Rechercher le dialogue œcuménique. Une fidélité statutaire

Rechercher le dialogue œcuménique.

Une fidélité statutaire

En préparation du colloque des 200 ans de st Lazare, il m’est demandé d’évoquer le thème de l’œcuménisme et d’essayer de comprendre pourquoi il est préoccupation de la congrégation. Le paragraphe 4ème de nos nouveaux statuts[1] est formel et conserve le texte de 1984 : « Les Confrères rechercheront le dialogue œcuménique ; ils seront activement présents auprès des autres, chrétiens ou non-chrétiens, dans les domaines religieux, social et culturel[2] ». On peut de prime abord être étonné de cette écriture, alors que cela est requis de tout chrétien. A y bien réfléchir, le travail de Monsieur Vincent et des premiers confrères vont aussi dans ce sens et l’histoire rencontre l’actualité, voire notre pastorale et notre spiritualité. Etait-ce pour autant nécessaire de le formaliser ?

St Vincent au temps des missions

Saint Vincent, de par l’Histoire, se heurte  très tôt à la Réforme. Jeanne d’Albret, protestante convaincue meurt en 1572. Elle avait fait de Montgommery son lieutenant général, pour reconquérir ses États. En trois semaines, il avait repris le Béarn et Orthez en faisant exécuter systématiquement tous les prisonniers catholiques. Il ravagea Tarbes, prit Saint-Sever et Mont-de-Marsan et s’installa sur l’Adour. Durant la bataille de Jarnac, il tenta sans succès de battre Condé. Après la bataille de Moncontour, Montgommery rejoignit Coligny, et ils dirigèrent ensemble leurs forces sur Toulouse. La paix de Saint-Germain, en 1570, mit fin à cette campagne. Quand st Vincent naît, cet épisode avait laissé des traces jusqu’en Chalosse  et l’enfant entend parler des souvenirs encore à vif. Il comprend de visu, le grand désordre et le mal commis par la désunion. Baptisé au lendemain de sa naissance, grandissant dans une famille chrétienne, fortifié par le contact des Pères Cordeliers de Dax (alias franciscains)[3], lié à de grandes influences chrétiennes à l’Université, notamment par les familles qui lui confient leurs enfants à Buzet, renforcé par ses études toulousaines et son bref séjour espagnol, il aborde le sacerdoce comme résolument catholique. Ses séjours à Rome renforcent son enracinement. Peu à peu, il affermit son état de prêtre de Jésus-Christ. Quand il commence à s’investir dans l’aide aux paroisses, il se heurte aux problèmes interconfessionnels et il désire gagne les âmes à ce qu’il estime la vraie foi. L’Eglise comme le pouvoir royal ne peuvent supporter le schisme. Il faut convertir.  Au cours d’une mission donnée à Marchais, au début des missions sur les terres des Gondi, il a l’occasion de guider un protestant vers la foi catholique ; le chemin est pourtant laborieux, dure une année, choqué qu’est cet homme du mauvais témoignage des prêtres. St Vincent tourne cette médaille-là et lui fait rencontrer des prêtres sérieux, pieux. Lors d’une mission,  « il vit le soin qu’on prenait d’instruire ceux qui étaient dans l’ignorance es vérités nécessaires à leur salut, la charité à la faiblesse et lenteur d’esprit des plus grossiers, et les effets merveilleux que le zèle des missionnaires opérait dans le cœur des plus grands pêcheurs »[4]. Touché par cette application aux pauvres, il se fit catholique. La rencontre entre st Vincent et st François de Sales, confirme cette manière d’agir. Il est l’exemple parfait du convertisseur. Lors du procès de béatification de l’évêque, Monsieur Vincent dépose en ces termes : « Mgr de Sales a exposé sa vie à de nombreux périls pour la conversion des hérétiques qui pullulaient depuis soixante-dix ans environ dans le duché du Chablais, dans les bailliages de Ternier et de Gaillard, en Savoie, près de Genève, où la foi avait complètement disparu. Le fruit de son pieux labeur et de ses souffrances dans ces pays, fut le retour de plusieurs milliers d’hérétiques dans le giron de la Sainte Église ; ces choses sont vraies, publiques et notoires… Je sais, en outre, que la suavité de cette même foi, ce serviteur de Dieu avait le don habituel de la faire passer dans l’âme de ceux qui l’entendaient, soit dans les discussions, soit dans les confessions, à tel point qu’après avoir entendu ses explications claires et lucides des plus sublimes et des plus obscurs mystères, ses auditeurs se rangeaient facilement et avec suavité à son avis, d’où il advint qu’il excitait l’admiration même des hérétiques qui étaient d’abord les plus obstinés : et ceci encore est notoire et public. (XIII, 68) ».[5] Le fougueux, voire coléreux Monsieur Vincent plaidera pour la plus difficile des attitudes quand il dira à ses missionnaires sur la douceur dans les controverses : « Quand on dispute contre quelqu’un, la contestation dont l’on use en son endroit lui fait bien voir qu’on veut emporter le dessus ; c’est pourquoi il se prépare à la résistance plutôt qu’à la reconnaissance de la vérité ; de sorte que, par ce débat, au lieu de faire quelque ouverture à son esprit, on ferme ordinairement la porte de son cœur ; comme, au contraire, la douceur et l’affabilité la lui ouvrent. Nous avons sur cela un bel exemple en la personne du bienheureux François de Sales, lequel, quoiqu’il fût très savant dans les controverses, convertissait néanmoins les hérétiques plutôt par sa douceur que par sa doctrine. » (XI, 65-66). Notre saint a compris la force du témoignage et très explicitement, celui de la douceur. Il voit toutes les vertus qui en découlent : bonté, calme, patience, simplicité, humilité et pour tout dire charité.

 

Au temps de l’aumônerie des galères

Nommé le 8 février 1629, aumônier réal des Galères, Monsieur Vincent  est préoccupé par le sort des forçats dont beaucoup sont là, condamnés pour leur appartenance à la Religion. Convertis de force, il fallait les entretenir dans « la vraie foi ». Il fait tout sur Paris pour améliorer d’abord leur sort, aidé par la Compagnie du saint Sacrement. Il obtiendra du Roi l’utilisation du château de la Tournelle comme prison des forçats en instance de départ pour les mers. Des Filles de la Charité logent à proximité pour leur apporter de l’aide et le pot quand c’est possible.

Vincent va avoir une grande influence sur les élites sociales et culturelles, donnant naissance à de nouvelles sensibilités telles que le pardon et la réinsertion sociale durant le XVIIIème siècle. Aux victimes, il prêche l’espérance, rappelant aux forçats « que, tout criminels qu’ils étaient, Jésus-Christ les aimait encore ». Il fallait se soumettre au sort mais ne jamais oublier que le pouvoir temporel est éphémère face à celui de l’Eternel. Peu de prêtres et de confrères rejoignaient cette pensée car hélas, nous n’avons pas une histoire de rêves sur notre conduite d’aumôniers des galères à cause de notre sévérité morale et celle des autres aumôniers. Sous Louis XIV, le recrutement se fera surtout par les jésuites pour les aumôniers subalternes, le roi créant, et leur confiant, deux écoles appropriées à Brest et Toulon.

A Marseille, destination de la fameuse « chaîne » Vincent s’applique à une action sérieuse et efficace ; grâce à l’Evêque Jean-Baptiste Gault de l’Oratoire, il lance des missions aux galériens en 1643 et organise la grande fête de la Trinité et de six baptêmes qui eurent des effets ricochets sur quelques « hérétiques ». On voit ainsi privilégier une fois de plus le témoignage sur la force. Mais tous les aumôniers n’ont pas été des anges, note André Zysberg dans son étude « les galériens »[6]. Un seul ouvrage nous absous et nous trouve sympathiques, celui des « galériens du Roi » de Marc Vigié [7]. Je tiens l’appréciation de mon maître en histoire, Monsieur Chalumeau, cm. Toutefois, ce n’est pas de ce côté-là qu’il faut chercher, encore qu’il ait dû exister des confrères exemplaires de bonté et de compréhension comme aumôniers après st Vincent, et qui pourraient justifier notre engagement œcuménique.

 

Héritage et actualité

Les Constitutions très provisoires de 1954 ne citent pas l’œcuménisme parmi nos œuvres encore que le mot soit utilisé depuis le XVIIIème siècle dans le monde protestant par le pasteur Zinzendorf (1700-1760), créateur d’un œcuménisme intra protestant en fondant une communauté de frères séparés par diverses tendances protestantes. « Au XIXème siècle, on constate soit des débuts de rapprochements entre églises, portant sur certains aspects seulement de la vie ecclésiale, et restant discrets et prudents, soit l’échec, mais sans aucun doute porteur de fruit pour l’avenir, de tentatives plus entre anglican et catholique autour du cardinal Mercie, préparés de longue date par les activités de longue date par les activités de lord Halifax  et de l’abbé Portal  »[8]. Puis l’œcuménisme se fait organisation internationale avec le Conseil œcuménique des Eglises. La recherche d’unité apparaitra avec le mot. La semaine de prière de janvier donne naissance à un œcuménisme spirituel, dès 1933. L’Eglise catholique fait peu à peu son entrée dans la recherche. Le Concile Vatican II publie le décret « unitatis redintegratio » et les actions notables de Jean XXIII et Paul VI. Les développements deviennent alors spectaculaires. On sait bien que notre confrère Monsieur Fernand Portal, dit l’abbé Portal[9] inscrit sa marque dans l’Histoire générale de l’œcuménisme. A lui seul il mériterait la communication  que le colloque envisagé lui réserve ; nous nous réjouissons de son action et de sa place qui le fait présenter ainsi par le site l’Eglise de France : « à la fois fils spirituel de saint Vincent de Paul et pionnier de l’œcuménisme, ce prêtre lazariste a consacré sa vie à l’unité des chrétiens tout en ancrant ses convictions dans l’action sociale auprès des plus pauvres. » [10] Son action si grande soit elle, ne peut justifier à elle seule, l’écriture de l’article 4 des statuts de la Congrégation mais nous ne devons pas oublier le contexte conciliaire dans lequel il a été pensé et voulu et rejoindre nos provinces du Moyen Orient marqués par les relations inévitables inter-cultuelles. Le décret « Unitatis redintegratio » dit plus simplement, décret sur l’œcuménisme, date du 21 novembre 1964. Nous ne pouvions éviter au début des années 80 d’insister sur cet essor, au nom de l’héritage direct de st Vincent, de celui de Monsieur Portal et de nos différentes provinces directement confrontées au dialogue interconfessionnel, telles celles d’Afrique, d’Europe de l’Est et d’Orient et de l’Amérique. Ouverture, douceur, absence d’attaques dans la parole publique, pour dire encore charité restent nos caractéristiques de prédicateurs et de formateurs. [11] Entendons st Vincent nous exhorter par-delà les siècles, avec un langage inattendu :

« Calvin fit donc lui-même une méthode de prêcher : prendre le livre, comme fit Notre-Seigneur, lire, l’expliquer selon le sens littéral et le spirituel, et puis tirer des moralités. Voilà la méthode de Calvin, que les protestants gardent depuis dans leurs prêches ». (XI, 295) [12]

Jean-Pierre RENOUARD, CM 🔸

Peu à peu, il affermit son état de prêtre de Jésus-Christ. Quand il commence à s’investir dans l’aide aux paroisses, il se heurte aux problèmes interconfessionnels et il désire gagne les âmes à ce qu’il estime la vraie foi. L’Eglise comme le pouvoir royal ne peuvent supporter le schisme. Il faut convertir.

Notes :

[1] Statuts nouvelle version du 27 septembre 2011 – Voir Vincentiana N° 3 de septembre 2011

[2] Pour ce point voir la proposition du Père François Hiss cm sur ce même site qui ne manque pas d’allure !

