La Mission. Sortir vers les horizons de Dieu. Retraite spirituelle à Ars. Province de France (22-27 Octobre 2017) Troisième Jour

La Mission. Sortir vers les horizons de Dieu.

Retraite spirituelle à Ars. Province de France (22-27 Octobre 2017)

Troisième Jour

La retraite est un parcours dans le désert. Mon rôle est de vous guider. J’ai cherché à m’inspirer de plusieurs figures bibliques. La première qui m’est venue à l’esprit est celle de Moïse, qui transmit au peuple la Loi. C’est un modèle très exigeant. Un autre guide est le démon. C’est vraiment de la racaille comme modèle pourrait-on dire dans une certaine façon peu commode de parler. La troisième figure est la personne qui dans le désert apporte au prophète Elie du pain et de l’eau, mais ensuite se retire, afin de permettre à Elie de monter tout seul sur la Montagne de Dieu. Moi je ne vous donnerai pas grand-chose, mais seulement de l’eau et du pain. C’est à vous de faire le reste.

Troisième jour

« CHRIST MA DOUCE RUINE »

 

Il y a un moment de la vie où s’évanouissent nos rêves et commencent les bilans. C’est alors que tu te rends compte du peu de changement advenu dans ta vie. Et ce peu-là, sache que c’est le fait de la grâce.  Alors le mérite n’est pas le tien.  Et aussi ce peu de changement dans ta vie est d’une grandeur incommensurable. Parce que c’est le fait de la grâce.

Mais vous, qui dites-vous que je suis ?

Et il advint, comme il était à prier, seul, n’ayant avec lui que les disciples, qu’il les interrogea en disant : « Qui suis-je, au dire des foules ? ». Ils répondirent : « Jean Baptiste ; pour d’autres, Elie ; pour d’autres, un des anciens prophètes est ressuscité. » – « Mais pour vous, leur dit-il, qui suis-je ? » Pierre répondit : « Le Christ de Dieu ». Mais il leur enjoignit et prescrivit de ne le dire à personne.  « Le Fils de l’homme, dit-il, doit souffrir beaucoup, être rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, être tué et, le troisième jour, ressusciter ». (Lc 9, 18-22)

Rencontrer

Pendant longtemps j’ai cherché dans les libres et les pensées des hommes la réponse à mes questions. Désormais je sais que c’est seulement dans la prière que je peux avoir une réponse. Et une telle réponse ne vient d’une machine tel un distributeur. Représentez-vous les champs durant l’hiver. Ils sont sombres et déserts. Mais lorsqu’à un certain moment les journées commencent à se rallonger, alors les voici remplis de bourgeons, elles deviennent de véritables sources de vie. Que s’est-il donc passé ? Comment s’est opéré ce changement ? Nos questions, nos préoccupations, quand nous les confions au cœur de Dieu dans la prière, elles deviennent des bourgeons. Et à la fin surgit la vie.

Il en été de même pour les apôtres. Jésus, les apôtres n’ont pas tout suite saisie qui il était vraiment. Ils l’ont suivi comme sous l’effet du magnétisme qui se dégageait de lui. Puis, cheminant ensemble, ils l’ont vue comme guérisseur, prophète, explorateur des cœurs, Maître Sage, homme de Dieu, envoyé de Dieu et à la fin : Fils de Dieu. Mais cela, seuls Marie et Jean l’ont compris au pied de la Croix, ainsi que les autres femmes et le Centurion. Les autres l’ont compris vraiment après.

De mon temps il n’y avait pas de pastorale vocationnelle. Personne ne me dît de me faire prêtre. Je ne me souviens plus du jour, mais du lieu et la voix intérieure qui m’a toujours suivi et qui m’a ouvert à la certitude de l’appel.

Le Jésus de l’époque de mon appel était le Jésus du catéchisme. Après le cycle de philosophie je pouvais dire de ce Jésus : c’est un philosophe. Après l’Apologétique je pouvais dire : c’est un prophète. Progressant dans le ministère et régressant dans le rêve de sainteté, je pouvais dire : il est venu de Dieu. Il est donc le Messie. Mais je me sentais un prêtre résigné. Un survivant. Mais que m’a vraiment apporté ce Messie si j’ai seulement enseigné durant plusieurs années, si j’ai juste écrit tant de livres, si j’ai rencontré autant d’élèves et étudiants, dans une discipline qu’ils n’aimaint pas beaucoup et qui n’était pas aussi importante pour eux ?

Ensuite j’ai redécouvert la Sainte Vierge Marie et le Rosaire. Et j’ai vu le début de la floraison de la prière contemplative dans ma terre « aride, asséchée et sans eau » (Ps 63, 2). Le Christ qui n’était qu’une formule auparavant pour moi, est devenu un visage, une présence quotidienne, un ami qui ne me juge pas dans mes faiblesses, qui m’accepte tel que je suis et pour ce que je suis.

Tu es le Christ de Dieu

Voici comment je m’explique et comprend à ma manière la réponse de Saint Pierre : Tu es le Christ de Dieu, parce que tu étais tout fatigué au puit de la samaritaine et pourtant tu lui as répondu parce que tu aimais les femmes et les diners de fêtes, parce que tu ne voulais rien savoir des détails des péchés des hommes, parce que tu découvrais mes hypocrisies sans m’humilier, parce que tu m’as lavé les pieds, guéri mes blessures et m’as toujours attendu, parce que à tes yeux je passe avant la Loi et le Temple.

Ma foi n’est pas dans un homme du passé (telle était le déploiement d’une certaine théologie qui voulait en prouver l’historicité) ; la foi en lui n’est pas « par ouïe dire » (Job 42, 5), encore moins une doctrine que j’ai apprise de tel ou tel théologien ; les phrases toutes faites, les repas précuits ne plaisent pas du tout à celui qui aimaient les banquets.

J’ai compris que je devais lui répondre en disant : il m’est agréable de rester avec toi. Je ne voudrais pas te soumettre des problèmes inutiles, t’assaillir avec mes doutes. Prends-moi à ta suite. Je resterai volontiers à la dernière place. Te connaitre, rester avec toi, est mieux qu’être capable de te définir dans une christologie.  Ou mieux, une christologie je l’ai.

Tu as mis plus de joie dans mon cœur

Dans la réponse de Saint Pierre il y a quelque chose de particulier qui me plait : « Tu es le Fils du Dieu vivant » (Mt 16, 16). J’ai beaucoup, et un peu trop même, entendu parler de « mortification », qui évoque à l’esprit des verbes tels qu’humilier, avilir, accabler, piétiner, punir, réprimer. Mais, mon Jésus est Vie ! Le jour de mon cinquantenaire il m’est venue cette pensée à l’esprit : Jésus m’est resté fidèle. Jésus est Fils du Dieu de la vie, qui m’a fait venir à la vie, qui me fait vivre et qui me prépare à la vie éternelle. Tu es donc Fils de la Vie, tu donnes la Vie et tu as les paroles de Vie, celles qui sont éternelles (Jn, 6, 68). « Ces paroles vivifient la Vie, elles sont Vie pour l’âme, parce que l’âme vit de Vérité, autrement tombe malade. Des Paroles qui sont Vie du cœur, qui vit d’amour, autrement meurt. Des paroles qui sont de l’esprit qui vit de liberté, autrement s’éteint. » (Citation de Ermes Ronchi reprise pendant la retraite du Pape François).

