La Mortification : Petite réflexion d’un confiné (4/6)

La Mortification ! POUAH, horreur, malheur … Un mot qui aujourd’hui ne veut plus dire grand-chose. Soyons honnête, dans une société qui nous vante le « tout tout-de-suite »...

Eric Ravoux

La Mortification : Petite réflexion d’un confiné (4/6)

La Mortification ! POUAH, horreur, malheur … Un mot qui aujourd’hui ne veut plus dire grand-chose. Soyons honnête, dans une société qui nous vante le « tout tout-de-suite », le divertissement permanent, la consommation à outrance jusqu’au vomissement, le gadget qui ne sert à rien mais dont tu as absolument besoin, la course incessante, l’activisme mortifère, les réunionites maladives qui nous donnent l’impression de faire, d’être … j’arrête là, je manque d’air !! La Mortification n’est pas de notre temps …

Quand je demande aux jeunes ce qu’ils comprennent de ce mot, ce qui ressort en premier est : MORT !!! Oups, ça commence mal. Et pire … Mortification, mortifère, … Lucifer … On est mal barré.

Et quand on regarde dans le dictionnaire (Larousse) ce n’est pas beaucoup mieux :

« Pratiques ascétiques destinées à réprimer les tendances mauvaises ou dangereuses pour les soumettre à la volonté ».

Admettons-le, la Mortification est trop souvent comprise sous un angle négatif, comme s’il s’agissait de faire de la douleur ou de la privation un but en soi, comme s’il s’agissait de se détruire, alors qu’elle consiste normalement, et comme Vincent la conçoit, dans la prise de conscience que la recherche du plaisir pour lui seul, de l’accomplissement de nos désirs ou de nos caprices, est en fait un esclavage. OUI, nous sommes maintenus dans un véritable esclavage, qui nous détourne souvent du véritable bonheur.

Dire « je suis bien libre de faire ceci, de me procurer cela » c’est en fait s’en rendre esclave. La preuve est ce que nous disons nous-mêmes : « je ne peux pas m’en passer !! ». Les psychologues ont bien étudié ce phénomène, qu’on appelait “dépendance“, qu’on appelle maintenant “addiction“. Et pour m’en convaincre, je n’ai qu’à observer ma relation à mon portable. Je ne lui aie pas encore donné un nom, mais cela ne serait tardé …

Mais qu’en est-il vraiment sous le regard Vincentien ?

Saint Vincent tenait la Mortification comme primordiale, pour un détachement libérateur. Il la présente toujours comme une libération, comme dans cet Entretien sur les cinq vertus du Vendredi 22 août 1659 (SV  XII, 301) :

« Ceux qui se détachent de l’affection des biens de la terre, de la convoitise des plaisirs et de leur propre volonté deviennent les enfants de Dieu, qui jouissent d’une parfaite liberté ; car c’est dans le seul amour de Dieu qu’elle se rencontre. Ce sont ces personnes-là, mes frères, qui sont libres, qui n’ont point de lois, qui volent, qui vont à droite et à gauche, qui volent, encore un coup, sans pouvoir être arrêtées, et ne sont jamais esclaves du démon, ni de leurs passions. Oh ! Heureuse liberté des enfants de Dieu ! »

« Mais quoi !  Y a-t-il rien d’utile comme la liberté ? La maxime dit qu’il faut acheter la liberté à prix d’or et d’argent, qu’il faut tout perdre pour la posséder ».

« Vous étiez, il y a quelque temps, esclaves de vos passions ; l’attache aux richesses, aux plaisirs et à votre propre volonté s’était rendue maître de vos personnes ; vous voilà à présent libres par ces maximes ; ni le monde avec ses enchantements, ni la chair avec ses plaisirs, ni le démon avec ses artifices, ne vous peuvent tenir captifs ».

Mots très clairs !!!

A ces mots de Saint Vincent, je rajouterai ceux de Pierre Rabhi, lors d’une conférence, en des termes plus contemporains, mais non moins similaires :

«  L’insatiabilité est le moteur subliminal. Des brigades de pousseurs de caddies ensorcelés déambulent chaque jour dans les travées d’un univers sans joies où le superflu excède considérablement le nécessaire. L’hyperconsommation nous a fait revenir au statut du cueilleur du néolithique ».

Face à ce que nous vivons aujourd’hui, ne serait-il pas possible de penser à notre LIBERATION ? Et pour cela, je pense que la Mortification telle que Saint Vincent l’envisageait est des plus à propos, des plus actuelles. Libérons-nous !

Peut-être serait-il enfin temps que nous réfléchissions à ce que nous vivons, à ce que nous voulons vivre. Et pas seulement pour nous-mêmes, nos propres petites gueules, mais pour nous ENSEMBLES.

Vais-je accepter durant ce temps particulier de confinement, de revoir ma manière de vivre ? Vais-je accepter de porter le regard sur ce qui est véritablement mon essentiel, … pour laisser tomber le reste ?

Et si nous choisissions de nous libérer … pour nous retrouver. Nous retrouver nous-mêmes et nous retrouver entre nous.

 

Tourrettes-sur-Loup, le 22 avril 2020

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La Charité

Conférence donnée par le Père Gonzague DANJOU lors de la récollection d’Avent à la Chapelle St Vincent de Paul à Paris, le 6 décembre 2009 Dans le cadre de la célébration du 350° anniversaire de la mort de Saint Vincent de Paul et de Sainte Louise de Marillac nous sommes invités à centrer notre réflexion et nos célébrations sur deux thèmes : la CHARITÉ et la MISSION. Aujourd’hui, on m’a demandé de vouloir bien vous présenter une réflexion sur le premier thème : la CHARITÉ.

C'Mission

La Charité

P. Gonzague DANJOU CM
P. Gonzague DANJOU CM

INTRODUCTION

En guise d’introduction il me semble bon de nous remettre en face du grand texte de Saint Paul au chapitre 13 de la Première Épître aux Corinthiens que l’on appelle communément «L’hymne à la Charité» :

«Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas la Charité je ne suis plus qu’airain qui sonne ou cymbale qui retentit. Quand j’aurais le don de prophétie et que je connaîtrais tous les mystères et toute la science ; quand j’aurais la plénitude de la foi, une foi à transporter des montagnes, si je n’ai pas la Charité je ne suis rien. Quand je distribuerais tous mes biens en aumônes, quand je livrerais mon corps aux flammes, si je n’ai pas la Charité, cela ne me sert de rien.