[3] Vincent  n’étudie pas chez les Cordeliers mais y loge moyennant pension. C’est pour alléger la charge parentale qu’il sera pris par M. de Comet comme précepteur des enfants tout en continuant à étudier au collège de la ville qui distille un enseignement valable malgré une histoire chaotique. Telle est la vision du Père Koch dans une étude de la session européenne de l’été 1981. Mais je remarque néanmoins que nombreux sont les collèges tenus pas les Cordeliers.

[4] XI, 34 à 37 – sur la conversion d’un hérétique

[5] Déposition de saint Vincent de Paul au procès de béatification de saint François de Sales -17 avril 1628

[6] André ZYSBERG, les galériens, vies et destins de 60000 forçats sur les galères de France 1680-1748-Seul 1987.

[7] VIGIE, Marc.- Galériens du roi : 1661-1715.- Paris : Fayard, 1985

[8] Catholicisme  – Tome IX ème Œcuménisme. col 1506

[9] Fernand Portal cm 1855-1926

[10] http://eglise.catholique.fr/approfondir-sa-foi/temoigner/temoins/372454-p-fernand-portal-1855-1926/

[11] Il resterait à consulter dans les archives de la Curie généralice, « le verbale » (le compte-rendu quotidien) des jours qui ont vu traiter cette question de l’œcuménisme et leur introduction dans les statuts : origine de cette demande ? Argumentation ? Votation ? Le participant signataire avoue son oubli en la matière et lance un appel intéressé.

[12] Voir sur ce sujet « Cahiers vincentiens »  Fiche 84, l’unité des chrétiens.

L’événement. Clé de l’expérience spirituelle de saint Vincent de Paul. Récollection spirituelle. Province de France, Villepreux, 24 janvier 2018

L’événement. Clé de l’expérience spirituelle de saint Vincent de Paul.

Récollection spirituelle. Province de France, Villepreux, 24 janvier 2018

Il est devenu classique, dans la Famille vincentienne, d’expliquer l’itinéraire spirituel de Vincent de Paul par l’événement [1]. Il existe chez lui une régularité de lecture des “événements fondateurs” qui ont donné à sa vie et à son action une orientation décisive et définitive. [2]» C’est découvrir la volonté de Dieu dans “ce qui arrive” dans sa vie ou dans celle de la société. Chez Vincent cette relecture des événements devient une expérience spirituelle. A travers les “événements fondateurs” de sa vie, nous pouvons dégager des clés pour notre propre vie spirituelle d’aujourd’hui. St Vincent nous donne trois clés :

 

1. Attention à l’événement

Quand on étudie la vie de Mr Vincent, au point de vue spirituel, charitable ou apostolique, on peut chercher à discerner un courant ou au contraire à distinguer les étapes (un cap franchi…, un degré de plus dans la montée…). Suivant l’optique, la vie de Vincent pourra manifester une continuité parfaite, l’épanouissement successif de diverses virtualités, ou bien apparaître comme une suite de zigzags au gré des circonstances. Qu’en est-il en fait ?

La solution n’est pas de prendre l’une ou l’autre “clé” pour expliquer cette vie longue et complexe ; ce n’est pas davantage de chercher à concilier les deux optiques (continuité ou zigzags), c’est d’essayer de déterminer ce en quoi tel événement de sa vie à été en lien avec ce qui précède et devient une nouveauté pour la suite.

 

2. Une «spiritualité» ou une «expérience spirituelle» ?

S’agissant de Vincent de Paul, il convient d’expliquer le terme de “spiritualité”. Une spiritualité suppose analyse et synthèse d’une pensée, d’une doctrine… une organisation ou mieux une systématisation. D’ordinaire, ce travail est fait par l’intéressé lui-même dans ses écrits. Or, mise à part sa correspondance, circonstancielle par définition, Vincent n’a guère écrit … et surtout il n’a pas fait d’essai de synthèse de sa spiritualité – sauf pour les Règles communes et un peu pour les Conférences aux Sœurs revues par lui.

Dès lors, pour dégager les constantes de la spiritualité de saint Vincent, nous pouvons en tenir à ce qu’il a vécu, à son expérience spirituelle telle qu’il l’a décrite, telle quelle s’exprime dans ses conférences et sa correspondance et telle que nous la découvrons dans son action et les témoignages des premiers missionnaires. Suivre une expérience spirituelle, s’en inspirer et s’en nourrir, ce doit être la tâche des disciples de saint Vincent et leur grâce… sans pouvoir vraiment faire référence à une doctrine spirituelle.

Chez Vincent, il ne s’agit pas d’une doctrine spirituelle, mais d’une expérience spirituelle : ce qui suppose une toute autre approche. C’est ainsi, par exemple, que plus que d’étude de thèmes (la Foi, les vertus de Vincent, etc…), il s’agit d’attention et d’interprétation d’événements… plus que de doctrine élaborée, il s’agit de temps forts et de l’écho plus ou moins durable et profond de ces temps forts, dans son cheminement spirituel (par exemple, Gannes-Folleville, Châtillon, Villepreux, ou la rencontre de Marguerite Naseau, etc…)

Bref, plus que de synthèse claire, cohérente et organisée, il s’agit de cheminement dans la continuité et le progrès, mais aussi avec les tâtonnements sinon les ruptures propres à tout cheminement.

En matière de spiritualité, notre seule référence est la façon concrète dont Vincent a suivi Jésus-Christ… au jour le jour… au cœur de l’événement.

Expérience spirituelle donc et par définition insérée dans le temps. Dans cette recherche de son expérience spirituelle, il convient par conséquent d’accorder la plus grande attention à l’entourage, aux circonstances, aux contextes, aux dates, à l’âge. Il faudra donc – par exemple – éviter de privilégier tel ou tel aspect simplement parce que le hasard a voulu que nous possédions beaucoup de documents sur telle époque. C’est ainsi que nous sommes abondamment fournis en documents pour les dernières années de sa vie (1655-1660).

 

3. Dans l’événement, lire la volonté de Dieu

Le fait que Mr Vincent nous propose une expérience spirituelle et non une doctrine, nous amène donc à concevoir une nouvelle méthode. Et cette “nouvelle méthode”, saint Vincent semble bien nous la suggérer lui-même, dans sa façon de lire et d’interpréter les événements. Il suffit de se reporter aux textes où il évoque – par exemple – Folleville ou Châtillon ou encore l’histoire du vol, de la tentation contre la foi, les Enfants trouvés, l’histoire de la mission de Marchais, etc…

Dans tous ces cas et quantités d’autres, il s’agit d’événements dans lesquels saint Vincent vit, découvre et interprète pour lui et pour nous la volonté de Dieu et en fait la relecture. C’est alors surtout qu’il nous livre la clé de «son expérience spirituelle». Près de cinquante ans plus tard (9 juin 1656 – XI, 337), saint Vincent dégagera toute la valeur spirituelle de l’accusation de vol : “Dieu veut quelquefois éprouver des personnes et pour cela, il permet que semblables rencontres arrivent.” Dans tous ces cas, il fait lui-même en quelque sorte le travail que nous nous proposons de faire ; il nous livre lui-même la méthode pour aborder et analyser son expérience spirituelle et — bien sûr — pour aider à nous l’approprier.

C’est cette méthode – suggéré par saint Vincent lui-même – que nous allons essayer d’employer : Événement ; puis lecture de l’Événement.

Je passe sur les origines et les temps de recherches et d’épreuves, jusqu’en 1617.

 

 

A. Les événements. L’expérience spirituelle de Monsieur Vincent

I. Les Origines

Nous connaissons bien les origines de Monsieur Vincent, son enfance, ses formations, ses premières années de sacerdoce, dans l’incertitude et le tâtonnement. Entre 1605 et 1610, s’ouvre une période où il est bien difficile de suivre saint Vincent : captivité (?) et séjour à Rome (1605-1608) et à Paris (1608-1610).

Pour la période qui suit (1610-1633) je voudrais repasser avec vous les principaux événements qui vont marquer sa vie et en faire la « relecture spirituelle ».

II. Les temps d’épreuve et de recherche

1. Aumônier de la Reine Margot (1610) – Accusation de vol (vers 1609 ?). Saint Vincent a 29 ans

Arrivé à Paris, M. Vincent se retire rue de Seine. Il veut vivre ! Mais pour cela, il faut de l’argent. Il cherche alors un emploi fixe : un ami réussit à lui trouver une place parmi les Aumôniers de la Reine Marguerite de Valois : la Reine Margot. De ce poste d’observation, il apprend à connaître le Monde des Grands, celui des riches et du pouvoir.

Vouloir vivre à Paris, c’est se heurter d’abord au problème du logement. Heureusement, Vincent va loger chez un compatriote, juge de Sore (dans les Landes). Un jour, malade, il est cloué au lit. Le garçon de l’apothicaire vient le soigner et dérobe les écus de son compagnon. Vincent est accusé de vol… et expulsé.

Son cœur est blessé, meurtri. Il est assimilé à un voleur et ce publiquement : il même l’objet d’un monitoire qui selon la coutume devait être lu trois dimanches de suite au prône de la Messe dominicale. Autour de lui, plaintes et suspicions s’éternisent. La douloureuse et ténébreuse histoire dura au moins six mois [3]

Lecture de l’Événement :
  • L’imagerie populaire nous montre volontiers VINCENT dévot et déjà au sommet de la Sainteté. Les faits nous proposent une autre vision : celle d’un enfant modeste, d’un adolescent pieux et d’un jeune homme en quête de bénéfice et d’une “retirade honorable”. En 1610, saint Vincent n’est pas un saint.
  • Ses ambitions sont limitées, ses horizons étriqués. Il ne sait pas encore ce dont il est capable. Il a besoin d’ouvrir le livre de la vie et de tourner les pages de l’expérience.
  • C’est au moment où saint Vincent est surtout soucieux de multiplier les relations en vue d’une “honnête retirade” (I, 18) que cette accusation de vol le coupe des quelques relations péniblement nouées. N’oublions pas qu’il fut, probablement, l’objet d’un monitoire… [4]. Près de cinquante ans plus tard (9 juin 1656 – XI, 337), saint Vincent dégagera toute la valeur spirituelle de l’événement : “Dieu veut quelquefois éprouver des personnes et pour cela, il permet que semblables rencontres arrivent.” Il expérimente l’injustice dont les pauvres sont trop souvent les victimes sans défense.

 

2. La tentation contre la foi (1610)

Brochant sur le tout, c’est alors que Vincent connaît dans sa vie de foi un véritable drame. C’est la nuit intérieure et la ronde bourdonnante des doutes. Que se passe-t-il exactement ? Est-ce dépression ? Neurasthénie généralisée ? Toujours est-il que M. Vincent assiste impuissant au délabrement de son esprit et de son cœur durant sans doute 3 ou 4 ans. Mais il se sauve lui-même en se vouant, toute sa vie, au service des pauvres : «Il s’avisa un jour de prendre une résolution ferme et inviolable pour honorer davantage Jésus-Christ, et pour l’imiter plus parfaitement qu’il n’avait encore fait, qui fut de s’adonner toute sa vie pour son amour au service des pauvres.» (Abelly,  L. III, pp. 118-119)

Lecture des événements :
  • La foi de Vincent est donc marquée par cette crise aiguë dans sa vie d’homme. Ce sera trois ou quatre ans de désarroi et de ténèbres intérieures. La solution, il la trouve dans le service des pauvres, dans la mystique des pauvres. Vincent deviendra par la suite, un modèle de Foi. Celle-ci sera forgée au creuset de la souffrance. Au moment même où il connaîtra le doute et l’assaut de l’esprit du mal, il s’enrichit de convictions personnelles déterminantes :
  • La foi part toujours d’un double mouvement d’appauvrissement et d’enrichissement. “Il faut donc (à..) vous vider de vous-même pour vous revêtir de Jésus-Christ”, dira-t-il à Antoine Durand, (XI, 342-351). Il s’inspirera constamment de la doctrine paulinienne de la vie et de la mort du Christ. Il aura des textes scripturaires préférés : Galates III, 26-27 ; Romains VI, 3-4 ; Colossiens  I, 11-12. [5]
  • Il faut sortir de soi-même et se donner. “Toute notre tâche est dans l’action”. En 1653, il dira aux Filles de la Charité : “Il faut de l’amour affectif, passer à l’amour effectif qui est l’exercice des œuvres de la Charité, le service des pauvres, entrepris avec joie, constance et amour” (IX, 593).
  • Ces deux faits : acceptation d’être accusé de vol et tentation contre la foi, transforment profondément son être, son désir, sa vision des choses et des hommes. Désormais, non seulement il regardera les pauvres et les malheureux, mais il les
  • Il n’observera plus la misère comme un objet, une malfaçon des autres ; ce ne sera plus un spectateur indifférent mais un communiant qui s’identifie à la misère des autres par son être et le mouvement même de sa vie… [6]. Il aime le misérable mais combat la misère comme une plaie.
Vincent est-il un converti ?
  • Les opinions divergent. Ce qui est sûr, c’est qu’il n’y a pas eu un brusque retournement comme saint Paul. Il vaut mieux parler d’une évolution qui s’accélère de plus en plus et qui trouvera son sommet vers 1617. Les épreuves purifiantes, l’amènent à dire “oui” au Seigneur dans un don total et généreux. La grâce fait irruption en lui d’une façon décisive. Il est recréé intérieurement [7].
  • Les douze premières années du Sacerdoce de saint Vincent semblent se passer en marge de ce que l’on appellerait aujourd’hui la pastorale. Il s’adonne à des “ministères privés”. Or, saint Vincent semble en malaise (tentation contre la Foi ; ton désabusé de la lettre à sa mère, etc…) Cette première période d’expérience sacerdotale semble, pour lui, décevante.

