes ou nous joignant par la TV, la radio, l’internet, les médias sociaux, etc. voudraient connaître mieux connaître Vincent de Paul, nous pouvons proclamer aujourd’hui, « je n’aurais jamais imaginé que quelque chose comme cela pourrait être possible. »

La graine de moutarde plantée par la Providence, par Jésus dans le cœur de Saint Vincent de Paul en 1617, a grandi dans un arbre de deux millions et plus de membres dans 150 pays autour du monde. D’un point de vue humain, ceci n’aurait pas eu la chance d’arriver, mais cela est arrivé selon le plan de Dieu. Cela vient de Dieu, de Jésus travaillant en collaboration avec le peuple qui a entendu la voix de Jésus et l’a suivi, pour faire lever la graine de moutarde. Du point de vue de Jésus, rien n’est impossible, et aujourd’hui, nous sommes témoins de ce miracle.

Jésus a commencé à travailler son plan en invitant premièrement Vincent de Paul à changer sa propre vie, ses plans, ses ambitions personnelles, ses  idées et  ses ambitions. Vincent de Paul a commencé son processus de conversion quand il a découvert la pauvreté spirituelle et matérielle du peuple des campagnes, il y a  400 ans, en 1617. Avec le temps, il en est venu à réaliser que tous les efforts déployés ne pourraient pas porter de fruits à long terme, s’ils ne pouvaient pas s’identifier à Jésus, avec Ses idées, Ses sentiments, Sa mission, si Jésus n’était pas devenu le centre de sa vie.  « Bienheureux ceux qui se donnent à Dieu pour faire ce que Jésus a fait et de  pratiquer selon son exemple, les vertus qu’il a pratiquées : pauvreté, obéissance, humilité, patience, zèle et autres vertus! De cette manière ils sont vraiment de vrais disciples comme leur Maître. »

Jésus a mis les pauvres au centre de Sa mission de Son plan d’évangélisation, au centre du Royaume. Vincent a voulu suivre Jésus sur ce chemin. Le point tournant dans la vie Saint Vincent a été quand il a commencé à s’identifier avec le pauvre, il a réalisé sa propre pauvreté. Quand Vincent a découvert le pauvre en lui-même, quand il a été atteint au point de ne plus  dire « les pauvres » mais s’exclamait «  nous les pauvres »  c’est devenu un signe  clair qu’il a ouvertement reconnu sa propre pauvreté, ses propres faiblesses, son propre état de pécheur. C’est alors qu’il est allé à la  rencontre des autres.

De cette manière, l’autre personne- l’aspect spirituel, matériel, physique, le mentalement pauvre- est devenu une partie de lui-même, sa famille, il est devenu son frère, sa sœur. Vincent de Paul a découvert Jésus dans le pauvre et le Pauvre en Jésus. Comme il a dit à ses confrères, «  Comme c’est merveilleux de voir les pauvres si nous  les considérons en Dieu avec l’estime dans lequel Jésus Christ les chéri. » Vincent a vécu ce qu’il exprimait remarquablement : « Votre peine est ma peine. »

Il a découvert l’unité inviolable entre prière et service, sacrements et  service,  mystères de Foi et  service. L’incarnation, la Sainte Trinité, l’Eucharistie, et Marie, sont devenus les piliers de sa spiritualité. Les vertus de simplicité, d’humilité, de  douceur, donnant la priorité à Jésus et non aux personnes et aux choses, pour la mission, pour le salut de l’humanité étaient  les vertus que  Vincent avaient découvertes en Jésus lui-même. Elles sont devenues très fortes dans la structure spirituelle que Jésus a bâtie dans le cœur de Vincent.

La graine de moutarde est devenue un arbre très grand. Si nous restons simplement dans nos propres pensées du passé, nous réjouissant des accomplissements de la Famille Vncentienne depuis plus de 400 ans, et n’arrosons pas, n’émondons pas et ne fertilisons pas l’arbre, doucement il va commencer à mourir. Cependant en arrosant, émondant, et fertilisant l’arbre, qui est activement impliqué aujourd’hui comme membre de la Famille Vincentienne, cet arbre avec la grâce de Dieu peut croître encore en profondeur, hauteur, étendant ses branches aux villages, villes et pays où nous ne sommes pas encore présents. Si nous voulons suivre la mission de Jésus dans le Charisme et la spiritualité de St Vincent de Paul, nous devons le faire avec une claire vision du futur, une claire vision des signes de ce  temps dans  lequel nous vivons.

L’Esprit de Dieu, l’Esprit de Jésus, L’Esprit Saint, travaille, bouge, encourage, apporte le feu dans l’Église par ses les nombreux dons et ne cesse de nous étonner et surprendre, de nous amener au but de toute humanité : le Royaume, la vie éternelle, la vie en Jésus, avec Jésus dans le bonheur éternel. L’Esprit Saint donne vie aux différents charismes dans l’Église, différents chemins ayant le même but.

