” Le chemin du Fils de Dieu “. Petite homélie pour la fête de Sainte Louise de Marillac. 9 mai

Une femme de la haute bourgeoisie, après une enfance chahutée, est devenue patronne de tous les travailleurs sociaux chrétiens. C’est le chemin parcouru de 1591 à 1960 (je dis bien 1960) par ste Louise de Marillac dont le nom est indissociable de celui de st Vincent de Paul. Monsieur et Mademoiselle ont œuvré ensemble pour rendre féconde la charité de Dieu.

Jean-Pierre Renouard

” Le chemin du Fils de Dieu “. Petite homélie pour la fête de Sainte Louise de Marillac. 9 mai

Mes sœurs, mes frères en Christ Serviteur,

Une femme de la haute bourgeoisie, après une enfance chahutée, est devenue patronne de tous les travailleurs sociaux chrétiens. C’est le chemin parcouru de 1591 à 1960 (je dis bien 1960) par ste Louise de Marillac dont le nom est indissociable de celui de st Vincent de Paul. Monsieur et Mademoiselle ont œuvré ensemble pour rendre féconde la charité de Dieu. Tels que nous sommes petitement assemblés physiquement mais nombreux par le cœur, ce 9 mai 2020, nous n’avons rien à apprendre de nouveau de leur itinéraire tant il nous a été souvent évoqué. Un simple rappel suffit : sans mère connue, mise sous tutelle prestigieuse du garde de sceaux, placée chez les dominicaines de Poissy, promise à un avenir capucin, épouse d’Antoine Le Gras, mère d’un petit Michel, l’enfant de tous les soucis, veuve prématurée, plongée dans une nuit de la foi, visitée par l’Esprit de Pentecôte 1623, elle rencontre Vincent de Paul comme à reculons et opère alors une véritable conversion. Enfin hors de soi, elle se laisse envahir par les pauvres grâce à la visite des Confréries de la charité. Elle devient fondatrice, recrute, organise, gouverne, se consacre à Dieu et se donne sans compter jusqu’au 15 mars 1660. A vues humaines, voilà une vie inattendue et dont les filets se remplirent à l’extrême.

Mais il y a un autre angle d’approche. Comment ne pas penser en voyant défiler les 69 années de sa vie mêlée, à découvrir en filagrammes, le chemin du Fils de Dieu : de haut en bas, de l’engendrement d’en haut à celui de naissance du bas, d’un état supérieur à un anéantissement comme un endroit qui devient un envers. .Sans le savoir, notre sainte a pris ce chemin-là et nous le  redécouvrons comme un appel adressé à chacun et chacun d’entre nous,:

« Le Christ Jésus,

Ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu.

Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Reconnu homme à son aspect,

S’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix.

C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom.., »

(Phi 2, 5-9)

*

On entend bien :

‘Cette femme de condition élevée ne se fige pas dans cet état,

Abaissée par les évènements,

Elle se fait volontiers servante et l’égale des gens ordinaires

Sans jamais revenir en arrière,

Obéissant à ceux qui vont devenir les Maitres de sa vie

Jusqu’à sa vie donnée et riche d’amour.’

 

Elle résume tout par les vœux qu’elle émet, le 25 mars 1643, en se consacrant à Dieu, outre les trois Conseils évangéliques traditionnels, par le don total, rénové chaque année, du service des pauvres.

Que lui demander en ce matin pour nos Maîtres les Pauvres dot le nombre a augmenté hélas ! ces derniers temps par les funestes événements vécus ? Pour aimer l’Eglise qu’elle a elle-même aimée, je vous invite à densifier la prière qu’elle adresse à Dieu en ce jour, date anniversaire  de sa béatification par Benoit XV en 1920 pour sa Compagnie endeuillée et pour nous. Avec notre famille vincentienne et plus spécialement unis à nos deux congrégations en fête, demandons-lui, sœurs et frères aimés,

  • « de reconnaître et de vénérer le Christ dans les pauvres »

La tradition évangélique et vincentienne nous l’enseigne, c’est Jésus lui-même qui se cache sous ce frère ou cette sœur en manque de l’essentiel. Louise a écrit un jour : « Les pauvres malades sont les membres de Jésus-Christ (1644, Ecrits 112) et elle s’est présentée ainsi : « servante de Jésus-Christ et de ses membres les pauvres » (E. 408). Je ne doute pas que vous les ayez vénérés en éprouvant un vif attachement respectueux pour chaque âme rencontrée, faisant de celle-ci une image, une icône toute divine. O ste Louise, obtenez-nous la grâce de ce réflexe vincentien : je tourne la médaille et je vais d’un visage, l’autre.

  • Nous prions aussi « de regarder comme des frères ceux qui sont dans l’affliction et le besoin ». Comme il faut du temps, de la bonté, de la patience, de l’éducation de soi pour édifier ce sentiment familial. On entend Jésus nous encourager : « Heureux ceux qui pleurent ! Ils seront consolés !» (Mt 5,5). Il ne suffit pas de réagir et de provoquer rires et sourires pour créer un climat familial mais nous avons à porter le fardeau des autres, de faire attention à leur état du moment en partageant leur souffrances cachées ou extériorisées à la limite du supportable. Une saine spiritualité accepte que le glaive de la douleur taraude son propre cœur comme pour alléger celle de l’autre. Nous avons appris récemment à regarder pour l’imiter, la manière de Simon de Cyrène, Sur la famille spirituelle que nous formons, nous aimerons vivre au présent la consigne donnée par st Vincent : « Que ferez-vous quand vous supporterez vos frères ? Vous accomplirez la loi de Jésus-Christ…Je porte tous les hommes en mon cœur, je les supporte par votre vertu ; faites-moi la grâce d’y entrer, enflammez-moi de votre amour. » (XII, 270)
  • Enfin demandons avec l’Eglise « de servir les pauvres avec respect et amour ».Servir est le maître-mot de notre vie. Nul ne sert jamais bien et assez…Servir, c’est se donner. Y mettre du respect est inattendue mais si nous faisons des pauvres nos maîtres, comment ne pas adhérer à la consigne de ste Louise qui demande de « les respecter fortement » (Ecrits 319), « regardant toujours Dieu en eux » (Ecrits 420).

