Saint Vincent de Paul et la communauté (I – II)

Saint Vincent de Paul et la communauté (I – II)

Le père Claude LAUTISSIER, directeur des Archives de la Congrégation de la Mission à la Maison-Mère de Paris, nous offre un article (numérisé) du père Jean Morin autour des origines de la “communauté” telle que saint Vincent de Paul l’a conçue pour les confrères de son temps et que nous pouvons relire à la lumière de notre expérience actuelle. Notre vie en commun destinée à la Mission le père Morin n’arrête pas de nous le dire ! Bonne lecture de ces deux premières parties.

Fidèles à la volonté de saint Vincent, nous vivons en communion fraternelle – comme les Apôtres avec le Christ – formant une communauté de travail, de prière et de biens destinée à favoriser le progrès de notre apostolat et notre propre épanouissement ! (Constitutions, 29).

Dans ce texte, le fait, la finalité et les niveaux de la vie communautaire, dans la Mission, sont présentés comme une fidélité « à la volonté de saint Vincent »

Mais les réalités et les exigences de la Pastorale d’aujourd’hui semblent bien souvent, remettre en cause sinon le fait du moins les modalités de notre vie de Communauté. Et on souhaiterait interpréter ce n. 29 des Constitutions à la lumière du n. 18 qui, à propos de l’Activité Apostolique, précise :

  • A l’occasion nous n’hésiterons pas à frayer des voies nouvelles, plus en harmonie avec les situations concrètes et changeantes des personnes et des choses.
  • Cette recherche et, éventuellement, ces « voies nouvelles » devront cependant toujours s’inspirer d’une fidélité à la volonté de saint Vincent ; et c’est pourquoi un essai sur « Saint Vincent et la Communauté » peut avoir, aujourd’hui, son utilité.
  • Au cours de cette étude, nous tenterons de suivre les expériences successives et progressives de saint Vincent de Paul, en matière de Communauté. Peut-être comprendrons-nous mieux ainsi la pensée qu’il nous livre dans ses Entretiens comme aussi la fidélité qui nous est demandée dans la Mission d’aujourd’hui.

I. LES ANTÉCÉDENTS

 

Avant d’en venir aux premières réalisations « communautaires » d’après 1617, il est sans doute utile de mentionner quelques antécédents plus ou moins directement en rapport avec l’idée que, plus tard, saint Vincent se fit de la Communauté.

1. La Communauté … « une famille »

Très souvent et spontanément saint Vincent emploie, pour parler de la vie de communauté, des termes et expressions empruntés à la vie de famille. Cela ne lui est évidemment pas propre mais mérite d’être noté. Parlant, par exemple, de leur communauté locale lorsqu’ il écrit aux supérieurs, il emploie souvent le mot « famille » :

« Monsieur Dufestel et sa famille de Troyes … » (I, 538) – « J’embrasse avec tendresse toute votre famille … » (I, 445) [1]

Des remarques pourraient être faites au sujet des Confréries et des Filles de la Charité. Faut-il chercher dans l’expérience et les souvenirs de famille de saint Vincent les racines profondes et inconscientes de cette relation, que si fréquemment et spontanément il établit entre Communauté et Famille ? Aux historiens et aux psychologues de se prononcer. Ce que l’on sait, en tout cas, de la famille et do l’enfance de saint Vincent nous permet de supposer qu’il en conservait un souvenir heureux malgré la rudesse de la vie qu’il y connut.

2. La Communauté … Moyen de « perfection sacerdotale»

Au cours de ses deux premières expériences de Communauté, il semble bien que saint Vincent ait d’abord perçu la Communauté comme un moyen de perfection :

a) L’expérience Oratorienne (1611-12)

En 1611-1612, saint Vincent a eu l’occasion d’expérimenter une certaine vie commune avec les premiers Oratoriens. Abelly l’affirme (1664 ; I, 6, 24). Il croit même pouvoir préciser « qu’il demeura environ deux ans en cette retraite ».

On sait peu de choses sur cette communauté des premiers Oratoriens et, en fait, pratiquement rien sur la durée et les modalités du séjour qu’y fit saint Vincent. Il semble probable qu’au cours de cette période la Communauté lui apparut d’abord comme un moyen de perfection et sanctification sacerdotale. C’était l’optique de Bérulle qui disait à ses premiers disciples :

« … Le même Dieu qui a rétabli en nos jours, en plusieurs familles religieuses, l’esprit et la ferveur de leur première institution, semble vouloir aussi départir la même grâce et faveur à l’état de prêtrise qui est le premier, le plus essentiel et nécessaire à son Église et renouveler en icelui l’état et la perfection qui lui convient selon son ancien usage et sa première institution. Et c’est pour recueillir cette grâce du ciel … que nous sommes assemblés en ce lieu et en cette forme de vie qui se commence … » (Migne, 1270)

Communauté, moyen de perfection Sacerdotale ; il semble bien que ce soit d’abord sous cet angle que saint Vincent vécut sa courte expérience Oratorienne sous la direction de Bérulle.

b) L’expérience de Châtillon (1617)

Dans l’un des documents du procès de béatification de saint Vincent se trouve « Le rapport de Charles Démia sur le séjour de saint Vincent à Châtillon-les-Dombes » (XIII, 45-54). On y apprend qu’à son arrivée, six vieux prêtres sociétaires y vivaient dans un grand libertinage. Secondé par Monsieur Louis Girard, son vicaire et futur successeur, « Monsieur Vincent apporta un notable changement, tant en leurs actions qu’en leurs mœurs ; et ce fut par une façon de faire bien singulière… Il les porta à vivre en commun et empêcha que les biens d’Église ne se dissipassent … ».

Notons donc cet essai de « Vie en commun » suggéré et réalisé par saint Vincent et remarquons que le contexte semble bien indiquer que cette vie en commun est, ici [48] encore, considérée d’abord comme un moyen efficace de soutient et de Perfection des prêtres. Cc qui paraît toujours bien dans la ligne bérullienne.

3. La Communauté … moyen apostolique : « les Confréries »

Peut-on parler « d’expériences communautaires » à propos des Confréries de la Charité ? Le mot, en tous cas, est employé par saint Vincent lui-même dans les Règlements (XIII, 430).

