Homélie du 5° dimanche de Pâques Année B. « Je suis la vraie vigne ». « Ce qui fait la gloire de mon Père, c’est que vous portiez beaucoup de fruit et que vous soyez pour moi des disciples »

Comment être disciples de Jésus et comment porter beaucoup de fruit ? Comment persévérer dans notre condition de disciples et comment être des disciples féconds de Jésus ? Il est question ici de persévérance et de fécondité.

Roberto Gomez

Homélie du 5° dimanche de Pâques Année B. « Je suis la vraie vigne ». « Ce qui fait la gloire de mon Père, c’est que vous portiez beaucoup de fruit et que vous soyez pour moi des disciples »

Chères sœurs, chers frères :

Comment être disciples de Jésus et comment porter beaucoup de fruit ? Comment persévérer dans notre condition de disciples et comment être des disciples féconds de Jésus ? Il est question ici de persévérance et de fécondité.

Or, par expérience, nous savons que vivre en disciple de Jésus pour un temps c’est relativement facile, comme il est également facile de porter quelques fruits pour un certain temps. Il est toujours question de persévérance et de fécondité dans la durée.

Lorsque Jésus raconte cette parabole de la vraie vigne à ses disciples il a peur mais il a autant d’espérance. Peur, parce que son départ était proche. Il sait que lorsque la passion arrivera tous vont le lasser seul et prendre le fuite ; mais son espérance tenait au fait que tout recommencerait grâce à ces disciples faillibles et peureux : l’espérance a vaincu la peur !

À ce moment précis de son histoire, Jésus confie son espérance à ses amis en utilisant le langage le plus familier et en même temps le plus profond. L’image de la vrai vigne insiste sur des réalités bien connues par tous à l’époque de Jésus :

  • Première réalité : ce sont les sarments qui portent les fruits, pas le cep (pas l’arbre). Les grappes de raisin sont portées par ces tiges fragiles et en même temps admirables.
  • Deuxième réalité : si les sarments portent de fruit c’est parce qu’ils sont unis à la vigne (au cep de la vigne) et parce que le vigneron en a pris soin en les taillant, en les émondant et ainsi en les

Nous comprenons mieux l’image retenue par la parabole : «  Je suis la Vigne, mon Père est le vigneron et vous êtes les sarments ».

Il en va ainsi de nos vies chrétiennes comme de nos vies humaines. Tout ce que nous faisons nous est donné. Si quelque chose nous est donné, c’est pour servir et pour accomplir une mission dans ce monde. Et si nous voulons nous accomplir en ce monde à travers nos missions et nos taches, cela se fait en persévérant, en étant passionnés par ce que nous faisons et surtout en se remettant constamment en question. L’évangile dirait en se laissant émonder, tailler. Il n’y a pas de véritable fécondité sans efforts ou renonciations. Autrement, nous stagnons, nous arrêtons d’avancer, nous nous contentons d’une petite vie alors que Dieu nous promet une vie en abondance !

Revenons sur une expression et une image de l’évangile :

« Demeurez en moi, car sans moi vous ne pouvez rien faire ». Voilà l’expression.

Et voici l’image : « tout sarment qui porte du fruit, mon Père le purifie en le taillant, pour qu’il en porte davantage ».

  • « Demeurez en moi », cette expression revient très souvent dans l’évangile de Jean et nous l’avons entendue 7 fois dans le court passage de l’évangile de ce jour. Il s’agit en effet, d’une invitation à l’amitié, à la fidélité ; à une forme de complicité et d’intimité avec le Seigneur. Jésus est le modèle de cette amitié fidèle. Il est à tout moment et un tout lieu la demeure du Père céleste. Il est le lieu de sa présence et le lieu de sa rencontre.

« Demeurez en moi comme je demeure en vous » : la source de notre vie spirituelle et de notre foi est à rechercher de ce côté-là.  L’évangile précise : « car sans moi vous ne pouvez rien faire ». L’expression est forte, mais il est vrai qu’en vie chrétienne, l’union, l’amitié et l’intimité avec le Seigneur sont la base de tout. Dieu cherche notre amitié et cela lui suffit… mais notre désir d’amitié doit être permanent. En toute circonstance et en tout lieu le Seigneur est avec nous… en toute circonstance et lieu nous nous sommes au Seigneur et nous demeurons en lui. C’est pour tout cela que nous avons pointé plus haut la persévérance. Persévérer, oui, persévérer dans cette amitié avec le Seigneur est essentielle. Si le sarment porte les grappes de la vigne, c’est parce qu’il est unis au cep, seul le sarment, ne peut rien produire. L’image est simple mais belle ! Oui, le sarment ne porte rien de lui-même. S’il porte des fruits, c’est parce que la sève et l’énergie vivifiante sont passées du cep aux sarments. Ce principe vivifiant ne vient pas de nous, il nous vient du Seigneur ressuscité que nous célébrons et invoquons dans cette eucharistie. En vie chrétienne, cette sève-là, vient de loin et de très profond.