Etre prêtre et missionnaire n’est renier ou dédaigner la vie, se refuser à la vie. Raison pour laquelle Jésus parle à Pierre de la Croix. Celle-ci signifie que Jésus meurt pour partager la condition de tous, et dans sa mort il « attire tout à Lui » (Jn 12, 32). Si la souffrance n’est pas supprimée c’est parce que Dieu veut la partager et la porter avec nous, il veut la vivre avec nous, il veut l’offrir pour nous. Mais la souffrance ne demeurera pas éternellement.

Le danger gris

Le danger pour un prêtre ce n’est pas la femme. Nous connaissons tous des prêtres qui se sont mariés. Certains l’ont fait parce qu’ils n’avaient pas opéré un choix conscient et conséquent. D’autres l’ont fait parce qu’ils sont tombés amoureux. S’ils se réalisent dans cette voie, s’ils sont heureux, alors je me réjouis avec eux et pour eux. Le vrai danger du prêtre est une couleur : le gris. Vivre dans la grisaille, marcher en file vêtus d’ombre, ne pas avoir des instants de chant et de poésie, ne jamais sourire, ne pas jouir des joies les plus simples du ministère, ne jamais s’entendre dire : mon Père priez pour moi, être un bureaucrate du sacré, paresseux distributeurs des signes de croix, répéter de l’ambon des paroles fausses, voilà le vrai danger qui guette le prêtre. Cela est la preuve que nous n’avons pas rencontré le Christ, que dans notre vie nous nous sommes trompés sur tout, parce que nous n’avons jamais aimé. C’est un célibat de veufs.

Retourner

Croyez-vous qu’il ne vienne pas à tout prêtre l’idée de faire demi-tour ? A certains moments j’ai eu les torticolis. D’aucuns, pour ne pas rebrousser chemin, choisissent d’être des cariatides. Les cariatides sont ces statuts de pierre ou de marbre qui soutiennent et décorent les piliers centraux des basiliques. Quel dommage ! La vie du prêtre est en fait comme la traversée d’un désert. Et lorsque tu te sens exposé au soleil brûlant sur une terre aride et sans eau, et que tu te retrouves dans les gémissements de la solitude et sens le cri de Jésus en croix « mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? », penses à tout ce à quoi tu as renoncé, penses à ce que tu as laissé. Jésus m’a rappelé plusieurs fois : ne rebrousse pas chemin, ne retourne pas en arrière… Le souvenir de ce jour sur le fauteuil quand une voix libre m’a parlé, m’a beaucoup aidé. Merci Seigneur de m’avoir gardé dans la fidélité. Tout est de ta faute !

Je conclu en vous lisant quelques paroles d’une chanson:

«Toutes ces lignes sur mon visage/Te racontent mon histoire /…d’où je suis allée/Et comment je suis arrivée où je suis/Mais ces histoires ne signifient pas grand chose /Quand tu n’as personne à qui les raconter/C’est vrai… Je suis faite pour toi/J’ai grimpé au sommet des montagnes /Nagé à travers l’océan bleu/J’ai traversé toutes les routes, et brisé toutes les règles /Mais bébé je les ai brisées pour toi» (Brandi Carlile : The Story).

Comme vous le voyez c’est une chanson d’amour. Ceci parce que la vie du prêtre est ou devrait être une histoire d’amour. Tout son discours ne devrait être qu’amour. Quand ma mère mourrait j’ai lu la plus belle poésie d’amour : le Cantique des Cantiques. Parce que ma mère n’est pas morte de mort pourrait-on dire, mais plutôt d’amour.

Notre vocation et la sienne

De tout ce qui vient d’être dit on en déduit que les fils et les filles de Saint Vincent ont la vocation même de Jésus Christ, vocation

  • à l’amour, au point de s’employer à fond au service des autres, brûler du feu de la charité. La devise des Filles de la Charité n’est-elle pas « la charité du Christ nous pousse » ? (On peut aussi traduire : nous presse, nous pousse avec force comme un feu, comme quelque chose de très ardent, qui nous préoccupe et nous inquiète, si nous ne nous mobilisons pas vers quelqu’un ou pour quelque chose) ;
  • au service : Saint Vincent a contemplé un Jésus Christ serviteur, toujours disponible pour les autres ;
  • aux pauvres « Nos maîtres et Seigneurs », dans ce sens que ce sont leurs exigences et les besoins qui commandent notre vie, nos horaires, nos traditions et pratiques au sein de la Compagnie. Comme le Christ, le chrétien et le prêtre doivent avoir toujours à l’esprit, comme pensée fondamentale, le salut, la libération, la promotion humaine et l’évangélisation. L’axe de la spiritualité de Saint Vincent passait par le Christ et arrivait aux pauvres : « il ne me suffit pas d’aimer Dieu, si mon prochain ne l’aime. » (XII, 262)

Prière

Sachez-le, en effet, l’Evangile que j’ai annoncé n’est pas à mesure humaine : ce n’est pas non plus d’un homme que je l’ai reçu ou appris, mais par une Révélation de Jésus Christ. Vous avez certes entendu parler de ma conduite jadis dans le judaïsme, de la persécution effrénée que je menais contre l’Eglise de Dieu et des ravages que je lui causais, et de mes progrès dans le judaïsme, où je surpassais bien des compatriotes de mon âge, en partisan acharné des traditions de mes pères.

Mais quand Celui qui dès le sein maternel m’a mis à part et appelé par sa grâce daigna révéler en moi son Fils pour que je l’annonce parmi les païens, aussitôt, sans consulter la chair et le sang, sans monter à Jérusalem trouver les apôtres mes prédécesseurs, je m’en allai en Arabie, puis je revins encore à Damas. Ensuite, après trois ans, je montai à Jérusalem rendre visite à Céphas et demeurai auprès de lui quinze jours : je n’ai pas vu d’autre apôtre, mais seulement Jacques, le frère du Seigneur : et quand je vous écris cela, j’atteste devant Dieu que je ne mens point. Ensuite je suis allé en Syrie et en Cilicie, mais j’étais personnellement des Eglises de Judée qui sont dans le Christ ; on y entendait seulement dire que le persécuteur de naguère annonçait maintenant la foi qu’alors il voulait détruire ; et elles glorifiaient Dieu à mon sujet (Gal 1, 11-24).

