La Conférence Saint Vincent de Paul « Saint Fuscien – Au cœur de l’Autre »

Une maraude « Cœur de Nuit » a vu le jour en 2017 soutenue par la Conférence Saint Vincent de Paul – Sainte Anne à AMIENS. Cette maraude s’est renforcée au fil du temps et avec la crise du Coronavirus, la diversité des actions s’est développée : Maraude, Vesti-boutique, Aide Alimentaire, Aide sociale, Cellule d’écoute. Cette Maraude « cœur de Nuit » est devenue « Conférence Saint Vincent de Paul – Saint Fuscien au cœur de l’Autre ». Lycéens, Etudiants, jeunes parents s’y investissent.

Pierre Marionneau

La Conférence Saint Vincent de Paul « Saint Fuscien – Au cœur de l’Autre »

Une maraude « Cœur de Nuit » a vu le jour en 2017 soutenue par la Conférence Saint Vincent de Paul – Sainte Anne à AMIENS. Cette maraude s’est renforcée au fil du temps et avec la crise du Coronavirus, la diversité des actions s’est développée : Maraude, Vesti-boutique, Aide Alimentaire, Aide sociale, Cellule d’écoute. Cette Maraude « cœur de Nuit » est devenue « Conférence Saint Vincent de Paul – Saint Fuscien au cœur de l’Autre ». Lycéens, Etudiants, jeunes parents s’y investissent.

La maraude

Suivant les endroits visités dans le centre-ville d’Amiens, la gare, la rue des 3 Cailloux, le quartier Saint Leu, le parc de l’évêché, les rencontres avec ceux de nos frères et sœurs qui vivent dans la rue, sont plus ou moins nombreuses. Cependant, même rapides ou fugaces, ces contacts avec Benoit, Quentin, Romain … ne laissent pas indifférents. Certains n’aspirent qu’à une seule chose : une nuit au sec et au chaud, dans un lit et par-dessus tout, une douche. Mais certains ont des animaux de compagnie et les hébergements adéquats sont limités sur Amiens. 

Témoignages sur la maraude

Thomas (lycéen en Seconde) : « Alors dans cette maraude j’ai découvert notamment la relation « sdf ». C’est assez spécial mais ça fait du bien, ça te libère sur le coup. »

Marie (étudiante à Amiens en Anglais) : « La maraude pour moi c’est un moyen non seulement de garder les pieds sur terre, mais aussi de rencontrer des gens, des personnes que l’on croise peut-être tous les jours mais à qui nous ne prêtons pas attention, de passer un petit moment avec elles, de partager un café et de discuter. Ça coûte rien, ça leur donne le sourire et à moi aussi. »

L’aide Alimentaire

Avec la crise du Coronavirus, des personnes se trouvent en difficultés pour s’alimenter. La conférence Saint-Vincent-de-Paul « Saint Fuscien – au cœur de l’Autre » a pu bénéficier de dons financiers, de denrées alimentaires apportées dans les églises Sainte Anne, Saint Acheul, Cœur Immaculée et Jeanne d’Arc. Le magasin Intermarché d’Amiens lui a permis de faire des collectes de denrées alimentaires (Œufs, Riz, Pâte, Boite de Thon, Boite de Sardine, Boites de conserve (Ravioli, Haricots Verts, Petit Pois etc …). Les établissements scolaires Sainte Clotilde, Sacré Cœur et la Providence ont faits des dons en denrées alimentaires suite à leurs fermetures temporaires. Depuis, le mois de Juin 2020, tous les samedis matins, la Conférence bénéficie des invendus de la semaine (fruits, yaourts, légumes etc …). Tous les samedis a lieu une distribution de denrées alimentaires pour une vingtaine de familles. Pour la plupart, elles sont portées au domicile des personnes, ce qui permet un temps de partage et d’aide sociale.

Vesti-boutique

Suite à une collecte de vêtements faite par l’équipe des Scouts de France de Saint Acheul à Amiens, une vesti-boutique s’est ouverte dans le sous-sol de l’église Saint Honoré. Elle est ouverte le premier samedi de chaque mois de 10 h à 16 h. Les personnes à la rue et des familles viennent ainsi se vêtir et trouver des chaussures à leurs pieds. Ils peuvent donner s’ils le peuvent une participation financière. C’est le lieu d’un premier contact qui peut se poursuivre avec une aide alimentaire. A Noël, les enfants ont pu repartir avec un jouet.

Témoignage sur la vesti-boutique

Mélanie (mère de famille, Professeur de Lettres) : « le confinement a été l’événement déclencheur pour montrer que c’est possible de donner du temps en travaillant et en étant mère de famille. D’ailleurs toute la famille a été embauchée. »

Afin de répondre au mieux aux différents besoins, la Conférence vient d’acheter un local à proximité de l’église Sainte Anne où elle pourra stocker les denrées alimentaires.

Contacts :

Mélanie KAZUMBA, 06 62 49 40 10

conference.stfuscien@gmail.com

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La Mission Scolaire en temps de pandémie

La rentrée 2020-2021 fut un peu particulière pour la Mission Scolaire. Les 7 mois précédents ayant été marqué par la Covid 19 (et toujours aujourd’hui), j’ai choisi comme thème d’intervention de faire avec les jeunes une relecture de cette période de confinement. Le but étant de leur permettre d’exprimer leurs ressentis, leur vécu, leur questionnement, leurs découvertes, leurs peurs …

Eric Ravoux

La Mission Scolaire en temps de pandémie

La rentrée 2020-2021 fut un peu particulière pour la Mission Scolaire. Les 7 mois précédents ayant été marqué par la Covid 19 (et toujours aujourd’hui), j’ai choisi comme thème d’intervention de faire avec les jeunes une relecture de cette période de confinement. Le but étant de leur permettre d’exprimer leurs ressentis, leur vécu, leur questionnement, leurs découvertes, leurs peurs …

La première question que je leur posais concernait leur habitat, où avaient-ils vécu le confinement ? La question peut paraître saugrenue, mais le lieu de confinement joue beaucoup sur l’expérience vécue. Les jeunes des quartiers nord de Marseille ou de Nice n’ont pas tout à fait vécu la même chose que ceux de Châtillon-sur-Seine en Côte-d’Or.