 

3. Curé de Clichy * Précepteur chez les Gondy – (Vincent a 31 ans)

C’est alors que Bérulle lui propose à Mr Vincent la cure de Clichy, le 12 mai 1612 (Paroisse rurale de 600 habitants). Il se lance à fond dans cette nouvelle expérience : réparations de l’église, visites des gens, fondation d’une petite école cléricale, catéchismes, etc… Il retrouve une certaine euphorie.

“… J’ai été Curé des champs… Un jour, Mgr. le Cardinal de Retz me demandait : Eh bien, Monsieur, comment êtes-vous ? Je lui dis : Monseigneur, je suis si content que je ne le vous puis dire… Je pense en moi-même que ni le Saint-Père, ni vous, Monseigneur, n’êtes si heureux que moi…” (Il n’y a pas si longtemps Vincent aspirait plus à un évêché qu’à une petite paroisse de campagne…) – SV a 32 ans

Mais dès septembre 1613 (un an après son arrivée à Clichy), le jeune curé quitte sa paroisse. Instabilité ? Pression de Pierre de Bérulle ? Vincent se cherche toujours. Il devient précepteur des enfants de Philippe-Emmanuel de Gondi, général des Galères.

Lecture des événements :
  • Curé de Clichy, première étape de l’expérience pastorale de Vincent, il a pu mesurer les avantages d’une “pastorale directe” de curé par rapport aux ministères “privés” qui l’ont précédée (direction du pensionnat, aumônerie, préceptorat, etc…) Désormais, il se sait doué et heureux au milieu des pauvres gens.
  • L’exubérance de cette expérience tranche d’autant plus nettement qu’elle succède à une période de malaise. Saint Vincent semble mesurer là tous les avantages d’un engagement directe, “sur le terrain”, (III, 339 et IX, 646).
  • Mais voilà “l’honnête retirade”, il a franchi la porte des riches, une amorce pour un bénéfice. Apparemment, il a trahi son milieu d’origine et son engagement pour les pauvres. C’est à nouveau l’impasse, mais c’est là que l’événement l’attend.

III. 1617 : l’année de grâce

 

4. Gannes – Folleville : la mission (Saint Vincent a 36 ans)

Arrivé chez les Gondi, comme précepteur ; il s’occupe des domestiques et des paysans des terres de ses maîtres. Le voilà, pourrait-on dire, revenu aux “ministères privés”… Mais il a goûté à la Pastorale à Clichy ! Et c’est parmi les populations paysannes des Gondi qu’il fait sa deuxième expérience pastorale marquante, et celle-là décisive.

On connaît l’événement de Gannes-Folleville (XI, 2-4 ; 169-171 ; IX, 58-59 ; XII, 7-8, 82 ; Abelly t. I. p. 32-33). Un vieillard “qui passait pour homme de bien” confesse à Vincent “des péchés qu’il n’avait jamais osé déclarer en confession”. Une fois en paix, ce vieillard en parle à Madame de Gondi qui s’écrie : “Ah ! Monsieur, qu’est cela ? Qu’est-ce que nous venons d’entendre ? Il en est sans doute ainsi de la plupart de ces braves gens… Ah ! Monsieur Vincent, que d’âmes se perdent ! Quel remède à cela ?” Et elle demande à saint Vincent de prêcher le lendemain sur le sujet de la confession générale.

La suite de cette prédication semble avoir été tout autant l’événement qui a impressionné saint Vincent, plus que la confession de Gannes “… Toutes ces bonnes gens furent si touchées de Dieu qu’ils venaient tous pour faire leur confession générale. Je continuai de les instruire et de les disposer aux Sacrements, et commençait de les entendre. Mais la presse fut si grande que, ne pouvant plus y suffire, avec un autre prêtre qui m’aidait, Madame envoya prier les Révérends Pères Jésuites d’Amiens de venir au secours… Nous fûmes ensuite aux autres villages qui appartenaient à madame en ces quartiers-là et nous fîmes comme au premier. Il y eut grand concours et Dieu donna partout sa bénédiction. Et voilà le premier sermon de la Mission.”  (Abelly I, 32-33) – Vincent a trente-six ans.

Relecture de l’événement :

Sur cet événement, tel que saint Vincent l’a décrit, on peut faire la relecture suivante :

  • Un pas de plus est franchi… vers la Mission. Après avoir apprécié les avantages de la pastorale paroissiale directe (Clichy) par rapport aux ministères “privés” (aumôneries, préceptorat), Vincent mesure ici les avantages de l’intervention missionnaire par rapport à la pastorale sédentaire du curé. Pour le vieillard de Gannes, non seulement le curé n’a pas suffi, mais, bien malgré lui, il a été d’une certaine façon obstacle. Dans sa lettre à Urbain VIII, de juin 1628, Vincent précisera ce point : «…Les pauvres gens des champs… meurent souvent dans les péchés de leur jeunesse, pour avoir eu honte de les découvrir à des curés ou à des vicaires qui leur sont connus et familiers.» (I, 45) L’intervention missionnaire ne court pas ce risque et se présente donc comme un complément nécessaire et efficace de la pastorale sédentaire.
  • Cette expérience de l’Intervention missionnaire achemine très logiquement Vincent vers l’idée d’itinérance : “Nous fûmes ensuite aux autres villages qui appartenaient à madame en ces quartiers-là…” — Comme à Villepreux : faire une mission à Villepreux, et dans les lieux circonvoisins. »
  • Remarquons la grande importance accordée à la prédication et, bien sûr, à la confession générale. Le missionnaire est l’homme de la Parole ? Déjà nous retrouvons pratiquement le schéma de la mission : “les instruire, les disposer aux sacrements, les entendre en confession.”
  • Dès cette première intervention missionnaire, Vincent doit faire appel à d’autres (Jésuites). Déjà, il prend conscience du besoin d’être plusieurs pour faire face à cette pastorale…
  • Vincent n’est pas seul à relire l’événement. C’est Madame de Gondi qui a ici l’initiative. C’est elle qui est frappée par l’état moral du paysan de Gannes, c’est elle qui généralise aux autres ruraux, c’est elle qui demande la prédication à Folleville, c’est elle qui requiert les Jésuites.
  • Toute sa vie Vincent s’adjoindra des femmes, fera confiance à des femmes, pour le service des pauvres. Enlevez les femmes des activités caritatives de Vincent, il n’y a plus rien [8].
  • Dans ces événements Vincent fait plusieurs constat :
  • il constate une double ignorance :
    • celle des ruraux en général pour les vérités nécessaires au Salut, 
    • celle des Curés sur la théologie et les sacrements – vg. la formule de l’absolution ;
  • Bref, prenant conscience d’une situation collective et de besoins pressants, il agit ; c’est la mission, les missions. C’est en s’appuyant sur l’expérience Gannes-Folleville que s’organiseront, dans une ligne de continuité :
    • les Missions et les Prêtres de la Mission [9],
    • les Œuvres des Ordinands,
    • la triple réforme du clergé, des religieux, de l’Épiscopat.
    • l’appel à des femmes pour le service des pauvres.
  • Lui-même a toujours reconnu la mission de Folleville comme étant le “prototype” (le mot est de lui) de son œuvre d’évangélisation : “Et voilà le premier sermon de la Mission, et le succès que Dieu lui donna le jour de la conversion de saint Paul ; ce que Dieu ne fit pas sans dessein, en un tel jour.” (XI, 4)
  • Pour bien montrer aussi le caractère providentiel de l’origine de la Mission, il confiera plus tard à ses Missionnaires : “Hélas ! Messieurs et mes frères, jamais personne n’avait pensé à cela, l’on ne savait ce que c’était que les Missions, nous n’y pensions point et ne savions ce que c’était, et c’est en cela que l’on reconnaît que c’est une Œuvre de Dieu”. (XI, 169).
  • Concrètement, Vincent est parti d’un regard sur la vie, et non pas d’abord d’une théorie sur l’absence de foi des ruraux et de formation des prêtres. Il reconnaît lui-même que c’est l’amour des pauvres qui explique la tâche de la Compagnie de la Mission : “Allons donc, mes frères, et nous employons avec un nouvel amour à servir les pauvres, et même cherchons les plus pauvres et les plus abandonnés.” (XI, 393)
  • Quand M. Vincent a bien saisi l’événement, qu’il a compris sa coïncidence avec la volonté de Dieu, c’est alors qu’il passe à l’action. Pour lui, il faut savoir attendre, “ne pas enjamber sur la Providence” (I, 26-28 ; IV, 123) et puis, quand la volonté de Dieu est évidente, courir aux besoins du prochain “comme on court au feu”. (XI, 31) C’est ce qui s’est passé à Villepreux ; Vincent rentre à Paris fin décembre 1617 et, le 23 février 1618, il commence la mission à Villepreux.
5. Châtillon et la Confrérie (août-décembre 1617)

Expérience marquante que celle de Gannes-Folleville ! Expérience de la misère spirituelle de ruraux. D’où le désir de saint Vincent de Paul de quitter sa charge de précepteur pour retrouver en permanence les pauvres gens des champs qui meurent de faim et se damnent. Une occasion se présente : Châtillon-les-Dombes. Mr Vincent s’y enfuit plus qu’il y part ! C’est mystérieux. (Vincent a 36 ans).

On le retrouve alors aussi actif et exubérant qu’à Clichy.

Saint Vincent n’est guère resté que cinq mois à Châtillon, mais quel travail accompli en si peu de temps. C’est l’histoire de la fondation de la première Charité.

À Gannes-Folleville, on l’a vu, c’est l’évangélisation et la confession générale qui urgent. Dans la Bresse, c’est le secours matériel et sanitaire qui sera découvert comme urgence et qui réclamera une réaction concrète et immédiate.

“Comme je m’habillais pour dire la Sainte Messe, on me vint dire qu’en une maison écartée des autres, à un quart de lieue de là, tout le monde était malade, sans qu’il restât une seule personne pour assister les autres…” (IX, 243-244)

Relecture de l’événement :

À Châtillon, un pas de plus est franchi par Mr Vincent. Il faut savoir faire face immédiatement aux urgences et pourvoir à des secours matériels organisés. Pour ce faire, les laïcs — en particulier les femmes — se sont révélées efficaces et généreuses.