Un charisme particulier veut dire découvrir une teinte particulière au visage de Jésus en étant attiré, inspiré, appelé à suivre Jésus, en trouvant une place dans l’Église, une manière de servir, de vivre la foi, de participer au plan de salut de Jésus pour chaque  personne et toute l’humanité. Comme membres de la Famille Vincentienne,   nous réfléchissons sur le visage de  Jésus   que Vincent de Paul a découvert  et qui l’a inspiré. Nous voyons comment ce visage de Jésus  a changé sa vie, il a  trouvé le vrai sens de son existence et compris ce qu’il devait accomplir. Nous  ses disciples essayons de le vivre  ici et maintenant.

Vincent de Paul nous invite d’approfondir notre propre vie, et d’encourager les autres à découvrir et suivre «  le visage de Jésus » qu’il nous a laissé.

Le charisme Vincentien est une manière de vivre. Une manière de vivre à l’intérieur de l’Église, c’est un chemin de sainteté, de sanctification de notre propre vie et celle des autres. Nous pouvons appeler Famille Vincentienne un mouvement composé de personnes qui appartiennent à une branche spécifique aussi bien que ceux qui n’appartiennent pas à une branche spécifique, mais sont inspirés par la manière de vivre  de St Vincent de Paul et en vivent. C’est un mouvement inspiré par le « visage de Jésus » découvert et suivi par Saint Vincent de Paul.

Laisser l’Esprit de Jésus circuler librement, collaborer avec Lui, veut dire que nous devons nous permettre d’être surpris au point  de créer de nouvelles branches- ou que des groupes, des branches actuelles- puissent être fondées dans le futur dans les différentes parties du monde. Voir clairement  le « visage de Jésus » devant nos yeux, grandir dans la charité, d’être des disciples  convaincus du charisme Vincentien est d’une importance capitale pour nous.

  • Vivre une vie spirituelle profonde. L’Incarnation, la Sainte Trinité, l’Eucharistie, Marie, les vertus de simplicité, humilité, douceur, donnant la priorité à Jésus et non aux personnes et aux choses, pour la mission, pour le salut de l’humanité, doivent être les piliers de notre spiritualité.
  • Allier la prière et l’action dans tout ce que nous faisons, être des apôtres dans la prière et la contemplation en action. Vincent a appris que « même si nous ne disons pas un seul mot, si vous êtes unis à Dieu, vous toucherez les cœurs par votre seule présence »
  • Découvrir et voir Jésus dans le Pauvre et les Pauvres en Jésus. Saint Vincent de Paul avait une approche holistique aux personnes, réagissant à leurs besoins spécifiques : spirituels, matéiels, émotionnels, et physique mais dans un ordre logique. Cette approche, cette compréhension, cette découverte a fait de lui un « Mystique de la Charité » Nous comme membres de la Famille Vincentienne, sommes appelés à devenir des « Mystiques de la Charité ».
  • Renouveler, approfondir, raviver notre proximité aux Saints et bienheureux de la Famille Vincentienne en répandant une vénération, une confiance, et en intercédant par eux au niveau local, national, et international.
  • Baser notre aide par une solide formation dans tous les aspects : humains, spirituels et professionnels en relation au service spécifique dans lequel nous sommes impliqués.
  • Continuer de développer une collaboration avec toutes les branches et membres de la Famille Vincentienne, qu’ils appartiennent officiellement ou non à une branche spécifique au niveau local, national, international.
  • S’engager d’une manière décisive sur le chemin des « Changements Climatiques » dans des modèles qui libèrent les pauvres de leurs liens comme victimes à devenir plutôt partenaires égaux pour le bien de l’humanité.
  • Garder la collaboration avec les autres groupes, organisations et institutions hors de la Famille Vincentienne qui partagent les mêmes buts et visions au niveau local, national, international.

« La charité  de Jésus crucifié nous presse » et « l’amour est inventif à l’infini » Cherchons enemble, de nouvelles manières créatives de venir en aide aux Pauvres. Nos efforts, nos difficultés et nos rêves communs ne peuvent pas arrêter tant que la Charité ne sera pas globalisée. Notre souhait et rêve commun est que de plus en plus de personnes puissent joindre le chemin de la Globalisation de la Charité. Puisse de nombreuses personnes commencer à suivre le charisme Vincentien, joignant les différentes associations laïques  de la Famille, aussi bien que les différentes Congrégations de Vie Consacrée de femmes et d’hommes comme sœurs, frères, et prêtres.