Pour ceux qui le vécurent en appartement, le temps de confinement fut plus durement ressenti. Sentiment d’enferment difficile à gérer dans le temps, bien qu’il offrit à beaucoup une bonne période de repos. Un enfermement qui fut souvent la cause de tension au sein de la famille. Même si beaucoup de parents ont continué à travailler en extérieur, la vie de famille fut une découverte, ou une redécouverte, pour beaucoup, et se retrouver les uns avec les autres H24 du jour au lendemain, ne fut pas sans conséquences. Tiraillements avec les frères et sœurs, prises de bec avec les parents, sentiment de solitude quand enfant unique. Toutefois, ce temps permit aussi à bon nombre de tisser de nouveaux liens, de vivre des rapprochements familiaux. Passer plus de temps ensemble en famille rendit possible une meilleur connaissance, de poser une parole, de renouer des liens avec l’un ou l’autre, « mon père n’est plus un étranger ! » dit même un jeune.

Pour ceux qui le vécurent à la campagne, en extérieur, les tensions furent plus ténues, chacun ayant l’occasion de prendre l’air de son côté. Le climat aidant, beaucoup passèrent du temps en promenade, dans le jardin, ce qui rendit la situation beaucoup plus vivable, bien qu’un sentiment d’enfermement fût également ressenti au bout d’un mois : « je ne pouvais pas me déplacer comme je voulais ! ».

Mais c’est la relation, ou plutôt la non-relation, aux autres, aux amis, à la famille élargie, qui occasionna le plus de frustration. Et là je dois dire que je fus fort satisfait de leurs remarques. Alors qu’on dit des jeunes qu’ils passent plus de temps rivés sur leurs écrans qu’en relation directe, et les caricatures sur ce fait ne manquent pas, dans la réalité il n’en est rien. La grande majorité admis que devoir se contenter de la vidéo pour parler à ses amis fut une épreuve frustrante, dont ils se lassèrent vite. Ne pas être en mesure de voir ses amis, ses cousins-cousines, ses grands-parents, fut lourd à porter. Et de conclure unanimement qu’aucune technologie ne peut remplacer le contact direct, physique, tactile, avec les personnes que l’on aime. Cette prise de conscience de l’importance de la relation physique à l’autre est sans doute la plus belle découverte qu’ils aient pu faire. Découverte qui perdure dans une frustration qui malheureusement persiste dans le simple fait de ne pas pouvoir prendre leurs grands-parents dans les bras, les embrasser, les toucher, pour ne pas les mettre en danger. Et nous vivons tous cela avec peine.

Ce qu’ils retiennent également de ce temps est le silence dans lequel ils furent soudainement plongés. Silence auquel nous sommes peu habitués. S’il occasionna quelques angoisses chez certains, pour la plupart il fut vécu comme un heureux étonnement. Vivant en ville ou à la campagne, des bruits et des sons jusque-là inaudibles firent leur apparition. Chants d’oiseaux, croassement de grenouille, … Chants d’oiseaux qui retentirent jusque dans les appartements et enchantant des oreilles peu habituées à les entendre.

Mais difficile d’aller beaucoup plus loin quant à notre rapport à la nature et aux conséquences de notre mode de vie sur le reste du Vivant. Une remarque émanant de collégiens résume à elle seule leur sentiment, leur incompréhension : « le confinement, je l’ai vécu comme une punition. C’est comme si la nature nous avait puni pour l’avoir maltraité et nous mettait de côté ». Sans avoir forcément les mots pour le dire, sans en avoir pleine conscience ni compréhension, une sorte de culpabilité c’est installée dans l’esprit de beaucoup : « et si c’était de notre faute !? ».

Chaque jour, à la TV, à la radio, sur les réseaux sociaux, nous est fait la liste des aggravations et autres cataclysmes qui frappent de plus en plus notre planète, comme une sombre litanie. Pas un jour sans que nous soit rappelé notre impact sur le réchauffement climatique, la destruction de la biodiversité, l’épuisement des ressources et autres pollutions en tous genres. L’énumération est une chose …, l’appréhension, la compréhension et l’action en sont une autre ! Inconsciemment ou consciemment, les jeunes pressentent que notre système, notre manière de vivre est inadéquate avec notre environnement, nous allons droit dans le mur, mais aucune alternative ne leur est sérieusement présentée, aucune sérieuse option ne leur est exposée. Rien ne les prépare à un avenir qu’ils savent devoir être transformé. Et ils réalisent qu’ils sont formés, éduqués comme si rien ne devait changer, alors que demain sera tout autre. Leur inquiétude est grande !

Ce qu’ils ont du mal à gérer est le sentiment de non-control. Les choses semblent leur échapper totalement, plus personnes leur semblent avoir la mainmise sur les évènements, et cela les inquiète fortement. L’humain, en cette période, leur est également apparu comme très fragile, vulnérable. Cette vulnérabilité est pour la plupart d’entre eux une réalité nouvelle, soudaine, à laquelle rien ne les a préparés. Loin de l’humain tout-puissant, bardé de technologie et de certitudes, ils découvrent la faiblesse, la fragilité et la pauvreté de leur condition. Et cela aussi peu faire peur. Face à cela, avec l’inquiétude, nous trouvons aussi une grande lassitude, de la résignation : « Que peut-on y faire ?! ».

