Sainte Catherine Labouré (28 novembre)

« Dès les premières pages de son incomparable chef-d’œuvre l’auteur de «L’imitation de Jésus-Christ » laisse tomber de sa plume cette leçon de sa propre expérience, ce secret de sa paix sereine et communicative : « Veux-tu apprendre et savoir quelque chose d’utile ? Aime à être ignoré ! » (Livre 1 chap. 2).

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Sainte Catherine Labouré (28 novembre)

Discours de Sa Sainteté le Pape Pie XII prononcé le lundi 28 juillet 1947 dans la Cour Saint-Damase à l’adresse des pèlerins Français et de la famille vincentienne présents à Rome à l’occasion de la canonisation de Sainte Catherine Labouré

« Dès les premières pages de son incomparable chef-d’œuvre l’auteur de «L’imitation de Jésus-Christ » laisse tomber de sa plume cette leçon de sa propre expérience, ce secret de sa paix sereine et communicative : « Veux-tu apprendre et savoir quelque chose d’utile ? Aime à être ignoré ! » (Livre 1 chap. 2).

Ama nesciri ! Deux mots prodigieux, stupéfiants pour le monde qui ne comprend point, béatifiants pour le chrétien qui sait en contempler la lumière, en savourer les délices. Ama nesciri ! Toute la vie, toute l’âme de Catherine Labouré est exprimée dans ces deux petits mots.

Rien pourtant, même de la part de la Providence, ne semblait lui dicter ce programme : ni son adolescence, durant laquelle la mort de sa mère, la dispersion des aînés avaient fait reposer sur ses épaules d’enfant toute la charge du foyer domestique ; ni les étranges voies, par lesquelles elle doit passer pour répondre à sa vocation et triompher des oppositions paternelles ; ni cette vocation même à la grande et vaillante phalange des Filles de la Charité qui de par la volonté et suivant l’expression pittoresque de saint Vincent de Paul, ont « pour cloître, les rues de la ville ; pour clôture, l’obéissance ; pour grille, la crainte de Dieu ; pour voile, la sainte modestie ».

Du moins, semblerait-il, sa retraite et sa formation dans le Séminaire de la rue du Bac favoriseront son recueillement et son obscurité ? Mais voici qu’elle y est l’objet des faveurs extraordinaires de Marie, qui fait d’elle sa confidente et sa messagère. Si encore il s’était agi seulement de ces hautes communications et visions intellectuelles, qui élevaient vers les sommets de la vie mystique une Angèle de Foligno, une Madeleine de Pazzi, de ces paroles intimes, dont le cœur garde jalousement le secret ! Mais non ! Une mission lui est confiée, qui doit être non seulement transmise, mais remplie au grand jour : réveiller la ferveur attiédie dans la double Compagnie du Saint de la charité ; submerger le monde tout entier sous un déluge de petites médailles, porteuses de toutes les miséricordes spirituelles et corporelles de l’Immaculée ; susciter une Association pieuse d’Enfants de Marie pour la sauvegarde et la sanctification des jeunes filles.

Sans aucun retard, Catherine s’est adonnée à l’accomplissement de sa triple mission. Les doléances de la Mère de Dieu ont été entendues et l’esprit du saint Fondateur a refleuri alors dans les deux communautés. Mais, non moins que par sa fidélité à transmettre le message, c’est par sa constance à y répondre elle-même que Catherine en a procuré l’efficacité, mettant sous les yeux de ses Sœurs, pendant près d’un demi siècle, le spectacle saintement contagieux d’une vraie fille de saint Vincent, d’une vraie Fille de la Charité, joignant à toutes les qualités humaines de savoir-faire, de tact, de bonté, les vertus surnaturelles qui font vivre en Dieu, « cette pureté d’esprit, de cœur, de volonté, qui est le pur amour ».

La médaille, dont Marie elle-même avait parlé à sa confidente, a été frappée et répandue par millions dans tous les milieux et sous tous les climats, où elle a été dès lors l’instrument de si nombreuses et extraordinaires faveurs, aussi bien corporelles que spirituelles, de tant de guérisons, de protection, de conversions surtout, que la voix du peuple, sans hésiter, l’a aussitôt appelée « la médaille miraculeuse ».

Et l’Association des Enfants de Marie ! Nous sommes heureux de la saluer tout entière en vous qui la représentez ici, très chères filles, en rangs pressés, et de le faire précisément en ce temps, où elle vient à peine d’achever dignement le premier siècle de son existence. En effet, il y a eu, le mois dernier, tout juste cent ans, que Notre Prédécesseur Pie IX, de sainte mémoire, ratifiait son acte de naissance par le rescrit du 20 juin 1847, lui conférant l’érection canonique et lui accordant les mêmes indulgences, dont jouissaient alors les Congrégations Mariales (Acta Apostolica in gratiam Congregationis Missionis, Parisiis 1876, p. 253-254).

Comme vous devez l’apprécier et l’aimer, tant pour le bien que vos aînées et vous-mêmes en avez déjà reçu, que pour celui qu’elle vous met en mesure de faire autour de vous ! Or, ce bien immense se manifeste clairement pour peu que l’on considère, d’une part, le besoin auquel elle répond et qui la rend souverainement opportune, pour ne pas dire impérieusement nécessaire, et d’autre part, les fruits abondants qu’elle a déjà portés au cours de cette étape centenaire.

La Sœur Labouré le comprenait, ce besoin, elle le sentait profondément en son cœur ardent de zèle et de charité. Elle compatissait aux pauvres enfants du quartier de Reuilly, à ces petites, ces toutes petites — même de huit à douze ans ! qui s’en allaient travailler et qui, trop souvent hélas ! se perdaient dans les fabriques, en contact permanent avec l’ignorance et la corruption de leurs compagnes. Ces tendres victimes avaient besoin d’air pur, de lumière, de nourriture spirituelle. On en a pitié ; on ouvre pour elles un patronage ; on leur enseigne le catéchisme ; notre sainte distribue à profusion la médaille miraculeuse. Si utile, si précieux que tout cela soit, elle ne s’en contente pas tant que l’Association n’y est pas formée pour l’appui mutuel, pour la direction religieuse et morale de ces enfants, surtout pour les abriter sous le manteau maternel et virginal de Marie.

Depuis, quels développements ! Qui dénombrera ces saintes phalanges d’Enfants de Marie au voile blanc comme le lis, et dont le nom seul paraît déjà apporter avec lui comme une brise fraîche toute parfumée de pureté et de piété ?

Les temps ont changé, entendez-vous dire dans votre entourage, et l’on semble vouloir insinuer par là que celui des choses d’hier est passé ; qu’elles doivent céder la place à d’autres plus nouvelles.

Oui, sans doute, les temps ont changé. L’instruction, — l’instruction profane du moins — est plus développée en extension, sinon en profondeur, qu’à l’époque de Catherine Labouré ; la législation sociale s’est occupée davantage, et fort louablement, du sort des enfants et des jeunes filles, les arrachant à l’esclavage d’un travail précoce disproportionné à leur sexe et à leur âge ; la jeune fille a été affranchie, ou s’est affranchie elle-même, de quelques servitudes, de beaucoup de conventions et de convenances plus nombreuses encore. Sans doute aussi, sous l’influence de l’Église, d’heureuses transformations se sont progressivement obtenues, qui ont favorisé la solide éducation, la saine activité, la légitime initiative de la jeune fille chrétienne. C’est vrai, tout cela a changé. Encore faut-il reconnaître la part qu’ont eue à ces changements les institutions catholiques si multiples et si variées.

Mais, sous cette évolution que personne d’ailleurs ne songe à contester, certaines choses, les principales, demeurent permanentes, à savoir : la loi morale, la misère humaine conséquence du péché originel et, en connexion avec ces données immuables, les bases fermes sur lesquelles doivent nécessairement s’appuyer la sauvegarde de cette loi morale, les conditions essentielles des remèdes à ces misères.

De fait, bien que votre situation privilégiée d’Enfants de Marie vous mette, grâces à Dieu, à l’abri de la triste expérience de la plupart, vous ne pouvez quand même ne pas connaître le monde au sein duquel vous vivez. Or, les temps vous semblent-ils tellement changés que les périls qui vous guettent soient moindres qu’autrefois ? L’ignorance était alors fort répandue ; l’ignorance religieuse, la pire de toutes, est-elle aujourd’hui moins profonde ? N’a-t-elle pas plutôt envahi, au contraire, des foyers, des familles, où la religion était jadis en honneur et aimée, parce que connue et intelligemment pratiquée ? Qui oserait affirmer que les rues, les kiosques de journaux, les charrettes et les vitrines de librairies, les spectacles, les rencontres fortuites ou les rendez-vous combinés, que le lieu même du travail et les transports en commun offrent moins d’occasions dangereuses qu’il y a cent ans, quand elles faisaient trembler Catherine Labouré ? Et le soir venu, le retour à la maison assure-t-il autant qu’alors cette intimité de la famille chrétienne, qui rafraichissait, purifiait et réconfortait le cœur après les dégoûts ou les faiblesses de la journée ?