La Charité est longanime, la Charité est serviable ; elle  n’est  pas  envieuse ; la Charité ne fanfaronne pas, ne se gonfle pas ; elle ne fait rien d’inconvenant, ne cherche pas son intérêt, ne s’irrite pas, ne tient pas compte du mal ; elle ne se réjouit pas de l’injustice, mais elle met sa joie dans la vérité. Elle excuse tout, croit tout, espère tout, supporte tout. La Charité ne passe jamais.

Maintenant demeurent foi, espérance, ces trois choses, mais la plus grande d’entre elles c’est la Charité»

En résumé, pour l’Apôtre Paul, c’est la Charité qui est au centre de la vie de celui qui se réclame du Christ et qui prétend suivre ses traces

Ce thème de la Charité est aussi un thème majeur de l’enseignement de notre Pape actuel, Benoît XVI : il a présenté sa première encyclique sous le   titre : «Deus Caritas est» – Dieu est Amour ; et celle qu’il vient de nous offrir :

« Caritas in Veritate » – L’Amour dans la Vérité. C’est autour de ce thème de la Charité définie par le Pape comme : « l’Amour dont Dieu nous comble et que nous devons communiquer aux autres » que Benoît XVI veut centrer son enseignement.

Cependant, avant d’entrer dans le sujet, commençons par préciser le sens que nous donnons à ces mots «Amour» et «Charité» qui, dans le langage courant, peuvent être détournés du sens que nous voulons leur donner.

  • « Dieu est Amour » nous dit St Jean et c’est de ce Dieu-Amour accueilli dans la Foi que nous recevons la Vie et la Lumière de Dieu. Mais, dans le langage courant, ce mot peut revêtir un sens dévalué sans rapport avec le véritable amour : ne parle-t-on pas de «faire l’amour» ?!!
  • Le mot «Charité» lui aussi peut être dévalué et perdre sa signification plénière. – La «Charité», c’est le Mystère de l’Être même de Dieu- Amour, et c’est la vertu qui nous donne de vivre en Dieu et par

Et, en même temps, dans le langage courant, «faire la charité» peut être une façon d’agir où l’amour, le souci vrai de l’autre, a bien peu de place.

Au cours de cet entretien, j’emploierai indistinctement les mots « Amour » et « Charité » dans le sens donné par le Pape : « c’est l’Amour dont Dieu nous comble et que nous avons à communiquer aux autres ».

Dans un 1° point, nous fixerons notre attention sur le Mystère de la source, de l’origine, de la Charité : le Mystère de Dieu Trinité.

Dans un second point nous nous arrêterons sur la manifestation, la Révélation du Dieu-Amour qui pour nous a un Nom : JÉSUS.

Et enfin, dans un 3° point nous fixerons notre regard sur la réalisation de la Charité dans le temps à travers la vie et l’exemple des Saints.

 

I.   A la Source de la CHARITÉ : le Mystère de DIEU-TRINITÉ

Pour nous, chrétiens, l’Amour, la Charité s’enracine et se réalise en plénitude absolue dans le Mystère de Dieu auquel nous croyons.

« Dieu est Amour » nous dit Saint Jean et nous croyons que c’est dans la relation du Père et du Fils, relation exprimée dans la Personne de l’Esprit Saint que l’Amour EST, que l’Amour existe et se réalise dans son infinie et absolue plénitude.

Pour nous, Dieu n’est pas d’abord le TOUT PUISSANT mais il est l’AMOUR, Amour subsistant et infini réalisé en plénitude dans le Mystère de la Trinité et qui se diffuse dans la Création, dans l’existence de ces mondes infinis dont nous n’avons pas encore perçu les limites… et spécialement dans la création de l’homme sur la terre.

La création, pour nous chrétiens, n’est pas d’abord une manifestation de la Toute Puissance de Dieu, mais bien la manifestation de ce qu’Il est, AMOUR, amour qui de lui-même a besoin de se répandre : « bonum diffusivum sui ». C’est à travers et à partir de ce Mystère de Dieu-Amour, Père, Fils et Esprit-Saint en lequel nous adhérons par la Foi que nous pouvons participer à la Vie même de Dieu et donner la plénitude de sens à ce que nous sommes et à ce que nous vivons. Par la foi et la vertu de charité nous devenons la demeure de Dieu : « Si quelqu’un m’aime il gardera ma parole, mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et nous ferons notre demeure chez lui » (Jo. 14,23)

 

II.   La Manifestation, la RÉVELATION de DIEU-AMOUR qui, pour nous, a un NOM : J É S U S

 « Dieu est Amour » ; mais pour nous chrétiens, l’Amour n’est pas une idée, un mot, mais une PERSONNE : JÉSUS qui, par son Être, sa Parole, sa façon d’agir, ses actions, nous manifeste, nous révèle le Dieu-Amour.

A.    C’est d’abord par son Être même que Jésus nous révèle le Dieu-Amour.

En premier lieu, par Son Incarnation, lorsque, par amour pour nous, le Fils prend chair dans le Christ-Jésus, comme dit Saint Paul dans l’Épître aux Philippiens : «Lui, de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu, mais il s’anéantit lui-même en prenant la condition d’esclave, et devenant semblable aux hommes» — «Et Verbum caro factum est» ; cet abaissement où il devient semblable à nous, par amour, que l’on appelle la kénose, l’anéantissement du Fils de Dieu.

À travers tout l’Évangile nous pouvons découvrir la relation d’amour privilégiée de Jésus avec son Père.

  • «Ne savez-vous pas que je sois aux affaires de mon Père». (Lc. 2,49)
  • «Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé». (Jo. 4,34)
  • «Le Père et moi nous sommes UN».
  • Gethsémani : amour poussé à l’extrême lorsque Jésus appelle son Père : «Mon Père, si cette coupe ne peut passer sans que je la boive, que Ta Volonté soit faite» (Mt. 25,42).

Amour du Père qui est inséparable de son Amour des hommes.

L’anéantissement d‘amour réalisé par Jésus à l’Incarnation il va le couronner lorsqu’Il s’offre en Sacrifice sur la Croix. «Il s’humilia plus encore, continue St Paul, obéissant jusqu’à la mort et la mort sur la Croix» — Amour exprimé dans les mots du repas pascal lorsque le Christ donne le sens de Son Sacrifice : « Ceci est mon corps, ceci est mon sang, livré pour vous ».

Amour couronné par le pardon offert par le Christ à ceux qui le crucifient :

«Père, pardonne-leur ; ils ne savent ce qu’ils font».