Et il y a la révolte, ils sont révoltés. Ils ont le sentiment qu’on leur vole leur liberté, « c’est notre jeunesse qui est gâchée, nous ne pouvons plus rien faire !! ». Pour une grande majorité de jeunes, cette entrave à leur liberté est insupportable, on les empêche de vivre leur jeunesse. Certes, ils en comprennent le but, mais c’est avec véhémence et fougue qu’ils n’en expriment pas moins leur “ras-le-bol”. Masque, couvre-feu, confinement, … tout devient alors prétexte pour contourner les règles, braver les interdits et défier l’autorité. Cette véhémence pourrait paraître un peu exagérée pour un quinquagénaire de mon espèce. Pourtant, ils n’ont pas tort, c’est bien une alerte qu’ils nous lancent. « La liberté se meurt en toute sécurité », tels sont les mots qu’on peut voir inscrit de plus en plus sur nos murs. La Liberté est sans aucun doute la valeur la plus chère à notre humanité, celle pour laquelle on donnerait sa vie, et c’est non sans raison qu’elle est la première des trois principes de la devise française et de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Encore faut-il s’entendre sur ce qu’on qualifie de liberté, mais ce n’est pas ici le lieu d’en débattre. Or, cette valeur Liberté est en passe d’être supplantée par une autre, pour notre plus grand malheur. Depuis des années, nous sommes plongés dans un contexte anxiogène largement alimenté par les médias de tous poils et sur lequel surfent avec plaisir les politiques de tous bords. Inquiet, apeuré, voire paniqué, le peuple crie sa soif, sa soif de SECURITE !!! Et voilà comment on remplace une valeur par une autre, ce qu’aujourd’hui les jeunes dénoncent. Car pour assurer notre Sécurité nous acceptons sans rien dire de voir nos Libertés muselées. Réalisons un instant que notre pays vit en “Etat d’Urgence” depuis 2015 (avec inscription dans le Droit Commun de plusieurs mesures), Etat prolongé jusqu’en septembre prochain dans l’indifférence générale. Je ne débattrai pas ici du bien-fondé de ces mesures d’exception aux vues des circonstances que nous traversons, mais les jeunes nous disent clairement ATTENTION, restons vigilant, n’oublions pas nos fondements.

Dans le contexte qui est le nôtre aujourd’hui, l’éducation est primordiale pour faire de nos jeunes des adultes responsables pour demain.

Cela commence en famille. Les différences d’approches sont grandes suivant les milieux familiaux, différences faciles à discerner en fonction des remarques des jeunes.

Il y a ceux qui se cachent derrière un déni total de la gravité de la situation, déni sans aucun doute calqué sur celui des parents, invoquant facilement complots et manipulations médiatiques. Ils sont particulièrement prolixes et on réponses à toutes tentatives d’objectivation.

Il y a ceux (majoritaires) qui éludent le problème car n’y entrevoyant aucune solution. Chez eux c’est le plus souvent l’inquiétude et la peur qui murent dans le silence. Inquiétude, peur, alimentées par une grande ignorance de ce qui se passe autour d’eux. Les parents doivent certainement être dans le même état d’esprit. Ils ne nient pas la situation alarmante dans laquelle nous nous trouvons, mais ne cherchent pas plus à la comprendre, à prendre du recul, ils se contentent du 20H. Aussi la peur l’emporte, peur silencieuse, qui ne se dit pas, mais qui paralyse. Pour eux un seul mot d’ordre : surtout ne changeons rien à notre ordinaire, c’est aux dirigeants de trouver des solutions pour nous !!

Et puis il y a ceux (un petit nombre) qui ont la chance, oui la chance, d’évoluer dans des familles qui ont décidé de prendre le taureau par les cornes et, conscient de leur responsabilités, choisissent de changer petit à petit de mode de vie, de revoir à la baisse leur impact sur l’environnement, adoptent la sobriété comme ligne de conduite. Ces familles sont le plus souvent bien informées, cultivées et engagées. Une confiance certaine en eux-mêmes motive leur engagement et leurs actions. Cette confiance, nous la retrouvons logiquement dans leurs enfants car loin des peurs qui paralysent tant d’autres, ils entrevoient des possibles. Chez eux le changement ne fait pas peur et règne en leur esprit un certain optimisme. Je peux également remarquer chez ces jeunes une bien plus grande intériorité que chez les autres, qui laisse deviner une grande source spirituelle nourrissant leur famille, et je dis bien spirituelle et non pas religieuse, ce n’est pas la même chose.

Education dans les familles qui ne saurait se faire sans une éducation en milieu scolaire. Depuis le temps que je tourne sur les établissements vincentiens et autres, je suis bien obligé de constater que là, le bât blesse ! Certes l’éducation nationale a bien intégré à ses programmes les questions climatiques, écologiques et de biodiversité. Mais malheureusement celles-ci se retrouvent bien trop souvent reléguées à quelques heures de cours en SVT. Et pour arranger le tout, force est de constater que la plupart du corps enseignant, les profs, se retrouve dans la même situation que leurs élèves : seul face à leur questionnement sans réponses !!! Comment en effet éveiller et former des jeunes pour être acteurs de leur vie dans un plus grand respect de la Création, comment les ouvrir à une plus grande intériorité pour en faire de futurs adultes réfléchis et pausés, optimistes et sûr d’eux, quand tout ce qui est demandé est de fabriquer, de formater de futurs acteurs économiques, plus soucieux de Croissance que d’Ecologie Intégrale ??!!