À ces maux quels remèdes, à cette atmosphère malsaine quelle hygiène opposer ? Ici encore, les modalités peuvent et doivent changer pour s’adapter, au jour le jour, à celles de la vie actuelle et aux circonstances ; elles pourront et devront varier aussi pour répondre aux aspirations, aux tempéraments, aux aptitudes, qui ne sont pas, en toutes, les mêmes. Mais au fond : Associations ou Pieuses Unions d’Enfants de Marie, groupes d’Action Catholique, Congrégations de la Sainte Vierge, Confréries et Tiers Ordres, que trouve-t-on là sinon les éléments essentiels de toute hygiène et de toute thérapeutique morale ? Une doctrine religieuse consciencieusement approfondie, une direction spirituelle suivie, la pratique fréquente des sacrements et de la prière, les conseils éclairés et les secours assidus de directrices expérimentées et dévouées, et puis la force si puissante de l’Association, de l’union fraternelle, du bon exemple, tout cela sous le patronage, sous la conduite, sous la protection ferme et vigilante en même temps que miséricordieuse de la Vierge Immaculée. N’est-ce pas elle-même qui a expressément voulu et inspiré l’œuvre, dont Catherine Labouré a été d’abord la confidente et la messagère, puis la propagatrice et l’active ouvrière ?

Pour réaliser les trois demandes de Marie, notre Sainte a prié, elle a lutté, elle a peiné sans relâche. Tout le monde était témoin de cette réalisation ; tout le monde en parlait, tout le monde savait aussi, vaguement du moins, de quelles faveurs célestes une Fille de la Charité avait été l’objet, et les grandes choses que la Mère de Dieu avait faites par son ministère. Mais cette privilégiée, cette mandataire, cette exécutrice de si vastes desseins, qui était-elle ? Et quel était son nom ? Nul ne le savait, hormis son confesseur, dépositaire de son secret. Et cela a duré pendant quarante-six ans, sans que, un seul instant, le voile de son anonymat fût soulevé !

Ama nesciri ! Oui, c’est bien cela : elle aime d’être ignorée ; c’est sa vraie joie et son intime satisfaction ; elle la savoure avec délices. D’autres qu’elle ont reçu de grandes lumières, ont été chargées de grands messages ou de grands rôles, et sont demeurées dans l’ombre ou s’y sont réfugiées au fond d’un cloître, pour fuir la tentation de vaine gloire, pour goûter le recueillement, pour se faire oublier : des grilles les défendaient, un voile épais dérobait leurs traits aux regards, mais leur nom courait sur toutes les lèvres. Elle ne s’est point retirée ; bien au contraire, elle continue de se dépenser à longueur de journées parmi les malades, les vieillards, les Enfants de Marie ; on la voit, on la coudoie à toute heure, à tous les carrefours ; elle n’a pas à se cacher : on ne sait pas que « c’est elle » ; elle n’a pas à faire oublier son nom : tant qu’elle vivait, il était inconnu !

Quelle leçon à l’orgueil du monde, à sa fringale d’ostentation ! L’amour-propre a beau se dissimuler et se donner les apparences du zèle ; c’est lui toujours qui, comme jadis l’entourage de Jésus, souffle à l’oreille le « Manifesta teipsum mundo » (Jn 7, 4). Dans l’obscurité où, quarante-six ans, elle a vécu, poursuivant sa mission, Catherine Labouré l’a merveilleusement et fructueusement accomplie.

L’heure est venue pour elle, annoncée par l’Apôtre : « Vous êtes morts et votre vie est cachée avec le Christ en Dieu. Quand le Christ, votre vie, apparaîtra, alors vous apparaîtrez aussi avec lui, dans la gloire » (Col 3, 3-4).

Dans la gloire où elle resplendit en pleine lumière là-haut près du Christ et de sa Mère, dans la gloire dont elle rayonne dès ici-bas où elle avait passé, ignorée, elle continue d’être la messagère de l’Immaculée. Elle l’est près de vous, Prêtres de la Mission et Filles de la Charité, vous stimulant à la ferveur dans votre sainte vocation ; elle l’est près de vous, Enfants de Marie qu’elle a tant aimées et dont elle est la puissante protectrice, vous exhortant à la fidélité, à la piété, à la pureté, à l’apostolat ; elle l’est près de vous tous, pécheurs, malades, infirmes, affligés qui levez les yeux en répétant avec confiance l’invocation : « O Marie, conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous ». Par son intercession, les plus abondantes faveurs pleuvront sur vous à qui, de tout cœur, Nous donnons, comme gage des grâces divines, Notre Bénédiction apostolique. »

Discours et messages-radio de S.S. Pie XII,
Neuvième année de Pontificat, 2 mars 1947- 1er mars 1948, pp. 193-198.

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Quelques apperçus sur la saintété

La sainteté n’est pas seulement croitre dans la perfection particulière et personnelle, sans le désir de transformer le monde selon le coeur de Dieu.

Eliseu WISNIEWSKI

Quelques apperçus sur la saintété

Souvent et de façons diverses, la sainteté est un thème déjà connu. Bien qu’elle nous soit l’occasion d’un une ample production littérature, elle peut donner l’impression d’être une  dimensión reconnue et établie, il semble important de revenir sur cette réalité complexe, urgente et essentielle, alors que son intérêt n’a pas disparu et sa compréhension devient plus large.

L’appel à la saintété (cf. Lv 19,2) accompagne toute l’histoire du christianisme et parvient jusqu’à nos jours. Loin de se confondre et se traduire en une émotion au rabais, un fanatisme fondamentaliste, un fétichisme ritualiste, une évasion esthétique et un néoconservatisme, la sainteté est destinée à tout baptisé (Lumen Gentium chaptire V). Réfléchir sur ce qu’elle signifie exige que nous comprenions le sens qu’elle revêt dans le monde dans lequel nous sommes, que nous discernions sa spécificité, que nous identifions correctement ses défis et signalions des pistes pour notre marche en fidélité à notre charisme dans les traces de Saint Vincent de Paul.

Commençons par dire que la culture dans laquelle nous vivons marche à contre-sens de l’Evangile et de la proposition chrétienne. Pour décrire cette réalité, nous citerons un court extrait de l’exhortation apostolique Gaudete et Exultate, du Pape François (n°111) dans laquelle est clairement présenté ce qu’il advient dans nos cultures: “Dans cette culture se manifestent : l’anxiété nerveuse et violente qui nous disperse et nous affaiblit ; la négativité et la tristesse ; l’acédie commode, consumériste et égoïste ; l’individualisme et de nombreuses formes de fausse spiritualité sans rencontre avec Dieu qui règnent dans le marché religieux actuel.” Pour la congrégation de la Mission, cette situation représente sans doute, un sérieux défi, une fois que nous sommes isolés des douleurs et souffrances de nos contemporains, sans une profonde solidarité et communion avec eux, comme affirme le document final de la 42ème Assemblée Générale: “Les cris des pauvres, des réfugiés, des migrants, de ceux qui sont exclus et relégués aux périphéries, chaque jour en plus grand nombre, touchent nos coeurs et nous entrainent à contribuer de toutes nos forces pour que notre Eglise parvienne à être un hôpital de campagne où tous sont accueillis, écoutés, soignés, actualisant l’Evangile de la miséricorde” (1.1.c)

Nous ne pouvons pas cependant en rester seulement aux grands príncipes et dans les simples généralisations. Ces préoccupations et priorités doivent se concrétiser dans la vie de la COngégation de la Mission et dans chacun de ses membres. Solidarité, selon ce que nous dit le Pape François, dans Evangelii Gaudium (EG), signifie: “…beaucoup plus que quelques actes sporadiques de générosité. Il demande de créer une nouvelle mentalité qui pense en termes de communauté, de priorité de la vie de tous sur l’appropriation des biens par quelques-uns.” (EG 188) Une solidarité qui affronte et dépasse la “culture du déchet” (EG 53) et “l’idéal égoiste”, et la “globalisation de l’indifférence” qui se développent et s’imposent dans notre monde, nous rendant “incapables d’être touchés par les appels de autres” et nous ôtant la responsabilité face aux nécessités et aux souffrances (EG 57,67). Encore plus : “ la solidarité est une réaction spontanées “  La solidarité est une réaction spontanée de celui qui reconnaît la fonction sociale de la propriété et la destination universelle des biens” (EG 189) a à voir avec des convictions et des pratiques, étant fondamentales pour la réalisation et la viabilité d’autres “…d’autres transformations structurelles et les rendent possibles. Un changement des structures qui ne génère pas de nouvelles convictions et attitudes fera que ces mêmes structures tôt ou tard deviendront corrompues, pesantes et inefficaces.”(EG 189).

Tout ceci exige une grande lucidité, de la créativité et de l’audace. Sans l’engagement créatif pour la cause des pauvres, “facilement par être dépassée par la mondanité spirituelle, dissimulée sous des pratiques religieuses, avec des réunions infécondes ou des discours vides” (EG 207). En cela, nous pouvons trouver dans le Pape François quelques pistes pour dynamiser pastoralement l’option pour les pauvres dans la vie de la Congrégation de la Mission. Conscient que l’inégalité est à la racine des tous les maux sociaux (cf. EG 202), l’option pour les pauvres, comme charge commune, “implique autant la coopération pour résoudre les causes structurelles de la pauvreté et promouvoir le développement intégral des pauvres, que les gestes simples et quotidiens de solidarité devant les misères très concrètes que nous rencontrons”(EG 188). Pédagogiquement, cet engagement exigera la proximité physique avec les pauvres et l’effort pour les secourrir dans leurs nécessités immédiates (cf. EG 187). Mais aussi le soin spirituel des pauvres: “L’immense majorité des pauvres a une ouverture particulière à la foi ; ils ont besoin de Dieu et nous ne pouvons pas négliger de leur offrir son amitié, sa bénédiction, sa Parole, la célébration des Sacrements et la proposition d’un chemin de croissance et de maturation dans la foi.”(EG 200). Prenant en compte que “la pire discrimination dont souffre les pauves est le manque d’attention spirituelle” (EG 200), ceci ne signifiant pas que les pauvres doivent simplement être objets d’assistance religieux. Ils ont aussi un potentiel d’évangélisateur, étant pour nous nécessaire que “nous nous laissions évangéliser par eux” (EG 198).