Les Confréries de la Charité constituent, on le sait, « la toute première » fondation vincentienne. Et – pour nous en tenir ici à l’année 1617 – l’Acte de fondation (XIV, 125-126) et le Premier Règlement (XIII, 423-439) de la Confrérie de Châtillon révèlent peut-être déjà une importante évolution dans la pensée et l’expérience de saint Vincent, concernant la « Communauté ». La lecture de ces deux textes suggère, en effet, plusieurs remarques :

a) le caractère et la finalité nettement apostolique de l’Institution

Jusqu’alors, on l’a vu, saint Vincent semble avoir abordé « la Communauté « comme d’abord un moyen de Perfection. Cette fois, il s’agit clairement et d’abord d’un moyen de meilleur service. « Les Dames sous-nommées se sont charitablement associées pour assister les pauvres malades » (XIV, 425). Et l’on retrouve pratiquement la même formule dans chacun des Règlements. On se met ensemble pour assister les Pauvres. On retrouvera une formule analogue dans le Premier Contrat d’Association de la Mission du 4 septembre 1626 : « quelques ecclésiastiques qui se lient et s’unissent ensemble pour s’employer, en matière de mission, à catéchiser, prêcher…” (XIII, 204)

b) la notion d’ordre pour un meilleur service

C’est certainement là l’un des « leviers » de la pensée de saint Vincent concernant l’Institution « communautaire » de la Confrérie de Châtillon. Il faut se mettre ensemble pour assurer un service plus efficace et mieux reparti. L’introduction (très intéressante !) du Règlement (XIII, 423) remarque que les pauvres » ont parfois beaucoup souffert, plutôt pour faire d’ordre à les soulager que de personnes charitables. « Nous avons sans doute là l’écho de cc diagnostic, typiquement vincentien, qu’Abelly prête à saint Vincent au soir de l’événement de Châtillon : « Voilà une grande Charité … mais celle-ci n’est-pas-bien réglée ». (Abelly, 1664, I, 10, 46). La Confrérie sera donc moyen d’un service ordonné, bien réglé.

c) la notion de durée pour un meilleur service

La Confrérie établie et organisée « par ensemble » sera également un moyen et une garantie ; de durée au service des pauvres. « … Mais, parce qu’il est à craindre qu’ayant commencé ce bon œuvre, il ne dépérisse dans peu de temps, si, pour le maintenir, elles n’ont quelque union et liaison spirituelle ensemble, elles sont disposées à se joindre en un corps… » (XIII, 423). L’union et liaison spirituelle ensemble est ici nettement présentée comme le moyen d’assurer la durée pour le service des pauvres.

C’est là encore un aspect que l’on retrouvera souvent concernant la Communauté selon saint Vincent (I, 58 ; III, 56). Dans et pour le service, « quelqu’union et liaison spirituelle ENSEMBLE » est moyen et garantie de durée et de persévérance.

d) On peut enfin noter le caractère « séculier » et « paroissial » de cette première Institution vincentienne qui aura également quelque retentissement- dans la suite.

Connaissant le prix que donnait saint Vincent à l’expérience, on peut facilement supposer que « les antécédents » que nous venons d’évoquer ont eu leur place et leur influence dans le cheminement de la pensée de saint Vincent concernant la Communauté, en générale et la Communauté de la Mission en particulier. Nous aurons sans doute l’occasion de le remarquer dans la suite. [49].

 

II. LA NÉCESSITÉ D’UNE COMMUNAUTÉ : (1617-1625)

 

Les documents et témoignages sur cette période (1617-1625) sont rares. Nous n’avons pratiquement que les souvenirs évoqués, longtemps après, par saint Vincent lui-même au cours de ses Entretiens. Une lecture attentive do ces quelques textes pout, cependant, nous donner une idée du cheminement qui – au rythme même des missions – aboutit à la fondation de la première Communauté de la Mission.

 

1. …. « Ne pouvant plus y suffire… » (XI, 4-5)

Tout est donc parti de l’évènement Gannes-Folleville: la confession, suivie 10 25 janvier 1617 de la prédication … « et toutes ces bonnes gens furent si touchées de Dieu qu’ils venaient tous pour faire leur confession générale. Je continuai de les instruire et de les disposer aux sacrements et commençai de les entendre. Mais la presse fut si grande que, NE pouvant plus y suffire, avec un autre prêtre qui m’aidait, Madame envoya prier les Révérends Pères Jésuites d’Amiens de venir au secours ; elle en écrivit au R.P. Recteur qui y vint lui-même et, n’ayant eu le loisir d’y arrêter que fort peu de temps, il envoya pour y travailler en sa place le R.P. Fourché, de sa même Compagnie, lequel nous aida à confesser, prêcher et catéchiser, et trouva, par la miséricorde de Dieu de quoi s’occuper. Nous fûmes ensuite aux autres villages … et nous fîmes comme au premier.

De ce premier témoignage, il ressort que cette toute première mission révéla d’emblée à saint Vincent le besoin, la nécessité d’être aidé, d’être plusieurs pour faire face à « la presse ». Cette constatation toute simple et concrète a son importance : Dès Folleville, la Mission se révèle disproportionnée au travail d’un seul. L’expérience faisant son chemin, on verra dans le Contrat de 1625 que fondateurs et Monsieur Vincent semblent s’être mis d’accord sur le nombre de six missionnaires, dans la mesure bien sûr où la Mission se cantonne sur les terres des de Gondi.

 

2….. « L’on pense aux MOYENS » … (XI, 170-171)

Le deuxième témoignage, sur cette période 1617-1625, est un peu plus explicite sur l’après-Folleville. Après avoir dit qu’il fallut faire appel aux PP. Jésuites, saint Vincent poursuit : « Ensuite, voyant que cela réussissait, on pensa aux moyens de « faire que de temps en temps – l’on allât sur les terres de madite dame pour y faire mission. Je fus chargé d’en parler aux PP. Jésuites pour les prier d’accepter cette fondation. Je m’adressai au R.P. Charlet. Mais ils me firent réponse qu’ils ne pouvaient point accepter cette fondation et que cela était contraire à leur Institut ; de sorte que, comme l’on vit cela et qu’on ne trouvait personne qui se voulut charger de faire ces missions, on résolut d’associer quelques bons prêtres… »

Cc deuxième témoignage suppose une période de réflexion, recherche et démarche. Dès Folleville s’est imposé la nécessité d’être plusieurs. Après plusieurs missions, une autre nécessité apparaît : celle de la stabilité des missionnaires et d’une certaine spécialisation pour les Missions. C’est que le ministère « occasionnel » des missions tend lui-même à s’organiser et se stabiliser ; « on pensa aux moyens de faire que, de temps en temps, l’on allât … pour y faire mission ». Et c’est tout naturellement qu’on en vient à l’idée de fondation.