Au milieu de tout cela, il y a des petites merveilles, dont la Solidarité est non des moindres. Ce temps de pandémie et de confinement à répétition nous aura également permis de tourner notre regard vers l’autre. Il est un exemple qui m’a particulièrement marqué. Dans les Quartiers Nord de Marseille, au sein desquels se trouve le lycée professionnel Saint Louis. Tout en continuant leur commerce local “cage d’escalier” (ils ont même mis au point des Drive …!), des jeunes ne s’en sont pas moins souciés des habitants de leurs immeubles, organisant la livraison à domicile des courses des personnes âgées et des mères isolées. Un exemple parmi tant d’autres montrant que tout n’est pas perdu, et qui me permit d’aborder ce que nous vivons au regard de la Foi.

La peur qui saisit nombre de nos concitoyens, pousse malheureusement une grande partie d’entre nous au repli sur soi. Je vais donc essayer de me rassurer. Comment ? En consommant. Je me mets à amasser, tout et n’importe quoi (surtout n’importe quoi …) pour me rassurer. Il suffisait de voir les étals des supermarchés et les montagnes débordants des cadis le samedi 14 mars 2020 pour le vérifier, et qu’importe s’il ne restait plus rien pour les autres, qu’importe si j’allais devoir bouffer des pâtes et du riz les 10 prochaines années, …, et du papier toilette … Qu’importe, nous avons amasser plus que de raison, sans penser aux autres, pour nous rassurer. Et cela a continué. Combien de jeunes ont pu me dire avoir fait exploser la Carte Bleue (la leur ou celle des parents) en commandes en ligne durant le premier confinement, et la plupart du temps sans besoins réels, pour se rassurer de leur propre aveu.

La peur qui me rend cupide et m’incite à accaparer, à amasser, toujours plus. Cela devient mon seul objectif, largement attisé par la société de consommation qui est la nôtre. Pour me rassurer, je tends vers la recherche fébrile du plaisir immédiat de la livraison en moins de 24 heures. Mais force est de constater que cela ne me rassasie pas, au contraire. Chaque jour un peu plus je m’éloigne de l’autre pour ne plus penser qu’à moi et à mon petit cercle, ceux qui me ressemblent, à mon confort. Et s’installe alors la division, la séparation, … le Diable (du grec diabolos : celui qui désunit, divise, qui inspire la haine ou l’envie) ! En accaparant toujours plus, en voulant mettre la main sur tout, je prive les autres, beaucoup d’autres, je creuse les inégalités et je cause les conflits, ce que saint Jean-Paul II appelait justement les structures du péchés de notre société.

Tout l’inverse du Plan de Dieu ! Le 6e jour, Dieu créa l’Humain à son image et lui confia la Création pour la garder et la cultiver pour les générations à venir, et non pour la réduire à néant. Avec Jésus, c’est tout le sens du partage et du service qui s’exprime, la notion du don, du don de soi. Qui n’a jamais ressenti joie et fierté en rendant service à quelqu’un ne pouvant nous rendre qu’un merci et un sourire ? Les jeunes sont très sensibles à la question du service, mais ne prennent pas le temps d’en comprendre tous les biens-faits, « c’est normal ». Non, ce n’est pas normal, c’est essentiel, et d’autant plus vivifiant lorsqu’il est vécu avec amour.

Le Christ Jésus, dans sa Pâques me montre le Chemin, celui du don ultime, par amour. En donnant sa vie, par amour, il remporte la Victoire, il gagne, et ressuscite. Le voilà le CHEMIN que nous pouvons tous arpenter : donner de ma personne, être tourné vers les autres, vivre la solidarité, le partage, … la Charité. Vivant cela dans la gratuité, je ne peux que ressentir joie, bonheur, fierté, … un sentiment de plénitude qui me dit que je suis en VERITE avec moi-même, avec l’image de Dieu qui est en moi. Ma vie prend alors tout son sens, je ne suis pas là par hasard mais pour donner le meilleur de moi-même, la VIE. Alors monte en moi une envie folle de continuer, d’aller plus loin, envie de me libérer de toutes ces entraves qui me retiennent et m’emprisonnent, qui m’empêchent de mettre les voiles pour aller vers …, vers l’autre. Envie de plus de simplicité, de sobriété, envie de me désencombrer pour pouvoir me mettre en mouvement, envie de liberté … La voici la vraie LIBERTE, celle qui me permet de me mettre en route … « Allez, … prenez la route à travers villes et villages, annoncez la Bonne Nouvelle, et de toutes les nations, faites des disciples, pour un monde meilleur … ».

Il y aurait là bien des matières à creuser et à développer, et à intégrer aux Projets d’Etablissements et aux Projets Pastoraux. L’enjeu est essentiel pour notre avenir et des plus stimulants dans sa mise en place et son élaboration.

Voici ce que je pouvais vous partager de ma mission au sein des établissements scolaires vincentiens.

 

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Homélie des funérailles du P. Bernard Pichon CM. 31 mars 2021 en la Chapelle Saint Vincent de Paul à Paris

L’un de tes confrères, Marius Denigot, écrit dans ses remerciements à la fin de son ouvrage « Villebon-sur-Yvette, notre histoire » : « Nous le savions déjà, le Père Bernard Pichon fut le maître d’œuvre de la découverte du Villebon géographique, par ses observations, ses commentaires de spécialiste en la matière ... et un ouvrier de la première heure pour l’ouvrage. »

Philippe LAMBLIN CM

Homélie des funérailles du P. Bernard Pichon CM. 31 mars 2021 en la Chapelle Saint Vincent de Paul à Paris

Cher Bernard. L’un de tes confrères, Marius Denigot, écrit dans ses remerciements à la fin de son ouvrage « Villebon-sur-Yvette, notre histoire » : « Nous le savions déjà, le Père Bernard Pichon fut le maître d’œuvre de la découverte du Villebon géographique, par ses observations, ses commentaires de spécialiste en la matière … et un ouvrier de la première heure pour l’ouvrage. »

Si quelqu’un perdait le nord à Scy-Chazelles, à Dax, à Cuvry, à Villebon, à Metz-Belletanche, et ici à Paris, ton écoute, ta bonhommie, ton expérience, ton souci de l’autre, il pouvait compter sur ta confiance et ta générosité naturelle.