Et quand nous mettons le levain de l’amour au centre de notre engagement, nous sommes avec ste Louise sur la bonne route, le chemin de la sainteté reçue et transmise.. Amen.

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Petite visite de notre dévotion à Marie

Mettons-nous quelques instants à la place d’une mère. Celle-ci apprécierait elle d’entendre à longueur de journée son enfant dire qu’il est nul, qu’il n’est pas à la hauteur, qu’il n’est bon à rien etc. ? car ce « pauvres pécheurs » dit principalement nos incapacités à relever le défi de vivre comme Dieu nous le demande. Cette mère ne se désolerait-elle pas de ne voir aucune avancée de l’enfant ? Ne serait-ce pas lui laisser comprendre qu’elle n’est pas une bonne mère puisque nous ne sommes capables de rien ?

Vincent Goguey

Petite visite de notre dévotion à Marie

Lorsque nous nous adressons à Marie nous nous présentons en tant que « pauvres pécheurs ».

Mettons-nous quelques instants à la place d’une mère. Celle-ci apprécierait elle d’entendre à longueur de journée son enfant dire qu’il est nul, qu’il n’est pas à la hauteur, qu’il n’est bon à rien etc. ? car ce « pauvres pécheurs » dit principalement nos incapacités à relever le défi de vivre comme Dieu nous le demande. Cette mère ne se désolerait-elle pas de ne voir aucune avancée de l’enfant ? Ne serait-ce pas lui laisser comprendre qu’elle n’est pas une bonne mère puisque nous ne sommes capables de rien ?

Lorsque nous accompagnons quelqu’un qui est dans la désolation et qui se définie à la négative, ne cherchons-nous pas à contrecarrer l’idée qu’il a de lui-même en lui montrant ce qui est valable en lui ? Ne cherchons-nous pas à lui montrer le positif qu’il n’est pas capable de voir par lui-même ? Ne nous réjouissons nous pas lorsque l’on constate qu’il réussit cela et qu’il se voit avec un regard qui tend davantage vers l’avenir et tous les possibles que cela engendre ?

Par ailleurs lorsque nous nous définissons avant tout comme « pécheur » nous oublions une donnée essentielle de notre foi. Car avant d’être pécheurs, nous sommes créés de Dieu et de plus créés à son image. Avant d’être pécheurs nous sommes enfants de Dieu. Il fait de nous ses fils et ses filles, héritiers de son Royaume selon la grâce obtenue par le Christ offert en sacrifice par amour pour nous.

Pour honorer notre Dieu et notre mère, il est bon de rappeler avec force cette dimension divine en nous plutôt que de limiter notre identité à ce qui est touché par le péché. Sinon c’est donner plus de place au Mal qu’à Dieu !

Prenons encore le temps de constater ce que produit un regard d’une mère aimante sur son enfant lorsque celui-ci prend conscience d’être aimé par sa mère lui disant avec force qu’il est son enfant bien aimé. Cela le réjouit, le stimule, lui donne plus de confiance à reprendre la route, cet amour maternel lui donne de changer son regard sur lui-même en se redisant intérieurement « maman m’aime ». La conséquence est de prendre plus au sérieux ce rôle d’être héritier du Père, soutenue par la mère !

Pour entrer davantage dans ce mystère que nous sommes : enfants de Dieu (et nous le sommes précise st Jean), je me suis mis à réciter la prière adressée à Marie en modifiant quelque peu ce que l’on dit sur nous-mêmes : pauvres pécheurs, en le remplaçant par « tes enfants » ou encore « ses enfants » (pour évoquer le fait d’être enfants du Père).

Voici donc ce que donne cette deuxième partie de la prière du chapelet :

Sainte Marie, mère de Dieu, prie pour nous, tes enfants…

Et pour le « je vous salue Marie » suivant

Sainte Marie, mère de Dieu, prie pour nous, ses enfants…

Exprimer cette prière de cette manière c’est avant tout me remettre vraiment dans cette filiation divine et maternelle (la mère que Jésus nous a donnée) pour m’en fortifier. C’est me charger de toute cette force qui m’est donnée par cet amour indéfectible.

A la suite de l’abbé Pierre, je modifie aussi la toute dernière phrase : « maintenant et à l’heure de notre mort ». Il disait que cette vision évoquait surtout la peur de ce départ définitif, réduisait notre vie qu’à ce dernier moment ultime alors qu’avant ce moment-là il y avait toute une vie à vivre ici sur Terre.

Il remplaçait donc cette fin de prière par « maintenant et à l’heure de la rencontre ». Cette rencontre évoquant deux réalités fortes de notre foi.

Première réalité : le passage de la mort est surtout le moment où nous allons rencontrer notre Dieu face à face. Le dire ainsi c’est mettre davantage l’accent sur cette espérance immense, qui est appelée à sans cesse grandir en nous plutôt que de focaliser sur le côté tragique de notre disparition de cette Terre.

Seconde réalité évoquée dans cette formule est le fait qu’à chaque moment, à chaque rencontre faite dans mon quotidien, il y a le mystère de la présence de Dieu dans l’autre et que j’ai à y être très attentif pour déjà vivre cette rencontre divine dans chacune de mes rencontres quotidiennes.