Il semble donc bien que, chez saint Vincent, l’idée même de Communauté surgi des exigences de la Mission, des réalités concrètes du travail. (Il faut être plusieurs ; il faut être stables et tout donnés aux missions.) [50]

 

3.… « Monsieur Portail et moi » … (XII, 1-8)

Le troisième témoignage de saint Vincent, sur la période 1611-1625, donne quelques lumières sur la phase précédant immédiatement le Contrat de Fondation. Rappelant la prédication de Folleville, le succès, l’intervention de deux Pères Jésuites, il poursuit :

« … ce qui fut cause qu’on continua le même exercice dans les autres paroisses de madite Dame durant plusieurs années, laquelle enfin voulut entretenir des prêtres pour continuer des missions et nous fit avoir à cet effet le Collège des Bons-Enfants, où nous nous retirâmes, M. Portail et moi, et prîmes avec nous un bon prêtre, à qui nous donnions 50 écus par an. Nous nous en allions ainsi tous les trois prêcher et faire la mission de village en village. En partant, nous donnions la clef à quelqu’un des voisins, ou nous-même nous les priions d’aller coucher la nuit dans la maison… »

Selon ce texte, l’équipe « Apostolique » composée de saint Vincent et de deux Pères Jésuites semble avoir fonctionné « durant plusieurs années », jusqu’à la constitution de la petite communauté des Bons-Enfants. Le passage de la collaboration « occasionnelle » des PP. Jésuites à la Communauté missionnaire (à plein temps) du Collège des Bons-Enfants est, sans doute, très important et constitue le dernier maillon avant la Fondation. L’acquisition du Collège des Bons-Enfants date du 6 mars 1624 ; on verra que saint Vincent lui-même ne pût y séjourner avant la fin de 1625, mais pendant un an la petite communauté missionnaire pourra expérimenter le « style de vie » qui sera retenu dans le contrat de fondation.

 

4. … « s’appliqueront entièrement au soin dudit pauvre peuple »…

Le Contrat de Fondation est signé le 11 avril 1625 (XIII, 197-202). Il est facile de retrouver, dans ce texte, l’écho et les conclusions des expériences que nous venons d’évoquer.

 

a) Le caractère nettement et prioritairement apostolique de la Communauté.

« …quelques ecclésiastiques de doctrine, piété et capacités connues qui voulussent renoncer POUR s’appliquer entièrement et purement au salut du pauvre peuple, allant de village en village… » et Monsieur Vincent est chargé d’élire et choisir, dans l’année, six personnes ecclésiastiques, ou tel nombre que le revenu de la présente fondation en pourra porter… pour travailler audit œuvre… »

La Communauté apparaît bien comme le moyen d’assurer la Mission.

 

b) La disponibilité missionnaire des personnes et de la Communauté est fermement soulignée

On a remarqué les deux adverbes « entièrement et purement ». C’est là, sans doute l’écho des difficultés et insuffisances perçues au cours des huit années précédentes, lorsque saint Vincent devait faire appel à des aides « occasionnels ». Cette stabilité (qui demeurera, on le sait, un souci majeur de saint Vincent) et cette entière disponibilité paraissent tellement essentielles à la Mission qu’une série de mesures concrètes et exigeantes sont prévues. Il faudra renoncer expressément à toutes charges, bénéfices et dignités et s’obliger » de ne prêcher ni administrer aucun sacrement ès-ville dans lesquelles il y aura archevêché, évêché ou présidial ». Curieusement, et toujours dans le même souci, il est précisé : « …à la réserve néanmoins qu’avenant que quelque prélat ou patron désirât conférer quelque cure à l’un d’entre eux pour le bien administrer, celui qui lui serait présenté par ledit directeur ou supérieur la pourrait accepter et exercer, ayant préalablement servi huit ou dix ans audit œuvre et non autrement, si ce n’est que le supérieur, de l’avis de la Compagnie, jugeât convenable de dispenser quelqu’un dudit service de huit ans. » Ces huit ans-minimum au service de la Mission exprime bien le souci, souci de stabilité et disponibilité né des exigences mêmes de la Mission. [51]

c) L’expression « vivre en commun » est employée dans le Contrat, et on la retrouvera pratiquement dans toutes les pièces officielles par la suite

« … Lesdits prêtres vivront en commun sous l’obéissance dudit sieur de Paul, en la manière susdite, et de leur supérieur à l’avenir après son décès, sous le nom de Compagnie, Congrégation ou Confrérie des Pères ou Prêtres de la Mission… »

Et il ne s’agit pas là d’une expression vague et classique dans pareil contrat puisque son contenu est largement explicité par la suite : d’octobre à juin, on prêchera des Missions au rythme suivant : un mois de mission et quinze jours « en leur maison commune ». Pendant les mois de juin, juillet, août et septembre, on rendra service aux curés qui le demanderont et l’on étudiera « pour se rendre d’autant plus capables d’assister le prochain. »

d) Outre la Communauté de travail et de vie, le Contrat prévoit et précise aussi la communauté de biens

Le texte insiste d’abord sur la gratuité des Missions. Les Missionnaires choisis par saint Vincent devront « s’appliquer entièrement et purement au salut du pauvre peuple, allant de village en village, aux dépens de leur bourse commune ».

Cette « bourse commune » sera alimentée régulièrement par le revenu de la somme de Fondation : Ladite somme de 45 000 livres sera par ledit sieur de Paul, de l’avis des dits seigneur et dame, employée en fonds de terre ou rente constituée, dont le profit et revenu en provenant servira à leur entretien, vêtements, nourriture et autres nécessités ; lequel fonds et revenu sera par eux géré, gouverné et administré comme chose propre »

Ces précisions sont importantes car saint Vincent conservera ce statut économique pour sa Congrégation et ses communautés locales. Les membres de la Communauté renonçant à toutes autres sources de revenu (charges, bénéfices, dignités) ; le travail des missions étant gratuit, la Communauté des missionnaires ne pouvait donc vivre et subsister que par las revenus ou rentes de la Fondation, lesquels constituaient ce que le contrat appelle « la bourse commune ».

C’est là, dirions-nous aujourd’hui dans un sens purement économique, un système « capitaliste » : Les communautés de la Mission vivant de revenus et cela pour assurer et la gratuité des missions et la durée de la mission. Car, si les missionnaires vivent de bénéfices ou dignités « personnels », la tentation sera grande de regarder en arrière. Or, il faut à la Mission des ecclésiastiques qui s’y adonnent « entièrement et purement ».

La Communauté de biens, dans ce contrat, n’est donc pas le fait de mettre en commun la totalité des « fruits du ministère », puisque le ministère est gratuit ; elle est d’une part dans la renonciation aux revenus personnels et d’autre part dans le fait de vivre de la « bourse commune » alimentée par les revenus de la Fondation.