 L’invitation est donc simple et vitale : demeurez en moi, soyez mes amis jusqu’au bout… car sans le Seigneur nous ressemblons à ces cep de vigne que nous utilisons pour faire le feu dans les champs ou dans les cheminées. Or, la seule fonction noble de la vigne est de porter des raisins gonflés de sucre, de matière première pour réjouir l’humanité et l’inviter à la fête.

  • C’est alors qu’intervient l’image de la taille, de l’émondage (du latin emundare nettoyer). En effet, si la vigne n’est pas taillée, élaguée, sa force se disperse ; trop de sarments, mais pas de fruits. Et s’il apparaît quelques grappes, celles-ci n’arrivent pas à maturité. La taille apparaît donc comme nécessaire et vitale. Le Vigneron, en taillant la vigne n’accomplit pas une opération sadique mais au contraire c’est un geste d’amour et de soin. Sans cette intervention , la vigne devient sauvage et inféconde. Vous savez bien comme terminent ces vignes-là.

Alors en vie chrétienne, si nous ne nous laissons pas élaguer, tailler par les mains amoureuses du Père, notre vie spirituelle risque de ressembler à une vigne sauvage : trop de sarments, peu ou pas de fruits… et ceux-ci seraient âpres et inféconds.

Le Seigneur est bon, ses mains sont douces… c’est nous qui résistons. Et lorsque nous résistons il y a de l’amertume, de la tristesse et de la douleur. Dans nos vies de baptisés, nous sommes passés par différentes étapes ou saisons. Entrons en nous-mêmes et reconnaissons que déjà le Seigneur nous a rendu féconds à maintes reprises, qu’il nous a taillé, élagués avec amour. C’est alors que la fécondité dans la fidélité et la persévérance a pu pointer son nez dans nos simples vies de disciples de Jésus… « La gloire de mon Père est que vous portiez du fruit et que vous demeuriez mes disciples ».

Roberto Gomez cm

Chapelle saint Vincent

Le 2 mai 2021

 

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Homélie du 31° Dimanche du Temps Ordinaire – Chapelle de la Médaille Miraculeuse – Paris

La belle figure de Zachée et sa rencontre bouleversante avec Jésus sauveur nous est proposée aujourd’hui pour notre méditation. Qui est Zachée ? Qui représente-t-il dans ce récit ?

Roberto Gomez

Homélie du 31° Dimanche du Temps Ordinaire – Chapelle de la Médaille Miraculeuse – Paris

Chères sœurs et chers frères présents dans cette chapelle ou chez vous qui écoutez la messe à travers France culture.

La belle figure de Zachée et sa rencontre bouleversante avec Jésus sauveur nous est proposée aujourd’hui pour notre méditation. Qui est Zachée ? Qui représente-t-il dans ce récit ?

  • Du point de vue de la foule, Zachée est une personne non fréquentable. On le pointe du doigt parce qu’il est chef des collecteurs d’impôts. C’est ce qu’on appelle un publicain. En termes plus modernes il s’agit d’un collaborateur qui vole la population. C’est un canaille qui s’enrichi sur le dos des autres. C’est pour cela que les gens murmurent en disant : « C’est chez un pécheur qu’il est allé loger ». Bref, Zachée est un pécheur public !
  • De son point de vue à lui, il semblerait que Zachée soit stigmatisé par sa petite taille : c’est à cause de la foule et de sa petite taille qu’il lui est impossible de voir Jésus traversant la ville de Jéricho, la ville la plus basse dans le monde, à moins 240 mètres sous le niveau de la mer. Bref, non seulement il est détesté de tous mais il a une basse considération de lui-même. Il a honte de ce qu’il fait, de ce qu’il a fait !
  • Cependant, Zachée a un atout, un avantage : il est curieux, récursif et il est en mouvement! Il veut voir Jésus. C’est un désir vif et profond, pas seulement une banale curiosité ; peut-être pourrait-il le rencontrer ? Deux obstacles sont à surmonter : la foule qui lui fait écran et toujours cette petitesse qui l’empêche de se hisser, de se mettre à niveau. Alors, « il court en avant » et grimpe sur un sycomore. « Courir en avant » est une expression étrange dans la Bible. Elle décrit une poussée intérieure et profonde comme celle du Disciple bien-aimé et de Pierre le matin de Pâques.
  • Zachée représente à nos yeux toute ces personnes qui voulant voir Jésus, sont empêchées de la faire par la honte, la culpabilité et la stigmatisation qui s’en suit.