Sur l’ensemble de ce texte, utilisons cinq clés de lecture :

  1. une situation d’urgence se présente : “Comme je m’habillais pour dire la Sainte Messe, on me vint dire qu’en une maison écartée des autres, à un quart de lieue de là, tout le monde était malade, sans qu’il restât une seule personne pour assister les autres…”
  2. l’action de Vincent est immédiate : à la messe, l’après-midi, le lendemain, une ébauche de règlement, en 24 heures la Confrérie est bouclée.
  3. la réaction de Vincent est affective : “Cela me toucha sensiblement le cœur. Je ne manquai pas de les recommander au Prône avec affection, et Dieu, touchant le cœur de ceux qui m’écoutaient, fit qu’ils se trouvèrent tous émus de compassion pour ces pauvres affligés…” (Abelly I, 45-46)
  4. Comme à Folleville, c’est donc, une fois encore, une Prédication qui déclenche une “ruée” non pas vers le confessionnal, cette fois, mais vers “les Maladières”, la maison de ces pauvres malades. (On peut ici évoquer l’éloquence efficace et provocante de saint Vincent ; de sa façon de partir du concret tout spontanément. Comme à Folleville, il sait parler aux pauvres gens et les toucher ; il se souviendra de ces expériences pastorales quand il élaborera sa “petite méthode” de prédication… !) La ruée des secours est généreuse et générale mais inorganisée : « Voilà, dit-il, une grande charité qu’ils exercent, mais elle n’est pas bien réglée ; ces pauvres malades auront trop de provisions tout à la fois, dont une partie sera gâtée et perdue, et puis après ils retomberont en leur première nécessité. etc » (Abelly, I, 45).
  1. Il faut donc organiser et rassembler : “… Il fut question de voir comme on pourrait secourir leur nécessité. Je proposai à toutes ces bonnes personnes que la charité avait animées à se transporter là, de se cotiser, chacune une journée, pour faire le pot, non seulement pour ceux-là, mais pour ceux qui viendraient après…” Un Règlement est rédigé et soumis à l’Archevêque de Lyon. Et saint Vincent termine son récit à peu près dans les mêmes termes que celui de Folleville : “Et c’est le premier lieu où la Charité a été établie.” (Abelly, I, 45-46) « Ce fut donc cette confrérie de la Charité à laquelle Monsieur Vincent donna commencement à Châtillon, qui a été la première et comme la mère qui en a fait naître un très grand nombre d’autres, que lui et les siens ont depuis établies en France, en Italie, en Lorraine, en Savoie et ailleurs.» (Abelly, ibd)
  • La misère corporelle et spirituelle des ruraux. Vincent va accueillir l’événement jusqu’à l’engagement immédiat. Là, c‘est lui qui prend l’initiative et mobilise les laïcs. Il est mobilisé par deux convictions :
    • Une première conviction l’anime désormais : “nul ne peut se désintéresser de la misère.” Le vrai pécheur serait celui qui ne percevrait pas la misère. Nous sommes tous solidaires du pauvre.
    • Une deuxième conviction l’anime d’autre part : l’âme ne peut être séparée du corps ; il faut soigner celui-ci pour atteindre celle-là. C’est le “corporellement et le spirituellement” qu’il répétera à satiété aux Filles de la Charité.
  • Tout doit être entrepris ensemble, à plusieurs; là encore il mobilise des groupes de femmes. L’organisation découle de son désir d’efficacité, c’est l’action. Toute sa vie, le réalisme de sa charité lui inspirera de rassembler les générosités éparses, pour les coordonner, les inviter à des actions concertées, parfois pharaoniques (secours aux Provinces dévastées) à la réalisation de projets méthodiquement étudiés et ajustés tant aux besoins qu’aux ressources, ceux-là étant sans limites et celles-là limitées.
  • Enfin comment ne pas souligner une note dominante chez saint Vincent : le Cœur. Il n’étudie pas des dossiers, des rapports, il voit les pauvres. Il ébranle les volontés. Trois cents ans plus tard, La Mère Guillemin fera écho à ce comportement vincentien : “Nous avons à humaniser la technique et à en faire le véhicule de la tendresse du Christ [10].”
6. Villepreux, l’emboîtement

Très vite, après ces deux expériences de 1617, année charnière, M. Vincent a fait le lien entre la Mission et la Charité : entre l’importance de l’une et la nécessité de l’autre. Dès qu’il revient à Paris en décembre 1617, il abandonne le préceptorat. Son idée fondamentale est désormais de prêcher des missions, d’évangéliser les pauvres de la campagne, et d’établir, lors de chaque mission, une Confrérie de Charité, comme à Châtillon.

En février 1618, donc deux mois après son retour, en plein hiver, Vincent organise une mission à Villepreux, terre d’Emmanuel de Gondi.

L’événement de Villepreux nous est transmis pour l’essentiel par Collet : «Dès le commencement de l’année suivante, il prit des arrangements pour faire une mission à Villepreux, et dans les lieux circonvoisins. Cette fonction que des ecclésiastiques, qui sont souvent bien minces en tout sens, regardent comme au-dessous d’eux, ne rebuta pas des personnes du premier mérite, et qui occupaient des places distinguées. M. Cocqueret, Docteur de la maison de Navarre, Messieurs Berger et Gontière, Conseillers-Clercs au Parlement de Paris, et plusieurs autres vertueux prêtres, se joignirent à Vincent, et entreprirent avec lui cette bonne œuvre. On ne se borna pas aux secours spirituels, on tâcha de remédier aux nécessités temporelles ; et pour les prévenir, autant qu’il était possible, le saint établit à Villepreux la Confrérie de la Charité, sous l’autorité de M. le Cardinal de Rets évêque de Paris, qui en avait approuvé les Règlements.» (Collet I, 87)

À compter de 1618, après Villepreux, nous avons toute une liste de villages et de villes – les premiers étant terres des Gondi – Joigny, Montmirail, Paillart, Sérivillers, etc…  puis Mâcon où Vincent fait la mission “évangélisation-charité”. Toutes confréries que, quelques années plus tard, Louise de Marillac ira visiter, encourager, contrôler…

 

Relecture de l’événement :  clés de lecture
  • À Villepreux, le 23 février 1618, Vincent propose son schéma basé pour lui sur le binôme désormais constitutif de son action, «mission & charité». (Renouard) «Villepreux est la première synthèse de l’œuvre missionnaire de St Vincent. Villepreux est la mise en place d’une évangélisation originale, l’Évangile vécu avec et par le service. À Villepreux, mission et charité-service s’emboitent l’une dans l’autre. La mission de Villepreux est le lieu-théologique du charisme selon St Vincent, évangéliser en servant et servir en évangélisant». [11].
  • Mais il ne sait pas quel doit être son lieu d’action préféré ; il est très significatif qu’il travaille sept années après Villepreux dans la même ligne. Sept ans de missions (1618-1625) avant la fondation de la Congrégation. Missions dans les villages des terres des Gondi, prêchées aux pauvres gens des champs, missions toujours clôturées par la création de la Confrérie de la Charité. «Les formes se modernisent et s’adaptent — pendant sept ans — mais le fond reste le même : tenir Mission et Charité indissolublement unis. Voilà un possible chemin et un lieu symbole porteur, celui de l’unification de la vocation de la Famille vincentienne». (Renouard Ibd)
  • Les suites de Gannes – Châtillon – Villpreux : L’action en équipe itinérante : la fondation de la CM ; Acte association des missionnaires «ensemblement, ie en communauté» ; ce ne sont pas seulement des mots.
  • Les besoins de tous ces pauvres l’interrogent. Que faire pour multiplier les missions, sinon se faire aider ? Que faire ; sinon fédérer des volontaires et fonder sa propre institution ? Alors se pointe l’idée de la Congrégation. Les Gondi y pensent aussi et lui, de son côté entre en retraite pour discerner la volonté de Dieu : «…Me trouvant, au commencement du dessein de la Mission, dans cette continuelle occupation d’esprit, et que cela me fit défier que la chose vînt de la nature ou de l’esprit malin, et que je fis une retraite exprès à Soissons, afin qu’il plût à Dieu de m’ôter de l’esprit le plaisir et l’empressement que j’avais à cette affaire, et qu’il plut à Dieu m’exaucer…» (II, 246-247).
  • Enfin et toujours depuis le “Ah, Monsieur, que d’âmes se perdent ? de Mme de Gondi à Gannes, les laïcs sont appelés à entrer dans l’évangélisation et le service, en équipe organisée, à Villepreux, c’est la deuxième la Confrèrie.

 

 

IV. La Congrégation de la Mission 

7.  La fondation (SV a 44 ans)

Les Jésuites, les Oratoriens ayant refusé de s’engager pour des missions dans les terres des Gondi, ceux-ci décident de faire quelque chose par eux-mêmes. Dès lors, les affaires se précipitent et, le 17 Avril 1625, est signé avec les Gondi le contrat de Fondation de la Mission (XIII, 197-202).

Remarquons simplement dans ce contrat :

  • L’affirmation fondamentale : “le pauvre peuple de la campagne… seul demeure abandonné”;
  • la définition de la Mission pour Vincent : “s’appliquer entièrement et purement au Salut du pauvre peuple, allant de village en village (intervention, itinérance) aux dépens de leur bourse commune, prêcher, instruire, exhorter et catéchiser ces pauvres gens et les porter à faire tous une bonne confession générale de toute leur vie passée, sans en prendre aucune rétribution en quelque sorte ou manière que ce soit…”(XIII, 197-202).

Le 23 juin 1625, deux mois après, Madame de Gondi meurt. Elle laisse une somme importante à saint Vincent. M. de Gondi rendra à saint Vincent sa liberté. Ce dernier quitte donc la famille et s’installe au Collège des Bons-Enfants, en octobre 1625. Antoine Portail vint l’y rejoindre. La Mission avait acquis son indépendance.

Un an après, cette expérience de communauté Apostolique se révèle assez riche et concluante pour être codifiée dans un premier acte : l’acte d’Association des missionnaires, le 4 septembre 1626.

Cet acte est signé par M. Vincent (45 ans), M. Portail, diocèse d’Arles (36 ans), M. François Ducoudray, Amiens (40 ans) et M. Jean de la Salle, Amiens (28 ans). Les quatre signataires s’engagent à “Ensemblement vivre en manière de Congrégation, Compagnie ou Confrérie et s’employer au Salut du pauvre peuple des champs.”

Lecture de l’Événement :
  • Cette période 1626-1628 semble donc bien marquée par l’expérience d’une Communauté apostolique stabilisée. Trois, puis cinq prêtres s’associent pour prêcher la Mission et vivre ensemblement, sous la direction de saint Vincent. Un laïc est entré dans la Communauté comme Frère, Jean Jourdain. Tous résident dans une maison de la Communauté, les Bons-Enfants.
  • Le travail missionnaire est ainsi mieux assuré et c’est manifestement ce qui, d’abord, importe à saint Vincent, mieux assuré parce qu’on le fait ensemblement et à temps plein (entièrement et purement).

 

 

B. Les lignes de force : L’expérience spirituelle de Monsieur Vincent

 

Au terme de ce survol et de cette relecture des événements majeurs de la vie de saint Vincent de Paul, il est possible de dégager certaines constantes et certaines orientations qui peuvent caractériser ce que nous appelons aujourd’hui « la spiritualité Vincentienne » que nous nous sommes engagés à vivre.