Chers jeunes hommes et femmes du monde entier, si vous sentez dans votre cœur que Jésus vous appelle aujourd’hui, vous a appelé durant ces trois jours de Symposium, à joindre notre mission commune en devenant membre d’une association laïque ou à devenir un laïc missionnaire, une sœur, un frère, ou un prêtre, répondez positivement, avec une paix intérieure et conviction. Vous serez sur le droit chemin, celui qui vous conduira au plus haut point de la joie et donnera sens à votre vie.

Nous célébrons le 400e anniversaire du Charisme Vincentien, Ne voulant pas tomber dans l’ingratitude, le » crime des crimes » nous remercions la Providence, Jésus, qui a permis à la petite graine de moutarde de croître en un arbre énorme. Nous demandons pardon à Jésus et au peuple pour les nombreuses erreurs, fautes et péchés commis par ses membres. Nous demandons la grâce de demeurer profondément enracinés dans le Charisme. Nous demandons surtout la simplicité et l’humilité, l’engagement encore plus enflammé, l’engagement et la force dans la mission qui nous est confiée par Jésus, faisant plus évidente « le visage de Jésus » «  l’évangélisateur des Pauvres » dans le monde en arrosant, émondant, et fertilisant l’arbre de sorte que les branches puissantes  atteignent les coins les plus lointains de la terre.

Dimanche, le 15 Octobre 2017

Tomaz MAVRIC, CM – Supérieur Général 🔸

 

La graine de moutarde plantée par la Providence, par Jésus dans le cœur de Saint Vincent de Paul en 1617, a grandi dans un arbre de deux millions et plus de membres dans 150 pays autour du monde.

Explications :

Visitez le site de la Congrégation de la Mission : https://cmglobal.org/fr/

Pour les photos :

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La chanson officielle du Symposium. Sous Titres en Français

 

Ordination presbytérale de Patrick Rabarison CM. – Homélie de Monseigneur Olivier Leborgne, évêque d’Amiens – (photo-reportage)

C’est le jour de la fête du Saint Sacrement, cher Patrick, que tu es ordonné prêtre. L’eucharistie, source et sommet de la vie chrétienne, est au cœur de la vie sacerdotale. Elle est d’abord un service, un ministère, que le prêtre reçoit et rend à l’Église et au monde. Ne l’oublions jamais... !

Mgr Olivier Leborgne

Ordination presbytérale de Patrick Rabarison CM. – Homélie de Monseigneur Olivier Leborgne, évêque d’Amiens – (photo-reportage)

Homélie de Monseigneur Olivier Leborgne, évêque d’Amiens. 18 juin 2017 en la fête du Saint-Sacrement. Église Sainte-Anne d’Amiens

« J’aime mieux l’attitude des incrédules qui trouvent que le catholicisme est absurde que celle des catholiques qui trouvent qu’il est naturel. Je dirais même que l’attitude des incrédules est la seule qui soit dans l’esprit du catholicisme. » … « L’indifférence est la seule hérésie qui compte. » (Julien Green, Pamphlet contre les catholiques de France, 1928)

Comment ne pas entendre les propos que Julien Green écrit alors qu’il vient de se convertir au catholicisme, notamment à cause de l’eucharistie ? « Comment celui-là peut-il nous donner sa chair à manger ? » La question des auditeurs de Jésus retentit avec force. Cette question n’est jamais close. Nous pouvons passer de l’incrédulité à la confiance et à la louange, mais la question ne peut se résoudre sinon dans la miséricorde infinie de Dieu qui par nature excède l’intelligence que nous pouvons en avoir et l’expérience que nous pouvons en faire. « Amen, amen, je vous le dis : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n’aurez pas la vie en vous… en effet, ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson. » Vous aurez remarqué : d’une part il ne s’agit pas d’une vraie nourriture et boisson, mais de « la » vraie nourriture et de « la » vraie boisson – ici se joue donc quelque chose d’absolument unique pour la vie des hommes – et, d’ailleurs, il s’agit bien d’avoir la vie en nous, ou de ne pas l’avoir. Jésus est très clair de ce point de vue.

C’est le jour de la fête du Saint Sacrement, cher Patrick, que tu es ordonné prêtre. L’eucharistie, source et sommet de la vie chrétienne, est au cœur de la vie sacerdotale. Elle est d’abord un service, un ministère, que le prêtre reçoit et rend à l’Église et au monde. Ne l’oublions jamais, l’eucharistie qui fait l’Église est toujours pour le monde. Elle est aussi un appel pour celui qui en devient ministre : il ne peut offrir le sacrifice eucharistique sans s’offrir avec Celui qui s’offre. On le comprend ici : si l’eucharistie peut nourrir la piété personnelle – et c’est bien -, elle n’est jamais un acte de piété personnelle. Celui qui y participe, plus encore celui qui la préside au nom du Christ, ne peut que se laisser constituer avec ses frères et sœurs comme ce Corps du Christ livré au cœur du monde et livré pour le monde. L’authentique spiritualité eucharistique nous entrainant dans l’union au Christ nous livre avec lui pour le monde. Il me semble que la vie de Saint Vincent a été profondément eucharistique : il s’est laissé progressivement façonné par les mystères qu’il célébrait et il est ainsi devenu cet homme livré pour la mission et pour les pauvres, à la suite de son Seigneur et avec lui.