Amour enfin que nous sommes appelés à recevoir à travers l’Eucharistie, le Sacrement de l’Amour, qui nous est donné pour en vivre et en témoigner : « Faites ceci en mémoire de moi ».

B.    C’est tout au long de sa vie publique,

dans son attitude, son action, sa Parole, que Jésus nous révèle le Dieu-Amour. C’est à travers son humanité que nous pouvons percevoir les multiples aspects de l’amour de Jésus.

  • Rappelons-nous l’attitude toute pleine de délicatesse de Jésus en face de ceux qui font appel à Lui. Jésus a les yeux et les oreilles ouvertes pour voir et entendre…
  • Bartimée : Marc 10,51 – Jésus lui pose la ..
  • La fille de Jaïre : Jésus ordonne de lui donner à manger (Luc, 8,55).
  • Jésus fait participer les Apôtres à son action : «Combien de pains avez-vous ?» (Mat. 15,34)
  • Le cœur plein de compassion de Jésus, reflet de l’Amour de Dieu pour les Pauvres, pour ceux qui souffrent ; coeur qui se laisse toucher :
  • par la veuve de Naïm (Luc 7,13) : «En la voyant, le Seigneur eut pitié d’elle»
  • pour le lépreux qui demande à être purifié : «Ému de compassion» (Marc 1,41)
  • par les besoins des foules qui le suivent : «En débarquant, il vit une foule nombreuse et il en eut pitié» ( Marc, 6,34)

Jésus les nourrit de Sa Parole sans oublier de les alimenter : «Jésus dit : j’ai pitié de cette foule car voilà trois jours qu’ils restent auprès de moi et ils n’ont pas  de quoi manger» (Matthieu 15,34) et il multiplie les pains…

  • Le regard de Jésus.
  • sur Zachée (Luc 19,1) :

Zachée monte sur un arbre car il est petit, dit l’Évangile.

Peut-être aussi car il ne tient à être vu ou démasqué (publicain) Mais c’est Jésus qui lève les yeuxpoint de départ de la conversion

  • sur la veuve misérable qui donne 2 piécettes : « Jésus, levant les yeux…. vit une veuve misérable » (Lc. 21,2)
  • sur la femme adultère (Jo, 8, 10) : « Jésus se redressant…. Lui dit : moi non plus je ne te condamne pas. Va et désormais ne pèche plus »
  • Sans oublier ce regard merveilleux de Jésus sur le jeune homme riche (Marc 10) : «Jésus le regarda et l’aima».

Le regard d’amitié de Jésus malheureusement n’a pas suffi pour permettre au Jeune Homme riche de tout laisser pour suivre Jésus – Il s’en alla tout triste, nous dit l’Evangile…Ne peut-on pas penser aussi que Jésus fut triste en voyant le jeune homme riche s’éloigner de lui ?.. Après cet épisode, Jésus va parler des dangers de la richesse.

  • Sur Pierre (Luc 22, 60-62) «et le Seigneur se retournant, fixa son regard sur Pierre… et sortant dehors, il pleura amèrement».

Ce n’est évidemment pas le chant du coq (cf. l’église dédiée à St Pierre Jérusalem !!) qui va permettre à Pierre de se convertir !!

Regard qui ne condamne pas, mais qui offre son amour (cf. Marc 10,21) et qui permet au pécheur de se relever, de se convertir, de se remettre sur pied.

  • Rappelons-nous enfin les paraboles de la Miséricorde où Jésus nous révèle le Mystère de l’Amour miséricordieux du Père – En particulier, dans la parabole du fils prodigue, l’attitude du père qui «court au devant de son fils pour l’accueillir dans la joie» (Lc 15,12).

À travers le Mystère se son Incarnation et de sa Mort sur la Croix… et tout au long de ce qu’Il a été, de ce qu’Il a fait, de ce qu’Il a dit.. Jésus a été la Révélation du Dieu-Amour.

C’est dans la contemplation de l’Amour manifesté par Jésus envers Son Père et pour les hommes que nous pouvons percevoir le Mystère de Dieu-Amour et que nous pouvons y trouver le modèle de l’amour, de la charité, que nous avons à réaliser dans notre vie.

 

III. La RÉALISATION concrète de l’AMOUR révélé dans le Christ, à travers la SAINTETÉ. La CHARITÉ de Dieu, vécue dans le temps par les Saints, sous des formes diverses. 

Le Christ-Jésus, à travers ce qu’Il a été, de ses Actes et de ses Paroles, nous a révélé le Mystère du Dieu-Amour. Aujourd’hui, c’est dans l’Esprit du Christ, l’Esprit d’Amour envoyé par le Père, vivant dans l’Église et dans le cœur des croyants que le Dieu-Amour se révèle dans le monde suivant la Parole de l’Apôtre Paul : «l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par le Saint Esprit qui nous est donné» (Rom.5,5)

Amour filial que nous exprimons dans notre rapport au Père en l’appelant « Père »  comme  nous  l’enseigne  encore  St  Paul   dans   l’Épître   aux Romains : « Vous n’êtes pas dans la chair, mais dans l’Esprit puisque l’Esprit de Dieu habite en vous » « Vous avez reçu un esprit de fils adoptifs qui nous fait nous écrier : “Abba, Père”. L’Esprit en personne se joint à notre esprit pour attester que nous sommes enfants de Dieu » (Rom. 8, 15-16). Amour que nous avons à vivre aussi, comme Jésus, dans la recherche et la réalisation de la Volonté de Dieu : «Ce n’est pas celui qui dit Seigneur, Seigneur, qui obtiendra la salut, mais celui qui fait la volonté de mon Père» (Mt. 7,24-25)

Amour fraternel où nous essayons d’exprimer, sous différentes formes, l’Amour dont nous vivons, suivant l’enseignement du Christ : «Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés». Amour fraternel qui a à s’exprimer de façon concrète (Mt. 25, 31-40)

Dans la JOIE. Dieu nous comble de Son Amour, nous fait vivre de Son Amour que nous essayons d’exprimer, dont nous témoignons à travers notre amour filial et fraternel dans la Joie , Joie que le Seigneur nous a laissée au moment de son départ. «Je vous dis cela pour que Ma Joie soit en vous et que votre joie soit complète» (Jo. 15,11)

Cet Esprit d’Amour dont vit l’Église et ses enfants est mis en valeur de façon particulière à travers le témoignage des Saints.