Pour cela, la sainteté n’est pas seulement croitre dans la perfection particulière et personnelle, sans le désir de transformer le monde selon le coeur de Dieu. Et transformer le monde implique non seulement aider les besoins matériels et spirituells de chacun, mais aussi transformer les causes et les circonstances qui créent les besoins et les souffrances. Le critère pour vérifier la vérité de la rencontré et de l’union avec Dieu se mesure à l’aptitude à intégrer et assumer la douleur du monde, la douleur de ceux que l’Evangile appelle les “derniers”: ceux qui ont faim, ceux qui ont soif, les nus, les étrangers, et les prisonniers (Mt 25). Aujourd’hui, face à tant de spiritualités alienantes, nous sommes appelés à un christianisme incarné: “Mais plus que l’athéisme, aujourd’hui nous sommes face au défi de répondre adéquatement à la soif de Dieu de beaucoup de personnes, afin qu’elles ne cherchent pas à l’assouvir avec des propositions aliénantes ou avec un Jésus Christ sans chair et sans un engagement avec l’autre. Si elles ne trouvent pas dans l’Église une spiritualité qui les guérisse, les libère, les comble de vie et de paix et les appelle en même temps à la communion solidaire et à la fécondité missionnaire, elles finiront par être trompées par des propositions qui n’humanisent pas ni ne rendent gloire à Dieu”. (EG 89). Finalement, Dieu n’est pas apathique, ni insensible devant la souffrance. Dieu souffre où l’amour souffre….

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Les relations œcuméniques de M. Portal

Les relations œcuméniques de M. Portal

Dans la recherche de l’unité des chrétiens pour laquelle nous prions cette semaine, un événement important a marqué ces temps derniers : le désir d’évêques et de fidèles anglicans de rejoindre l’Église catholique et la réponse positive de Benoît XVI. Il y a plus de 120 ans, un long travail de rapprochement avait été tenté entre catholiques et anglicans par deux hommes dont un modeste lazariste, Monsieur Fernand PORTAL, dont on aurait pu parler dans cette conjoncture ; il nous enseignait déjà une démarche œcuménique pour aujourd’hui.

Benoît XVI dans la Constitution apostolique Anglicanorum coetibus sur l’accueil des Anglicans, dit ceci :  «Récemment, sous l’action du Saint Esprit, des groupes d’anglicans ont demandé de manière répétée et insistante à être reçus dans la pleine communion catholique, à titre individuel mais aussi collectivement. Le Siège apostolique a répondu favorablement à ces demandes. En effet, le successeur de Pierre, […] ne pouvait pas manquer de mettre à disposition les moyens nécessaires pour que se réalise ce saint désir.»

Ce saint désir… Ce fut celui de ces deux hommes, passionnés par le rapprochement avec l’Église anglicane, Lord Halifax, un anglican, et Fernand Portal.

D’emblée, entre eux, l’amitié fut soudée pour durer. “Parce que c’était lui, parce que c’était moi,” disait qui vous savez. Cette amitié si soudaine fut, somme toute, surprenante. Lord Halifax, de haute noblesse, plus âgé de seize ans, d’esprit plus mûr, d’une culture très éclectique, connaissant la vie, les luttes parlementaires et le maniement des hommes, en position d’influence et de prestige dans la société et l’Église d’Angleterre ; c’est lui qui introduira M. Portal dans les milieux anglicans.

En face, Fernand Portal, fils d’un modeste cordonnier des Cevennes, devenu lazariste et professeur de grand séminaire. Mais Lord Halifax découvre en lui un esprit ouvert, une intelligence prompte, une sûreté de jugement, une formation théologique et canonique étendue, une expérience déjà longue des hommes, de leurs aspirations, de leurs difficultés. C’est un prêtre, instruit, déjà mûri par l’exercice du ministère. Portal s’éprend de ce laïc, consumé de zèle pour le service du Christ et de son Église. Tous deux ont en commun des vertus — les vertus de Vincent de Paul — la simplicité, la douceur, l’humilité, la valeur du temps et des longs mûrissements — “il ne faut pas enjamber sur la Providence,” disait Vincent — et puis cette espérance et cette confiance obéissante qui ne se dément jamais, même en 1896 après la bulle de Léon XIII Apostolicæ Curæ sur l’invalidité des ordinations anglicanes. Ces vertus ont donné aux conversations de Lord Halifax et de Portal le tour qu’on leur connaît. Elles n’ont pas peu contribué aux climats de leur combat pour l’Union.

Avec Lord Halifax, avec les séminaristes rue du Cherche-Midi, avec les Normaliens et les nombreux amis rue de Grennelle, Portal avait l’art de la conversation. Il savait écouter, il laissait à la pensée le temps de se déployer et de se formuler. Alors modestement, il donnait son avis avec précision, puis le dialogue reprenait, toujours appuyé sur une théologie et une philosophie des plus sûres. Et chacun repartait content de l’autre et content de soi ; toujours conscient d’avoir vécu des instants de vérité profonde.

Dans le dialogue œcuménique, M. Portal n’employait pas les méthodes apologétiques en usage de son temps et c’est là qu’il est précurseur, car c’est la posture œcuménique d’aujourd’hui. Au lieu de partir des divisions, il préférait voir ce qui unit. Il aimait à dire : «Persuader l’adversaire qu’il a tort est chose facile dans les livres ; mais, dans la vie, la polémique a toujours creusé plus de fossés qu’elle n’en a comblés. Aller loyalement non pas aux adversaires, mais aux frères séparés, la main tendue, heureux de trouver chez eux des trésors spirituels, qui non seulement entretiennent leur vie religieuse, mais peuvent encore, à l’occasion, enrichir la nôtre ; n’est-ce pas vraiment préparer l’union, parce que c’est déjà la vivre ?»

En cela, Mr Portal suivait les recommandations de Vincent de Paul aux Missionnaires dans leurs relations avec les Huguenots du XVIIe siècle : «Travaillons avec humilité et respect ; que l’on ne défie pas les ministres en chaire ; et cela en esprit d’humilité et de compassion, parce que, autrement, Dieu ne bénira pas notre travail. Ils jugeront qu’il y a de la vanité dans notre conduite, et ils n’y croiront pas. “Nous ne croyons pas les hommes parce qu’ils sont savants, mais parce que nous les estimons bons et que nous les aimons”. […] On ne croira pas en nous, si nous ne leur montrons amour et compassion ; autrement, nous ne ferons rien que bruit et peu de fruit.» (SV I, 295-296)

Sur le même ton, Portal dira aux Dames de l’Union qu’il avait fondées : «Nous devons travailler pour Notre-Seigneur ; c’est entendu. Mais il faut le faire dans un esprit très large, et tâcher d’imiter la largeur de Dieu (si j’ose m’exprimer ainsi) — Vincent parlait de l’amplitude de Dieu — et celle de Notre-Seigneur lui-même. Tout est ordonné à l’ordre surnaturel ; nous devons y tendre et y mener nos frères. Mais pour ceux-ci, il faut nous rappeler sans cesse qu’ils doivent y venir librement, et que nous devons respecter cette liberté avec des délicatesses infinies.»

Cet engagement œcuménique de Lord Halifax et de Portal sur quoi s’appuyait-il ? Cette connivence loyale sur les méthodes et les approches du dialogue avec les Anglicans, ce respect sincère de l’autre et de sa liberté, quelles en étaient les sources ? C’était, à l’évidence, leur foi en Jésus-Christ et leur attachement inconditionnel, chacun dans sa confession, à l’Église de Jésus-Christ.

Ce que l’on retient de Fernand PORTAL c’est son engagement œcuménique. Mais il y a dans la vie de ce modeste fils de Vincent de Paul un autre volet moins connu mais qui a profondément marqué sa vie  : son engagement caritatif et social.

Très tôt, dans son ministère dans les grands séminaires, le service des plus pauvres le hantait. En disciple de Vincent de Paul, il refusait de se cantonner dans une activité purement intellectuelle ou dans un professorat fermé ; il se laissait émouvoir par les besoins des pauvres et son émotion se concrétisait dans l’action.

C’est ainsi qu’en 1907, il fait la connaissance de Madame Gallice qui lui décrit ce qu’elle a découvert dans le quartier parisien de Javel. C’est l’horreur de la misère, des bidons villes. Portal visite les lieux ; c’est au-delà de la description. On a loué la maison d’un savetier — Portal, le fils du cordonnier connaît la semelle et le cuir— on y reçoit les enfants de la rue, c’est la première garderie. Bien vite celle-ci devient trop petite, il faut donc agrandir à la fois la maison et le cœur. Quelques femmes généreuses et compétentes se joignent au groupe, c’est le début des “Dames de l’Union”. Le service du Christ dans le pauvre les rassemble, dans l’esprit de Vincent de Paul. Le Père les forme, les accompagne, mais toujours dans le respect de leur statut et de leur liberté de laïques. “Dames de l’Union… l’appellation est lourde de sens ; ce groupe de femmes au service de la misère est témoignage pour les Églises : la foi en Jésus-Christ comme l’attachement en l’Église et le soulagement des pauvres doivent aller de pair. S’ils sont réalisés loyalement et simplement de part et d’autre, quels que soient les obstacles doctrinaux, ils deviennent les amorces de l’Union.

En 1917, on achète les Corbières sur les pentes du lac du Bourget ; ce sera un orphelinat. Comme celle de la rue de Lourmel, la communauté des Corbières doit témoigner de l’effort chrétien pour l’unité des Églises. Là, une chapelle en sera le signe : chapelle byzantine sous le ciel latin… Elle recueillera les restes de Fernand Portal et de Madame Gallice.