Luigi MEZZADRI, CM 🔸

Le vrai danger du prêtre est une couleur : le gris. Vivre dans la grisaille, marcher en file vêtus d’ombre, ne pas avoir des instants de chant et de poésie, ne jamais sourire, ne pas jouir des joies les plus simples du ministère, ne jamais s’entendre dire : mon Père priez pour moi, être un bureaucrate du sacré, paresseux distributeurs des signes de croix, répéter de l’ambon des paroles fausses, voilà le vrai danger qui guette le prêtre.

Traduction :

Emmanuel Patrick Issomo Mama CM

La Mission. Sortir vers les horizons de Dieu. Retraite spirituelle à Ars. Province de France (22-27 Octobre 2017) Deuxième Jour

La Mission. Sortir vers les horizons de Dieu.

Retraite spirituelle à Ars. Province de France (22-27 Octobre 2017)

Deuxième Jour

La retraite est un parcours dans le désert. Mon rôle est de vous guider. J’ai cherché à m’inspirer de plusieurs figures bibliques. La première qui m’est venue à l’esprit est celle de Moïse, qui transmit au peuple la Loi. C’est un modèle très exigeant. Un autre guide est le démon. C’est vraiment de la racaille comme modèle pourrait-on dire dans une certaine façon peu commode de parler. La troisième figure est la personne qui dans le désert apporte au prophète Elie du pain et de l’eau, mais ensuite se retire, afin de permettre à Elie de monter tout seul sur la Montagne de Dieu. Moi je ne vous donnerai pas grand-chose, mais seulement de l’eau et du pain. C’est à vous de faire le reste.

Deuxième jour

LE CHRIST DE SAINT VINCENT

La rencontre du matin

« En ce temps- là, Marie Madeleine se tenait près du tombeau, au-dehors, tout en pleurs. Et en pleurant, elle se pencha vers le tombeau. Elle aperçoit deux anges vêtus de blanc assis l’un à la tête et l’autre aux pieds, à l’endroit où avait reposé le corps de Jésus. Ils lui demandent : « Femme, pourquoi pleures-tu ? » Elle leur répond : « On a enlevé mon Seigneur, et je ne sais pas où on l’a déposé. » Ayant dit cela, elle se retourna ; elle aperçoit Jésus qui se tenait là mais elle ne savait pas que c’était Jésus. Jésus lui dit : « Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? » Le prenant pour le jardinier, elle lui répond : « Si c’est toi qui l’as emporté, dis-moi où tu l’as déposé, et moi, j’irai le prendre. » Jésus lui dit alors : « Marie ! » S’étant retournée, elle lui dit en hébreu : « Rabbouni ! », c’est-à-dire : Maître. Jésus reprend : « Ne me retiens pas, car je ne suis pas encore monté vers le Père. Va trouver mes frères pour leur dire que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. » Marie Madeleine s’en va donc annoncer aux disciples : « J’ai vu le Seigneur ! », et elle raconta ce qu’il lui avait dit. (Jn 20:11-18).

Chacun de nous a déjà eu à réfléchir sur ce texte plusieurs fois. Nous voyons une femme en sortie qui rencontre le Christ en sorti lui aussi, qui l’invite à sortir du jardin pour la mission d’aller annoncer à ses frères qu’elle a vu le Seigneur.

 

Les Missionnaires qui ont vu le Seigneur

Saint Vincent ne parle pas d’un Christ d’école. Sa christologie n’a pas pour point de départ les conciles ou les dogmes. Il ne cite pas, mais raconte « ce qui était au commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu avec nos yeux, ce que nous contemplons et que nos mains touchèrent du Verbe de la vie […], ce que nous avons vu et entendu, nous vous l’annonçons » (1Jn 1, 1-3). Sa narration procède de ce qu’il a vu, entendu et touché, pas comme dans une vision, à l’exemple de Saint Ignace à « la Storta », mais en étant immergé dans la masse douloureuse des pauvres de son temps. Christ est entré dans sa vie, non pas à travers une fenêtre du Ciel, mais par les blessures des hommes. Les pauvres, il les a vu : il a entendu leur clameur, il a senti leur puanteur, il senti leur douleur, leur tristesse. Il a rencontré Jésus dans « les extases de la vie et des œuvres » (Saint François de Sales).

Toscani l’a défini comme « le mystique des pauvres », parce que quand Saint Vincent parlait de Dieu, il parlait comme un mystique, conscient du fait que « ce qu’il essayait de dire ne pouvait véritablement pas se traduire par des paroles humaines ». Et en effet, en lieu des paroles, il se laissait conduire par les visages des pauvres, dont les conditions de vie et les mésaventures lui parlent de Jésus, et sont une vraie narration évangélique. Jésus est la présence avec laquelle partager les douleurs et les espérances des pauvres. Il est le cœur de son cœur (XI, 156). En raison de cela il demandait à Dieu « de donner à la Compagnie cet esprit, ce cœur, ce cœur qui nous fasse aller n’importe où, ce cœur du Fils de Dieu, cœur de Notre Seigneur, cœur de Notre Seigneur, qui nous dispose à aller, comme Lui irait et il serait allé, si sa sagesse éternelle l’avait jugé opportun de travailler pour la conversion des pauvres des nations » (XI, 291).

L’amour génère la communion au point qu’il ne voulut pas aller à Dieu si Dieu ne vînt à lui. En effet Dieu est amour et voudrait qu’on aille à lui seulement par amour, parce qu’il est le premier à s’être rapproché de nous, à être venu à notre rencontre, à nous chercher, à frapper à notre porte : « Ô Dieu de mon cœur ! Votre infinie bonté ne me permet pas de partager mes affections, ni d’en faire part à quel qu’autre à votre préjudice ; oh ! Possédez, vous seul, mon cœur et ma liberté ! Mais, du moins, je vous offre, de toute l’étendue de mes affections, la charité la très sainte reine des anges et généralement de tous les bienheureux. O mon Dieu, en face du ciel et de la terre je vous donne mon cœur, tel qu’il est […] donnez-moi de l’amour pour vous, et puis commandez ce que vous voudrez (S. Augustin) » (XI, 145).

La voie sur laquelle Dieu le guidait et qui le conduisait à Dieu est la voie du cœur, une voie qui part du ciel, descend vers les plus abandonnés des hommes et retourne vers Dieu.  Dans la prière Vincent se demandait s’il y aurait quelques inconvénients à aimer Dieu : « Mais quoi : y a-t-il inconvénient à aimer Dieu ? Peut-on l’aimer trop ? Peut-il y avoir de l’excès en une chose si sainte et si divine, et même pouvons-nous jamais assez aimer Dieu, qui est infiniment aimable ? Il est vrai que nous ne saurions jamais assez aimer Dieu et qu’on ne peut jamais excéder en cet amour, eu égard à ce que Dieu mérite de nous. O Dieu Sauveur, qui pourrait monter à cet amour étonnant que vous nous portez, jusqu’à donner pour nous, misérables, tout votre sang, dont une seule goutte est d’un prix infini ! O Sauveur ! non, Messieurs, cela ne se peut ; quoi que nous puissions faire, nous n’aimerons jamais Dieu comme nous le devons ; cela est impossible ; Dieu est infiniment aimable » (XI, 217).

