Petite réflexion sur ce temps qui nous est donné en tant de confinement. Xavier de Lamartinie

Ce n’est que ce matin en me rasant que j’ai repensé à la question que nous nous posions hier, Diane, toi et moi, au téléphone : pourquoi, en cette période de confinement avons-nous à peine le temps de mener les tâches que nous avons à faire alors qu’en temps ordinaire, nous arrivons à en faire au moins autant sur des espaces de temps plus réduits ?

Xavier de Lamartine

Petite réflexion sur ce temps qui nous est donné en tant de confinement. Xavier de Lamartinie

Ce n’est que ce matin en me rasant que j’ai repensé à la question que nous nous posions hier, Diane, toi et moi, au téléphone : pourquoi, en cette période de confinement avons-nous à peine le temps de mener les tâches que nous avons à faire alors qu’en temps ordinaire, nous arrivons à en faire au moins autant sur des espaces de temps plus réduits ?

Je te rassure, je ne me suis pas entaillé la joue pour autant avec mon rasoir mais je me suis promis à moi-même de partir à la recherche de ce temps perdu.

Une enquête s’imposait. Il y a assurément de gros problèmes de fuites avec le temps qui s’écoule quand nous travaillons à la maison et il serait bougrement intéressant de savoir d’où elles proviennent. Oui, où pouvaient bien passer ces précieuses secondes ? Y avait-il un voleur de temps qui réduit nos journées de travail à la maison à notre insu ? En ces temps où les théories du complot font flores, démasquer le malfaiteur et redonner du temps au temps devenait à mes yeux une nécessité. Car s’il y avait un principe de relativité du temps, si celui-ci pouvait être soumis à je ne sais quelle géométrie variable, en trouver les ressorts serait bien commode, non seulement dans la situation actuelle mais également pour le futur : et oui, si le temps se rétracte ou se dilate à volonté, dans la mesure où cette volonté m’appartiens, je pourrais acquérir une grande liberté et adapter mon temps de travail plus efficacement encore que ne l’avait fait Martine Aubry en créant la semaine des 35 heures…

Et me voilà donc à me poser tout un tas de question sur le temps qui passe et qui ne repasse pas. Et, ce qui est formidable aujourd’hui, c’est que l’on a à sa disposition un formidable outil, bourré d’informations, de contre-vérités, d’intox et de mensonges qui s’appelle internet. En deux clics trois mouvements, je balançais donc, comme une bouteille à la mer, mes interrogations à la toile mondiale. La pêche fut fructueuse. Il y avait du tri à faire dans ce que j’avais ramené dans mes filets et je rejetais bien vite les théories d’Albert (Einstein, bien sûr) qui a mathématisé tout ce qu’il avait découvert sur le principe de relativité du temps : trop complexe pour ma petite tête et cela ne me donnait toujours pas l’origine des fuites en période de travail à la maison.

Et puis, je tombais alors sur du lourd. Un certain Parkinson (pas celui qui a donné son nom à une maladie) a dit une grande vérité qui est devenue loi dans la mesure où elle se révèle exact dans 99,9% des cas. Cette vérité, appelée donc « loi de Parkinson » dit tout simplement que « le travail s’étale de façon à occuper le temps disponible pour son achèvement ». Aucun voleur donc à prendre en flagrant délit. Le travail, et plus précisément la façon dont nous travaillons sont seuls fautifs dans cette affaire : si je ne me fixe pas de butée temporelle, la réalisation d’une tâche peut alors s’éterniser. Et c’est bien ce qui se passe quand je me retrouve à la maison : je suis alors « tout horaire » et démarre une tâche sans me dire à quel moment je prévois de la terminer. La solution est alors simple : il suffit de se définir un « budget temps » qu’il parait raisonnable de consacrer à une activité ou à une tâche donnée et de se fixer des échéances à ne pas dépasser. C’est ce que nous faisons de manière plus ou moins contrainte lorsque nous avons un cadre de travail défini avec des délais (deadlines, comme diraient les anglais) à ne pas dépasser ou encore des heures de rendez-vous à respecter…

Et puis, je suis également tombé sur la trace d’un certain Carlson (qui n’est pas plus l’inventeur d’une marque de bière que ne l’est un certain Corona). Ce brave Carlson a lieu aussi définit une loi : « Toute activité ou tâche interrompue sera moins efficace et prendra plus de temps que si elle était effectuée de manière continue ». Il y a là aussi matière à réflexion : toutes ces petites distractions, toutes ces sollicitations extérieures, ces pensées vagabondes que nous pouvons avoir quand nous ne sommes pas dans un vrai cadre de travail sont de vrais mangeurs de temps. Et ce temps qui nous a été dilapidé, bon gré, mal gré, ne nous est jamais restitué ! Là encore, le remède est facile. Une bonne distanciation sociale devrait permettre la mise en place des meilleures conditions pour travailler efficacement. Et quand je parle de distanciation sociale, cela inclut également mon chien Nuts qui, maintenant, je le sais, ne m’aime pas d’amour, mais ne rate pas une occasion de me le faire savoir quand même quitte à interrompre les tâches que je me suis fixées.

Grace à Parkinson et Carlson, je suis à présent rassuré : les fuites du temps peuvent être colmatées. Demain, c’est décidé, je réduits sur le papier mes horaires de travail. La question va être alors : avec tout ce temps gagné, que vais-je bien faire de mes journées ?

Bonne semaine sainte !

Xavier de Lamartinie

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Jeudi Saint – Flixecourt (09/04/2020) Paroisses N.D du Gard et de la Visitation. Diocèse d’Amiens

Après l’âne de dimanche dernier, le triduum pascal nous plonge dans une nouvelle méditation animale…. C’est l’agneau (Ex 12, 1-8). Encore un animal qui présente peu de compétences… encore jeune et fringuant, il est en revanche doux, docile...il est innocent…et se laisse conduire… c’est l’animal du sacrifice, qui laisse sa vie pour la libération des autres...

Sylvain MANSART

Jeudi Saint – Flixecourt (09/04/2020) Paroisses N.D du Gard et de la Visitation. Diocèse d’Amiens

Après l’âne de dimanche dernier, le triduum pascal nous plonge dans une nouvelle méditation animale…. C’est l’agneau (Ex 12, 1-8). Encore un animal qui présente peu de compétences… encore jeune et fringuant, il est en revanche doux, docile…il est innocent…et se laisse conduire… c’est l’animal du sacrifice, qui laisse sa vie pour la libération des autres…

1/ La pâque, un double-évènement toujours actuel : Libération et Création

La tradition juive utilise l’agneau pour célébrer le « mémorial de la pâque » (Ex 12, 1- 8,11-14). La pâque, qui en premier lieu, est demandé par le Seigneur aux hébreux, juste avant la sortie d’Egypte, est devenu le mémorial de la libération et de la naissance du peuple d’Israël… Permettez-moi d’insister sur 2 points théologiques important pour mieux comprendre la pâque : 1/ La célébration de la pâque fait bien mémoire d’un seul double-événements. Dieu sauve les hébreux par un acte de LIBERATION de l’esclavage, de l’oppression, de l’injustice et un acte de CREATION du peuple nouveau, d’une communauté croyante…

Dieu demande de faire mémoire de cette libération et de cette naissance en sacrifiant un agneau, non pas pour se souvenir du passé, mais pour rendre présent l’événement dans l’aujourd’hui de la communauté…en faisant mémoire, Dieu continue de libérer des esclavages et de créer sa communauté !