Le Contrat de Fondation du 17 avril 1625 se présente bien comme l’aboutissant et une sorte de synthèse de l’expérience missionnaire de saint Vincent au cours des années 1617-1625. La « communauté » y apparaît comme un moyen nécessaire pour la Mission : il faut être plusieurs pour faire face au travail ; il faut être ensemble pour le bien faire ; il faut y être consacrés « entièrement et purement ». Ce sont ces évidences Apostoliques, puisées dans l’expérience de huit années de missions, qui sont à l’origine de la communauté de la Mission, et de ses premières structures. [51]

Jean MORIN, CM 🔸

Fidèles à la volonté de saint Vincent, nous vivons en communion fraternelle – comme les Apôtres avec le Christ – formant une communauté de travail, de prière et de biens destinée à favoriser le progrès de notre apostolat et notre propre épanouissement !

Constitutions de la Congrégation de la Mission n. 29
NOTES :

[1] Voir aussi : II, 312 ; 573 ; 611 ; – III, 57 ; 106 ; 114 ; 129 ; 133 ; etc…

Pour connaître davantage :

Visitez le site des Archives de la Congrégation de la Mission – Maison-Mère

www.docsvincentiens.fr

 

Ces jeunes qui nous bousculent ! Les jeunes et la foi aujourd’hui. Formation 24-25 janvier 2019

Les jeunes et la foi

Ce n’est pas parce que les jeunes désertent les bancs de l’église le dimanche matin qu’ils n’ont plus la foi. Les jeunes croyants préfèrent aujourd’hui se retrouver au sein de communautés vivantes pour prier, mais aussi partager leur manière de voir le monde et donner de leur temps. Ils souhaitent également que la religion soit au service de leur épanouissement personnel.

Si les statistiques manquent pour dresser un portrait des jeunes croyants en général et des jeunes chrétiens et catholiques en particulier, plusieurs indices permettent de penser qu’en Occident, de moins en moins de jeunes manifestent leur foi ou revendiquent l’avoir.

Sabrina di Matteo est la directrice du centre Benoît-Lacroix, un organisme d’animation chrétienne affilié à l’Université de Montréal. Elle indique par exemple que lorsque la question de la religion est posée aux États-Unis, chez les jeunes adultes, la mention de la non-affiliation religieuse est celle qui est en plus forte croissance ces dernières années. Elle présume par ailleurs que les résultats seraient les mêmes au Canada ou en Europe de l’Ouest.

De son côté, la directrice du centre Présence religieuse intercommunautaire (PRI), Chantal Jodoin, fait remarquer qu’elle fréquente différentes paroisses et que lorsqu’elle se rend à la messe dominicale, à 43 ans, elle fait largement baisser la moyenne d’âge. Elle ajoute qu’on assiste également à un vieillissement des célébrants, la moyenne d’âge des prêtres se situant au-delà des 80 ans au Québec.

Une remarque que ne conteste pas le recteur du Grand Séminaire de Montréal et de l’Institut de formation théologique de Montréal (IFTM), Jorge Pacheco, qui souligne que le Grand Séminaire accueille aujourd’hui une vingtaine de séminaristes destinés à la prêtrise chaque année. Il rappelle qu’il y a une cinquantaine d’années, les cohortes comptaient en moyenne 350 étudiants.

 

Pas à la messe du dimanche

Des constats qui pourraient avoir de quoi déprimer, s’ils ne cachaient pas une tout autre réalité. À savoir que si la jeunesse catholique n’est pas là où on l’attend traditionnellement, à savoir à la messe du dimanche, cela ne signifie pas que sa foi ne soit pas vivante.

« Il y a peu de jeunes familles à la messe, reconnaît Chantal Jodoin. Elles ne s’y sentent peut-être pas non plus très bien accueillies. Les enfants qui courent dans les allées de l’église ou qui pleurent, ça en irrite certains, qui ne se gênent pas pour le faire remarquer. »

On les retrouve alors ailleurs. Ils font partie de groupes qui organisent des soirées de prières, de louanges, de partage biblique, ou des activités d’enseignement évangélique. Certains vivent des expériences de silence, ils se déconnectent, font des pèlerinages, participent aux Journées mondiales de la jeunesse (JMJ). Ils vont à la messe également, mais rarement le matin. Le centre Benoît-Lacroix la programme notamment en soirée et cela n’a pas grand-chose à voir avec la messe traditionnelle. La musique y est centrale, le décorum, notamment l’éclairage, est important également.

« C’est toute une expérience qui émerge de cela, note Sabrina di Matteo. Les jeunes croyants cherchent un groupe d’appartenance, des communautés vivantes composées de pairs de leur âge avec lesquels ils peuvent échanger, partager leur foi, mais aussi donner. Nombreux sont ceux qui partent en voyage de coopération internationale ou qui préparent et vont distribuer des sandwichs aux sans-abri, tout en passant un peu de temps avec eux. »

Pour les jeunes d’aujourd’hui, être chrétien, ce n’est pas une obligation, comme ça a pu l’être pour les générations précédentes, c’est un choix. Peu d’entre eux ont été élevés dans la foi. Peu d’entre eux ont fréquenté l’église en famille.

« Avant, il fallait aller à la messe. Aujourd’hui, tu es plutôt pointé du doigt quand tu y vas, souligne Réjean Bernier, directeur adjoint du centre de formation chrétienne Agapê. Ils ne sont pas dans l’endoctrinement, ils vivent une expérience et ils veulent la pousser, la partager. Être chrétien, ça passe par la prière, mais c’est surtout une manière de voir le monde, d’avoir les bras ouverts sur le monde. Dans l’autobus, c’est être ouvert aux gens et leur sourire plutôt que d’être enfermé avec ses écouteurs et son écran. »

Tous ces sujets seront abordés durant le prochain Synode des évêques, qui aura lieu au Vatican en octobre prochain. Le pape François semble vouloir mettre la jeunesse au coeur de son pontificat et ainsi, la thématique du prochain Synode portera sur les jeunes, la foi et le discernement des vocations. Cette grande réunion est destinée à écouter les préoccupations des jeunes croyants afin de mieux les accueillir et les accompagner dans leur cheminement spirituel.

 

Pour une Église plus ouverte

Pour préparer cette rencontre, un grand questionnaire a été adressé aux paroisses afin qu’il soit rempli par les jeunes. Les premiers résultats ont été publiés. Pas ceux du Québec, mais la Conférence des évêques de France a rendu ses conclusions. Il en ressort que les jeunes souhaitent que la religion soit au service de leur épanouissement personnel.