Saint Vincent, partant de quelques excès des jeunes étudiants, invitait à la modération, car en se laissant aller à l’exagération « on ne sert plus à rien pour le reste des jours ». En lisant cette page on a l’impression d’être devant un Vincent déchiré entre deux tensions comme Thérèse d’Avila, entre mourir et ne pas mourir :

Vivo sin vivir en mi,

Y tan alta vida espero

Que muero porque no muero.

Dans ces pages s’ouvre avec une vitesse telle la célérité de la lumière d’une lampe, une dimension insolite du saint, une dimension typiquement mystique, extatique, assoiffée du ciel et de l’absolu : « mourir de la sorte, c’est mourir de la plus belle manière, c’est mourir d’amour, c’est être martyr, martyr de l’amour. Il semble que ces bienheureuses âmes peuvent s’appliquer les paroles de l’Epouse et dire : Vulnerasti cor meum. C’est vous, ô mon Dieu aimant, qui m’avez blessé ; c’est vous qui avez navré et percé mon cœur de vos flèches ardentes ; c’est vous qui avez mis ce feu sacré dans mes entrailles, qui fait que je meurs d’amour ! Oh ! soyez à jamais béni ! O Sauveur, vulnerasti cor meum ! » (XI, 218). Ici Saint François de Sales corrobore Saint Vincent : « Oh ! je ne voudrais pas aller à Dieu, si Dieu ne venait à moi » (XI, 221).

 

Mission, état d’amour

Saint Vincent définit la Mission comme « un état d’amour, non seulement parce qu’elle vise à suivre la doctrine et les conseils de Jésus Christ, mais aussi parce qu’elle nous fait travailler à porter le monde à l’estime et à l’amour de Notre Seigneur ». En raison de cela, « si nous aimons Notre Seigneur, nous serons aimés de son Père, qui est autant à dire que son Père nous voudra du bien, et cela en deux façons :  la première, qu’il se plaira en nous, comme le père avec son enfant ; et la seconde, qu’il nous donnera ses grâces, celles de la foi, de l’espérance et de la charité, par effusion de son Saint Esprit, qui habitera dans nos âmes, comme il l’a donné aujourd’hui aux apôtres et lui a fait faire les merveilles qu’ils ont faites. Le second avantage d’aimer Notre Seigneur consiste en ce que le Père et le Fils et le Saint Esprit viennent dans l’âme qui aime Notre Seigneur ; ce qui se fait : 1° par l’illustration de notre entendement ; 2° par les mouvements intérieurs qu’ils nous donnent de leur amour, par les inspirations, par les sacrements, etc. Le troisième effet de l’amour de Notre Seigneur est que non seulement Dieu le Père aime ces âmes, et les personnes de la Sainte Trinité viennent en elles, mais elles y demeurent. L’âme donc de celui qui aime Notre Seigneur est la demeure du Père et du Fils et du Saint Esprit, et om le Père engendre perpétuellement son Fils, et où le Saint Esprit est incessamment produit par le Père et le Fils » (XI, 45).

 

Les pauvres, carrefour de Dieu 

Saint Vincent, après un début très difficile de sa vie n’eût pas comme les autres saints des preuves terribles de son élection particulière. Il se sentait enveloppé de Dieu. Il avait compris à quel point, comme chacun de nous, il était unique dans le projet de Dieu. Son action n’était pas inscrite sur le sable, mais dans le cœur de tant de pauvres. Il n’avait pas besoin de faire du prosélytisme. Les vocations naissaient et se présentaient spontanément. Il n’avait non plus besoin de faire des pénitences extraordinaires comme ce fût le cas de certains saints. Plusieurs personnes à son époque entraient au monastère pour se mortifier. Sainte Thérèse d’Avila disait au monastère : « Ne cherchez pas une vie commode… Vous êtes venues à mourir pour Jésus ! » L’idéal que visait Saint Vincent était le service, non pas la mort. La recherche du Salut pour lui ne signifiait pas une fuite du monde, mais plutôt un vrai contact avec le monde. Ce n’est pas le monde qui modèle ou détruit le missionnaire (ou la Fille de la Charité ou le volontaire laïc vincentien), mais c’est le missionnaire (la Fille de la Charité ou le volontaire laïc vincentien) qui influence positivement le monde et le change.

 

Flamme d’amour 

Pour le Saint de la Charité, l’Incarnation est à l’origine d’une nouvelle relation avec le Christ et avec l’homme. « Regardons le Fils de Dieu ; oh ! quel cœur de charité ! quelle flamme d’amour ! Mon Jésus, dites-nous, vous, un peu, s’il vous plait, qui vous a tiré du ciel pour venir souffrir la malédiction de la terre, tant de persécutions et de tourments que vous y avez reçus. O Sauveur ! ô source de l’amour humilié jusqu’à nous et jusqu’à un supplice infâme, qui en cela a plus aimé le prochain que vous-même ? Vous êtes venu vous exposer à toutes nos misères, prendre la forme de pécheur, mener une vie souffrante et souffrir une mort honteuse pour nous ; y a-t-il un amour pareil ? Mais qui pourrait aimer d’une manière tant suréminente ? Il n’y a que Notre Seigneur qui soit si épris de l’amour des créatures que de quitter le trône de son Père pour venir prendre un corps sujet aux infirmités. Et pourquoi ? Pour établir entre nous par son exemple et sa parole la charité du prochain. C’est cet amour qui l’a crucifié et qui a fait cette production admirable de notre Rédemption. O messieurs, si nous avions un peu de cet amour, demeurerions-nous les bras croisés ? Ceux que nous pourrions assister, les laisserions-nous périr ? Oh ! non, la charité ne peut demeurer oisive ; elle nous applique au salut et à la consolation des autres » (XII, 264 ss).

 

Le peuple meurt de faim et se damne

Comme on le voit la contemplation de l’incarnation constituait pour Saint Vincent une urgence apostolique. Où Bérulle envoyait les siens enseigner la « science du salut », le Saint de la charité, comme angoissé de constater que « le peuple meurt de faim et se damne », voulait que les missionnaires s’emploient de toutes leurs forces à l’action, à prêcher, baptiser, en d’autres termes à « construire le Royaume ». L’Incarnation n’était pas pour lui un mystère à contempler de façon passive, mais l’origine de l’agir, du faire.  C’est d’ailleurs pourquoi, selon Bermond, « ce n’est pas l’amour des hommes qui l’a conduit à la sainteté, mais c’est plutôt la sainteté qui l’a rendu véritablement et efficacement charitable ; ce ne sont pas les pauvres qui l’ont donné à Dieu, mais au contraire, c’est Dieu – c’est-à-dire le Verbe Incarné – qui l’a donné aux pauvres ». Raison pour laquelle on ne saurait considérer Vincent comme un homme d’action seulement, un distributeur d’aumône, mais surtout un homme de prière qui rencontrait le monde dans la sphère de Dieu, d’où sa prière qui s’est faite charité.