2/ Jésus, l’Agneau qui accomplit la pâque nouvelle et éternelle : l’Eucharistie

Lorsque Jésus prend le pain et le vin, et célèbre ce mémorial de la pâque avec ses disciples le Jeudi saint, et qu’il dit que cette coupe est « la nouvelle alliance », « faite cela en mémoire de moi » (1 Co 11,23-26), il se place clairement comme l’Agneau de Dieu, qui versera son sang et qui donne sa vie… Jésus a été reconnu comme celui qui accomplit la pâque juive ! Il est le Seigneur, l’agneau doux, docile, innocent, qui se laisse conduire jusqu’à la croix… il est l’agneau sacrifié qui LIBERE l’humanité entière du mal et de toute forme d’esclavage et CREER un peuple nouveau, une humanité nouvelle pour vivre dans l’amour et la paix jusqu’à la fin des temps…. Toute la vie de Jésus montre cette vie donnée qui libère et qui fait naitre de nouvelles voix dans la communauté… L’Eucharistie de Jésus va bien au-delà du rite… elle est une œuvre d’amour et de libération à la fois spirituelle, mais aussi humaine, sociale, familiale, ecclésiale, une libération de toutes les dimensions de l’humanité et de la création… Jésus est le libérateur de toutes les chaînes qui emprisonne dans la peur, la pauvreté, la souffrance… Il est le sauveur !

Chers amis, le lavement des pieds, que nous venons d’entendre (Jn 13,1-15) est l’illustration de cet amour du Christ qui libère et donne naissance à son peuple…En se faisant serviteur, en lavant les pieds de ses disciples comme un esclave, le Seigneur libère l’humanité et en fait une communauté nouvelle, qui est invité à vivre selon son exemple, dans l’amour et le service des plus pauvres, en célébrant chaque jour le mémorial de « la pâque nouvelle ».

3/ Vivre l’Eucharistie pour suivre l’exemple de Jésus : libérateur et créateur

Grâce à cette foi du mystère de la pâque, l’Église est bien convoqué à vivre l’Eucharistie du Seigneur comme une actualisation de ce double-événement de la libération et de la création du peuple de Dieu. Chers frères et sœurs, le Christ nous dit bien « C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous ». A travers cette phrase, nous découvrons l’Eucharistie, non pas comme une simple célébration rituelle, mais comme un mystère de vie entière, donnée et œuvrant pour la libération concrète des plus démunis, œuvrant pour soulager « la clameur des pauvres autant que la clameur de la terre1 ». Cela est le fondement d’une dès clé de l’enseignement social de l’Église qu’on appelle l’amour préférentiel pour les pauvres, compris, non comme un « communisme chrétien égalitaire », mais comme « une forme spéciale de priorité dans la pratique de la charité chrétienne » et un désir de travailler de manière prioritaire à soulager, défendre et libérer les plus exclus, les malades, les marginaux, les addictes aux drogues ou a l’alcool, les sans-emploi, les réfugier, et j’en passe etc…

4/ le Jeudi Saint, fête du sacerdoce, ministériel et commun

Vivre l’Eucharistie, chers frères et sœurs, c’est recevoir cet amour de Dieu, c’est accueillir la libération et la fondation de notre communauté, et c’est continuer de vivre cette mission sacerdotale… de prêtres… ensemble, dans l’amour…

Chers amis, c’est ainsi que nous comprenons notre vocation de serviteur. Aujourd’hui c’est la fête des ministères ordonnés, des prêtres, qui ont fait le choix de consacrer leur vie pour ce mystère d’amour et de don, mais n’oublions pas que tous ensemble, solidaire les uns des autres, nous avons à vivre cet amour jusqu’au bout, à célébrer cette Eucharistie, cette action de grâce, en devenant les agneaux des plus démunis, pour les aimer, les servir et les intégrer à l’immense peuple de Dieu, qui n’a plus de ni frontière, ni de barrière…

Que Jésus, « Maître et Seigneur », nous aide à vivre cet amour au cœur de la crise actuelle, en communiant spirituellement à son corps et son sang. Qu’il nous aide de devenir de doux agneaux, docile, innocent, qui aime à tout donner. Bonne fête à toutes et à tous !

1 Encyclique du pape François – laudato Si, n°19.

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« Suis-je le gardien de mon frère ? » (Gn 4, 9)

C’est à l’ensemble des communautés religieuses, membres de la Corref, que sœur Véronique Margron, op, présidente de la Corref, a adressé une lettre intitulée « Suis-je le gardien de mon frère ? ».

Sr Veronique MARGRON OP

« Suis-je le gardien de mon frère ? » (Gn 4, 9)

C’est à l’ensemble des communautés religieuses, membres de la Corref, que sœur Véronique Margron, op, présidente de la Corref, a adressé une lettre intitulée « Suis-je le gardien de mon frère ? ». Après avoir rappelé les « mesures essentielles de confinement » face au coronavirus, elle encourage trois dimensions spirituelles :

La fraternité : « La “quarantaine” nécessaire où il nous est demandé d’être désormais, pourrait alors  avoir  cette vertu  spirituelle  de nous  rapprocher par la  foi et par le cœur de tous ces visages vulnérables, rejetés, laissés pour  compte, et de tous les souffrants. (…) La fraternité nous intime de porter le souci de faire tout notre possible pour ne pas enrayer plus encore les services spécialisés, voire l’ensemble de système de soins, et épuiser davantage celles et ceux qui se donnent sans compter ».

L’hospitalité : « Nous qui aimons tant l’hospitalité, première vertu biblique, rendons la créative. (…) Notre capacité d’humanité doit se tenir déterminée dans ce combat de longue haleine. Non en défiant un virus qui n’en a cure, mais en étant à nos modestes mesures, de petits laboratoires sans prétention de cette créativité du lien. (…) Dans cette hospitalité de la foi incarnée, n’oublions pas non plus les services de l’État, (…) les soutenir c’est vouloir que notre démocratie, la façon dont nous sommes viscéralement attachés à la liberté, à la dignité, à l’égalité et à la fraternité, puisse rester debout dans cette crise sans précédent et l’emporter ».

La compassion : « Notre tradition biblique nous apprend que les fléaux ne sont jamais loin. Elle nous raconte aussi que l’humain met du temps, 40 jours, 40 ans, pour trouver son chemin, changer sa vie, son cœur. C’est l’heure de s’ouvrir davantage, d’élargir l’espace de sa tente intérieure. (…) Le service de l’Église, aujourd’hui plus qu’hier encore, doit être celui de la compassion à quiconque en a besoin. À nous ensemble d’en inventer une nouvelle forme, au service de tous dans ces temps de grande épreuve pour beaucoup ».