Ils en appellent également à une Église plus ouverte aux femmes, aux divorcés, aux couples remariés, aux homosexuels. Sur l’avortement également, ils aimeraient que la position évolue. Ils veulent enfin une institution plus transparente, qui communique plus, notamment via les réseaux sociaux, une Église rassembleuse, exemplaire. Une Église qui fait un peu plus de place aux jeunes dans ses instances.

« Nos jeunes ne sont pas des cruches qu’il faut remplir, lance Sabrina di Matteo. Ils ont des maîtrises, des doctorats, ils veulent être des acteurs de la réflexion sur l’avenir de l’Église. C’est eux, la relève, il faut les écouter. »

« J’ai participé aux consultations dans le diocèse de Montréal et je dois dire que les préoccupations sont les mêmes qu’en France, précise Chantal Jodoin. Les jeunes ont des idées, l’Église doit les écouter si elle souhaite les intégrer. Ce que je trouve particulièrement intéressant, c’est que ce ne sont pas seulement les jeunes catholiques qui ont été consultés. Car c’est important de savoir ce que pensent les jeunes qui sont loin de l’Église. »

Or, la baisse de l’engagement dans la vie consacrée et la pénurie de prêtres font en sorte qu’il est de plus en plus difficile de les rejoindre.

« Il faudrait plus amener la parole de l’Église dans les écoles, estime le recteur Pacheco. Il y a des enfants et des adolescents qui sont en plein questionnement et qui ne savent même pas ce que c’est que la foi, qui n’ont jamais entendu parler de la religion puisque la transmission ne s’est pas faite dans les familles. Nous arrivons à accompagner les jeunes qui gravitent dans nos paroisses. Mais ceux qui ne s’en approchent pas, il est très difficile de les atteindre. »

Hélène Roulot-Ganzmann, journaliste LE DEVOIR 🔸

Ce n’est pas parce que les jeunes désertent les bancs de l’église le dimanche matin qu’ils n’ont plus la foi. Les jeunes croyants préfèrent aujourd’hui se retrouver au sein de communautés vivantes pour prier, mais aussi partager leur manière de voir le monde et donner de leur temps.

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Monsieur Amin de TARRAZI (1928-2019)

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Monsieur Amin de TARRAZI (1928-2019)

Ancien Président national et ancien Président international de la Société de Saint-Vincent-de-Paul de 1981 à 1993.

Il a été pour la Société de Saint-Vincent-de-Paul et pour les vincentiens une figure rayonnante de la charité dans la fidélité au bienheureux Frédéric Ozanam pour lequel, après avoir été l’artisan de sa béatification à Paris en 1997, il œuvrait à la cause de canonisation.

Un grand ami de la Congrégation de la Mission. Qu’il repose en paix auprès de Dieu.

Funérailles le Lundi 14 janvier à 10h30 en l’église St Ferdinand des Ternes, Paris

Hommage de la Congrégation de la Mission en France

 

Le Président et les membres du Conseil d’Administration de la Société de Saint-Vincent-de-Paul en France ont le regret de vous faire part du rappel à Dieu de Monsieur Amin de Tarrazi, Ancien Président national et ancien Président international de la Société de Saint-Vincent-de-Paul de 1981 à 1993.

Il a été pour la Société de Saint-Vincent-de-Paul et pour les vincentiens une figure rayonnante de la charité dans la fidélité au bienheureux Frédéric Ozanam pour lequel, après avoir été l’artisan de sa béatification à Paris en 1997, il œuvrait à la cause de canonisation.

Au nom de tous les membres de la  Société de Saint-Vincent-de-Paul en France nous nous associons à la peine de sa famille à laquelle nous adressons nos sincères condoléances.

Tel est le faire-part qui court sur la toile. Celui qui a connu Amin manifeste sa peine personnelle et tout vincentien averti sait qu’il perd aussi le père de la Société st Vincent de Paul durant plus d’un quart de siècle. Et toute la famille vincentienne se joint à lui pour ne faire qu’un avec elle, et manifeste sa reconnaissance. Amin est une épopée, une légende mais bien plus encore, une vie chrétienne, une figure vincentienne inoubliable. Le site « cm global » note que «la Société de Saint-Vincent-de-Paul ne se serait pas épanouie comme elle l’a fait au cours des dernières décennies, s’il n’y avait eu notre confrère Amin. Sa vie appartenait à la Société. La Société était sa vie. Il a consacré sa vie au service de tant de personnes dans le besoin. Il s’est joint à la SSVP il y a 70 ans, il a été le représentant des jeunes au CGI dans les années 1960, le président national du Conseil en France de 1967 à 1981, et le président du CGI de 1981 à 1993. » Une vie libanaise pur-sang, une vie française, riche de sa double nationalité. Il était racé, fier de son pays et de ses choix français. Il avait ses deux pieds bien plantés (!) un au Liban souffrant, son ciel d’origine et l’autre en France, le pays du bienheureux Frédéric. Il gardait farouchement son célibat pour se consacrer (le mot est juste) à la Société qu’il a toujours voulu exemplaire et dont il a tiré le char français puis le char international. Il était un passionné au point de vivre toute sensibilité exacerbée par des querelles de toujours qu’il noyait dans sa prière quotidienne, sa piété à toute épreuve, son désir de dépassement l’emportant parce qu’il le jugeait plus important. Il aimait et volontiers il souffrait parce que tout entier donné et abandonné. Peut-être, à la fin de sa vie, a-t-il subi une certaine solitude vincentienne. Ses proches savent.

Quand il était plus jeune, sa table était toujours ouverte et il recevait avec délice dans un tête à tête de bon aloi qui lui permettait partage et confiance. Toute sa vie fut donnée à la Société pour cultiver et faire vivre la proximité avec les pauvres. Ce fut le mot d’ordre de toute son existence et de ses longues mandatures. Il voulait partager, aimer et servir. L’objectif était clair et lui donne quitus pour une vie « toute donnée » à la manière de st Vincent. Il a publié les Cahiers Ozanam et la revue internationale Vincent Paul…sans oublier de réaliser un musée Ozanam. Il a traduit en plusieurs langues «the book of the Sick», le livre du malade.

Il fut aussi le relais passionné de Frédéric Ozanam : il a voulu, engagé et suivi jusqu’à Notre-Dame, la béatification du 22 août 1997. Il a cherché, soutenu et obtenu la publication de sa correspondance, il a été président puis membre de la commission de canonisation toujours sur pied.