Fort de ce principe il n’eût aucune difficulté à inviter les missionnaires et les sœurs à « quitter Dieu pour Dieu ». Parce que les pauvres sont les pauvres de Jésus Christ, ils sont Jésus Christ, ainsi, les missionnaires laissant Jésus dans les activités spirituelles, le retrouvaient dans les membres souffrants de son corps que sont les pauvres. L’Incarnation fut donc à l’origine de son anthropologie. Comme l’écrivit Calvet, Vincent «est l’homme, qui a aimé le plus les hommes. Il a réalisé pleinement dans son cœur le sentiment de fraternité, c’est-à-dire qu’il croyait non pas seulement en paroles, ni de façon métaphorique ou par des réflexions philosophiques, mais de façon substantielle et concrète et dans les vicissitudes, que le miséreux, le petit pauvre diable de la rue, était son frère. Ce sentiment exprimé à ce niveau est très rare. Chaque jour il invitait à manger à sa table deux mendiants, et il s’employait lui-même à les servir avec un grand respect. Tous les saints ont servi les pauvres par conformité à l’esprit de l’évangile ; bien plus, lui il les servait avec amour et grand plaisir.  Quand il fut installé au prieuré de Saint Lazare, il y avait trouvé certains démunis, des abandonnés de tous, certains exclus de l’humanité. Il a été pris d’affection pour eux et s’est uni à eux avec douceur et compassion, au point où le jour où il dû partir du prieuré, il s’est demandé ce qu’il regretterait le plus en s’en allant, et il parvint à la réponse que ce serait le fait de laisser ces pauvres de qui personne ne se serait jamais occupé, qui coûterait le plus à son cœur ». S’il a choisi comme devise pour sa Congrégation « evangelizare pauperibus », c’était par conviction d’être appelé à continuer la mission historique de l’Homme Dieu qui vient dans le monde, renonçant à ses privilèges divins et embrassant la pauvreté pour le salut des hommes. De là se comprend le caractère évangélique de sa spiritualité, sans ajout de quelque type que ce soit, mais qui fut centrée sur la Trinité et l’Incarnation.

 

Les germes de la toute-puissance de Jésus en nous 

Le Christ de Saint Vincent est l’Evangélisateur des pauvres, le Missionnaire du Père, l’Envoyé du Saint Esprit pour « annoncer aux pauvres la bonne nouvelle… proclamer aux captifs la libération et rendre aux aveugles la vue…libérer les opprimés, et annoncer une année de grâce du Seigneur » (Lc 4, 18s.).

Lors d’une conférence aux missionnaires, Saint Vincent se représentait l’idéal missionnaire en ces termes : « Nos missionnaires de Barbarie et ceux qui sont à Madagascar, qu’ont-ils entrepris ? qu’ont-ils exécuté ? qu’ont-ils fait ? qu’ont-ils souffert ? Un seul entreprend une galère où il y a quelques fois deux cents forçats : instructions, confessions générales aux sains, aux malades, de jour et de nuit, pendant quinze jours ; et au bout de ce temps, il les traite, il va lui-même acheter un bœuf, il fait cuire cela ; c’est leur régal ; un homme seul fait ça ! Tantôt il s’en va dans les fermes où l’on met des esclaves, et va trouver les maîtres pour les prier de lui permettre de travailler à l’instruction de leurs pauvres esclaves ; il prend leur temps et leur fait connaître Dieu, les rend capables de participer aux sacrements, et à la fin il les traite et leur fait un petit régal […] A Madagascar, dit encore M. Vincent, les missionnaires prêchent, confessent, catéchisent continuellement depuis quatre heures du matin jusqu’à dix, et depuis deux heures après midi jusqu’à la nuit ; le reste du temps, c’est l’office, c’est la visite des malades. Voilà des ouvriers, voilà de vrais missionnaires ! Plaise à la bonté de Dieu nous donner cet esprit qui les anime, un cœur grand, vaste, ample ! Magnificat anima mea Dominum ; il faut que notre âme magnifie, amplifie Dieu, et pour cela que Dieu amplifie notre âme, qu’il nous amplitude d’entendement pour bien connaître la grandeur, l’étendue de la bonté et de la puissance de Dieu ; pour connaître jusqu’où s’étend l’obligation que nous avons de le servir, de le glorifier en toutes les manières possibles ; amplitude de la volonté pour embrasser toutes les occasions de procurer la gloire de Dieu. Oui, la Mission peut tout, parce que nous avons en nous les germes de la toute-puissance de Jésus-Christ ; c’est pourquoi nul n’est excusable sur l’impuissance ; nous aurons toujours plus de force qu’il n’en faudra, principalement dans l’occasion ; car, quand on est dans l’occasion, l’homme se sent un homme tout nouveau » (XI, 203s).

Cela implique que les vincentiens doivent avoir le regard de foi du Christ, en syntonie avec la volonté du Père par amour des frères.  Est-ce possible ? Saint Vincent répondait aux missionnaires dans la conférence 196, disant que le Saint Esprit résidant en nous, nous donne les mêmes inclinations qu’avait Jésus Christ, ses vertus, c’est-à-dire sa capacité d’action, sa sensibilité, pratiquement son instinct de Dieu.

 