En cette semaine de prière pour l’unité des chrétiens, citons cette phrase de Portal qu’on pourrait croire écrite aujourd’hui : « L’union des Églises, dit-il en 1896 dans la Revue Anglo-Romaine qu’il avait créée, l’union des Églises ne peut, en effet, être obtenue que par de vrais apôtres, c’est-à-dire par des hommes de foi, employant surtout les moyens surnaturels : la prière source de grâces, la charité qui donne la compréhension des âmes, même de celles dont nous sommes séparés, l’humilité qui nous fait avouer nos défauts et nos fautes. […] Nous sommes tous coupables à l’égard de l’Église, c’est un fait certain que nous devons reconnaître. Voilà, il me semble, les éléments essentiels de toute action en faveur de l’Union .» (F. PORTAL : « Le rôle de l’amitié dans l’union des Églises », article paru dans la revue Anglo-Romaine de 1896).

Claude LAUTISSIER, CM 🔸

L’union des Églises ne peut, en effet, être obtenue que par de vrais apôtres, c’est-à-dire par des hommes de foi, employant surtout les moyens surnaturels : la prière source de grâces, la charité qui donne la compréhension des âmes, même de celles dont nous sommes séparés, l’humilité qui nous fait avouer nos défauts et nos fautes. […]

Fernand PORTAL
POUR CONNAÎTRE DAVANTAGE :

 

Archives de la CONGRÉGATION DE LA MISSION – LAZARISTES

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Petite visite de notre dévotion à Marie

Mettons-nous quelques instants à la place d’une mère. Celle-ci apprécierait elle d’entendre à longueur de journée son enfant dire qu’il est nul, qu’il n’est pas à la hauteur, qu’il n’est bon à rien etc. ? car ce « pauvres pécheurs » dit principalement nos incapacités à relever le défi de vivre comme Dieu nous le demande. Cette mère ne se désolerait-elle pas de ne voir aucune avancée de l’enfant ? Ne serait-ce pas lui laisser comprendre qu’elle n’est pas une bonne mère puisque nous ne sommes capables de rien ?

Vincent Goguey

Petite visite de notre dévotion à Marie

Lorsque nous nous adressons à Marie nous nous présentons en tant que « pauvres pécheurs ».

Mettons-nous quelques instants à la place d’une mère. Celle-ci apprécierait elle d’entendre à longueur de journée son enfant dire qu’il est nul, qu’il n’est pas à la hauteur, qu’il n’est bon à rien etc. ? car ce « pauvres pécheurs » dit principalement nos incapacités à relever le défi de vivre comme Dieu nous le demande. Cette mère ne se désolerait-elle pas de ne voir aucune avancée de l’enfant ? Ne serait-ce pas lui laisser comprendre qu’elle n’est pas une bonne mère puisque nous ne sommes capables de rien ?

Lorsque nous accompagnons quelqu’un qui est dans la désolation et qui se définie à la négative, ne cherchons-nous pas à contrecarrer l’idée qu’il a de lui-même en lui montrant ce qui est valable en lui ? Ne cherchons-nous pas à lui montrer le positif qu’il n’est pas capable de voir par lui-même ? Ne nous réjouissons nous pas lorsque l’on constate qu’il réussit cela et qu’il se voit avec un regard qui tend davantage vers l’avenir et tous les possibles que cela engendre ?

Par ailleurs lorsque nous nous définissons avant tout comme « pécheur » nous oublions une donnée essentielle de notre foi. Car avant d’être pécheurs, nous sommes créés de Dieu et de plus créés à son image. Avant d’être pécheurs nous sommes enfants de Dieu. Il fait de nous ses fils et ses filles, héritiers de son Royaume selon la grâce obtenue par le Christ offert en sacrifice par amour pour nous.

Pour honorer notre Dieu et notre mère, il est bon de rappeler avec force cette dimension divine en nous plutôt que de limiter notre identité à ce qui est touché par le péché. Sinon c’est donner plus de place au Mal qu’à Dieu !

Prenons encore le temps de constater ce que produit un regard d’une mère aimante sur son enfant lorsque celui-ci prend conscience d’être aimé par sa mère lui disant avec force qu’il est son enfant bien aimé. Cela le réjouit, le stimule, lui donne plus de confiance à reprendre la route, cet amour maternel lui donne de changer son regard sur lui-même en se redisant intérieurement « maman m’aime ». La conséquence est de prendre plus au sérieux ce rôle d’être héritier du Père, soutenue par la mère !

Pour entrer davantage dans ce mystère que nous sommes : enfants de Dieu (et nous le sommes précise st Jean), je me suis mis à réciter la prière adressée à Marie en modifiant quelque peu ce que l’on dit sur nous-mêmes : pauvres pécheurs, en le remplaçant par « tes enfants » ou encore « ses enfants » (pour évoquer le fait d’être enfants du Père).

Voici donc ce que donne cette deuxième partie de la prière du chapelet :

Sainte Marie, mère de Dieu, prie pour nous, tes enfants…

Et pour le « je vous salue Marie » suivant

Sainte Marie, mère de Dieu, prie pour nous, ses enfants…

Exprimer cette prière de cette manière c’est avant tout me remettre vraiment dans cette filiation divine et maternelle (la mère que Jésus nous a donnée) pour m’en fortifier. C’est me charger de toute cette force qui m’est donnée par cet amour indéfectible.

A la suite de l’abbé Pierre, je modifie aussi la toute dernière phrase : « maintenant et à l’heure de notre mort ». Il disait que cette vision évoquait surtout la peur de ce départ définitif, réduisait notre vie qu’à ce dernier moment ultime alors qu’avant ce moment-là il y avait toute une vie à vivre ici sur Terre.

Il remplaçait donc cette fin de prière par « maintenant et à l’heure de la rencontre ». Cette rencontre évoquant deux réalités fortes de notre foi.

Première réalité : le passage de la mort est surtout le moment où nous allons rencontrer notre Dieu face à face. Le dire ainsi c’est mettre davantage l’accent sur cette espérance immense, qui est appelée à sans cesse grandir en nous plutôt que de focaliser sur le côté tragique de notre disparition de cette Terre.

Seconde réalité évoquée dans cette formule est le fait qu’à chaque moment, à chaque rencontre faite dans mon quotidien, il y a le mystère de la présence de Dieu dans l’autre et que j’ai à y être très attentif pour déjà vivre cette rencontre divine dans chacune de mes rencontres quotidiennes.

Ces deux modifications de cette prière si populaire donnent donc ceci :

Je te salue Marie, pleine de grâce

Le Seigneur est avec toi

Tu es bénie entre toutes les femmes

Et Jésus ton enfant est béni.

Sainte Marie, Mère de Dieu prie pour nous tes enfants

Maintenant et à l’heure de la rencontre.

Et la suivante (lorsque nous disons le chapelet)

Je te salue Marie, pleine de grâce

Le Seigneur est avec toi

Tu es bénie entre toutes les femmes

Et Jésus ton enfant est béni.

Sainte Marie, Mère de Dieu, prie pour nous ses enfants

Maintenant et à l’heure de la rencontre.

Lorsque nous regardons la structure des deux prières récitées le plus souvent, le « Notre Père » et le « Je vous salue Marie », nous constatons qu’elles sont identiques. La première partie est tournée vers celui ou celle à qui nous nous adressons pour évoquer ce qu’il y a de beau et de bon dans leur identité. La deuxième partie est tournée vers nous puisque nous leur demandons de nous aider dans notre manière de mener notre vie.

Cela me donne parfois l’impression d’un enfant qui voulant obtenir quelque chose commence par dire plein de gentilles petites choses à son père ou sa mère pour les amadouer et ainsi arriver à leur extorquer ce qui le motive surtout : avoir gain de cause !

Ces prières ont donc le risque de s’intéresser davantage à nous-mêmes qu’au Seigneur ou à Marie. Pour éviter quelque peu cela, chaque première dizaine que je dis quasi quotidiennement omet la seconde partie de ces prières pour me concentrer uniquement sur ce qui est dit de Dieu et de notre mère. Ainsi je commence la première dizaine :

Notre Père qui est aux cieux

Que ton nom soit sanctifié

Que ton règne vienne

Que ta volonté soit faite sur la Terre comme au Ciel.

Je te salue Marie pleine de grâce

Le Seigneur est avec toi

Tu es bénie entre toutes les femmes

Et Jésus ton enfant est béni.

Cela me donne de mieux me défaire de mon petit moi et de me réjouir en contemplant la grandeur de notre Dieu et de la mère qui nous est confiée.

Je vous souhaite, dans cette pratique du chapelet, un bon cœur à cœur avec notre Père et notre mère qui désirent avoir des enfants épanouis et heureux dans leur vie.

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GAUDETE ET EXSULTATE : Racines, structure et signification de l’Exhortation apostolique du Pape François

GAUDETE ET EXSULTATE : Racines, structure et signification de l’Exhortation apostolique du Pape François

« Racines, structure et signification de l’Exhortation apostolique du Pape François »: ce sont les « pistes de lecture » d’Antonio Spadaro, directeur de La Civilta Cattolica (mars 2018), que publient les éditions Parole et Silence.

Cinq ans après son élection, le pape François publie sa troisième Exhortation apostolique sous le titre Gaudete et exsultate (GE). Comme l’indique explicitement le sous-titre, elle a pour thème « l’appel à la sainteté dans le monde actuel ». Le Pape lance un message essentiel en  indiquant ce qui compte, le sens même de la vie chrétienne qui, selon les propres termes de saint Ignace de Loyola aux jésuites, « chercher et trouver Dieu en toutes choses » : curet primo Deum. C’est le cœur de toute réforme, personnelle et ecclésiale : mettre Dieu au centre.