Ces deux modifications de cette prière si populaire donnent donc ceci :

Je te salue Marie, pleine de grâce

Le Seigneur est avec toi

Tu es bénie entre toutes les femmes

Et Jésus ton enfant est béni.

Sainte Marie, Mère de Dieu prie pour nous tes enfants

Maintenant et à l’heure de la rencontre.

Et la suivante (lorsque nous disons le chapelet)

Je te salue Marie, pleine de grâce

Le Seigneur est avec toi

Tu es bénie entre toutes les femmes

Et Jésus ton enfant est béni.

Sainte Marie, Mère de Dieu, prie pour nous ses enfants

Maintenant et à l’heure de la rencontre.

Lorsque nous regardons la structure des deux prières récitées le plus souvent, le « Notre Père » et le « Je vous salue Marie », nous constatons qu’elles sont identiques. La première partie est tournée vers celui ou celle à qui nous nous adressons pour évoquer ce qu’il y a de beau et de bon dans leur identité. La deuxième partie est tournée vers nous puisque nous leur demandons de nous aider dans notre manière de mener notre vie.

Cela me donne parfois l’impression d’un enfant qui voulant obtenir quelque chose commence par dire plein de gentilles petites choses à son père ou sa mère pour les amadouer et ainsi arriver à leur extorquer ce qui le motive surtout : avoir gain de cause !

Ces prières ont donc le risque de s’intéresser davantage à nous-mêmes qu’au Seigneur ou à Marie. Pour éviter quelque peu cela, chaque première dizaine que je dis quasi quotidiennement omet la seconde partie de ces prières pour me concentrer uniquement sur ce qui est dit de Dieu et de notre mère. Ainsi je commence la première dizaine :

Notre Père qui est aux cieux

Que ton nom soit sanctifié

Que ton règne vienne

Que ta volonté soit faite sur la Terre comme au Ciel.

Je te salue Marie pleine de grâce

Le Seigneur est avec toi

Tu es bénie entre toutes les femmes

Et Jésus ton enfant est béni.

Cela me donne de mieux me défaire de mon petit moi et de me réjouir en contemplant la grandeur de notre Dieu et de la mère qui nous est confiée.

Je vous souhaite, dans cette pratique du chapelet, un bon cœur à cœur avec notre Père et notre mère qui désirent avoir des enfants épanouis et heureux dans leur vie.

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Prière à saint Vincent de Paul

Ô st Vincent de Paul, notre père et notre modèle, Vous qui avez voulu, toute votre vie durant, Imiter Jésus-Christ Missionnaire et Serviteur,

Jean-Pierre Renouard

Prière à saint Vincent de Paul

Ô st Vincent de Paul, notre Père et notre Modèle,

Vous qui avez voulu, toute votre vie durant,

Imiter Jésus-Christ Missionnaire et Serviteur,

Vous avez rencontré, en votre temps,

La maladie des peuples qu’était la peste.

Intercédez auprès de la Sainte Trinité

 En faveur de tous les pays du monde visités par le fléau d’aujourd’hui.

Guérissez les corps et les cœurs de toutes les victimes.

Aidez les soignants, soutenez les proches, inspirez les chercheurs.

Assistez ceux qui franchissent les portes de la mort.

 

***

 

Vous avez donné des consignes fermes et ardentes pour lutter contre le mal[1].

 Venez maintenant à notre secours !

Apprenez-nous à exposer notre vie pour les plus vulnérables,

à nous fortifier pour mieux les secourir

Dans la persévérance et sans témérité,

Avec le seul désir de les aider selon leurs besoins.

Ouvrez nos esprits à la Providence infinie de Dieu,

Laissons-Lui toute sa volonté d’action,

Inspirez-nous dans notre obéissance aux responsables.

Nous nous remettons entre vos mains,

Confiants et animés de vrais sentiments de Fraternité et de Zèle.

AMEN

 

 

[1] Voir Coste IV, 520 ; VI, 58 ; VI, 116. On peut consulter aussi les références de Cahors, Cracovie, Marseille, Paris, Rome, Tunis, Varsovie

 

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Sainte Catherine Labouré (28 novembre)

« Dès les premières pages de son incomparable chef-d’œuvre l’auteur de «L’imitation de Jésus-Christ » laisse tomber de sa plume cette leçon de sa propre expérience, ce secret de sa paix sereine et communicative : « Veux-tu apprendre et savoir quelque chose d’utile ? Aime à être ignoré ! » (Livre 1 chap. 2).

CMission

Sainte Catherine Labouré (28 novembre)

Discours de Sa Sainteté le Pape Pie XII prononcé le lundi 28 juillet 1947 dans la Cour Saint-Damase à l’adresse des pèlerins Français et de la famille vincentienne présents à Rome à l’occasion de la canonisation de Sainte Catherine Labouré

« Dès les premières pages de son incomparable chef-d’œuvre l’auteur de «L’imitation de Jésus-Christ » laisse tomber de sa plume cette leçon de sa propre expérience, ce secret de sa paix sereine et communicative : « Veux-tu apprendre et savoir quelque chose d’utile ? Aime à être ignoré ! » (Livre 1 chap. 2).

Ama nesciri ! Deux mots prodigieux, stupéfiants pour le monde qui ne comprend point, béatifiants pour le chrétien qui sait en contempler la lumière, en savourer les délices. Ama nesciri ! Toute la vie, toute l’âme de Catherine Labouré est exprimée dans ces deux petits mots.

Rien pourtant, même de la part de la Providence, ne semblait lui dicter ce programme : ni son adolescence, durant laquelle la mort de sa mère, la dispersion des aînés avaient fait reposer sur ses épaules d’enfant toute la charge du foyer domestique ; ni les étranges voies, par lesquelles elle doit passer pour répondre à sa vocation et triompher des oppositions paternelles ; ni cette vocation même à la grande et vaillante phalange des Filles de la Charité qui de par la volonté et suivant l’expression pittoresque de saint Vincent de Paul, ont « pour cloître, les rues de la ville ; pour clôture, l’obéissance ; pour grille, la crainte de Dieu ; pour voile, la sainte modestie ».