Vers Dieu et vers l’homme
Qu’accomplit vraiment le Saint Esprit ? Une œuvre d’amour en deux directions.
  • Vers le haut : « c’est un Esprit de parfaite charité, rempli d’une merveilleuse estime de la divinité et d’un désir infini de l’honorer dignement, une connaissance des grandeurs de son Père pour les admirer et les extoller incessamment. (…) Et son amour, quel était-il ? Oh ! quel amour ! O mon Sauveur, quel amour n’avez-vous pas porté à votre Père ! En pouvait-il avoir un plus grand, mes frères, que de s’anéantir pour lui ? (…) En pouvait-il témoigner un plus qu’en mourant par amour de la manière qu’il est mort ? (…) Ses humiliations n’étaient qu’amour, son travail qu’amour, ses souffrances qu’amour, ses oraisons qu’amour, et toutes ses opérations intérieures et extérieures n’étaient que des actes réitérés de son amour. (…) Plaise à Dieu nous faire la grâce de conformer toujours nos conduites à ses conduites et nos sentiments aux siens, qu’il tienne nos lampes allumées en sa présence et nos cœurs toujours tendant à son amour et toujours appliqués à se revêtir davantage de Jésus Christ en la manière que nous venons de montrer ! » (XII, 109s).
  • Vers le bas : l’amour pour les hommes. Dans l’Incarnation Jésus Christ a voulu, non seulement que nous soyons « sauvés, mais sauvés comme lui » (XII, 113). Au cours de la conférence du 30 mai 1659 sur la charité, le Saint a dit : « nous sommes choisis de Dieu comme instruments de son immense et paternelle charité, qui se veut établir et dilater dans les âmes. (…) Notre vocation est donc d’aller, non en une paroisse, ni seulement en un évêché, mais par toute la terre ; et quoi faire ? Embraser les cœurs des hommes, faire ce que le Fils de Dieu a fait, lui qui est venu mettre le feu au monde afin de l’enflammer de son amour. Qu’avons-nous à vouloir, sinon qu’il brûle et qu’il consume tout ? (…) Il est donc vrai que je suis envoyé, non seulement pour aimer Dieu, mais pour le faire aimer. Il ne me suffit pas d’aimer Dieu, si mon prochain ne l’aime. (…) Or, si tant est vrai que nous soyons appelés pour porter loin et près l’amour de Dieu, si cela est ainsi, dis-je, si cela est ainsi, mes frères, combien dois-je brûler moi-même de ce feu divin ! (…) Mais qui pourrait aimer d’une manière tant suréminente ? Il n’y a que Notre Seigneur qui soit si épris de l’amour des créatures que de quitter le trône de son Père pour venir prendre un corps sujet aux infirmités. Et pourquoi ? Pour établir entre nous et par son exemple et sa parole la charité du prochain. C’est cet amour qui l’a crucifié et qui a fait cette production admirable de notre rédemption. O messieurs, si nous avions un peu de cet amour, demeurions-nous les bras croisés ? Ceux que nous pourrions assister, les laisserions-nous périr ? ». (XII, 262-266). A un confrère envieux des succès pastoraux d’un autre, le Saint écrivait ces paroles : « Et, au nom de Dieu, Monsieur, je vous prie d’entrer dans ces sentiments, et Monsieur Lucas aussi, de ne rien prétendre de vos travaux que honte, qu’ignominie et enfin la mort, s’il plaît à Dieu. Un prêtre ne doit-il pas mourir de honte de prétendre de la réputation dans le service qu’il rend à Dieu et de mourir dans son lit, qui voit Jésus Christ récompensé de ses travaux par l’opprobre et le gibet. Ressouvenez-vous, Monsieur, que nous vivons en Jésus-Christ par la mort de Jésus-Christ, et que nous devons mourir en Jésus-Christ par la vie de Jésus-Christ, et que notre vie doit être cachée en Jésus-Christ et pleine de Jésus-Christ, et que, pour mourir comme Jésus Christ, il faut vivre comme Jésus Christ. Or, ces fondements posés, donnons-nous au mépris, à la honte, à l’ignominie et désavouons les honneurs qu’on nous rend, la bonne réputation et les applaudissements qu’on nous donne et ne faisons rien qui ne soit à cette fin » (I, 294s).

Dans les avertissements adressés à un nouveau Supérieur le Saint parlait de la centralité du mystère du Christ dans notre vie : « Non, Monsieur, ni la philosophie, ni la théologie, ni les discours n’opèrent dans les âmes ; il faut que Jésus Christ s’en mêle avec nous, ou nous avec lui ; que nous opérions en lui et lui en nous ; que nous parlions comme lui et en son esprit, ainsi que lui-même était en son Père, et prêchait la doctrine qu’il lui avait enseigné. Il faut donc, Monsieur, vous vider de vous-mêmes pour vous revêtir de Jésus Christ… Si celui qui guide les autres, qui les forme, qui leur parle, n’est animé que de l’esprit humain, ceux qui le verront, qui l’écouteront et qui s’étudieront à l’imiter deviendront tous humains : il ne leur inspirera, quoi qu’il dise et qu’il fasse, que l’apparence de la vertu, et non pas le fond ; il leur communiquera l’esprit dont lui-même sera animé, comme nous voyons que les maîtres impriment leurs maximes et leurs façons de faire dans l’esprit de leurs disciples… Pour en venir là, Monsieur, il faut que Notre Seigneur lui-même imprime en vous sa marque et son caractère… Notre Seigneur imprimant en nous son caractère, et nous donnant, pour ainsi dire, la sève de son esprit et de sa grâce, et étant unis à lui comme les pampres de la vigne aux ceps, nous faisons le même qu’il a fait sur la terre, je veux dire que nous opérons des actions divines, et enfantons, comme saint Paul, tout plein de cet esprit, des enfants à Notre Seigneur » (XI, 342-344 ».

 

 

Prière

Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas la charité, je ne suis plus qu’airain qui sonne ou cymbale qui retentit.

Quand j’aurais le don de prophétie et que je connaîtrais tous les mystères et toute la science, quand j’aurais la plénitude de la foi, une foi à transporter des montagnes, si je n’ai pas la charité, je ne suis rien.

Quand je distribuerais tous mes biens en aumônes, quand je livrerais mon corps aux flammes, si je n’ai pas la charité, cela ne me sert de rien.

La charité est longanime ; la charité est serviable ; elle n’est pas envieuse ; la charité ne fanfaronne pas, ne se gonfle pas ;

Elle ne fait rien d’inconvenant, ne cherche pas son intérêt, ne s’irrite pas, ne tient pas compte du mal ;

Elle ne se réjouit pas de l’injustice, mais elle met sa joie dans la vérité.

Elle excuse tout, croit tout, espère tout, supporte tout.

La charité ne passe jamais. Les prophéties ? elles disparaîtront. Les langues ? elles se tairont. La science ? elle disparaîtra.

Car partielle est notre science, partielle aussi notre prophétie.

Mais quand viendra ce qui est parfait, ce qui est partiel disparaîtra.

Lorsque j’étais enfant, je parlais en enfant, je pensais en enfant, je raisonnais en enfant ; une fois devenu homme, j’ai fait disparaître ce qui était de l’enfant.

Car nous voyons, à présent, dans un miroir, en énigme, mais alors ce sera face à face. A présent, je connais d’une manière partielle ; mais alors je connaîtrai comme je suis connu.

Maintenant donc demeurent foi, espérance, charité, ces trois choses, mais la plus grande d’entre elles, c’est la charité. (1Co 13, 1-13)

Luigi MEZZADRI, CM 🔸

Saint Vincent définit la Mission comme « un état d’amour, non seulement parce qu’elle vise à suivre la doctrine et les conseils de Jésus Christ, mais aussi parce qu’elle nous fait travailler à porter le monde à l’estime et à l’amour de Notre Seigneur ».