 

« Suis-je le gardien de mon frère ? » (Gn 4, 9)

Chers toutes et tous. Malgré les beaux jours, nous sommes en pleine tempête. Celle-ci est sournoise car invisible et tapie. Mais elle est bien réelle et pour beaucoup, en ce monde et dans notre pays elle les a déjà atteints de plein fouet, avec son cortège de douleurs et de questions.

La Corref se permet de vous rappeler les mesures essentielles de confinement.

Aucune célébration publique, pas même avec un nombre restreint d’hôtes. Pour les célébrations liturgiques intracommunautaires, merci instamment de respecter les mesures de « distanciation sociale » – de un mètre – recommandées par l’État. Et bien sûr celles de la Conférence des évêques de France et de la Corref quant à la communion et les concélébrants. Une « distanciation sociale » à respecter autant que faire se peut dans l’ensemble de la vie commune.

Beaucoup de communautés seront toutes ces semaines en jeûne eucharistique. Un jeûne qui va nous faire souffrir. Qu’il soit le levier pour une communion plus profonde avec ce peuple invisible qui se tient en chacun de nous et dans le cœur de nos communautés. C’est le moment de l’élargir encore.

La question de la veille de nos frères et sœurs décédés et des célébrations d’obsèques se pose bien sûr avec une acuité toute particulière. Au-delà de l’attention sanitaire qui s’impose, nous reviendrons vers vous pour des propositions plus précises afin que ceux qui meurent continuent d’être honorés comme il convient à un humain, et que soit toujours manifestée notre espérance de leur accueil par le Dieu de toute tendresse.

Pour les communautés qui ont des lits d’EHPAD, les mêmes mesures que pour l’ensemble de ces Établissements doivent être strictement respectées, spécialement concernant les visites. Dans toutes les maisons où nous avons des salariés, les recommandations du premier ministre, samedi 14 mars, doivent être mises en œuvre. S’il ne s’agit pas de personnels indispensables, tels les soignants et les équipes de cuisine, le chômage partiel doit être favorisé ou, selon, le chômage technique. Et bien sûr le télétravail quand il est possible.

Pour les personnels indispensables, merci de faciliter leurs transports de façon sécure. Il va de soi qu’une attention toute particulière doit être faite afin qu’aucun de nos salariés ne se retrouve plus encore en difficulté financière.

Toutes ces contraintes pourraient nous sembler démesurées. Le printemps commence, la vie éclot de toutes ses couleurs et ses senteurs et nous émerveille une fois encore. Mais voilà, nous combattons un ennemi invisible et chacun est, dans cette guerre et à sa modeste place, un soldat indispensable.

La fraternité

Il ne s’agit pas de combattre l’expansion du virus seulement pour nous-même, mais au nom de la fraternité, au nom du souci d’autrui, des plus fragiles d’abord de nos sociétés.

Malades, migrants, sans domiciles, personnes pauvres et bien d’autres. Nos sociétés, nous-mêmes peut-être, nous mettons habituellement des femmes et des hommes, des groupes humains en quarantaine, au loin. Parfois nous en faisons des boucs émissaires. Notre histoire, y compris religieuse, en porte les stigmates, aujourd’hui toujours. La « quarantaine » nécessaire où il nous est demandé d’être désormais, pourrait alors avoir cette vertu spirituelle de nous rapprocher par la foi et par le cœur de tous ces visages vulnérables, rejetés, laissés pour compte, et de tous les souffrants.

La fraternité c’est encore le souci de notre système de santé et de l’ensemble des soignants qui le font vivre au quotidien. Ils sont sur le pont pour nous tous. Nous savons leur compétence, leur implication. Nous connaissons aussi ses limites, y compris dans un pays riche comme le nôtre. Ne participons pas, par négligence ou imprudence à le tendre un peu plus. Dans les semaines à venir arriveront plus encore de patients et de patients graves. Le virus peut toucher tout le monde et des formes graves peuvent se développer chez   tous. La fraternité nous intime de porter le souci de faire tout notre possible pour ne pas enrayer plus encore les services spécialisés, voire l’ensemble de système de soins, et épuiser davantage celles et ceux qui se donnent sans compter. Disons-leur notre reconnaissance.

L’hospitalité

Nous qui aimons tant l’hospitalité, première vertu biblique, rendons la créative. Créative d’abord – et nous avons bien conscience que c’est difficile – pour nos frères et sœurs aînés malades et en Ehpad. La visite fait partie de notre art de vivre. Elle est pour nous une nécessité humaine autant que spirituelle. Mais aujourd’hui, il nous faut impérativement trouver d’autres formes de visites, de soutien, de compagnonnage. Non seulement pour les protéger, mais pour veiller aussi sur ceux avec qui nous vivons et qui travaillent auprès de nous. Trouver des manières qui signifient notre amitié et notre soin.

Notre capacité d’humanité doit se tenir déterminée dans ce combat de longue haleine. Non en défiant un virus qui n’en a cure, mais en étant à nos modestes mesures, de petits laboratoires sans prétention de cette créativité du lien.

Nous proposons aussi que chaque communauté puisse  porter en sa prière l’hôpital le plus proche, l’ensemble de ses patients et de ses soignants. Mais encore les EHPAD de notre quartier ou dans nos maisons. Mais aussi les équipes médicales et soignantes travaillant en milieu carcéral et dans les associations au service des plus démunis, dans notre  pays.

Dans cette hospitalité de la foi incarnée, n’oublions pas non plus les services de l’État, eux aussi sur le pont sans relâche, de même que ceux des municipalités. Toutes ces femmes et tous ces hommes sont à notre service. Tous font face à un inédit depuis bien longtemps, à cette échelle, qui chamboule toute la société et tout dans nos sociétés. L’heure n’est pas  aux conjonctures politiques, pas davantage de se transformer chacun en directeur général de la santé. Plus tard les bilans seront tirés. Pour le moment, les soutenir c’est vouloir que notre démocratie, la façon dont nous sommes viscéralement attachés à la liberté, à la dignité, à l’égalité et à la fraternité, puisse rester debout dans cette crise sans précédent et l’emporter. Puissions-nous signifier notre gratitude aux uns et aux autres.

La compassion

Notre tradition biblique nous apprend que les fléaux ne sont jamais loin. Elle nous raconte aussi que l’humain met du temps, 40 jours, 40 ans, pour trouver son chemin, changer sa vie, son cœur. C’est l’heure de s’ouvrir davantage, d’élargir l’espace de sa tente intérieure.

Ces semaines sombres, nombre de personnes sont et seront en effroi, en détresse, sans plus de points d’appui. En Église, il nous faut trouver comment les soutenir, alors même que nous ne pourrons les rejoindre physiquement, ce que nous faisons habituellement, pour beaucoup d’entre nous, en les visitant, les accompagnant. Manifester notre écoute, notre proximité bouleversée, notre foi humble et tenace est une priorité. Le soutien spirituel et humain ne peut s’interrompre, bien au contraire, quand des personnes et des familles vont en avoir d’autant plus besoin que les lieux habituels, aumôneries, paroisses, ne peuvent plus répondre autant. Le service de l’Église, aujourd’hui plus qu’hier encore, doit être celui de la compassion à quiconque en a besoin. À nous ensemble d’en inventer une nouvelle forme, au service de tous dans ces temps de grande épreuve pour beaucoup.