Du moins, semblerait-il, sa retraite et sa formation dans le Séminaire de la rue du Bac favoriseront son recueillement et son obscurité ? Mais voici qu’elle y est l’objet des faveurs extraordinaires de Marie, qui fait d’elle sa confidente et sa messagère. Si encore il s’était agi seulement de ces hautes communications et visions intellectuelles, qui élevaient vers les sommets de la vie mystique une Angèle de Foligno, une Madeleine de Pazzi, de ces paroles intimes, dont le cœur garde jalousement le secret ! Mais non ! Une mission lui est confiée, qui doit être non seulement transmise, mais remplie au grand jour : réveiller la ferveur attiédie dans la double Compagnie du Saint de la charité ; submerger le monde tout entier sous un déluge de petites médailles, porteuses de toutes les miséricordes spirituelles et corporelles de l’Immaculée ; susciter une Association pieuse d’Enfants de Marie pour la sauvegarde et la sanctification des jeunes filles.

Sans aucun retard, Catherine s’est adonnée à l’accomplissement de sa triple mission. Les doléances de la Mère de Dieu ont été entendues et l’esprit du saint Fondateur a refleuri alors dans les deux communautés. Mais, non moins que par sa fidélité à transmettre le message, c’est par sa constance à y répondre elle-même que Catherine en a procuré l’efficacité, mettant sous les yeux de ses Sœurs, pendant près d’un demi siècle, le spectacle saintement contagieux d’une vraie fille de saint Vincent, d’une vraie Fille de la Charité, joignant à toutes les qualités humaines de savoir-faire, de tact, de bonté, les vertus surnaturelles qui font vivre en Dieu, « cette pureté d’esprit, de cœur, de volonté, qui est le pur amour ».

La médaille, dont Marie elle-même avait parlé à sa confidente, a été frappée et répandue par millions dans tous les milieux et sous tous les climats, où elle a été dès lors l’instrument de si nombreuses et extraordinaires faveurs, aussi bien corporelles que spirituelles, de tant de guérisons, de protection, de conversions surtout, que la voix du peuple, sans hésiter, l’a aussitôt appelée « la médaille miraculeuse ».

Et l’Association des Enfants de Marie ! Nous sommes heureux de la saluer tout entière en vous qui la représentez ici, très chères filles, en rangs pressés, et de le faire précisément en ce temps, où elle vient à peine d’achever dignement le premier siècle de son existence. En effet, il y a eu, le mois dernier, tout juste cent ans, que Notre Prédécesseur Pie IX, de sainte mémoire, ratifiait son acte de naissance par le rescrit du 20 juin 1847, lui conférant l’érection canonique et lui accordant les mêmes indulgences, dont jouissaient alors les Congrégations Mariales (Acta Apostolica in gratiam Congregationis Missionis, Parisiis 1876, p. 253-254).

Comme vous devez l’apprécier et l’aimer, tant pour le bien que vos aînées et vous-mêmes en avez déjà reçu, que pour celui qu’elle vous met en mesure de faire autour de vous ! Or, ce bien immense se manifeste clairement pour peu que l’on considère, d’une part, le besoin auquel elle répond et qui la rend souverainement opportune, pour ne pas dire impérieusement nécessaire, et d’autre part, les fruits abondants qu’elle a déjà portés au cours de cette étape centenaire.

La Sœur Labouré le comprenait, ce besoin, elle le sentait profondément en son cœur ardent de zèle et de charité. Elle compatissait aux pauvres enfants du quartier de Reuilly, à ces petites, ces toutes petites — même de huit à douze ans ! qui s’en allaient travailler et qui, trop souvent hélas ! se perdaient dans les fabriques, en contact permanent avec l’ignorance et la corruption de leurs compagnes. Ces tendres victimes avaient besoin d’air pur, de lumière, de nourriture spirituelle. On en a pitié ; on ouvre pour elles un patronage ; on leur enseigne le catéchisme ; notre sainte distribue à profusion la médaille miraculeuse. Si utile, si précieux que tout cela soit, elle ne s’en contente pas tant que l’Association n’y est pas formée pour l’appui mutuel, pour la direction religieuse et morale de ces enfants, surtout pour les abriter sous le manteau maternel et virginal de Marie.

Depuis, quels développements ! Qui dénombrera ces saintes phalanges d’Enfants de Marie au voile blanc comme le lis, et dont le nom seul paraît déjà apporter avec lui comme une brise fraîche toute parfumée de pureté et de piété ?

Les temps ont changé, entendez-vous dire dans votre entourage, et l’on semble vouloir insinuer par là que celui des choses d’hier est passé ; qu’elles doivent céder la place à d’autres plus nouvelles.

Oui, sans doute, les temps ont changé. L’instruction, — l’instruction profane du moins — est plus développée en extension, sinon en profondeur, qu’à l’époque de Catherine Labouré ; la législation sociale s’est occupée davantage, et fort louablement, du sort des enfants et des jeunes filles, les arrachant à l’esclavage d’un travail précoce disproportionné à leur sexe et à leur âge ; la jeune fille a été affranchie, ou s’est affranchie elle-même, de quelques servitudes, de beaucoup de conventions et de convenances plus nombreuses encore. Sans doute aussi, sous l’influence de l’Église, d’heureuses transformations se sont progressivement obtenues, qui ont favorisé la solide éducation, la saine activité, la légitime initiative de la jeune fille chrétienne. C’est vrai, tout cela a changé. Encore faut-il reconnaître la part qu’ont eue à ces changements les institutions catholiques si multiples et si variées.