Traduction :

P. Emmanuel Patrick Issomo Mama CM

Illustration :

“Noli Me Tangere”. Hans Holbein le Jeune (1526 – 1528).  Royal Collection Trust, UK

Hommage aux personnes décédées dans la solitude et l’anonymat

Hommage aux personnes décédées dans la solitude et l’anonymat

ASSOCIATION MARSEILLAIS SOLIDAIRE DES MORTS ANONYMES (AMSMA)

C’est sous les flocons de neige que nous nous sommes retrouvés, le samedi 2 décembre, au matin, en Terres Communes du cimetière Saint-Pierre de Marseille, pour rendre hommage à toutes les personnes qui sont décédées cette année, dans la solitude et l’anonymat.

Madame Katia MASSELOT, accompagnée de deux autres chanteurs, a ouvert la célébration en chantant : « Aimer c’est tout donner…et se donner soi-même », des paroles de Thérèse de Lisieux et en nous invitant à reprendre le refrain. Par sa voix émouvante et par le choix de son premier chant, Katia a donné le ton de la cérémonie.

Après avoir salué les participants, Éric SAINT-SEVIN, le Président de « l’Association Marseillais Solidaires des Morts Anonymes » nous a fait observer que ce que nous étions en train de vivre dans le grand froid, exceptionnellement, était le quotidien de toutes les personnes qui sont sans domicile. Éric nous a ainsi ouvert un chemin qui nous rend encore plus solidaires de nos semblables.

La parole a été donnée, ensuite, à Monsieur Maurice REY, adjoint au Maire de Marseille. Une fois encore il nous a dit qu’il soutenait notre action, au sein de l’association et qu’il œuvrait, de son côté, pour que des caveaux soient bâtis et que s’améliore la situation.

Á l’énoncé de chaque nom et prénom, une rose était placée dans un grand vase pour constituer un magnifique bouquet.

La cérémonie s’est achevée par un moment de silence et de recueillement.

Bien entendu, chacun a pu, après, boire un bon café chaud avant de quitter le cimetière.

Le lendemain, dimanche 3 décembre, nous avons pris le temps de prier pour ces 27 personnes décédées sans famille en célébrant l’eucharistie à l’église Saint-Ferréol sur le Vieux-Port de Marseille.

Les membres de l’Association 🔸

C’est sous les flocons de neige que nous nous sommes retrouvés, le samedi 2 décembre, au matin, en Terres Communes du cimetière Saint-Pierre de Marseille, pour rendre hommage à toutes les personnes qui sont décédées cette année, dans la solitude et l’anonymat.

Plus d’Informations :

Association Marseillais Solidaires des Morts Anonymes

10 rue d’Austerlitz

13006 MARSEILLE

Tél : 06.67.51.67.38

marsolmortsanonymes@hotmail.fr

Lendemains de Fêtes

Lendemains de Fêtes

Depuis les prémices de l’année des « 400 ans », je note une efflorescence d’études, de recherches, de textes divers et internationaux. D’aucuns répètent, d’autres innovent. Mais je suis interrogé par la réflexion d’un confrère : « Après les célébrations conclues que restera-t-il de tout cela ? ». Lui, doute de quelque résultat. A-t-il raison de se projeter ainsi et nous avec lui ? Permettez-moi d’interroger Monsieur Vincent dans les deux pages requises de l’auteur par la commission qui gère C’Mission

Je regarde sa ténacité : de son vivant, Folleville impulse quelques 840 missions sur Paris et ses alentours tandis que, par les autres maisons, les missionnaires[1] touchent environ un tiers du territoire français. Il va répétant pour se tenir sur la défensive identitaire : « notre principal est l’instruction du peuple de la campagne » (IV, 42). Les charités sont systématiques et clôturent chaque mission ; elles sont d’autant jusqu’à la mort du fondateur et ne peuvent être recensées avec précision. Mais il y a les à-côtés : les exercices spirituels ouverts à tous et c’est là une originalité, soit pour le seul saint Lazare 700 ou 800 à personnes par an (Soit 20.000 entre 1634 et 1660). J’aime relire sous la plume avertie de J-M Roman, les œuvres mal connues : les prédications aux soldats, l’aumônerie des galériens, les interventions ponctuelles efficaces dans les régions dévastées et les œuvres conséquentes, telles que les enfants trouvés, les mendiants, le prisonniers, les esclaves, les malades, les aliénés, les orphelins, les inondés, les paysans déplacés, les religieux et religieuses déplacés, les prêtres appauvris, les exilés etc. Ténacité aussi dans la formation des prêtres en contribuant à l’ouverture de séminaires dans un contexte très favorable (Olier et st Sulpice (voyez l’exposition en cours dans l’église), Bérulle et l’Oratoire, Jean Eudes et des évêques sensibles à ce problème) quelques 400 prêtres par an, sortent des séminaires vincentiens. Les conférences des mardis prolongent cette institution et assurent la permanence de la formation initiale.

Ténacité enfin du côté de Châtillon avec les confréries, et l’élan caritatif donné à partir de cette source perpétuelle ; les dames de condition s’associent de la même manière une fois Vincent à Paris : elles découvrent la personne du pauvre et du même coup se sanctifient. Bloquées par leur rang et leurs obligations mondaines, elles passent la main à leurs servantes dont certaines vont se regrouper en compagnie des Filles de la charité sous la houlette de ste Louise de Marillac et de l’exemplaire Marguerite Naseau. Et suivront aussi toute l’animation spirituelle et des œuvres charitables propres à leur génie féminin.

Ténacité des propos aussi : un principe l’anime : « tenir bon ». Par exemple cultiver les fruits acquis et semer ailleurs comme il le dit à propos de l’expansion de l’Eglise : « Vous voyez que les conquérants laissent une partie de leurs troupes pour garder ce qu’ils possèdent, et envoient l’autre pour acquérir de nouvelles places et étendre leur empire. C’est ainsi que nous devons faire : maintenir ici courageusement les possessions de l’Église et les intérêts de Jésus-Christ, et avec cela travailler sans cesse à lui faire de nouvelles conquêtes et à le faire reconnaître par les peuples les plus éloignés » (septembre 1656 aux missionnaires sur l’Eglise-XI, 355). Il applique à l’activité missionnaire ce qui est une clé de base pour l’avancement spirituel : « il faut grâce pour commencer ; il en faut encore pour persévérer jusqu’à la fin » (I, 356). Ainsi de la Bonne Nouvelle, ainsi de l’activité caritative : il faut l’aide divine pour continuer, sinon le fruit tourne vite à l’aigre.