Sa culture large et humaniste a puisé à de nombreuses sources ; il était diplômé de l’Université de Cambridge, de l’Ecole des Lois de Paris, de la chambre de Commerce britannique, de l’Ecole philosophique anglaise, de l’Ecole des langues et de littérature, diplômé de l’institut des Sciences politiques de Paris. Un homme de poids sans prétention, humble, discret, un vrai gentleman. Un exemple. Puis, il fut aussi membre de Cor Unum ; du CCIC, de l’UNESCO. Mais surtout un vrai chrétien, un baptisé authentique. Un vincentien. Un saint en puissance ?

 Je note avec le présentateur avisé de cm global que « Son mandat de président du CGI ne l’a pas empêché d’être un serviteur actif dans la société. Même dans le plus petit des travaux, il y a mis tout son cœur. C’était vraiment un homme enflammé par l’amour de Dieu, un amour qui l’a poussé à être un Vincentien engagé et passionné ».

Et le lazariste qui a croisé ses pas ajoute qu’il aimait avec tout autant de passion la famille vincentienne, qu’il a désiré et obtenu des conseillers spirituels de la Congrégation de la Mission jusqu’à ce jour et que beaucoup lui doivent avant l’heure, « le vécu » de la famille vincentienne ; heureux ceux qui ont travaillé avec lui-même au gré des tribulations des étages de l’Immeuble historique de la rue du Pré -aux-clercs. Amin, nous nous somme estimés. Merci pour ce que je vous dois. Au rendez-vous de la Table du Seigneur !

« Repose en paix maintenant, cher Amin. Il est temps d’être en Sa présence et de récolter les fruits de vos bonnes œuvres.

Son maître lui répondit : «Bravo, bon et fidèle serviteur ! Tu as été fidèle en peu de choses ; Je te confierai beaucoup de choses. » « Venez partager le bonheur de votre maître. » Matthieu 25:21.

 

Amin est décédé à l’âge de 90 ans à Ambroise Paré, où il était hospitalisé.»

Prions pour Lui et avec Lui.

 

Jean-Pierre Renouard, CM – Ancien Conseiller spirituel National

Fête de l’Epiphanie. Homélie en la Chapelle Saint Vincent de Paul de la Maison-Mère

Fête de l’Epiphanie

Homélie en la Chapelle Saint Vincent de Paul de la Maison-Mère

Dans l’Evangile d’aujourd’hui, St Mathieu nous dit qu’après avoir surmonté des moments de confusion et d’incertitude « les mages éprouvèrent une très grande joie quand ils virent l’étoile » qui leur signalait la présence du Seigneur.

La joie de la présence du Seigneur : il y a des personnes qui ne peuvent pas imaginer que le fait de rencontrer Dieu peut faire naître la joie dans une existence humaine ! Cela vient peut-être du fait qu’ils ont réprimé d’une façon constante et systématique tout appel intérieur et qu’ils se sont rendus ainsi, insensibles à la présence divine…

D’autres personnes se disent croyantes, mais il leur manque précisément, d’avoir fait l’expérience personnelle de Dieu dans leur vie, en dépassant la croyance et ses seules manifestations extérieures.

En fait, qu’en est-il de cette expérience de Dieu ? Nous pouvons avoir le sentiment d’une certaine présence de Dieu, par la communication intime et personnelle qu’est la prière intérieure ou par des évènements particuliers, ou encore par la Parole de Dieu que nous annonce l’Eglise, c’est vrai. Cependant, il ne suffit pas d’avoir une connaissance intellectuelle de tout le contenu de la Bible pour découvrir et rencontrer Dieu. Il ne suffit pas de lire des dizaines de livres de théologie pour faire l’expérience de Dieu dans sa vie ! Quelqu’un peut être docteur en théologie, en Ecriture Sainte, en spiritualité, sans avoir jamais fait l’expérience de Dieu ! Comment alors faire l’expérience de Dieu dans nos vies, comment le reconnaitre à travers les signes qu’il nous fait ?

He bien, c’est en méditant l’histoire des mages venus d’Orient que nous pouvons recevoir un message important pour nous aujourd’hui, et qui peut nous éclairer dans notre recherche. Dans la première lecture que nous avons entendue, Isaïe prophétisait la gloire de Jérusalem en insistant auparavant sur « les ténèbres qui couvrent les peuples, sur l’obscurité qui recouvre la terre. » Et St Paul parle de « ce mystère caché aux hommes des générations passées. » Ainsi donc, la première condition pour percevoir la manifestation du Seigneur c’est de reconnaître que nous sommes dans les ténèbres, que nous avons besoin de savoir, d’apprendre autre chose et que nous ne pouvons pas le découvrir seuls, pas même avec un doctorat de théologie ou d’Ecriture Sainte dans sa poche !…

 Tels étaient les mages venus d’Orient. Ils ont perçu la lumière d’une étoile et ils ont accepté d’être illuminés par un autre…Ils avaient ce qu’on pourrait appeler une grande curiosité jointe à une profonde humilité… Oui, pour comprendre les signes et pour faire l’expérience de Dieu, il faut d’abord reconnaître la nuit profonde dans laquelle on est plongé, se mettre en mouvement pour en sortir, et accepter d’être éclairé, guidé par un autre. Il faut encore l’ouverture du cœur qui fait saisir les appels inattendus et souvent hors de l’ordinaire.

Oui, vraiment les mages sont pour nous des modèles d’une foi humble qui les pousse à sortir d’une situation confortable et d’une tranquille sécurité pour se mettre en marche vers l’inconnu, guidés par le signe ténu d’une étoile qui les guide, puis disparait pour réapparaitre et les mettre en présence de cette réalité si humble et tellement ordinaire et banale : une étable, Marie, Joseph et l’enfant !