 

I. L’Événement, lieu théologique [12] de révélation et d’action 

  1. Pour saint Vincent, l’événement est signe de Dieu, et il devient signe privilégié et particulièrement clair et impératif quand cet événement concerne directement les pauvres. C’est là, semble-t-il, l’écho de 1617 qui marquera profondément jusqu’à sa mort le comportement spirituel de notre fondateur. On sait qu’avant 1617, dans le désarroi, celui-ci a beaucoup cherché et beaucoup douté. Il a interrogé et suivi Bérulle, il a tâté de différents ministères, etc…

Or, ce sont deux rencontres avec des pauvres (Gannes et “les Maladières”) qui rétablissent véritablement sa relation à Dieu et redonnent un sens à sa vie. Dès lors, l’attention spirituelle de saint Vincent sera toujours et d’abord attirée et alertée par les événements, particulièrement par ceux qui concernent les pauvres. C’est à ce niveau que se situe désormais “le lieu théologique” vincentien, les temps vincentiens de “manifestations” (théophanies) ou comme le dit Vincent, “c’est là que se vérifie la conduite du Saint-Esprit”. (XI, 37)

  1. Par et dans l’événement, celui qui concerne les pauvres, Dieu rencontre donc régulièrement Vincent et lui révèle sa volonté. Ce type de relation est merveilleusement adapté à son tempérament actif. Car la volonté de Dieu se manifeste ainsi, de quelque façon, sur le terrain même où elle doit être exécutée. D’où, cette extraordinaire continuité qui est typiquement vincentienne : continuité entre l’état du paysan de Gannes et la prédication de Folleville, ou entre la découverte de cette famille malade à Châtillon et l’institution de la première Confrérie. Révélation de Dieu et actions qui s’en suivent, semblent vraiment tissées du même fil.
  2. Cette continuité, ou cet extraordinaire “raccourci” entre révélation de Dieu et engagement concret, entre Foi et Action, explique sans doute le délicieux embarras de saint Vincent lorsqu’il parle des origines de ses fondations. Avec le recul, Révélation et Action lui paraissent tellement proches et intriquées, que les acteurs se confondent et qu’il est pratiquement incapable de situer le moment de son intervention personnelle. Il y a là beaucoup plus que de l’humilité.
  3. On retrouve l’écho de cette continuité dans le raisonnement de saint Vincent pour dépasser l’apparente incompatibilité entre les devoirs de religion (culte, prières, exercices, etc…) et les exigences du service des pauvres. Saint Vincent est tellement convaincu de la présence de Dieu dans les pauvres, qu’il ne ressent même plus la solution de continuité (rupture) entre une oraison, l’Eucharistie et le Service des pauvres.

Le “quitter Dieu pour Dieu” est peut-être l’expression la plus riche et la plus fidèle de ce qu’on appelle l’expérience spirituelle ou même la spiritualité de saint Vincent. C’est en effet celle qui révèle le mieux l’actualisation de sa Foi et la continuité entre Foi et service, Foi et action-charité.

  1. Saint Vincent est tellement habitué à cette continuité, à ce raccourci entre manifestation de Dieu dans l’événement, donc dans les pauvres, et l’engagement, l’action, le service, qu’il en vient à montrer une méfiance instinctive pour les détours les plus nobles entre Foi et Action. Il se méfie un peu d’un Dieu qui ne se révélerait que dans “de doux entretiens ou des pratiques intérieures très bonnes et très désirables” mais néanmoins très suspectes (XI, 40-41). Comme il se méfie beaucoup d’une réponse qui s’exprimerait hors de l’action et en resterait à l’amour affectif.

II. Le nouveau monde “spirituel” de saint Vincent

On a vu combien profondément et définitivement les événements de 1617 ont marqué Vincent de Paul. Le lieu privilégié de rencontre avec Dieu et le moment phare de clarté dans sa vie, c’est l’événement qui le met en contact avec les pauvres. Certes, sa Foi se nourrit de la “doctrine chrétienne commune” et il sait parler de Dieu, de Jésus-Christ, de l’Église, des sacrements, des vertus et de la sainteté comme tous les maîtres spirituels du temps. Mais, après 1617, il semble bien vivre comme en un nouveau monde spirituel où les rapports avec Dieu, le Christ, l’Église, les relations, sont d’un nouveau type (conçus et vécus pour l’évangélisation et pour les pauvres).  Quatre points :

  1. C’est ainsi, par exemple, que son “discours sur Dieu” (comme l’on dirait aujourd’hui), sa façon d’en parler devient très dynamique et actualisante. Ses trois approches préférées sont : la Providence, la Présence de Dieu, et surtout, la Volonté de Dieu… Trois thèmes, trois approches qui lui permettent d’aborder un Dieu impliqué dans l’histoire des hommes et qui pour Vincent intervient constamment dans les événements, comme à Folleville et à Châtillon, synthétisé à Villepreux.

Et encore préfère-t-il dans les trois “la volonté de Dieu”, parce qu’il s’agit là de l’approche la mieux incarnée dans l’aujourd’hui et la plus provocante pour l’action :“la pratique de la présence de Dieu est fort bonne, mais je trouve que se mettre dans la pratique de faire la volonté de Dieu en toutes ses actions l’est encore plus, car celle-ci embrasse l’autre.” (XI, 319)

  1. On retrouve dans sa relation à Jésus-Christ la même approche sélective. Jésus-Christ, c’est Dieu incarné dans l’histoire des hommes, éminemment concerné, impliqué et actif dans cette histoire. Jésus-Christ, c’est le Missionnaire du Père. C’est en tant que Missionnaire type qu’il rencontre le Père et l’évoque. Et dans cette Mission de Jésus-Christ, Vincent fait encore un choix d’autant plus dynamisant et actualisant qu’il est plus précis : Jésus-Christ est le Missionnaire des pauvres, l’Envoyé aux pauvres : “Et si l’on demande à Notre-Seigneur. “Qu’êtes-vous venu faire en terre : “Assister les pauvres” – Autre chose ? “Assister les pauvres.” (XI, 108).

Cela semble simpliste à force d’être simplifié et concentré, mais c’est tout simplement l’Évangile interprété et reçu par l’homme de 1617. C’est l’évangile de Luc IV, 18, revécu à Gannes puis à Marchais (XI, 34-37). Cette sorte d’éclectisme (choix) dans la lecture de l’Évangile et la contemplation de Jésus-Christ est certainement ce qu’on pourrait appeler des lignes de force dans l’expérience spirituelle de saint Vincent, comme la valeur théophanique de l’événement.

Cette relation sélective et précise à Jésus-Christ se retrouve à la fois dans le goût de Vincent pour les “maximes évangéliques” qui sont comme les consignes de Jésus-Christ Missionnaire pour les missionnaires d’aujourd’hui ; voyez l’article N° 1 des chapitres des Règles communes, toujours puisé dans l’Évangile. Cette relation à Jésus-Christ se retrouve aussi dans l’imitation de Jésus-Christ selon saint Vincent, qui n’est pas n’importe quelle imitation, mais une imitation quasi fonctionnelle de Jésus-Christ envoyé évangéliser les pauvres.

  1. Même façon d’aborder le Mystère de l’Église. Certes, saint Vincent en connaît la théologie, mais là encore, il semble la voir avec des yeux “accommodés” en 1617. Il retient de préférence toutes les images qui suggèrent le travail d’évangélisation : la vigne, la moisson, le champ, les ouvriers.
  2. Cette manière typiquement vincentienne d’approcher Dieu, Jésus-Christ et l’Église, dans le sillage de l’expérience de 1617, a évidemment une logique et des conséquences sur la façon dont saint Vincent présente et décrit la sainteté et le comportement de ceux et celles qui veulent suivre le Christ.

Il s’agira d’abord de former, d’accommoder notre regard à l’expérience de 1617, et ensuite de retrouver ce nouveau type de relation à Dieu, à Jésus-Christ et à l’Église par rapport aux pauvres. On sait que saint Vincent a cru pouvoir synthétiser ce comportement vincentien dans deux attitudes spirituelles typiques : la simplicité et l’humilité.

 

III. Le comportement spécifique de Vincent

Vincent de Paul, après 1617, voit d’abord en Jésus-Christ, l’Envoyé du Père, le Missionnaire envoyé aux pauvres (Isaïe, 61, 1 ; Luc, IV, 18). Désormais son projet et celui qu’il nous donne est de suivre et prolonger cette Mission du Christ. Tout naturellement, ce sont les attitudes et vertus “missionnaires” du Christ qu’il souligne et qu’il propose à ses disciples, en particulier la simplicité, l’humilité.

Toujours dans le sillage de 1617, Vincent voit en Jésus-Christ, le Serviteur des pauvres. Le visage de Jésus-Christ est superposé à celui du pauvre ; c’est le Christ que l’on sert dans le pauvre : “Ce que vous faites à ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous le faites !” (Mat. 25,40). Mais pour servir concrètement le pauvre et y reconnaître le Christ, il faut un comportement simple et humble.

Ces vertus, saint Vincent les présente, bien sûr, comme les présentaient tous les spirituels de son temps, mais ce qu’il y a de caractéristique dans sa présentation, c’est en quelque sorte l’insistance sur le côté fonctionnel (ce qu’il appelle souvent “l’utilité”). Ces deux vertus, contemplées en Jésus-Christ, sont surtout des moyens pour une meilleure évangélisation et une meilleure approche des pauvres, ce sont des vertus “professionnelles”.

Retenons les deux vertus originales dans l’expérience spirituelle de saint Vincent, la simplicité et l’humilité — la charité n’est pas spécifique, c’est une vertu théologale donnée à tout baptisé. Simplicité et humilité sont l’une des composantes du comportement spirituel vincentien.

Saint Vincent donne cette définition de la simplicité :

“Or, mes frères, s’il y a personnes au monde qui doivent avoir cette vertu, ce sont les Missionnaires, car toute notre vie s’emploie à exercer des actes de charité, ou à l’égard de Dieu ou du prochain. Et pour l’un et pour l’autre, il faut aller simplement…” (XII, 302)

“Quand on prend la simplicité pour une vertu particulière et proprement dite, elle comprend non seulement la pureté (d’intention) et la vérité, mais encore une propriété qu’elle a d’éloigner de nos paroles et actions toute tromperie, ruse et duplicité.” (XII, 172)

 “[L’humilité] Voilà la seconde maxime absolument nécessaire aux missionnaires ; car dites-moi comment un orgueilleux pourra-t-il s’accommoder avec la pauvreté ? Notre fin, c’est le pauvre peuple, gens grossiers ; or si nous ne nous ajustons à eux, nous ne leur profiterons aucunement (XII, 305).

Saint Vincent saisit le sens profond de cette vertu nécessaire à celui qui se consacre au service des pauvres et il en met en valeur les deux termes : l’évangélisateur, le Christ et l’évangélisé, le pauvre.

Vincent de Paul

  • a su être particulièrement attentif aux événements multiples de sa vie.
  • il a su les lire comme des signes de Dieu, signes de sa volonté, signes privilégiés surtout lorsqu’ils concernent les pauvres.

 

Suivons-le dans cette démarche de réalisme et d’expérience spirituelle…

Claude LAUTISSIER, CM 🔸

Le fait que M Vincent nous propose une expérience spirituelle et non une doctrine, nous amène donc à concevoir une nouvelle méthode. Et cette “nouvelle méthode”, saint Vincent semble bien nous la suggérer lui-même, dans sa façon de lire et d’interpréter les événements.

NOTES :

 

[1] Événement et institution : ces mots évoquent la conjonction entre les références à ce qui est transcendant(l’événement, l’intervention de Dieu dans l’histoire) et ce qui est immanent, homogène à la société humaine (“ce qui arrive” et l’institution, les institutions).

[2] J-P. Renouard, “Fiches vincentiennes” N° 50, (spécial), p. 170.

[3] A. DODIN in Mission et Charité n° 29/30 “Saint Vincent de Paul, mystique de l’action religieuse” p. 33,

[4] cf. Mission et Charité – N°29-30, p. 33

[5] Galates : (III, 26-27) 26 Car tous, vous êtes, par la foi, fils de Dieu, en Jésus Christ. 27 Oui, vous tous qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu Christ.

Romains : (VI, 3-4 ) 3 Ou bien ignorez-vous que nous tous, baptisés en Jésus Christ, c’est en sa mort que nous avons été baptisés ? 4 Par le baptême, en sa mort, nous avons donc été ensevelis avec lui, afin que, comme Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, nous menions nous aussi une vie nouvelle.

Colossiens (I, 11-12) : 11 vous serez fortifiés à tous égards par la vigueur de sa gloire et ainsi amenés à une persévérance et une patience à toute épreuve.