Mais, sous cette évolution que personne d’ailleurs ne songe à contester, certaines choses, les principales, demeurent permanentes, à savoir : la loi morale, la misère humaine conséquence du péché originel et, en connexion avec ces données immuables, les bases fermes sur lesquelles doivent nécessairement s’appuyer la sauvegarde de cette loi morale, les conditions essentielles des remèdes à ces misères.

De fait, bien que votre situation privilégiée d’Enfants de Marie vous mette, grâces à Dieu, à l’abri de la triste expérience de la plupart, vous ne pouvez quand même ne pas connaître le monde au sein duquel vous vivez. Or, les temps vous semblent-ils tellement changés que les périls qui vous guettent soient moindres qu’autrefois ? L’ignorance était alors fort répandue ; l’ignorance religieuse, la pire de toutes, est-elle aujourd’hui moins profonde ? N’a-t-elle pas plutôt envahi, au contraire, des foyers, des familles, où la religion était jadis en honneur et aimée, parce que connue et intelligemment pratiquée ? Qui oserait affirmer que les rues, les kiosques de journaux, les charrettes et les vitrines de librairies, les spectacles, les rencontres fortuites ou les rendez-vous combinés, que le lieu même du travail et les transports en commun offrent moins d’occasions dangereuses qu’il y a cent ans, quand elles faisaient trembler Catherine Labouré ? Et le soir venu, le retour à la maison assure-t-il autant qu’alors cette intimité de la famille chrétienne, qui rafraichissait, purifiait et réconfortait le cœur après les dégoûts ou les faiblesses de la journée ?

À ces maux quels remèdes, à cette atmosphère malsaine quelle hygiène opposer ? Ici encore, les modalités peuvent et doivent changer pour s’adapter, au jour le jour, à celles de la vie actuelle et aux circonstances ; elles pourront et devront varier aussi pour répondre aux aspirations, aux tempéraments, aux aptitudes, qui ne sont pas, en toutes, les mêmes. Mais au fond : Associations ou Pieuses Unions d’Enfants de Marie, groupes d’Action Catholique, Congrégations de la Sainte Vierge, Confréries et Tiers Ordres, que trouve-t-on là sinon les éléments essentiels de toute hygiène et de toute thérapeutique morale ? Une doctrine religieuse consciencieusement approfondie, une direction spirituelle suivie, la pratique fréquente des sacrements et de la prière, les conseils éclairés et les secours assidus de directrices expérimentées et dévouées, et puis la force si puissante de l’Association, de l’union fraternelle, du bon exemple, tout cela sous le patronage, sous la conduite, sous la protection ferme et vigilante en même temps que miséricordieuse de la Vierge Immaculée. N’est-ce pas elle-même qui a expressément voulu et inspiré l’œuvre, dont Catherine Labouré a été d’abord la confidente et la messagère, puis la propagatrice et l’active ouvrière ?

Pour réaliser les trois demandes de Marie, notre Sainte a prié, elle a lutté, elle a peiné sans relâche. Tout le monde était témoin de cette réalisation ; tout le monde en parlait, tout le monde savait aussi, vaguement du moins, de quelles faveurs célestes une Fille de la Charité avait été l’objet, et les grandes choses que la Mère de Dieu avait faites par son ministère. Mais cette privilégiée, cette mandataire, cette exécutrice de si vastes desseins, qui était-elle ? Et quel était son nom ? Nul ne le savait, hormis son confesseur, dépositaire de son secret. Et cela a duré pendant quarante-six ans, sans que, un seul instant, le voile de son anonymat fût soulevé !

Ama nesciri ! Oui, c’est bien cela : elle aime d’être ignorée ; c’est sa vraie joie et son intime satisfaction ; elle la savoure avec délices. D’autres qu’elle ont reçu de grandes lumières, ont été chargées de grands messages ou de grands rôles, et sont demeurées dans l’ombre ou s’y sont réfugiées au fond d’un cloître, pour fuir la tentation de vaine gloire, pour goûter le recueillement, pour se faire oublier : des grilles les défendaient, un voile épais dérobait leurs traits aux regards, mais leur nom courait sur toutes les lèvres. Elle ne s’est point retirée ; bien au contraire, elle continue de se dépenser à longueur de journées parmi les malades, les vieillards, les Enfants de Marie ; on la voit, on la coudoie à toute heure, à tous les carrefours ; elle n’a pas à se cacher : on ne sait pas que « c’est elle » ; elle n’a pas à faire oublier son nom : tant qu’elle vivait, il était inconnu !

Quelle leçon à l’orgueil du monde, à sa fringale d’ostentation ! L’amour-propre a beau se dissimuler et se donner les apparences du zèle ; c’est lui toujours qui, comme jadis l’entourage de Jésus, souffle à l’oreille le « Manifesta teipsum mundo » (Jn 7, 4). Dans l’obscurité où, quarante-six ans, elle a vécu, poursuivant sa mission, Catherine Labouré l’a merveilleusement et fructueusement accomplie.

L’heure est venue pour elle, annoncée par l’Apôtre : « Vous êtes morts et votre vie est cachée avec le Christ en Dieu. Quand le Christ, votre vie, apparaîtra, alors vous apparaîtrez aussi avec lui, dans la gloire » (Col 3, 3-4).