Chères sœurs, chers frères et pères, restons proches les uns des autres par l’amitié et la prière. Par la supplication pour ce monde et pour que nous apprenions tous de ce drame et de ce combat à devenir plus humains et proches. Ne négligeons rien de ce qui dit notre responsabilité et notre souci de tous.

Avec toute mon amitié fraternelle

Téléchargez l’attestation nécessaire : https://www.interieur.gouv.fr/Actualites/L-actu-du-Ministere/Attestation-de-deplacement-derogatoire-et-justificatif-de-deplacement-professionnel

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Cérémonie d’hommage aux Morts Anonymes de Marseille. Samedi 23 novembre 2019. ‘Fiction suite à une vision d’un « Mort de la Rue »’

Voilà. Ils sont arrivés au cimetière Saint-Pierre de Marseille au carré de la « Terre Commune ». Ils sont là. Je les vois. Mais eux ne me voient pas. On pourrait presque dire qu’ils font comme si je n’étais pas là. Pourtant c’est pour moi qu’ils sont venus...

Eric Saint-Sevin

Cérémonie d’hommage aux Morts Anonymes de Marseille. Samedi 23 novembre 2019. ‘Fiction suite à une vision d’un « Mort de la Rue »’

Voilà. Ils sont arrivés au cimetière Saint-Pierre de Marseille au carré de la « Terre Commune ». Ils sont là. Je les vois. Mais eux ne me voient pas. On pourrait presque dire qu’ils font comme si je n’étais pas là. Pourtant c’est pour moi qu’ils sont venus. Oh pas pour moi tout seul. Nous ne sommes pas loin d’une quarantaine, trente sept ou trente huit, je ne sais plus. Difficile de compter d’où je suis. Oui, une quarantaine de morts à Marseille pour les deux ans qui viennent de passer.

Morts de la rue comme ils disent. Mais pas que. Il y a aussi ceux qui sont morts avec un toit sur la tête, ou ce qu’il en restait, mais personne à côté, ni dessus, ni dessous. Personne à qui parler. Et puis il y a les anonymes. Ceux dont on n’a même pas retrouvé le nom ni rien qui leur donne un semblant d’identité. Moi, j’en ai croisé quelquefois de ceux-là qui traversaient la vie comme ça, sans rien pour dire qui ils étaient. Des ombres sans nom. Même pour moi, c’est dire. Voilà.

A présent, ils se sont mis en cercle. Ils sont une petite vingtaine. Moins nombreux que nous. Mais eux, ils sont vivants. Ils ont encore des yeux et un cœur. Il y a des vieux et des jeunes. Comme dans la vie. Ils ont pris chacun une fleur, une rose rouge ou blanche. Blanche c’est pour les enfants. Il y aussi des enfants qui meurent dans la rue. Moi, quand j’étais enfant, je n’aurais pas cru finir avec des enfants morts. Alors, je regarde une dernière fois. Ca y est. Ils se séparent. Certains ont pris le temps de boire un café avant de s’en retourner. C’était bon de les avoir vus. C’était comme une famille.

Oh ! le soir même ils se retrouvent avec les paroissiens de l’église de la Trinité afin de prier le Seigneur pour nous en la solennité du Christ Roi de l’univers. Ils emmènent une quarantaine de bougies allumées sur l’autel.  Nous sommes en communion…

Les membres de l’association Marseillais Solidaires des Morts Anonymes

 

QUI SOMMES-NOUS ?

Créé en 2003, l’association Marseillais Solidaires des Morts Anonymes travaille en partenariat avec les associations et organismes sociaux de la ville de Marseille afin qu’en accompagnant et en honorant les morts nous agissions aussi pour les vivants. Chaque membre de l’association participe lui-même activement au sein d’autres associations qui œuvrent auprès des personnes en situation de précarité.

L’association a pour mission de :

  • sensibiliser l’opinion publique que des hommes et des femmes qui vivent dans la rue meurent dans l’anonymat, certains étant même enterrés sous X, n’ayant pas d’identité reconnue. L’âge moyen des personnes décédant à la rue est de 48 ans alors que la moyenne nationale est de 80 ans !
  • informer lorsqu’une personne seule, à la rue ou sans ressource décède.
  • célébrer des funérailles dignes des personnes mortes dans l’anonymat sans distinction sociale, raciale, politique ni religieuse, en les accompagnant par un temps de recueillement, d’hommage en « terres communes» au cimetière Saint Pierre de Marseille.
  • améliorer l’état des tombes de ces personnes accompagnées en « terres communes » au cimetière.

Chaque année l’association organise un temps de mémoire pour ces personnes qui sont décédés par un hommage en présence des autorités et des associations et par un temps de recueillement au cimetière Saint Pierre l’après-midi sur les tombes des personnes inhumées dans l’année.

L’association Marseillais Solidaires des Morts Anonymes est membre du Collectif des Morts de la Rue au plan national. Des associations ayant le souci des Morts de la Rue et/ou des Morts isolés sont présentes dans plusieurs villes de France. Vous trouverez plus d’infos sur le site www.mortsdelarue.org ou sur le web documentaire www.terrescommunes.fr

Association Marseillais Solidaires des Morts Anonymes

10 rue d’Austerlitz

13006 MARSEILLE

Tél : 06.67.51.67.38

Contactez-nous : marsolmortsanonymes@hotmail.fr

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RENCONTRE DE VICHY. 6-8 octobre 2019

« J’ai la tentation de me reconnaître dans le ‘petit rat de bibliothèque’ cité en tête de Moby Dick ; ‘Ce bucheur simple et appliqué de ver de terre qu’était le ‘sous-second libraire’ semble avoir parcouru les longs vaticans de livres et le petites boutiques de la terre, ramassant au petit bonheur, où il pouvait et en n’importe quel livre sacré ou profane, les moindres allusins aux baleines...

Marc Thieffry

RENCONTRE DE VICHY. 6-8 octobre 2019

Étaient présents : Aimé Goliet – Firmin Mola Mbalo – Danielle et Dominique Lê – Michèle et Jean Prezeau – Antoine Téjédor – Pepito Campaña – Carmen et Pierre Damiens – Lâm Phan-Thanh– Faustin Mombanga Mbanda –  Patricia et Marc Thieffry

Nous nous retrouvons tous le dimanche soir. Merci à François Hiss qui est venu chercher quelques participants à la gare. Les retrouvailles se déroulent autour d’un apéritif offert par la maison. S’ensuit le repas et nous prenons rendez-vous pour le lendemain matin à 9H30 pour nos échanges.

Lundi 7 octobre 

Echanges et partage :

Comme d’habitude, nous commençons par lire les nouvelles que les uns et les autres nous ont fait parvenir.

Jean-François LAGOUEYTE :  Je ne viendrai pas à Vichy cette année pour des raisons de santé. Depuis plus d’un an, je souffre de tassements de vertèbres, de rétrécissements du rachis dorsal, cervical et lombaire…qui font que je ne peux pas rester debout et marcher longtemps… À part cela, tout va bien. J’ai le moral.