Le philosophe Pascal a dit un jour que « Dieu est assez caché pour que ceux qui ne le cherchent pas de tout leur cœur ne le découvrent pas…mais il est aussi assez révélé pour que ceux qui le cherchent de tout leur cœur puissent le découvrir un jour. »

Ainsi, c’est parce que l’étoile de Dieu s’était déjà levée dans leur cœur que les Mages ont su la reconnaître dans un ciel peuplé de myriades d’étoiles… Finalement, ils n’ont fait que rechercher celui qu’ils avaient déjà trouvé dans leur cœur : « Tu ne me chercherais pas si tu ne m’avais pas déjà trouvé. »

De la même manière, nous ne pourrons jamais faire l’expérience de Dieu, reconnaître les signes de sa présence si nous ne sommes pas habités par une présence. Une présence qui ne se manifeste qu’aux cœurs purs et aux cœurs simples, ceux qui ont fait de la recherche de Dieu, le sens et le but de leur vie. Et puis, finalement, on peut le dire : « qui cherche trouve et l’on ne trouve que ce que l’on recherche ! » Et, l’on pourrait dire également : « Dis-moi ce que tu as trouvé et je te dirai ce que tu cherchais au plus profond de toi-même…sans peut-être te l’avouer à toi-même … »

Ainsi donc, il est bon de nous demander aujourd’hui, chacune et chacun :

  • de travail, la santé, l’amour, que sais-je encore …Qu’est ce qui occupe tes pensées, ton cœur au cours de tes journées ?
  • Tu te poses beaucoup de questions sur le sens de la vie, du mal, de la souffrance et de la mort, mais es-tu vraiment un chercheur de Dieu ? C’est-à-dire, le cherches-tu non seulement avec ton intelligence mais aussi avec ton cœur ?
  • Connaître Dieu d’une façon intellectuelle c’est très bien et cela peut aider. Mais le connaître avec le cœur c’est infiniment mieux. Et, pour cela, il faut fréquenter le Christ, rester avec le Christ, passer du temps avec lui pour devenir son ami et pour que sa présence change ta vie ! Alors, combien de temps consacres-tu chaque jour pour « demeurer avec lui ? »
  • S’il t’arrive d’être triste ou déprimé, n’est ce pas parce que tu as cherché la Joie en dehors de celui qui, seul, peut remplir l’immensité de ton cœur ?

Enfin, en ce début d’une nouvelle année, à l’occasion de la fête de l’Epiphanie (manifestation du Seigneur aux païens) que l’exemple des mages nous apprenne à partir, à risquer un nouveau départ. Qu’il nous apprenne le détachement qui donne la liberté d’être et de devenir. Le détachement qui fait place à la simplicité, à l’humilité, et qui ouvre le cœur. Qu’il nous apprenne à quitter ceci ou cela : ce qui nous retient trop loin de Lui, le Christ. Que l’exemple des mages nous apprenne à Le reconnaitre et à prendre le risque de le suivre, lorsqu’apparaîtra son étoile dans le ciel de nos vies. Amen

Alain PEREZ, CM 🔸

Tels étaient les mages venus d’Orient. Ils ont perçu la lumière d’une étoile et ils ont accepté d’être illuminés par un autre…Ils avaient ce qu’on pourrait appeler une grande curiosité jointe à une profonde humilité…

Témoignage à la fin et au début l’année !

Témoignage à la fin et au début l’année !

La veille de Noël, je rejoins Philippe, un jeune SDF dans l’abri qu’il s’est fabriqué pour se protéger du froid… Je m’assieds près de lui EN SILENCE COMME D’HABITUDE… Après un long temps, il me prend la main, et me dit :

  • « Tu as vu, Pierre, tous ces gens qui courent après le BONHEUR ? TU FAIS BIEN DE NE PAS LES SUIVRE… Ils n’ont pas encore compris que le BONHEUR est EN NOUS»…

Puis se tournant vers moi, le VISAGE RAYONNANT, les YEUX ETINCELANTS, il me dit :

  • « Pierre qui mieux que toi sais que je n’ai RIEN, que je ne suis RIEN, (insistant sur le RIEN) et pourtant je suis HEUREUX VRAIMENT HEUREUX»… Disant cela, il se frappe la poitrine et me donne l’accolade.

J’étais BOULEVERSÉ…

Oui, la Bonne Nouvelle est vraiment annoncée aux pauvres par CELUI QUI les HABITE.

Pour accueillir cette Bonne Nouvelle, il faut se faire PROCHE, très PROCHE, d’une PROXIMITÉ SILENCIEUSEQuand le silence devient COMMUNION la PAROLE SE LIBÈRE, telle la Parole de Philippe et des autres que j’accompagne.

Le Seigneur fait pour eux des MERVEILLES !

Ils devraient être les INSPIRATEURS de tout PROJET : Dieu choisit ceux qui ne sont rien. Très souvent la parole de Jean Sulivan me revient à l’esprit. Parlant des SDF, il dit : « Envions-les le moins hypocritement possible et rejoignons-les en ce lieu où la MORT et la JOIE ne sont qu’une SEULE RÉALITÉ.

BONNE et FRUCTUEUSE ANNÉE à TOUS !

Et que vivent les Gilets JAUNES… ! Ils sont une CHANCE pour la DEMOCRATIE PARTICIPATIVE.

Quand les PAUVRES SE LÈVENT, se METTENT en ROUTE, le monde CHANGE.

L’ESPRIT SOUFFLE où Il veut, quand Il veut COMME Il veut.

Pierre AUBRÉE, CM 🔸

Pour accueillir cette Bonne Nouvelle, il faut se faire PROCHE, très PROCHE, d’une PROXIMITÉ SILENCIEUSE…

Explications :

Texte : extrait de Jean SULIVAN, « la Traversée des illusions », chez Gallimard, 1977.

Petite note :

Ce témoignage est arrivé le 2 janvier 2019 à la Maison Provinciale. La typographie a été respectée. Dans 6 mois, Pierre fêtera ses 90 ans.

1er Janvier. Solennité de Sainte Marie Mère de Dieu

1er Janvier. Solennité de Sainte Marie, Mère de Dieu

Homélie – Réflexion

« Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage,
qu’il te prenne en grâce !
Que le Seigneur tourne vers toi son visage,
qu’il t’apporte la paix ! »

(Livre des Nombres 6,25-27)

Chers frères et soeurs : comme elle est belle cette bénédiction que nous offre la liturgie d’aujourd’hui ! Ce sont de très bons voeux à nous offrir les uns aux autres en ce 1er Janvier…

Une bénédiction à savoir par coeur… pour bénir vos enfants, pour bénir un parent malade, ou un ami…

« Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage », cela me fait penser à certains psaumes que nous chantons, avec plus ou moins d’attention, de semaine en semaine… mais aujourd’hui, je me demande : au fait, Dieu a-t-il vraiment un visage ?

Et je me rappelle que frère Christophe, l’un des 7 frères de Tibhirine, à la dernière page de son cahier de notes quotidiennes, donc juste avant leur arrestation, raconte que le prédicateur de leur retraite avait parlé de Dieu comme d’un « Père sans visage ». Et Christophe réagit vivement, en écrivant : « Le Père n’est que VISAGE »… Et il écrit « VISAGE » en majuscules !