A.    D’abord, dans le témoignage des Martyrs.

Le témoignage des Martyrs est un témoignage de la Foi bien sûr ; mais c’est soutenu par l’Esprit du Dieu-Amour que les martyrs ont préféré l’Amour de Dieu à leur vie et qu’ils ont pardonné à leurs bourreaux, en s’offrant en sacrifice à Dieu, en union avec le Christ. Les martyrs dont le sacrifice s’est uni au Sacrifice du Christ sont devenus le pain du Christ, ont « achevé » le Mystère d’Amour du Christ qui nous est offert dans l’Eucharistie, sont devenus pleinement Eucharistie. Écoutons la lettre de Saint Ignace aux Romains au moment où il va être conduit à la mort : « Laissez-moi devenir la pâture des bêtes, elles m’aideront à rejoindre Dieu. Je suis son froment moulu sous la dent des fauves, je deviendrai le pain pur du Christ. C’est du pain de Dieu que je suis affamé, de la chair de Jésus-Christ fils de David ; et pour boisson je veux son sang qui est l’amour incorruptible ». 

B.    Ensuite, le témoignage de la Charité

puisée dans le Mystère du Dieu-Amour, et réalisée par l’immense foule de tous les Saints, Apôtres, Missionnaires, Éducateurs, Hospitaliers…. Sans oublier les mystiques, les moines et les ermites qui, animés par l’Esprit de Dieu-Amour, ont été auprès des hommes de tous les temps, les témoins de la Charité dont ils vivaient. Parfois jusqu’à l’extrême, comme St Damien de Veuster….

C’est à travers l’exemple des Saints qui reflètent à l’infini les multiples formes de la Charité de Dieu dont ils ont vécu que nous pouvons mieux comprendre ou deviner l’Amour infini et multiforme de Dieu.

C.    Pour nous, fils et filles de St Vincent et Ste Louise de Marillac,

ou animés de leur esprit (Conférences de St Vincent ; Instituts religieux divers…), la réalisation concrète de la Charité de Dieu, révélée dans le Christ, nous la trouvons de façon privilégiée dans la vie et l’action de nos Fondateurs, dans l’amour affectif et effectif des Pauvres.

À travers le cœur de St Vincent et de Ste Louise, cœur qui animait leur action, nous découvrons le Dieu-Amour et nous sommes appelés nous aussi aujourd’hui à témoigner de la Charité, du Dieu-Amour qui demeure en nous et dont nous vivons par notre amour affectif et effectif de tous les Pauvres, de tous ceux qui souffrent.

On cite souvent la parole de St Vincent : «Aimons Dieu, mes frères, mais que ce soit à la force de nos bras, à la sueur de notre front». Cette parole nous rappelle la nécessité d’un amour qui s’exprime par des actes, dans le service, pour qu’il soit vrai. Mais, n’oublions pas que, à l’image du Christ, S. Vincent a commencé par se laisser bouleverser dans sa sensibilité avant d’engager son action. Rappelons-nous le cri poussé par St Vincent : «Les pauvres gens des champs meurent de faim et se damnent» — C’est après la découverte de l’extrême souffrance des galériens qu’il va se donner tout entier à l’œuvre de leur soulagement matériel et spirituel, et qu’il va s’engager à les faire soulager par les missionnaires et les Filles de la Charité. Souvenons-nous aussi de son émotion devant les enfants abandonnés et de son exhortation pathétique aux Dames de la Charité : «Or sus, Mesdames, la compassion et la charité vous ont fait adopter ces petites créatures pour vos enfants ; vous avez été leurs mères selon la grâce depuis que leurs mère selon la nature les ont abandonnés. Voyez si vous voulez aussi les abandonner. Cessez d’être leurs mères pour devenir à présent leurs juges».

À la suite du Christ, dans la ligne de la Charité concrètement vécue par St Vincent, Ste Louise, le Bx Frédéric Ozanam, nous avons nous aussi, à nous laisser toucher, émouvoir, par les Pauvres, par ceux qui souffrent, et nous engager à les soulager, à leur venir en aide ; nous avons à être les témoins du Dieu-Amour vivant en notre cœur, à travers ce que nous sommes, et ce que nous faisons pour les Pauvres.

C O N C L U S I O N

En guise de conclusion à ces quelques réflexions sur la Charité permettez- moi de souligner le lien qui unit la Charité à la Mission.

Le but de la Mission :

  • c’est d’abord de témoigner de l’Amour infini et universel de Dieu,
  • c’est d’apporter, de transmettre, cet Amour de Dieu à tous les

Pas de Mission sans Charité.

La Mission n’est pas d’abord une action, une activité, une «aventure» comme on le lit parfois dans certaines revues missionnaires ; mais une expression de l’Amour de Dieu pour tous ; la Mission prend sa source dans l’Amour de Dieu pour tous les hommes. — C’est le Père qui, par le Fils, envoie des ouvriers dans Sa Moisson. Le but, le terme de la Mission, c’est de faire découvrir à tous le Mystère de Dieu-Amour qui appelle tous les hommes à entrer dans Son Mystère pour en vivre.

La Mission, l’activité missionnaire, pour être vraie, doit se nourrir de la Charité, doit être animée par la Charité, doit avoir pour but de faire découvrir à tous les hommes l’Amour de Dieu pour eux et de les aider à en vivre.

CHARITÉ et MISSION, tels sont les deux thèmes qui doivent inspirer la célébration du Jubilé du 350° anniversaire de la mort de nos Fondateurs. Ces deux thèmes, nous les retrouvons dans la devise de nos Instituts :

  • Pour les Filles de la Charité, c’est la Charité. – «Caritas Christi urget nos» – La Charité du Christ nous
  • Pour les Missionnaires, c’est la Mission, l’envoi vers les Pauvres à évangéliser.
  • «Evangelizare pauperibus misit me» – Il m’a envoyé porter l’Évangile aux Pauvres

En cette année jubilaire de la mort de nos Fondateurs demandons au Seigneur Jésus de nous faire enter davantage dans le Mystère de Son Esprit, Amour du Père et du Fils, pour que nous soyons capables de toujours mieux rayonner cette Charité, dans notre Mission, à la suite de St Vincent et de Ste Louise.

Gonzague DANJOU cm

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L’Église fait un appel à témoins !

Ce confinement amène un sérieux questionnement du vécu en Église. J’ai plusieurs sujets en tête mais l’un d’entre eux me préoccupe de plus en plus : Que disent les chrétiens de leur foi en Jésus-Christ ?