Cet après-midi, pour accompagner ton dernier voyage, à la suite de Jésus, tu nous dis : « regardez les oiseaux du ciel : ils ne font ni semailles, ni moisson ! » et aussi : « Observez comment poussent les lis des champs : ils ne travaillent pas, ils ne filent pas. » Et Jésus ajoute un peu plus loin : « Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa justice. »

Depuis le 27 octobre 1946, date de ton entrée au Séminaire Interne, tu as souvent médité cette parole de Jésus, quand tu relisais les maximes évangéliques des Règles Communes de la Petite Compagnie, où st Vincent de Paul cite Jésus : « Cherchez premièrement le royaume de Dieu et sa justice. »

Les Règles communes t’ont collé à la peau toute ta vie, et particulièrement les 5 vertus puisées dans les conseils évangéliques : la simplicité, l’humilité, la douceur, la mortification et le zèle. A travers chacune d’elles, nous retrouvons l’un des visages du fils de Joseph et de Marie, non pas de Nazareth, mais Pichon, originaire de Scy-Chazelles, ce village logeant la Moselle, au pied du Mont Saint Quentin, fortifié pour veiller et défendre Metz.

Bernard, le terroir de Scy-Chazelles, sur les côteaux du Mont Saint Quentin, dans les petits clos de vignes qui bordent la route de Lessy, tu as appris à l’aimer avec tes deux frères et tes deux sœurs. C’est là qu’est née ta vocation comme celle de ta sœur Marie-Louise, Fille de la Charité.

Cependant, tu n’attendais pas que le Père céleste t’appelle et te nourrisse, tu n’espérais pas que les choses tombent du ciel.

En 1944, tu as eu 19 ans quelques jours après le débarquement en Normandie, à peine 3 mois après, tu t’engages volontairement pour une durée incertaine, car il fallait en finir avec une idéologie mortifère et tu seras démobilisé au début de l’année 1946. A la rentrée, tu rejoindras Dax pour entrer au séminaire interne et te préparer à devenir prêtre de la Mission pour célébrer la messe, pour continuer à dire les paroles de Jésus sur le pain et le vin. En cette veille de Jeudi Saint, où tous les prêtres aiment revivre ensemble la Cène, comme Jésus l’a vécu avec ses disciples, chacun de tes confrères ici présents aurait aimé te savoir à leurs côtés, ou plutôt à la place que tu t’étais réservé dans ce chœur pour prononcer dignement, la main étendue vers le pain de la patène et vers le vin du calice : « prenez et mangez, ceci est mon corps ; prenez et buvez, ceci est mon sang ».

Le blé pour le pain et le raisin pour le vin, la terre de Scy-Chazelles les produisait depuis des centaines années. La vigne se trouvait dans les hauteurs, les céréales étaient cultivées au bas du village. Entre les deux une zone fruitière avec les fraisiers, les framboisiers et les mirabelliers.

Quel bonheur pour toi, Bernard, de dire : tu es béni, Dieu de l’univers, toi qui nous donnes ce pain et ce vin, fruits de la terre et du travail des hommes. Fruits de la terre…

La terre, tu nous dirais que nous ne devons pas que l’aimer et l’admirer sur une carte ou en faisant tourner une mappemonde ou dans un film-découverte d’Arthus-Bertrand, car le Pape François dans son encyclique Laudato Si demande que nous protégions la terre, notre maison-jardin, car le monde naturel est l’évangile de la création.

Sans aucun doute, le Père Pichon, coiffé de son inséparable béret, vivait pour protéger la terre, sa terre.

Oui, tu as été heureux de vivre dans le parc de Cuvry, où tu as créé un arborétum, replanté des marronniers et des sapins dans le parc, soigner les pommiers du jardin, multipliant les fraisiers ; cette joie tu cherchais à la partager aux élèves de Cuvry tout en n’hésitant pas à aider ton frère François resté célibataire dans la ferme familiale. Et tu n’hésitais pas aussi à échanger avec les élèves lors de promenades dans l’allée des marronniers ou à les réjouir à la Saint Nicolas ou par un feu d’artifice.

Ton amour et ton respect de la terre que ce soit en cours de Géographie ou lors des échanges informels avec les élèves sont l’origine de tes Palmes Académiques par ton sens de la pédagogie auprès des adolescents, devenus tristes par des évènements familiaux de toute sorte.

Bernard, te souviens-tu comment ces palmes ont été retrouvées dans ta chambre à Belletanche ? Tombée derrière un meuble que nous allions déménager, je te la donne et tu me dis : « Je ne la méritais pas, je ne sais rien. »

Et si nous continuons ton parcours, nous arrivons à Villebon-sur-Yvette, où tu as collaboré pendant 4 ans au travail de tes confrères, comme je le rappelais il y a quelques instants.

Puis ce sera le retour en Lorraine, à Belletanche, où tu as assuré le service de l’aumônerie des Filles de la Charité, tout en veillant à l’avenir de Cuvry dans l’OGEC.

Ici, depuis que tu es arrivé dans cette maison, tu diras ouvertement que tu as fait un bon choix en acceptant d’être un peu coupé de ta terre natale. Tu apprécieras de parler avec des confrères, après un certain isolement à Belletanche. Nous avons pu nous taquiner avec toi, comme le font de bons amis. Tu nous as fait partager tes bons souvenirs. Tu as cherché à nous faire plaisir avec quelques bouteilles du vignoble Ste Françoise ou des Hautes Braies, tout en nous rappelant que les mirabelles de Lorraine avaient meilleur goût.