Le card. Bergoglio, devenu pape, a choisi le nom de « François » pour cette raison : en tant que pontife, il a épousé la mission de François d’Assise : « reconstruire » l’Église dans le sens d’une réforme spirituelle avec Dieu au centre. Il affirme : « Le Seigneur demande tout ; et ce qu’il offre est la vraie vie, le bonheur pour lequel nous avons été créés. Il veut que nous soyons saints et il n’attend pas de nous que nous nous contentions d’une existence médiocre, édulcorée, sans consistance » (GE 1).

Ce texte magistériel ne veut pas être « un traité sur la sainteté, avec de nombreuses définitions et distinctions qui pourraient enrichir cet important thème, ou avec des analyses qu’on pourrait faire concernant les moyens de sanctification ». L’  « humble objectif » du pape est de « faire résonner une fois de plus l’appel à la sainteté, en essayant de l’insérer dans le contexte actuel, avec ses risques, ses défis et ses opportunités » (GE 2). Et en ce sens il espère « que ces pages seront utiles pour que toute l’Église se consacre à promouvoir le désir de la sainteté » (GE 177). Comme nous le verrons au cœur de ce désir du Pape il y a le discernement.

Gaudete et exsultate se compose de cinq chapitre. Le point de départ est « l’appel à la sainteté » adressé à tout le monde. De là, nous passons à l’identification claire de « deux ennemis subtils » qui tendent à résorber la sainteté dans des formes élitistes, intellectuelles ou volontaristes. D’où la présentation des béatitudes évangéliques  comme un modèle positif d’une sainteté qui consiste à suivre le chemin à la « lumière du Maître » et non d’une vague idéologie religieuse. Ensuite, nous avons la description de « certaines caractéristiques de la sainteté dans le monde d’aujourd’hui » : la patience et la douceur, l’humour, l’audace et la ferveur, la vie communautaire et la prière constante. L’Exhortation se termine par un chapitre consacré à la vie spirituelle comme « combat, vigilance et discernement ».

Le document est facile à lire et n’a pas besoin d’explications complexes. Cependant, dans ce petit guide, en plus d’une présentation du document, nous essaierons de montrer surtout ses sources lointaines dans les réflexions pastorales de Bergoglio jésuite puis évêque, et enfin dans le pontife plus récent. Nous essaierons également d’identifier les thèmes centraux et le message clair que François a l’intention de lancer aujourd’hui à l’Église. Qu’est-ce que la sainteté pour François ? Où la voyons-nous réalisée ? Sous quelles formes et dans quels contextes ? Comment pouvons-nous la définir ?

 

La ‘‘classe moyenne de la sainteté’’

La sainteté est au cœur du pontificat de François depuis le début. Dans l’interview qu’il a donnée à La Civiltà Cattolica en août 2013, soit cinq mois après son élection, il en a longuement parlé. Il est nécessaire de relire un passage fondamental : « Je vois la sainteté dans le peuple de Dieu, sa sainteté quotidienne ». Et encore, plus précisément : « Je vois la sainteté, continue le Pape, dans le peuple de Dieu, patient : une femme qui élève ses enfants, un homme qui travaille pour apporter le pain à la maison, les malades, les prêtres âgés qui ont de nombreuses blessures mais qui ont le sourire parce qu’ils ont servi le Seigneur, les sœurs qui travaillent si dur et vivent une sainteté cachée. Telle est pour moi la sainteté commune. La sainteté, je l’associe souvent à la patience : non seulement la patience comme hypomonè, la prise en charge des événements et des circonstances de la vie, mais aussi comme constance pour aller de l’avant, jour après jour. Telle est la sainteté de l’Église militante dont parle aussi saint Ignace. C’était la sainteté de mes parents : de mon père, de ma mère, de ma grand-mère Rosa qui m’a fait tant de bien. Dans mon bréviaire, j’ai le testament de ma grand-mère Rosa et je le lis souvent ; pour moi, c’est comme une prière. Elle est une sainte qui a tant souffert, même moralement, et elle est toujours allée de l’avant avec courage ».

Dans cette réponse, il est possible de reconnaître le ton et la signification de Gaudete et exsultate, son climat spirituel et son application pratique. Parmi ses réponses à notre interview le Pape avait donné une définition : « c’est une « classe moyenne de la sainteté » dont nous pouvons tous faire partie, celle dont parle Malègue ». Joseph Malègue est un écrivain français qui lui est cher, – né en 1876 et mort en 1940 – il est également mentionné dans Gaudete et exsultate à propos de la sainteté « “de la porte d’à côté’’, de ceux qui vivent proches de nous et sont un reflet de la présence de Dieu » (GE 7). Malègue écrit dans Augustin, ou le maitre est là : « La vieille idée que seule l’âme des saints est le terrain propice à l’exploration correcte du phénomène religieux lui semblait insuffisante. Même les âmes les plus modestes ont compté, les classes moyennes de la sainteté ».

La sainteté doit donc être recherchée dans la vie ordinaire et chez les proches, non dans des modèles idéaux, abstraits ou surhumains. « Le chemin de la sainteté est simple – avait dit François à sainte Marthe le 24 mai 2016 –. Ne vous retournez pas, mais allez toujours de l’avant. Et avec force « . Elle n’est pas non plus « une sainteté de vernis, tout belle » (Homélie à sainte Marthe, 14 octobre 2013) ou une « sainteté feinte » (5 mars 2015). Il ne faut pas chercher des vies parfaites sans erreur (cf. GE 22), mais, « malgré des imperfections et des chutes, ils sont allés de l’avant et ils ont plu au Seigneur » (GE 3). Il n’y a pas d’asymétrie et il n’y a pas de distance sidérale entre l’homme ordinaire et celui qui a l’honneur des autels.

Dans notre interview, François a également parlé de la sainteté au sujet de la renonciation au pontificat de son prédécesseur, en disant : « Le pape Benoît a fait acte de sainteté, de grandeur, d’humilité ». La sainteté réunit l’humilité et la grandeur, et concerne aussi bien un travailleur normal, une grand-mère ou un pape. C’est la même sainteté. Peut-être Bergoglio l’a-t-il aussi appris dans les pages de Malègue qui écrivait aussi : « Parce que dans la confession c’est Jésus qui absout, l’âme du vicaire d’Ars et la mienne sont, pour ce qui regarde la sainteté, à égal distance de l’Infini ».

Une sainteté du peuple

François nous fait comprendre que la sainteté n’est pas le résultat de l’isolement : elle est vécue dans le corps vivant du Peuple de Dieu. Dans un texte publié en 1982, Bergoglio disait : « Nous sommes né pour la sainteté, dans un corps saint, celui de notre sainte mère l’Église ». De façon synthétique il affirme que la sainteté « est la visite de Dieu à son corps ». Et il écrit dans l’exhortation : « C’est pourquoi personne n’est sauvé seul, en tant qu’individu isolé, mais Dieu nous attire en prenant en compte la trame complexe des relations interpersonnelles qui s’établissent dans la communauté humaine : Dieu a voulu entrer dans une dynamique populaire, dans la dynamique d’un peuple » (GE 6).

Nous sommes donc « entourés d’une multitude de témoins », qui « nous encouragent à ne pas nous arrêter en chemin, qui nous incitent à continuer de marcher vers le but » (GE 3). Nous lisions déjà dans Evangelii gaudium (EG) : « nous ressentons la nécessité de découvrir et de transmettre la “mystique” de vivre ensemble, de se mélanger, de se rencontrer, de se prendre dans les bras, de se soutenir, de participer à cette marée un peu chaotique qui peut se transformer en une véritable expérience de fraternité, en une caravane solidaire, en un saint pèlerinage » (EG 87).

Cette expérience du peuple ne concerne pas seulement ceux qui sont proches de nous, mais elle se fonde sur une tradition vivante qui inclut ceux qui nous ont précédés.

Ici, le Pape développe une intuition qu’il avait déjà exprimée dans le prologue, écrit en 1987, de son deuxième livre, Reflexiones sobre la vida apostolica. Dans ces pages il parlait des ancêtres qui nous ont précédés dans l’espérance, « des générations et des générations d’hommes et de femmes, pécheurs comme nous ». Ils « ont vécu les nombreuses contrariétés de la vie, les ont endurés et ont pu transmettre le flambeau de l’espoir ; Voilà comment cela nous est arrivé. C’est à nous d’être féconds en le transmettant à notre tour. La plupart de ces hommes et femmes n’ont pas écrit l’histoire : ils ont simplement travaillé et vécu et – parce qu’ils se savaient pécheurs – ils ont accueilli le salut dans l’espérance. Ils ont transmis non seulement une « doctrine » mais surtout un « témoignage », et ils l’ont fait « dans la simplicité des choses de tous les jours. ».

Bergoglio cite encore l’écrivain français qui lui est cher : « Nous ne connaissons pas leurs noms, ils délimitent un peuple de croyants, une sainteté quotidienne : la classe moyenne de la sainteté, aimait à dire Malègue. Nous ne savons rien de leurs histoires, pourtant leur vie a fleuri devant la nôtre : le parfum de leur sainteté nous est parvenu ». Trente ans plus tard nous retrouvons les mêmes expressions dans l’Exhortation Apostolique Gaudete et exsultate. Ils manifestent en profondeur la vision que Bergoglio a de la sainteté.