Avec joie, 12 rendez grâce au Père qui vous a rendu capables d’avoir part à l’héritage des saints dans la lumière.

[6] A. DODIN in Mission et Charité – n° 4 p. 412, article déjà cité.

[7] A. DODIN in Mission et Charité – n° 1 – p. 61,

[8] M-J. Guilleaume, op.cit. p. 143

[9] 8A. DODIN in “Saint Vincent de Paul et la Charité” p. 22,

[10] Mère Suzanne GUILLEMIN, Supérieure Générale Filles de la Charité – Circulaires p. 250,

[11] Jn-P. Renouard, «Cahier St Vincent» N° 223-224, 2016, p. 117

[12] “Lieu théologique“, positions essentielles d’un système théologique particulier. Ensemble des sources où la réflexion théologique puise sa recherche pour comprendre la foi. Cf. Jn-P. Renouard, «Cahier St Vincent» N° 223-224, 2016, p. 117

Jésus le bon pasteur ou le pédagogue par excellence

Jésus le bon pasteur ou le pédagogue par excellence

Le terme pédagogie est souvent utilisé aussi bien par les pasteurs que par les théologiens en lien avec l’économie du salut. Dans ce sens, on parle souvent de pédagogie divine ou de pédagogie christique. Cependant, en quoi consiste effectivement la pédagogie du Christ ? Jésus en se présentant comme le bon pasteur dans l’évangile de Jean au chapitre 10, ne nous révèle-t-il pas en même temps quelques traits caractéristiques de sa pédagogie ? En nous limitant à un extrait de l’évangile johannique (Jn 10, 1-11), nous allons tenter de montrer comment Jésus fait œuvre de pédagogue non sans dégager quelques grands principes d’éducation qui en découlent. En effet, comme nous le savons, l’éducation est une dimension constitutive de l’évangélisation. Car, en réalité, évangéliser n’est rien d’autre qu’éduquer les hommes et les femmes à la foi en Jésus-Christ.

  • « il entre par la porte » (Jn 10, 1-2)

En effet, il y a plusieurs manières d’entrer dans l’enclos de la personne humaine. Il se trouve que certaines personnes ne respectent pas la liberté de la personne humaine, tandis que d’autres la respectent et la promeuvent. Dans la première catégorie, il s’agit effectivement du voleur ou du dictateur qui entre par le jeu de la force, de l’intimidation ou de la menace qui vise à provoquer la peur. Dans la seconde catégorie, celui qui entre convenablement par la porte, il y a là l’expression de l’hospitalité et la marque de la liberté personnelle de l’autre. Autant dire que c’est Dieu qui donne l’exemple du respect de la liberté. Malgré son omnipotence, il frappe et attend qu’on lui ouvre. Il est comme impuissant par amour devant les libertés individuelles puisqu’il accepte parfois qu’on lui fasse attendre longtemps. Le premier principe de toute éducation est donc le respect de la liberté.

  • « Il les appelle chacune par leur nom » (Jn 10, 3)

Le pédagogue est celui qui connaît l’enfant ou l’apprenant. Appeler quelqu’un par son nom, c’est le signe qu’on le connaît personnellement. Comment pourrait-on conduire quelqu’un qu’on ne connaît pas ? Un autre principe de l’éducation qui se dégage ici est celui de la connaissance de l’autre. S’il est vrai en effet que l’éducation est une œuvre d’amour, il faut souligner que la connaissance de l’apprenant vient renforcer cet amour.

  • « Il les mène dehors » (Jn 10,3)

L’être humain se trouve toujours entre deux mondes. En évoquant l’Ancien Testament, on pourrait dire la terre d’Egypte où il est esclave et la terre promise où il sera libre. Pour arriver à la terre promise, il va sans dire qu’il doit sortir de l’Egypte en affrontant l’expérience des risques et des incertitudes du désert. Le développement de l’homme exige toujours une libération de tout ce qui entrave l’épanouissement, un courage pour entrer en relation avec Dieu, les autres et le monde. Mais plus encore, il faut avoir un guide, un maître qui nous dirige en nous protégeant durant les moments d’épreuves. D’où le troisième principe qui est la libération et la protection de l’homme dans son ouverture au monde.

  • « Il marche à leur tête » (Jn 10,4)

L’éducateur chrétien doit montrer la voie. Il doit comme Jésus le bon pasteur, marcher à la tête du troupeau, des apprenants. Il doit par sa vie exemplaire être une lampe placée sur la table pour éclairer les gens de la maison. Toutefois, marcher à la tête signifie aussi diriger, exhorter, contrôler, corriger les erreurs, ramener des égarements. Dans la fonction pastorale d’un prêtre, c’est ce qu’on appelle généralement la fonction de gouvernement. Mais, cela peut s’étendre à tout éducateur en général, et en particulier à tout éducateur dans la foi. Il y a comme une transcendance entre l’éducateur et l’éduqué en ce sens que  le premier se distancie du second pour mieux  appréhender ses problèmes. Un quatrième principe que nous pouvons dégager à ce niveau est celui de l’exemplarité de l’éducateur. En langage ecclésial, on parlerait du témoignage de vie.

  • « Enfin, il donne sa vie pour ses brebis » (Jn 10,11)

L’éducateur doit avoir le courage comme le maître par excellence d’aller jusqu’à la pâque, comme le grain qui meurt pour donner beaucoup de fruits (cf. Jn 12, 24). En d’autres termes, l’éducateur doit par amour, s’effacer devant l’apprenant pour lui permettre de prendre sa liberté en main, de faire fructifier ses acquis pour construire son devenir. D’où un cinquième principe d’éducation que nous pouvons retenir qui n’est autre chose que celui de l’effacement de l’éducateur par amour. Ce dernier principe est étroitement lié au premier que nous avons précédemment évoqué qui est celui du respect de la liberté.

En définitive, alors que nous cheminons progressivement vers la XVe Assemblée Générale ordinaire du Synode des Évêques, qui aura lieu en octobre prochain et sera consacrée aux jeunes, en particulier au rapport entre jeunes, foi et vocation, puissions-nous espérer que ces principes éducatifs dégagées à partir de la figure de Jésus le bon pasteur puissent être de quelque utilité dans l’implémentation de ce que le Supérieur Général a appelé dans sa lettre à l’occasion de la clôture du 400e anniversaire du charisme vincentien, une culture renouvelée des vocations en vue d’un avenir radieux de la famille vincentienne au bénéfice des pauvres, nos maîtres et seigneurs.

Martial TATCHIM FOTSO, CM 🔸

L’éducateur doit par amour, s’effacer devant l’apprenant pour lui permettre de prendre sa liberté en main, de faire fructifier ses acquis pour construire son devenir.

Interreligieux

Interreligieux

Il m’est proposé d’écrire cet article à partir d’une expérience de dialogue vécue durant 25 ans à l’étranger. Il n’est pas question de rédiger la chronique du temps qui passe, mais d’exposer succinctement les repères pédagogiques qui ont jalonné cette histoire. Pour plus de clarté, on distinguera dans l’approche de ce thème, ce que peut représenter l’humble quotidien du dialogue (1) puis la partie officielle de ce dialogue engagé entre les religions (2).

(1) Lorsque Saint Vincent a envoyé des confrères en Barbarie, il commençait par leur faire entrevoir les richesses vécues par les gens du pays, notamment quant à la prière. Pour anecdotique qu’elle soit, cette vision, orientée vers les valeurs de l’autre, commandait une approche bienveillante, contrastant singulièrement avec les positions manichéennes souvent véhiculées. Nous n’étions pas tout blancs. Ils n’étaient pas tout noirs… Le sujet missionnaire ne pouvait partir qu’en état de modestie. Précieuse recommandation originelle qui peut nous délivrer de la tentation permanente de juger selon notre mesure. Par cet exercice imposé, saint Vincent plaçait l’évangélisateur en état d’être évangélisé. Comme Jésus, qui pousse les apôtres à être évangélisé par un samaritain quant à la charité, et par un centurion quant à la foi. Le dialogue peut alors évangéliquement démarrer sur de bonnes bases.

Saint Vincent recommande encore aux confrères de ne pas « entrer en dispute » au sujet des religions. C’est ce qui explique sans doute la continuité de la présence des lazaristes en Barbarie depuis 1646. Pour ne pas entrer en dispute, il ne s’agit cependant ni de se replier, ni de se dissoudre dans le milieu ambiant. C’est la voie étroite. La relecture de ce que nous avons vécu sur une aussi longue période montre que les véritables bénéfices se recueillent en dehors de nos citadelles (qui se sont écroulées), tout comme les meilleurs échanges émergent lorsque nous ne sommes pas des éponges. On pourrait appeler « citadelles » nos œuvres transplantées (écoles, dispensaires…), répliques fidèles d’une culture ou d’une religion. On pourrait appeler « éponges » les comportements émasculés au nom d’une certaine compréhension de l’inculturation. Comment accepter d’être algérien avec les algériens, si c’est pour en tromper quelques-uns…et se perdre soi-même.

Ce « ni-ni » appelle une autre posture dialogale que saint Jacques nous propose de vivre et que nous tentons d’adopter : « Moi, c’est par mes actes que je te montrerai ma foi ». Nous ne sommes plus là dans l’articulation précise d’un credo ou la déclamation d’un catéchisme systématique, censément universel. Jacques nous contraint à une expression non verbale de la foi, mais lisible dans nos vies. Ce sont mes actes qui deviennent le livre ouvert. Ce dialogue inaugure une histoire sans parole, que les bavards redoutent. La sainteté devient l’état quotidien du missionnaire, dans une économie de mots. C’est sur cette lisibilité que peut se nouer un authentique dialogue, débarrassé de toute arrière-pensée stratégique. On est bien loin du compte, évidemment ! Il y aurait des conséquences pratiques à tirer : comme on voudrait nous le faire croire trop souvent, ce n’est plus un apprentissage de la langue du pays qui est le sésame du missionnaire, mais l’acceptation de sa propre conversion. A ce premier niveau, le dialogue n’est pas d’abord le fait des théologiens orientalistes. Il faudrait songer à l’introduire avec les saints du quotidien.

(2) Pour ce qui constitue la partie officielle de ce dialogue engagé entre les religions, je ne l’aborde qu’habité par la conviction de l’inutilité d’écrire à ce sujet. A l’expérience, ces rencontres venues d’ailleurs n’ont jamais laissé de fruits visibles sur place. La communauté chrétienne locale en ressort toujours cocufiée. Les délégations vaticanes ou diocésaines se succédaient sans qu’il n’y ait jamais de véritables préparations avec les églises locales ; sans qu’il n’y ait jamais de visées communes. Au mieux, nous étions conviés à fournir des chambres d’hôte aux fonctionnaires labellisés du dialogue interreligieux. Ceux-ci ne trouvaient jamais assez de mots flatteurs pour remercier le pays et la qualité de son accueil et les promesses de ce dialogue. La télévision d’état relayait les éloges des naïfs. Les journaux publiaient les discours. Soyons juste : ce type de dialogue assure tout de même à peu de frais une solide propagande. Chaque rencontre avec une délégation d’église restaure l’image du pays en mettant en relief la liberté religieuse… que l’on serait bien en peine de trouver en dehors de ces grandes messes. Quand passera-t-on enfin de ces mondanités à l’interpellation ? L’interpellation est une autre forme de dialogue laissée en jachère par les orientalistes. Ces mêmes auraient sans doute reproché à Jésus d’engager le dialogue avec les pharisiens sur le mode de l’interpellation. Ce n’est pas correct. Pour goûter à ce nectar, mieux vaut s’adresser aux poètes qu’aux pontifes, aux prophètes qu’aux savants. Il souffle sur Chiraz un vent rafraichissant. Ici les bréviaires se sont tus, mais les fabliaux circulent sous le manteau. On se ressource dans les parcs mieux que dans les mausolées. La poésie dit tout haut ce que la religion fait tout bas.