Tu rappelais que tu avais distribué la communion à M. Robert Schumann, l’un des pères de l’Europe, dans l’église de Scy-Chazelles.

Comme l’apôtre Paul, tu nous as transmis de la vie à travers des évènements, et comme Jésus, tu nous dis : « Ne vous souciez pas, pour votre vie, de ce que vous mangerez, ni, pour votre corps, de quoi vous le vêtirez. La vie ne vaut-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que les vêtements ? »

Enfin rendons grâce à Dieu, avec toi, Bernard, pour ton regard serein sur les évènements de la vie que tu nous as partagés.

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Des vies ont été empêchées, mutilées, parfois pour toujours…

« Des vies ont été empêchées, mutilées, parfois pour toujours », explique, dans une tribune au « Monde », Véronique Margron, la présidente de la Conférence des religieux et religieuses de France, qui appelle à une indispensable éthique de responsabilité de l’Église. Et à « réparer l’irréparable ».

Province de France Congregation de la Mission

Des vies ont été empêchées, mutilées, parfois pour toujours…

« Des vies ont été empêchées, mutilées, parfois pour toujours », explique, dans une tribune au « Monde », Véronique Margron, la présidente de la Conférence des religieux et religieuses de France, qui appelle à une indispensable éthique de responsabilité de l’Église. Et à « réparer l’irréparable ».

 

Article publié dans le journal Le Monde du 30 mars 2021 

Tribune. « Celui qui est resté passif sait qu’il s’est moralement rendu coupable chaque fois qu’il a manqué à l’appel, faute d’avoir saisi n’importe quelle occasion d’agir pour protéger ceux qui se trouvaient menacés, pour diminuer l’injustice, pour résister. »

Cette parole du philosophe Karl Jaspers (1883-1969), à propos de la « culpabilité allemande », dit pourquoi l’Eglise catholique ne peut pas ne pas reconnaître sa responsabilité dans les abus spirituels, les agressions sexuelles et les viols commis par certains de ses membres. Responsabilité dans le climat, voire le système, qui les a couverts, déniés, minimisés. Système qui aura ignoré, parfois dénigré les victimes et leurs proches, considérés comme la cause du scandale.

Les évêques de France, le 26 mars, ont clairement assumé la responsabilité de l’Eglise, « devant la société, en demandant pardon pour ces crimes et pour ces défaillances ». C’est un pas décisif. De son côté, la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise (Ciase) entame la rédaction du rapport qu’elle livrera à l’automne – rapport essentiel à la nomination et la compréhension de l’ampleur des crimes commis.

L’Église devra beaucoup à l’immense travail accompli par cette commission, comme elle doit plus encore aux victimes qui ont surmonté leur peur de ne pas être entendues, leur sentiment de honte, pour prendre la parole et réclamer l’engagement de l’institution, la reconnaissance du mal commis, la mesure du mal subi.

Répondre de la vie des victimes

Qu’est-ce qui oblige à la responsabilité ? L’authentique sensibilité au mal. Il ne s’agit pas seulement de répondre de soi, mais de répondre devant l’autre des fautes et des souffrances, de l’irréparable subi par l’enfant, l’adolescent violenté, l’adulte trahi dans sa confiance, fracassé en son âme autant qu’en son corps. Tous ceux qui exercent une charge dans l’Eglise catholique sont assignés à la responsabilité. A répondre de la vie des personnes victimes – vies martyrisées par le mensonge, la séduction vénéneuse, la lâcheté, la désinvolture, le refus de voir.

La responsabilité morale ne relève pas de la réciprocité, mais d’une dissymétrie envers l’humain vulnérable. Il s’agit de nous tenir pour responsables et pas seulement d’être considérés – à raison d’ailleurs – responsables par celles et ceux qui nous font confiance. La responsabilité n’est pas imputée simplement par autrui : elle relève de la décision de s’engager corps et âme à répondre à quelqu’un. Qu’il me le demande ou pas. Y compris pour ceux qui ont refusé de répondre et d’eux- mêmes et de leurs crimes. Par action ou par omission. La responsabilité est ici décision, appel irréfutable devant le visage sans défense.

« S’avouer responsable, c’est changer de position. C’est diminuer en prétention morale, en superbe spirituelle. C’est devenir plus modeste car c’est accepter de rendre des comptes »

L’auteur porte la responsabilité personnelle – pénale – de la violence qu’il a fait subir. Des ecclésiastiques portent une responsabilité pénale pour avoir couvert des crimes et soustrait à la justice des membres coupables d’actes ignominieux dans le cadre de leurs activités religieuses. Tous ceux-là ont à répondre au juge « de quoi » ils sont responsables. Mais c’est bien toute l’Eglise, en ses autorités avant tout, qui porte une « responsabilité collégiale » (selon les mots de la philosophe Nathalie Sarthou-Lajus), où chacun est impliqué d’avoir entretenu le terreau infecté facilitant les abus de pouvoir, de conscience, comme les agressions et violences sexuelles.

Diminuer en superbe spirituelle

De quoi sommes-nous responsables, devant qui et de qui le sommes-nous ? « Qui dit vocation dit responsabilité, et la responsabilité étant une réponse entière de l’homme entier à la réalité entière, on ne saurait s’en tenir à son devoir professionnel au sens restrictif ; une restriction pareille serait de l’irresponsabilité » (Dietrich Bonhoeffer, Ethique, 1949). De qui sommes-nous aujourd’hui responsables ? Sinon justement de toutes les victimes, connues ou non, de leurs proches, affectés ô combien ; du visage du Christ doux et humble, ami et défenseur des plus petits. Visage trahi, humilié par ceux-là mêmes ayant un jour publiquement signifié qu’ils lui vouaient leur vie.