 

Une sainteté personnelle comme mission

La sainteté n’est donc pas l’imitation de modèle abstrait et idéal. Les références de la sainteté ordinaire sont simples, proches, populaires : une « minuscule sainteté ». Tant de fois François se réfère à Thérèse de Lisieux, rappelant son chemin vers la sainteté. Il porte ses écrits avec lui lors de ses voyages apostoliques et a canonisé ses parents. Dans l’homélie de la Messe célébrée à Tbilissi, en Géorgie, le 1er octobre 2016, il cite les écrits autobiographiques de Thérèse de l’Enfant Jésus dans lesquels il indique sa « petite voie » vers Dieu, « l’abandon du petit enfant, qui s’endort sans crainte dans les bras de son père », car « Jésus ne demande pas de grands gestes, mais seulement de l’abandon et de la gratitude  » ».

Mais la sainteté est aussi liée à la personne dans sa singularité la santità è anche legata alla singola persona : la sainteté c’est vivre sa propre vocation et mission sur la terre : « Chaque saint est une mission » (GE, 19). C’est également un enseignement de la petite Thérèse, comme il l’a dit dans son homélie en la Cathédrale de l’Immaculée Conception de Manille le 16 janvier 2015. La sainteté elle-même est une mission. Elle n’est pas un idéal abstrait. François l’avait écrit avec des mots de feu dans Evangelii gaudium : « Je suis une mission sur cette terre, et pour cela je suis dans ce monde. Je dois reconnaître que je suis comme marqué au feu par cette mission afin d’éclairer, de bénir, de vivifier, de soulager, de guérir, de libérer. Là apparaît l’infirmière dans l’âme, le professeur dans l’âme, le politique dans l’âme, ceux qui ont décidé, au fond, d’être avec les autres et pour les autres. » (EG 273). Le concret des exemples est frappant. Bergoglio ne parle ni n’écrit « en général » : il a besoin de pointer des figures concrètes.

En 1989 Bergoglio avait présenté un livre du P. Ismael Quiles, un jésuite qui lui était cher et qui avait été son professeur. François l’a également mentionné dans Evangelii gaudium. Le titre du volume présenté par Bergoglio était Mon idéal de sainteté. Après avoir parlé de la sainteté en général, Quiles consacre sa deuxième partie à la sainteté que Dieu veut pour chacun d’une manière différenciée. Il s’agit donc de discerner son propre chemin de sainteté, celui qui permet de donner le meilleur de soi-même, comme François l’écrit implicitement en rappelant la leçon de son confrère. (cf. GE 11).

 

Une sainteté progressive et sans limites

C’est Quiles lui-même qui recommande – comme le fait François dans Gaudete et exsultate – la gradualité : « Dieu ne veut pas une perfection égale pour toutes les âmes ; il désire encore moins qu’une âme atteigne d’ un coup à ce degré de sainteté qu’elle peut atteindre ». La sainteté concerne la totalité de la vie, et non le détail méticuleux des actions d’une personne. Il n’y a pas de « comptabilité » des vertus. C’est par l’ensemble de sa vie – parfois aussi faite de contrastes, de lumière et d’ombre – que le mystère d’une personne est capable de refléter Jésus-Christ dans le monde d’aujourd’hui (Cf. GE 23). Elle se réalise « même au milieu de tes erreurs et de tes mauvaises passes » (GE 24).

Nous devons toujours prendre en compte les limites humaines, le chemin progressif de chacun, mais aussi le grand mystère de la grâce qui agit dans la vie des gens. Le saint n’est pas un « surhomme ». « La grâce agit historiquement et, d’ordinaire, elle nous prend et nous transforme de manière progressive. C’est pourquoi si nous rejetons ce caractère historique et progressif, nous pouvons, de fait, arriver à la nier et à la bloquer, bien que nous l’exaltions par nos paroles. » (GE 50).

La sainteté peut se vivre « même en dehors de l’Église catholique et dans des milieux très différents », nei quali « l’Esprit suscite des signes de sa présence, qui aident les disciples mêmes du Christ » (GE 9), comme l’écrit Jean-Paul II.

Le risque le plus grave est de prétendre « définir là où Dieu ne se trouve pas, car il est présent mystérieusement dans la vie de toute personne, il est dans la vie de chacun comme il veut, et nous ne pouvons pas le nier par nos supposées certitudes » (GE 42). Au contraire, « même quand l’existence d’une personne a été un désastre, même quand nous la voyons détruite par les vices et les addictions, Dieu est dans sa vie » (GE 42).

Nous devons donc chercher le Seigneur dans chaque vie humaine sans « exercer une supervision stricte sur la vie des autres » (GE 43). Nous avons ici en quelques mots l’exhortation – qui apparaît fréquemment dans Amoris laetitia (voir, par exemple, AL 112 ; 177; 261; 265; 300; 302; 310) – à fuir l’attitude qui consiste à contrôler la vie des autres et qui débouche sur un jugement qui est condamné.

C’est un point très important de la perspective spirituelle de François, qui avec Ignace de Loyola a appris à « chercher et trouver Dieu en toutes choses » sans imposer de limites et de clôtures à l’action du Saint-Esprit ni aux modalités de sa présence dans le monde. En effet « l’expérience spirituelle de la rencontre avec Dieu n’est pas contrôlable »

 

Les ennemis de la sainteté

À ce stade, le Pape porte son attention sur deux « ennemis » de la sainteté. Une fois de plus, François insiste sur le danger du néo-gnosticisme et du néo-pélagianisme. Ce sont les mêmes dangers mis en évidence par la récente Lettre Placuit Deo de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi aux Évêques de l’Église Catholique sur certains aspects du salut chrétien

Le gnosticisme est une dérive idéologique et intellectualiste du christianisme, transformée « en une encyclopédie d’abstractions ». Selon le Gnosticime, seuls ceux qui sont capables de comprendre la profondeur d’une doctrine seraient considérés comme de vrais croyants (GE 37). Le pape est très dur à cet égard et parle d’une religion « au service de ses élucubrations psychologiques et mentales » (GE 41) qui détourne de la fraîcheur de l’Évangile.

La sainteté a à voir avec la chair. Dans une homélie de sainte Marthe, le Pape a indiqué : « Notre plus grand acte de sainteté est précisément lié à la chair du frère et à la chair de Jésus-Christ. […] Il va partager le pain avec les affamés, guérir les malades, les personnes âgées, ceux qui ne peuvent rien nous donner en échange : il n’a pas honte de la chair !» (7 mars 2014).

C’est pourquoi il n’est pas possible de considérer notre compréhension de la doctrine comme « un système clos, privé de dynamiques capables d’engendrer des questions, des doutes, des interrogations ». En effet  « les questions de notre peuple, ses angoisses, ses combats, ses rêves, ses luttes, ses préoccupations, possèdent une valeur herméneutique que nous ne pouvons ignorer si nous voulons prendre au sérieux le principe de l’incarnation. Ses questions nous aident à nous interroger, ses interrogations nous interrogent » (GE 44).

L’autre grand ennemi de la sainteté est le pélagianisme, cette attitude qui souligne d’une manière exclusive l’effort personnel, comme si la sainteté était le fruit de la volonté et non de la grâce. Pour Bergoglio, la sainteté personnelle est avant tout un processus accompli par Dieu qui nous attend. Ceci est la sainteté : « laisser le Seigneur écrire notre histoire » (Homélie de sainte Marthe, 17 décembre 2013), « docilité au Saint-Esprit ».

Francesco identifie certaines attitudes concrètes et les énumère : « l’obsession pour la loi, la fascination de pouvoir montrer des conquêtes sociales et politiques, l’ostentation dans le soin de la liturgie, de la doctrine et du prestige de l’Église, la vaine gloire liée à la gestion d’affaires pratiques, l’enthousiasme pour les dynamiques d’autonomie et de réalisation autoréférentielle » (GE 57).

Le résultat est un christianisme obsessionnel, submergé de règles et de préceptes, dépourvu de sa « simplicité captivante » (GE 58) et de sa saveur. Un christianisme qui devient esclavage, comme l’a rappelé saint Thomas d’Aquin, affirmant que « les préceptes ajoutés à l’Évangile par l’Église doivent s’exiger avec modération de peur que la vie des fidèles en devienne pénible et qu’ainsi notre religion ne se transforme en « un fardeau asservissant »(GE 59)[1]. François avait déjà exposé cette idée dans Evangelii gaudium qu’il reprend ici à la lettre. Il avait reconnu que cet avertissement « devrait être un des critères à considérer au moment de penser une réforme de l’Église et de sa prédication qui permette réellement de parvenir à tous » (EG 43).

 

Les Béatitudes

Comment faire pour arriver à être un bon chrétien ? La réponse « est simple : il faut mettre en œuvre, chacun à sa manière, ce que Jésus déclare dans le sermon des béatitudes » (GE 63). Pour François la contemplation des mystères de la vie de Jésus, « comme le proposait saint Ignace de Loyola, nous amène à les faire chair dans nos choix et dans nos attitudes » (GE 20). La vie de Christ doit être contemplée et son « programme de sainteté » pratique qui est les Béatitudes doit être suivi. C’est la conviction qui amène le Pontife à se concentrer sur les Béatitudes, chapitre central de l’Exhortation. « Quelques mots, des mots simples, mais pratiques pour tous, car le christianisme est une religion pratique : il ne s’agit pas de le penser, mais de le pratiquer, le faire ».

Dans Gaudete et exsultate il insiste sur chaque phrase du texte évangélique des Béatitudes, en les commentant. François présente ainsi une sainteté clairement évangélique, sine glossa et sans excuses. « Le Seigneur nous a précisé que la sainteté ne peut pas être comprise ni être vécue en dehors de ces exigences » (GE 97). Elle ne peut se réfugier dans une spiritualité abstraite qui sépare la prière de l’action ou qui, au contraire, aplatit tout dans la dimension mondaine. Et le Pape profite de cette occasion pour rappeler « le nœud politique mondial » – comme il l’a défini – des migrants que malheureusement « certains catholiques » considèrent comme « un sujet secondaire à côté des questions “sérieuses” de la bioéthique » (GE 102).