Vincent Goguey

L’Église fait un appel à témoins !

Ce confinement amène un sérieux questionnement du vécu en Eglise. J’ai plusieurs sujets en tête mais l’un d’entre eux me préoccupe de plus en plus : Que disent les chrétiens de leur foi en Jésus-Christ ?

Trop souvent dans la mentalité de notre société Eglise = prêtres et évêques, or, tout baptisé est Eglise ! Depuis très longtemps, c’est souvent la parole du clergé qui fait autorité ! Laissant ainsi les baptisés dans le statut de mineur. Quelle erreur ! Combien de fois je m’émerveille en écoutant le récit de baptisés, qui au cœur même de leurs difficultés de vie sont capables de tracer un chemin accompagné par le Christ. Ils révèlent ainsi une foi très active.

J’entends aussi, dans mes accompagnements personnels, des baptisés me révélant avoir vécu quelque chose de très fort avec le Seigneur mais n’osent pas en parler autour d’eux car ne sachant pas comment cela va être pris. Peur du jugement, peur de passer pour un fou ou une mystico-quelque chose ! Peur de déroger à cette loi laicarde où il ne faut jamais parler de nos convictions. Les premiers chrétiens n’ont pas eu peur de dire leur foi en Jésus-Christ Fils de Dieu Sauveur, cela jusqu’à la mort. Aujourd’hui encore, il y a des chrétiens qui sont persécutés jusqu’à la mort. Ils vont au-delà de leur peur et affirment leur foi. Ici en occident nous n’en sommes pas là actuellement. Alors j’ose faire un appel à témoins !

Sur Internet, histoire de passer le temps, des internautes lancent des défis à leurs contacts. Défis de toutes sortes plus ou moins amusants ou recherchés. Pour la vigile pascale, dans mon homélie enregistrée pour être sur les réseaux sociaux, (https://1drv.ms/u/s!Aje1HMQtlDvcgYUY6NM8jOWmtgBTvQ?fbclid=IwAR3FuRZD27zbv n3IdZJtfRvrkspaiL6qUdRDQ0Y50kcTt-d4UllbfV785RQ ) j’ai invité les auditeurs à oser répondre à cette question fondamentale : qui est le Christ pour toi ? Qui peut se décliner sous quelques autres questions :

  • Que t’apporte-t-il ?
  • Comment t’a-t-il rejoint dans ta vie ?
  • Qu’est-ce que croire en Lui modifie ta manière de vivre ?
  • Quelle est ta relation à Dieu ?
  • Comment expliquer que le fait qu’il fut crucifié puis ressuscité ait un impact sur ta vie d’aujourd’hui ?

Les quelques premières réponses me poussent à élargir mon appel en l’envoyant à tous mes contacts courriels afin d’enrichir encore plus la Toile. N’hésitez pas à faire suivre cette initiative.

Le pape Paul VI disait déjà, le monde n’a pas tant besoin d’enseignants que de témoins. Tout baptisé a cette responsabilité de témoigner de son Dieu. Pour répondre à ces questions, ne cherche pas de belles formules, des choses élevées mais écris en toute simplicité pour qu’on puisse entendre comment le Christ t’accompagne dans ta vie.

Je publierai sur Facebook les témoignages que je recevrai.

A très bientôt de vous lire, afin de retrouver une Eglise confessante, joyeuse d’être sauvée par le Christ et heureuse de témoigner de son amour pour toute l’humanité.

Je ferai suivre les réponses reçues à ceux et celles qui m’auront répondu afin de nous émerveiller ensemble. ( si ce message est retransmis, il faut envoyer votre réponse à vincent.goguey@gmail.com

Joyeux temps pascal.

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Petite réflexion sur ce temps qui nous est donné en tant de confinement. Xavier de Lamartinie

Ce n’est que ce matin en me rasant que j’ai repensé à la question que nous nous posions hier, Diane, toi et moi, au téléphone : pourquoi, en cette période de confinement avons-nous à peine le temps de mener les tâches que nous avons à faire alors qu’en temps ordinaire, nous arrivons à en faire au moins autant sur des espaces de temps plus réduits ?

Xavier de Lamartine

Petite réflexion sur ce temps qui nous est donné en tant de confinement. Xavier de Lamartinie

Ce n’est que ce matin en me rasant que j’ai repensé à la question que nous nous posions hier, Diane, toi et moi, au téléphone : pourquoi, en cette période de confinement avons-nous à peine le temps de mener les tâches que nous avons à faire alors qu’en temps ordinaire, nous arrivons à en faire au moins autant sur des espaces de temps plus réduits ?

Je te rassure, je ne me suis pas entaillé la joue pour autant avec mon rasoir mais je me suis promis à moi-même de partir à la recherche de ce temps perdu.

Une enquête s’imposait. Il y a assurément de gros problèmes de fuites avec le temps qui s’écoule quand nous travaillons à la maison et il serait bougrement intéressant de savoir d’où elles proviennent. Oui, où pouvaient bien passer ces précieuses secondes ? Y avait-il un voleur de temps qui réduit nos journées de travail à la maison à notre insu ? En ces temps où les théories du complot font flores, démasquer le malfaiteur et redonner du temps au temps devenait à mes yeux une nécessité. Car s’il y avait un principe de relativité du temps, si celui-ci pouvait être soumis à je ne sais quelle géométrie variable, en trouver les ressorts serait bien commode, non seulement dans la situation actuelle mais également pour le futur : et oui, si le temps se rétracte ou se dilate à volonté, dans la mesure où cette volonté m’appartiens, je pourrais acquérir une grande liberté et adapter mon temps de travail plus efficacement encore que ne l’avait fait Martine Aubry en créant la semaine des 35 heures…

Et me voilà donc à me poser tout un tas de question sur le temps qui passe et qui ne repasse pas. Et, ce qui est formidable aujourd’hui, c’est que l’on a à sa disposition un formidable outil, bourré d’informations, de contre-vérités, d’intox et de mensonges qui s’appelle internet. En deux clics trois mouvements, je balançais donc, comme une bouteille à la mer, mes interrogations à la toile mondiale. La pêche fut fructueuse. Il y avait du tri à faire dans ce que j’avais ramené dans mes filets et je rejetais bien vite les théories d’Albert (Einstein, bien sûr) qui a mathématisé tout ce qu’il avait découvert sur le principe de relativité du temps : trop complexe pour ma petite tête et cela ne me donnait toujours pas l’origine des fuites en période de travail à la maison.