Que nous reste-t-il à faire ? Tout. L’histoire et sa célébration sont des sortes de tremplins pour mieux rebondir. Beaucoup est à inventer pour aujourd’hui sur le plan de l’Annonce de l’Evangile : initiation, problématique du langage, décalages de toujours entre la pensée théologique et la vie compliquée de beaucoup, méconnaissance de Dieu, de Jésus-Christ, de l’Evangile et surtout d’une Eglise trop sophistiquée et hyper structurée; accompagnement des personnes ; aides des réseaux de contact et de vie ; rassemblements de la vie cultuelle : apprentissage et pratique sacramentelle. Que faire de solide et de vérifiable qui soit ajusté, dans ce pays qui vit naitre st Vincent, il y plus de 400 ans ? Et au plan caritatif ? On vient de parler de changement systémique. Est-ce acquis et suffisant ? En Europe, l’heure serait à « l’entreprise bienveillante » me souffle un homme d’affaire avisé de sensibilité chrétienne, c’est-à-dire donner à la personne que nous rencontrons, ses meilleures chances en lui permettant d’exprimer ce qu’elle porte de meilleur en elle. Cela demande de notre part beaucoup d’attention, de complicité, de délicatesse, d’écoute, de proximité, de savoir-faire pour comprendre et aimer et pour aimer en comprenant. Voilà une attitude vincentienne par excellence

Une chose me titille : j’ai vu ce vaste rassemblement romain appelé « symposium ». Une réussite et un chiffre impressionnant de 11.000 participants, sources romaines ! J’ai entendu des paroles stimulantes pour l’ensemble de la famille vincentienne, nouvelle réalité aux expressions les plus variées, soit modestes, soit fort actives. L’ardeur manifestée, l’enthousiasme collectif, la fascination du nombre enjolivent l’avenir. Bravo aux organisateurs et merci aux participants !

Mais je ne cache pas que je rejette tout amalgame. Si tout se retrouvait dans un vaste ensemble incolore et activé par des principes généraux, le dommage pourrait être considérable. Chaque partie de la famille doit garder ses caractéristiques propres. Un exemple : trois vertus de service pour les filles de la charité, cinq vertus apostoliques pour les confrères de la Mission et non une mixture indifférenciée offerte à tous. St Paul nous inspire : nous sommes un corps et chaque membre apporte sa spécificité, son utilité et sa place irremplaçable pour que l’ensemble vive en harmonie. Chaque groupe est unique en soi et étroitement solidaire. Pour une vraie synergie, il convient de cultiver nos différences réciproques. Ne tombons pas dans la tentation facile d’un conglomérat mais décidons de vivre distincts et complémentaires. La volonté authentifie le désir d’agir ensemble. La richesse ne peut venir que de chaque esprit d’origine. Le seul argument fructueux est issu du charisme de st Vincent, lié à sa personne, à son histoire, aux raisons qui l’ont conduit à donner telles réponses à tels besoins, de telle manière par telle fondation. De cette entreprise naît l’esprit vincentien qui demande toujours actualisation et fécondité pour le monde présent. Pour que vive l’authenticité de l’ensemble, que soit vive et généreuse l’esprit et l’action de chaque branche.

Et provocation possible encore : pourquoi pas de nouvelles créations ? Le prédicateur de la retraite d’Ars, Luigi Mezzadri, jamais assez remercié,  a donné beaucoup à penser ; il faudra en reparler….

Jean-Pierre RENOUARD, CM 🔸

Que nous reste-t-il à faire ? Tout. L’histoire et sa célébration sont des sortes de tremplins pour mieux rebondir.

Notes :

[1] Mezzadri-Roman, Histoire de la Congrégation de la Mission Tome I, DDB, 1994.

Un Missionnaire comme Pasteur

Un Missionnaire comme Pasteur

En octobre 2014, le visiteur me demande de prendre la paroisse Saint Vincent Notre Dame du diocèse d’Air et Dax. Moi, lazariste chilien, c’était un beau cadeau, puisque je serai le pasteur de cette nouvelle paroisse de huit communes et parmi elles le village du Puy, le lieu natal de Saint Vincent de Paul, le lieu du Berceau de Saint Vincent de Paul.

Dans ma tête sont venus pas mal de pages de la vie de notre Saint fondateur, parti de sa vie et aussi le désir de pouvoir aller au service de nos frères de la campagne. Une réalité se répète, du vécu du 17 siècle et du vécu aujourd’hui. La différence c’est qu’au 17 siècle il y avait trop de clergé qui désertaient la campagne et aujourd’hui le manque de prêtres. Dans les deux cas le peuple de Dieu de la campagne reste le point commun.

Dans ce contexte, et bien d’autres aspects bien sûr, j’ai pris cette paroisse comme missionnaire et pasteur.

Comme missionnaire (Lazariste), je suis envoyé pour annoncer la Bonne Nouvelle. Une annonce en communion avec l’Église de Dax. J’en ai profité chaque moment pour parler de l’Évangile et d’y revenir tant que possible. Le moment privilégié les homélies pendant la messe. Partager quelques réflexions et d’approcher l’Évangile aux gens. Je suis convaincu que l’Évangile nous pouvons le vivre dans le quotidien. Si Dieu s’est fait homme c’est pour faire demeure parmi nous, mais aussi pour nous porter vers son Père et notre Père.

Un autre moment pour partager la Bonne Nouvelle c’était les rencontres avec les groupes de service de la paroisse : L’EAPP, le CPP, les équipes liturgiques, le SEM, le Caté, etc. Avec eux j’ai cheminé pour faire passer le message d’être un corps et pas n’importe quel corps mais le Corps du Christ. Les structures que nous connaissons dans la vie de l’Église parfois occultent, cachent une belle réalité de notre être Église, faire partie du Corps du Christ, membres de ce Corps, des Pierres vivantes du Temple. Nous ne sommes pas des fonctionnaires de l’Eglise, mais des Disciples et Missionnaires. Quand la réalité frappe si dur à nos Églises, nous sommes invités à conforter et préparer ce peuple à se prendre en responsabilité et de continuer la vie de la foi, dans la foi. Je pouvais faire part d’autres réalités que j’ai connu et accompagné où le prêtre n’est pas présent tout le temps et parfois une seule fois par an, et que malgré cette absence la communauté continue à vivre sa foi. Il peut manquer des prêtres, mais jamais manquera le Pasteur.

Pendant ces trois années j’ai vécu ma vocation pleinement comme missionnaire et pasteur. J’étais fier et content de pouvoir accompagner ce peuple avec ses fragilités mais aussi avec ses belles forteresses. Je ne suis pas sur si j’ai fait un bon travail, mais je me suis donné tout entier à la Mission de l’Église comme Missionnaire et Pasteur. Merci beaucoup pour cette belle expérience, merci au peuple de la paroisse Saint Vincent Notre Dame, merci à la Congrégation pour me permettre de vivre c’est aspect de notre être Lazariste. J’ai vécu une Mission de trois ans, j’étais pendant trois ans un pasteur missionnaire.

P. Neftali SHAW, CM 🔸

Si Dieu s’est fait homme c’est pour faire demeure parmi nous, mais aussi pour nous porter vers son Père et notre Père

Adresse actuelle du Père Neftali :

Communauté de Valfleury

Résidence du Sanctuaire

3, rue du Genêt d’Or

42320 Valfleury – France