 

Les caractéristiques de la sainteté

Dans le chapitre quatre François expose quelques-unes des caractéristiques de la sainteté dans le monde contemporain. Ce sont cinq « grandes manifestations de l’amour envers Dieu et le prochain que je considère d’une importance particulière, vu certains risques et certaines limites de la culture d’aujourd’hui » (GE 111). Le pape est conscient des risques et des limites de nos cultures qu’il n’hésite pas à énumérer : « l’anxiété nerveuse et violente qui nous disperse et nous affaiblit ; la négativité et la tristesse ; l’acédie commode, consumériste et égoïste ; l’individualisme et de nombreuses formes de fausse spiritualité sans rencontre avec Dieu qui règnent dans le marché religieux actuel » (GE 111).

La première caractéristique touche à l’endurance, la patience et la douceur. Il nous faut « lutter et être attentifs face à nos propres penchants agressifs et égocentriques pour ne pas permettre qu’ils s’enracinent » (GE 114). L’humilité qui est acquise aussi en supportant des humiliations quotidiennes est une caractéristique du saint qui a un cœur « pacifié par le Christ, libéré de cette agressivité qui jaillit d’un ego démesuré » (GE 121).

La seconde caractéristique est la joie et le sens de l’humour. La sainteté en effet, « n’implique pas un esprit inhibé, triste, aigri, mélancolique ou un profil bas amorphe » (GE 122). De même, « la mauvaise humeur n’est pas un signe de sainteté » (GE 126. Au contraire, « le saint est capable de vivre joyeux et avec le sens de l’humour. Sans perdre le réalisme, il éclaire les autres avec un esprit positif et rempli d’espérance » (GE 122). Le Seigneur « nous veut positifs, reconnaissants et pas trop compliqués » (GE 127).

La troisième caractéristique est l’audace et la ferveur. Reconnaître notre fragilité ne doit pas nous conduire à manquer d’audace. La sainteté surmonte les peurs et les calculs, le besoin de trouver des sécurités. François en énumère quelques-unes : « individualisme, spiritualisme, repli dans de petits cercles, dépendance, routine, répétition de schémas préfixés, dogmatisme, nostalgie, pessimisme, refuge dans les normes » (GE 134). Le saint n’est pas un bureaucrate ou un fonctionnaire, mais une personne passionnée qui ne sait pas vivre dans une « médiocrité tranquille et anesthésiante » (GE 138). Le saint dérange et surprend parce qu’il sait que « Dieu est toujours une nouveauté, qui nous pousse à partir sans relâche et à nous déplacer pour aller au-delà de ce qui est connu, vers les périphéries et les frontières » (GE 135).

La quatrième caractéristique est le cheminement communautaire. En effet l’Église a parfois « canonisé des communautés entières qui ont vécu héroïquement l’Évangile ou qui ont offert à Dieu la vie de tous leurs membres »  (GE, 141), se préparant ensemble au martyre, comme dans le cas des trappistes, béatifiés, de Tibhirine en Algérie (cf. GE 141). Pour François la vie communautaire nous préserve « de la tendance à l’individualisme consumériste qui finit par nous isoler dans la quête du bien-être en marge des autres » (GE 146).

La cinquième caractéristique est la prière constante. Le saint « a besoin de communiquer avec Dieu. C’est quelqu’un qui ne supporte pas d’être asphyxié dans l’immanence close de ce monde, et au milieu de ses efforts et de ses engagements, il soupire vers Dieu, il sort de lui-même dans la louange et élargit ses limites dans la contemplation du Seigneur » (GE 147).

Mais le pape précise : « Je ne crois pas dans la sainteté sans prière, bien qu’il ne s’agisse pas nécessairement de longs moments ou de sentiments intenses » (GE 147). Au contraire, il met en garde contre les « préjugés spiritualistes » qui nous amènent à penser que « la prière devrait être une pure contemplation de Dieu, sans distractions, comme si les noms et les visages des frères étaient un désordre à éviter ». Au contraire, l’intercession et la prière de demande sont agréables à Dieu parce qu’elles sont liées à la réalité de notre vie.

Des alternatives telles que « Dieu ou le monde », « Dieu ou rien », sont fausses. Dieu est à l’œuvre dans le monde, il est à l’œuvre pour l’amener à l’accomplissement afin que le monde soit pleinement en Dieu. Dans la prière se réalise le discernement des voies de sainteté que le Seigneur nous propose.

 

Une sainteté de lutte et de discernement

« La vie chrétienne est un combat permanent. Il faut de la force et du courage pour résister aux tentations du diable et annoncer l’Évangile. Cette lutte est très belle, car elle nous permet de célébrer chaque fois le Seigneur vainqueur dans notre vie. » (GE 158). Ces lignes résument bien le sens du dernier chapitre de Gaudete et exsultate.

Le pape ne réduit pas le combat à la bataille contre la mentalité mondaine qui « nous étourdit et nous rend médiocres », ni à la lutte contre sa propre fragilité et inclinations – et chacun a les siens, explique François : paresse, luxure, envie, jalousies, et ainsi de suite. C’est aussi « une lutte permanente contre le diable qui est le prince du mal » (GE 159), et il n’est donc pas seulement « un mythe, une représentation, un symbole, une figure ou une idée » (GE 161).

Le chemin de la sainteté exige que nous soyons avec « les lampes allumées » parce que ceux qui ne commettent pas de manquements graves contre la Loi de Dieu peuvent « tomber dans une sorte d’étourdissement ou de torpeur » (GE, 164) qui conduit à une corruption qui est « pire que la chute d’un pécheur, car il s’agit d’un aveuglement confortable et autosuffisant où tout finit par sembler licite » (GE 165).

Le don du discernement aide dans ce combat spirituel parce qu’il nous fait comprendre « si une chose vient de l’Esprit Saint ou si elle a son origine dans l’esprit du monde ou dans l’esprit du diable » (GE, 166). Cette partie de l’Exhortation Apostolique est son cœur qui bat. Pour Bergoglio, une vie sainte n’est pas simplement une vie vertueuse, en ce sens qu’elle cultive les vertus en général. C’est une vie qui sait accueillir l’action du Saint-Esprit, ses mouvements, et les suit.

Dans un contexte de zapping existentiel constant, « sans la sagesse du discernement, nous pouvons devenir facilement des marionnettes à la merci des tendances du moment » (GE 167). Nous pourrions même vivre un zapping spirituel, pour ainsi dire, si nous ne sommes pas guidés par le discernement.

Ce don est important car il nous permet d’être « disposés à reconnaître les temps de Dieu et de sa grâce, pour ne pas gaspiller les inspirations du Seigneur, pour ne pas laisser passer son invitation à grandir ». Une fois de plus, le Pape insiste sur le fait que cela se joue dans les petites choses de tous les jours, « même dans ce qui semble hors de propos, parce que la magnanimité se révèle dans les choses simples et quotidiennes ». C’est – dit-il – « de ne pas avoir de limites pour ce qui est grand, pour ce qu’il y a de mieux et de plus beau, mais en même temps d’être attentif à ce qui est petit, au don de soi d’aujourd’hui » (GE 169). François rappelle ici une devise attribuée à saint Ignace et qui lui très chère au point de consacrer un essai éclairant : Non coerceri a maximo, contineri tamen a minimo divinum est (« Ne pas être forcé par ce qui est plus grand, être contenu dans ce qui est plus petit, c’est divin »).

Le discernement n’est pas une sagesse pour les instruits, les savants, les éclairés. Le pape avait dit aux jésuites du Myanmar lors de sa visite apostolique, en expliquant ce qui pour lui est le critère vocationnel de la Société de Jésus : « Le candidat peut-il discerner ? Voulez-vous apprendre à discerner ? S’il sait discerner, il sait reconnaître ce qui vient de Dieu et ce qui vient du mauvais esprit, alors cela lui suffit pour continuer. Même s’il ne comprend pas grand-chose, même s’il échoue aux examens… ça va, pourvu qu’il sache discerner spirituellement ». Le discernement est un charisme : « Il ne requiert pas de capacités spéciales ni n’est réservé aux plus intelligents ou aux plus instruits, et le Père se révèle volontiers aux humbles (cfr Mt 11,25) » (GE 170).

François conclut sa réflexion sur le discernement par un paragraphe d’une pertinence particulière et qui semble résumer le sens du chemin parcouru jusqu’ici : « Quand nous scrutons devant Dieu les chemins de la vie, il n’y a pas de domaines qui soient grandir et offrir quelque chose de plus à Dieu, y compris sur les plans où nous faisons l’expérience des difficultés les plus fortes. Mais il faut demander à l’Esprit Saint de nous délivrer et d’expulser cette peur qui nous porte à lui interdire d’entrer dans certains domaines de notre vie. Lui qui demande tout donne également tout, et il ne veut pas entrer en nous pour mutiler ou affaiblir mais pour porter à la plénitude. Cela nous fait voir que le discernement n’est pas une autoanalyse intimiste, une introspection égoïste, mais une véritable sortie de nous-mêmes vers le mystère de Dieu qui nous aide à vivre la mission à laquelle il nous a appelés pour le bien de nos frères. » (GE 175).

 

Joie et sainteté

Pour conclure l’analyse de Gaudete et exsultate considérons de manière précise son titre. L’appel de François à la sainteté s’ouvre par l’invitation à la simple joie de l’Évangile cité au début de l’Exhortation : « Réjouissez-vous et soyez heureux » (Mt 5, 12). L’invitation à la joie évangélique avait déjà résonné dans la première Exhortation de François, dont le titre était Evangelii gaudium, ainsi que dans les documents magistériels Laudato si et Amoris laetitia, qui font appel à la louange et à la joie.