La rue sera l’ultime temple où la vérité jaillira.

François HISS, CM 🔸

Ce dialogue inaugure une histoire sans parole, que les bavards redoutent. La sainteté devient l’état quotidien du missionnaire, dans une économie de mots. C’est sur cette lisibilité que peut se nouer un authentique dialogue, débarrassé de toute arrière-pensée stratégique.

Vincent et les vocations de la Congrégation de la Mission

Vincent et les vocations de la Congrégation de la Mission

Tous les jours, après la prière pour les vocations, le fameux Expectation Israël, les lazaristes du monde entier invoquent st Joseph. Excellente tradition qui plonge ses racines dans l’expérience de st Vincent. En cette st Joseph 2018, nous vous communiquons des lettres de notre fondateur, significatives à cet égard :

 

 

A MONSIEUR DE SAINT MARTIN

Monsieur,

Je vous envoie, par l’occasion de Monsieur Touschard, qui se rend à Aqcs (Dax), le petit tableau que j’ai commandé à Monsieur Brentel faire à votre intention[1]. Le présent est de peu de conséquence ; mais j’ai espérance que vous le tiendrez de quelque prix, venant d’une personne qui est de si longtemps le tant obligé de votre maison. Le voyant devant vos yeux, n’oublierez en vos prières le plus humble de vos serviteurs.

VINCENT DEPAUL

De Paris, ce 16 août 1636.

Lettre 233. ­ Archives de la Mission, copie prise sur l’original, qui était en entier de la main du saint. –

 

 

***

A Etienne Ozenne, supérieur à Varsovie

De Paris ce 20 è mars 1654

Grâces à Dieu, nous n’en avons point de mauvaises de deçà. Il est vrai qu’à Gênes toute la maison quasi a été incommodée, qui d’une sorte, qui d’une autre ; mais à présent tous se portent mieux, quoique quelques-uns ne soient pas tout à fait guéris. Ils vont recommencer un séminaire interne et continuer une dévotion qu’ils ont commencée, et nous avec eux, pour demander à Dieu, par les mérites et les prières de saint Joseph, dont nous célébrions hier la fête, qu’il envoie de bons ouvriers en la compagnie pour travailler à sa vigne. Jamais nous n’en avons connu le besoin au point que nous le ressentons à présent, à cause que plusieurs cardinaux et évêques d’Italie nous pressent pour leur donner des missionnaires. (V, 102)

 

 

***

12 novembre 1655.

A CHARLES OZENNE, SUPÉRIEUR, A VARSOVIE

De Paris, ce 20e mars 1654.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je n’ai rien à vous dire de particulier, n’ayant encore reçu vos lettres, quoique l’on soit allé deux fois les demander chez Madame des Essarts, qui m’a mandé n’être pas encore arrivées. Dieu veuille qu’elles ne nous apportent que de bonnes nouvelles ! Je rends grâces à Dieu des dévotions extraordinaires que vous vous êtes proposé de faire pour demander à Dieu, par le bienheureux saint Joseph, la propagation de la compagnie. Je prie sa divine bonté qu’elle les ait agréables. J’ai été plus de vingt ans que je n’ai  osé demander cela à Dieu, estimant que, la congrégation été son ouvrage, il fallait laisser à sa providence seule le soin de sa conservation et de son accroissement; mais à force de penser à la recommandation qui nous est faite sans l’Evangile, de lui demander qu’il envoie des ouvriers à sa moisson, je suis demeuré convaincu de l’importance te de l’utilité de cette dévotion (V, 462-463)

 

 

***

­ A JACQUES PESNELLE

De Paris, ce 23 mai 1659.

Monsieur,

La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !

…/…

Je suis consolé de la dévotion que vous faites à l’honneur de saint Joseph pour obtenir de Dieu de bons missionnaires. Si le prêtre de Chiavari ne s’accommode pas aux exercices de votre séminaire, après quelque temps de patience et de semonces, vous pourrez le prier de faire place à un autre. ..

 

 

Conclusion : redoublons de constance et de piété pour prier st Joseph pour les vocations.

Jean-Pierre RENOUARD, CM 🔸

Tous les jours, après la prière pour les vocations, le fameux Expectation Israël, les lazaristes du monde entier invoquent st Joseph. Excellente  tradition qui plonge ses racines dans l’expérience de st Vincent.

NOTE :

[1] Voici la description que nous en fait Firmin-Joussemet, qui l’a eu sous les yeux (Lettre de saint Vincent de Paul sur sa captivité à Tunis dans la Revue des provinces de l’Ouest, septembre 1856, p. 230 et suiv.) : «Cette peinture très finement touchée a été exécutée sur parchemin par un artiste nommé François Brentel. Elle représente la fuite en Égypte. La Vierge, assise à l’ombre de grands arbres, allaite l’enfant Jésus, tandis que saint Joseph les contemple. Plus loin l’âne cherche sa nourriture. Dans le fond du paysage est une ville décorée de beaux édifices et bâtie au milieu d’un site sévère. Deux anges en prière, portés sur des nuages, occupent le haut de la composition. Autour règne une bordure noire et or, et au bas se trouve une bande pourpre, sur laquelle on lit en caractères romains : Aimez Dieu et votre prochain, légende qui résume la doctrine du donateur. Au-dessous est la signature de l’artiste et la date 1636. L’ensemble a 0 m. 14 de haut sur 0 m. 10 de large. Ce petit tableau, d’une conservation parfaite, se recommande surtout par l’extrême finesse de la touche. Il semble être la copie d’une oeuvre d’un artiste de l’école des Carrache.» Arthur Loth l’a reproduit   dans son bel ouvrage Saint Vincent de Paul et sa mission sociale, Paris, 1880, in-8, p. 74. Celui que Firmin-Joussemet appelle François Brentel n’est autre vraisemblablement que le Strasbourgeois Frédéric Brentel, mort à Augsbourg en 1651, artiste de grand talent, au dessin correct, au coloris brillant et agréable, auteur de divers tableaux d’histoire, de portraits, de plusieurs gravures et des miniatures d’un manuscrit intitulé : Officium B. Mariae Virginis, in-8, 1647. (Bibl. Nat. f. l. 10.567-10.568.) (Cf. Schreiber, Das Mûnster zu Strassburg, Carlsruhe, 1828.

Je témoigne de la présence bienheureuse de Dieu dans ma vie

Je témoigne de la présence bienheureuse de Dieu dans ma vie

Le 25 Janvier 2018, jour éminemment important pour la congrégation de la Mission et toute la Famille Vincentienne puisqu’il marque l’anniversaire su sermon de Folleville, le Père Christian MAUVAIS, Visiteur de la Province de France m’a fait, dans le courant de la matinée, une annonce qui m’a réjoui le cœur et pour laquelle je rends vraiment grâce au Seigneur.

Je suis Auxiliaire du Clergé et la décision avait été prise par le conseil provincial de m’affilier à la Famille Vincentienne. Comme il était tout à fait opportun de le faire ce jour-là, la concrétisation de cette décision a été prise dans l’Action de Grâce du Christ au cours de la célébration Eucharistique de la fin de matinée.

L’histoire des relations entre la Congrégation de la Mission et ma fraternité est déjà longue. La collaboration entre le Frère Jean-Claude MOINIER et le Père Daniel LAMERAND au temps où ce dernier était en poste à Saint Riquier dans le cadre de ce qu’ils appelaient les haltes spirituelles a porté des fruits à la saveur desquels nous sommes nombreux à avoir goûté. Pendant de nombreuses années, nous avons fait appel aux grandes qualités de prédicateur du Père Daniel LAMERAND pour animer nos journées de spiritualité dans le cadre de nos rassemblements annuels de Fraternité. Le Frère Jean-Claude MOINIER prête ses belles qualités d’artiste à la mise en page de la lettre de l’association de la Médaille Miraculeuse.

En ce qui me concerne, je suis arrivé au 95 rue de Sèvres en Septembre 2008. Une convention a été signée par le Père Elie DELPLACE, Visiteur de la Province de Paris à l’époque, le Supérieur Général de ma Fraternité, le Frère Bernard ISRAËL et moi-même. Cette convention a été remise à jour avec le Père Christian MAUVAIS. Je rends divers services dans la maison, à la porterie, à la boutique de la chapelle, dans la chapelle même lorsque je guide des groupes de jeunes ou de moins jeunes. Il m’arrive aussi de conduire des Pères âgés à leurs rendez-vous médicaux ou d’aller visiter ceux qui sont hospitalisés. Je suis également engagé au service des pèlerins dans l’animation des chapelets ou des chemins de croix et au bureau d’écoute rue du Bac. Depuis quelques années déjà je fais partie de la Conférence Saint Vincent de Paul de la paroisse Saint Antoine de Padoue dans le 15ème arrondissement. Le Vendredi soir, de 17h à 19h, depuis le mois d’Octobre dernier, j’accompagne deux enfants, une petite fille sénégalaise, Hawa et un petit garçon marocain, Zakaria dans leur soutien scolaire et Vendredi dernier, je m’en suis vu confier un troisième, Yassen dont je ne sais pas encore très bien de quel pays il est car je n’ai pas encore eu l’occasion de rencontrer les parents.

Les activités dans lesquelles je me sens plus vincentien sont les conduites de visites dans la chapelle et au musée, les animations de chapelet et de chemins de croix, l’écoute rue du Bac et le soutien scolaire au local de la rue des Périchaux dans le 15ème.

 

Les visites de la chapelle et du musée

Dans les conduites de visites à la chapelle et au musée, j’aime à rappeler que Saint Vincent de Paul n’est pas un humanitaire au sens que l’on donne d’ordinaire à ce mot. C’est vraiment un de mes leitmotivs. Il a parfaitement compris que l’homme ne peut pas se prendre en charge lui-même et se conduire à son plein épanouissement, qu’il ne peut rien faire au service de l’autre qui ne soit pas inspiré par la puissance divine enfin que ce qu’il fait pour venir en aide aux plus pauvres, il le fait forcément au service de l’Autre avec un « A » majuscule. Sa vie, à partir des deux évènements majeurs de l’année 1617, n’a plus été qu’un fidèle écho de Matthieu 25 : « Ce que vous avez fait aux plus petits d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait. » Dieu est le créateur et même s’il compte, pour agir, sur l’homme et sa foi parce qu’il a une confiance inébranlable en lui et qu’il ne veut pas l’ignorer, son action est absolument indispensable pour combattre et en être vainqueur la puissance du mal qui entraîne l’homme dans les situations de souffrance morale, spirituelle et corporelle. S’il n’attend, pour agir, que l’ouverture du cœur de tout homme comme de celui du meunier de Gannes ou de celui de ces personnes généreuses qui sont venus trouver Saint Vincent pour l’éveiller à l’urgence de la situation de détresse matérielle et corporelle de la famille de Châtillon, c’est son action conjuguée à la confiance qu’elle lui accorde qui fait retrouver à la personne, touchée et sanctifiée dans sa globalité par sa miséricorde infinie, sa véritable dignité. Le pauvre est un sacrement parce que Jésus s’y reconnait, parce que l’on voit Dieu dans le cœur du pauvre et qu’il nous évangélise mais aller à sa rencontre, c’est aussi aller à la rencontre de Dieu « qu’on peut si fort blesser en blessant l’homme. » comme dit le cantique célèbre « Qui donc est Dieu ? »

 

Les animations de chapelet et de chemin de Croix

Dans les animations de chapelet et de chemin de croix, je déploie toute l’énergie que je peux pour transmettre toutes les grâces que je reçois dans la méditation des textes proposés le jour même de l’animation par la Liturgie. Je pense qu’il est très important de mettre en lien ces pratiques avec la célébration de l’Eucharistie pour ne pas en faire de simples actes de dévotion et de faire passer cette conviction que la Parole de Dieu est vraiment une Parole vivante qui peut transformer, transfigurer le cœur. J’ai eu des témoignages de gens touchés et qui m’ont demandé de leur donner mes textes. J’ai eu le sentiment que le Seigneur avait opéré quelque chose d’important en eux. D’autres m’ont simplement interpellé et quelquefois à des mois de distance. J’ai eu maintes fois l’occasion de me rendre compte de la force de ces temps de prière. Lorsque j’étais plus jeune, je n’étais pas très attiré par le chapelet. Je trouvais que c’était un peu répétitif. Je pense que j’ai trouvé le moyen d’être un serviteur de la Parole. C’est une grâce pour laquelle je remercie le Seigneur.