Michel RÉVEILLE : Je ne serai pas à la rencontre de Vichy car ma vue ne me permet pas de m’aventurer seul dans les trains et le métro parisien. Pourtant je vais bien, malgré pour mes 90 printemps. Il m’arrie de regarder en arrière et je trouve que j’ai été un privilégié. Je suis un prêtre heureux. Je peux encore pas mal m’occuper : ACO, JOC et le fait d’avoir été PO me permet de rester en contact avec la vie syndicale en retaité, et en ce moment, grâce à Macron, il y a du boulot : rencontres, manifs. Occasion de rencontrer des copains, parfois partager de joyeuses agapes… ! Bref, c’est la vraie vie !. En attendant d’y aller (le plus tard possible), je fréquente aussi les EPHAD pour voir des copains et copines. Bernadette, que certains connaissent et qui est la ‘personne de confiance’, me déplace, car je ne peux plus conduire. Par ailleurs, je continue nos ‘chères études’. À ce propos, je vous recommande un livre très très décapant : ‘Pour un christianisme d’avenir’, en sous titre : ‘Ni les credo anciens, ni la Réforme ne peuvent aujourd’hui susciter une foi vivante, pourquoi ?’ de John Shelby Spong – Karthala 2019. J’aurais encore mille choses à dire…Puisse la charité théologale de Saint Vincent nous animer là où nous vivons.

Daniel LAMERAND : Il ne peut se joindre à nous pour des raisons de santé, mais il nous assure de toute son amitié et de ses prières.

Claude LAUTISSIER : Je m’étais inscrit avec joie à la rencontre des anciens, en me disant que ce serait peut-être la dernière… Depuis, la prostate m’a joué des tours et je rentre à peine de la clinique avec des tuyaux partout. Dans ces conditins, je pense qu’il ne serait pas sage de faire ce déplacement. J’en suis vraiment désolé et peiné. Toute mon amitié à tous les participants. Je serai de tout cœur avec vous. Bonne et fraternelle renconotre.

André MEYRANX : Je suis en EPHAD à Saint Sever, petite ville de Landes (4000 habitants), à mi-chemin de Mugron (mon village natal) et de Mont-de-Marsan où j’ai également de la famille. Je suis maintenant bien intégré à ma nouvelle communauté et on m’a même confié la responsabilité de la présidence du Conseil de Vie Sociale. Pour ce qui concerne mon épouse, Josette, la situation s’est avérée plus difficile. Après deux expériences difficiles dans des Ephads, elle a été placée en famille d’accueil où tout semblait bien aller, mais on n’a plus voulu la garder, sans donner de motivations. Son fils a pu trouver une nouvelle famille d’accueil dans le Gard. (Nous avons appris depuis que Josette était décédée le 7 juillet). Ma vie se passe dans le calme, dans la vie communautaire de l’Ehpad (pas mal d’animation), la lecture, la méditation, la messe tous les mardis et même le chapelet tous les jeudis. Une vraie vie de moine qui me convient parfaitement. J’ai une petite voiture qui me permet d’aller en famille régulièrement. Je fais peu de route, ma santé ne me le permet pas. Je ne serai pas des vôtres à Vichy, à mon grand regret. La vie commande et il faut accepter les ‘finitudes’. Je lirai avec plaisir le comte-rendu.

Jean LOGEAN : Il a téléphoné à Aimé pour nous dire toute son affection et l’assurance de sa prière pour notre rencontre.

Jean-Claude SPERANDIO : Il nous donne des nouvelles de Bernardo GARCIA qui ne peut être des nôtres car il ne se sent pas en état de voyager. Sa santé est stationnaire, mais des problèmes aux jambes l’empêchnte de marcher longuement. Il assure toujours son service auprès des Sœurs. 

Christian LABOURSE est également à Château-l’Evêque (quelques problèmes de santé lui aussi).

Lettre de Jean-Claude SPERANDIO : « Je ne pourrai pas être parmi vous cette année, pour une banale question d’agenda, un RDV d’hôpital pour mon épouse, difficilement déplaçable ! Croyez bien que je regrette de ne pas pouvoir venir. Mes occupations de retraité ont peu changé par rapport aux années précédentes : contributions associatives et post-universitaires, animation de sessions de formation pour des séniors (informatique, internet), activités de grands-parents au quotidien, puisque nos filles et leurs enfants demeurent à proximité de notre domicile.  Un séjour familial au Mexique au mois de mars dernier et un autre à La Réunion en août. Ces deux voyages nous ont beaucoup plu et instruits, en nous faisant voir de près des réalités socio-économiques difficiles, différentes des nôtres, au-delà des cadres géographiques admirables qui méritent un voyage à eux seuls ! Nous allons aussi au Québec où vit mon frère ainé, maintenant en Ephad, qui ne peut plus lui-même voyager. Et finalement, j’ai eu l’occasion, en septembre, de traverser la magnifique région de Marvejols que je ne connaissais pas mais dont le nom m’était resté familier par l’École Apostolique, qui a évidemment cessé de fonctionner depuis plusieurs années, comme toutes les autres Écoles Apostoliques. Le bâtiment, situé dans le centre historique, existe toujours, transformé en appartements, mais sans aucune trace de l’École Apostolique, même pas une petite plaque commémorative… L’église proche est magnifique ! »

Jacques GROS : (Il y a la longue lettre aux amis que beaucoup d’entre nous ont reçue.  Je ne la reprends donc pas. Je transmets un autre message de Jacques Gros) :

«  J’ai la tentation de me reconnaître dans le ‘petit rat de bibliothèque’ cité en tête de Moby Dick ; ‘Ce bucheur simple et appliqué de ver de terre qu’était le ‘sous-second libraire’ semble avoir parcouru les longs vaticans de livres et le petites boutiques de la terre, ramassant au petit bonheur, où il pouvait et en n’importe quel livre sacré ou profane, les moindres allusins aux baleines. Simplement, c’est plus une vue sur mon probable avenir qu’une réalité présente. Parce que si, depuis le mardi 2 octobre, fête de ma grande copine, Thérèse Martin, je suis à demeure à Surabaya, la bibliothèque que je devais gérer avec deux autres confrères n’est pas encore construite et de ces deux confrères, l’un est maintenant sur une chaise roulante, et l’autre poursuit des études aux États-Unis ou ailleurs. Donc je me retrouve dans la peau d’un chômeur, d’un de ces pensionnaires inactifs du ‘Provincialat’ (maison de la Province), avec celui que j’étais censé remplacer et qui n’a plus sa tête et le fauteuil à roulettes évoqué plus haut.