« De même que le Père, qui est vivant, m’a envoyé et que moi je vis par le Père, de même celui qui me mange, lui aussi vivra par moi » disait Jésus. Le chœur de la piété eucharistique se situe exactement ici : vivre par Jésus comme Jésus vit par le Père, et alors être livré avec Jésus au cœur du monde.

L’être sacerdotal est évidemment eucharistique. On comprend alors qu’il n’est pas d’abord ni même essentiellement cultuel ou rituel – même si prendre soin du culte tel que nous le confie L’Église est très important ! -, mais que cet être presbytéral est une aventure de configuration au Christ, miséricorde du Père, pour aider tous les baptisés à en vivre et à entrer dans le mouvement de cette offrande qui donne la vie. Le prêtre, en étant l’homme de l’eucharistie, est serviteur de la vie : « Celui qui mange de ce pain vivra éternellement. » Dans un monde tenté par le consumérisme et l’utilitarisme, ou la dignité de la personne humaine est si souvent bafouée, le prêtre, serviteur de la communauté et de sa communion, devient un signe prophétique de la vie possible pour tous, et pas seulement de la survie ou du divertissement dans lequel certains intérêts particuliers voudraient nous enfermer. Au cœur de la violence du monde, l’eucharistie ouvre un autre espace, un autre chemin : celui même du don de Dieu toujours actuel, celui du don par-delà nos violences et nos trahisons, celui de l’à-venir toujours rouvert dans l’engagement total du Fils pour la vie des hommes et donc de nos contemporains, celui de la dignité de tous, à commencer par les plus démunis.

Pour cela, avec Saint Vincent fondateur de la congrégation de la mission, et en écho à la première lecture, je demande pour toi, je demande pour tous les prêtres – à commencer par moi-même et ceux du diocèse d’Amiens – un vrai sens de la pauvreté. « Le Seigneur ton Dieu te l’a imposée [la longue marche que tu as faite pendant 40 ans dans le désert] pour te faire passer par la pauvreté » déclare Moïse dans ce passage du livre du Deutéronome que nous avons entendu en première lecture. Et il y insiste une deuxième fois : « Il t’a fait passer par la pauvreté, il t’a fait sentir la faim, et il t’a donné la manne… » Je te souhaite donc cette pauvreté qui souvent déstabilise et provoque à la confiance. Je te souhaite cette pauvreté qui creuse le désir. Je te souhaite cette pauvreté qui ouvre à la totalité du don de Dieu – nos prétendues richesses nous préoccupent tant qu’elles nous divertissent de l’infini du don que Dieu nous fait en Christ. Je te souhaite cette pauvreté qui rend solidaire des pauvres, les premiers destinataires de l’Évangile pour lesquels tout prêtre donne sa vie. Je te souhaite cette pauvreté qui interdit de se croire propriétaire de l’Évangile et de la mission, et qui pourtant presse de toujours les servir plus. Je la demande pour toi au Seigneur, et je te demande de la lui demander pour moi qui t’ordonne.

L’eucharistie est un mystère de pauvreté : Dieu se dépouille de lui-même et s’abandonne entre nos mains dans la banalité absolue de paroles apparemment trop humaines et d’un petit peu de pain sans levain et de vin. Et dans cette pauvreté, c’est la plus haute vie qui jaillit.  Cher Patrick, demande au Seigneur l’humilité profonde, mais ne sous-estime jamais le ministère qu’il te confie. Diminuer la grandeur du don de Dieu en raison de notre indignité ne ferait que léser les fidèles, à commencer par les plus pauvres.

« J’aime mieux l’attitude des incrédules qui trouvent que le catholicisme est absurde que celle des catholiques qui trouvent qu’il est naturel. Je dirais même que l’attitude des incrédules est la seule qui soit dans l’esprit du catholicisme. » … « L’indifférence est la seule hérésie qui compte. »

Dans l’émerveillement de ce à quoi Dieu nous appelle, dans la pauvreté de ce que nous pouvons en dire et de notre manière d’en vivre, nous ne pouvons pourtant que rendre grâce et jubiler. Dans quelques instants, Patrick, tu seras ordonné prêtre. Que le Seigneur soit béni !

Monseigneur Olivier Leborgne, évêque d’Amiens 🔸

L’eucharistie est un mystère de pauvreté : Dieu se dépouille de lui-même et s’abandonne entre nos mains dans la banalité absolue de paroles apparemment trop humaines et d’un petit peu de pain sans levain et de vin.

Photos prises par  François Dumont. Téléphone : 06 30 24 32  41

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