Dans cette histoire, c’est la rencontre avec Jésus qui change tout. Zachée est perché sur son sycomore, il veut voir Jésus passer ; mais il ignore que Jésus veut le voir aussi. En fait, le titre de cet épisode pourrait bien être : « Deux regards qui se croisent », n’est-ce pas ?  Zachée veut voir Jésus, mais il ignore que Jésus veut le voir aussi. D’ailleurs c’est Jésus qui levant les yeux lui dit : « Zachée, descends vite : il me faut aujourd’hui demeurer dans ta maison ». Il y a ici une nécessité, une urgence : il me faut demeurer chez toi. Le voyage de Jésus n’est pas une promenade, il ne fait pas un tour. Au contraire ce voyage de Jésus est un rendez-vous avec l’Homme, avec tout homme, avec l’homme Zachée. Jésus fait du chemin et chemin faisant se révèle dans l’aujourd’hui des personnes de bonne volonté. Il me faut AUJOURD’HUI être chez toi. Cet adverbe de temps, est très important dans la théologie de l’évangile de Luc. Du début à la fin de son évangile, Luc parle de l’aujourd’hui de Dieu qui est l’actualisation de son œuvre de salut : « Aujourd’hui nous est né dans la ville de David un sauveur », voilà le premier aujourd’hui dans l’évangile de Luc. « Aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis », voilà le dernier aujourd’hui dans ce même évangile.

Frères et sœurs, laissons résonner dans nos cœurs aujourd’hui ces parles de Jésus que jadis il adressait à notre frère jumeau Zachée : « Descends vite, il me faut aujourd’hui être chez-toi ».  Personne n’est trop petite pour Dieu. Personne ne doit désespérer de Dieu. Dieu nous cherche toujours avec espérance !

Alors c’est avec joie et rapidement que Zachée accueille Jésus chez lui. Et Jésus ose rentrer chez le pécheur public que tout le monde déteste et pointe du doigt. Quelle liberté de Jésus ! En disqualifiant Zachée la foule disqualifie aussi Jésus ; mais rien ne l’arrête. Telle est sa mission : chercher et sauver CE qui est perdu.

Zachée fait la vérité devant Jésus. Sa rencontre dans l’intimité avec le sauveur lui fait prendre conscience de ses torts. Le moi qui le condamnait et le tyrannisait (tu es un pécheur, tu es perdu, tu n’as plus d’espoir…) fait un pas de côté. Ce n’est pas devant soi que l’on peut faire la vérité mais bel et bien devant Dieu : De nous réhabilité, Dieu nous sauve, Dieu nous récrée, Dieu ouvre devant nous un avenir nouveau et le rend possible.

Zachée est un Fils d’Abraham, c’est-à-dire un fils de Dieu, aimé et désiré. Contemplons Jésus, ses paroles, son regard. Il cherche Zachée depuis toujours. Il le cherche parce qu’il y en lui quelque chose qui se perd. Il y a chez Zachée et chez chacun de nous une partie qui risque de nous perdre ou de se perdre. Voilà, pourquoi aussi Jésus cherche à nous voir et à nous rencontrer.

Détail magnifique du texte de Luc : il écrit : « le Fils de l’homme est venu chercher et sauver CE qui était perdu ». « CE » et non pas « CEUX ». Ce détail change tout ! Le Fils de l’homme n’est pas venu chercher et sauver CEUX qui se perdent, c’est-à-dire les autres. On serait tenté de penser que moi, je ne me perds pas… en ce cas-là, Jésus serait venu pour les autres, pour ceux qui se perdent. Or, aujourd’hui l’évangile nous fait pointer CE qui se perd en nous. Nous sommes donc cherchés et sauvés par Jésus.

Amen, Alléluia !!!

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