De quelle joie parle le pape François ? Pour Bergoglio, la joie est la « consolation spirituelle » dont parle saint Ignace, la « joie intérieure qui appelle et attire aux choses célestes et au salut propre de l’âme, l’apaisant et la pacifiant en son Créateur et Seigneur » (Exercices Spirituels, p. ). C’est – a écrit Bergoglio – « l’état habituel de ceux qui reçoivent la manifestation de Jésus-Christ avec la disponibilité et la simplicité du cœur ». Le chrétien ne peut pas avoir « tête d’enterrement » (EG 10). Le terme de joie (alegría, gozo) est l’un des plus récurrents du vocabulaire bergogliano. À la joie de l’Évangile, il a aussi consacré certaines de ses méditations dans ses Exercices spirituels.

Mais le titre lui-même, Gaudete et exsultate, renvoit à Gaudete in Domino (GD) signé par le Bhx Paul VI, le 9 mai 1975. « Nous pouvons  goûter la joie proprement spirituelle, qui est un fruit de l’Esprit saint : elle consiste en ce que l’esprit humain trouve le repos et une intime satisfaction dans la possession du Dieu trinitaire, connu par la foi et aimé avec la charité qui vien t de lui. Une telle joie caractérise dès lors toutes les vertus chrétiennes. Les humbles joies humaines, qui sont dans nos vies comme les semences d’une réalité plus haute, sont transfigurées » (GD, III).

Il y a aussi le discours de saint Jean XXIII à l’ouverture du Concile Vatican II Gaudet Mater Ecclesia. À ces pages s’ajoutent celles du document d’Aparecida (2007), qui « transparaissent » dans les pages de Bergoglio. Nous y trouvons l’appel à la joie environ 60 fois. Dans le document de clôture de la 5e Conférence générale de l’épiscopat latino-américain et des Caraïbes, la joie du disciple caractérise sa vie spirituelle et son aspiration à la sainteté : « n’est pas un sentiment de bien être égoïste mais une certitude qui naît de la foi, qui apaise le cœur et qui  rend  capable  d’annoncer  la  bonne  nouvelle de l’amour de Dieu. » (n. 29). Et encore : « Nous   pouvons rencontrer  le  Seigneur  au milieu  des  joies  de  notre  existence  limitée  et c’est ainsi que jaillit une sincère gratitude » (n. 356).

Les liens de Gaudete et exsultate avec les autres textes magistériels de François, ainsi que ceux de Bergoglio pasteur en Argentine, nous font réaliser que l’Exhortation est le fruit d’une réflexion que le Pape porte depuis longtemps et exprime de façon organique sa vision de la sainteté intimement connectée à la mission de l’Église dans le monde contemporain. Dans son ensemble, le document exprime une conviction semblable à celle exprimée il y a quelque temps par le cardinal Bergoglio : « Nous devons conduire la fragilité de notre peuple à la joie évangélique, qui est la source de notre force ».

* * *

François termine Gaudete et exsultate en adressant ses pensées à Marie. Déjà au début des années quatre-vingt, Bergoglio voyait la sainteté de l’Église reflétée « dans le visage de Marie, la sans péché, la toute pure » sans jamais oublier que « dans son sein, elle rassemble les enfants d’Ève, mère des hommes pécheurs ». Marie est la « sainte parmi les saints, la plus bénie, celle qui nous montre le chemin de la sainteté et qui nous accompagne », la mère qui « parfois elle nous porte dans ses bras sans nous juger. Parler avec elle nous console, nous libère et nous sanctifie » (GE 176).

Antonio SPADARO, SJ – directeur revue “La Civilta Cattolica” 🔸

La sainteté, je l’associe souvent à la patience : non seulement la patience comme hypomonè, la prise en charge des événements et des circonstances de la vie, mais aussi comme constance pour aller de l’avant, jour après jour.

Notes :

[1] Cfr Summa Theologiae, I-II, q. 107, art. 4.

Lien vers l’article :

https://fr.zenit.org/articles/gaudete-et-exsultate-racines-structure-et-signification-par-antonio-spadaro-s-i/

En Italien :

https://www.laciviltacattolica.it/articolo/gaudete-et-exsultate/

Annonce de la béatification de dix-neuf de nos frères et soeurs. Communiqué des évêques d’Algérie

Annonce de la béatification de dix-neuf de nos frères et soeurs

Communiqué des évêques d’Algérie

Notre Eglise est dans la joie. Le Pape François vient d’autoriser la signature du décret de béatification de “Mgr Pierre Claverie et ses 18 compagnes et compagnons”. La grâce nous est donnée de pouvoir faire mémoire de nos dix-neuf frères et sœurs en qualité de martyrs, c’est-à-dire, (selon le sens du mot lui-même), de témoins du plus grand amour, celui de donner sa vie pour ceux qu’on aime. Devant le danger d’une mort qui était omniprésent dans le pays, ils ont fait le choix, au risque de leur vie, de vivre jusqu’au bout les liens de fraternité et d’amitié qu’ils avaient tissés avec leurs frères et sœurs algériens par amour. Les liens de fraternité et d’amitié ont ainsi été plus forts que la peur de la mort.

Nos frères et sœurs n’accepteraient pas que nous les séparions de ceux et celles au milieu desquels ils ont donné leur vie. Ils sont les témoins d’une fraternité sans frontière, d’un amour qui ne fait pas de différence. C’est pourquoi, leur mort met en lumière le martyre de nombre de ceux et celles, algériens, musulmans, chercheurs de sens qui, artisans de paix, persécutés pour la justice, hommes et femmes au cœur droit, sont restés fidèles jusqu’à la mort durant cette décennie noire qui a ensanglanté l’Algérie.

Aussi notre pensée rassemble dans un même hommage tous nos frères et sœurs algériens, ils sont des milliers, qui n’ont pas craint eux non plus de risquer leur vie en fidélité à leur foi en Dieu, en leur pays, et en fidélité à leur conscience. Parmi eux nous faisons mémoire des 99 imams qui ont perdu la vie pour avoir refusé de justifier la violence. Nous pensons aux intellectuels, écrivains, journalistes, hommes de science ou d’art, membres des forces de l’ordre, mais aussi aux milliers de pères et mères de famille, humbles anonymes, qui ont refusé d’obéir aux ordres des groupes armés. Nombre d’enfants ont aussi perdu la vie emportés par la même violence.

Nous pouvons nous arrêter à la vie de chacun de nos dix-neuf frères et sœurs. Chacun est mort parce qu’il avait choisi, par grâce, de rester fidèle à ceux et celles que la vie de quartier, les services partagés, avaient fait leur prochain. Leur mort a révélé que leur vie était au service de tous : des pauvres, des femmes en difficultés, des handicapés, des jeunes, tous musulmans. Une idéologie meurtrière, défiguration de l’islam, ne supportait pas ces autres différents par la nationalité, par la foi. Les plus peinés, au moment de leur mort tragique, ont été leurs amis et voisins musulmans qui avaient honte que l’on utilise le nom de l’islam pour commettre de tels actes.

Mais nous ne sommes pas, aujourd’hui, tournés vers le passé. Ces béatifications sont une lumière pour notre présent et pour l’avenir. Elles disent que la haine n’est pas la juste réponse à la haine, qu’il n’y a pas de spirale inéluctable de la violence. Elles veulent être un pas vers le pardon et vers la paix pour tous les humains, à partir de l’Algérie mais au-delà des frontières de l’Algérie. Elles sont une parole prophétique pour notre monde, pour tous ceux qui croient et œuvrent pour le vivre ensemble. Et ils sont nombreux ici dans notre pays et partout dans le monde, de toute nationalité et de toute religion. C’est le sens profond de cette décision du Pape François. Plus que jamais, notre maison commune qu’est notre planète a besoin de la bonne et belle humanité de chacun.

Nos frères et sœurs sont enfin des modèles sur le chemin de la sainteté ordinaire. Ils sont les témoins qu’une vie simple mais toute donnée à Dieu et aux autres peut mener au plus haut de la vocation humaine. Nos frères et nos sœurs ne sont pas des héros. Ils ne sont pas morts pour une idée ou pour une cause. Ils étaient simplement membre d’une petite Eglise catholique en Algérie qui, bien que constituée majoritairement d’étrangers, et souvent considérée elle-même comme étrangère, a tiré les conséquences naturelles de son choix d’être pleinement de ce pays. Il était clair pour chacun de ses membres que quand on aime quelqu’un on ne l’abandonne pas au moment de l’épreuve. C’est le miracle quotidien de l’amitié et de la fraternité. Beaucoup d’entre nous les ont connus et ont vécu avec eux. Aujourd’hui leur vie appartient à tous. Ils nous accompagnent désormais comme pèlerins de l’amitié et de la fraternité universelle.

Alger, le 27 janvier 2018

+ Paul Desfarges, archevêque d’Alger ; + Jean-Paul Vesco, évêque d’Oran ; + John MacWilliam, évêque de Laghouat ; + Jean-Marie Jehl, administrateur de Constantine🔸

 

 

Ces béatifications sont une lumière pour notre présent et pour l’avenir. Elles disent que la haine n’est pas la juste réponse à la haine, qu’il n’y a pas de spirale inéluctable de la violence. Elles veulent être un pas vers le pardon et vers la paix pour tous les humains, à partir de l’Algérie mais au-delà des frontières de l’Algérie.

Évêques d’Algérie
Explications :

1 – texte