Et puis, je tombais alors sur du lourd. Un certain Parkinson (pas celui qui a donné son nom à une maladie) a dit une grande vérité qui est devenue loi dans la mesure où elle se révèle exact dans 99,9% des cas. Cette vérité, appelée donc « loi de Parkinson » dit tout simplement que « le travail s’étale de façon à occuper le temps disponible pour son achèvement ». Aucun voleur donc à prendre en flagrant délit. Le travail, et plus précisément la façon dont nous travaillons sont seuls fautifs dans cette affaire : si je ne me fixe pas de butée temporelle, la réalisation d’une tâche peut alors s’éterniser. Et c’est bien ce qui se passe quand je me retrouve à la maison : je suis alors « tout horaire » et démarre une tâche sans me dire à quel moment je prévois de la terminer. La solution est alors simple : il suffit de se définir un « budget temps » qu’il parait raisonnable de consacrer à une activité ou à une tâche donnée et de se fixer des échéances à ne pas dépasser. C’est ce que nous faisons de manière plus ou moins contrainte lorsque nous avons un cadre de travail défini avec des délais (deadlines, comme diraient les anglais) à ne pas dépasser ou encore des heures de rendez-vous à respecter…

Et puis, je suis également tombé sur la trace d’un certain Carlson (qui n’est pas plus l’inventeur d’une marque de bière que ne l’est un certain Corona). Ce brave Carlson a lieu aussi définit une loi : « Toute activité ou tâche interrompue sera moins efficace et prendra plus de temps que si elle était effectuée de manière continue ». Il y a là aussi matière à réflexion : toutes ces petites distractions, toutes ces sollicitations extérieures, ces pensées vagabondes que nous pouvons avoir quand nous ne sommes pas dans un vrai cadre de travail sont de vrais mangeurs de temps. Et ce temps qui nous a été dilapidé, bon gré, mal gré, ne nous est jamais restitué ! Là encore, le remède est facile. Une bonne distanciation sociale devrait permettre la mise en place des meilleures conditions pour travailler efficacement. Et quand je parle de distanciation sociale, cela inclut également mon chien Nuts qui, maintenant, je le sais, ne m’aime pas d’amour, mais ne rate pas une occasion de me le faire savoir quand même quitte à interrompre les tâches que je me suis fixées.

Grace à Parkinson et Carlson, je suis à présent rassuré : les fuites du temps peuvent être colmatées. Demain, c’est décidé, je réduits sur le papier mes horaires de travail. La question va être alors : avec tout ce temps gagné, que vais-je bien faire de mes journées ?

Bonne semaine sainte !

Xavier de Lamartinie

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Jeudi Saint – Flixecourt (09/04/2020) Paroisses N.D du Gard et de la Visitation. Diocèse d’Amiens

Après l’âne de dimanche dernier, le triduum pascal nous plonge dans une nouvelle méditation animale…. C’est l’agneau (Ex 12, 1-8). Encore un animal qui présente peu de compétences… encore jeune et fringuant, il est en revanche doux, docile...il est innocent…et se laisse conduire… c’est l’animal du sacrifice, qui laisse sa vie pour la libération des autres...

Sylvain MANSART

Jeudi Saint – Flixecourt (09/04/2020) Paroisses N.D du Gard et de la Visitation. Diocèse d’Amiens

Après l’âne de dimanche dernier, le triduum pascal nous plonge dans une nouvelle méditation animale…. C’est l’agneau (Ex 12, 1-8). Encore un animal qui présente peu de compétences… encore jeune et fringuant, il est en revanche doux, docile…il est innocent…et se laisse conduire… c’est l’animal du sacrifice, qui laisse sa vie pour la libération des autres…

1/ La pâque, un double-évènement toujours actuel : Libération et Création

La tradition juive utilise l’agneau pour célébrer le « mémorial de la pâque » (Ex 12, 1- 8,11-14). La pâque, qui en premier lieu, est demandé par le Seigneur aux hébreux, juste avant la sortie d’Egypte, est devenu le mémorial de la libération et de la naissance du peuple d’Israël… Permettez-moi d’insister sur 2 points théologiques important pour mieux comprendre la pâque : 1/ La célébration de la pâque fait bien mémoire d’un seul double-événements. Dieu sauve les hébreux par un acte de LIBERATION de l’esclavage, de l’oppression, de l’injustice et un acte de CREATION du peuple nouveau, d’une communauté croyante…

Dieu demande de faire mémoire de cette libération et de cette naissance en sacrifiant un agneau, non pas pour se souvenir du passé, mais pour rendre présent l’événement dans l’aujourd’hui de la communauté…en faisant mémoire, Dieu continue de libérer des esclavages et de créer sa communauté !

2/ Jésus, l’Agneau qui accomplit la pâque nouvelle et éternelle : l’Eucharistie

Lorsque Jésus prend le pain et le vin, et célèbre ce mémorial de la pâque avec ses disciples le Jeudi saint, et qu’il dit que cette coupe est « la nouvelle alliance », « faite cela en mémoire de moi » (1 Co 11,23-26), il se place clairement comme l’Agneau de Dieu, qui versera son sang et qui donne sa vie… Jésus a été reconnu comme celui qui accomplit la pâque juive ! Il est le Seigneur, l’agneau doux, docile, innocent, qui se laisse conduire jusqu’à la croix… il est l’agneau sacrifié qui LIBERE l’humanité entière du mal et de toute forme d’esclavage et CREER un peuple nouveau, une humanité nouvelle pour vivre dans l’amour et la paix jusqu’à la fin des temps…. Toute la vie de Jésus montre cette vie donnée qui libère et qui fait naitre de nouvelles voix dans la communauté… L’Eucharistie de Jésus va bien au-delà du rite… elle est une œuvre d’amour et de libération à la fois spirituelle, mais aussi humaine, sociale, familiale, ecclésiale, une libération de toutes les dimensions de l’humanité et de la création… Jésus est le libérateur de toutes les chaînes qui emprisonne dans la peur, la pauvreté, la souffrance… Il est le sauveur !

Chers amis, le lavement des pieds, que nous venons d’entendre (Jn 13,1-15) est l’illustration de cet amour du Christ qui libère et donne naissance à son peuple…En se faisant serviteur, en lavant les pieds de ses disciples comme un esclave, le Seigneur libère l’humanité et en fait une communauté nouvelle, qui est invité à vivre selon son exemple, dans l’amour et le service des plus pauvres, en célébrant chaque jour le mémorial de « la pâque nouvelle ».