Alors, c’est vrai que Dieu le Père n’est que visage, si l’expression veut dire qu’il n’est que don, qu’il ne vit que tourné vers son Fils et vers nous, essentiellement en relation, en face à face… Mais reconnaissons aussi que ce visage reste invisible jusqu’à ce qu’il devienne visible en Jésus. Ainsi le pape François commence sa lettre pour cette Année Sainte de la Miséricorde en disant

« Le visage de la Miséricorde du Père, c’est Jésus. »

Et vous savez que Jésus lui-même le dit : « Celui qui m’a vu a vu le Père. » (Jean 14, 9)

Et c’est Marie qui nous fait cette grâce de donner à Dieu son visage visible,…

Marie… par sa maternité.

Maternité proclamée par l’ange Gabriel dans le récit de l’Annonciation.
Maternité confirmée par Elisabeth dans le récit de la Visitation :

« D’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? » (Luc 1, 43) Alors, MERCI MARIE, pour cette maternité !

Les chrétiens des premiers siècles, ont voulu proclamer solennellement « MARIE, MERE DE DIEU » … surtout pour affirmer que Jésus est pleinement HOMME tout en étant vraiment DIEU. Mais dans cette maternité messianique, il n’y a pas que l’engendrement physique qui est important, il y a aussi tout l’engendrement éducatif…

Quelqu’un a dit joliment : « Une maman, c’est si beau, c’est si bon, que Dieu lui-même a voulu en avoir une ! » Une maman qui a accompagné toute la croissance de Jésus…

On voit comment, à Cana, au début du ministère publique de Jésus,
d’une certaine manière, elle enfante encore Jésus, en l’invitant à manifester sa gloire… Eduquer à la foi, éduquer à la fraternité, éduquer à marcher vers l’avenir avec confiance…

Et dans cet accompagnement éducatif, je vois Joseph qui est là… avec Marie. C’est ensemble, Joseph et Marie, qu’ils sont éducateurs… et éducateurs d’abord simplement par leur amour conjugal. Car vous savez que, s’il est tellement important pour l’enfant de se savoir aimé par chacun de ses parents,

il est encore plus important qu’il puisse voir l’amour qui unit ses parents… C’est pourquoi, dans l’icône de la Vierge à l’Enfant,Joseph me manque ! Certes, la Mère et l’Enfant représente bien le Mystère de l’Alliance de Dieu avec les hommes : cet admirable échange où Dieu, par Marie, reçoit notre humanité pour que toute l’humanité puisse avoir part à sa divinité !

Mais où donc est Joseph ?… Peut-être de notre côté… à contempler avec nous la Mère et l’Enfant… Mais je pense que Marie aimerait mieux l’avoir à côté d’elle… D’ailleurs, c’est l’Evangile d’aujourd’hui : « Les bergers découvrirent Marie et Joseph avec le nouveau-né. » (Luc 2,16)

En vérité, c’est ensemble, la mère et le père, qu’ils sont pour Jésus le sacrement de l’amour de Dieu, de sa Paternité… et de sa Maternité…

Mais la mission maternelle de Marie et la mission paternelle de Joseph ont aussi une dimension universelle : Marie et Joseph sont aussi une mère et un père pour nous tous, pour que nous devenions pleinement fils de Dieu. Quand Jésus, alors qu’il va mourir, confie sa mère à son disciple bien-aimé, il prend soin de sa mère : « Voici ta mère ! » (Jean 19, 27)… mais en même temps il nous la donne pour mère… et il assigne ainsi à Marie sa mission universelle : une maternité spirituelle à l’égard de tous… Au moment de l’Annonciation, devenir la mère de Dieu, c’était bouleversant… mais devenir maintenant la mère de tous, de chacun de nous, devenir la mère de ceux-là aussi qui sont en train de crucifier son fils !… de tous ceux qui, aujourd’hui, crucifie son fils !…

Nous ne pourrons jamais assez te remercier, Marie, de nous accueillir tous comme tes enfants ?

Marie est notre mère à tous par sa prière continuelle pour nous car elle ne cesse de demander à l’Esprit-Saint de venir engendrer spirituellement Jésus en nous comme un jour il l’avait fait physiquement en elle…

Mais elle est aussi notre mère simplement par sa présence tellement affectueuse et attentive ! Tant pis pour les grands messieurs qui n’en veulent pas !

Tant mieux polir tous !es délaissés, !es meurtris,… et les enfants émerveillés qui peuvent goûter la bonté de cette maman !

Et nous, les croyants, si nous prenions vraiment Marie chez nous, comme Joseph, comme ce disciple bien-aimé… et si nous laissions se déployer toute notre maternité, ou toute notre paternité… car c’est toute l’Eglise, et donc chacun de nous, qui est engagée avec Marie dans cette mission d’engendrement :

  •  d’abord porter Jésus en nous – d’abord qu’il soit désiré et sans cesse bien accueilli en nous
  • et puis le mettre au monde, le porter au monde, l’offrir à tous… Cette maternité de Marie nous concerne tous personnellement :

Porter Dieu en nous en engendrement spirituel
et porter Dieu au monde en fécondité universelle…

Il y va de notre accomplissement personnel comme de notre vocation, de notre mission dans l’histoire de l’humanité !

Vocation à devenir VISAGE,…

à refléter le visage de Jésus comme une bénédiction pour notre famille, pour notre communauté, pour tous ceux qui sont notre prochain… car si « Jésus est le visage de la Miséricorde du Père », comme le dit le pape François, n’oublions pas que le pape Benoît avait terminé sa lettre de l’Année de la Foi en disant : « L’Eglise est la communauté visible de la Miséricorde. »

Demandons à Marie, en un temps de prière silencieuse, cette grâce : que l’Eglise soit de plus en plus vraiment MERE DE DIEU et MERE DES HOMMES en étant aujourd’hui « LE VISAGE DE LA MISERICORDE DU PERE. »

Frère Didier, abbaye de Tamié 🔸

Les chrétiens des premiers siècles, ont voulu proclamer solennellement « MARIE, MERE DE DIEU » … surtout pour affirmer que Jésus est pleinement HOMME tout en étant vraiment DIEU. Mais dans cette maternité messianique, il n’y a pas que l’engendrement physique qui est important, il y a aussi tout l’engendrement éducatif…

Fr Didier
POUR SAVOR DAVANTAGE :

www.abbaye-tamie.com

Image :

“La Vierge Marie avec l’enfant”. Ambrosius Benson (1530). Collection Musée des Beaux Arts de Séville (Espagne)

https://artsandculture.google.com/partner/museo-de-bellas-artes-de-sevilla