Dans la gloire où elle resplendit en pleine lumière là-haut près du Christ et de sa Mère, dans la gloire dont elle rayonne dès ici-bas où elle avait passé, ignorée, elle continue d’être la messagère de l’Immaculée. Elle l’est près de vous, Prêtres de la Mission et Filles de la Charité, vous stimulant à la ferveur dans votre sainte vocation ; elle l’est près de vous, Enfants de Marie qu’elle a tant aimées et dont elle est la puissante protectrice, vous exhortant à la fidélité, à la piété, à la pureté, à l’apostolat ; elle l’est près de vous tous, pécheurs, malades, infirmes, affligés qui levez les yeux en répétant avec confiance l’invocation : « O Marie, conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous ». Par son intercession, les plus abondantes faveurs pleuvront sur vous à qui, de tout cœur, Nous donnons, comme gage des grâces divines, Notre Bénédiction apostolique. »

Discours et messages-radio de S.S. Pie XII,
Neuvième année de Pontificat, 2 mars 1947- 1er mars 1948, pp. 193-198.

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Quelques apperçus sur la saintété

La sainteté n’est pas seulement croitre dans la perfection particulière et personnelle, sans le désir de transformer le monde selon le coeur de Dieu.

Eliseu WISNIEWSKI

Quelques apperçus sur la saintété

Souvent et de façons diverses, la sainteté est un thème déjà connu. Bien qu’elle nous soit l’occasion d’un une ample production littérature, elle peut donner l’impression d’être une  dimensión reconnue et établie, il semble important de revenir sur cette réalité complexe, urgente et essentielle, alors que son intérêt n’a pas disparu et sa compréhension devient plus large.

L’appel à la saintété (cf. Lv 19,2) accompagne toute l’histoire du christianisme et parvient jusqu’à nos jours. Loin de se confondre et se traduire en une émotion au rabais, un fanatisme fondamentaliste, un fétichisme ritualiste, une évasion esthétique et un néoconservatisme, la sainteté est destinée à tout baptisé (Lumen Gentium chaptire V). Réfléchir sur ce qu’elle signifie exige que nous comprenions le sens qu’elle revêt dans le monde dans lequel nous sommes, que nous discernions sa spécificité, que nous identifions correctement ses défis et signalions des pistes pour notre marche en fidélité à notre charisme dans les traces de Saint Vincent de Paul.

Commençons par dire que la culture dans laquelle nous vivons marche à contre-sens de l’Evangile et de la proposition chrétienne. Pour décrire cette réalité, nous citerons un court extrait de l’exhortation apostolique Gaudete et Exultate, du Pape François (n°111) dans laquelle est clairement présenté ce qu’il advient dans nos cultures: “Dans cette culture se manifestent : l’anxiété nerveuse et violente qui nous disperse et nous affaiblit ; la négativité et la tristesse ; l’acédie commode, consumériste et égoïste ; l’individualisme et de nombreuses formes de fausse spiritualité sans rencontre avec Dieu qui règnent dans le marché religieux actuel.” Pour la congrégation de la Mission, cette situation représente sans doute, un sérieux défi, une fois que nous sommes isolés des douleurs et souffrances de nos contemporains, sans une profonde solidarité et communion avec eux, comme affirme le document final de la 42ème Assemblée Générale: “Les cris des pauvres, des réfugiés, des migrants, de ceux qui sont exclus et relégués aux périphéries, chaque jour en plus grand nombre, touchent nos coeurs et nous entrainent à contribuer de toutes nos forces pour que notre Eglise parvienne à être un hôpital de campagne où tous sont accueillis, écoutés, soignés, actualisant l’Evangile de la miséricorde” (1.1.c)

Nous ne pouvons pas cependant en rester seulement aux grands príncipes et dans les simples généralisations. Ces préoccupations et priorités doivent se concrétiser dans la vie de la COngégation de la Mission et dans chacun de ses membres. Solidarité, selon ce que nous dit le Pape François, dans Evangelii Gaudium (EG), signifie: “…beaucoup plus que quelques actes sporadiques de générosité. Il demande de créer une nouvelle mentalité qui pense en termes de communauté, de priorité de la vie de tous sur l’appropriation des biens par quelques-uns.” (EG 188) Une solidarité qui affronte et dépasse la “culture du déchet” (EG 53) et “l’idéal égoiste”, et la “globalisation de l’indifférence” qui se développent et s’imposent dans notre monde, nous rendant “incapables d’être touchés par les appels de autres” et nous ôtant la responsabilité face aux nécessités et aux souffrances (EG 57,67). Encore plus : “ la solidarité est une réaction spontanées “  La solidarité est une réaction spontanée de celui qui reconnaît la fonction sociale de la propriété et la destination universelle des biens” (EG 189) a à voir avec des convictions et des pratiques, étant fondamentales pour la réalisation et la viabilité d’autres “…d’autres transformations structurelles et les rendent possibles. Un changement des structures qui ne génère pas de nouvelles convictions et attitudes fera que ces mêmes structures tôt ou tard deviendront corrompues, pesantes et inefficaces.”(EG 189).

Tout ceci exige une grande lucidité, de la créativité et de l’audace. Sans l’engagement créatif pour la cause des pauvres, “facilement par être dépassée par la mondanité spirituelle, dissimulée sous des pratiques religieuses, avec des réunions infécondes ou des discours vides” (EG 207). En cela, nous pouvons trouver dans le Pape François quelques pistes pour dynamiser pastoralement l’option pour les pauvres dans la vie de la Congrégation de la Mission. Conscient que l’inégalité est à la racine des tous les maux sociaux (cf. EG 202), l’option pour les pauvres, comme charge commune, “implique autant la coopération pour résoudre les causes structurelles de la pauvreté et promouvoir le développement intégral des pauvres, que les gestes simples et quotidiens de solidarité devant les misères très concrètes que nous rencontrons”(EG 188). Pédagogiquement, cet engagement exigera la proximité physique avec les pauvres et l’effort pour les secourrir dans leurs nécessités immédiates (cf. EG 187). Mais aussi le soin spirituel des pauvres: “L’immense majorité des pauvres a une ouverture particulière à la foi ; ils ont besoin de Dieu et nous ne pouvons pas négliger de leur offrir son amitié, sa bénédiction, sa Parole, la célébration des Sacrements et la proposition d’un chemin de croissance et de maturation dans la foi.”(EG 200). Prenant en compte que “la pire discrimination dont souffre les pauves est le manque d’attention spirituelle” (EG 200), ceci ne signifiant pas que les pauvres doivent simplement être objets d’assistance religieux. Ils ont aussi un potentiel d’évangélisateur, étant pour nous nécessaire que “nous nous laissions évangéliser par eux” (EG 198).