3/ Vivre l’Eucharistie pour suivre l’exemple de Jésus : libérateur et créateur

Grâce à cette foi du mystère de la pâque, l’Église est bien convoqué à vivre l’Eucharistie du Seigneur comme une actualisation de ce double-événement de la libération et de la création du peuple de Dieu. Chers frères et sœurs, le Christ nous dit bien « C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous ». A travers cette phrase, nous découvrons l’Eucharistie, non pas comme une simple célébration rituelle, mais comme un mystère de vie entière, donnée et œuvrant pour la libération concrète des plus démunis, œuvrant pour soulager « la clameur des pauvres autant que la clameur de la terre1 ». Cela est le fondement d’une dès clé de l’enseignement social de l’Église qu’on appelle l’amour préférentiel pour les pauvres, compris, non comme un « communisme chrétien égalitaire », mais comme « une forme spéciale de priorité dans la pratique de la charité chrétienne » et un désir de travailler de manière prioritaire à soulager, défendre et libérer les plus exclus, les malades, les marginaux, les addictes aux drogues ou a l’alcool, les sans-emploi, les réfugier, et j’en passe etc…

4/ le Jeudi Saint, fête du sacerdoce, ministériel et commun

Vivre l’Eucharistie, chers frères et sœurs, c’est recevoir cet amour de Dieu, c’est accueillir la libération et la fondation de notre communauté, et c’est continuer de vivre cette mission sacerdotale… de prêtres… ensemble, dans l’amour…

Chers amis, c’est ainsi que nous comprenons notre vocation de serviteur. Aujourd’hui c’est la fête des ministères ordonnés, des prêtres, qui ont fait le choix de consacrer leur vie pour ce mystère d’amour et de don, mais n’oublions pas que tous ensemble, solidaire les uns des autres, nous avons à vivre cet amour jusqu’au bout, à célébrer cette Eucharistie, cette action de grâce, en devenant les agneaux des plus démunis, pour les aimer, les servir et les intégrer à l’immense peuple de Dieu, qui n’a plus de ni frontière, ni de barrière…

Que Jésus, « Maître et Seigneur », nous aide à vivre cet amour au cœur de la crise actuelle, en communiant spirituellement à son corps et son sang. Qu’il nous aide de devenir de doux agneaux, docile, innocent, qui aime à tout donner. Bonne fête à toutes et à tous !

1 Encyclique du pape François – laudato Si, n°19.

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« Suis-je le gardien de mon frère ? » (Gn 4, 9)

C’est à l’ensemble des communautés religieuses, membres de la Corref, que sœur Véronique Margron, op, présidente de la Corref, a adressé une lettre intitulée « Suis-je le gardien de mon frère ? ».

Sr Veronique MARGRON OP

« Suis-je le gardien de mon frère ? » (Gn 4, 9)

C’est à l’ensemble des communautés religieuses, membres de la Corref, que sœur Véronique Margron, op, présidente de la Corref, a adressé une lettre intitulée « Suis-je le gardien de mon frère ? ». Après avoir rappelé les « mesures essentielles de confinement » face au coronavirus, elle encourage trois dimensions spirituelles :

La fraternité : « La “quarantaine” nécessaire où il nous est demandé d’être désormais, pourrait alors  avoir  cette vertu  spirituelle  de nous  rapprocher par la  foi et par le cœur de tous ces visages vulnérables, rejetés, laissés pour  compte, et de tous les souffrants. (…) La fraternité nous intime de porter le souci de faire tout notre possible pour ne pas enrayer plus encore les services spécialisés, voire l’ensemble de système de soins, et épuiser davantage celles et ceux qui se donnent sans compter ».

L’hospitalité : « Nous qui aimons tant l’hospitalité, première vertu biblique, rendons la créative. (…) Notre capacité d’humanité doit se tenir déterminée dans ce combat de longue haleine. Non en défiant un virus qui n’en a cure, mais en étant à nos modestes mesures, de petits laboratoires sans prétention de cette créativité du lien. (…) Dans cette hospitalité de la foi incarnée, n’oublions pas non plus les services de l’État, (…) les soutenir c’est vouloir que notre démocratie, la façon dont nous sommes viscéralement attachés à la liberté, à la dignité, à l’égalité et à la fraternité, puisse rester debout dans cette crise sans précédent et l’emporter ».

La compassion : « Notre tradition biblique nous apprend que les fléaux ne sont jamais loin. Elle nous raconte aussi que l’humain met du temps, 40 jours, 40 ans, pour trouver son chemin, changer sa vie, son cœur. C’est l’heure de s’ouvrir davantage, d’élargir l’espace de sa tente intérieure. (…) Le service de l’Église, aujourd’hui plus qu’hier encore, doit être celui de la compassion à quiconque en a besoin. À nous ensemble d’en inventer une nouvelle forme, au service de tous dans ces temps de grande épreuve pour beaucoup ».

 

« Suis-je le gardien de mon frère ? » (Gn 4, 9)

Chers toutes et tous. Malgré les beaux jours, nous sommes en pleine tempête. Celle-ci est sournoise car invisible et tapie. Mais elle est bien réelle et pour beaucoup, en ce monde et dans notre pays elle les a déjà atteints de plein fouet, avec son cortège de douleurs et de questions.

La Corref se permet de vous rappeler les mesures essentielles de confinement.

Aucune célébration publique, pas même avec un nombre restreint d’hôtes. Pour les célébrations liturgiques intracommunautaires, merci instamment de respecter les mesures de « distanciation sociale » – de un mètre – recommandées par l’État. Et bien sûr celles de la Conférence des évêques de France et de la Corref quant à la communion et les concélébrants. Une « distanciation sociale » à respecter autant que faire se peut dans l’ensemble de la vie commune.

Beaucoup de communautés seront toutes ces semaines en jeûne eucharistique. Un jeûne qui va nous faire souffrir. Qu’il soit le levier pour une communion plus profonde avec ce peuple invisible qui se tient en chacun de nous et dans le cœur de nos communautés. C’est le moment de l’élargir encore.

La question de la veille de nos frères et sœurs décédés et des célébrations d’obsèques se pose bien sûr avec une acuité toute particulière. Au-delà de l’attention sanitaire qui s’impose, nous reviendrons vers vous pour des propositions plus précises afin que ceux qui meurent continuent d’être honorés comme il convient à un humain, et que soit toujours manifestée notre espérance de leur accueil par le Dieu de toute tendresse.