Au bureau d’écoute, également rue du Bac, j’essaye de délivrer aux personnes qui sont en détresse morale, corporelle ou spirituelle une réponse la plus fidèle possible à la Parole de Dieu. J’ai la profonde conviction que Dieu rejoint tous les êtres humains dans toutes les situations de peine ou de joie où ils se trouvent, dans tous les problèmes de conscience qu’ils peuvent se poser par la Parole qui nous est parvenue par les psalmistes et les prophètes de l’Ancien Testament, par les auteurs de tous les textes du Nouveau Testament et éminemment par les évangélistes qui ont rendu pérenne jusqu’à la fin des temps la présence du Christ Parole par excellence. Dans cette Parole, Dieu a toujours quelque chose à dire à la personne que j’ai en face de moi pour la faire grandir.

 

La Conférence Saint-Vincent-de-Paul de Saint Antoine de Padoue

Nous nous réunissons une ou deux fois par mois. Nos réunions commencent toujours par un apport spirituel. Un commentaire de l’Évangile du jour ou du Dimanche suivant est toujours très enrichissant. C’est le diacre Jean-Michel MORIN qui l’assure. J’apporte aussi le fruit de ma méditation. Nous partageons librement. Il y a ensuite une communication du président sur des sujets divers. Nous faisons le tour des personnes visitées ou d’autres activités comme le soutien scolaire et nous terminons par une prière.

 

Le soutien scolaire

Le soutien scolaire me semble aussi être une mission extrêmement importante. Ma conviction profonde à ce propos-là est qu’il s’inscrit dans le combat que l’on a mission de mener avec les enfants dont on a la charge en vue, bien évidemment de leur développement intellectuel mais surtout d’en faire des êtres qui s’aiment, qui aiment Dieu et les autres parce qu’on les aide à se découvrir des talents, des possibilités intellectuelles, à les développer et à comprendre que ces possibilités leur sont données par leur créateur qui veut qu’ils en tirent de la joie et qu’ils peuvent aussi les mettre au profit des autres. Ce qui donne toute sa hauteur à cette mission c’est que les bénévoles qui s’y engagent peuvent parvenir à ce que les enfants découvrent qu’ils sont des êtres étonnants et qu’ils peuvent entrer dans la louange qui est le milieu naturel dans lequel ils peuvent s’épanouir comme tout être humain est appelé à le faire. Je ne suis certainement pas auprès d’eux pour ne faire avec les enfants que de la grammaire, de l’orthographe ou du calcul, des soustractions, des additions ou des divisions. Il doit se passer quelque chose de transcendant. Toutes les personnes qui sont engagées dans ce service-là sont signes du désir irrésistible de Dieu de faire descendre sa miséricorde pour sauver les enfants de la dépréciation d’eux-mêmes, du découragement face à leur faiblesse. Il y a, je pense, un gros travail à faire avec les parents. Certains parents et certains bénévoles de l’association « Eveil pour tous » pensent qu’il faut bien séparer le milieu familial du soutien scolaire. Ce n’est pas ma conviction. Sans doute faut-il rester discret, ne pas s’infiltrer trop dans la vie des gens qui préfèrent garder des distances mais il faut progressivement faire com-prendre aux parents que c’est solidairement que nous sommes missionnés au service des enfants et il me semble bon que nous voyions ensemble ce qu’il est bon de faire en vue de la réalisation du projet divin. Le soutien scolaire est un lieu de Mission parce que c’est un lieu de libération.

 

Ma fraternité : ” Les auxiliaires du Clergé “

Ma Fraternité : « Les Auxiliaires du Clergé » a le statut canonique de Société de vie Apostolique. Elle a été fondée en 1948 par un prêtre du diocèse d’Amiens : le Père Paul DENTIN. Il était professeur au petit séminaire de l’époque et a repéré qu’un certain nombre de jeunes auraient bien accepté de se lancer généreusement au service de l’Eglise et de sa Mission dans le monde sans pour autant être appelés au Sacerdoce. Il s’est alors dit qu’il serait bien dommage de ne rien leur proposer. Telle a été son intuition. Il voyait déjà à l’époque baisser la courbe des vocations et monter celle de la charge pastorale des curés de paroisses. L’idée lui est donc venue de proposer à ces jeunes de prendre des services paroissiaux ne relevant pas du ministère presbytéral (catéchèse, sacristie…) et de se retrouver régulièrement pour assurer la cohésion de leur groupe avec des temps de vie commune et de prière. Notre première maison a été la maison familiale de Picquigny puis, nous sommes allés, non loin de là, au château de Cavillon. Ensuite, signe du dynamisme de notre fondateur qui ne ménageait pas son énergie pour que grandisse sa fondation, nous sommes devenus trop nombreux et avons été contraints d’intégrer la célèbre et immense Abbaye de Saint Riquier dont nombre d’entre nous a gardé un souvenir impérissable. Nous y sommes restés jusqu’en 1974 année où nous avons déménagé pour une autre Abbaye : L’Abbaye Notre Dame du Gard située entre Amiens et Abbeville. Cette Abbaye, ancienne Abbaye cistercienne avait été occupée depuis 1137, date de sa fondation, successivement par des cisterciens, des Spiritains du Père Libermann et des chartreuses. La loi de 1905 avait contraint les chartreuses à partir précipitamment et l’Abbaye était tombée aux mains de marchands de matériaux qui s’était chargés de la désosser de fond en combles. En 1963, elle est devenue un parc zoologique avec pour magnifique décor les ruines des corps de bâtiments et du cloître. C’est donc dans cet état là que notre fondateur en a fait l’acquisition. Nous y sommes restés jusqu’en l’an 2000. A ce moment-là, nous avons quitté le diocèse d’Amiens pour nous installer à Lyon au 10 rue du Commandant CHARCOT.

Notre Saint Patron est Saint Jean-Baptiste, le Précurseur. Nous avons devancé, dans le temps, le Concile Vatican II qui a mis en valeur le laïcat parce que des Frères se sont vus attribuer des tâches et des missions accomplies et remplies par des prêtres alors qu’elles ne relevaient pas forcément du ministère presbytéral. C’était nouveau. Ils ont pu, en dehors du Sacerdoce, réaliser leur vocation baptismale et aider, dans la même démarche, d’autres laïcs non religieux à découvrir qu’ils pouvaient, eux aussi mettre leurs dons et leurs talents au service de la mission de l’Église, de l’Évangélisation, à comprendre qu’ils pouvaient ne pas seulement être des consommateurs mais qu’ils avaient leur place pleine et entière. D’une certaine manière, nous avons été un temps d’avant-garde. Au fil des années, nos activités se sont diversifiées et nous nous sommes engagés dans la pastorale de la santé, en milieu scolaire, en centres d’accueil et de pèlerinage (Saint Walfroy, dans les Ardennes où nous avons mis nos pas dans ceux de quelques Prêtres de la Mission venus au XIXème siècle relever de la déchéance qui le guettait ce lieu de pèlerinage où l’Ermite Walfroy est venu apporter, avec quelques compagnons, la première annonce de l’Évangile dans la campagne ardennaise.

 

Notre livre de vie

Nous avons – cela va sans dire – un livre de constitutions auquel nous avons ajouté un livre de vie imprimé en 2002 et auquel nous faisons souvent référence dans nos rencontres de fraternité. Nous devons le premier article au Père Bernard KOCH qui nous y rappelle que c’est dans la contemplation et uniquement là que le Frère peut trouver la force pour l’action missionnaire. Je le cite : « Le Frère, comme monsieur Vincent, cherche à unir, dans un même courant de vie intense, action et contemplation, mission, vie spirituelle et vie communautaire. C’est sa vie spirituelle profonde et intense qui le stimule pour la mission. Ses rencontres et ses activités dans la vie apostolique nourrissent sa vie spirituelle en harmonie avec son union à Dieu et sa contemplation. »

A l’heure actuelle, nous sommes devenus trop peu nombreux pour toucher tous nos milieux d’évangélisation mais à l’époque de la rédaction de ce livre, nous avions défini un projet missionnaire avec trois milieux à privilégier : Les jeunes en aumôneries de collèges et Lycées, en recherche de vocation, en mouvement, en associations, en loisirs et en milieux défavorisés. Les pauvres en aumôneries, service des malades, personnes âgées, handicapés, marginaux, drogués, chômeurs, prisonniers. La formation des laïcs animation pastorale, liturgie, Écriture Sainte, catéchèse, mouvements.

 

Ma vocation personnelle

En ce qui concerne ma vocation personnelle. J’ai entendu très clairement l’appel à m’engager au service de l’évangélisation du monde au plein cœur de mon activité professionnelle. Je vendais des encyclopédies et je me suis rendu compte du mépris que l’on pouvait avoir, dans ce milieu-là, de l’être humain. Dans cette prise de conscience, je crois que l’Esprit Saint était très efficacement à l’œuvre. Le vendeur n’était qu’une machine à vendre dont il fallait bien entretenir les rouages en lui offrant un café le matin ou en lui payant un repas de temps en temps et l’acheteur, lui, il était réduit à l’état de machine à fournir du fric. Les relations ne pouvaient pas être simplement et en vérité amicales et fraternelles. Le week-end, j’étais très engagé en paroisse au service de la Liturgie. Le Seigneur me donnait de vivre quelque chose de très fort au plan spirituel qui était en totale contradiction avec ce que je vivais dans la semaine. J’ai donc ressenti une tension, un malaise très profond et, en même temps, le désir, de plus en plus ardent jusqu’à ne plus tenir et m’adresser à un prêtre que je connaissais, de communiquer l’étonnante joie dans laquelle Dieu pouvait faire à l’être humain la grâce d’entrer pourvu bien sûr, qu’il choisisse de vivre en vérité avec Dieu, avec lui-même et avec les autres dans l’amour le plus véritable qui soit. J’avais compris que cela valait infiniment plus que ce pour quoi le monde se mobilisait c’est-à-dire l’argent. J’avais compris que la grâce divine m’avait fait toucher du doigt le péché pour lequel Jésus s’était offert en sacrifice. J’avais compris combien il était urgent de participer à l’œuvre confiée au Christ de l’évangélisation du monde. J’étais quelque fois très étonné d’être brusquement envahi d’une joie que je n’avais jamais connue jusque- là. C’était parfois en méditant un texte de la Parole de Dieu mais aussi d’autres fois dans la rue. Je n’étais pas très au clair sur ce que le Seigneur me demandait. Était-ce de m’engager dans le Sacerdoce ou dans la Vie Religieuse ? Je lui ai ouvert mon cœur. Je me suis offert. J’ai pris le temps du discernement. C’est la porte de la Vie Religieuse dans la société de Vie Apostolique des « Auxiliaires du Clergé » qui s’est ouverte. Je ne pouvais pas ne pas donner ma vie en action de grâce pour les immenses joies dont le Seigneur avait investi mon cœur.

Je vous demande maintenant d’unir vos prières pour moi à celles de la Vierge Marie, de Saint Vincent et de tous les Saints qui ont jalonné la longue histoire de la famille vincentienne afin que reste digne de la grâce qui m’a été faite.

Frère Jacques ROVILLAIN, auxiliaire du clergé 🔸

Les activités dans lesquelles je me sens plus vincentien sont les conduites de visites dans la chapelle et au musée, les animations de chapelet et de chemins de croix, l’écoute rue du Bac et le soutien scolaire au local de la rue des Périchaux dans le 15ème.

Pour comprendre :

FRÈRES AUXILIAIRES DU CLERGÉ