Vous devinez que cette situation n’est pas vraiment pour me plaire. C’est bien sûr une anticipation : dsans quelques années (ou mois ?), si Dieu a la mauvaise idée de me prêter longue vie, je serai effectivement un de ces pensionnaires de l’antichambre de la mort, gagas, peu ambulants ou pas ambulants du tout, patients exerçant la patience des confrères valides et des personnes qui les soignent, dans une maison pour personnes médicalement assistées. Je n’en suis pas encore là (ça viendra), mais j’ose espérer avoir bientôt un vrai job, pas une occupation fictive pour me faire croire que j’existe encore. Je me ferai votre guide avec plaisir si vous venez dans l’archipel. En attendant, je vous redis à tous mon amitié. (Surabaya, 5 octobre 2019, à la veille du synode sur l’Amazonie, qui aura lieu à Rome ! étrange !) »

Après la lecture des messages envoyés par des absents,  commence le temps d’échange entre les présents :

Faustin Mombanga Mbanda : Prêtre depuis 2000. Il appartenait à la Province lazariste de la République Démocratique du Congo (ex Zaïre). Suite à un problème dans lequel nous n’entrerons pas car nous n’avons pas tous les éléments en main, 13 confrères ont été chassés de la Congrégation par le Supérieur Général, dont Faustin. Si nombre de ceux qui ont quitté la CM sont retournés dans leurs familles, Faustin est parvenu, grâce à un ami Prémontrais, à trouver un poste dans le Jura. Il dessert 3 grosses paroisses, 53 clochers. Ils sont deux prêtres pour desservir ces paroisses. C’est sur l’invitation de Firmin qu’il est venu et il est content de pouvoir partager ce moment avec nous.

Antoine Téjédor : Le déménagement de la maison est terminé. Nous faisons actuellement don de la maison à nos enfants. Nous voulons surtout sauvegarder l’esprit de famille. C’est quand même une étape difficile. Bernadette et moi avons fait une retraite dans une communauté de base, près de l’abbaye de St Maurice. Cette retraite était animée par un laïque, et le thème était :’Décadence ou déclin ?’ (climat, violence etc). Puis on a pioché dans les textes de la résurrection. De nombreuses mosaïques de résurrection sont déposées dans la ville de Genève.

Aimé Goliet : Il nous dit l’importance de trouver des jeunes pour que le groupe puisse continuer à exister. La date de la réunion de cette année a été changée et cela à pu en gêner quelques uns. Nous fixons donc dés à présent la date de la prochaine rencontre.

Michèle et Jean PREZEAU : Rien de bien spécial. On voit assez régulièrement Bernardo qui travaille toujours auprès des sœurs. Suite à l’accident de genou de Michèle, nous faisons souvent des visites à l’hôpital. On s’occupe du jardin et sommes dans le t rain-train quotidien.

Firmin Mola Mbalo : il estmaintenant  le supérieur de la Maison du Missionnaire, tout en étant vicaire à la paroisse de La Palisse. Il nous donne des nouvelles des confrères de la maison : Blaise est envoyé au Berceau ;  François Hiss rend service à l’abbaye ; Pierre Hugon ne peut plus marcher ; il se déplace en fauteuil. Toute l’année il y a du passage dans la maison. Le taux d’occupation est en augmentation. Beaucoup de Filles de la Charité viennent maintenant. Il y a 30 chambres. C’est l’association qui gère le côté financier.

À 11 H, nous célébrons l’eucharistie, présidée par Faustin et les chants par Antoine et Dominique.

Nous unissons à notre prière toutes les personnes absentes avec les intentions de chacun.

Puis vient le temps du repas

Après le repas, un petit temps de sieste avant d’attaquer la visite du musée. Le thème de l’exposition est le CONGO. Marie-Line, avec sa compétence habituelle, nous fait découvrir cette exposition

Reprise des échanges

Pépito CAMPAŇA : Il a perdu sa sœur et un fils est parti de la maison en laissant 2 anfants. Il a été au Berceau et a pu rencontrer plusieurs confrères. Il a été sur la tombe de Mgr Etchegaray. Il continue à voyager : Maroc l’an dernier, Gênes et va au Guatemala le mois prochain.

Carmen et Pierre DAMIENS : Rien de bien nouveau par rapport à l’an dernier. Pierre nous parle de différents articles et livres : ‘L’Eglise face aux abus sexuels dans l’Eglise’ chez Fayard. On ne pourrait plus dire comme Paul VI : ’L’Eglise experte en humanité’.

Lâm PHAN-THANH : Content de revenir et d’être présent à ce groupe. Celui-ci tient, il est la jeunesse de Dieu. Nous sommes une réponse au cléricalisme mortifère. J’ai eu l’occasion de travailler six mois pour parler de la CM à Vichy, et cela depuis Wattez. Il est impportant de rendre témoignage à ces missionnaires.

Danielle et Dominique LÊ : Rien à signaler à Brétignoles. Nous sommes bien engagés dans la paroisse depuis plusieurs années. On sent une attente des gens envers la Bible. Cette année nous allons étudier Abraham. Nous faisons de l’accompagnement de personnes âgées. Célébration de la Parole. Chorale, équipes liturgiqsues, animation de célébrations. On est au moins à mi-temps à la paroisse. Côté famille, changement pas très heureux par rapport à notre fils (promesses de travail non tenues).

Patricia et Marc THIEFFRY : Rien de bien spécial. Nous avons beaucoup accueilli durant les mois de juillet et d’août. Nous faisons toujours partie du jumelage Franco-Allemand. Marc continue à travailler avec les archives de St lazare. Il a sorti un dernier livre : ‘Saint Vincent de Paul et la mission lazariste dans les États barbaresques du XVIIème au XIXème siècle’ chez L’Harmattan. C’est une manière de faire ‘revivre’ ces missionnaires qui ont donné leur vie pour annoncer la Bonne Parole.

Quelques livres conseillés :

L’Eglise des femmes avec des hommes – Anne Marie Pelletier – Cerf

Le Monde de la Bible – sept-oct-nov 2019 – La Bible de son écriture à sa fabrication

Trop tard ! Une provocation pour l’Eglise, une espérance pour tous – Martin Werlen – Ed St Augustin

Prêtres…et demain ? (6 récits de vie, de grâce et de liberté, suivi d’un appel) – Ed St Augustin

Sodoma – Robert Laffont – 2019

Film ‘ Grâce à Dieu’ de François Ozon

L’Eglise face aux abus sexuels sur mineurs – Marie-Jo Thiel – Bayard 2019

La rencontre se termine par un apéritif et un repas festif.

Merci à nos cuisinières, au personnel de service et à tous les confrères de la maisoon

Photos : Firmin Mola Mbalo

Compte-rendu : Marc Thieffry

Rendez-vous l’an prochain : 11-12 et 13 octobre 2020

La Rencontre Personnelle avec Jesus-Christ chez Un Missionnaire Vincentien

Le quêteur de cet article fait référence au charisme vincentien. Depuis longtemps, je suis convaincu que tout charisme authentique ne s’entend que de la personne. Par appropriation il peut s’attribuer à une institution, comme c’est le cas pour la Congrégation de la Mission et par extension à un ensemble d’institutions vivant du même esprit, en l’occurrence, la famille vincentienne.