S’avouer responsable, c’est changer de position. C’est diminuer en prétention morale, en superbe spirituelle. C’est devenir plus modeste car c’est accepter de rendre des comptes. Et c’est ce qui se passera avec le rapport de la Ciase : rendre publiquement des comptes. Voilà la première des obligations, des réparations. Si d’aucuns ont pu croire que c’était devant Dieu seul – au mépris de la justice des hommes – que se rendaient les comptes, c’est face aux victimes, à leurs proches, devant l’ensemble du peuple de Dieu et du monde que l’Eglise doit le faire et manifester sa honte et sa douleur.

« Des manipulateurs ont usé de l’autorité que Dieu leur conférait pour fracasser des enfances, des consciences, des confiances »

Car notre responsabilité est aussi spirituelle. Le christianisme annonce un Dieu qui bénit l’homme vivant, relève, libère. Un Dieu qui restaure l’humaine dignité de celles et ceux qui sont écartés par le système social, les croyances de l’époque : femmes, enfants, malades…

Dans l’Eglise catholique, des femmes et des hommes – enfants, adultes – ont été meurtris jusqu’au tréfonds de la chair comme de l’esprit, de l’âme, de l’intime. LaParole de Dieu a été tordue pour servir les intentions les plus viles. La Tradition détournée par des théologies hallucinantes. Des manipulateurs ont usé de l’autorité que Dieu leur conférait – disaient-ils – pour fracasser des enfances, des consciences, des confiances. Cette responsabilité spirituelle est immense. Elle nous met devant Dieu qui nous convoque à être devant tous et reconnaître ce qui a été corrompu de la foi au Dieu fait chair, engagé en faveur des plus fragiles.

Enfin, l’éthique des responsabilités engage à réparer ce qui n’est pourtant pas réparable. Des interdits majeurs ont été transgressés : celui du meurtre, du mensonge, de la dissymétrie entre le faible et le fort. Des vies ont été empêchées, mutilées, parfois pour toujours. Alors oui, il faut réparer l’irréparable, avec la conscience qui doit nous laisser meurtris que de l’irréparé demeurera. La vérité sur la faute fonde le christianisme. Ainsi l’Eglise catholique peut-elle sortir plus vraie, plus juste si elle sait aller jusqu’où cela s’imposera, et que nous ne connaissons pas encore.

Religieuse dominicaine, théologienne, Véronique Margron est présidente de la Conférence des religieux et religieuses de France (Corref). Elle est l’autrice d’Un Moment de vérité. Abus sexuels dans l’Eglise (Albin Michel, 2019).

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Le cas de l’art public soutenu par la communauté en tant que ministère vincentien

Toute la lecture que j’ai faite de Saint-Vincent, me fait penser qu’en son temps, la fabrication de l’art visuel n’était pas quelque chose pour un membre de la Congrégation. La vanité et la commercialisation qu’il constatait dans l’art à son époque devait le déranger. Que penserait-il de mes efforts en 2021 ?

Bro Mark E. Elder CM

Le cas de l’art public soutenu par la communauté en tant que ministère vincentien

Il y a plus de vingt ans maintenant que l’on m’a demandé (ou que j’ai reçu la permission), de réaliser un cycle mural dans le hall de la Curie générale à Rome. Le révérend Robert Maloney, cm, supérieur général à l’époque, avait entendu et vu certaines de mes œuvres antérieures d’art mural à Chicago. Je pense donc qu’il s’est senti à l’aise pour me donner cette occasion. Les autres confrères vivant à la Curie en 2000, naturellement, étaient plus réservés. Je suis sûr qu’ils s’attendaient à ce que j’ai un thème et des croquis prêts quand j’ai passé la porte en février de cette année. J’ai montré à la maison une présentation de mes œuvres murales antérieures. Une fois terminé, j’ai demandé à chacun : « Quel message devrait avoir une composition murale pour les visiteurs de la Curie ? « Qu’est-ce que vous, (Les deux images : La famille vincentienne, Les Glaneurs, la Curie, Rome, 2000.) membres de la maison- la communauté, voulez dire dans cette peinture murale ? En posant des questions comme celle-ci, je me suis à mis à leur service, et les confrères ont été surpris. Ils ne savaient pas que l’art pouvait être créé à partir d’un dialogue avec eux. Ils ne savaient pas qu’ils pouvaient eux-mêmes être créateurs d’art. Je suis un artiste instrument de la volonté de la communauté. Quelle que soit cette communauté et n’importe où. C’est l’essence même de la façon dont je travaille et enseigne sur l’art, afin que je puisse être la voix de ceux qui n’ont pas de voix. Si ma version de l’art était présente à l’époque de Vincent, je crois vraiment qu’il serait à l’aise avec ce que je fais, et essaie d’encourager.

Our beaucoup de gens, le stéréotype de l’art semble être égocentrique. Certes, dans le monde de l’art contemporain commercial, il l’est. C’est leur affaire de faire des œuvres d’art comme produit à vendre, afin de promouvoir le nom de l’artiste. Il est difficile pour eux de séparer l’œuvre privée de l’artiste de sa vie publique, c’est souvent ainsi.

Pour moi, c’est différent. J’aime faire des peintures murales parce que les peintures murales ne peuvent pas être une marchandise d’art. Elles sont disponibles pour n’importe qui afin d’en profiter à tout moment, en particulier celles qui sont sur les murs extérieurs. Cela peut sembler plutôt socialiste, mais ce peut être aussi une approche très chrétienne. Permettez-moi de donner un exemple ou deux.