Pour les communautés qui ont des lits d’EHPAD, les mêmes mesures que pour l’ensemble de ces Établissements doivent être strictement respectées, spécialement concernant les visites. Dans toutes les maisons où nous avons des salariés, les recommandations du premier ministre, samedi 14 mars, doivent être mises en œuvre. S’il ne s’agit pas de personnels indispensables, tels les soignants et les équipes de cuisine, le chômage partiel doit être favorisé ou, selon, le chômage technique. Et bien sûr le télétravail quand il est possible.

Pour les personnels indispensables, merci de faciliter leurs transports de façon sécure. Il va de soi qu’une attention toute particulière doit être faite afin qu’aucun de nos salariés ne se retrouve plus encore en difficulté financière.

Toutes ces contraintes pourraient nous sembler démesurées. Le printemps commence, la vie éclot de toutes ses couleurs et ses senteurs et nous émerveille une fois encore. Mais voilà, nous combattons un ennemi invisible et chacun est, dans cette guerre et à sa modeste place, un soldat indispensable.

La fraternité

Il ne s’agit pas de combattre l’expansion du virus seulement pour nous-même, mais au nom de la fraternité, au nom du souci d’autrui, des plus fragiles d’abord de nos sociétés.

Malades, migrants, sans domiciles, personnes pauvres et bien d’autres. Nos sociétés, nous-mêmes peut-être, nous mettons habituellement des femmes et des hommes, des groupes humains en quarantaine, au loin. Parfois nous en faisons des boucs émissaires. Notre histoire, y compris religieuse, en porte les stigmates, aujourd’hui toujours. La « quarantaine » nécessaire où il nous est demandé d’être désormais, pourrait alors avoir cette vertu spirituelle de nous rapprocher par la foi et par le cœur de tous ces visages vulnérables, rejetés, laissés pour compte, et de tous les souffrants.

La fraternité c’est encore le souci de notre système de santé et de l’ensemble des soignants qui le font vivre au quotidien. Ils sont sur le pont pour nous tous. Nous savons leur compétence, leur implication. Nous connaissons aussi ses limites, y compris dans un pays riche comme le nôtre. Ne participons pas, par négligence ou imprudence à le tendre un peu plus. Dans les semaines à venir arriveront plus encore de patients et de patients graves. Le virus peut toucher tout le monde et des formes graves peuvent se développer chez   tous. La fraternité nous intime de porter le souci de faire tout notre possible pour ne pas enrayer plus encore les services spécialisés, voire l’ensemble de système de soins, et épuiser davantage celles et ceux qui se donnent sans compter. Disons-leur notre reconnaissance.

L’hospitalité

Nous qui aimons tant l’hospitalité, première vertu biblique, rendons la créative. Créative d’abord – et nous avons bien conscience que c’est difficile – pour nos frères et sœurs aînés malades et en Ehpad. La visite fait partie de notre art de vivre. Elle est pour nous une nécessité humaine autant que spirituelle. Mais aujourd’hui, il nous faut impérativement trouver d’autres formes de visites, de soutien, de compagnonnage. Non seulement pour les protéger, mais pour veiller aussi sur ceux avec qui nous vivons et qui travaillent auprès de nous. Trouver des manières qui signifient notre amitié et notre soin.

Notre capacité d’humanité doit se tenir déterminée dans ce combat de longue haleine. Non en défiant un virus qui n’en a cure, mais en étant à nos modestes mesures, de petits laboratoires sans prétention de cette créativité du lien.

Nous proposons aussi que chaque communauté puisse  porter en sa prière l’hôpital le plus proche, l’ensemble de ses patients et de ses soignants. Mais encore les EHPAD de notre quartier ou dans nos maisons. Mais aussi les équipes médicales et soignantes travaillant en milieu carcéral et dans les associations au service des plus démunis, dans notre  pays.

Dans cette hospitalité de la foi incarnée, n’oublions pas non plus les services de l’État, eux aussi sur le pont sans relâche, de même que ceux des municipalités. Toutes ces femmes et tous ces hommes sont à notre service. Tous font face à un inédit depuis bien longtemps, à cette échelle, qui chamboule toute la société et tout dans nos sociétés. L’heure n’est pas  aux conjonctures politiques, pas davantage de se transformer chacun en directeur général de la santé. Plus tard les bilans seront tirés. Pour le moment, les soutenir c’est vouloir que notre démocratie, la façon dont nous sommes viscéralement attachés à la liberté, à la dignité, à l’égalité et à la fraternité, puisse rester debout dans cette crise sans précédent et l’emporter. Puissions-nous signifier notre gratitude aux uns et aux autres.

La compassion

Notre tradition biblique nous apprend que les fléaux ne sont jamais loin. Elle nous raconte aussi que l’humain met du temps, 40 jours, 40 ans, pour trouver son chemin, changer sa vie, son cœur. C’est l’heure de s’ouvrir davantage, d’élargir l’espace de sa tente intérieure.

Ces semaines sombres, nombre de personnes sont et seront en effroi, en détresse, sans plus de points d’appui. En Église, il nous faut trouver comment les soutenir, alors même que nous ne pourrons les rejoindre physiquement, ce que nous faisons habituellement, pour beaucoup d’entre nous, en les visitant, les accompagnant. Manifester notre écoute, notre proximité bouleversée, notre foi humble et tenace est une priorité. Le soutien spirituel et humain ne peut s’interrompre, bien au contraire, quand des personnes et des familles vont en avoir d’autant plus besoin que les lieux habituels, aumôneries, paroisses, ne peuvent plus répondre autant. Le service de l’Église, aujourd’hui plus qu’hier encore, doit être celui de la compassion à quiconque en a besoin. À nous ensemble d’en inventer une nouvelle forme, au service de tous dans ces temps de grande épreuve pour beaucoup.

Chères sœurs, chers frères et pères, restons proches les uns des autres par l’amitié et la prière. Par la supplication pour ce monde et pour que nous apprenions tous de ce drame et de ce combat à devenir plus humains et proches. Ne négligeons rien de ce qui dit notre responsabilité et notre souci de tous.

Avec toute mon amitié fraternelle

Téléchargez l’attestation nécessaire : https://www.interieur.gouv.fr/Actualites/L-actu-du-Ministere/Attestation-de-deplacement-derogatoire-et-justificatif-de-deplacement-professionnel

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