Jean-Pierre Renouard

La Rencontre Personnelle avec Jesus-Christ chez Un Missionnaire Vincentien

Vincent est né chrétien, une évidence pour l’époque. Il est baptisé au sortir du sein maternel, le même jour. A Ranquines, on vit en chrétien, soir et matin on y salue Dieu en famille, on grandit sous son regard, on y reçoit le prêtre et les premiers rudiments de la foi. Celle-ci est constitutive sans question aucune. Et de la même manière, il reçoit une vocation presbytérale possible avec les études nécessaires à la clé. Il reçoit l’ordination en 1600. Sur ce laps de temps, une rencontre personnelle avec Jésus naît, s’affine, se transforme. Indice flagrant quand, buriné par une crise spirituelle, il en sort par le haut et «s’avisa un jour, de prendre une résolution ferme et inviolable pour honorer davantage Jésus-Christ, et pour l’imiter plus parfaitement qu’il n’avait encore fait, qui fut de s’adonner toute sa vie pour son amour au service des pauvres. » (Abelly III, 118,119. Chap. XI). La phrase est soignée mais toute une expérience spirituelle se cache sous ses mots.

Selon mon point de vue, c’est la marque que la vraie rencontre est accomplie. Peu importe le temps, l’essentiel pour cet homme est qu’il soit branché sur Jésus par un engagement à vie, pour lui rendre honneur en tant que Dieu, en le servant au mieux et fidèlement, dans les pauvres. Désormais voilà la perspective unique de la recherche de la sainteté. Il vit, il agit, il prie, il crée « à la suite du Christ », selon le principe unique et déterminant, le principe d’imitation. Il le reconnait comme moteur de sa vie. Et quand il imagine la Congrégation de la Mission, le but ultime donné à sa fondation est « de suivre le Christ, Evangélisateur des pauvres. » Tout s’articule selon ce désir, l’activité apostolique, la donation, la prière, la fraternité…Il cherche en permanence à se situer dans une sorte de va-et-vient permanent entre Evangile et vie, contemplation et action, prière et engagements, resourcement et travaux, Eucharistie et services. Il ne quitte jamais Dieu puisqu’il voit et sait que le Dieu fait homme est l’homme devenu pauvre. En permanence, il voit Jésus-Christ dans toute personne en situation de détresse quelle que soit la nature de cette déficience souvent avilissante.

Comment ne pas voir le Missionnaire de toujours en pareille recherche? Lui aussi veut imiter le Maître. Lui aussi est appelé à se situer en «disciple missionnaire». Lui aussi se projette au plus près du Christ. Expérience faite (bien et mal !) je préconise dans l’esprit des Règles Communes, des actes, un esprit, un climat incontournables pour pénétrer le cœur du Christ.

Des actes que j’estime fondamentaux

  • et d’abord cette plongée matinale, au saut du lit, dans la méditation. Cette heure d’oraison commencée par une demi-heure ensemble, est l’assise de la journée. La négligence qui peut s’installer très vite ou l’excuse toujours disponible sous de fallacieux prétextes, apportent la preuve que « rien ne va plus » quand cette heure bénie est omise. Aujourd’hui, il y a urgence ! Cette mise en présence de Dieu, cette réflexion sous son regard de l’exigence évangélique, cette recherche du lien avec ma vie apostolique du moment, cette détermination sur un point concret dont je vérifie l’application au temps fixé, m’aide puissamment à vivre ma vocation au quotidien. La résolution, ce point concret et saillant pour ma journée, est le signe d’une oraison accomplie. Sans oraison qui débouche sur du vérifiable, je me dessèche ; avec une oraison productive, je suis comme l’arbre toujours fécond. Ce débouché est de nécessité pour une oraison réussie.
  • Et je vis de la Parole de Dieu qui placée au cœur de ma vie de baptisé, est surclassée par ma vocation missionnaire. Rien de solide sans le roc qu’elle représente et qui n’est autre que le Christ lui-même. C’est elle qui peut nourrir mon oraison mais qui se propose comme l’élixir de ma vie quand elle devient lectio divina. Les méthodes fleurissent mais l’essentiel est d’être convaincu que cette Parole est tout autant pour moi que pour les autres, une semence de fruits nourrissants. Et toutes les prédications les plus fertiles s’enracinent en elle. Le pape François institue à point nommé, ‘un dimanche de la Parole’ de Dieu, suite logique à ses lignes de « Gaudium Evangeliae »
  • L’Eucharistie est le lieu par excellence où la Parole donne encore vie et puissance. La célébrer est vital et elle est le sommet de notre vie et de notre mission, de notre journée. La célébrer avec une assemblée nous aide à « faire Eglise » et à centrer notre vie de prière sur le Christ donné en nourriture de croissance pour la multitude. J’évite toute impasse sur elle. A elle s’arriment toutes nos autres pratiques spirituelles non facultatives. Le mot d’ordre est « fidélité ».

L’esprit qui anime ces temps forts est celui de la Mission. Je n’ai jamais aimé le réduire aux seules cinq vertus fondamentales. Même si elles en constituent une bonne part, elles sont dépassées par tout un ensemble animé par les personnes trinitaires qui en sont la source. Tout vient de là. Le Père nous appelle, le Christ nous modèle, l’Esprit nous anime. C’est forts de cet envoi que nous accomplissons, jour après jour, ce que Dieu attend de nous et qu’au rythme de la Providence, nous servons et évangélisons, les démunis de ce monde. Nous portons ainsi à la perfection notre vocation baptismale et, si nous sommes prêtres, notre condition sacerdotale. Tout donnés à Dieu et aux pauvres, selon le mot consacré, nous agissons en passionnés du Royaume. Telle est mon expérience, si imparfaite soit-elle, telle est ma foi.

Reste à définir le climat dans lequel nous agissons, la manière fraternelle. Nous sommes des ouvriers évangéliques travaillant, non en isolé, non en franc-tireur mais ensemble. Condition sine qua non, milieu naturel et ordinaire de la mise en œuvre de ce charisme vincentien. Il ne peut se vivre autrement. Il est le fruit de l’équipe, de la communauté, de la fraternité reprise au jour le jour, inlassablement. Tel est le moyen privilégié d’une mission efficace. Je suis heureux, au terme de mes ans, d’avoir vécu ainsi et je souhaite ce bonheur aux frères à venir. Quant à ceux qui gémiraient sous le poids d’un fardeau réputé trop lourd, je conseillerai une consultation médicale.

Il se murmure ici ou là que la Congrégation souffre de quelques poussées de fièvre. Au-delà de toute malice ou de clin d’œil, éclairé par les « maladies de la Curie » et réfléchissant avec d’autres, à l’état précaire et forcément à la recherche du meilleur remède, j’incline à penser que la seule voie de guérison est spirituelle. Il ne se peut que tout n’aille au mieux si Jésus-Christ s’en mêle.

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Le quêteur de cet article fait référence au charisme vincentien. Depuis longtemps, je suis convaincu que tout charisme authentique ne s’entend que de la personne. Par appropriation il peut s’attribuer à une institution, comme c’est le cas pour la Congrégation de la Mission et par extension à un ensemble d’institutions vivant du même esprit, en l’occurrence, la famille vincentienne. Mais au début de cette chaîne je ne vois que des témoins, le premier d’entre eux étant saint Vincent de Paul. Nul n’a pu pénétrer et ne parviendra à le faire, au plus intime de son être. Mais au travers des témoignages reçus par la tradition depuis 1581 – ses écrits, ses biographes, la réflexion collective –  nous voyons mieux aujourd’hui ce qui peut constituer son héritage. Pour être missionnaire selon l’esprit de st Vincent, il est bon de pointer ce qu’il a semé dans sa propre découverte du Christ jusqu’à former avec lui un seul et même être.