Pour cela, la sainteté n’est pas seulement croitre dans la perfection particulière et personnelle, sans le désir de transformer le monde selon le coeur de Dieu. Et transformer le monde implique non seulement aider les besoins matériels et spirituells de chacun, mais aussi transformer les causes et les circonstances qui créent les besoins et les souffrances. Le critère pour vérifier la vérité de la rencontré et de l’union avec Dieu se mesure à l’aptitude à intégrer et assumer la douleur du monde, la douleur de ceux que l’Evangile appelle les “derniers”: ceux qui ont faim, ceux qui ont soif, les nus, les étrangers, et les prisonniers (Mt 25). Aujourd’hui, face à tant de spiritualités alienantes, nous sommes appelés à un christianisme incarné: “Mais plus que l’athéisme, aujourd’hui nous sommes face au défi de répondre adéquatement à la soif de Dieu de beaucoup de personnes, afin qu’elles ne cherchent pas à l’assouvir avec des propositions aliénantes ou avec un Jésus Christ sans chair et sans un engagement avec l’autre. Si elles ne trouvent pas dans l’Église une spiritualité qui les guérisse, les libère, les comble de vie et de paix et les appelle en même temps à la communion solidaire et à la fécondité missionnaire, elles finiront par être trompées par des propositions qui n’humanisent pas ni ne rendent gloire à Dieu”. (EG 89). Finalement, Dieu n’est pas apathique, ni insensible devant la souffrance. Dieu souffre où l’amour souffre….

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Les relations œcuméniques de M. Portal

Les relations œcuméniques de M. Portal

Dans la recherche de l’unité des chrétiens pour laquelle nous prions cette semaine, un événement important a marqué ces temps derniers : le désir d’évêques et de fidèles anglicans de rejoindre l’Église catholique et la réponse positive de Benoît XVI. Il y a plus de 120 ans, un long travail de rapprochement avait été tenté entre catholiques et anglicans par deux hommes dont un modeste lazariste, Monsieur Fernand PORTAL, dont on aurait pu parler dans cette conjoncture ; il nous enseignait déjà une démarche œcuménique pour aujourd’hui.

Benoît XVI dans la Constitution apostolique Anglicanorum coetibus sur l’accueil des Anglicans, dit ceci :  «Récemment, sous l’action du Saint Esprit, des groupes d’anglicans ont demandé de manière répétée et insistante à être reçus dans la pleine communion catholique, à titre individuel mais aussi collectivement. Le Siège apostolique a répondu favorablement à ces demandes. En effet, le successeur de Pierre, […] ne pouvait pas manquer de mettre à disposition les moyens nécessaires pour que se réalise ce saint désir.»

Ce saint désir… Ce fut celui de ces deux hommes, passionnés par le rapprochement avec l’Église anglicane, Lord Halifax, un anglican, et Fernand Portal.

D’emblée, entre eux, l’amitié fut soudée pour durer. “Parce que c’était lui, parce que c’était moi,” disait qui vous savez. Cette amitié si soudaine fut, somme toute, surprenante. Lord Halifax, de haute noblesse, plus âgé de seize ans, d’esprit plus mûr, d’une culture très éclectique, connaissant la vie, les luttes parlementaires et le maniement des hommes, en position d’influence et de prestige dans la société et l’Église d’Angleterre ; c’est lui qui introduira M. Portal dans les milieux anglicans.

En face, Fernand Portal, fils d’un modeste cordonnier des Cevennes, devenu lazariste et professeur de grand séminaire. Mais Lord Halifax découvre en lui un esprit ouvert, une intelligence prompte, une sûreté de jugement, une formation théologique et canonique étendue, une expérience déjà longue des hommes, de leurs aspirations, de leurs difficultés. C’est un prêtre, instruit, déjà mûri par l’exercice du ministère. Portal s’éprend de ce laïc, consumé de zèle pour le service du Christ et de son Église. Tous deux ont en commun des vertus — les vertus de Vincent de Paul — la simplicité, la douceur, l’humilité, la valeur du temps et des longs mûrissements — “il ne faut pas enjamber sur la Providence,” disait Vincent — et puis cette espérance et cette confiance obéissante qui ne se dément jamais, même en 1896 après la bulle de Léon XIII Apostolicæ Curæ sur l’invalidité des ordinations anglicanes. Ces vertus ont donné aux conversations de Lord Halifax et de Portal le tour qu’on leur connaît. Elles n’ont pas peu contribué aux climats de leur combat pour l’Union.

Avec Lord Halifax, avec les séminaristes rue du Cherche-Midi, avec les Normaliens et les nombreux amis rue de Grennelle, Portal avait l’art de la conversation. Il savait écouter, il laissait à la pensée le temps de se déployer et de se formuler. Alors modestement, il donnait son avis avec précision, puis le dialogue reprenait, toujours appuyé sur une théologie et une philosophie des plus sûres. Et chacun repartait content de l’autre et content de soi ; toujours conscient d’avoir vécu des instants de vérité profonde.