J’étais dans mon bureau d’université de DePaul Uun jour en 2007, quand j’ai reçu un appel d’un représentant d’une école primaire catholique à Philadelphie, PA. (Sur la côte est des USA.) L’école (l’école catholique DePaul) avait vu certaines de mes œuvres, et voulait m’inviter à faire une peinture murale pour eux. Leur intention était de montrer au quartier de quoi il s’agissait. Si le lecteur a les moyens d’explorer des « peintures murales à Philadelphie », cela conduirait le lecteur à une révélation. Toute la ville comprend la valeur de l’art public soutenu par la communauté. La ville en est remplie.

Alors que j’écris ceci, il y a plus de 4.000 pièces murales extérieures dans les divers quartiers de Philadelphie. Présentes dans les quartiers riches et pauvres. Toutes très bien entretenues et de nouvelles sont ajoutées chaque année. Alors lorsqu’est venu pour moi le temps de commencer à travailler avec les gens de la DePaul Catholic School à Germantown de Philadelphie, j’ai été présenté à tout le quartier. Plus de 2000 personnes de l’école et du quartier environnant sont venues à ma séance de présentation et d’échange. Collectivement, ils ont tout de suite compris ce qu’ils voulaient dire et ils ont pu voir que j’écoutais. Un mois plus tard, quand j’ai révélé mon premier croquis pour l’école, ils ont pu voir que je les avais entendus. L’ensemble du quartier a aimé la proposition et tout le quartier a été très réceptif pour le projet.

Il a fallu 3 sessions d’été (de six semaines chacune) durant lesquelles j’ai dirigé tous les bénévoles dans un atelier portes ouvertes. Les parties de base de la peinture murale ont été décomposées sur un espace où n’importe qui de 6 à 85 ans pouvait venir et aider à peindre la peinture murale. Et ils l’ont fait, plus de 250 personnes sont venues m’aider à peindre et à installer le mural, au moment où il a été achevé en 2010. Il inclut notre propre Supérieur Général de l’époque, le Père Gregory Gay, cm

La couleur, la composition, et toutes les personnes participantes, sont une grande preuve de l’efficacité de la peinture murale. Elle est jusqu’à ce jour l’une des parties les plus lumineuses de Germantown.

 

Vincent’s Orchard, école catholique DePaul, Philadelphie, PA, 2010

Au fil des ans, j’ai collaboré de la même façon avec quelques quartiers de Chicago. L’un d’eux St.Vincent’s Orchard, Ecole Catholique DePaul, Philadelphie PA, 2010, ce quartier était le quartier de Chicago Sud. Un quartier pauvre avec un centre d’art très organisé. On m’a demandé de collaborer avec les jeunes artistes là-bas, et mes propres étudiants DePaul. Plusieurs sessions de conversation avec les étudiants du centre d’art ont donné un thème qui disait « non » aux gangs organisés, et le respect de leurs héros locaux dans le quartier.

Lorsque la peinture murale a été installée à la fin de l’été 2007, elle a été bien reçue pour son message positif.

J’ai d’autres pièces sur le territoire des États-Unis. Tant dans les écoles que dans les paroisses. Le tout réalisé de la même façon. En ce moment, je travaille un projet assez intense à l’Université DePaul. Il est situé sous l’arrêt de train surélevé Fullerton dans le quartier de Lincoln Park. Les voies sont maintenues par de grands piliers en béton. DePaul est bientôt sur le point de célébrer son 125e anniversaire. J’ai pensé qu’il serait bon d’illustrer son histoire en décorant les piliers qui tiennent la station. J’ai eu la coopération de la Chicago Transit Authority et de l’Université. Ils étaient tous les deux enjoués par l’idée. L’ensemble du contenu provient des gens de l’Université. Le corps professoral, le personnel et les étudiants. Les étudiants ont beaucoup pour composer les dix-huit piliers qui composent la collection, et elle sera terminée, avec vingt-cinq.

Au tournant du XXe siècle, DePaul était appelée « la Petite École sous le « L» (Loop = métro centre-ville). Je suis sûr que Saint-Vincent auraitaimé ce surnom. Au dernier décompte, nous avons 22 000 étudiants. Mais l’esprit de « petit » est toujours là. Ainsi, le titre de cette pièce est L’histoire de la petite école sous le « L », Sous le « L ».

Mural @ 91st. St. Bro. Mark et les Elèves du Centre d’Art Visuel à Chicago IL.

Au tournant du XXe siècle, DePaul était appelée « la Petite École sous le « L» (Loop = métro centre-ville). Je suis sûr que Saint-Vincent auraitaimé ce surnom. Au dernier décompte, nous avons 22 000 étudiants. Mais l’esprit de « petit » est toujours là. Ainsi, le titre de cette pièce est L’histoire de la petite école sous le « L », Sous le « L ».

Toute la lecture que j’ai faite de Saint-Vincent, me fait penser qu’en son temps, la fabrication de l’art visuel n’était pas quelque chose pour un membre de la Congrégation. La vanité et la commercialisation qu’il constatait dans l’art à son époque devait le déranger. Que penserait-il de mes efforts en 2021 ?

Je crois vraiment qu’il serait à l’aise avec cela. Parce qu’il verrait que des communautés pauvres dans leur ensemble y trouvent un moyen d’exprimer et de visualiser ce qui est leur semble important. La propriété du message, l’enthousiasme de la confiance retrouvée sont merveilleuses à retrouver dans les personnes, pour chaque nouvelle pièce que nous aidons à créer.

Saint Vincent n’aime peut-être pas son portrait dans le hall de la Curie. (Comment le pourrait-il ? Etant le véritable homme de l’humilité.) Mais ce fut le choix des confrères de la maison à l’époque de l’avoir ainsi souhaité. Ainsi que le reste de la peinture murale. Ce sont eux qui ont fait les grands choix que nous pouvons encore voir aujourd’hui.

 

Pour connaître davantage : faire click ici !

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