Vincent est né chrétien, une évidence pour l’époque. Il est baptisé au sortir du sein maternel, le même jour. A Ranquines, on vit en chrétien, soir et matin on y salue Dieu en famille, on grandit sous son regard, on y reçoit le prêtre et les premiers rudiments de la foi. Celle-ci est constitutive sans question aucune. Et de la même manière, il reçoit une vocation presbytérale possible avec les études nécessaires à la clé. Il reçoit l’ordination en 1600. Sur ce laps de temps, une rencontre personnelle avec Jésus naît, s’affine, se transforme. Indice flagrant quand, buriné par une crise spirituelle, il en sort par le haut et «s’avisa un jour, de prendre une résolution ferme et inviolable pour honorer davantage Jésus-Christ, et pour l’imiter plus parfaitement qu’il n’avait encore fait, qui fut de s’adonner toute sa vie pour son amour au service des pauvres. » (Abelly III, 118,119. Chap. XI). La phrase est soignée mais toute une expérience spirituelle se cache sous ses mots.

Selon mon point de vue, c’est la marque que la vraie rencontre est accomplie. Peu importe le temps, l’essentiel pour cet homme est qu’il soit branché sur Jésus par un engagement à vie, pour lui rendre honneur en tant que Dieu, en le servant au mieux et fidèlement, dans les pauvres. Désormais voilà la perspective unique de la recherche de la sainteté. Il vit, il agit, il prie, il crée « à la suite du Christ », selon le principe unique et déterminant, le principe d’imitation. Il le reconnait comme moteur de sa vie. Et quand il imagine la Congrégation de la Mission, le but ultime donné à sa fondation est « de suivre le Christ, Evangélisateur des pauvres. » Tout s’articule selon ce désir, l’activité apostolique, la donation, la prière, la fraternité…Il cherche en permanence à se situer dans une sorte de va-et-vient permanent entre Evangile et vie, contemplation et action, prière et engagements, resourcement et travaux, Eucharistie et services. Il ne quitte jamais Dieu puisqu’il voit et sait que le Dieu fait homme est l’homme devenu pauvre. En permanence, il voit Jésus-Christ dans toute personne en situation de détresse quelle que soit la nature de cette déficience souvent avilissante.

Comment ne pas voir le Missionnaire de toujours en pareille recherche? Lui aussi veut imiter le Maître. Lui aussi est appelé à se situer en «disciple missionnaire». Lui aussi se projette au plus près du Christ. Expérience faite (bien et mal !) je préconise dans l’esprit des Règles Communes, des actes, un esprit, un climat incontournables pour pénétrer le cœur du Christ.

Des actes que j’estime fondamentaux

  • et d’abord cette plongée matinale, au saut du lit, dans la méditation. Cette heure d’oraison commencée par une demi-heure ensemble, est l’assise de la journée. La négligence qui peut s’installer très vite ou l’excuse toujours disponible sous de fallacieux prétextes, apportent la preuve que « rien ne va plus » quand cette heure bénie est omise. Aujourd’hui, il y a urgence ! Cette mise en présence de Dieu, cette réflexion sous son regard de l’exigence évangélique, cette recherche du lien avec ma vie apostolique du moment, cette détermination sur un point concret dont je vérifie l’application au temps fixé, m’aide puissamment à vivre ma vocation au quotidien. La résolution, ce point concret et saillant pour ma journée, est le signe d’une oraison accomplie. Sans oraison qui débouche sur du vérifiable, je me dessèche ; avec une oraison productive, je suis comme l’arbre toujours fécond. Ce débouché est de nécessité pour une oraison réussie.
  • Et je vis de la Parole de Dieu qui placée au cœur de ma vie de baptisé, est surclassée par ma vocation missionnaire. Rien de solide sans le roc qu’elle représente et qui n’est autre que le Christ lui-même. C’est elle qui peut nourrir mon oraison mais qui se propose comme l’élixir de ma vie quand elle devient lectio divina. Les méthodes fleurissent mais l’essentiel est d’être convaincu que cette Parole est tout autant pour moi que pour les autres, une semence de fruits nourrissants. Et toutes les prédications les plus fertiles s’enracinent en elle. Le pape François institue à point nommé, ‘un dimanche de la Parole’ de Dieu, suite logique à ses lignes de « Gaudium Evangeliae »
  • L’Eucharistie est le lieu par excellence où la Parole donne encore vie et puissance. La célébrer est vital et elle est le sommet de notre vie et de notre mission, de notre journée. La célébrer avec une assemblée nous aide à « faire Eglise » et à centrer notre vie de prière sur le Christ donné en nourriture de croissance pour la multitude. J’évite toute impasse sur elle. A elle s’arriment toutes nos autres pratiques spirituelles non facultatives. Le mot d’ordre est « fidélité ».

L’esprit qui anime ces temps forts est celui de la Mission. Je n’ai jamais aimé le réduire aux seules cinq vertus fondamentales. Même si elles en constituent une bonne part, elles sont dépassées par tout un ensemble animé par les personnes trinitaires qui en sont la source. Tout vient de là. Le Père nous appelle, le Christ nous modèle, l’Esprit nous anime. C’est forts de cet envoi que nous accomplissons, jour après jour, ce que Dieu attend de nous et qu’au rythme de la Providence, nous servons et évangélisons, les démunis de ce monde. Nous portons ainsi à la perfection notre vocation baptismale et, si nous sommes prêtres, notre condition sacerdotale. Tout donnés à Dieu et aux pauvres, selon le mot consacré, nous agissons en passionnés du Royaume. Telle est mon expérience, si imparfaite soit-elle, telle est ma foi.

Reste à définir le climat dans lequel nous agissons, la manière fraternelle. Nous sommes des ouvriers évangéliques travaillant, non en isolé, non en franc-tireur mais ensemble. Condition sine qua non, milieu naturel et ordinaire de la mise en œuvre de ce charisme vincentien. Il ne peut se vivre autrement. Il est le fruit de l’équipe, de la communauté, de la fraternité reprise au jour le jour, inlassablement. Tel est le moyen privilégié d’une mission efficace. Je suis heureux, au terme de mes ans, d’avoir vécu ainsi et je souhaite ce bonheur aux frères à venir. Quant à ceux qui gémiraient sous le poids d’un fardeau réputé trop lourd, je conseillerai une consultation médicale.

Il se murmure ici ou là que la Congrégation souffre de quelques poussées de fièvre. Au-delà de toute malice ou de clin d’œil, éclairé par les « maladies de la Curie » et réfléchissant avec d’autres, à l’état précaire et forcément à la recherche du meilleur remède, j’incline à penser que la seule voie de guérison est spirituelle. Il ne se peut que tout n’aille au mieux si Jésus-Christ s’en mêle.