Dans le dialogue œcuménique, M. Portal n’employait pas les méthodes apologétiques en usage de son temps et c’est là qu’il est précurseur, car c’est la posture œcuménique d’aujourd’hui. Au lieu de partir des divisions, il préférait voir ce qui unit. Il aimait à dire : «Persuader l’adversaire qu’il a tort est chose facile dans les livres ; mais, dans la vie, la polémique a toujours creusé plus de fossés qu’elle n’en a comblés. Aller loyalement non pas aux adversaires, mais aux frères séparés, la main tendue, heureux de trouver chez eux des trésors spirituels, qui non seulement entretiennent leur vie religieuse, mais peuvent encore, à l’occasion, enrichir la nôtre ; n’est-ce pas vraiment préparer l’union, parce que c’est déjà la vivre ?»

En cela, Mr Portal suivait les recommandations de Vincent de Paul aux Missionnaires dans leurs relations avec les Huguenots du XVIIe siècle : «Travaillons avec humilité et respect ; que l’on ne défie pas les ministres en chaire ; et cela en esprit d’humilité et de compassion, parce que, autrement, Dieu ne bénira pas notre travail. Ils jugeront qu’il y a de la vanité dans notre conduite, et ils n’y croiront pas. “Nous ne croyons pas les hommes parce qu’ils sont savants, mais parce que nous les estimons bons et que nous les aimons”. […] On ne croira pas en nous, si nous ne leur montrons amour et compassion ; autrement, nous ne ferons rien que bruit et peu de fruit.» (SV I, 295-296)

Sur le même ton, Portal dira aux Dames de l’Union qu’il avait fondées : «Nous devons travailler pour Notre-Seigneur ; c’est entendu. Mais il faut le faire dans un esprit très large, et tâcher d’imiter la largeur de Dieu (si j’ose m’exprimer ainsi) — Vincent parlait de l’amplitude de Dieu — et celle de Notre-Seigneur lui-même. Tout est ordonné à l’ordre surnaturel ; nous devons y tendre et y mener nos frères. Mais pour ceux-ci, il faut nous rappeler sans cesse qu’ils doivent y venir librement, et que nous devons respecter cette liberté avec des délicatesses infinies.»

Cet engagement œcuménique de Lord Halifax et de Portal sur quoi s’appuyait-il ? Cette connivence loyale sur les méthodes et les approches du dialogue avec les Anglicans, ce respect sincère de l’autre et de sa liberté, quelles en étaient les sources ? C’était, à l’évidence, leur foi en Jésus-Christ et leur attachement inconditionnel, chacun dans sa confession, à l’Église de Jésus-Christ.

Ce que l’on retient de Fernand PORTAL c’est son engagement œcuménique. Mais il y a dans la vie de ce modeste fils de Vincent de Paul un autre volet moins connu mais qui a profondément marqué sa vie  : son engagement caritatif et social.

Très tôt, dans son ministère dans les grands séminaires, le service des plus pauvres le hantait. En disciple de Vincent de Paul, il refusait de se cantonner dans une activité purement intellectuelle ou dans un professorat fermé ; il se laissait émouvoir par les besoins des pauvres et son émotion se concrétisait dans l’action.

C’est ainsi qu’en 1907, il fait la connaissance de Madame Gallice qui lui décrit ce qu’elle a découvert dans le quartier parisien de Javel. C’est l’horreur de la misère, des bidons villes. Portal visite les lieux ; c’est au-delà de la description. On a loué la maison d’un savetier — Portal, le fils du cordonnier connaît la semelle et le cuir— on y reçoit les enfants de la rue, c’est la première garderie. Bien vite celle-ci devient trop petite, il faut donc agrandir à la fois la maison et le cœur. Quelques femmes généreuses et compétentes se joignent au groupe, c’est le début des “Dames de l’Union”. Le service du Christ dans le pauvre les rassemble, dans l’esprit de Vincent de Paul. Le Père les forme, les accompagne, mais toujours dans le respect de leur statut et de leur liberté de laïques. “Dames de l’Union… l’appellation est lourde de sens ; ce groupe de femmes au service de la misère est témoignage pour les Églises : la foi en Jésus-Christ comme l’attachement en l’Église et le soulagement des pauvres doivent aller de pair. S’ils sont réalisés loyalement et simplement de part et d’autre, quels que soient les obstacles doctrinaux, ils deviennent les amorces de l’Union.

En 1917, on achète les Corbières sur les pentes du lac du Bourget ; ce sera un orphelinat. Comme celle de la rue de Lourmel, la communauté des Corbières doit témoigner de l’effort chrétien pour l’unité des Églises. Là, une chapelle en sera le signe : chapelle byzantine sous le ciel latin… Elle recueillera les restes de Fernand Portal et de Madame Gallice.

En cette semaine de prière pour l’unité des chrétiens, citons cette phrase de Portal qu’on pourrait croire écrite aujourd’hui : « L’union des Églises, dit-il en 1896 dans la Revue Anglo-Romaine qu’il avait créée, l’union des Églises ne peut, en effet, être obtenue que par de vrais apôtres, c’est-à-dire par des hommes de foi, employant surtout les moyens surnaturels : la prière source de grâces, la charité qui donne la compréhension des âmes, même de celles dont nous sommes séparés, l’humilité qui nous fait avouer nos défauts et nos fautes. […] Nous sommes tous coupables à l’égard de l’Église, c’est un fait certain que nous devons reconnaître. Voilà, il me semble, les éléments essentiels de toute action en faveur de l’Union .» (F. PORTAL : « Le rôle de l’amitié dans l’union des Églises », article paru dans la revue Anglo-Romaine de 1896).

Claude LAUTISSIER, CM 🔸

L’union des Églises ne peut, en effet, être obtenue que par de vrais apôtres, c’est-à-dire par des hommes de foi, employant surtout les moyens surnaturels : la prière source de grâces, la charité qui donne la compréhension des âmes, même de celles dont nous sommes séparés, l’humilité qui nous fait avouer nos défauts et nos fautes. […]

Fernand PORTAL
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